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PAGES D'HISTOIRE - 1914-1915
[oe SÉniE a
MEMBRE DE Pl/uSIEURS SOCIÉTÉS SAVANTES
CHRONOLOGIE
DE LA GUERRE
(31 JUILLET -31 DÉCEMBRE 1914)
Successu crescat honestum !
(LucAiN, IX, 571.)
QUATRIEME MILLE
Librairie Militaire Berger-Levrault
PARIS I NANCY
KVV. DES BEAUX-AnrS, 5-7 RUE DES GLACIS, l8
30 Prix : 40 centimes.
LIBUAUUE MILITAIRE BERGER -LEVKAULT
PARIS, 5-1, rue des Beaux-Arts — rue des Glacis, 18, NANCY
PAGES D'HISTOIRE- 1914-1915
PLAN GENERAL
1" Série. — L'Explosion vue de la frontière de l'Est (23 juillet —
5 août). 5 volumes : a) Le Guet-Apens. — b) La Tension diplomatique. —
c) En Mobilisation. — cQ La Journée du 4 août. — e) En Guerre.
2' Série. — Les Pourparlers diplomatiques.
Trois volumes parus : a) Livre bleu anglais. — b) Livre gris belge. —
c) Livre orange russe.
Sous presse : d) Livre bleu serbe. — e) Livre blanc allemand.
3« Série. — Les Communiqués officiels. Suite chronologique des dépèches
du Gouvernement français. C volumes parus (du 5 août au 3i décembre).
4' Série. — Atlas-Index de tous les théâtres de la Guerre.
a) Campagnes de France et de Belgique (34 cartes au 1/400000», en 4 cou-
leurs; index alphabétique).
En préparation : b) Campagnes des Vosges, d'Alsace, de Lorraine, de l'Al-
lemagne de l'Ouest. — c) Cartes des principaux champs de bataille. —
d) Front Est : Prusse Orientale, Galicie, Pologne, Hongrie. — e) Front
Sud : Serbie, Bosnie-Herzégovine, etc. — f) Cartes d'ensemble d'Europe.
Colonies allemandes.
5' Série. —Les Mises à l'Ordre du Jour : Citations, Promotions, Légion
d'honneur. Médaille militaire. 8 volumes parus (du 8 août au i.5 novembre).
6t Série. — Pangermanisme.
a) La Folie allemande, par Paul Verrier. — b) Traduction d'ouvrages pan-
germanistes. — c) La Doctrine de guerre. — d) Les Faussaires. — e) Les
Huns en France. — /) Les Huns en Belgique. — g) Manifestes des 98 et
des Universités allemandes. — h) Paroles allemandes.
7« Série. — L'Indignation du monde civilisé,
u) La Séance historique de l'insiitut de France. — b) L'Allemagne et la
Guerre, par Emile Boutroux, de l'Académie Française. — c) La Journée
du 22 décembre. — d) Devant l'Académie des Inscriptions et Belles-
Lettres. — e) Devant l'Académie Française. — /) La Protestation des
grands hommes de l'étranaer. — g) Ordres du jour des sociétés savantes
et artistiques. — h) Voix de neutres. — i) Paroles belges.
8' Série. — La Guerre et la Presse mondiale.
a) Extraits du Bulletin des Armées de la République (4 volumes parus). —
b) Articles choisis dans les grands quotidiens de Paris. — c) Presse de
province. — d) Presse des pays allies. — e) Presse des pays neutres. —
f) Presse des pays ennemis. — g) Les meilleures Caricatures, les meil-
leurs Poèmes et les meilleures Chansons.
9' Série. — Pendant la Guerre.
a) Le Canon de 75. — b) La Vie à Paris. — c) La Vie en Province. — d) La
Vie à l'ttranger. Etc.
10^ Série. — Les Opérations militaires.
^.Isa
Les Français en Alsace. — Les Français en Belgique. — La Retraite stra-
tégique. — Le Grand Couronné de Nancy. — La Bataille de la Marne. —
La Campagne des Vosges. — Bataille de l'Aisne. — Combats dans l'Ar-
gonne et dans La Woêvre. — Bataille du Nord. — Chronologie de la guerre
(3i juillet-3i décembre 191^}. Etc., etc.
Chronologie
de la Guerre
(31 JUILLET = 31 DÉCEMBRE)
30. CHRONOLOGIE DE LA GUERRK
// a été tiré de ce volume cinquante-cinq exem-
plaires numérotés à la presse, dont :
5 sur papier du Japon (A'°« i à 5);
5o sur papier de Hollande {N°^ 6 à 55).
Chronologie
de la Guerre
(31 JUILLET=31 DÉCEMBRE)
JUILLET-AOUT
Vendredi 31 juillet. — A Berlin, proclama-
tion de 1' « état de menace de guerre » ; le soir,
ultimatum à la Russie ; l'Allemagne la somme
de suspendre une mobilisation dont elle sait
pourtant la difficulté et la lenteur.
Le Gouvernement français répond à l'Angle-
terre qu'il respectera la neutralité belge ; l'Alle-
magne ne répond pas.
La Russie et l'Autriche accepteraient un arrêt
simultané de leurs préparatifs afin de poursuivre
des négociations sur la question serbe. La pré-
cipitation de l'Allemagne réduit à néant cette
dernière chance de paix.
4 PAGES d'histoire
Samedi i®'' août. — L'Allemagne déclare la
fjiierre à la Russie. Le soir, lamobilisalion fran-
çaise est ordonnée.
Dimanche 2 août. — Les Allemands violent
la neutralité du Luxembourg, adressent un ulti-
matum à la Belgique et font des incursions sur
territoire français à Longlaville, Ciiey et Petil-
Croix.
L'Italie déclare à l'Allemagne qu'elle restera
neutre.
Le moratoriiim est promulgué en France.
Lundi 3 août. — M. de Schœn quitte Paris;
M. Cambon quitte Berlin.
L'Italie notifie à la France qu'elle restera
neutre.
Sir Edward Grey déclare au Parlement que
l'Angleterre protégera la neutralité belge et les
côtes de la France. Il demande au Parlement un
crédit de 2 milliards et demi; la mobilisation an-
glaise est ordonnée.
Le roi des Belges fait appel à l'Angleterre.
Mardi 4 août. — Réunion du Parlement
français; message du Président de la Républi-
que. La limite légale d'émission des billets de la
Banque de France est portée à 12 milliards.
Au Parlement allemand, le chancelier Beth-
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE O
mauii-Hollweg s'exprime ainsi : « Nous avons
été obligés de passer outre aux justes réclama-
tions des Gouvernements belge et luxembour-
geois. Le tort — je parle franchement — que
nous leur faisons, nous nous efforcerons de le
réparer quand notre but militaire sera atteint. »
Ultimatum de l'Angleterre à l'Allemagne ;
déclaration de guerre à 28 heures.
L'Allemagne déclare la guerre à la Belgique.
Les troupes allemandes prennent et brûlent
Visé ; la cavalerie paraît devant les forts de
Liège.
Prise de Trieux, près Briey, par les Allemands.
Le Gœbeii et le Breslaii lancent des bombes
sur Bône et Philippeville.
Mercredi 5 août. — L'Autriche-Hongrie
déclare la guerre à la Russie.
Le Danemark mobilise et sème des mines
dans les deux Belt.
Lord Kitchener est nommé secrétaire d'Etat
à la Guerre.
Les Allemands réduisent deux forts de Liège
et pénètrent dans la ville.
La cavalerie française se montre à Vie et à
Moyenvic.
Les Autrichiens bombardent Belgrade.
Les Allemands occupent Kalicz (Pologne).
Le croiseur anglais Amphion coule un mouil-
O PAGES D HISTOIRE
leur de mines allemand et saute lui-même après
avoir touché une mine.
Jeudi 6 août. — Les Allemands investissent
Longwy et continuent à perdre du monde devant
Liège.
Vendredi 7 août. — Les Allemands évacuent
Liège. Premiers débarquements de troupes
anglaises.
Les Serbes entrent en Bosnie.
Samedi 8 août. — Les États-Unis font savoir
qu'ils sont disposés à agir en médiateurs. La
Suisse mobilise et proclame l'état de siège.
Lord Kitchener demande loo.ooo volontaires.
Les Allemands rentrent dans Liège.
Les Français prennent Altkirch (le matin) et
Mulhouse (le soir).
Occupation de Togo par un croiseur anglais
et la garnison française du Grand-Popo (Daho-
mey).
Dimanche 9 août. — Les Allemands offrent
aux Belges de négocier.
La cavalerie française entre en Belgique.
Un sous-marin allemand est coulé par le Bir-
mingham.
Lundi 10 août. — La cavalerie allemande se
montre entre Liège et Bruxelles.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 7
Brillant succès français à Mangiennes, au nord
de Verdun. Les Français prennent La Garde,
entre Avricourt et Château-Salins.
Les Russes sont devant Tilsit.
Mardi il août. — Les Belges livrent aux
Allemands les combats de Tirlemont, de Saint-
Trond et de Diest.
Succès français sur les crêtes des Vosges.
Les Français évacuent Mulhouse.
Le Gœben et le Breslaii entrent dans les Dar-
danelles.
Mercredi 12 août. — Déclaration de guerre
de la France et de l'Angleterre à l' Autriche-
Hongrie.
Succès de la cavalerie belge près de Dinant.
Succès français sur l'Othain (le ii et le 12).
La Turquie prétend acheter le Gœben et le
Bresiau.
Jeudi 13 août. — Échec allemand à Hasselt.
Les Français sont chassés de La Garde.
Les Allemands bombardent Pont-à-Mousson.
Les Russes repoussent les Autrichiens à Sokal
(nord-est de la Galicie).
Vendredi 14 août. — Des troupes françaises
entrent à Charleroi, se dirigeant sur Gembloux.
O PAGES D HISTOIRE
Le maréchal French se rend au quartier gé-
néral français (à Paris le lendemain).
Les Français occupent le Donon, la ville et le
col de Saales et repoussent les Allemands à
Schirmeck.
Des avions français jettent des bombes sur le
hangar des dirigeables à Metz.
Samedi 15 août. — Ultimatum du Japon à
l'Allemagne.
A Dinant, les Allemands sont repoussés par
la cavalerie française sur la rive droite de la
Meuse.
Les, Français prennent Blâmont et Cirey ; ils
reprennent Thann et s'emparent d'un drapeau
allemand à Saint-Biaise.
Proclamation du Tsar promettant la liberté
aux Polonais.
Dimanche 16 août. — Vifs combats à Spin-
court (jusqu'au i8). Les Français prennent
Sainte-Marie-aux-Mines et sont vainqueurs de la
garnison de Strasbourg à Schirmeck. En Haute-
Alsace, ils tiennent la ligne Thann — Cernay —
Dannemarie.
Une escadre franco-anglaise paraît dans
l'Adriatique.
Lundi 11 août. — Progrès des Français dans
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE Q
les vallées des Vosges et dans la région des
étangs. Marsal est pris ; la cavalerie française
arrive à Château-Salins.
Les Russes sont vainqueurs à Stallupônen
(Prusse Orientale).
L'escadre alliée coule un croiseur autrichien
devant Antivari.
Mardi i8 août. — Victoire des Serbes sur
les Autrichiens à Ghabatz.
Mercredi 19 août. — A l'est de la Meuse,
les Allemands atteignent la ligne Dinant — Neuf-
château, avec avant-gardes sur la Dyle. Ils
entrent à Louvain et y procèdent à de premières
destructions. Combat à Perwez, au nord de
Namur, contre la cavalerie française.
L'armée belge, défaite à Aerschot, se replie
sur Anvers.
Nouveaux progrès des Français en Lorraine.
Leur ligne s'étend de la région au nord de Sar-
rebourg en passant par Morhange jusqu'à
Delme. Dieuze leur appartient.
Les Français reprennent Mulhouse et occupent
Guebwiller.
Les Russes repoussent la cavalerie autri-
chienne entre Kielce et Dubno (Pologne).
Jeudi 20 août. — Les Allemands occupent
Bruxelles et bombardent Namur.
10 PAGES D HISTOIRE
Les Français, en Lorraine, éprouvent de
graves échecs près de Sarrebourg et de Mor-
hange ; ils battent en retraite sur la Seille et le
canal de la Marne au Rhin.
Les Russes, vainqueurs à Gumbinnen, pren-
nent Goldap etLyck (Prusse Orientale).
Vendredi 21 août. — Bombardement de
Namur.
Achèvement de la concentration des troupes
anglaises.
Combats sur les hauteurs au nord de Luné-
ville.
Succès français à Dornach; nouvelle occupa-
tion de Mulhouse et d'Altkirch.
Un dirigeable allemand est détruit sur la
route de Celles à Badonviller.
Samedi 22 août. — Commencement d'une
bataille générale entre Mons et la Moselle
(bataille dite de Charleroi).
Échec des Français devant Longwy.
Les Allemands brûlent Nomeny et fusillent
les habitants.
Victoire serbe sur la Drina.
Les Russes évacuent Kielce (Pologne).
Dimanche 23 août. — Bataille très vive entre
Charleroi, Namur et Dinant. Les Allemands
attaquent les Anglais à Mons.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE I I
Prise de Luné ville par les Allemands.
Échec sur la Semoy de l'armée française de la
Meuse.
Les Français évacuent le Donon et le col de
Saales.
(21-23.) Les Russes prennent Soldau, Allen-
stein, Bischofsburg, Neidenburg, Willenbenj,
Johannisburg, Ortelsburg.
Le Japon déclare la guerre à l'Allemagne.
Lundi 24 août. — Les Alliés abandonnent la
ligne de la Sambre ; les Anglais se retirent sur
Maubeuge.
Les Allemands massacrent la population civile
de Dinant,
L'armée belge d'Anvers s'avance au delà de
INIalines.
Retraite des Français à l'ouest de la Meuse.
Les Allemands occupent Mézières.
Nouvelle offensive française au nord de
Nancy.
Bombardement d'Étain par les Allemands.
Les Autrichiens avancent en Pologne au delà
de Kielce.
Premiers bpmbardements de Cattaro et de
Tsing-tao.
Mardi 25 août. - Les Allemands occu|)enl
Namur.
12 PAGES D HISTOIRE
Les Anglais se retirent sur Gamljiai — Le Gâ-
teau—Landrecies.
La cavalerie allemande se montre à Lille et à
Douai.
Les Allemands prennent Sedan, après un vif
combat.
Les Français évacuent Mulhouse.
Les Autrichiens sont chassés de Serbie; ils
repoussent les Russes à Krasnik et s'avancent
sur Lublin.
L'Autriche déclare la guerre au Japon.
Mercredi 26 août. — Incendies, pillages et
meurtres ordonnés par Manteuffel à Louvain.
L'Université et sa bibliothèque sont réduites en
cendres.
Des troupes d'Alsace sont dirigées vers le
nord de la France.
Recul des lignes françaises dans la région de
Saint-Dié.
Les Autrichiens évacuent le sandjak de Novi-
Bazar.
Commencement de la grande bataille de
Lemberg entre les Autrichiens et les Russes.
Jeudi 27 août. — Nouveau ministère fran-
çais : Millerand remplace Messimy à la Guerre;
Delcassé remplace Doumergue aux AfTaires
étrangères. Le général Gallieni commande le
camp retranché de Paris.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 15
Débarquement de marins anglais à Ostende.
Échec des Anglais au nord de Saint-Quentin.
Capitulation de Longwy.
Bombardement de Saint-Dié par les Alle-
mands.
Vendredi 28 août. — Retraite des Anglais
sur Noyon — Chauny — La Fère.
Les Allemands franchissent la Meuse et mar-
chent dans la direction de Laon.
Prise du fort de Manonviller, près d'Avricourt,
par les Allemands.
Victoire des Russes sur les Autrichiens à
Lutzow.
Les Russes se préparent à assiéger Kœnigs-
berg.
Destruction d'un dirigeable allemand à Mlava
(Pologne).
Défaite de la flotte allemande près d'Helgo-
land ; elle perd trois croiseurs.
Samedi 29 août. — Les Anglais se retirent
sur la ligne Compiègne — Soissons.
Violents combats entre Français et Allemands
à Lannoy, Signy-l'Abbaye et Novion-Porcien.
Les Allemands occupent La Fère.
Succès français à Guise.
Après une bataille de trois jours à Tannenberg,
entre Gilgenburg et Ortelsburg (Prusse Orien-
l4 PAGES D HISTOIRE
laie), l'aile gauche russe est contrainte à une
retraite périlleuse et perd beaucoup d'hommes
et de matériel.
Dimanche 30 août. — Retraite des Alliés sur
les lignes de la Somme et de l'Oise.
Premières bombes lancées par des avions
allemands sur Paris.
Le croiseur Wilhelm der Gi^osse est coulé par
le Highjlower .
Lundi 31 août. — Retraites des Alliés sur la
Seine, l'Oise et la haute Meuse.
Les Allemands à Givet.
Bataille entre la Meuse et Relhel; l'armée
française se replie sur l'Aisne, la Vesle, Reims
et Verdun.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE l5
SEPTEMBRE
Mardi i^'' septembre. — Les Anglais tien-
nent la ligne Villers-Cotterêts — Compiègne. Suc-
cès anglais au sud de Compiègne.
Bombardement de Soissons, qui est occupé.
Mercredi 2 septembre. — Nouveau recul
des Alliés. Les Anglais sur la ligne Chantilly —
Nanteuil.
Le défaite des Autrichiens à Lcmberg est
définitive, après sept jours de combats.
Les Russes, repoussés à Hrubieskow en
Pologne, au nord de Lemberg, reculent sur le
Boug.
Bombardement de Cattaro par les flottes
Jeudi 3 septembre. — Le Gouvernement
français se transporte à Bordeaux.
Les Anglais se retirent au sud de la Marne,
entre Lagny et Signy. Les Allemands sont par-
venus à Suippes, Ville-sur-Tourbe et Château-
Thierry.
i6
PAGES D IIISTOIRK
Vendredi 4 septembre. — Les Alliés s'obli-
gent, par la déclaration de Londres, à ne pas
conclure de paix séparée.
Quelques gros canons allemands sont noyés
devant Anvers.
L'armée allemande se dirige vers le sud-est,
se détournant de Paris.
Les Allemands occupent Scnlis, Reims,
Epernay. Ils passent la Meuse à Consenvoye.
Occupation de Lemberg et de Halicz par les
Russes.
Samedi 5 septembre. — Les Allemands
prennent Pont-à-Mousson.
Echec français devant Ensisheim en Alsace.
Victoire russe sur les Autrichiens à Tomaszov
(gouvernement de Lublin).
Le Pathjînder touche une mine et coule.
Dimanche 6 septembre. — Les Allemands
passent la Marne à La Ferté-sous-Jouarre; ils
pénètrent jusqu'à Provins.
Sanglant combat à Beauzée, au sud-ouest de
Verdun.
Échec des Allemands à Jezainville, près de
Pont-à-Mousson.
Lundi 7 septembre. — Capitulation de Mau-
beuge.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE I7
Offensive générale des Alliés sur la ligne
Nanteuil - le - Haudouin — Meaux — Sézanne — Vi-
try-le-François. Combats sur l'Ourcq et le Petit-
Morin.
La cavalerie russe atteint les Carpathes.
Mardi 8 septembre. — Échec allemand à
Termonde en Belgique.
Les Alliés forcent le passage du Petit-Morin.
Les Allemands cèdent à l"'aile gauche; com-
bats acharnés entre La Fère-Champenoise, Vitry-
le-Fraaçois et la pointe sud de l'Argonne.
Une violente attaque des Allemands sur
Nancy est repoussée au nord de la forêt de
Champenoux.
Les Allemands bombardent le fort de Troyon.
Sanglant combat à Ippécourt, à l'ouest de
Verdun.
Victoire des Serbes à Ratcha.
Recul des Russes en Bukovine ; ils battent les
Autrichiens à Krasnotav dans la région de
Lublin, prennent Nikolaïev en Galicie et occupent
Stryi.
Mercredi 9 septembre. — Les Anglais
passent la Marne et poursuivent les Allemands
vers le nord.
Les Français sont vainqueurs sur l'Ourcq et
à Montmirail.
30. CHRONOLOGIE DE LA GUEHRE 2
lO PAGES D HISTOIRE
Les Monténégrins se montrent au sud de
Serajevo.
Des troupes anglo-indiennes quittent l'Inde
pour Marseille et d'autres ports.
Jeudi 10 septembre. — La Garde^prussienne
est refoulée au nord des marais de Saint-Gond.
Violents combats entre le camp de Mailly et
Vitry-le-François .
L'assaut des Allemands sur le fort de Troyon
est repoussé.
Les Allemands évacuent Pont-à-Mousson.
Les Serbes occupent Semlin; les Autrichiens
sont rejetés sur la rive gauche de la Drina.
Vendredi li septembre. — Le centre alle-
mand plie à Sézanne et bat en retraite. Rentrée
des Français à Épernay et à Vilry-le-François.
Les Allemands cèdent du terrain dans le sud
de l'Argonne.
Les Serbes marchent sur Visegrad.
Les Russes assiègent Grodec en Galicie.
Samedi 12 septembre. — Les Allemands
évacuent Saint-Dié, Lunéville, Raon-l'Étapc,
Baccarat. Ils résistent à l'ouest de Soissons, au
sud de Missy et de Vailly.
Nouveaux échecs des Russes dans la Prusse
Orientale; ils se retirent vers le Niémen.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE I9
Prise de Tomaszov par les Russes, après une
nouvelle victoire "sur les Autrichiens.
Dimanche 13 septembre. — Les Belges
reprennent Malines et Aerschot.
Les Français rentrent dans Amiens.
Les Français débloquent le fort de Troyon.
Lundi 14 septembre. — La retraite alle-
mande s'arrête derrière l'Aisne et au nord de
Reims.
Une lutte très vive est engagée par les Alliés
pour le passage de l'Aisne près de Soissons ;
ils l'effectuent.
En Lorraine, le quartier général allemand
passe de Sainte-Menehould à Montfaucon; le
front est marqué par la ligne Varennes — Con-
senvoye.
Mardi 15 septembre. — Les Russes pren-
nent Czernovitz en Bukovine.
Mercredi i6 septembre. — Les Allemands
entrent à Valenciennes.
Ils résistent sur les hauteurs au nord de
l'Aisne.
Les Russes évacuent la Prusse Orientale.
Les Autrichiens évacuent la Galicie Orien-
tale.
20 PAGES D HISTOIRE
Un sous-marin torpille le croiseur Hela au
sud d'Helgoland.
Jeudi 17 septembre. — Le commandant
général des forces de l'Union (Afrique du Sud),
Ghr.-Fred. Beyers, donne sa démission, parce
qu'il condamne l'action engagée par Botha
contre le Sud-Ouest Africain allemand. C'est
l'origine de la révolte des Boers.
Vendredi 18 septembre. — Les Allemands
se renforcent par des troupes venues de Lor-
raine.
Les Russes prennent Sandomir.
Samedi 19 septembre. — Progrès des Fran-
çais vers No^'on ; vifs combats vers Craonne ;
prise de Souain.
Les Allemands attaquent les forts de la
Meuse.
Dimanche 20 septembre. — Les Allemands
bombardent Reims et sa cathédrale.
Le Carmania coule le Cap Trafalgar sur la
cote est de l'Amérique du Sud.
Lundi 21 septembre. — Les Allemands
attaquent de nouveau le fort de Troyon, sans
pouvoir le prendre, et occupent Hattonchâtel.
Les Russes prennent Jaroslav.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 2 1
Mardi 22 septembre. — Trois croiseurs
anglais, Aboiikir, Hogiie, Cressy, sont coulés
au nord de Hoek van Holland par des sous-ma-
rins allemands.
Mercredi 23 septembre. — Vifs combats
entre la Somme et l'Oise.
Des avions anglais bombardent le hangar des
dirigeables à Dusseldorf.
Jeudi 24 septembre. — Les Allemands
occupent Péronne.
Les Russes investissent Przemysl.
Vendredi 25 septembre. — Les Allemands
bombardent de nouveau Reims. Ils prennent,
sur les Côtes de Meuse, le fort du Camp-des-
Romaius et occupent Saint-Mihiel .
Samedi 26 septembre. — Les Allemands
commencent le siège d'Anvers.
Violents combats entre la Somme et l'Oise,
entre Souain et l'Argonne.
Les 'Allemands franchissent la Meuse, attei-
gnent l'Aire, mais sont repoussés sur Saint-
Mihiel.
Les Allemands bombardent inutilement Osso-
vetz ; les Russes prennent Augustovo et rejettent
les Allemands sur Suvalki et Mariampol.
22 PAGES D HISTOIRE
Dimanche 21 septembre. — Sur tout le
front français, de violentes attaques allemandes
sont repoussées.
Lundi 28 septembre. — Les attaques alle-
mandes, particulièrement dirigées contre le
centre français, ne réussissent point.
Les Russes envahissent le nord de la Hon-
grie.
Mardi 29 septembre. — Les Allemands
bombardent la première ligne des forts d'An-
vers.
Les Allemands détruisent entièrement Or-
chies.
Vifs combats à Tracy-le-Mont et à Albert.
Le jalonnement de notre front, indiqué par le
Communiqué du 29 septembre, montre que la
ligne française a un peu fléchi vers l'ouest ;
nous avons perdu Lassigny et Chaulnes.
Les Russes repoussent les Allemands sur le
Niémen.
Les Japonais bombardent Tsing-tao.
Mercredi 30 septembre. — Les Allemands
détruisent deux forts d'Anvers.
Mouvement des troupes françaises vers le
nord. Combats autour de Roye.
Les Français occupent Seicheprey et les pentes
du Rupt de Mad.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 23
Les Allemands se fortifient au sud du gouver-
nement de Kielce.
L'Italie proteste auprès de l'Autriche contre
la pose de mines flottantes dans l'Adriatique.
24 PAGKS d'histoiri:
OCTOBRE
Jeudi 1er octobre. — Bataille à Roje ; l'ac-
tion s'étend vers Arras.
Les Français détruisent le pont jeté par les
Allemands sur la Meuse à Saint-Mihiel.
On annonce le débarquement des Indiens à
Marseille.
Les Turcs ferment les Dardanelles.
Vendredi 2 octobre. — Les Allemands pren-
nent Termonde.
Combats entre Roye et Lassigny; les Français
sont repoussés au débouché d' Arras.
Les Russes prennent Mariampol.
Les Monténégrins et les Serbes avancent vers
Serajevo.
L'Angleterre sème des mines dans la mer du
Nord.
Samedi 3 octobre. — Chute des défenses
extérieures d'Anvers.
L'armée anglaise commence à remonter de
l'Aisne vers le nord.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 25
L'État-major allemand prend le commande-
ment des forces autrichiennes.
Dimanche 4 octobre. — Les Belges, devant
Anvers, se retirent sur la Nèthe.
Violent combat à Arras.
Les Français prennent des tranchées alle-
mandes près de Soissons.
Les Autrichiens repoussent les Monténégrins,
qui s'éloignent de Serajevo.
Défaits entre Augustovo et Suvalki, les Alle-
mands se retirent.
Lundi 5 octobre. — Le grand-duc Nicolas
annonce au général Joffre la victoire des Russes
à Augustovo.
Mardi 6 octobre. — Les Allemands prennent
Lierre, près d'Anvers.
Des masses de cavalerie allemande paraissent
autour de Lille.
Les Allemands avancent en Pologne vers la
Vistule.
Mercredi 7 octobre. — Commencement du
bombardement de la ville d'Anvers.
Les Russes se retirent de Hongrie.
Jeudi 8 octobre. — Combats violents près de
20 PAGES D HISTOIRE
Roye. Les deux cavaleries se rapprochent de la
mer du Nord.
Les Russes prennent Lyck.
Vendredi 9 octobre. — Reddition d'Anvers,
après douze jours de siège. Une partie delà gar-
nison passe en Hollande, le reste gagne la côte
belge et échappe à la poursuite allemande.
Vifs combats à Roye et entre Lille et La
Bassée.
Les Allemands approchent d'Ivangorod; com-
mencement d'une bataille de vingt jours.
Nouveau raid des aviateurs anglais sur Dus-
seldorf.
Samedi 10 octobre. — Reddition des der-
niers forts d'Anvers.
Les Allemands bombardent Lille.
Apremont est pris par les Allemands et repris
par les Français.
Mort du roi Carol de Roumanie.
Dimanche 11 octobre. — Combats de cava-
lerie à l'ouest de Lille et près de Hazebrouck.
Les Allemands occupent Lille.
L'armée allemande atteint la Vistule à Grodec.
Combats sur le front Ivangorod — Varsovie.
Les Russes lèvent le siège de Przemysl.
Le croiseur russe Pallada est coulé par une
mine dans la Baltique,
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 27
Lundi 12 octobre. — Les Allemands occu-
pent Gand.
La cavalerie française prend l'offensive entre
Hazebrouck et Béthune.
Progrès des Français dans les Hauts de Meuse.
La cavalerie russe entre de nouveau en Hon-
grie.
Mardi 13 octobre. — Les Alliés occupent
Ypres.
Les Allemands reprennent Lyck.
Mercredi 14 octobre. — Les Allemands
occupent Bruges.
Les Anglais occupent Bailleul.
Le Gouvernement belge s'établit au Havre.
Le Conseil fédéral suisse constate l'existence
du choléra en Serbie, en Russie et en Galicie (il
n'y a d'épidémie qu'en Galicie).
Jeudi 15 octobre. — Les Allemands occupent
Ostende.
La ligne alliée s'étend d'Ypres à la mer.
Les Alliés occupent Estaires.
Les Allemands prétendent avoir repoussé
huit corps d'armée russes en Pologne.
Le Yarmouth coule le Markomannia près de
Sumatra et s'empare du charbonnier grec Pon-
foporos.
28 PAGES d'histoire
Vendredi 16 octobre. — Bataille autour de
Lille.
Les Alliés occupent Fleurbaix et Armentières,
repoussant les Allemands qui s'avançaient sur
Béthune.
Reprise du bombardement de Gattaro.
Le croiseur Hawke est coulé par une mine
dans la mer du Nord.
Samedi 11 octobre. — Vains efforts des
Autrichiens pour passer le San.
Le croiseur Undaiinted coule quatre torpil-
leurs allemands sur la côte de Hollande.
Dimanche 18 octobre. — L'armée belge
contient les Allemands sur l'Yser.
Lundi 19 octobre. — Les Belges s'avancent
jusqu'à Roulers, puis reculent.
Violents combats près de La Bassée, d'Arras
et de Chaulnes.
L'escadre anglaise canonne les Allemands
entre Nieuport et Dixmude.
Mardi 20 octobre. — Résistance des Belges
sur l'Yser.
Les Français débouchent sur la rive droite de
la Meuse, dans la presqu'île du Gamp-des-Ro-
mains.
CHRONOLOGIE DE LA. GUERRE 2g
Devant Varsovie, l'attaque allemande faiblit;
les Russes prennent l'offensive.
Mercredi 21 octobre. — Bombardement
d'Arras.
La retraite allemande s'accuse à l'ouest de
Varsovie.
Les Allemands prétendent avoir, à ce jour,
149.000 prisonniers français, 107.000 russes,
32.000 belges, 9.000 anglais.
Les Anglais accusent, à ce jour, une perte
totale de 67.000 hommes, y compris les ma-
lades.
Jeudi 22 octobre. — De nouvelles forces
allemandes, amenées sur le front, attaquent
entre la mer et le canal de La Bassée.
Vendredi 23 octobre. — Les Alliés perdent
du terrain à La Bassée et en gagnent près d'Ar-
mentières.
Les Russes prennent l'offensive au nord de
Jaroslav en Galicie.
Samedi 24 octobre. — Les Allemands pas-
sent le canal entre Nieuport et Dixmude ; ils
progressent aussi à La Bassée.
La division indienne de Lahore arrive sur le
front.
3o PAGES d'histoire
Les Russes sont vainqueurs sur le front
Petroko V — Radom .
Dimanche 25 octobre. — Les Français per-
dent Vermelles, attaqué depuis le i6.
Les Russes avancent sur Loviez, Skiernievice
et Rava.
Lundi 26 octobre. — Les progrès des Alle-
mands sont arrêtés sur l'Yser.
Violents combats entre La Bassée et la
Somme.
Mardi 27 octobre. — Les Belges défendent
la voie ferrée de Dixmude à Nieuport; les Alliés
progressent entre Ypres et Roulers.
Les Allemands, à l'est de Nancy, sont refoulés
au delà de la frontière.
Mouvements insurrectionnels dans l'ouest du
Transvaal et le nord de l'État d'Orange, à l'ins-
tigation du général Bejers et de Christian de
Wet.
Le cuirassé Audacîous est détruit par une
mine sur la côte anglaise.
Mercredi 28 octobre. — Les Allemands sont
repoussés sur le front Nieuport — Dixmude.
Les Français occupent Le Quesnoy-en-San-
terre, à l'ouest de Roye, qu'ils ont perdu.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE ÔI
Les Russes reprennent Lodz, Radom et
avancent en Galicie au sud de Sambor.
L'État-major allemand avoue la retraite alle-
mande en Pologne.
Jugement des meurtriers de l'archiduc Fran-
çois-Ferdinand à Serajevo.
Jeudi 29 octobre. — L'inondation de l'Yser,
tendue par les Belges, force les Allemands à
reculer.
Les Anglais, attaqués près de La Bassée, se
replient, puis regagnent du terrain.
Le prince Louis deBattenberg,y?r5^iS'(?a Lord
ofthe Admiralty, donne sa démission.
Deux contre-torpilleurs turcs coulent une
canonnière russe dans le port d'Odessa, jettent
des bombes sur la ville et tirent sur un paquebot
français. Un croiseur turc bombarde Théodosie ;
un autre paraît devant Novorossisk.
Vendredi 30 octobre. — Les Allemands pro-
gressent au sud d'Ypres.
Ils progressent aussi sur le chemin des Dames,
au delà de l'Aisne, et refoulent les Français
au delà de Vaillj.
A Bakalayevo (Prusse Orientale), où ils ont
attaqué les Russes, ils sont repoussés après
cinq jours de combat.
Les ambassadeurs de France, de Grande-
32 PAGES d'histoire
Bretagne et de Russie à Constantinople de-
mandent leurs passeports.
Samedi 31 octobre. — Violente offensive
allemande sur le front belge.
Les Russes occupent de nouveau Czernovitz
en Bukovine.
Le croiseur anglais Hermès est coulé par un
sous-marin dans le Pas-de-Calais.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 33
NOVEMBRE
Dimanche i^*" novembre. — A la suite de
violentes attaques, les Allemands occupent Mes-
sines, au sud d'Ypres.
L'escadre anglaise, en vue des côtes du Chili,
engage un combat contre l'escadre allemande
du Pacifique; les Anglais perdent deux croi-
seurs et n'en endommagent aucun.
Lundi 2 novembre. — Les Allemands
évacuent la rive gauche de l'Yser, sauf quelques
points.
Concentration de huit corps d'armée alle-
mands autour d'Ypres, en vue d'une attaque
générale.
Les Russes reportent la guerre dans la Prusse
Orientale.
De grands renforts allemands sont envoyés
en Pologne.
L'Amirauté anglaise déclare que toute la mer
du Nord est « zone militaire » .
Mardi 3 novembre. — L'attaque allemande
30. (:hronoix)gie de ijv guerre 3
34 PAGES d'histoire
sur l'Yser paraît abandonnée ; l'État-major dé-
clare que les inondations au sud de Nieuport
rendent toute opération impossible.
Sur l'Aisne, les Allemands occupent Chavonne
et Soupir ; les Français reprennent l'ofïensive à
l'est de Vailly.
Les Russes battent les Autrichiens et occupent
Kielce.
Deux croiseurs allemands lancent des bombes
sur Yarmouth.
La flotte anglaise bombarde et occupe Akaba
sur la Mer Rouge.
Les flottes alliées bombardent les forts des
Dardanelles.
Mercredi 4 novembre. — Les Français pro-
gressent à l'est du Quesnoy-en-Santerre et vers
Vailly.
Les Russes sont à Sandomir, près du con-
fluent de la Vistule et du San; le quartier
général allemand est transféré à Czenstochov.
Fin de la grande bataille livrée par les Russes
aux Autrichiens depuis le 23 octobre. Les
Russes ont fait 19.000 prisonniers et pris
4o canons.
Les Autrichiens, vaincus, se retirent dans les
Carpathes.
Le général Joflre félicite le grand-duc Nicolas.
Les Russes avancent dans le Caucase ; ils
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 35
prennent Diadin et Bayezid en Arménie (nord-
est du lac Van).
Le croiseur allemand Yorck, revenant de
farmouth, est coulé par une mine allemande
dans la baie de Jahde.
Jeudi 5 novembre. — Les Allemands occu-
pent le Bois Brûlé au sud-est de Saint-Mihiel.
liCs Russes ont reconquis tout le réseau ferré
de la Pologne. Ils reprennent Mlava.
L'Angleterre annexe Chypre.
Vendredi 6 novembre. — Bataille acharnée
autour d'Ypres, entre Armentières et LaBassée.
Les Russes attaquent les Autrichiens en fuite
sur la Nida.
Samedi 7 novembre. — Les attaques alle-
mandes sur Cambrin, Aix-la-Noulette et Le
Quesnoy sont repoussées.
Les Français font des progrès autour de Sois-
sons, que les Allemands ont bombardé, et re-
prennent des tranchées au nord-est de Vailly.
L'armée russe du Caucase prend Koeprikeui
(à l'est d'Erzeroum).
Suivant un document officiel, les Russes ont
actuellement 5i corps d'armée à 3 divisions et
2 corps de cavalerie à 2 divisions, contre
22 corps austro-allemands à 2 divisions, 8 à
3 divisions et moins de 2 divisions de cavalerie.
36 PAGES d'histoire
Capitulation de la forteresse allemande de
Tsing-tao, en Chine, qui se rend aux Japonais
après un siège et un bombardement.
Premier engagement des Boers loyaux avec le
rebelle Beyers au Transvaal,
Dimanche 8 novembre. — Les Français
occupent le plateau de Vregny, au nord-est de
Soissons.
Les Russes reprennent Eydtkuhnen et Stallu-
pônen ; ils avancent dans la forêt royale de
Rominten (Prusse Orientale).
En Silésie, les avant-gardes russes détruisent
la gare de Pleschen, à 80 kilomètres de Posen.
Dans le Caucase, retour offensif des Turcs à
Koeprikeui.
L'escadre russe coule quatre transports turcs
près de Trébizonde dans la Mer Noire.
Les Anglais occupent Fao, sur le Golfe Per-
sique, terminus du câble sous-marin vers l'Inde.
Lundi 9 novembre. — Violente bataille de-
puis la mer jusqu'à Arraentières; bombardement
d'Ypres par les Allemands. La situation des
Anglais y est dangereuse.
Les Russes à Soldau (Prusse Orientale) et à
Kalicz (au nord-est de Breslau). La Silésie s'in-
quiète.
L'escadre russe bombarde Héraclée sur la
Mer Noire.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 87
Les Autrichiens attaquent les lignes serbes à
Krupanje, Misar et Platina.
VEmden coule à Sabang le contre-torpilleur
français Mousquet.
Mardi iO novembre. — Les Allemands
prennent Dixmude, mais ne peuvent en débou-
cher. Au sud d'Ypres, ils occupent Saint-Éloi.
Progrès des Anglais à l'est de Béthune.
Les Russes à Goldap (Prusse Orientale).
L'aile gauche russe atteint Miechov, à 35 kilo-
mètres au nord de Gracovie.
Le croiseur allemand Emden est mis à la côte
et brûlé par le croiseur australien Sydney à l'île
des Cocos (Océan Indien) ; le croiseur Kœriiys-
berg est immobilisé par le Chatham près de l'île
de Mafia (Afrique Orientale allemande).
Mercredi H novembre. — La Garde prus-
sienne pénètre dans Ypres pendant la nuit, mais
en est délogée par les Anglais.
Les Allemands fortifient Czenstochov et ren-
forcent Thorn.
Le torpilleur anglais Niyer est coulé, à la
hauteur de Douvres, par un sous-marin alle-
mand.
Jeudi 12 novembre. — La lutte continue
autour d'Ypres; les Allemands occupent Lom-
barlzyde.
38 PAGES d'histoire
Première neige dans les Vosges.
Les Russes occupent Johannisburg et les pas-
sages à l'est des lacs mazuriens.
Przemysl est de nouveau assiégé par les
Russes.
Les Monténégrins sont attaqués à Grahovo
par des forces supérieures.
Un iradé du Sultan proclame l'état de guerre
entre la Turquie et la Triple Entente.
Défaite des rebelles du Transvaal.
Vendredi 13 novembre. — Le Gouverne-
ment anglais décide de lever encore i million
d'hommes, pour porter l'armée britannique au
chiffre de 2.18G.000, sans compter les territo-
riaux.
L'attaque allemande faiblit autour d'Ypres.
Les Français prennent Tracy-le-Val, sauf le
cimetière.
Les Russes sont à 3o kilomètres de Thorn, où
les Allemands ont amené i.ooo canons.
En Galicie, les Russes s'établissent sur la
Dunaietz et prennent d'assaut les positions au-
trichiennes dans la région de Sanok-Turka.
Un torpilleur français coule un sous-marin
allemand.
Samedi 14 novembre. — Mort du maréchal
Lord Roberts, venu en France pour inspecter
les troupes de l'Inde.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE Sq
Les Russes sont arrêtés dans la Prusse Orien-
tale.
Une nouvelle offensive allemande, partie de
Thorn, se prononce sur les deux rives de la Vis-
tule, vers Rypin et Vloclavek. Recul des avant-
gardes russes.
Dimanche 15 novembre. — De nouvelles
inondations prolongent jusqu'à Dixmude le ter-
rain inaccessible autour de l'Yser.
Retraite des Serbes, devant des forces autri-
chiennes très supérieures, sur la Koloubara.
Défaite de Beyers au Transvaal.
Lundi 16 novembre. — Les Allemands atta-
quent inutilement Ypres et essaient en vain de
passer l'Aisne près de Vailly.
Une forte armée allemande, débouchant de
Thorn, bouscule les Russes à Vloclavek et à
Kutno ; ils se retirent à 80 kilomètres plus loin,
sur la ligne Plock — Lecyca. Berlin illumine.
Le Sultan proclame la guerre sainte.
Mardi 17 novembre. — Légère avance des
Alliés en Belgique.
Mercredi 18 novembre. — Les Allemands
font sauter les casernes de Ghauvoncourt (ouest
de Saint-Mihiel), dont les Français s'étaient
emparés.
40 PAGES d'histoire
Les Russes sont repoussés à Soldau.
Au sujet de leur retraite en Pologne, l'Etat-
major allemand met le public en garde contre
un optimisme prématuré, vu la force numérique
énorme de l'armée russe.
Les Austro-Allemands, appuyés sur la ligne
Czenstochov — Cracovie, prennent à leur tour
l'offensive.
Les Russes sont arrêtés dans le Caucase par
des attaques turques.
Jeudi 19 novembre. — Neige dans le nord.
A cette date, les armées françaises de campagne
ont reçu de l'intendance 1.788.000 couvertures,
1 .683.000 tricots ou jerseys, i .494-ooo ceintures
de flanelle, etc. Ces chiffres donnent une idée
des effectifs de première ligne.
Succès russe à Angerburg.
En Pologne, les Allemands refoulent les
Russes et se portent sur Strykov et Rrzezyny
(nord-est de Lodz).
Les Autrichiens prennent Valjevo; la retraite
des Serbes continue.
La flotte russe, dans la Mer Noire, endom-
mage le Gœben, qui se réfugie à Constanli-
nople.
Vendredi 20 novembre. — L'artillerie lourde
française commence à manifester sa supériorité
à Nieuport et sur l'Aisne.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 4^
Les Allemands essaient d'enfoncer le front
russe Loviez — Skiernievice pour marcher sur Var-
sovie. En même temps, ils sont repoussés avec
des pertes sérieuses sur le front Kielce — Radom,
qu'ils ont attaqué pour dégager Gracovie.
Samedi 21 novembre. — Les Russes pro-
gressent vers Erzeroum.
Les Anglais occupent Bassora.
Dimanche 22 novembre. — Les obus alle-
mands détruisent la halle et l'hôtel de ville
d'Ypres.
De fortes colonnes allemandes, progressant
sur la Wartha, approchent de Lask (sud-ouest
de Lodz). Des avions bombardent Lodz.
Sur le front Czenstochov — Cracovie, les
Russes font 6.000 prisonniers autrichiens.
Lundi 23 novembre. — La bataille continue
au nord-est de Lodz.
L'escadre anglaise bombarde Zeebrugge, nou-
velle station navale allemande sur la côte belge.
Des sous-marins allemands se montrent au
nord-ouest du cap de la Hève et sur la côte
d'Ecosse.
Mardi 24 novembre. — Progrès des Alliés
entre Langemarck et Zonnebeke.
l\2 PAGES d'histoire
Mercredi 25 novembre. — Les Allemands
bombardent de nouveau Arras.
Les Russes pénètrent en Hongrie sur une
distance de 120 kilomètres.
En Pologne, par la faute d'une armée russe
qui arrive trop tard, les Allemands échappent à
un désastre. Trois divisions, cernées en avant de
Lodz, se fraient à grand'peine une issue vers
Strjkov.
Jeudi 26 novembre. — Insuccès d'une
attaque allemande sur l'Yser et d'une autre sur
Missy (Aisne).
Les Allemands bombardent de nouveau
Reims.
Les Russes culbutent les Autrichiens sur la
Rava, près de Cracovie.
Les Autrichiens évacuent Gzernovitz en Buko-
vine.
Le cuirassé anglais Bulwark saute à Sheer-
ness (800 morts).
Vendredi 27 novembre. — Le président
Wilson blâme officieusement le jet de bombes
sur des villes non fortifiées.
Samedi 28 novembre. — Après dix jours de
combats, les Russes s'emparent des positions
autrichiennes qui protégeaient les passages des
Garpathes, sur un front de 00 kilomètres.
CHRONOLOGIE DE LA GUKRRE 43
Vif combat entre Autrichiens et Serbes à
Lazarevalz, en Serbie.
Dimanche 29 novembre. — Nouvelle et
inutile attaque des Allemands à l'est d'Ypres.
L'armée anglo-indienne a perdu, jusqu'à ce
jour, 84.000 hommes.
Des sous-marins allemands attaquent des
navires à la hauteur du Havre et de Fécamp.
Lundi 30 novembre. — Le roi d'Angleterre
rend visite aux troupes anglaises en France.
Le Kronprinz allemand reçoit un journaliste
américain; il lui dit que la guerre actuelle est
absurde, qu'elle n'était pas nécessaire, qu'il ne
l'a pas désirée, que l'Allemagne se bat pour son
existence menacée, que le monde tout entier,
influencé par la presse anglaise, est contre elle,
que le militarisme allemand est une expression
inventée parl'Angleten'e pour ameuter l'opinion
contre l'Allemagne. 11 fait l'éloge du généralis-
sime français.
Du i5 septembre au 3o novembre, on a traité
dans les hôpitaux 490.000 blessés français, dont
54 °/o ont rejoint le front et 3,48 °/o ont suc-
combé; cette dernière proportion est la plus
faible qui ait jamais été constatée dans une
guerre. La France dispose de 8.968 hôpitaux,
avec 380.000 lits (Note du Service de Santé).
44 PAGES d'histoire
DECEMBRE
Mardi 1*"" décembre. — Les Français enlèvent
Vermelles, à 9 kilomètres sud-est de Béthune.
Une compagnie française est très éprouvée
par l'explosion d'une tranchée minée au bois de
la Grurie.
Furieux combats sur le front Loviez — Lodz —
Pelrokov. On se bat dans les faubourgs de Lodz,
qui reçoit des obus depuis le 3o novembre.
Les Russes prennent Saraï et Bashkal en Ar-
ménie, avec des dépôts de munitions.
Le New-York fJerald (édition de New^-York)
écrit : « Si l'Allemagne veut savoir pourquoi les
Américains ne souhaitent pas sa victoire, elle
trouvera leur réponse dans ce seul mot : Bel-
gique. »
Mercredi 2 décembre. — L'inondation
s'étend au sud de Dixmude. Les Allemands
essaient de passer sur des radeaux, mais sont
repoussés avec pertes. Les Alliés, dans cette
journée, font 991 prisonniers.
Les Français occupent Lesménils sur la rive
droite de la Moselle et Burnhaupt en Alsace.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 45
Les Russes occupent Bartfeld dans le nord de
la Hongrie.
Les Autrichiens entrent à Belgrade, évacuée
par sa garnison. Réjouissances à Vienne.
Ghr. de Wet est fait prisonnier au Trans-
vaal.
Jeudi 3 décembre. — Avance française vers
Altkirch.
Combats acharnés sur la rive gauche de la
Vistule.
Les Serbes reprennent l'offensive en attaquant
l'aile droite autrichienne.
Déclaration du ministre Salandra, au Parle-
ment italien, sur les (^ justes aspirations de
l'Italie ».
Vendredi 4 décembre. — Les Français
prennent la maison du passeur, sur l'Yser, de-
puis longtemps disputée, ainsi que Langemarck,
sur la voie d'Ypres à Bruges.
60.000 fugitifs de la Prusse Orientale sont
reçus dans le Schleswig-Holstein et la région de
Luneburg.
Des aviateurs français, partis de Belfort, bom-
bardent les hangars des dirigeables à Fribourg-
en-Brisgau.
Samedi 5 décembre. — Les Alliés font des
46 PAGES d'histoire
progrès entre Dixmude et Ypres, ainsi qu'an
nord de la Lys.
Les Allemands bombardent de nouveau
Reims.
L'artillerie allemande est réduite au silence
vers le sud-est de Varennes.
L'attaque allemande sur le front russe, du
27 novembre au 5 décembre, n'a pas donné de
résultats décisifs.
Les Serbes ont pris, depuis le 3 décembre,
1 5.000 Autrichiens et 19 canons.
Dimanche 6 décembre. — Les Alliés atta-
quent les dernières tranchées allemandes sur la
rive gauche du canal de l'Yser.
Les Allemands bombardent de loin Oost-
Dunkerque, à 4 kilomètres ouest de Nieuport.
La prise de Vermelles par les Français est
suivie de celle du Rutoire.
La cavalerie serbe rentre à Valjevo.
Les Russes achèvent d'évacuer Lodz, qui fait
saillie sur h^urs lignes et risque d'être détruit par
les obus allemands.
On signale, au-dessus de Roulers, des avions
allemands qui s'enveloppent de nuages artifi-
ciels.
Lundi 7 décembre. — Nouvelle et inutile
tentative des Allemands sur l'Yser, près de Per-
vyse.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 4?
En Sanlerre, les Français avancent vers Par-
ville rs.
En Prusse Orientale, les Allemands se retran-
chent en arrière de la ligne Gumbinnen — Anger-
burg et des lacs de Mazurie ; les Russes les y
attaquent.
Combats sur le front Czenstochov — Cracovieet
sur le front Ilov — Loviez — Petrokov.
Les Russes bombardent le secteur nord des
forts de Gracovie.
Le roi de Monténégro déclare qu'un tiers de
son armée a péri et que son pays est épuisé.
Les Turcs sont refoulés au sud de Batoum à
travers la frontière.
La flotte russe détruit des transports turcs à
Astro.
Le croiseur Breslau se montre dans la Mer
Noire; les Russes l'en chassent.
Ouverture de la Diète japonaise. Le Mikado
dit que la guerre n'est pas finie pour le Japon.
Réouverture de la Bourse de Paris : le 3 °/o,
cote 72,60.
Mardi 8 décembre. — On publie en France
une circulaire allemande, vieille de plusieurs
semaines, qui prescrit de ménager les munitions
de l'artillerie.
Les Français prennent des tranchées aile-
48 PAGES d'histoire
mandes dans l'Argonne, mais les Allemands
font sauter une tranchée française.
Les Russes repoussent les attaques allemandes
contre le front Ilov — Loviez — Strykov.
En Galicie, les Autrichiens attaquent l'aile
gauche russe dans la région de Neu-Sandec.
La bataille de Roudnik, au sud de Belgrade,
tourne de plus en plus mal pour les Autrichiens,
qui se rendent en masse aux Serbes.
Le rebelle Beyers se noie au passage du Vaal.
Cinq croiseurs allemands de l'escadre du
Pacifique, — Scharnhorst, Gneisenau, Nûrn-
herg, Leipzig, Dresden, — découverts avec des
charbonniers aux îles Falkland, à l'extrême sud de
l'Atlantique, sont attaqués par une puissante
escadre anglaise et coulés à l'exception du
Dresden. Ces navires étaient guettés dans le
Pacifique par des croiseurs japonais.
Mercredi 9 décembre. — Une nouvelle
bataille, sur un front plus étendu, s'engage en
Pologne, depuis Mlava jusqu'à Petrokov et aux
Carpathes.
Guillaume II, malade, est revenu de Pologne
à Berlin.
Les Anglais sont maîtres de tout le chott El-
Arab, depuis le confluent du Tigre avec l'Eu-
phrate jusqu'à la mer.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 4q
Jeudi 10 décembre. — Le Gouvernement
français rentre à Paris; premier Conseil des
ministres.
Une vive attaque allemande sur Ypres est
repoussée.
Les Russes font 4.000 prisonniers autrichiens
au sud de Gracovie.
Attaque de Douvres par des sous-marins alle-
mands.
Vendredi 11 décembre. — Les Allemands
achèvent d'évacuer la rive gauche de l'Yser au
nord de la maison du passeur.
Bombardement de Thann par les Allemands.
Les Russes repoussent les Allemands près
de Mlava et au nord de Loviez.
La Roumanie interdit l'exportation des mé-
taux et de toute matière servant à l'industrie
textile.
Le Gœben, réparé, jette des bombes sur
Batoum.
Samedi 12 décembre. — Depuis le 9, vio-
lentes attaques allemandes sur Ypres, toutes
repoussées.
Des explosions de mines font perdre aux
Français quelques tranchées en Argonne.
Les Serbes obligent les Autrichiens à repasser
la Drina.
30. CURO.NOLOtilE DE LA GUERRE 4
50 PAGES d'histoire
Les Monténégrins prennent Visegrad en
Bosnie.
La Gazette de Cologne proteste contre le rôle
de médiateur revendiqué pour les États-Unis
par le président Wilson, sous couleur que les
États-Unis, presque unanimement favorables à
l'Angleterre, ne seraient pas impartiaux.
Henri Bergson, parlant à l'Académie des
Sciences morales : « La barbarie s'est renforcée
elle-même en captant les forces de la civilisa-
tion. »
Dimanche 13 décembre. — Nouvelle appa-
rition de sous-marins allemands dans le port de
Douvres.
Après dix jours de combats en Serbie, la
déroute autrichienne est complète.
On considère comme à peu près terminée la
révolte des Boers.
Un sous-marin anglais, dans les Dardanelles,
coule le vieux cuirassé turc Massoudieh.
Un statisticien évalue à 5 milliards les pertes
causées à la Belgique par l'invasion allemande.
Lundi 14 décembre. — Après une accalmie,
reprise de la lutte autour d'Ypres.
Les Serbes occupent de nouveau Belgrade et
Ghabatz.
On annonce que les femmes turques d'Erze-
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 01
roum ont manifesté contre la guerre et mis en
fuite les gendarmes turcs en se montrant sans
voiles, comme firent les Lyciennes pour repous-
ser Bellérophon (Plut., MuL Vùt., IX).
Le front français s'étend sur 4o4 kilomètres ;
les Allemands occupent 20.100 kilomètres car-
rés, soit 3,76 "/o du territoire de la France.
Mardi 15 décembre. — Les Alliés débou-
chent de Nieuport jusqu'à l'ouest de Lombart-
zyde.
La flotte anglaise bombarde Westende.
L'armée autrichienne, coupée en deux, a perdu
28.000 prisonniers, 70 canons, 10 millions de
cartouches et plus d'approvisionnements que
n'en ont jamais possédé les Serbes.
Le roi Pierre et le prince héritier Alexandre
entrent à Belgrade.
Mercredi 16 décembre. — Consolidation de
l'avance des Alliés sur Lombartzyde et Saint-
Georges.
Recul des Russes sur la Bzoura, où les Alle-
mands, renforcés de neuf corps, tentent de forcer
le passage pour atteindre Varsovie.
La Turquie promet satisfaction à l'Italie pour
un incident qui s'est produit à Hodeida.
Cinq croiseurs allemands, à la faveur du
brouillard, bombardent Scarborougli, Hartle-
52 PAGES D HISTOIRE
pool et Whitby ; ils échappent à la poursuite des
navires anglais après avoir fait près de 700 \\c-
times, dont iio morts, presque tous des non-
combattants, des enfants et des femmes.
Jeudi il décembre. — Les Allemands bom-
bardent de nouveau Armentières. Un avion
français bombarde la gare de Sarrebourg.
Berlin se réjouit à l'annonce de victoires en
Pologne.
Guillaume II, rétabli, part pour le front occi-
dental.
Arrivée à Rome de M. de Bulow, ambassa-
deur extraordinaire d'Allemagne.
L'Egypte devient pays de protectorat britan-
nique, soustrait à la suzeraineté de la Turquie.
Le khédive Abbas Hilmi est déposé et remplacé
par Hussein Kamel, son oncle, fils du khédive
Ismaïl (1866-1879), qui prend le titre de Sultan.
Vendredi 18 décembre. — La pression
offensive des Français continue à s'exercer vers
Menin et La Bassée ainsi que dans la direction
de Péronne.
Les Russes occupent, à 5o kilomètres ouest
de Varsovie, des positions très fortes sur la ligne
de Sokatchev — Opozno, protégées par la Bzoura,
laRavka et la Pilitza jusqu'à Tomaszov.
Les Autrichiens débouchent par cinq cols des
CHROXOLOGIE DE LA GL F.RRE Oo
Carpathes et se heurtent aux Russes, qui vien-
nent d'être renforcés.
Le centre serbe enfonce la droite autrichienne
en Serbie.
Les trois rois de Suède, de Norvège et de Da-
nemark se réunissent à Malmoe et s'entendent
pour assurer la sécurité des pays Scandinaves.
On apprend que le croiseur Friedrich Cari a
coulé dans la Baltique.
Samedi 19 décembre. — Combats acharnés
sur la Bzoura et la Ravka; les Russes ont l'avan-
tage.
Les Allemands se fortifient autour de Soldau
(Prusse Orientale).
Une sortie de la garnison de Przemysl est
repoussée.
Les Allemands tentent de rompre la ligne
anglaise à Festubert et Givenchy, sur la route
de Béthune. L'arrivée de renforts français oblige
les assaillants à se retirer (le lendemain)
Dimanche 20 décembre. — La bataille conti-
nue en Pologne et en (ialicie.
Les Russes sont vainqueurs des Turcs près de
Van.
Lundi 21 décembre. — Progrès des Fran-
çais au sud de Noyon ; violents combats autour
de Souain et dans le bois de Conseuvoye.
30. CHRONOLOGIE DE LA GUERRE »
54 PAGES d'histoire
Maximilien Harden a écrit clans la Zukiin/Ï du
19 ces lignes partout citées : « Le devoir nous
défend de cacher que nous sommes encore bien
loin de notre but et que jamais nous n'avons eu
plus d'ennemis. Nous avons contre nous une
grande majorité de pays neutres, et il se pourrait
qu'une nation puissante et deux peuples guerriers
de l'Europe Orientale fortifiassent encore le front
de nos ennemis. Il faut que l'Allemagne veille et
se tienne prête aux plus dures nécessités. »
(Trad. plus complète dans le Temps du 3i dé-
cembre.)
Mardi 22 décembre. — • Réouverture du
Parlement français ; déclaration du Gouverne-
ment.
Les Français gagnent du terrain tant à Perthes-
lès-Hurlus que dans le bois de la Grurie.
Les Allemands traversent la Bzoura à Boli-
mov, mais sont rejetés dans la rivière.
Une nouvelle sortie de la garnison de Prze-
mysl est repoussée.
Vif combat entre les rebelles commandés par
Maritz et les Boers loyalistes^, qui éprouvent de
fortes pertes.
Mercredi 23 décembre. — Les Belges s'éta-
blissent sur la rive droite de l'Yser, au sud de
Dixmudo.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE !3t>
Les Allemands se maintiennent sur la Bzoura
en deux points au nord de Sokatchev et résis-
tent, au sud de Rava, à une offensive russe pro-
noncée sur la rive droite de la Pilitza.
Bien que Guillaume II passe pour avoir donné
l'ordre de prendre Varsovie pour Noël, l'offen-
sive allemande est arrêtée ; le ministre de la
Guerre russe déclare que les victoires allemandes
sont imaginaires et que les Allemands ne pren-
dront pas Varsovie.
Les Russes ont levé le siège de Cracovie, se
retirant vers Tarnov.
Des contingents australiens et néo-zélandais
arrivent au Caire, pour défendre l'Egypte contre
les Turcs.
Les Allemands envahissent le sud de la colo-
nie portugaise d'Angola.
Un sous-marin autrichien torpille sans succès
un cuirassé français dans le canal d'Otrante.
Jeudi 24 décembre. — Les Allemands aban-
donnent la ligne de l'Yser.
La prise de tranchées allemandes à Perthes-
lès-Hurlus livre aux Français un matériel d'artil-
lerie de campagne très approprié à ce genre de
guerre.
Les Français occupent la corne sud du bois
de Consenvoye, sur la rive droite de la Meuse.
Les Allemands ne conservent plus qu'un point
56 PAGES d'histoire
surlaBzoura; ils continuent d'attaquer Sokat-
chev, essaient de déboucher à l'est de Skiernie-
vice et reprennent Mlava pour protéger leur
gauche.
L'Angleterre reconnaît le protectorat français
au Maroc.
Un avion anglais bombarde le hangar des
dirigeables à Bruxelles.
Depuis le début de la guerre, les Russes
ont fait prisonniers i34.ooo Allemands et
225.000 Autriciiiens,
Vendredi 25 décembre. — Les Allemands
sont repoussés au delà de la Bzoura, mais pour-
suivent leur offensive au sud-est de Tomaszov.
Les Russes ont l'avantage sur la Nida et au
sud de la Vistule ; ils battent les Autrichiens à
Tarnov.
On annonce que les Roumains des montagnes
de Transylvanie se sont soulevés contre les Hon-
grois.
Les Italiens occupent Valona en Albanie.
A la Diète japonaise, le ministre des Affaires
étrangères, interrogé, déclare qu'aucun pays
n'a demandé l'envoi de troupes japonaises en
Europe. La Diète est dissoute parce qu'elle a
repoussé un projet de loi portant augmentation
des forces militaires en Corée.
Sept hydravions anglais, convoyés par des
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 67
croiseurs et torpilleurs, jettent des bombes sur
les établissements allemands à Cuxhaven; les
dirigeables et les avions allemands les pour-
suivent sans leur nuire ; un seul aviateur anglais
a disparu.
Un avion allemand paraît sur Sheerness et
Gravesend; il est chassé.
Des avions allemands font cent victimes non
belligérantes à Sokatchev.
Samedi 26 décembre. — Les Français pro-
gressent en Alsace sur les hauteurs qui dominent
Cernay.
Le communiqué allemand constate l'arrêt de
l'ofFensive sur Varsovie.
Les Autrichiens, refoulés vers le col de Doukla,
laissent aux Russes 5.ooo prisonniers. Du i8
au 26, les Russes ont pris i5.ooo Autrichiens et
4o mitrailleuses.
Un dirigeable lance des bombes sur i>fancy et
tue deux personnes.
Dimanche 27 décembre. — Les Belges, par
un coup de main, s'emparent des tranchées alle-
mandes à l'est de Lombartzyde et font de nom-
breux prisonniers.
Les Alliés sont en progrès au nord de Nieu-
port comme à l'est et au sud-est d'Ypres, bien
que gênés à leur tour par l'inonda liou.
58 PAGES d'histoire
Les Allemands bombardent la gare de Saint-
Dié.
Une attaque allemande au sud-est de Skiernie-
vice est repoussée.
Les Russes avancent de nouveau en Galicie.
Ils sont maîtres des cols des Carpathes; les
Autrichiens se retirent sur les sommets.
Lundi 28 décembre. — En France, une tem-
pête générale suspend les opérations.
Entre la Vistule et la Pilitza, les Allemands
sont réduits à la défensive. Ils se maintiennent
et se fortifient sur la rive gauche de la Bzoura.
Les Autrichiens évacuent la rive gauche de la
Nida, après avoir subi de grosses pertes, leurs
positions ayant été prises d'assaut par les Russes.
Les Monténégrins repoussent les Autrichiens
à Grahovo.
Mardi 29 décembre. — Les Français s'éta-
blissent dans le village de Saint-Georges, au
sud-est de Nieuport (pris les 27-28). Ils re-
prennent les tranchées du Bois Brûlé, à l'ouest
d'Apremont.
Les Allemands fortifient Czenstochov en vue
d'une retraite.
Des Albanais, incités par l'Autriche, en-
vahissent le Monténégro et sont repoussés.
Des avions allemands jettent des bombes sur
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 69
Dunkerque et Fumes, tuant des femmes et des
enfants.
Mercredi 30 décembre. — Les Turcs com-
battent à Sarykamysch, au sud de la province de
Kars.
Les États-Unis demandent à la Grande-Bre-
tagne d'améliorer le traitement imposé par
la flotte britannique au commerce américain
(contrebande de guerre).
En Pologne, les Russes ont devant eux vingt
corps allemands et dix-huit corps austro-hon-
grois.
Les pertes de la Prusse (à l'exclusion de celles
des autres États allemands) s'élèvent au chiffre
de 753.000 hommes, tués, blessés ou dispa-
rus. On évalue le total des pertes allemandes
à près de 2 millions.
Les Austro-Allemands, depuis le i5 novembre,
auraient perdu en Pologne 600.000 hommes.
Jeudi 31 décembre. — Les Français re-
prennent la moitié de Steinbach en Alsace. Nou-
velles bombes d'avions sur Dunkerque.
On déclare que les Serbes ne veulent plus
porter la guerre en Bosnie, afin d'épargner leurs
frères, mais plutôt dans le sud de la Hongrie.
Le consul d'Angleterre, enlevé de force par
les Turcs au consulat d'Italie à Hodeida, n'a
pas encore été mis en liberté.
6o PAGES d'histoire
Depuis le début de la guerre, les Serbes
ont fait 5i.ooo prisonniers, pris 191 canons,
70.000 fusils et 3.900 voitures.
Le Temps publie les réponses des chefs des
armées allemandes au Lokal-Anzeiger, qui a
demandé leur opinion sur la guerre actuelle. La
première est ainsi conçue : « Du sang-froid.
Résister. Wilhelui, Kronprinz. »
NANCY-PARIS, IMPRIMERIE BERGER-LEVRAULÏ — 2j JANVIER IQIÔ
Chronologie
de la Guerre
(I- JANVIER=30 JUIN 1915)
CHRONOLOGIE DE LA GUBRRE
// a été tiré de ce volume cinquante-cinq exem-
plaires numérotés à la presse, dont :
5 sur papier du Japon (A'°^ i à 5) ;
5o sur papier de Hollande (.V°^ 6 à 55);
i
PAGES D'HISTOIRE - 1914-1915
■ Série a, 2
S. R.
MEMBRE DE PLUSIEURS SOCIÉTÉS SAVANTES
CHRONOLOGIE
DE LA GUERRE
DEUXIEME VOLUME
(r JANVIER -30 JUIN 1915)
Successu crescat honeslum t
(LucAiN, IX, 571.)
.IBRAIRIE MILITAIRE BERGER-LEVRAULT
PARIS I NANCY
RUE nES BEAUX-ARTS, S-y j RUE DES GLACIS, l8
1915
Chronologie
de la Guerre
(V JANVIER = 30 JUIN 1915)
JANVIKR
Vendredi 1^'^ janvier. — Les Français occupent
le plateau de Nouvron, au nord-est de Compiègne, et
conquièrent un bois k 2 kilomètres au nord-est de
Mesnil-lès-Hurlus. En Argonne, ils reprennent un
terrain perdu dans le bois de La Grurie.
Les Russes repoussent les Allemands entre la Vistulo
et la Pilitza, ainsi que sur la Ravka. En Galicie, ils
font 3.000 prisonniers dans la région de Gorlice. La
VIII' armée russe pénètre en Hongrie sur quatre points.
Les Russes progressent aussi en Bukovine.
On annonce de Varsovie que 6 corps allemands se
sont éloignés du front.
Les Tuixs disent avoir pris Ardahan (Caucase).
Le cuirassé anglais Formidable (i5.ooo tonnes,
Goo hommes) est torpillé et coule dans la Manche.
La Banque de France revient à Paris. Les sociétés
de crédit n'usent plus du moratoire à l'égard de leurs
déposants.
0 ClIRUiNOLOGIE DE LA GUEIIRK
L'Angleterre annonce la création de six armées à
trois corps.
On mande de Genève que la Triple Entente a
604.000 prisonniers et les Austro-Allemands 676.000
(y compris beaucoup de civils).
Le commandant du VIII'^ corps allemand met les soldats
en garde contre les cuirasses du commerce, toutes
inutiles ou dangereuses.
Kipling écrit : (< Il n'est pas bon pour le monde d'être
décivilisé par des philosophes en armes. » {Temps,
3 février).
Roosevelt écrit dans VIndependent : « Violer les
traités comme a fait l'Allemagne pour la Belgique est
un crime abominable. Se taire là-dessus et recom-
mander aux autres de se taire, c'est pratiquer le culte
de la lâcheté. »
Samedi 2 janvier. — On dit que le cardinal Mer-
cier, archevêque de Malines, est gardé à vue dans son
palais par les Allemands.
Les Russes avancent dans le col d'Uzsok.
Quatre régiments serbes passent le Danube, mais
sont repoussés à i5 milles de Semlin.
Des navires anglais bombardent Zeebrugge.
Des aviateurs français endommagent un hangai' de
dii'igeables à Bruxelles.
Barziui écrit dans le Corriere délia Sera, au sujet
de la bataille des Dunes : « Un héroïsme de vieille garde
est souvent nécessaire pour conquérir le bord d'un
fossé. C'est une guerre de géants avec la tactique de
Lilliput. -i) {Journal de Genève, 6 janvier.)
Lg Morninff Post écrit : « Maintenant que l'avance des
envahisseurs est enrayée, il va falloir ajouter la ténacité
du bouledogue aux qualités françaises. »
La Nouvelle Presse de Vienne, réclamant la publi-
cation d'un livre rouge austro-hongrois, écrit : c( C'est
commettre une lourde faute que de faire fi de l'opinion
au dedans et au dehors ; le mépris de l'opinion a
toujours été châtié par une terrilde vengeance des
choses. » {Figaro, 5 janvier.)
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE /
Dimanche 3 janvier. — Les Allemands interdisent
la lecture, dans les églises belges, d'un éloquent man-
dement du cardinal Mercier.
Des pluies entravent les opérations dans le Nord.
Les Français font une tentative infructueuse sur
Boureuilles (2 kilomètres au sud de Varennes).
On estime à Petrograd que la bataille des Quatre-
Rivières est finie ; les Allemands auraient perdu
200.000 hommes.
Les Russes repoussent les Allemands à Bolimov et
reprennent une partie des positions allemandes sur la
rive droite de la Ravka.
L'avance des Russes en Bukovine a mis en leur
possession le chemin de fer qui relie cette région à la
Galicie orientale ; ils menacent la Hongrie par les défilés
boisés des Carpathes.
Les Turcs sont battus à Ardahan (Caucase).
Le Gouvernement belge réfute les mensonges alle-
mands au sujet de la prétendue intervention de civils
dans la guerre en Belgique (Temps, 4 et 6 janvier).
Lundi 4 janvier. — Après une lutte opiniâtre, les
Français prennent Steinbach et reprennent les hauteurs
de Gernay.
Une colone turque, qui cherchait à envelopper les
Russes dans le Caucase, est défaite à Sarykamisch; le
IX* corps turc, cerné, est obligé de se rendre ; les débris
du X" corps se replient vers la frontière turque ; le XP,
i-enforcé par l'artillerie d'Erzeroum, continue à attaquer
vers Karaoïirgau.
La flotte italienne bombarde Durazzo, menacé par
les insurgés albanais à la solde de l'Auti'iche.
Mardi 5 janvier. — Violents combats en Argonne ;
la légion italienne se laisse emporter trop loin en avant
des lignes ; l'adjudant-chef Constantin Garibaldi est
tué.
La flotte russe coule un transport entre Sinope et Tré-
bizonde; elle endommage le namidieh elle Breslan.
Mercredi 6 janvier. — Le front russe en P(dogiie
8 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
forme une ligne de 700 milles, dirigée presque nord-sud,
fortement pressée par les Allemands au noi'd.
Les Russes occupent Kimpolung (80 kilomètres sud-
sud-ouest de Czernovitz).
Des avions autrichiens bombardent Cettigné.
Charles Richet, dans le Figaro^ calcule que la disette
commencera pour l'Allemagne au mois de mai et que
le mouvement s'accélérera alors avec rapidité. « Il faut
seulement, conclut-il, maintenir le blocus. » Mais la
Hollande et la Suède continuent à importer dix fois
plus qu'il ne leur est nécessaire et ravitaillent ainsi
l'Allemagne.
Jeudi 7 janvier — Les Français prennent Burn-
haupt-le-Haut. Les Allemands bombardent l'hôpital de
Thann.
Le Gœben, rentrant dans le Bosphore, touche une
mine et subit des avaries.
Les Turcs continuent l'offensive vers Karaourgan pour
alléger la pression russe sur leur X' corps.
Le Temps publie un premier rapport officiel sur les
atrocités allemandes.
Vendredi 8 janvier. — Les Français font des pro-
grès dans la région de Soupir et prennent Perthes. Les
Allemands bombardent le Palais de Justice de Soissons.
Ils reprennent Burnhaupt-le-Haut (détails dans le Jour-
nal de Genève, 3o janvier).
Les navires russes bombardent Sinope et coulent les
bateaux turcs à l'ancre dans le port.
Un navire de guerre australien coule le paquebot
allemand Eleoaore Wœrmann.
L'Angleterre répond aux États-Unis par une note
franche et amicale sur le commerce des neutres.
La Perse adresse une note à la Turquie, qui a violé
son territoire.
Les Boers rebelles se retirent sur la rive nord de
l'Orange.
Les Anglais remportent quelques succès au Came-
roun.
CHRO^'OLOGIE DE LA GUERRE 9
Samedi 9 janvier. — Le Kronprinz se réunit en
conCérence avec les ministres à Berlin.
Les Allemands lancent 42 obus sur la cathédrale de
Soissons et s'opposent à notre avance vers le nord-est de
cette ville.
Le dégel entrave les opérations en Pologne et en Ga-
licie.
Les Allemands se sont avancés à 10 kilomètres h
l'ouest de la Ravka et se maintiennent sur la rive gauche
de la Soucha. Combats acharnés près de Moghely.
Les Autrichiens ont été renforcés par les Allemands à
Neu-Sandec: ils se sont fortifiés sur les deux rives de
la Dunajec.
Un dirigeable allemand, accompagné de trois avions,
a survolé Calais, allant à Douvres.
Le Gouvernement allemand interdit le travail de nuit
dans les boulangeries. La fécule de pommes de terre
vaut 3o marks les 100 kilos.
Il y a, en Russie, 1 36. 000 prisonniers allemands et
337.000 austro-hongrois. .
Dimanche 10 janvier. — Les Alliés bombardent les
hangars de dirigeables à Ghistelle.
Les Anglais s'emparent de tranchées près de La Bassée
et gagnent i kilomètre.
Les Français gardent Steinbach et progressent vers
Altkirch.
La bataille, apaisée sur la Bzura, continue sur la
Ravka près de Bolimov.
Toute la Bukovine est aux mains des Russes.
Seize avions allemands survolent la Manche. Douze
avions paraissent sur Dunkerque, mais y font peu de
dégâts.
On annonce la capture de la dernière bande d'insurgés
du Transvaal.
Il s'est formé, à Budapest, un comité de seigneurs
magyars qui demandent l'indépendance de la Hongrie
et la paix avec la Russie.
E. Boutroux annonce à l'Ecole normale supérieure
que, sur 195 normaliens ayant combattu au front,
54 seulement sont indemnes.
10 CHRONOLOGIE DE LA GL'EKRE
Lundi li janvier. — De grands magasins d'huile
prennent feu à Anvers.
Le président Poincaré remet, àNieuport, un drapeau
aux fusiliers marins.
Les Franrais prennent les tranchées de la Dent de
Crouy, au nord-est de Soissons, et y sont attaques en
force le soir.
Les Allemands ont repris les hauteurs de Sonnen-
berg, au sud d'Altkirch. Les Franrais évacuent UlTholtz.
Grands froids sur la Vistule. Les Russes se retirent
des Carpathes à cause du mauvais temps, mais gardent
Uzsok et la vallée supérieure de la Dunajec.
Des tribus arabes attaquent Mascate, dont le sultan est
protégé de l'Angleterre, et sont repoussées par les
Anglo-Indiens.
Le Bulgare Ghenadief, considéré comme hostile a la
Russie, se rend à Rome.
Mardi 12 janvier. — Les Allemands ont établi
un nouveau parc de dirigeables près de Gand.
Une crue de l'Aisne emporte les ponts, sauf celui de
Soissons; la position des Français, attaqués à Crouy,
est dangereuse. Il neige en Alsace depuis trois jours.
Les Turcs subissent de grosses pertes à Karaourgan.
Des troupes turques occupent Tabriz (Perse.)
Après avoir pris Korna, les Anglo-Indiens s'avancent
sur Bagdad par la rive gauche du Tigre.
BerlÏD répond faiblement au rapport français sur les
atrocités allemandes (Journal de Genève^ i3 janvier).
Mercredi 13 janvier. — Après avoir évacué
Vregny et subi des pertes notables, les Franrais se re-
tirent au sud de l'Aisne, gardant des têtes de pont. Cet
échec purement local est célébré en Allemagne comme
une grande victoire.
Les lignes allemandes sont à i8 kilomètres de Var-
sovie, dont la presse allemande annonce la chute pro-
chaine.
La cavalerie turque occupe Serpetz, à /^o kilomètres
nord-ouest de Plotsk.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 11
De nombreuses troupes allemandes, arrivées en Hon-
grie, sont ostensiblement dirigées vers la Serbie — en
réalité, vers l'est de la Galicie.
La bataille de Karaourgan tourne à l'avantage des
Russes. On se bat aussi à Olty.
Le comte Berchtold, ministre des Affaires étran-
gères austro-hongrois, donne sa démission ; il est rem-
placé par le baron Stephen Burian.
Un tremblement de terre ravage l'Italie (3o.ooo vic-
times).
L'Italie annule tous les passeports d'hommes de
moins de 89 ans, qui ont été délivrés avant le G août
1914.
Les pertes prussiennes s'élèvent à 84o.ooo hommes.
Jeudi 14 janvier. — Les Allemands occupent les
villages de la rive droite de l'Aisne, mais l'artillerie
française les empêche de passer. Marchant sur Soissons,
ils attaquent Saint-Paul et sont repoussés.
Les Autrichiens bombardent Tarnov avec de la très
forte artillerie.
Les Russes sont vainqueurs à Karaourgan.
Les forces de l'Union occupent Svakopmund (Afrique
occidentale allemande).
Le Gouvernement russe publie un récit des cruautés et
avanies dont les Russes furent victimes en Allemagne,
lors de la déclaration de guerre.
Vendredi 15 janvier. — Près de Carency, les Alle-
mands reprennent des tranchées qu'ils ont perdues la
veille.
Les Français détruisent les passerelles allemandes
sur la Meuse à Saint-Mihiel.
Les Russes refoulent les Autrichiens vers la frontière
de la Bukovine et de la Hongrie.
Le sous-marin français 5'a/;A/> coule aux Dardanelles.
Le bruit court que la Bulgarie cherche à entrer dans
l'entente avec la Roumanie.'
Riciolti Garibaldi, qui a perdu deux fils dans l'Ar-
gonne, écrit à Paul Deschanel : « Si, par malheur,
quelque nuage pouvait s'élever entre nos nations sœurs,
12 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
il suffira pour le dissiper qu'une forte voix crie sur les
Alpes le nom de Garibaldi. »
Conférence de Maximilien Harden à Francfort : <s II
est inutile d'essayer de prouver que nous avons raison.
Devant le forum de l'Histoire, il n'importe pas de savoir
qui a commencé la guerre, mais qui a vaincu. Nous
aimons mieux la victoire sous les malédictions de nos
voisins que la défaite sous leurs louanges.
(( Aujourd'hui encore, on dispute au sujet des respon-
sabilités de la guerre de 1870, mais on sait bien qui
l'a emporté... Nous luttons contre d'énormes forces supé-
rieures et aujourd'hui encore nous ne sommes pas
certains de vaincre. Mais, quoi qu'il arrive, le génie
de l'Allemagne ne permettra pas que l'œuvre du glaive
allemand aboutisse à un résultat négatif après de tels
sacrifices. 11 serait erroné de croire que le pis a déjà été
surmonté ; les revers sont possibles au cours des opé-
rations militaires. Nous serions inférieurs à notre
destinée si nous ne conservions notre confiance que
lorsque le soleil luit. *
Samedi 16 janvier. — A cause des pluies,
Français et Allemands évacuent des tranchées en
Flandre.
L'artillerie française bombarde La Bassée et en chasse
un état-major.
Vif combat à Blangy, k l'est d'Arras.
Les Russes occupent Kirilibaba, à S.gSo pieds
d'altitude, s'ouvrant ainsi la route de la Transylvanie.
Ils repoussent les Autrichiens sur Jacobeni.
Victoire définitive des Russes à Karaourgan, après
trois jours de combats dans une tempête de neige. Le
XP corps turc est détruit, après le IX' et le X' ; le re.ste
se retire vers Erzeroum.
On demande, en Allemagne, la mise sous séquestre
du blé et du seigle.
Dimanche il janvier. — Deruburg se dit « direc-
teur de l'office de la mission impériale à New-York » ;
on se moque de lui.
Le communiqué allemand prétend mensongèrement
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 13
que, depuis quatre semaines, on a tué 2G.000 Français
et fait 17.860 prisonniers non blessés, alors que les
pertes totales des Allemands n'atteindraient pas le quart
de ces chiffres.
Lundi 18 janvier. — Les Allemands attaquent à
l'ouest de Soissons et bombardent Saint-Paul.
Les Autrichiens se renforcent à Jacobeni et près de
Kimpolung pour défendre l'accès des vallées de la
Zlota et de la Bistritza.
Les Russes battent les débris du XP corps turc à
lénikeui, entre Karaourgan et Erzeroum.
Mardi 19 janvier. — Les Allemands bombardent
Furnes.
Les Français attaquent l'HartsmannswilIerkopf près
de Thann.
Des dirigeables allemands jettent des bombes sur
Yarmouth, Sandringham et King's Lynn, tuant des non-
combattants.
Ghenadief déclare qu'il n'ira pas de Piome à Vienne.
Mercredi 20 janvier. — Le 19 et le 20, vifs com-
bats dans les forêts au nord de Wattwiller,
Les Russes occupent Skempe, à 4o kilomètres de la
frontière prussienne, en face de Thorn.
Du 19 au 20, entre Batoum et Trébizonde, les
torpilleurs russes ont coulé 26 bateaux transportant des
munitions et des vivTes pour les Turcs.
La souscription aux bons de la Défense nationale
atteint 2 milliards 700 millions de francs, dont 200 mil-
lions souscrits en Angleterre.
Jeudi 21 janvier. — Les Français perdent quel-
ques tranchées avancées à Saint-Mihiel et à Pont-à-
Mousson.
Les Autrichiens se renforcent en Bukovine.
Vif combat près de Korna en Mésopotamie ; les Turcs
prétendent avoir eu l'avantage.
Le gouverneur de Varsovie annonce que le
Gouvernement russe ouvre un crédit de 260 millions en
faveur des populations ruinées de la Pologne.
14 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Un communiqué français réduit de moitié les pertes
que l'armée française, au dire d'un communiqué alle-
mand, aurait éprouvées depuis le 17 décembre.
Vendredi 22 janvier. — Les Allemands bom-
bardent Nieuport et Reims.
Violents combats à rHartmannswillerkopf ; les Alle-
mands bombardent Thann ; les Français bombardent
les faubourgs au nord de Cernay.
Les Russes perdent Kirilibaba.
Le Gouvernement hollandais demande des expli-
cations à Berlin au sujet du passage de dirigeâmes
allemands.
Des avions allemands, dont un a été abattu, font 20
victimes à Dunkerque.
Allemands et Autrichiens commencent à quitter
l'Italie.
La Stampa, organe de Giolitti, raconte que, dppuis le
22, l'Autriche a cédé le Trentin à l'Allemagne, qui le
rétrocédera après la guerre à l'Italie.
On croit à Petrograd que l'Autriche désire la paix.
On dit que le ministre d'Allemagne à Bucharest a
demandé des explications au sujet de la mobilisation
roumaine et des encouragements donnés aux révolu-
tionnaires de Transylvanie.
Harden dit, dans la Zukunjt, que l'Autriche ruine
l'Allemagne et que celle-ci ne doit plus sacrifier de
soldats pour sauver un État qui ne sait pas se défendre
lui-même.
Le général de Moltke, tout en affirmant sa confiance
en la victoire finale, déclare qiie personne, en Allemagne,
n'a voulu la guerre. « Si nous l'avions provoquée, dit-il,
c'eût été im crime, car cette guerre contre un ennemi
tellement supérieur n'est vraiment pas un jeu d'enfant.
Ce n'est que la politique égoïste et intéressée de
l'Angleterre qui a déchaîné cette guerre, longuement
préparée par elle. >) {Wolff.)
Bernstortï dit, à Washington, qu'on a imposé la
guerre à l'Allemagne, qu'elle est contraire aux vœux
ies plus chers de l'Empereur; si l'Allemagne était mieux
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 15
prête que les autres, c'est qu'elle fait bien tout ce
qu'elle fait. L'ambassadeur souhaite la prompte termi-
naison de cette malheureuse guerre que déplorent tous
ceux qui y participent ; il faudrait y mettre fin par une
paix compatible avec l'honneur des nations en cause et
de telle manière que la possibilité d'une guerre nouvelle
fût écartée.
Samedi 23 janvier. — iMillerand rend visite au
général Kitchener à Londres. Bethmann-Hollweg se
rencontre à Berlin avec Burian.
Les Allemands commencent à retirer des troupes du
front de Varsovie pour les envoyer en Autriche.
Une colonne autrichienne est repoussée par les
Monténégrins près de Cettigné.
Les Russes occupent Khorosan, au sud de Karaourgan.
Ils coulent un vapeur qui portait iG avions à Trébizonde.
Le général Toussoupov remet au général Joffre les
insignes de l'ordre de Saint-Georges.
L'Allemagne et l'Autriche sont privées de 760.000
tonnes de nitrate de soude qu'elles importaient du Chili
pour les besoins de leur agriculture. Pour la fabrication
de leurs explosifs, il leur faut 4-^o.ooo tonnes dacide
nitrique concentré ; elles n'en produisent que 00.000,
auxquelles ne peuvent s'ajouter qu'en partie les 4oo. 000
tonnes que fabrique la Norvège (Houllevigue, Temps
du 24).
Dimanche 24 janvier. — Los Allemands renforcent
les Autrichiens sur la frontière de Biikovino. Il y a 5
corps allemands entre la Prusse orientale et la Vistule,
I en Prusse orientale, i4 entre Bzura et Ravka ; au
total, 800.000 hommes, plus 200.000 hommes de
landsturm.
Bataille navale d'Ameland, à 70 milles ouest-nord-
ouest d'Helgoland. Quatre ci'oiseurs allemands, navi-
guant vers l'ouest, sont découverts par cinq croiseurs
anglais qui leur donnent la chasse ; le Blùcher coule
avec 800 hommes, dont 870 sont sauvés par les Anglais ;
le Dœrfjlinger et le Seyalitz sont avariés. Les Anglais
16 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
n'ont pas de pertes. De ses i4 croiseurs cuirassés,
l'Allemagne en a déjà perdu 6.
Le Bâcla, vapeur de la ligne Hambourg-Amérique,
a été dénommé Margaret par son acquéreur, le Germano
Américain Breitung, et chargé de coton à destination de
Rotterdam, sous pavillon américain. L'Angleterre ne
reconnaît pas cette transformation qui constituerait un
précédent, car tous les navires immobilisés dans les
ports américains pourraient ainsi regagner les ports
allemands. Elle déclare que le bâtiment sera déféré à
un tribunal de prises, mais que la cargaison sera achetée
par le Gouvernement anglais.
Les Allemands des Etats-Unis réclament l'interdiction
de la vente d'armes aux Alliés. Ils veulent aussi envoyer
à Brème un navire américain chargé de vivres, à desti-
nation d'un Américain de cette ville, a Les Allemands
d'Amérique veulent soumettre à un maximum de
pression les relations entre les Alliés et leur patrie
d'adoption. » (Temps, 26 janvier.)
Un parent de Guillaume II a dit k un rédacteur de la
Tribiina que l'Allemagne est sûre de la victoire pour
elle, mais non pour l'Autriche : c( Nous ne pouvons pas
compromettre pour l'Autriche nos forces et nos espé-
rances. Quelles que soient les aspirations italiennes,
nous n'aurons pas de guerre italo-allemande.»
Les pertes prussiennes s'élèvent à 904.000 hommes;
celles des Autrichiens, à 1.760.000 hommes.
Lundi 25 janvier. — Violentes attaques allemandes
h l'est d'Ypres. Les Anglais repoussent les Allemands
à Givenchy. Au combat de La Bassée, commencé le 28,
ils ont d'abord perdu du terrain, mais l'ont repris avec
l'aide d'un train blindé armé de canons de marine.
Les Français regagnent le terrain perdu à l'ouest de
Craonne.
L'artillerie française achève de détruire les ponts
jetés sur la Meuse à Saint-Mihiel.
Les Allemands bombardent l'Hartmannswillerkopf,
Thann et Cernay.
Les Russes prennent l'offensive à l'est de Pillkallen
(Prusse orientale).
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 17
Après uu échec à Jacobeni, ils ont occupé tout le dis-
trict et pénétré jusqu'à Josephwald ; ils tiennent les
hauteurs de Kimpolung à Dorna-Valra, passage vers
la Transylvanie.
On signale des hussards allemands à Orsova, sur la
frontière roumaine.
Von der Goltz a inutilement ordonné au commandant
des forces turques à Smyrne d'envoyer des soldats au
Caucase ; appuyé par Djemal, gouverneur de Smyrne,
cet officier a refusé.
Des ingénieurs allemands fortifient Tabriz.
Des torpilleurs russes endommagent le croiseur Ga-
zelle près de Ruejev. Un dirigeable allemand est détruit
à Libau.
Premier contact des Turcs et des Anglais en Egypte,
à l'est d'El-Kantara.
Maritz, avec 1.200 hommes, attaque Upington; il
est repoussé.
L'Italie adresse un ultimatum à la Porte, qui n'a pas
réglé l'incident d'Hodeïdah.
Le Neues Wiener Tageblatt déclare que Burian re-
fuse de céder des territoires à l'Italie et à la Roumanie.
Le Conseil fédéral de Berlin a fixé au i'^"' février la
saisie du blé et de la farine.
On écrit au Journal de Genève : « Ceux qui rêve-
raient, en cas de défaite de l'Allemagne, un démembre-
ment de l'Empire et un retour à l'état de choses d'avant
1870, se trompent étrangement. On ne disloque pas une
nation parvenue à un tel degré de cohésion; tout au plus
peut-on l'amputer d'un ou deux membres, si elle se
trouve à toute extrémité. »
Mardi 26 janvier. — Les Français prennent pied
dans la grande dune.
Guillaume II est en Flandre, devant les lignes an-
glaises.
Le 25 et le 26, à l'ouest de Craonne, les Allemands
ont attaqué sur le front Heurtebise-Bois Foulon et ont
réussi à prendre deux compagnies françaises à La
Creute, dans une carrière obstruée par les éboulé-
es. CimONOLOGIE DE LA GUERRli 2
18 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
ments. Des contre-attaques ont coûté i.ooo morts aux
Allemands et nous ont rendu une partie de terrain ; les
Allemands disent avoir fait i.ooo prisonniers et tué
i.5oo hommes.
Pour contrecarrer l'avance russe, une armée autri-
chienne menace de descendre des Carpathes en Galicie.
L'Italie aurait offert ses bons offices pour réconcilier
la Roumanie et la Bulgarie.
La levée en masse autrichienne provoque des désor-
dres à Laybach, Fiume et Agram.
Le Temps reproduit (28 janvier) le résumé d'un ar-
ticle du professeur von der Leyen dans la Vossic/ie
Zeitung, affirmant qu'à l'avenir aucun congrès interna-
tional ne sera possible et que les Allemands, submergés
par un flot d'injures, devront se tenir à l'écart de leurs
ennemis actuels.
Mercredi 21 jsnvier. — De vives attaques alle-
mandes à La Bassée, avant pour objectif Béthune, sont
contenues par l'artillerie anglaise.
Les Allemands font exploser et occupent 5o mètres de
tranchées au bois de Saint-Mard près Tracy-le-Val, mais
en sont chassés à coups de canon.
Les Français progressent vers Burnhaupt; les Alle-
mands ne cessent de bombarder Thann.
Les Russes avancent dans l'ouest de la Galicie, au
sud-ouest du col de Dukla; les Autrichiens reculent,
abandonnant armes et munitions. Dans l'est de la Ga-
licie, les Russes résistent à des forces supérieures.
La flotte russe donne la chasse au Medjidieh et au
Breslaa.
On remarque que le 27 janvier est à la fois l'anniver-
saire de Guillaume II et celui de Mahomet (fête mobile).
Suivant le communiqué français du 27, les Allemands
auraient perdu, du 20 au 27, entre Ypres et les Vosges,
environ 20.000 hommes.
Jeudi 28 janvier. — Vifs combats sur la grande
dune; les Allemands conservent leurs positions.
Entre Ypres et la mer, les Alliés emploient des ca-
nons puissants, avec de nombreux tracteurs.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 19
Les Russes rentrent dans la vallée de la Nagjag(Car-
pathes). Ils ont devant eux 22 corps austro-hongrois et
4 corps allemands.
Un torpilleur russe bombarde Trébizonde.
Des avions allemands bombao-dent Dunkerque.
Le Congrès radical de Milan réclame l'intervention Je
l'Italie à côté des Alliés.
Le consul des États-Unis à Berlin informe son gou-
vernement que l'Allemagne est menacée de famine.
Vendredi 29 janvier. — Les Allemands font deux
tentatives vaines pour passer l'Aisne à Venizel et au
moulin des Roches.
Les Français, après un violent combat, reculent do
200 mètres au bois de La Grurie (Argonne).
Les Russes avancent au nord de Tilsit, menaçant Je
flanc des Allemands qui défendent les lacs mazuriens.
Ils occupent Pillkallen.
La bataille est générale dans les Carpathes entre les
cols du Dukla et de Vyshkov. Les Autrichiens tentent
«ne offensive par la vallée du San inférieur et par les
routes allant vers Sambor et Strij.
Une attaque turque sur Olty échoue.
Les Français occupent Bertona, au centre du
Cameroun allemand, après deux combats livrés le 27 et
le 28.
Le prince Georges de Serbie est reçu avec enthou-
siasme à Salonique.
Les Bulgares transportent des troupes à la frontière
Grecque ; ils accusent les Grecs d'empêcher les Serbes
e céder à leurs prétentions sur la Macédoine.
L'Angleterre permet à la Banque de prêter de
l'argent à la Roumanie. On dit que la Bulgarie emprunte
à la Deutsche Bank.
Les Allemands ayant fait disparaître à Bruxelles la
statue de Ferrer, les députés espagnols jaimistes et
cléricaux ont déposé leurs cartes le 27 à l'ambassade
d'Allemagne à Madrid ; en réponse, libéraux, réfor-
mistes, républicains et radicaux de Barcelone déposent
des cartes aux ambassades de France et d'Angleterre.
20 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Suivant Repinqton(7Y/«esj, les Allemands ont4o corps
ù l'ouest, 2 1 à l'est; ils n'ont transporté de l'ouest k
l'est qu'un corps actif et 6 divisions. Les corps sont de
35.000 hommes environ. Le trait dominant de la situa-
tion est la concentration austro-allemande dans la ré-
gion des cols au centre des Garpathes, de la passe de
Dukla.vers l'est.
11 y a 49 -350 prisonniers allemands en France et
7.247 en Angleterre.
Samedi 30 janvier. — Retour du froid sec en
Flandre. Les Anglais ont repris toutes les tranchées
perdues près de La Bassée.
Les Russes continuent à avancer vers Tilsit ; heau-
coup de fuyards de la Prusse orientale airivent à
Berlin.
Les Allemands sont repoussés à Borgimov ; jusqu'au
6 février, ils font des attaques furieuses et inutiles sur
la Bzura.
Les Autrichiens, descendant des Garpathes vers
Przemysl et Lemberg, prennent de flanc sur trois
f)oints les forces russes de Galicie ; ils disent avoir
ait 1 5.000 prisonniers. Les Russes attaquent entre
Sanok et Gorlice, menaçant de couper les Autrichiens ;
au sud-est de Strij, ils reculent devant des forces supé-
rieures.
Les Russes sont entrés à Tabriz, k 480 kilomètres de
Téhéran.
Un sous-marin allemand a pénétré dans la mer
d'Irlande et coulé un navire anglais de 3. 000 tonnes.
G'est la première réalisation du plan de Tirpitz, consis-
tant à pratiquer la guerre de course avec des sous-
marins, pour affanier l'Angleterre et intercepter les
envois d'armes des États-Unis.
Le croiseur italien Calabria entre dans le canal de
Suez.
Le chancelier du consulat d'Italie est emprisonné k
Trieste.
Bilinski, ministre commun des Finances et admi-
nistrateur de Bosnie-Herzégovine, donne sa démission.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 21
Les Germano-Américains fondent à Washington une
« American Indépendance Union », sous couleur de
faire prohiber par les États-Unis l'exportation des
armes et munitions et de faire exiger par eux le libre
commerce des aliments avec l'Allemagne. Cette asso-
ciation s'organisera définitivement le 20 février, sous
la présidence de Hermann Ridder et de R. Bartholdt ;
le docteur Hall, théologien irlandais, est vice-président.
Dimanche 31 janvier. — Guillaume II, souffrant
de la gorge, rentre à Berlin.
Les Allemands bombardent les lignes anglaises entre
Ypres et Nieuport.
La cavalerie russe, suivant la rive droite de la Vistule,
s'avance jusqu'à 20 kilomètres de la frontière prus-
sienne.
Les Allemands avancent à Borgimov, au prix de
grands sacrifices. L'aile gauche russe fait quelques
progrès dans les Carpathes, mais les Russes reculent en
Bukovine.
Les Anglais ont dompté une rébellion au Nyassaland.
Le prince Georges de Serbie, après avoir passé par
Athènes, est parti pour l'Italie.
On assure que l'armée grecque interviendra si les
Autrichiens envahissent à nouveau la Serbie.
Guillaume II a décoré de l'Aigle rouge Ernest Lis-
sauer, autour de VHymne à la Haine contre l'Angle-
terre.
Il est avéré que le Livre Blanc allemand a supprimé
un télégramme pacifique adressé, le 29 juillet, par
Nicolas II à Guillaume IL Nicolas demandait que le
conflit austro-serbe fût soumis au tribunal de La Haye
et exprimait sa confiance dans la sagesse et l'amitié de
Guillaume.
Le Berliner Tageblatt annonce que a ces jours der-
niers, 100.000 Anglais ont passé la Manche » (Temps,
10 février).
22 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
FÉVRIER
Lundi 1" février. — Le ministre des Finances russe,
Bark, est arrivé à Paris.
Depuis le 3o janvier, les Allemands font un nouvel
effort vers Varsovie. Les Russes reprennent, à Boli-
niov, le terrain perdu par eux le 3i ; ôoo.ooo Austro-Alle-
mands se déploient dans la plaine en face de Przemysl.
Dans les Carpathes, les Russes ont franchi les hauteurs
de Jaslish et pris des convois.
Les Russes essaient de tourner l'aile gauche alle-
mande, tandis que les Austro-Allemands essaient de
tourner l'aile gauche russe. Les Autrichiens, moins
habitués au froid, se rendent en grand nombre.
On annonce des concentrations autrichiennes contre
les Serbes et en Transylvanie.
Les Turcs perdent 2.000 hommes dans une attaque
sur le canal de Suez.
Une division turque est battue dans le Caucase ; le
général et tous ses officiers sont pris.
Un sous-marin allemand lance une torpille contre le
navire-hôpital anglais Asturias, qui n'est pas atteint.
Défense est faite en Autriche d'employer plus de
5o "/o de farine de seigle ou de froment pour le pain.
Le Pester Lloyd déclare que la Hongrie ne dispose pas
de stocks de céréales.
A partir du i" fé^Tier, les Berlinois ont droit à un
maximum de 2 kilos de pain par semaine ; on prie les
riches de pas réclamer ce maximum.
Roosevelt publie une brochure : Pourquoi les Etats-
Unis devraient se joindre aux Alliés.
Le Berliner Tageblatt écrit : « Contrairement aux
prédictions officielles, il n'est pas certain que les espé-
lances de l'Allemagne soient réalisées. Nous connaissons
les forces actuelles de l'ennemi, mais non ses forces fu-
tures. ^^
CHRONOLOGIE DE LA. GUERRE 23
Mardi 2 février. — Bark et Lloyd Georges
entretiennent Ribot, ministre des Finances français.
Vifs engagements près de Westende, continués le
lendemain.
An nord d'Albert, les Allemands lancent sur l'Ancre
des bateaux chargés d'explosifs, qui sont arrêtés.
Une attaque allemande sur Saint-Paul (près de
Soissons) est repoussée
Les Turcs ont tenté de passer le canal de Suez près
de Toussoun ; ils ont été repoussés et ont perdu leur
matériel allemand.
Un décret crée 87 hôpitaux militaires à Athènes.
Guillaume II recommande à ses généraux d'écono-
miser leurs troupes.
Un espion allemand détruit en partie un pont sur la
rivière Sainte-Croix au Canada et se réfugie aux Etats-
Unis.
Les Russes disent avoir 4i 0.000 prisonniers austro-
hongrois et 155.000 allemands.
Mercredi 3 février. — Les Allemands bombardent
Armentières. Ils disent avoir progressé au nord et au
nord-ouest de Massiges.
Les Russes s'affermissent sur la rive gauche de
l'Angerapp et prennent Skempe.
La lutte continue sur le front de Borgimov, où les
Allemands ont engagé 60.000 hommes et des masses
d'artillerie. Les Russes les chassent de Gumine.
Dans les Carpathes, les Russes ont pris l'offensive
depuis Dukla jusqu'à l'est des Beskides. Ils progres-
sent vers Uzsok, mais reculent au col de Tucholka.
Les Turcs ont perdu, en Egypte, 5oo tués et 65o
prisonniers; ils se retirent à 3o Kilomètres du canal.
Le capitaine Mucke est arrivé près de Hodeïdah
(ouest de l'Arabie) avec le corps de débarquement de
VEmden.
Garbilovic, Jovanovic et Ilic, condamnés à Serajevo
pour le meurtre de l'archiduc, ont été exécutés dans
cette ville; le collégien Prinkip, trop jeune, subira vingt
ans de prison.
24 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Un million do soldats de la classe 1914 auraient
fortifié le front russe.
Abdul Hamid conseille aux Turcs de faire la paix.
Le Livre Rouge autrichien a paru : il ne contient
aucun document allemand ayant eu pour objet de mo-
dérer l'Autriche à la fin de juillet 1914-
La Gazette de Cologne écrit : « La neutralité amé-
ricaine n'est qu'un rideau derrière lequel se cache le
désir servile de plaire à l'Angleterre. Si TAmèrique n'a
que le respect de la force brutale, nous la mettrons en
œuvre ù notre tour. >>
Jeudi 4 février. — Une formidable bataille se livre
autour de Gumine ; les Allemands y perdent 3o.ooo
hommes. Ils disent avoir fait, depuis le i", G. 000
Erisonniei's à l'est de Borgimov. Les Russes ont franchi
1 Bzura près de son embouchure.
Les Autrichiens ont 'évacué Tarnov, bombardé par
les mortiers russes. Le communiqué autrichien dit que
la pression russe est très forte sur Dukla.
Les Monténégrins repoussent une attaque autrichienne
en Herzégovine.
L'Angleterre a déclaré à Washington qu'elle consi-
dérait les cargaisons de vivres consignées pour l'Alle-
magne comme destinées au Gouvernement allemand.
L'Amirauté allemande déclare zone militaire, à partir
du 18, les eaux qui baicfnent les lies Britanniques.
La mission de la Croix-Rouge japonaise est arrivée à
Marseille.
Jusqu'au 4 février, les Anglais ont perdu lo/j.ooo
hommes.
Vendredi 5 février. — Le Gouvernement anglais
dépose un projet de loi élevant l'effectif de l'armée à
3 millions d'hommes.
Dans la nuit du 5 au 6, les Anglais reprennent les
briqueteries de La Bassée.
Les Allemands, attaquant avec fureur dans la direc-
tion de Varsovie, ont mis en ligne io5.ooo hommes et
600 canons sur un front de 10 kilomètres.
Le Gœhen croise dans le Bosphore.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
25
Un avion bombarde Mulheim (Bade) ; d'autres bom-
bardent les dépôts allemands de Knocke (Belgique).
Il semble avéré que l'agitation anti-italienne au
Fezzan est organisée par des officiers allemands.
Bethmann-HoUweg dit à un journaliste danois :
« L'Angleterre nous traite comme une place assiégée.
IJevant une telle menace, l'Allemagne ne manquera
aucune occasion de se venger. Si l'on se plaint que
nous lésons les intérêts des neutres, nous répondrons
que les puissances neutres n'ont pas protesté contre
l'action de l'Angleterre et qu'elles en subiront les consé-
quences. »
La Gazette de la Croix écrit : « Il paraît que nous
allons maintenant torpiller les navires sans avis préala-
ble. Nous accueillons avec satisfaction l'annonce que
nos sous-marins vont faire à toute la marine de nos
ennemis une guerre impitoyable. »
Le Lokal Anzeiger écrit : « Que nous importent les
criailleries des neutres et les indignations de nos enne-
mis ! Nous autres Allemands, nous avons à tirer ^le
cette guerre une grande leçon : celle de ne pas manifester
de délicatesse et de ne pas écouter ce que les neutres
peuvent dire. »
Samedi 6 février. — L'offensive allemande paraît
aiTêtée en Pologne.
Les Russes ont reculé en Bukovinc et au nord des
Carpathes, mais ils ont progressé, faisant 2.5oo prison-
niers, au nord du col d'Uzsok. Les Autrichiens, qui
avaient franchi le 5 les cols de Tucholka et de Boskid,
ont dû se retirer avec de grandes pertes.
Le Breslaii apparaît devant Batoum, mais se retire
sous le feu de la forteresse.
Le Temps écrit (7 février) : « La marine allemande
vient de déclarer la guerre au monde enlier. »
Sur un officier allemand, prisonnier k Varsovie, on a
trouvé une lettre où il est dit : « Nous appelons les Au-
trichiens des soldats en pantoufles ; nous sommes battus
chaque fois que nous comptons sur eux. »
Ij Athenaeum écrit (6 février) : « Nous pouvons corn-
26 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
battre l'Allemagne jusqu'à la victoire, mais si nous ne
pouvons la convaincre qu'elle a attaqué injustement,
rem[)loi de la force ne mettra pas fin ù notre que-
relle. »
Dimanche 7 février. — L'incident d'Hodeldah est
clos ; toutes les réparations demandées à la Turquie par
l'Italie ont été accordées.
Les Anglais font prisonniers, à Festubert, 5oo jeunes
soldats allemands.
Les Allemands, renforcés dans la Prusse orientale,
surprennent les Russes. L'aile sud franchit la forêt de
Johannisburg, puis la Pissack et fait 4o kilomètres dans
une nuit (Journal de Genève, 22 février).
Les Russes progressent sur laBzura et sur le front de
Mezo-Laborcz, où il font 3.5oo prisonniers en un jour.
Les attaqiles au col de Tucholka ont été repoussées.
Dans toutes les églises de France, on a récité la
prière pour la paix composée par le Pape ; mais les offi-
ciants ont précisé qu'il s'agissait d'une paix conforme à
la justice.
Le Journal de Genève prétend établir que « l'indus-
trie russe militaire est aujourd'hui égale, sinon supé-
rieure, à celle de n'importe lequel des belligérants ».
Lundi 8 février. — Les Allemands bombardent
Furnes, Ypres et Soissons.
Les Allemands prennent Johannisburg et y font 0.000
prisonniers.
Accalmie sur le front de la Vistule, où les Allemands
ont perdu des dizaines de milliers d'hommes pendant
six jours d'ofYensive sur le front Borgimov-Gumine.
Les Russes progressent vers Bartfeld et font 5. 200 pri-
sonniers au col de Lupkov.
L'armée turque d'Egypte est en pleine reti^aite.
Le Breslaii bombarde Yalta ; la flotte russe bom-
barde Trébizonde.
Millerand écrit au général Percin : « Il est absolu-
ment établi que vous n'êtes en rien responsable de l'é-
vacuation de Lille au mois d'août igi^- »
}
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 27
Mardi 9 février. — Le ministre autrichien des
Finances, Bilinski, est remplacé par l'Allemand Kœrber.
Les Allemands marchent sur Lyck ; les Russes éva-
cuent Biala. L'aile nord allemande attaque et repousse
les Russes vers le sud-est.
L'escadre autrichienne de Gattaro est hors de portée
des navires français.
Le Japon tente d'imposer à la Chine un protectorat
partiel et demande une réponse à bref délai, a Nul n'i-
gnore plus que c'est un accroissement de sa puissance
en Chine que le Mikado envisageait comme compensa-
tion de son concours militaire éventuel en occident. »
(Temps, i4 février.)
La Russie aurait fait savoir à la Bulgarie que, si elle
trahissait la cause slave, elle disparaîtrait en tant qu'État
indépendant(?).
Gérard, ambassadeur des Etats-Unis, est hué au
théâtre à Berlin.
A la Diète prussienne, le socialiste Hirsch dit que son
parti refuse son appui au Gouvernement et que tout
le monde demande la paix.
Jules Guesde dit à une réunion de socialistes fran-
çais : (( Cette guerre, qui nous a été imposée, nous ne
la faisons pas à la nation allemande, à laquelle nous
sommes prêts à tendre une main fraternelle, dès qu'elle
en aura fini avec son Kaiser et l'impérialisme prussien
dont elle n'est pas moins victime que nous. »
Sembat dit à la même réunion : « Le parli socialiste
veut, après la victoire, la limitation des armements,
l'inspection et le contrôle international de la fabrication
des canons et des munitions, l'arbitrage obligatoire. »
La réunion donne mandat à ses délégués de s'inspirer,
à la Conférence de Londres, des discours de Guesde et
de Sembat {Figaro, 1 1 février).
Du 26 janvier au 9 février, les Russes ont fait
So.ooo prisonniers, avec 25 canons et 80 mitrailleuses.
Mercredi 10 février. — Les Allemands, poussant
devant eux les Russes, occupent la ligne de Pillkallen-
Vladislavov,
28 CTIRONOÎ,OGIE DK LA GTTERnT;
Les Russes avancent au sud du col de Dukla et de
Lupkov, mais reculent en Bukovine.
La Gazette de Cologne dit que l'Allemagne menace
de laisser mourir de faim ses Goo.ooo prisonniers, ainsi
que les habitants des régions qu'elle occupe {Figaro,
1 1 février).
La guerre coûte h la Russie 35 millions par jour et
lui a coûté, jusqu'au i" janvier, 7 milliards.
Jeudi il février. — Poursuivant leurs progrès,
les Allemands occupent la route de Gumbinnen à Vyl-
koviczki.
La retraite russe en Bukovine continue. L'avant-garde
autrichienne est à Suczeva ; Kimpolung est pris.
Trente-quatre avions anglais Dombardent Ostende,
Blankenberghe, Middelkerke et Zecbrugge.
The Nation (New-York) écrit : « Le nouvel ordre de
l'Amirauté allemande est, pour les trois quarts, un
blaf. y>
A partir de ce jour, les Allemands ne pourront acheter
du pain (3oo grammes par jour) que sur présentation
d'iui bon.
Les Jésuites élisent général le candidat austro-alle-
mand Ledochowski.
Vendredi 12 février. — ■ Une note de Washington
rend l'Allemagne responsable de tout tort fait à un ci-
toyen ou à un navire américains. Une autre note adressée
à Londres fait des réserves sur l'usurpation du pavillon
des Etats-Unis en mer.
Quinze obus allemands tombent en territoire suisse.
Entrant en Russie, les Allemands occupent Kalvaria et
Mariampol. Les 56^ et 83^ divisions russes sont anéanties,
la 27' très maltraitée. Les garnisons des fortifications
allemandes attaquent les Russes en retraite derrière
l'Angerapp et Loetzcn.
Guillaume II est à Instei-burg, quartier général du
maréchal de Hindenburg.
Les Allemands disent qu'en Prusse orientale ils ont
pris 26.000 Russes et 20 canons.
En Bukovine, les Autrichiens atteignent le Sereth.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 29
Dans la région de Tchorokh (Caucase), les Russes ont
franchi la frontière turque.
La Bulgarie dément que son emprunt, conclu à Berlin
avant la guerre, marque l'orientation de sa politique.
Samedi 13 février. — Les Allemands occupent
Norroy, au nord-est de Pont-k-Mousson.
Vifs combats pour les défilés des lacs à Lyck ; la ville
prise, Guillaume II y accourt et harangue ses troupes.
Les Autrichiens reprennent l'oftensive aux cols de
Dukla et de Vyshkov.
Des bandes albanaises franchissent la frontière serbe
vers Prizrend.
Suivant des calculs allemands, les trois premiers mois
de la guerre auraient coûté 7 milliards à l'Allemagne
et 6 à l'Autriche.
Les Russes ont fait, depuis le début de la guerre,
plus de 5o.ooo prisonniers turcs.
Dimanche 14 février. — Les Russes évacuent la
Prusse orientale, se retirant sur le Niémen.
Les Autrichiens occupent Nadvorna et Radautz ciî
Bukovine.
Lorand déclare, au nom de Ghenadief, que la Bulga-
rie n'a aucun engagement avec l'Autriche et veut rester
neutre ; elle espère que la bienveillance de l'Europe lui
rendra la Macédoine (Journal de Genève, i4 février).
Les délégués socialistes des pays alliés tiennent une
conférence k Londres. On décide de continuer la lutte
à outrance, mais en répudiant toute guerre de conquête.
« Les socialistes ne veulent pas 1 anéantissement de
l'Allemagne, ni politique ni économique, et déclarent
qu'ils appuient la guerre non conti^e les peuples, mais
contre les gouvernements qui les ont entraînés à l'agres-
sion. »
Lundi 15 février. — Une bataille sérieuse com-
mence dans la région des Hurlus, entre Champagne et
Argonne.
Les Français ont évacué quelques villages de la vallée
de la Lauche et Remspach.
30 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Des forces allemandes supérieures tentent vainement
d'envelopper les Russes dans la région d'Augustov. Les
Russes se replient sur Kovno et Ostrolenka.
Entre Vistule et Warta, les Allemands occupent le
front Plotsk — Racionz.
L'invasion albanaise a été repoussée par les Serbes.
L'Allemagne établit le monopole de l'avoine.
Lloyd George dit aux Communes : « Les Allemands
ont manq^ué la marée qui devait les conduire au triomphe .
Désormais, les armées allemandes ont aussi peu de
chance d'écraser la France que d'atteindre la planète
Mars. »
Mardi 16 février. — L'Allemagne a répondu aux
Etats-Unis qu'elle est prête k renoncer à l'attaque des
navires neutres par sous-marins si l'Angleterre cesse
d'empêcher le ravitaillement de la population civile
allemande.
Les Anglais regagnent du terrain au sud d'Ypres.
Dans la nuit du 1 6 au 17, de violentes contre-attaques
allemandes sont repoussées à l'est de Reims; la lutte
est très vive entre Mesnil-lès-Hurlus et Massiges, où les
Français gagnent du terrain.
On prétend que des troupes anglaises sont arrivées
dans les Vosges et à Belfort.
D'après le communiqué allemand, la bataille de
9 jours en Mazurie s'est terminée par la défaite complète
de la 10* armée russe (6 divisions d'infanterie et
plusieurs de cavalerie), qui aurait perdu 5o.ooo pri-
sonniers, 4o canons, 60 mitrailleuses et un énoi'ine
matériel.
Les Autrichiens prennent Kolomea.
Des avions français bombardent la gare de Fribourg-
en-Brisgau.
Quarante avions anglais et 8 français bombardent le
môle de Zeebrugge,
Le général Pau arrive à Athènes.
Trente mille Belges ont été enrôlés à Folkestone et
au Havre ; l'armée belge sera reconstituée au printemps
et plus forte qu'en août I9i4-
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 31
Mercredi 17 février. — Les Français progressent
dans la région de Perthes, au bois de La Grurie et en
Alsace.
Combats acharnés sur la rive droite de la Vistule.
Les Autrichiens rentrent à Gzernovitz.
A un nouveau bombardement de Belgrade, les Serbes
répondent en bombardant Semlin.
Un dirigeable allemand atterrit en Danemark ; l'équi-
page est interné.
La Stanipa, journal de Giolitti, annonce la faillite du
plan allemand de satisfaire l'Italie par la cession du
Trentin.
(( La supériorité de nos approvisionnements en mu-
nitions s'affirme de plus en plus. » {Communiqué de
quinzaine.)
Jeudi 18 février. — Des centaines de déserteurs
allemands passent en Hollande.
Les Français reprennent Norroy.
Combats à Tauroggen et au sud-ouest de Grodno.
Les Allemands prétendent avoir fait, dans la Prusse
orientale, t)/(. 000 prisonniers avec 71 canons, 100 mitrail-
leuses et i5o wagons.
Guillaume II dit que les Russes ont transformé la
Mazurie en désert; on déconseille aux habitants émigrés
d'y revenir.
Du 16 au 18 février, les Russes arrêtent l'offensive
allemande sur la ligne Plotsk — Racionz.
Les Russes se retirent au delà du Pruth.
On note que les Austro-Allemands ont échoué dans
leur triple tentative : 1° de faire lever le siège de
Przemysl ; 2° de regagner le district pétrolifère de Strij ;
3° de résister à l'avance russe par le col de Dukla vers
la Hongrie.
Les journaux officieux bulgares protestent contre la
c( barbarie grecque et serbe » qui oblige des milliers de
Bulgares macédoniens à se réfugier en Bulgarie.
Commencement du « blocus sur papier » des côtes
anglaises ; ordre est donné de torpiller tous les navires
dans la zone de guerre, sans examen préalable ni effort
O^ CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
pour sauver les passagers. Un cargo français est torpillé
à 3o milles de Dieppe, mais peu endommagé.
Un second dirigeable allemand se perd sur la côte
du Jutland.
Un hydravion anglais survole les Dardanelles et
bombar(ie des dépôts de munitions.
Grande démonstration belliqueuse à Rome. La
Chambre italienne entend un discours du garibaldien
Golajanni sur les petits-lils de Garibaldi tombés en
Argonne.
La Gazette de Cologne écrit : « Gelui qui, après la
note allemande en réponse aux Etats-Unis, interprète
défavorablement la conduite de l'Allemagne, cesse par
cela même d'être neutre à notre égard. »
L'Allemagne prohibe l'envoi de charbon aux neutres,
sinon en échange de blé ou de cuivre.
Vendredi 19 février. — L'Angleterre déclare aux
Etats-Unis qu'elle considère les vivres comme contre-
bande et appelle leur attention sur les violations des lois
de la guerre commises par les Allemands.
Depuis le i5, la bataille continue entre Champagne
et Argonne ; les Allemands se sont renforcés ; les pri-
sonniers qu'on leur fait appartiennent à deux corps ac-
tifs et trois corps de réserve.
Du ig au 21, un gros mortier allemand bombarde,
sans grand effet, le fort de Douaumont (défense de Ver-
dun).
Les Allemands descendent d'Augustov vers Ossovetz
pour tourner les défenses de la Vistule par le nord. Le
combat s'engage avec violence sur les rives droites de la
Bobr et de la Narev, dans les régions de Lomza, Os-
trolenka, Prasnjch et Plonsk.
Les Allemands ne sont plus qu'à 24 kilomètres de
Novogeorgiesk ; ils semblent vouloir attaquer Varsovie
du nord et de l'ouest et couper une des voies ferrées de
Varsovie à Petrogi-ad.
Les Russes repoussent deux sorties de Przemysl.
A rencontre des communiqués autrichiens qui par-
lent de 29.000 prisonniers russes en Bukovine, un com-
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 33
iiiuuiqué de Petrograd déclare que les Russes ont perdu
moins de 12.000 hommes dans cette province.
L'escadre anglo-française bombarde les Dardanelles
et fait taire les batteries turques de la côte d'Europe.
Des navires autrichiens, sortis de Cattaro, bombardent
les positions monténégrines.
Le général Pau arrive à Nisch.
Berliner Tageblatt : a La conviction générale est
que, si la guerre actuelle se termine victorieusement,
elle ne demeurera pas sans résultats ; mais il est beau-
coup plus difficile de s'imaginer comment en pourra
sortir une plus grande Allemagne. »
Samedi 20 février. — Les Allemands dessinent
leur attaque sur Pi'asnych.
On publie les lettz^es échangées le i" août entre le
E résident Poincaré et le roi George. Elle prouvent que
i France ne voulait pas la guerre et que l'Angleterre
désirait, si possible, rester à l'écart.
Du 21 janvier au 20 février, les Russes ont pris, dans
les Garpathes, 47-65o soldats, 6go officiers et 17 canons.
Dimanche 21 février. — Léger recul des Fran-
çais aux Éparges et en Alsace.
Gombats opmiâtres sur la Bobr et la Narev.
Les Serbes rentrent sur territoire autrichien en face
de Ratcha et de Mitrovitza.
Un avion allemand lance des bombes sur le comté
d'Essex.
On assure que le Gouvernement russe aurait décidé
la formation d'une armée exclusivement polonaise, avec
officiers polonais.
Contrairement à la Gazette de Francfort, inspirée
par Bûlow, qui demande à l'Autriche de faire des
concessions territoriales à l'Italie, la Neue Freie Presse
écrit : « Pas un pouce de notre territoire ne doit être
perdu. »
Lundi 22 février. — Les Français continuent leur
avance de Perthes-lès-Hurlus vers Gernay-en-Dormois.
Effroyable bombardement de Reims "(i.5oo obus);
68. CHnONOLOUIE DE LA. GUERHB 8
d4 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
la voûte intérieure de la cathédrale est crevée ; 20 mai-
sons sont incendiées, 20 civils tués.
Le communiqué russe relate le revers subi : dans la
retraite de la 10* armée sur Kovno, le 20' corps a été
presque anéanti. Le reste de la 10= armée, se repliant
pendant neuf jours sur un terrain très difficile, est sorti
le 19, par Augustov, de la zone des combats. L'action
continue près d'Ossovetz et de Plock. Le communiqué
est muet sur Gzernovitz, mais dit que l'ennemi a occupé
Stanislau.
Le communiqué russe indique une offensive russe
sur la route de Grodno a Lipsk, sur celle de Lomza
et entre Ratzionetz et Plonsk (5oo prisonniers).
Les Allemands avancent de Plonsk surVizogrod.
Sur la rive gauche de la Vistule, près de Moghely,
prise de tranchées allemandes et explosion de mines
(5oo Allemands tués).
Les Turcs se retirent de Damas et d'Egypte.
La Norvège demande des explications à l'Allemagne
au sujet du torpillage du Belriage.
Un dirigeable survolant Calais a endommagé la ligne
Saint-Omer — Hazebrouck — Dunkerque et tué cinq per-
sonnes.
Les Alliés déclarent le blocus de l'Afrique orientale
allemande.
Malgré l'agitation belliqueuse en Italie, ce pays
reçoit du charbon de l'Allemagne et lui envoie, dit-on,
quantité de vivres et de contrebande ; on en conclut que
le Gouvernement italien continue à agir comme si la
Triple Alliance l'obligeait encore.
Le général Pau est reçu à Sofia par un aide de camp
du Roi.
La Roumanie mobilise huit classes de réserve.
Une convention pour le transit des marchandises est
.signée entre la Roumanie et la Bulgarie.
Depuis ce jour, en Allemagne, pain et farine ne sont
délivrés que contre des bons.
Les Autrichiens affirment que, depuis la fin de jan-
vier, ils ont fait 49-ooo prisonniers dans les Garpathes.
Lokal Anzeiger : « Gombatlant pour notre existence
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 35
même, nous ne devons tenir aucun compte des récri-
minations des tiers. Nous devons combattre sans merci
ou ne pas combattre du tout. » Réponse du World :
« Le président Wilson a fait clairement comprendre
que les Etats-Unis ne toléreront pas une politique de
loi de Ljnch sur mer aux dépens des vies et des biens
de leurs citoyens. »
Mardi 23 février. — Dans les forêts d'Augustov,
deux régiments russes crus perdus ont rallié leur corps.
Des patrouilles allemandes cherchent k passer sur la
rive droite du Niémen.
La contre-oflensive russe se développe au nord de
Varsovie, soutenue par la lourde artillerie d'Ossovetz.
Les Autrichiens se retirent sur Czernovitz, renonçant
à l'offensive.
L'escadre franco-anglaise, comprenant le super-
dreadnought Qaeen Elisabeth (i5 canons de 16 pouces),
reprend le bombardement des forts des Dardanelles.
Les Russes ont battu les Turcs sur la rive gauche
de richtal-sou (Caucase).
La compagnie de délaarquement du Desai'œ chasse
les Turcs d'Akaba.
Mouvements insurrectionnels à Prague.
On dit à Rome que l'offensive des Allemands dans la
Prusse orientale leur coûte déjà 100.000 hommes.
Le colonel Fcjler écrit dans le Journal de Genève :
(( Le récent événement de Prusse orientale paraît un
nouvel acte du vaste duel qui se poursuit depuis la fin
d'août 191/+ entre les chemins de fer de l'Est allemand
et la profondeur des territoires russes. »
Le Temps : « On ne conteste pas en Amérique le droit
de l'Angleterre de saisir comme contrebande de guerre
les ravitaillements destinés à l'Allemagne, où le Gou-
vernement s'est chargé d'organiser lui-même l'alimen-
tation des civils. Les propositions faites par les Alle-
mands aux Etats-Unis de faire constater par des con-
trôleurs américains que les céréales américaines sont
consommées par la population civile seule, sont un aveu
de l'embarras où se trouve le Gouvernement impérial. »
36 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Il reste 09.600 prisonniers civils français en Allemagne.
Mercredi 24 février. — Combats acharnés sur la
rive droite de la Narev et sur la Bobr jusqu'à la Vis-
tule. Les Allemands prennent d'assaut Prasnvch.
Les Russes enlèvent Moghelj au sud-est de Bolimov
et s'y maintiennent.
Dans les Garpathes, combats k l'est de Lupkov ;
succès russes dans la région de Munkacz et au sud de
Dukla. Les Russes reprennent Kolomea.
L'Amirauté anglaise interdit à la navigation la mer
d'Irlande et le canal du Nord qui conduit de l'Atlantique
à la mer d'Irlande.
Un torpilleur français coule un sous-marin allemand
près de Boulogne ; Cuxhaven s'inquiète de l'absence de
deux autres sous-marins.
Le torpilleur français Dagae, escortant un convoi
pour le Monténégro, a heurté une mine et a coulé dans
le port d'Antivari.
Du 18 au 24 février, 7 navires anglais ont été coulés
par des sous-marins.
On apprend qu'un régiment indien à Singapour s'est
révolté ; le désordre a été réprimé par la marine alliée.
On recommence à parler d'un prince allemand blessé,
soigné à Strasbourg et décédé, dont la mort aurait mis
en deuil la cour de Berlin.
Jeudi 25 février. — Violent combat le long du
canal d'Ypres.
Au nord de Grodno, à Svenstoiansk, les Allemands
franchissent le Niémen, mais sont rejetés sur la rive
gauche.
L'artillerie allemande commence à bombarder Os-
sovetz.
Le dégel sur la Vistule arrête les opérations alle-
mandes.
Les Allemands sont chassés de Prasnych et perdent
2,000 prisonniers.
Les Russes reprennent Stanislau.
On a commencé à draguer les mines des Dardanelles,
en continuant le bombardement des forts.
I
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 37
La presse norvégienne est très irritée de la destruction
de navires norvégiens par les torpilleurs allemands.
Pendant la première semaine du hlocus sous-marin,
18-20 février, 7 navires anglais, i français et 3 norvé-
giens ont été coulés; pendant la même période, i.5oo
navires sont entrés dans les ports réputés bloqués et en
sont sortis, ce qui fait moins de i °/o de perte. Pendant
la seconde semaine du hlocus, il n'y a eu de coulé qu'un
sous-marin allemand.
Manifestations belliqueuses en Italie, violemment
contrariées par une partie des socialistes.
Le général Pau est reçu avec enthousiasme à Bucha-
rest.
Vendredi 26 février. — Les Français progressent
en Champagne au nord de Mesnil.
Les Allemands, renforcés, attaquent de nouveau
Prasnych et le reprennent, mais en sont chassés par les
Russes qui font la garnison prisonnière (5.4oo hommes,
54 officiers). La retraite allemande de Prasnych a pris
l'allure d'une déroute ; les Rtisscs se sont emparés de
12 canons.
Les Russes font 3. 600 prisonniers près de Munkacz
et 7.000 à Dolina.
Les Autrichiens sont repoussés au nord et à l'est de
Stanislau.
Le dragage des mines des Dardanelles a été effectué
jusqu'à 4 milles de l'entrée; trois croiseurs cuirassés se
sont alors avancés dans le détroit. Des détachements,
mis à terre, ont achevé de détruire quatre forts ; un
fort turc a sauté avec sa garnison.
Les sous-marins al!em;!nds laissent passer les paque-
bots hollandais.
Samedi 27 février. — Les Français prennent le
fortin de Beauséjour en Champagne (détails dans le
Figaro, 12 mars).
Au bois de Malancourt, les Allemands aspergent une
tranchée française avec un liquide enflammé.
^ iolenfs combats sur la rive gauche du Niémen.
38 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
En Galicie orientale, les Russes font 4-ooo prison-
niers. Ils reprennent l'offensive en Bukovine,
Il y a 5o.ooo Turcs sur la côte d'Europe, i5.ooo sur
la côte d'Asie.
Le Dacia a été arrêté par la croisière française et
conduit à Brest.
La Stampa écrit : « La mobilisation des esprits abou-
tira, en temps opportun, à la mol^ilisation de l'armée. »
Dimanche 28 février. — Les Allemands creusent
des tranchées minées autour d'Anvers. Ils bombardent
de nouveau Soissons et la cathédrale de Reims.
Les Français progressent au nord et au nord-ouest de
Perthes ; ils ont fait, depuis le lo, i.ooo prisonniers.
Les Allemands sont en pleine retraite à l'ouest de
la Narev. La grande attaque sur Varsovie a échoué.
Les Russes occupent le fort de Khopa (Caucase).
L'Angleterre déclare le blocus des côtes allemandes
de l'Afrique du Sud.
La Norvège interdit l'exportation du cuivre.
Un ordre allemand enjoint de ménager les munitions.
Il est désormais interdit, en Allemagne, de publier
les cours de Bourse et le taux du change.
Lloyd Georges, parlant à Bangor, dit que les armes
manquent à l'Angleterre plus que les armées et incri-
mine l'abus des boissons.
(( On a comparé les armées formidables de nos alliés
au rouleau compresseur, et l'on a eu raison. Il est bien
dans l'allure habituelle du rouleau compresseur d'aller
tantôt en avant, tantôt en arrière, et d'écraser aussi
bien dans un sens que dans l'autre. » (Zurlinden,
France de Demain, i^' mars.)
Sébastien Herscher, archevêque de Laodicée, écrit
dans le même journal : « Un aumônier militaire alle-
mand, haut gradé et religieux d'un ordre qui passe
pour le défenseur incorruptible du dogme, a eu, il y a
quelques jours, l'occasion de causer en Belgique avec
un supérieur de communauté française. Celui-ci de-
manda à l'aumônier comment il se fait que l'Allemagne
ait déchaîné une guerre aussi monstrueuse. L'aumônier
CHRONOLOGIE DE LA CxUERRE 39
a répondu : c( L'Allemagne a eu raison. Vous enseignez
en théologie qu'un pauvre, exposé- à mourir de faim, a
le droit de prendre un pain là où il le trouve. Eh bien !
l'Allemagne a été réduite, en raison de sa population, à
une situation telle qu'elle avait besoin de territoires
nouveaux pour vivre. Elle a usé d'un droit primordial
que vous ne sauriez contester. »
MARS
Lundi i^'' mars. — Encore 5o obus sur Reims.
Progrès français entre Pcrthes et Beauséjour ; l'attaque
de la Garde allemande a été repoussée.
Les Allemands disent avoir repoussé en Champagne
les attaques de plusieurs corps français, cinq attaques
entre l'est de l'Argonne et Vauquois et plusieurs attaques
à Badonviller.
Dans le communiqué de ce jour, les Allemands disent
que les Français ont employé « de nouveau, comme il y
a quelques mois », des obus qui explosent en émettant
des gaz malodorants et asphyxiants, mais sans causer de
dommages.
Les Russes avancent vers la Prusse orientale ; une
brigade de cavalerie a percé le centre allemand à
Krasno-Sely.
Les Russes menacent le liane nord des positions alle-
mandes pour les obliger k se retirer sur le Niémen.
Les Allemands disent avoir repoussé les Russes au
nord de Lomza et au nord-ouest d'Ostrolenka.
On considère comme terminées les opérations dans
la région de Prasnych ; deux corps allemands, battus,
regagnent la frontière.
Les Allemands avouent avoir reperdu Prasnych,
niais disent avoir repoussé les Russes au nord-ouest de
(liodno,
40 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Du 27 février au i" mars, vaines attaques autrichien-
nes dans les Carpatlfes entre l'Ondava (bassin du Da-
nube) et le San. Cette offensive a été repous.sée avec
de grosses pertes.
Les Russes marchent sur Czernovitz, occupant Sa-
d agora.
Le général Pau arrive à Petrograd.
A Londres, on a coté le 3 °/o allemand à 53 ; à Ams-
terdam, le mark perd i4 °/o.
La Gazette de Francfort proteste contre les doctrines
de haine et déclare absurde la formule de salutation :
« Dieu punisse l'Angleterre ! » Ce n'est qu'une vulgaire
pose théâtrale, pire que ridicule.
Le socialiste Wolfgang Heine a dit à Stuttgart : « Si
l'industrie allemande était détruite, les travailleurs
souffriraient comme les patrons et même beaucoup plus
qu'eux. Le travailleur allemand sait plus que jamais
que le sort de la patrie est son propre sort. » (Le Temps,
2 mars.)
<<; De part et d'autre, les professeurs ont joué un rôle
fâcheux dans la grande guerre. Les professeurs alle-
mands, bien rétribués par l'État, se sont montrés plus
sanguinaires que l'État-major lui-même. Nos professeurs
anglais qui, au début, ont épousé avec empressement la
cause de l'ennemi, réclament maintenant, après sept
mois d'une guerre sauvage, une paix pleine d égards et
honorable pour les violateurs des lois. Heureusement,
au jour de la signature de la paix, on ne demandera
pas l'avis des professeurs. » (Daily Mail, i" mars.)
Il n'est pas vrai que les Allemands aient tiré 4 ou
5 corps d'armée de leur front occidental : un seul corps,
le 21*, a été prélevé sur ce front le 27 janvier et rem-
placé par de nouvelles formations. Les renforts de Hin-
denburg ont été constitués par des corps nouveaux (12=
et 38') et par 3 corps déplacés du front oriental. En
somme, l'armée allemande de Mazurie a été renforcée
de 6 corps. Les Allemands ont sur le front russe 3o corps,
plus 22 corps autrichiens; sur le front français, ils ont
47 corps depuis le mois de décembre. (Times.)
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 41
Mardi 2 mars. — Une note franco-anglaise aux
neutres déclare répondre au blocus sous-marin des
Allemands par le blocus de l'Allemagne. Tout en res-
pectant la vie et les biens des neutres, on confisquera
toute marchandise destinée à l'ennemi. Asquith dit au
Parlement anglais : « Je déclare à notre ennemi, au
nom du Gouvernement et de la Chambre des Commu-
nes, qu'il n'existe pas une forme de pression écono-
mique k laquelle nous n'estimions pas être en droit de
recourir. »
Le Gouvernement américain demande k connaître
les moyens que la France et l'Angleterre comptent em-
ployer pour intercepter les marchandises présumées de
destination, propriété ou provenance ennemies.
Fin d'une vive action engagée le i^'^par les Allemands
pour arrêter les Français au nord-ouest de Perthes.
Nous avons fait 600 prisonniers.
Les Allemands bombardent Ossovetz avec des obusiers
géants, creusant des entonnoirs de 6 mètres de diamètre
et de 2 mètres de profondeur.
Les Russes ont fait à Prasnych 10.000 prisonniers,
appartenant à quinze régiments. Les trois corps alle-
mands battus se retirent sur Mlava et Janovo. Les
Allemands reculent aussi sur Plock.
Les Autrichiens ont fait des pertes énormes en atta-
quant le front russe à Lupkov en colonnes serrées, pour
dégager Przemysl.
Les Russes bombardent Czernovitz.
Reprise du bombardement des Dardanelles, arrêté
par le mauvais temps; 52 navires sont entrés dans le
détroit.
Un navire de la ligne Hollande-Amérique est torpillé
à Reachy Head et rentre avarié à Rotterdam.
L'Autriche a organisé une « semaine des métaux i>
[lendant laquelle seront recueillis tous les objets en métal,
l'acier excepté. Le Gouvernement confisque tous les
stocks de farine; 200 boulangeries de Vienne ont dû fer-
mer.
Propos entendu à Cologne : « Nous rendrons les
tranchées ennemies intenables en y projetant des bom-
42 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
])es remplies d'une dissolution de soufre et de phosphore
dans le sulfure de carbone. C'est ça qui brûle joliment. »
{L'Information, 3 mars.)
Mercredi 3 mars. — Nouveau bombardement de
Reims.
Les Français repoussent, au nord-est de Mesnil, les
attaques de deux régiments de la Garde.
Les Russes reprennent Stanislau.
Une escadrille autrichienne a bom])ardé Antivari,
coulant un navire chargé de vivres ot le yacht royal
monténégrin.
Aucun navire anglais n'a été torpillé entre le 24 fé-
vrier et le 3 mars.
Combat à Ghadir dans la vallée du Tigre ; les Turcs
ont le dessous.
Un aviateur français fait sauter la poudrière de Rolt-
weil, au cours d'un raid de 3oo kilomètres.
Un grand conseil de la Couronne est convoqué à
Athènes.
Le général Pau estreçu à Tsarskoié-Sélo par Nicolas IL
« Dans la guerre déclarée à la Prusse, écrit le Novoïé
Vrémia, les Russes sont aussi décidés que les Français
et les Anglais à en finir avec le militarisme prussien. »
Le Temps résume un article de Ludwig Ganc[hofer
(Nouvelles de Munich), célébrant le pillage organisé des
territoires envahis : « Le total des profits réalisés par
l'Allemagne derrière le front ouest des opérations depuis
le commencement de la guerre peut se chiffrer à envi-
ron 2 milliards. »
Jeudi 4 mars. — Dans la région de Stanislau, de-
puis le 21 février, les Russes ont pris ig.ooo hommes,
5 canons, 62 mitrailleuses.
Le croiseur russe Askold rejoint la flotte alliée dans
les Dardanelles.
Un sous-marin allemand est coulé près de Douvres ;
un autre est canonné dans la Manche.
Les Anglais bombardent Dikéli et Résika.
L'autorité militaire interdit à Stuttgart un meeting
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 43
de socialistes radicaux qui voulaient prendre parti pour
Liebknecht.
Suivant un secrétaire de l'ambassade de Russie à
Rome, la Russie a 4 millions d'hommes en campagne ;
elle en aura 800.000 de plus en avril. Elle fabrique
20 millions de cartouches et Go. 000 projectiles par
jour. Elle détient prisonniers i5o.ooo Allemands et
470.000 Austro-Hongrois.
La Neiie Freie Presse dit que le bombardement des
Dardanelles est l'événement le plus grave de la guerre,
parce qu'il annonce la rupture de réqui]il)re médi-
terranéen au profit de la Triple Entente.
Vendredi 5 mars. — Les Français recommencent
l'attaque du Hartmannswillerkopf, tentée infructueu-
sement le 2G février; les attaques continuent le 17 et
le 28, puis le 24 et le 26 mars (relation détaillée dans
la Liberté du 5 avril).
Les Allemands concentrent de grandes forces entre
Thorn et Mlava.
Les Russes ont traversé la Ristritza au sud, à l'ar-
rière des Autrichiens.
Rombardement des forts intérieurs des Dardanelles.
Von der Goltz demande inutilement à l'Allemagne un
renfort de 5o officiers allemands.
Une escadre anglaise bombarde les forts de Smyrne.
Un dirigeable s'abat a Tirlemont (17 moi'ts).
Deuxième conseil de la Couronne h Athènes.
La vente de la farine est interdite à Rerlin les ven-
dredi, samedi et dimanche.
Lovât Fraser écrit {Daily Mail) que si la victoire doit
être difficile, il sera plus difficile encore d'établir de l'or-
dre après. Comment fermer la Méditerranée à 70 mil-
lions d'Allemands ? Comment mettre les Magyars et les
Saxons de Transjdvanie à la merci des Roumains ?
Comment confiner 10 millions de Turcs en Asie-Mi-
neure ?
Samedi 6 mars. — La réponse allemande à la
note des Etats-Unis formule des prétentions inaccep-
tables comme prix de la cessation du blocus sous-marin.
44 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Les Allemands accumulent de l'artillerie lourde
devant les lignes ançjlaises à Ypres.
Les Allemands résistent aux Russes sur le Niémen et
entre Mlava et Chorzele.
Des troupes allemandes sont ramenées de Temcsvar
en Hongrie vers la Prusse orientale.
Les Autrichiens attaquent sans succès au col de Lup-
kov, visant Sanok. En général, les attaques autrichien-
nos diminuent d'intensité dans les Carpathes, où un
million d'hommes avaient été massés pour dégager
Przemysl et reprendre Lemberg.
Le Gouvernement français annonce qu'un corps ex-
péditionnaire est en formation dans l'Afrique du Nord.
Les familles des officiers allemands quittent Cons-
tantinople pour Bucharest.
Le Qaeen Elisabeth, embossé dans le golfe de Saros,
bombarde indirectement les forts de la côte d'Asie près
de Ghanak.
Les autorités du port de New- York empêchent le dé-
part clandestin du Vaterland (ligne Hambourg-Amé-
rique) et du G. Wasinngton (Lloyd allemand).
Quatre bateaux norvégiens ayant été coulés par les
Allemands, le sentiment public est très excité contre eux
on Norvège.
Depuis" le début du blocus, les Allemands auraient
perdu sept sous-marins.
Le roi de Grèce s'opposant à l'entrée en action de la
Grèce, soi-disant à cause d'inquiétudes du côté de la
Bulgarie, Venizelos donne sa démission et Zaïmis est
chargé de former un cabinet.
Le colonel Feyler, dans le Journal de Genève, met
en évidence les contradictions des bulletins allemands
et français sur les opérations en Champagne depuis le
24 février.
Dimanche 7 mars. — Un très vif combat a com-
mencé dans les dunes à l'ouest d'Ostende.
Il y a douze sous-marins allemands à Zeobruggc,
réparé et fortifié.
Les Allemands se retirent à travers les forêts d'Au-
gustov.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 45
Les Autrichiens continuent à attaquer vers Baligrod.
Six avions anglais bombardent Ostende.
Au Gap, le colonel Van Deventer annonce la prise du
camp rebelle de Nabas.
Les pertes prussiennes atteignent 1.002. 212 hommes,
comprenant 6.000 officiers tués.
Lundi 8 mars. — Violents combats sur le front,
du Niémen à la Vistule.
Les Allemands attaquent sur la rive droite de la
Pilitza, au nord d'Opozuo.
Le bombardement d'Ossovetz a repris.
Les Autrichiens massent des troupes sur les fronts
de Grahovo et de la Drina. Les Monténégrins bombar-
dent Fotcha, en territoire autrichien.
La flotte russe de la Mer Noire bombarde Héraclée
el les localités voisines, détruisant les édifices et han-
girs qui servent à la manipulation de la houille.
Salandra, parlant à Gaëte, dit que l'Italie met toute
son espérance en son armée. Il a eu une entrevue avec
Giolitti ; on dit qu'ils sont d'accord.
Zaïmis ayant renoncé à former un cabinet, ce soin
a été i-emis à Gounaris, député de Patras.
De Rome à V Information : c( Le recul du roi Cons-
tantin débarrasse des points noirs l'horizon du Dodéca-
nèse et facilite à la nouvelle Italie sa pénétration future
en Asie Mineure. »
Dans un conseil de la Couronne tenu à Vienne,
l'Empereur accepte le principe d'une rectification de
frontière en faveur de l'Italie.
L'Angleterre concède que le coton américain assuré
ou consigné avant le 2 mars pourra être introduit en
Allemagne, ou qu'il sera acheté par l'Angleterre à sa
valeur.
Entrée en campagne avec 6 divisions d'infanterie et
I de cavalerie, l'armée belge compte aujourd'hui
G divisions d'infanterie et 2 de cavalerie. {O/Jiciel.)
Mardi 9 mars. — Vive attaque allemande à Notrc-
Damc-de-Lorettc (ouest de Lens).
46 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Par suite du bombardement d'Héraclée, Constan-
tinople commence à manquer de charbon.
Les Russes avancent au delà du Tchorokh et vers
l'Azerbeidjan. Leurs opérations sont facilitées par
l'attaque des Dardanelles, qui détourne vers l'ouest
les troupes d'Erzeroum.
On dit que l'Allemagne a perdu dix sous-marins.
Après de longues hésitations, Burian consent à traiter
au sujet des compensations réclamées par l'Italie.
Le dernier contingent canadien débarque en Angle-
terre.
Le Parlement anglais adopte une loi donnant au
Gouvernement le droit de réquisitionner des usines et
de les utiliser pour la fabrication des munitions.
Mercredi 10 mars. — Les Etats-Unis envoient une
nouvelle note à la France et à l'Angleterre, expo.sant
leurs objections à un blocus non régulier.
Les Anglais s'emparent de Neuve-Chapelle, entre la
L;i^s et le canal de La Bassée, à l'est de la route d'Es-
taires ; ils font i .000 prisonniers (détails dans la. Liberté,
i5 mars).
Les Russes refoulent les Allemands à l'ouest de
Grodno et au delà du Niémen.
Les Allemands commencent une offensive violente
dans le nord de la Pologne, partant de Chorzele.
Constantinople est défenclu par trois corps turcs ;
deux autres viennent de Syrie, où les Turcs continuent
k construire une voie ferrée vers l'Egypte.
Le croiseur auxiliaire Prinz- Eitel- Friedrich est
arrivé k Newport-Nev^'s, après avoir coulé plusieurs
navires, entre autres l'américain William P. Fnje. Le
croiseur est avarié.
Du 18 février (commencement du blocus) au 10 mars,
l'Angleterre a perdu i5 navires, dont 11 coulés par des
sous-marins. En revanche, du 2/4 février au 10 mars,
4.412 navires sont entrés dans les ports anglais et en
sont sortis.
Le cabinet Gounaris sera neutre, avec sympathie
pour l'Entente.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 47
On raconte qu'on a saisi à Venise des fusils français
expédiés par des Allemands en Tripolitaine et cachés
dans des tonneaux. Cette manœuvre, destinée à brouiller
l'Italie avec la France, est jugée sévèrement à Rome
{Liberté, i5 mars).
Au Reichstag, réuni après trois mois de vacances,
Betlimann-Hollweg a parlé du mur de fer que l'Alle-
magne oppose à. ses ennemis.
On commence à distribuer k Berlin des bons de
pommes de terre, pei'mettant d'en acheter Go kilos par
semaine dans les magasins publics.
La Chambre des Communes a voté à l'unanimité la
proposition de Llojd Georges, tendant à convertir les
usines en fabriques de munitions.
La Bourse de Londres croit maintenant que l'Alle-
magne demandera la paix avant la fin de l'été.
Le bruit ayant couru à New- York que l'Allemagne
faisait des propositions de paix, le blé a baissé de 4 cents
à Chicago.
On prétend à Copenhague que les éléphants de
HagenÉeck sont employés près de Valenciennes à la
réparation des routes.
V Arbeiler-Zeilung de Vienne fait savoir que, depuis
un mois, la Hongrie a défendu toute exportation de blé
en Autriche, où l'on a besoin de cmq millions de
quintaux jusqu'à la récolte. Le journal demande que
les ressources de l'Autriche et de la Hongrie soient
mises en commun ; l'attitude de la Hongrie éveille en
Autriche le soupçon qu'elle cherche k conclure une paix
séparée.
Jusqu'au 3o janvier, l'armée russe a réparé ses pertes
(1.600.000 hommes), sans toucher encore aux classes
1897-1902.
Jeudi 11 mars. — Une escadrille anglaise a bom-
bardé Westende.
Les Anglais continuent k progresser vers Neuve-
Chapelle et occupent l'Épinette, k 2 milles vers l'est d'Ar-
mentières. Les Allemands bombardent Neuve-Chapelle.
D'après un communiqué officiel, qui marque la fin
48 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
de l'offensive en Champagne, les Français y ont gagné,
depuis le iG février, 2-3 Kilomètres de profondeur sur
un front de 7 kilomètres. En revanche, les Allemands
affirment que six corps français n'ont pu obtenir aucun
succès contre deux divisions rhénanes (le communiqué
français établit que les Allemands avaient amené 4-5
corps). Alors que les Allemands prétendent que nous
aurions perdu 44-ooo hommes et eux-mêmes le quart de
ce chiffre, le communiqué français dit qu'on a compté
sur le terrain près de 10.000 morts allemands et qu'on
a fait 2.000 prisonniers. Nous aurions eu c( des pertes
relativement faibles et très peu de prisonniers ».
Le communiqué russe du 12 dit que l'offensive
allemande sur Prasnych est contenue ; il marque des
succès à Lupkov et a Smolnik, villages enlevés à la
droite autrichienne avec beaucoup d'artillerie, l\.ooo
prisonniers, 70 officiers, etc.
A Niezviska, au sud-est de Stanislau, les Cosaques
du Don ont détruit trois escadrons de hussards prussiens.
Le croiseur auxiliaire anglais Bayona est coulé par
une torpille en vue de la côte d'Ecosse.
Un grand sous-marin allemand torpille cinq navires
près de Land's End.
La commission instituée en vue de constater les actes
commis par les Allemands en violation du droit des
gens, a interrogé près de 3oo des 10.000 Français
renvoyés d'Allemagne avant le 28 février. Le traitement
infligé aux prisonniers civils a été atroce ; les Suisses,
tant romands que germaniques, les ont reçus avec
beaucoup de bonté.
Le Temps du 12 publie le résumé d'une brochure
allemande parue eu 191 1 sous le pseudonyme de
Tannenberg. c< Il en ressort que l'augmentation excessive
de la population en Allemagne a été la vraie cause du
renouveau d'espiùt belliqueux. Le traité proposé, après
défaite de la France, représente les idées du Wehrve-
reiii, qui compte 190.000 adhérents. La France cède les
départements des Vosges, de Meurthe-et-Moselle, de la
Meuse, àas Ardennes, pays qui prend le nom de
Westfranken ; les habitants de ce pays sont transférés
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 49
ailleurs par la France et remplacés par des Allemands.
La Hollande et la Belgique entrent dans l'Empire
allemand, avec leurs colonies. Les Wallons de Belgique
sont établis ailleurs par les soins de la France et rem-
f)lacés par des Allemands. La France cède à l'Allemagne
es titres russes qu'elle possède et paie, en outre,
35 milliards de marks. La flotte française passe à
l'Allemagne, ainsi que toutes les colonies, sauf l'Algérie.
Ainsi c( nous aurons enfin la paix ; nous pourrons
poursuivre notre développement pacifique et nous
trouver très bien de notre système de six enfants ». Cela
devait s'appeler le traité de Bruxelles en douze articles;
l'auteur ne prévoyait rien au sujet de la Russie et de
l'Angleterre. « Que l'on rapproche ces clauses de ce
qui s'est passé depuis sept mois : invasion de la Belgique
et du Luxembourg, saisie d'argent et de marchandises,
dévastations systématiques pour faire fuir les popu-
lations et ruiner les industries, confiscation, pillage et
vente des biens des absents. On jugera que les idées de
Tannenberg sont celles qui ont guidé la guerre ac-
tuelle. » (Dampierre.)
Vendredi i2 mars. — Les Anglais ont avancé vers
Aubers, prenant i.ooo soldats et des mitrailleuses.
Les généraux Maunoury et de Villaret sont griève-
ments blessés en inspectant une tranchée près de
Soissons.
Le quartier général allemand aurait quitté Lille pour
Gourtrai.
Les Russes repoussent les Allemands près d'Augus-
tov et se concentrent dans la région de Lipsk. L'artil-
lerie d'Ossovetz continue à bien répondre. L'offensive
allemande dans la région de la rivière Orsicz ne réussit
pas. Les Allemands s'approchent du nord de Prasnych,
jiiais sont repoussés à i.5oo pas des tranchées russes,
aUandonnant les leurs, avec armes et munitions.
Les Allemands ont plus de dix corps en arrière du
liNjut Ghorzele-Mlava et semblent faire de Thorn le
I (Mitre d'une nouvelle opération en masse.
Une partie du corps expéditionnaire réuni dans
68. CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 4
50 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
l'Afrique du Nord est en route pour le Levant où elle
rejoindra les contingents anglais venus d'Egypte.
L'Allemagne aurait perdu douze sous-marins, dont
huit des types les plus récents.
Par l'entremise du prince de Bûlow, l'Allemagne
offre à l'Italie des compensations territoriales aux dé-
pens de l'Autriche, pour prix de sa neutralité.
Les ministres italiens se contentent de prendre note
des offres de Bûlow, qui reconnaissent la légitimité de
l'irrédentisme italien.
Le chitï're d'émission des Bons de la Défense atteint
3 milliards 8G2 millions.
Samedi 13 mars. — Hindenburg livre une qua-
trième Ijataille pour Varsovie â'vec onze corps rassem-
blés entre Mlava et Prasnych, sur les deux rives de
rOrsicz, Le sol étant gelé, on ne peut construire de
tranchées.
Nicolas II est parti pour le front de Pologne.
Le tir indirect du Qaeen Elisabeth atteint les ca-
sernes de Gallipoli.
Beaucoup de familles turques de Constantinople se
réfugient à Brousse et à Koniah.
Le territoire persan est débarrassé des bandes turques
et kurdes, vaincues à Dilman.
Les Allemands ont détruit jusqu'à présent 120 na-
vires alliés dont m vapeurs, 4 croiseurs auxiliaires et
8 balayeurs de mines.
Romanos, ministre de Grèce, s'est rendu au quai
d'Orsay pour protester des sentiments inaltérés de la
Grèce à l'égara de la France.
Dimanche i4 mars. — L'artillerie belge détruit
un point d'appui organisé par les Allemands dans le
cimetière de Dixmude.
Les Anglais repoussent les contre-attaques allemandes
sur Neuve-Chapelle et bombardent les forts de Lille.
Ils ont fait 1.720 prisonniers et mis 10.000 hommes hors
de combat. Un ordre du prince Ruprecht de Bavière
au VIP corps avoue le succès des Anglais, qui, avec
43 bataillons, ont fait brèche dans les lignes allemandes.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 51
Les Allemands bombardent la cathédrale de Soîssons.
Les Français occupent Emberménil (Lorraine).
Le croiseur anglais Amel/tr/st pénètre jusqu'à Nagara,
mais est frappé de trois obus qui tuent 28 hommes.
Un journal italien appelle l'Italie, la Roumanie et la
Grèce « puissances de la Triple Attente ».
Lundi 15 mars. — L'Allemagne a exprimé ses re-
grets aux Etats-Unis au sujet de la destruction du
W. P. Frye et a promis une indemnité au possesseur.
Attaqués au sud d'Ypres, les Anglais perdent et puis
reprennent Saint-Eloi.
Progrès français à Notre-Dame-de-Lorette, au nord-
est de Souain et de Perthes, à l'ouest de Vauquois ;
perte de tranchées minées au bois Le Prêtre.
L'aile gauche russe repousse les Allemands vers la
Prusse.
Vif combat à Przemysl ; les Russes enlèvent des hau-
teurs au nord.
Tempête de neige dans les Carpathes ; les Russes
Prennent 2.5oo Autrichiens vers Smolnik et 2.000 à
est de la voie Stanislau — Koloma.
Trois navires allemands sont coulés par des mines
dans la Baltique.
Mardi 16 mars. — Sir Edouard Grey fait savoir
à l'ambassadeur américain à Londres que les Etats-Unis
pourront commercer librement avec les neutres, sous la
réserve que rien dans ce qui sera transité ne doit tou-
cher l'Allemagne.
Le croiseur allemand Dresden a été coulé, près de
l'île Juan Fernandez, par trois croiseurs anglais.
Des colis postaux de farine sont envoyés des Etats-
Unis en Allemagne.
Mercredi 17 mars. — Les Russes rentrent dans
la Prusse orientale du côté de Tauroggen.
Les Autrichiens, renforcés, reprennent l'offensive en
Bukovine et essaient de passer le Pruth.
Jeudi 18 mars. — Après une lutte ardente, les
52 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Français prennent l'éperon de Notre-Dame-de-Lorette
(récit officiel dans les jonrnaux dn 25).
Les Français attaquent pour la seconde fois aux
Éparges.
Les Russes pénétrent dans Memcl, en sont chassés par
la population qui aide les troupes, puis y rentrent, sans
molester les habitants.
Entrées à 8 heures du matin dans les Dardanelles, les
escadres alliées subissent des pertes graves par suite de
mines flottantes. Le Bouvet est coulé avec presque tout
son équipage ; le Gaulois est endommagé ; les cuirassés
anglais Irrésistible et Océan coulent. La ville de Dar-
danelles est en flammes.
Un dirigeable tue sept cheminots en gare de Calais.
Le Gouvernement anglais a les preuves de tentatives
faites par les consuls allemands en Perse pour ouvrir
ce paj'^s à une invasion turque et provoquer un soulè-
vement dans les troupes indiennes de la frontière.
La Roumanie appelle sept classes (i 909-1 91 5).
La Rulgarie commande Soo.ooo fusils en Italie et
adresse à la Turquie une note menaçante.
Vendredi 19 mars. — Les Russes avancent sur
Tilsit.
Les Autrichiens tentent une sortie de Przemysl, après
un bombardement destiné, semble-t-il, à épuiser leurs
munitions. Les Russes font 3. 000 prisonniers,
La flotte russe, s'approchant du Bosphore, provoque
une panique à Constantinople.
Le général Pau passe par Varsovie, se rendant au
front russe.
A Berlin, devant le palais, deux ou trois mille femmes
demandent c( la paix et du pain ».
Samedi 20 mars. — Les Russes sont chassés de
Memel et battent en retraite, poursuivis (le 22 et le 28)
par le feu des croiseurs allemands.
Dans les Garpathes, près de Smolnik, les Russes font
2.400 prisonniers.
Tempête dans les Dardanelles.
CHRONOLOGIE DE LA GUEURE bô
Le fjénéral Botha a défait une troupe allemande dans
l'Ouest africain.
4o.ooo Autrichiens sont arrivés à Tri este.
L'attaché militaire italien quitte Vienne pour Rome.
La situation est très tendue entre la Chine et le Japon.
Au Reichstag, Ledebur se fait huer en déclarant que
l'Alsace-Lorraine devrait être française. Il a aussi
reproché aux autorités militaires de faire brûler trois
villages russes par chaque village allemand incendié :
« C'est de la barbarie ! » a crié Liebknecht, au milieu
de cris contraires de « Trahison ! » Le budget a été voté
à l'unanimité, moins la voix de Liebknecht.
Dimanche 21 mars. — Les Allemands ont lancé
des obus sur la cathédrale de Soissons et sur Reims,
ainsi que sur l'hôpital civil d'Albert.
L'attaque de l'artillerie allemande sur Ossovetz a
échoué ; un des gros mortiers, endommagé par le feu
russe, a dû être abandonné.
Vers 2 heures du matin, des dirigeables ont lancé des
bombes sur Paris et la banlieue ; l'un d'eux paraît avoir
été atteint. Il y a peu de dégâts.
Les trois quarts de la Pologne ont souffert de l'inva-
sion : 90 villes ou bourgades ont été anéanties, 4-5oo
villages détruits (sur 27.000), i.ooo brûlés. Les pertes
sont évaluées à 2 milliards 5oo millions.
Lundi 22 mars. — Przemj^sl a capitulé, livrant
aux Russes 9 généraux, 98 officiers d'état-major,
2.5oo officiers et fonctionnaires, 116.000 hommes (dont
20.000 blessés et 3. 000 malades), goo canons. On dit
que trois corps russes vont devenir libres pour attaquer
la Hongrie.
Les alliés ont débarqué à Ténédos 3o.ooo hommes,
amenés par l\o vapeurs.
Le Parlement italien s'ajourne au 11 mai.
Sir Edward Grey dit a Bechstein Hall : « Voici la
quatrième fois que la Prusse est partie en guerre contre
l'Europe; nous avons décidé que ce serait la dernière. »
La Gazette de la Croix écrit : c( Nous sojTimes assez
honnêtes pour admettre que la prise de Przemysl est
54 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
mi coup douloureux porté à l'aile droite de notre front
commua. »
Mardi 23 mars. — L'artillerie française arrête un
nouveau ]>ombardement de Soissons, Les Allemands
liombardent de nouveau Reims et attaquent à Vauquois
avec dugondron enflammé.
Il n'v a plus de Russes en Prusse orientale.
Reprise du bombardement des Dardanelles; trois
cuirassés protègent les balayeurs de mines.
Les Anglais mettent on fuite une force turque venue
en douze jours de Bir el Maba à Suez.
Les pertes prussiennes atteignent 1.078.467 hommes.
Le Vorioserts déclare qu'une enquête officielle a éta-
l)li l'inexistence des atrocités reprochées aux Russes
dans la Prusse orientale.
Mercredi 24 mars. — Les Russes ont remporté
des succès vers Bartfeld, k L'zsok et vers Lupkov. Dans
la journée du 22, ils ont fait 5. 600 prisonniers. Depui>
le 21 janvier, ils ont pris 280.000 hommes (y compris
la garnison de Przemysl).
Des avions anglais bombardent les sous-marins alle-
mands à Hoboken près d'Anvers.
Le Chili proteste auprès de l'Angleterre et de l'Alle-
magne contre la violation de la neutralité chilienne lors
de la bataille du i4 mars dans les eaux de l'île Juan
Fernandez.
On assure que des barricades ont été commencées à
Vienne, le 24 et le 25, daas les quartiers populeux de
iNIariahilf et de Josephstadt.
Jeudi 25 mars. — Malgré les renforts arrivés aux
Autrichiens, les Russes progressent et font 1.700 pri-
sonniers sur le front Bartfeld — Uzsok.
Depuis le 28 mars, le front russe a avancé de 45 ki-
lomètres dans le comté de Saros et de 29 sur d'autres
points des Carpathes. Les Russes tiennent toutes les
positions importantes du col de Dukla.
Le sous-marin allemand U 2g, qui avait coulé trois
croiseurs anglais, a été coulé à son tour, avec tout
son équipage.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 55
Le vapeur hollandais Medea est coulé au large de
Beachy Head par un sous-marin allemand.
Von der Goltz s'est rendu à Solia, Liman von Sanders
à Berlin.
Le maréchal French dit à un journaliste : « Je n'ai
jamais été si confiant dans la victoire... La conduite des
Allemands a varié suivant que le commandement a ap-
prouvé ou non les excès commis par les soldats... Les
Français, homme pour homme, valent plus que les
Allemands. »
Vendredi 26 mars. — Nouveau bombardement
d'Arras.
Après plusieurs jours de combat, les Français s'em-
parent du sommet de l'Hartmannswillerkopf, faisant
4oo prisonniers.
Au cours d'un bombardement exécuté par des avions
anglais, le hangar à dirigeables de Berchem-Sainte-
Agathe a été endommagé et les chantiers de Hoboken
incendiés (deux sous-marins détruits, un troisième
avarié j.
Les Anglais sont vainqueurs des rebelles près de
Simla et leur tuent 200 hommes.
Un député socialiste qui a visité Memel dit que les
Russes, bien que combattus par les civils, n'y ont détruit
aucune maison.
Samedi 21 mars. — Troisième attaque française
des Éparges.
Les Russes repoussent l'offensive allemande au delà
du Niémen.
Depuis le 18 février, l'Angleterre a perdu 26 navires
de commerce (99 depuis le début de la guerre).
Le corps de débarquement de YEmden arrive au port
de Lidda, ayant parcouru les 3oo milles qui séparent
Hodeïda de Lidda et éprouvé des pertes par suite
d'une attaque des Arabes.
La Russie détient 600.000 Austro-Hongrois.
Le Tarj, journal conservateur de Berlin, énuuière et
déplore les faux calculs de la politique allemande :
« Ceux qui nous ont conduits à toutes ces erreurs, k
56 CHRONOLOGIE DE LA GUEIVKE
toutes ces grossières méprises sur nos voisins, ont au-
jourd'hui une lourde responsabilité. »
Dimanche 28 mars. — Un détachement autrichien,
parti de Czernovitz, a envahi la Bessarabie vers Chotin.
Reprise, par tir indirect depuis le golfe de Saros, du
bombardement des Dardanelles.
La flotte russe bombarde les forts du Bosphore.
Sur le front de Sarykamisch, les Turcs sont refoulés
vers l'ouest.
La llotte allemande lance 200 obus sur Liban.
Un sous-marin allemand torpille le Falaba, au sud-
ouest du canal de Saint-Georges; il y a 102 victimes,
dont un Américain.
Interdiction est faite, en Autriche, de consommer
plus de 200 grammes de farine par jour.
Lundi 29 mars. — Un avion allemand a lancé un
projectile sur l'abside de la cathédrale de Reims.
L'artillerie française chasse les Allemands de Heu-
dicourt, à 12 kilomètres nord-est de Saint-Mihiel.
Le fort de Douaumont près de Verdun reçoit des
projectiles d'un obusier que les canons français font
taire.
Les Allemands prennent Tauroggen.
Du 20 au 29 mars, dans les Garpathes, les Russes ont
pris 16.000 hommes, 200 officiers, 10 canons. Le 29,
ils ont pris 5. 680 hommes et 4 canons.
La maison Calvert, fortifiée par les Turcs, est bom-
bardée aux Dardanelles.
La Hollande est irritée contre l'Allemagne qui a bom-
bardé un de ses navires, on a saisi deux et en a coulé
un quatrième.
L'amiral von Tirpitz déclare a un journaliste améri-
cain : « Nous ne détestons pas la Russie, nous avons
de la sympathie pour la France, nous haïssons l'Angle-
terre.»
Mardi 30 mars. — Les Allemands disent que, près
de Krasnopol, ils ont tué 2.000 Russes et fait 3. 000 pri-
sonniers ; les Russes disent qu'au même endroit ils ont
fait 200 prisonniers allemands.
CHHONOLOGIE DK LA GUERRE IW
Dans les Carpathes, les Russes ont atteint la région
Volia-Mitchova-Lutoviska.
Le détachement hongrois qui s'avanrait vers Chotin
en Bessarabie a été en partie détruit, en partie capturé
(2.000 prisonniers).
Un contre-torpilleur français coule un sous-marin
allemand au large de Dieppe.
Un avion anglais lance des bombes sur le bassin de
Bruges, abri des sous-marins allemands.
Mercredi 31 mars. — Les troupes turques sont
complètement chassées du Caucase russe.
Du 25 au 3i mars, sur i.ôSg navires de plus de
3oo tonnes entrés dans les ports anglais et sortis,
5 seulement ont été coulés par des sous-marins alle-
mands.
L'Allemagne et l'Autriche sont d'accord pour ne pas
céder Trieste à l'Italie.
Le 3 °/o français atteint le cours de 73.
L'Allemagne a sur le front 71 corps, soit 3.5oo.ooo
hommes. La France a sur le front 2.5oo.ooo hommes ;
il reste dans les dépôts 1.200.000 hommes, auxquels
s'ajoutent la classe 1910 et environ 5oo.ooo dispensés.
Nos réserves dépassent donc les réserves effectives de
l'Allemagne, qui ne sont guère supérieures à 2 millions
d'hommes (calculs contestés).
AVRIL
Jeudi i" avril. — Dans une note amicale, le prési-
icnt Wilson explique en quoi ses idées sur un blocus
•éel s'écartent de celles que les Anglais ont adoptées en
léclarant le blocus de l'Allemagne.
Les Allemands avouent les progrès français au bois
58 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Le Prêtre, où nous avons fait, du 3o mars au i^"" avril,
200 prisonniers.
La poussée russe continue sur le front Marlampol-Au-
gustov et dans les Carpathes vers Uzsok (2.800 prison-
niers).
La Neue frêle Presse déclare que les ellbrts des Au-
trichiens pour retenir les Russes sur la ligne Lipkov — ■
Uzsok n'ont pas réussi et que les Russes sont en posses-
sion des cols. On annonce des mouvements de troupes
allemandes en Moravie.
Les Russes repoussent l'olTensive autrichienne en Bu-
kovine.
Les Russes disent avoir pris ce jour, dans les Car-
pathes, 7.000 soldats et plusieurs dizaines de mitrail-^
leuses.
Des comltadjis bulgares attaquent à l'improviste Va-
landoYO en Serbie, prenant deux canons ; les Serbes
mettent les comitadjis en fuite.
Deux bateaux à feux sont mouillés dans la Manche
vers Folkestone ; tous les navires doivent passer entre
ces bateaux.
Un avion allemand qui venait de jeter des bombes
sur Reims a été abattu.
La Hollande rappelle ses soldats en congé.
Le ministre allemand de l'Agriculture annonce que la
fabrication du pain est assurée jusqu'à la récolte.
Répondant au professeur Kuno Francke, de Harvard,
qui fait appel aux Etats-Unis pour que le territoire de
l'Empire allemand soit respecté dans les traités à venir,
le New-York Herald déclare que l'Allemagne est deve-
nue un paria parmi les nations.
Lord Haldane dit : « Je crois que le monde va s'or-
ganiser de telle sorte qu'aucune nation ne pourra plus,
soit par ambition soit par peur, partir en guerre. »
On a célébré à Berlin le centenaire de Bismarck.
Bethmann-Hollweg a dit : a Aucun Allemand ne per-
mettra qu'on détruise l'œuvre de Bismarck. Les ennemis
font rage autour de l'Empire : nous les battrons. »
Suivant le communiqué allemand, l'armée allemande
CHKONOLOGIE DE LA GUERRE 59
de l'Est aurait fait, au cours du mois de mars, 55. 800
prisonniers russes, avec g canons.
6o5.ooo soldats et 10.700 officiers sont captifs en
Russie.
Vendredi 2 avril. — La cavalerie russe bat la cava-
lerie allemande entre Kalvarya et Suvalki.
Dans les Carpathes, succès russe entre Mezo-Laborcz
et Latovisky (2.100 prisonniers, 3 canons). Les Autri-
chiens ont évacué la f3essarabie.
Dans un conseil de guerre tenu à Gonstantinople,
Liman von Sanders a opiné que, si les Dardanelles
étaient forcées, la capitale devrait être transférée à
Koniah ; le grand vizir et Enver préféreraient, dit-on,
Andrinoplc.
Les aviateurs anglais bombardent Hoboken et Zee-
brugge. Les aviateurs français bombardent les gares de
Mtdheim et de Neuenburg.
Un échange de lettres entre Gounaris et Vénizélos
prouve que ce dernier avait combiné une action gréco-
serbo-bulgare; la Grèce cédait à la Bulgarie 200 kilo-
mètres carrés en Macédoine orientale, avec Gavalla,
mais recevait, en échange, le vilayet de Smjrne
(i4o.ooo kilomètres carrés). L'emprunt bulgare à Berlin
détourna Vénizélos de son projet.
Un ukase appelle 585. 000 hommes de la classe 1916.
Samedi 3 avril. — Combat acharné au nord de
Bartfeld ; les Russes font 1.200 prisonniers. Ils pro-
gressent sur le front Mezo-Laborcz et Uzsok (2.000 pri-
sonniers) et occupent la gare de Tsisna avec de ricnes
dépôts.
Du 20 mars au 3 avril, les Russes ont pris, dans les
Carpathes 33. 000 soldats, 378 officiers, 17 canons,
loi mitrailleuses.
Au nord de Czernovitz, les Russes font i.ooo pri-
sonniers à Okna.
Les premiers contingents du corps expéditionnaire
français débarquent à Alexandrie.
Dans la Mer Noire, la flotte russe échange des bor-
dées avec le Gœben et le Breslaa.
60 CHRONOLOGIE DE LA GUERllE
Le croiseur turc Medjidieh touche une mine et coule
près d'Odessa.
Un avion allemand bombarde Saint-Dié.
Les troupes du Cap occupent Warmbad (Afrique alle-
mande du sud-ouest).
Le ministre de la Guerre américain rappelle la mission
militaire américaine attachée à l'Etat-major allemand,
la situation des officiers étant devenue pénible.
Le chancelier allemand défend aux grandes asso-
ciations allemandes de discuter les conditions de la paix
future.
Gazette de Cologne : « Nous ne sommes pas des en-
fants à qui il faille cacher la vérité. Notre situation est
toujours très grave. Il faut tenir; mais tenir, c'est pour-
voir au pain et à la viande, aux armes et aux munitions.
Cependant la paix n'est pas possible, car l'Angleterre,
qui fait la guerre avec le sang des autres, s'y refuse. »
Dimanche 4 avril. — Un détachement allemand
a passé l'Yser et pris Driegrachten sur la rive gauche.
En Woëvre, les Français prennent Regniéville, à
2 kilomètres ouest de Fej-en-Haje, occupé le !"■.
Les Allemands disent avoir repoussé une attaque
russe contre Mariampol.
Les Russes s'emparent du col de Rostok, après une
vive résistance.
Communiqué officiel de Vienne : « La présence de
grands renforts russes venus de Przemjsl a obligé
l'armée autrichienne à se retirer de la région des
Beskides. n)
Les Autrichiens disent avoir fait i.4oo prisonniers
aux Russes qui essayaient de passer le Dniester.
On croit à Londres que l'incident serbo-bulgare est
clos, le Gouvernement bulgare ayant promis à la Serbie
de punir les comitadjis. Ceux-ci étaient environ 2.000,
assistés d'irréguliers turcs, et avaient pour but de
détruire le pont de la Stroumitza, sur la ligne de Salo-
nique a Belgrade.
La Bulgarie envoie à la Serbie une note explicative,
mais aigre, au sujet des incidents de frontière. 11 ne
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE Gl
s'agirait pas de comitadjis bulgares, mais de musul-
mans opprimés et exaspérés par les Serbes.
Au lieu de repasser la frontière bulgare, les comi-
tadjis poursuivis par les Serbes sont descendus sur la
ville grecque de Dorina.
Le 3 et le t\, les Russes ont délogé les Turcs d'une
forte position près d'Olty.
Le comte Jules Andrassy répond aux bruits d'après
lesquels l'opposition en Hongrie désirerait la paix :
« Nos ennemis se trompent grossièrement s'ils croient
que même une petite partie de la Hongrie facilitera
leur tâche. »
« Seul le parti catholique de la Suisse allemande
demeure inféodé à la cause germanique. » (New-York
Herald).
On dit qu'un ingénieur américain construit pour
l'Angleterre des torpilles aériennes capables de détruire
dirigeables et sous-marins (?).
Lundi 5 avril. — Les Français ont l'avantage au
bois d'Ailly (détail dans le Temps du 24 avril).
Quatrième attaque française sur les Eparges, repous-
sée le lendemain.
En ce jour, dans les Carpathes, les Russes ont pris
2.900 soldats et 3 canons. Tous les sommets de la
chaîne principale des Beskides sont entre leurs mains.
L'offensive russe continue dans la direction d'Uzsok,
sur la rivière Toplia, bien que les Autrichiens aient reçu
d'importants renforts allemands, dirigés sur Lupkov.
Six grands vapeurs allemands auraient été coulés par
des mines allemandes en vue des côtes russes.
On manifeste à Budapest contre le militarisme alle-
mand.
Les Etats-Unis demandent i.i4o.ooo francs d'indem-
nité à l'Allemagne pour la perte du W. P. Frije.
Les Austro-Allemands occupent 53. 000 kilomètres
carrés de territoire russe, avec 5. 5oo. 000 habitants.
Le Bulletin des Armées annonce qu' c<. un obus explosif
nouveau est venu récemment décupler (?) la puissance
de nos canons ».
62 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Sven Hesdin a dit : a Tout vrai Suédois se sent ami
de l'Allemagne et de l'Autriche ; il se sent Germain....
Aussi longtemps qu'il y aura une Suède, nous sentirons,
penserons et agirons en Germains. y>
Mardi 6 avril. — Les troupes belges ont nettoyé
la rive ouest du canal d'Ypres dans la direction de
Driegrachlen.
Au dire de témoins oculaires anglais, les prisonniers
allemands ont raconté que les Allemands ont préparé
des gaz toxiques sous haute pression dans des cylindres
d'acier, pour arrêter l'avance anglaise dans le Nord,
Les Austro-Allemands attaquent sur le versant est de
la vallée de l'Ondava et sont repoussés. Les Russes
traversent la crête principale près de Volossale.
Les Autrichiens bombardent de nouveau Belgrade,
mais l'artillerie serbe réduit la leur au silence.
Beaucoup d'Allemands, avertis par leurs consuls,
quittent l'Italie.
La Gazette de Cologne dit que la note des États-Unis
à l'Angleterre semble avoir été rédigée contre l'Alle-
magne, à qui elle reproche, quoique de façon voilée, de
ne pas observer les règles de la guerre. « C'est la carte
blanche donnée aux Anglais de conduire cette guerre à
l'aide de la famine. >)
Le total des pertes allemandes en officiers dépasse
sensiblement la moitié des effectifs de paix.
Berliner Tageblatt : a L'attente d'un Empire allemand
embrassant le monde est de pure fantaisie. Nous avons
a défendre notre pays et nos foyers, à conserver l'exis-
tence et l'indépendance de notre nation. Il faut avouer
que nous avons surfait notre force et déprécié celle de
nos ennemis. Nous ne devons pas oublier que nous nous
battons contre tout le monde et que nous ne possédons
pas de sympathies. »
Deutsche Tageszeitiing : « Nous sommes inquiets,
parce que nous sommes isolés. Le jour baisse sur
notre pays. »
Mercredi 7 avril; — Les Français progressent à
l'est de Verdun et aux Éparges.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 63
Les Russes sont en possession de la crête des Gar-
pathes entre Zboro et Volossate, sauf la hauteur 909,
à mi-chemin entre les passes de Lupkov et de Rostok.
Les premiers villages hongrois, y compris Poljena,
sont aux mains des Russes. Pour défendre la plaine
hongroise, l'Autriche concentre 24 corps, auxquels se
joignent 6 corps allemands; elle en réclame 6 autres.
Depuis quelques jours, les Autrichiens ont reculé do
3o kilomètres.
Du I*' au 7 avril, les sous-marins n'ont coulé que
cinq navires anglais.
En présence du roi et du prince héritier de Serbie,
on a enterré les victimes faites par les avions autrichiens
à Podgoritza. Le nombre des tués et blessés atteint
io5.
Le général Pau est acclamé à Naples.
D'après le San de New- York, des Américains, revenus
après avoir parcouru la Belgique, déclarent : « Les
Allemands sont les guerriers les plus inhumains de
l'histoire ; à côté d'eux, les Huns et les Vandales ne
sont que des amateurs. »
On publie un manifeste de la minoi^té de la So:^ial-
demokralie allemande (Lieljknecht, Ledebur, Clara
Zelkin, Rosa Luxemburg. Rùhl, Mehring), affirmant que
« l'opposition à cette guerre abominable grandit sans
cesse en Allemagne » et faisant appel au socialisme
international pour rétablir la paix. Les signataires de-
mandent qu'il n'y ait pas d'annexions, mais un désar-
mement général et l'institution de l'arbitrage obliga-
toire.
Le colonel Feyler écrit (Journal de Genève) : « L'Em-
pire britannique, autant peut-être que la Russie, repré-
sente du côté allié les armées de l'avenir. »
Il y aurait 800.000 prisonniers austro-allemands en
Russie.
Jeudi 8 avril. — Du 4 au 8 avril, sur les fronts nord-
est et est de Verdun, les Français ont progressé sur
20 kilomètres de longueur et i à 3 kilomètres de pro-
fondeur. Sur les, H.aut^ de Meuse,, aux Éparges, con-
b4 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
quête d'une partie du plateau qui domine Combres.
Au sud, près de Saint-Mihiel, capture du sud-ouest du
bois d'Ailly. Dans la Woëvre méi-idionale, entre le bois
de Mortmàre et le bois Le Prêtre, conquête de Fey-en-
Haye et de Regniéville.
Les Allemands tentent en vain de reprendre le fortin
de Beauséjour.
Renforcés près de Rostok, les Austro-Hongrois ont
attaqué les Russes et fait i.ooo prisonniers.
Les Russes progressent et prennent la hauteur 90g.
Les Autrichiens reprennent les attaques sur Koziova,
interrompues depuis le 37 mars.
Les Russes entrent à Eperyes en Hongrie.
Le corps expéditionnaire français est à Ramleh.
L'opinion suédoise proteste contre la capture par les
Allemands d'un vapeur suédois chargé de maïs, allant
d'un port suédois k un autre.
Le commandant du Prinz Eitel Friedrich a renoncé
à quitter Newport News et a demandé que son navire
fût interné.
Des avions anglais bombardent Zeebrugge.
Avions et navires de guerre bombardent les forts de
Smyrne.
Sonnino présente au Gouvernement autrichien les
revendications italiennes.
L'Allemagne réquisitionne les fourrages.
Vendredi 9 avril. — Dans la nuit du 8-9, les Alle-
mands essaient de passer l'Yser en force dans la direc-
tion de Saint-Jacques -Capelle à l'aide de radeaux
ftourvus de mitrailleuses. Ils sont repoussés par les fusi-
iers marins.
Une nouvelle attaque nous a rendus maîtres de la
partie de la position des Éparges qui domine la Woëvre
(i,5oo mètres de tranchées).
Le communiqué allemand du 9 dit que les Français
ont fait usage, en Argonne, de bombes dégageant des
gaz stupéfiants.
A l'ouest du Niémen, les Russes ont enlevé, entre
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 65
Kalvaria etLodvinov, deux lignes de tranchées (Coo pri-
sonniers).
Les Autrichiens repi'ennent à Koziuska la cote 992,
que les Russes possédaient depuis le mois de mars ; ils
font 2.100 prisonniers.
Les Autrichiens ont préparé de nombreuses positions
défensives entre la crête des Garpathes et la plaine hon-
groise. L'avance russe vers Mezo-Laborcz est interrom-
pue par l'envoi de renforts allemands.
Czernovitz a été ravagé par un grand incendie.
Le général Pau est reçu à Rome par les Garibaldiens ;
manifestations enthousiastes.
Vénizélos, blessé par un démenti du roi de Grèce,
menace de quitter la vie politique.
On fait courir le bruit, à Petrograd, que l'Autriche
serait prête à conclure une paix séparée avec la Russie,
cédant la Galicie, la Bosnie et l'Herzégovine, à condition
qu'on lui garantît le Trentin, Trieste et la Transylvanie.
Edmond Théry écrit dans le Matin : « Avant le
i5 juin prochain l'Autriche demandera grâce, car à
cette époque sa population n'aura plus de pain à
manger. » C'était compter sans la Roumanie,
Samedi 10 avril. — L'Allemagne envoie à Wa-
shington une note aigre, se plaignant que les Etats-
Unis n'observent pas la neutralité. Cette note fait mau-
vaise impression en Amérique.
Le 9 et le 10, dans les Carpathes, l'ennemi a attaqué
en colonnes serrées les Russes qui avaient passé, dans
la direction de Rostok, vers le versant sud cle la chaîne
principale. Dans la direction d'Uzsok, les Russes ont pris
plusieurs hauteurs et fait i.ooo prisonniers ; mais les
Autrichiens occupent toujours le col d'Uzsok.
De nouvelles bandes de comitadjis se concentrent
près de Stroumitza.
Les insurgés albanais bombardent Durazzo.
Von der Goitz, revenant de Berlin et de Bucharest,
rentre à Constantinople.
_A propos des mauvais traitements infligés aux prison-
niers anglais en Allemagne, le Morniricf Posf écrit :
68. CHRONOI.OnlE DE LA GUERRE 5
66 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
« L'Allemagne amoncelle un patrimoine de haines. Ses''
générations futures seront maudites dès leur naissance
et bannies, comme des générations de forbans, de la
communauté des nations. » Il
Le Correspondant résume un livre allemand J'ac-
cuse, publié à Lausanne par un Allemand bien connu,
dit-on, à Berlin, qui accuse Bethmann-Hollweg d'avoir
trahi l'Allemagne laborieuse en la livrant à la caste
militaire, qui la conduit aux abîmes.
Dimanche ii avril. — Samedi et dimanche, très
chaude affaire près d'Albert, où l'artillerie française
arrête une attaque allemande en lui infligeant de grosses
pertes.
Les Allemands ont repris, au bois de Mortmare, les
tranchées avancées qu'ils avaient perdues la veille.
La bataille des Carpathes, qui a duré quatre-vingts ij
jours, est considérée (à tort) comme terminée, par l'oc- )
cupation de la chaîne centrale sur un front de 120 ki-
lomètres.
Nouvelle activité des patrouilles turques dans la
région du Sinaï.
Le Kronprinz Wilhelm, dernier paquebot allemand i
armé, est entré a Newport News.
Des avions français ont lancé des obus de i55 sur la \
gare maritime et la fonderie de Bruges.
Viviaui dit au Conseil général de la Creuse : « Nous
ferons la guerre jusqu'au bout. Nous voulons l'Europe
libérée, la Belgique libre, la restitution des provinces
perdues, l'écrasement du militarisme prussien, puisque
la paix du monde est inconciliable avec ses sanglants
caprices. »
Les troupes françaises occupent un front de 870 kilo-
mètres ; les Anglais, 5o ; les Belges, 28 (total, à l'ouest,
948 kilomètres). A l'est, les Russes font front sur
1.870 kilomètres. Au sud, Serbes et Monténégrins
défendent 35o kilomètres. On se bat donc, en Europe,
sur un front de 2.668 kilomètres.
Lundi i2 avril. — Deux contre-attaques alle-
mandes ayant été repoussées, les Français se consolident
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE C)l
aux Éparges ; mais les Allemands tiennent toujours la
hauteur voisine de Combres.
Les Allemands fortifient la forêt d'Augustov et cons-
truisent une ligne de Marggrabova à Augustov. Ces
travaux achevés, Hindenburg pourra prélever de gran-
des forces en Prusse orientale pour les employer ail-
leurs.
Reprise violente du bombardement d'Ossovetz.
Le II et le 12, grande bataille de Bartfeld à Stryj ;
les Russes progressent vers jUzsok (2.700 prisonniers,
dont 53o officiers). Au sud de Volossate et dans la ré-
gion de Koziova, les Russes repoussent des attaques
violentes, ainsi qu'en Bukovine.
Les avant-gardes russes sont en marche vers Ungvar.
Le communiqué autrichien affirme que l'offensive
russe est arrêtée dans les Carpathes.
Le communiqué allemand dit que les Russes se sont
servis de bombes à gaz asphyxiants.
Il y a plus de sept corps allemands dans les Carpa-
thes.
Sur le front des Carpathes, du ig mars au 12 avril,
les Russes ont fait 70.000 prisonniers, pris 3o canons et
200 mitrailleuses.
La Bulgarie accepte la proposition russe de nommer
\ une commission serbo-bulgare pour enquêter sur les
incidents de frontière.
Les Turcs ont pénétré dans la Perse centrale et
marchent sur Karamanchah.
Le cuirassé français Saint-Louis, avec le concours
d'hydravions, bombarde un camp turc près de Gaza.
Un dirigeable s'abat k Aellre et prend feu ( 3o morts).
Un dirigeable lance neuf bombes sur Nancy; dégâts
matériels.
On annonce que les chefs-d'œuvre de Venise ont
été transférés à Florence.
, Il Suivant le Times, von der Goltz était allé à Berlin
pour solliciter un grand effort contre la Serbie, devant
permettre d'envoyer aux Turcs les munitions qui leur
manquent.
Le pape a envoyé 25.000 francs au cardinal Mer-
68 CHRONOLOGIE DE LA. GUERRE
cler pour la population belge et 25.ooo couronnes à
l'évèque de Cracovie pour la population polonaise.
A propos d'une entrevue sur la paix, accordée le
5 avril par Benoit XV au journaliste germano-améri-
cain von Wiegand, la Westminster Gazette écrit : « Le
Pape pourrait se servir de son influence pour protester
contre les atrocités commises dans cette guerre ; il
pourrait tâcher d'obtenir la conversion morale de l'Alle-
magne, chose aussi nécessaire que la diplomatie pour
restaurer la paix. » L'entrevue a été faiblement démentie.
Le président Eliot a dit à l'Université de Harvard :
« Une fin prématurée du conflit européen rejetterait la
civilisation de plusieurs siècles en arrière. »
Mardi 13 avril. — Le Times indique que les
Autrichiens cherchent à tourner les Russes en marchant
sur Lemberg.
Les Russes ont fait i.ooo prisonniers dans les Cai'-
pathes. L'offensive ennemie sur la rive droite du Pruth
a été repoussée. Le dégel rend les routes impraticables.
Le Gouvernement bulgare a la preuve que l'invasion
des comitadjis a été organisée par Enver. Radoslavof,
président du Conseil, pour prouver sa loyauté, ordonne
de désarmer la population turco-bulgare à la frontière
serbe et d'interner les Bulgares suspects de connivence
avec les révolutionnaires.
L'n avion allemand, survolant Walcheren, est capturé
par les Hollandais.
En Mésopotamie, une attaque turque a été repoussée à
Shaiva.
On annonce de Vienne que l'Italie aurait déclaré :
« Si la guerre n'est pas terminée le 3o avi-il, ma neu-
tralité cesse d'être assurée. » Les Autrichiens ont
25o. 000 hommes àLa^^bach, Gratz, Goritz, loo.ooo dans
le Trentin ; quatre corps bavarois du Haut-Tyrol sont
destinés au Trentin.
Le président Wilson a reçu une note dans laquelle
le Pape se déclare prêt a coopérer avec lui pour rétablir
la paix.
Le critique militaire du Daily News explique qu'une
. CHRONOLOGIE DK LA GUERRE 69
paix séparée entre l'Autriche et la Russie fortifierait
l'Allemagne.
Hindenburg a déclaré à un journaliste italien que
l'année russe est fatiguée, que son matériel s'use et que
la fin prochaine de la guerre en résulterait.
Mercredi 14 avril. — Les Allemands, renforcés,
attaquent sur l'Yscr et à Dixmude.
Les Turcs sont battus par les Anglo-Indiens à Zobéir
et se retirent à 35 kilomètres vers le nord-ouest. Les
Anglais ont perdu 700 hommes, les Turcs 2.000.
Le navire hollandais Katwyk, de Baltimoi^e à Rotter-
dam, est coulé par une torpille ; grande émotion en
Hollande.
Les avions français ont bombardé le quartier général
allemand à Mézières-Charleville.
Les pertes prussiennes atteignent i.i64-427 hommes.
Jeudi 15 avril. — Au nord d'Arras, les Français
enlèvent l'éperon sud-est de Notre-Dame de Lorette
(160 prisonniers).
Les Français bombardent la gare de Saint-Quentin
et y détruisent un grand dépôt de munitions.
L'activité des Allemands augmente dans la région
Mariampol-Kalvarya.
Dans les Carpathes, les Russes ont fait i.i4o prison-
niers.
11 y a près de 4 millions d'hommes en présence dans
les Carpathes. Les Allemands ont 10 corps, les Austro-
Hongrois en ont 28.
Un aviateur français a détruit un pont de la voie
ferrée qui relie la Syrie à Saint-Jean-d'Acre.
Un dirigeable a lancé des bombes sur la côte est du
Northumberland ; un autre, endommagé par le tir fran-
çais, est tombé en Hollande.
Des avions français bombardent le quartier général
allemand à Mézières et la gare militaire de Fribourg-en-
Brisgau.
Vénizélos est parti pour Alexandrie.
La Bulgarie se rapproche de la Roumanie en vue
d'une action commune.
70 CHRONOLOGIE DE LA GL ERHE
Les Turcs, inquiets du côté de la Bulgarie, ramènent
des canons de Gonstanlinople à Andrinople et à Tcha-
taldja.
Le Sultan, dans un conseil tenu à Constantiaople,
s'est, dit-on, déclaré prêt à abdiquer.
On publie la traduction française d'un prètenduyoa/*-
nal du comte Axel von Schwering, imprimé d'abord à
Londres; c'est un faux (voir le Figaro du iG avril).
Les pertes anglaises à ce jour sont de i4o.ooo hommes.
Vendredi 16 avril. — Le communiqué allemand
dit qu'entre Meuse et Moselle, les Français lancent de
plus en plus des bombes remplies de gaz asphyxiants.
Dans les Carpathes, les Russes font i.i55 prisonniers,
La fonte des neiges entrave les opérations.
Dix cuirassés alliés ont détruit le camp turc d'Enos.
La flotte russe bombarde Kara Burun, à l'intérieur
des lignes de Tchataldja.
Nouveau raid de deux dirigeables, accompagnés d'a-
vions, sur l'Angleterre ; un des dirigeables est arrivé à
35 milles de Londres.
Le prince George de Grèce part pour la France.
Suivant le Matin, Ballin aurait dit, il j a quelques
jours : (.( La partie est perdue, mais le peuple allemand
n'en sait encore rien. ->)
Samedi il avril. — Les Anglais s'emparent de la
cote Oo, à 2 milles au sud de Zillebecke, à l'est d'Ypres.
Les avions français bombardent Rott^^•eil, Maizières-
lès-Metz et Hattingen. Un dirigeable bombarde la gare
de Fribourg-en-Brisgau.
Dimanche 18 avril. — Progrès des Anglais en
Belgique près de Zvartelen.
Les Allemands essaient de reprendre aux Anglais la
cote Go, mais sont repoussés.
Progrès des Français sur les deux rives de la Fecht.
Le Tsar part pour le front.
Les escadres bombardent pendant cinq heures les
forts des Dardanelles.
L'Angleterre a sept campagnes sur les bras : en
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 71
Flandre, dans les Dardanelles, en Egypte, dans l'Afrique
orientale, dans l'Afrique sud occidentale, au Cameroun,
en Mésopotamie.
Lundi 19 avril. — Le maréchal French dément
que les Anglais se servent de gaz asphyxiants; il
affirme que les Allemands en ont fait usage dans l'at-
taque de la cote 60 et rappelle que l'Allemagne a signé
la clause de la convention de La Haye qui prohibe l'u-
sage des asphyxiants.
Les Allemands lancent 5o obus incendiaires sur
Reims.
Le 18 et le 19, les torpilleurs russes coulent 10 ba-
teaux turcs chargés de munitions sur la côte d'Anatolie.
Un dirigeable français jette des bombes sur la gare
de Strasbourg.
Vénizélos, venant de Paros, est reçu en triomphe à
Alexandrie.
L'Allemagne a fait des excuses à la Hollande pour le
torpillage du Katioyk.
Mardi 20 avril. — Des avions français incendient
des dépôts de fourrages à Mannheim.
Les Allemands disent avoir lancé i5o bombes aé-
riennes sur B^lystok, en représailles des bombes
lancées par les Russes sur Insterburg et Gumbinnen.
Des désordres ont lieu à Trieste.
Les troupes allemandes du Cameroun se sont repliées
sur les hauts plateaux du centre.
On estime que l'Allemagne a 34 corps à l'ouest,
21 1/4 k l'est, 5 en Autriche, soit 60 corps faisant
3 millions d'hommes, plus 760.000 hommes de land-
wehr.
Les pertes prussiennes atteignent 1. 196. 969 hommes.
Mercredi 21 avril. — De violentes attaques alle-
mandes contre la cote Oo sont repoussées par les Anglais.
Près de Saint-Mihiel, à la Tête de Vache, les Français
enlèvent deux lignes de tranchées.
Communiqué allemand : a. En Argonne, les Français
ont lancé des bombes dégageant des gaz vomitifs. »
72 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Nouveau bombardement allemand de Pont-à-Mousson.
En Alsace, progrès français sur les deux rives de la
Fecht. Au nord, nous tenons le confluent de la Fecht
et de la Wurmse ; au sud, Schiessloch.
600.000 Austro-Allemands sont engagés entre les
cols de Lupkov et d'Uzsok.
Des trains bondés de familles d'officiers allemands
quittent Constantinople.
Des avions français bombardent Mûlheim, Mannheim
et Lorrach.
A la suite d'un mémoire adressé au roi par Zogra-
phos, l'opinion grecque redevient interventionniste.
Lloyd Georges déclare que l'Angleterre a 720.000 hom-
mes en ligne.
Le président Wilson, parlant dans un banquet, a dit :
« Nous deviendrons les médiateurs du monde. »
Le i5 janvier, devant Przemysl, le général SelivanofT
informa le général autrichien Kusmanek que les Autri-
chiens faits prisonniers seraient fusillés s'ils étaient
trouvés porteurs de balles explosibles. L'emploi de ces
balles cessa. Or, les Russes ont découvert à Przemjsl
un ordre du 8 février prescrivant de remettre aux
dépôts d'artillerie toutes les cartouches explosibles. Cet
ordre est un aveu. ^
Jeudi 22 avril. — Les États-Unis répondent ave'-
une politesse ironique à la note agressive de l'^^t'e-
magne.
Dans la boucle de l'Yser, les Belges repoussent une
attaque contre le château de Vicoigne.
Au nord d'Ypres, les Allemands, par l'emploi de gaz
et de bombes asphyxiantes, dont l'effet a été ressenti
jusqu'à 2 kilomètres en arrière de nos lignes, ont fait
reculer les Alliés dans la direction du canal de l'Yser,
vers l'ouest, et dans la direction d'Ypres, vers le sud.
Gagnant ainsi 9 kilomètres au nord et au nord-est
d'Ypres, les Allemands ont forcé le passage du canal ; ■
ils ont pris Langhemark, Streenstrate, Hetsas et Pil-
kelm, faisant 1.600 prisonniers.
Au bois d'Ailly, les Français prennent 700 mètres de
tranchées.
CIIRONOLOOlf; DE LA GUERRE 73
Les Autrichiens ont été repoussés à Gorlice dans la
direction de Novo-Sandec.
La contre-attaque de l'armée bavaroise contre l'aile
gauche russe paraît arrêtée : les Russes ont repris
Orytchik, qui domine la route de Munkacz à Strij.
Commencement d'une grande action aux Darda-
nelles : trois débarquements ont eu lieu sur le promon-
toire de Suvla, à Enos et sur l'isthme de Bulaïr.
Vendredi 23 avril. — Le 28 et le 24, les 12.000
habitants restant à Ypres, bombardée avec des obus de
17 pouces, quittent la ville par la route de Poperinghe.
Avis officiel : « Toute navigation est suspendue entre
le Ro^-^aume Uni et la Hollande. »
C'est à Vitvorde près de Bruxelles qu'on fabrique en
grandes quantités les produits chimiques destinés à
alimenter les appareils spéciaux avec lesquels les Alle-
mands inondent les tranchées de jets enflammés ( Temps,
24 avril).
Samedi 24 avril. — Profitant de la surprise
causée par l'emploi des gaz, les Allemands ont enlevé
Lizerne, sur la rive gauche de l'Yser; ils reperdent ce
village dans la nuit de samedi, mais le reprennent
dimanche à l'aube.
Les Allemands disent avoir pris i.ooo Anglais près
d'Ypres et repoussé une attaque à l'ouest de Saint-
Julien.
Les Allemands bombardent Poperinghe ; ils conti-
nuent le lendemain.
Les Allemands font exploser cinq fortes mines au
saillant nord du fortin de Beauséjour.
Au sud-ouest de Combres, les Allemands disent avoir
pris d'assaut plusieurs lignes françaises.
Les Autrichiens, dans la vallée de l'Ondava, près de
Koziova, ont pris d'assaut la hauteur d'Ostrij.
Les Russes ont saisi le journal du colonel allemand
Mertens, qui, indigné de ce qu'il a vu en Belgique et
en France, parle de Vœiwre infernale et ignoble des
officiers allemands.
On publie cette définition des Germano-Américains
74 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
par Roosevelt : « Amphibies sans patrie, qui, malgré
tout, veulent avoir deux patries et préfèrent celle qu ils
ont reniée. »
Dimanche 25 avril. — Effroyable bombardement
des lignes anglaises devant Ypres.
Le combat continue au nord d'Ypres et sur le front
anglais. Les Français passent sur la rive droite du
canal.
Les Allemands disent avoir pris, près d'Ypres,
45 canons, dont 4 canons lourds anglais, plus de
i.ooo Canadiens et, au total, 5. 000 prisonniers « de
toutes races et couleurs ».
L'attaque allemande à Combres est contenue.
Les Allemands disent avoir fait 749 prisonniers en
reprenant le sommet du Hartmannswillerkopf.
Reprise du bombardement aux Dardanelles.
Les Français ont pris Kum-Kalessi avec 5oo prison-
niers.
Lundi 26 avril. — Malgré l'emploi des cjaz, les
Belges repoussent les Allemands au sud de Dixmude.
Le maréchal French écrit : « Toutes les attaques
allemandes au nord-est d'Ypres ont été repoussées. Les
Français ont repris Hetsas. » Ils ont aussi repris
Lizerne.
Reprise, par les Français, du sommet du Hartmanns-
willerkopf.
Commencement de la grande offensive allemande à
l'est de Cracovie.
L'escadre russe, comprenant un nouveau dread-
nouf/ht, bombarde les ports du Bosphore.
Les Français, après avoir soutenu un violent combat
à lenisher, se rembarquent, avec l'appui des navires,
dans la nuit du 26 au 27. On s'est battu au pied de la
colline de Troie.
Les Alliés s'emparent de Sedul-Bahr.
Dans la nuit du 26 au 37, le croiseur Léon-Gambetta
est torpillé au large d'Otrante. i36 hommes sont sauvés
par un torpilleur italien.
L'accord franco-italien est conclu ; Tittoni l'a em-
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE /[)
Eorté ce jour à Rome. C'est la fin de la Triplice, conclue
î 20 mai 1882.
La Gazette de Francfort, rompant un long silence
(la censure interdisait de traiter les affaires italiennes),
écrit : « La conception d'une guerre contre ses fidèles
alliés s'est peu à peu développée en Italie. »
Parlant du bruit que la Turquie va demander la paix,
le Russkoié Slovo écrit : « Trop de sang russe a coulé ;
la Turquie doit abandonner l'Europe. »
Le Times parle d'une invention faite en Angleterre,
très importante pour la guei-re navale.
Mardi 21 avril. — Commencée jeudi, la bataille
autour d'Ypres continue ; l'aile gauche anglaise est
menacée dano la l'égion de Pilkem-Saint-Julicn.
Deux avions lancent des bombes incendiaires sur
Epernaj.
Mercredi 28 avril. — Les Allemands disent avoir
pris 63 canons dans les combats au nord d'Ypres, qui
ont pourtant tourné en leur défaveur.
Premier bombardement de Dunkerquc à grande dis-
tance (32 kilomètres). Il y a vingt morts.
Progrès des Allemands au nord du Niémen.
Les Russes, attaqués vers Dilman (Caucase), se
replient vers Moukhandjik.
Des avions bombardent Bollwiller, Friedrichshafen
et Leopoldshoehc.
Jeudi 29 avril. — Les Allemands ont vainement
essayé de passer l'Yser à Dixmude sur trois ponts
de bateaux qu'a détruits l'artillerie belge.
Ypres n'est plus qu'un amas de ruines ; il ne reste
plus rien de la Halle aux Drapiers.
Les Allemands jettent 5oo bombes incendiaires sur
Reims.
Près de la Ravka, sur un front de 10 kilomètres, les
Allemands ont lancé 18.000 projectiles sur les tranchées
russes.
En Tripolitaine, une colonne italienne a subi de
fortes perles, par suite de la défection de troupes
indigènes.
76 CHRONOLOGIE DE LÀ GUERRE
En une seule journée, Londres a fourni des respira-
tors (contre les gaz) pour toute l'armée anglaise.
Vendredi 30 avril. — Progrès français au nord
d'Ypres ; nous enlevons deux lignes de tranchées.
Nouveau bombardement de Dunkerque ; nombi-cuses
victimes.
Le communiqué français affirme que, depuis le
i5 mars, nous avons avancé, en Lorraine, de 3 à4 kilo-
mètres sur un front de 25. Nous possédons Emberménil
(depuis le 24) et presque toute la forêt de Parroy.
Le représentant de V Associated Press d'Amérique a
visité le sommet de l'Hartmannswillerkopf, que les
Allemands n'ont plus attaqué depuis deux jours.
Les avant-gardes allemandes, à 76 kilomètres de la
frontière, menacent la Lithuanic en avançant au delà
de Rossieny.
Les Russes enlèvent deux hauteurs près de Koziuska
et font i.ooo prisonniers.
Un sous-marin australien est coulé en tentant de
pénétrer dans la Marmara.
Un dirigeable et un avion allemands ont lancé des
bombes incendiaires sur Ipswich et sur Whitton,
détruisant trois maisons. Deux autres onl été détruites
à Bury St. Edmunds.
Un dirigeable français bombarde la gare de Valen-
ciennes.
François-Joseph a mandé Goluchowski, ancien mi-
nistre (pacifique) des Affaires étrangères, à Schœn-
brunn.
L'émission des Bons de la Défense atteint 4 milliards
337 millions de francs.
MAI
Samedi i" mai. — Les avions ont repéré la posi-
tion du canon Krupp de 38o millimètres, long de
i
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 77
20 mètres, avec charge de 3i3 kilos de poudre, jetant
des projectiles de 760 kilos, sous l'angle de ^5°, k
37 kilomètres {Journal de Genève, 4 mai). Ils l'ont
attaqué vendredi soir avec des bombes et l'ont réduit
au silence ; le bombardement de Dunkerque a cessé.
Pi-ès de Tracy-le-Mont, les Allemands attaquent
avec des flacons d'éther.
Les Allemands attaquent à Mancourt (S. de Chaulnes)
avec des grenades, des couteaux et des brownings.
Presque tous sont tués.
Communiqué allemand du 1" mai : « Le 29 avril, en
réponse au bombardement des localités ouvertes en
arrière de nos lignes, quelques obus ont été envoyés
sur Reims. Comme l'ennemi connaît fort bien la cause
de ce bombardement, il lui sera facile d'en éviter de
nouveaux à la ville de Reims. »
Entre Reims et l'Argonne, les Allemands attaquent
avec des gaz à fumée verte qui restent sur leurs lignes.
Les Français ont bombardé un des forts du front sud
du camp retranché de Metz (fort Wagner).
Les Allemands ont occupé Chavlietpris i. 000 Russes;
ils approchent de Liban.
Les avant-gardes allemandes sont au sud-ouest de
Mitau (Courlande).
La diversion allemande vers la Raltique paraît avoir
pour but de couper la voie ferrée de Petrograd h Var-
sovie et, accessoirement, de recueillir des approvision-
nements en Lithuanie.
Les Austro-Allemands commencent une nouvelle
attaque en masse contre le centre russe dans la Galicie
orientale.
Dans la mer du Nord, les Anglais perdent un contre-
torpilleur et coulent deux torpilleurs allemands.
Le vapeur américain Giilflight est torpillé par un
sous-marin allemand près des îles Scilly.
Le Lusitania a quitté New-York malgré la menace
publiée par l'ambassade allemande à Washington,
déclarant que tout navire sous pavillon britannique était
passible de destruction dans la zone de guerre.
Le généralissime bulgare Savof arrive à Bucharest.
78 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
P. Deschanel dit au Trocadéro : « Soldats ! le sang
qui coule de vos veines féconde toute la terre, même la
terre ennemie, et sauve la liberté du monde ! »
Dimanche 2 mai. — Les Allemands disent que les
Russes ont subi une grave défaite au nord-est de
Czernovitz (ouest de Plock). Le front russe en Galicie
orientale, depuis la frontière hongroise jusqu'à l'em-
bouchure de la Dunajec, a été forcé sur plusieurs points
par l'armée de Mackensen. 8.000 Russes auraient été
faits prisonniers près de Gorlice, 22.000 autres sur le
reste du front.
On annonce de Copenhague que les Anglais ont barré
la partie navigable de la Manche à l'est du bateau-
f)hare de Galopper-Sandettiebank et qu'ils ont interdit
e passage des bateaux de la mer du Nord à la Manche
à 1 ouest du bateau-phare.
Lundi 3 mai. — La nouvelle ligne anglaise en
Belgique passe à l'ouest de Zonnebecke. Les Allemands
sont toujours sur la rive gauche de l'Yser à Steenstraate.
Les Allemands ont bombardé Poperinghe.
La cavalerie allemande a fait demi-tour devant Mitau,
abandonnant son artillerie légère.
Le succès des Austro-Allemands dans la région
Tarnov — Gorlice s'accentue.
Les Austro-Allemands ont passé la Dunajec.
Les Russes ont pris une hauteur dans la direction de
Stryj et fait 1.200 prisonniers.
60.000 Austro-Hongrois, avec 24 batteries, sont con-
centrés sur la frontière roumaine.
8.000 blessés turcs ont été ramenés des Dardanelles
à Gonstantinople.
Entre Khoi et Dilman, après trois jours de combat,
les Russes ont mis en déroute le corps de Kha4il bey,
tuant 3.5oo hommes.
Des avions français lancent des bombes sur le quar-
tier général du prince de Wurtemberg.
L'Italie interdit l'exportation du soufre.
L'Allemagne dit avoir plus de 800.000 prisonniers
de guerre.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 79
Mardi 4 mai. — Les Allemands attaquent les
Anglais au nord d'Ypres ; pris de flanc par l'arlillerie
française, ils sont repoussés avec pertes.
Les Russes avouent avoir reculé en Galicie devant
des forces supérieures ; ils paraissent manquer de mu-
nitions. Les Allemands disent avoir pris sur la Dunajec
2i.5oo hommes et i6 canons. La ligne russe recule sur
la Visloka, entre la Dunajec et le San.
1.200 prisonniers turcs sont à Ténédos.
Un croiseur allemand paraît devant Libau.
Salandra dénonce l'alliance de l'Italie avec l'Autriche ;
le public n'en sait encore rien.
Mercredi 5 mai. — L'offensive allemande est
ari'étée en Courlande ; les Russes ont fait 5oo prison-
niers.
Inauguration du monument de Garibaldi à Quarto ;
le roi et les ministres sont restés à Rome, ce qui est
diversement interprété.
Jeudi 6 mai. — Les Anglais ont perdu, puis repris,
les tranchées de la cote 6o au sud-est d'Ypres.
Les Austro-Allemands ont pris Tarnov ; toutes les
positions russes à l'est de la Dunajec et de la Biala
sont entre leurs mains. Ils ont forcé le passage de la
Visloka.
Une division russe, cernée pendant la retraite dans
la direction de Dukla, réussit, au prix de sacrifices
héroïques, à rejoindre son corps.
Depuis le i*"" mai, les Russes auraient perdu, en
Galicie, 5o.ooo prisonniers.
Vénizélos quitte Alexandrie pour le Pirée.
Vendredi 7 mai. — Les Allemands, avec l'aide de
leur flotte, occupent Libau. Un de leurs torpilleurs est
coulé par une mine russe.
Seize cuirassés opèrent dans les Dardanelles ; on
bombarde le fort de Nagara.
Le Cunard Lusîtania est torpillé et coulé en vue de
la côte sud d'Irlande ; de 218 voyageurs américains,
118 sont noyés. Il y a en tout i.i45 noyés, 761 survi-
vants. L'indignation est générale.
80 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
La Kôlnlsche \olkszeitung dit que la guerre avec
l'Italie est inévitable et que la haiue de l'Allemagne
pour l'Angleterre ne sera rien en comparaison de sa
haine pour l'Italie.
Le Japon envoie un ultimatum à la Chine, exigeant
une réponse dans les quarante-huit heures.
Guillaume II est rentré subitement à Berlin. On dit
qu'il a envoyé à Bûlow un télégramme menaçant pour
l'Italie, disant que les Russes allaient être chassés de
Galicie dans la quinzaine et que l'armée victorieuse
serait envoyée ensuite en Italie.
Le Daily Telegraph demande qu'on réponde par des
mesures du môme ordre à l'emploi que les Allemands
font des poisons.
Un chimiste écrit au Journal de Genève que les
Allemands, grâce au procédé d'Ostwald pour la fabri-
cation de l'acide azotique, ont maintenant des explosifs
en quantité. Il estime que le gaz qu'ils emploient est
un oxyde d'azote très dangereux, qui produit, au bout
d'un certain temps, de graves accidents des voies respi-
ratoires.
Samedi 8 mai. — Violente attaque allemande sur
le front anglais entre Ypres, Poelcappelle et la route
Ypres — Menin.
Après une accalmie, la bataille de la Vistule aux
Carpathes ixprend avec une extrême violence le 8 et
le g. Le général Mackensen a Soo.ooo hommes contre
i5o.ooo Russes et une grosse artillerie infiniment
supérieure.
La partie ouest du front russe des Carpathes étant
devenue intenable, les Russes ont battu en retraite sur
un front long de 170 kilomètres.
Attaque des positions turques près de Krithia dans
"esqu'île de Gallipoli.
dit que les Turcs, qui ont déjà perdu 45. 000 hom-
mes, appellent aux Dardanelles l'armée de Syrie.
Des torpilleurs russes, sur la côte d'Asie, coulent
trois voiliers turcs ayant chargé du charbon à Héraclée.
Les journalistes allemands ont quitté Rome ; l'Institut
allemand a fermé ses portes.
la pre
On
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 81
On dit que le gaz dont se servent les Allemands est
du chlore; suivant d'autres, c'est du brome.
Dimanche 9 mai. — Les rats se multiplient de
façon inquiétante dans la région de l'Yser.
Arrivés samedi jusqu'à Wieltje, à 3 kilomètres
d'Ypres, les Allemands en ont été chassés vers i hem-e
du matin ; dans la journée, ils ont livré cinq nouveaux
assauts.
Soutenus par les progrès français au nord d'Arras,
les Anglais enlèvent i.5oo mètres de tranchées entre
Laventie et Aubers.
Les Allemands disent que les Alliés ont engagé au
moins quatre corps de renfort dans leur attaque au
sud-ouest de Lille ; ils avouent que vers Garency et
Neuville l'ennemi s'est emparé des premières lignes
allemandes.
Nouveau bombardement de Pont-à-Mousson et de
Sainl-Dic.
L'oft'ensive russe se poursuit sur le front de Ghavli.
Dans les combats des 8-9 mai, les Allemands ont
essayé de rompre le front russe en enfonçant un coin,
avec douze divisions, dans la région de Krosno. Tant
en Galicie que dans les Garpathes, les Russes auraient
perdu, depuis le 1*^ mai, i5o.ooo hommes et 60 canons.
La cavalerie allemande est battue par la cavalerie
russe a Krokinov et se replie sur la Dubissa.
Les Allemands ont passé la Visloka dans son cours
supérieur.
En Bukovine, sur la rive droite du Dniester, les
Russes ont pris 5oo hommes et 3 gros canons.
A New- York, la foule malmène et blesse des Alle-
mands qui poussaient des Hoch pour célébrer le tor-
pillage du Lusitania.
La Ghine accepte les conditions du Japon.
Lundi 10 mai. — Les Allemands ont attaqué les
I Anglais devant Ypres en se faisant précéder de nuages
gazeux ; mais les appareils protecteurs des Anglais
leur ont épargné tout malaise et ils ont pu répondre
par l'offensive.
G8. CUKONOLOUIE Dli LA GUBRRE 6
82 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Les Anglais, du côté de Lille, avancent en avant de
Fromelles et k l'est de la route Béthune— Armentières.
Trois obus monstres sont encore tombés sur Dun-
kerque.
Les succès français augmentent au nord d'Arras ;
depuis dimanche, on a fait 3.ooo prisonniers, pris lo
canons et 5o mitrailleuses ; on a gagné 28 kilomètres
carrés.
Au nord-ouest de Berry-au-Bac, les Allemands pren-
nent d'assaut deux tranchées sur un front de 4oo mètres.
La cavalerie russe repousse les Allemands à Chavli.
Le communiqué autrichien du 1 1 dit que le front
russe a été percé près de Debica, que les Russes se
sont retirés sur la Visloka inférieure, évacuant en hâte
le front de la Nida ; que les avant-gardes ont franchi le
San près de Devnik. Ce document avoue d'ailleurs que
les Russes, au nord d'Orodenka, ont pris pied sur la
rive sud du Dniester.
Le quartier général allemand annonce que l'action
militaire en Galicie subit un temps d'arrêt, les troupes
étant fatiguées par cinq jours de combats.
Les Cosaques du Don, en Galicie ^orientale, se sont
emparés de trois lignes de tranchées et ont fait 8.000
prisonniers.
Les Russes arrêtent l'olTensive autrichienne sur la
chaîne de lavornik près de Lomnitza. Dans la nuit du
lo-ii mai, les Autrichiens perdent 2.000 prisonniers.
Au delà du Dniester, sur le front Gzertin — Czernovitz,
les Russes ont pris 5.ooo hommes et 6 canons. Les
Autrichiens ont évacué la rive gauche du Dniester et
la ville de Zalesczyki.
L'Allemagne a adressé des excuses à la Hollande
pour la destruction du Katioyk et a promis réparation
pécuniaire.
L'Allemagne présente ses condoléances aux Etats-
Unis pour les morts d'Américains du Lusitania. Cette
démarche est jugée impudente.
Le Gœben a reparu dans la Mer Noire, mais, atteint
par les canons de la flotte russe, a dû se retirer en hâte.
Un dirigeable s'abat à Melle en Belgique (27 morts).
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 83
Deux dirigeables ont lancé des bombes sur Southend,
à l'est de Londres.
On apprend que les Kurdes massacrent en masse les
chrétiens dans le nord-ouest de la Perse.
Lord Roseberry écrit dans le finies que l'Allemagne
est devenue l'ennemie du genre humain et l'horreur du
monde civilisé.
Arkhangel est de nouveau accessible aux navires.
Mardi 11 mai. — Les Belges ont pris pied sur la
rive droite de l'Yser.
L'action anglaise est surtout intense en avant d'Ypres
et sur les collines d'Aubers qui dominent Lille, où la
résistance allemande est très forte.
Au nord d'Arras, notre offensive s'étend sur une ligne
de 20 kilomètres, de Loos au nord à Neuville-Saint-Vaast
au sud. Nous avons une partie de Carency et notre
droite s'étend jusqu'à Neuville. Sur la route de Loos à
Vermelles, nous avons pris un ouvrage allemand et notre
centre dépasse l'éperon de Notre-Dame-de-Lorette. Entre
Notre-Dame-de-Lorette et Carency, la ligne allemande
forme une pointe dangereuse pour elle.
Dans la nuit de mardi a mercredi, une contre-attaque
allemande nous enlève du terrain devant Loos.
Les Allemands bombardent Bergues.
La classe française de 1916 a brillamment débuté
devant Lens.
Les Russes chassent les Allemands de Chavli et les
rejettent vers le sud-ouest, prenant cinq canons. Les
Allemands ont brûlé Chavli avant de l'évacuer.
Les Russes occupent une ligne près de la Visloka, à
3o kilomètres en arrière de leurs lignes abandonnées
de la Biala.
L'armée autrichienne évacue les positions fortifiées
de la Bistritza à la frontière roumaine et se replie en
hâte derrière le Pruth, poursuivie par les Russes, qui
avancent vers Czernovitz. Les Russes ont fait plusieurs
milliers de prisonniers sur la rive droite du Dniester.
Nouveau bombardement des forts de Smyrne.
Le jury anglais de Kinsale, enquêtant sur la perte du
04 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Lasilania, rend un verdict déclarant les officiers du
sous-marin allemand, Guillaume II cf son gouvernement,
coupables d'assassinat.
Un avion allemand lance des bombes sur Saint-Denis.
Les hangars de dirigeables, bombardés à Maubeuge,
ont été transférés à Gharleroi.
Une entrevue de Giolitti avec le roi fait croire à de
nouvelles hésitations en Italie.
Les Allemands prétendent avoir fait loo.ooo pri-
sonniers russes depuis le 2 mai.
Le président ^Yilson, parlant à Philadelphie, a dit :
(( Il existe des cas où un homme est trop fier pour com-
battre, par exemple quand il estime inutile d'user de
force pour convaincre autrui de son droit. »
Violences à Liverpool contre des commerçants alle-
mands.
Les manifestations anti-allemandes se multiplient aux
États-Unis.
Il est avéré que l'Etat-major allemand fait des prépa-
ratifs et des commandes pour une campagne d'hiver,
certains objets devant être livrés en février 19 lO.
Mercredi 12 mai. — Le président Wilson adresse
une noie à Berlin sur le torpillage du Lusifania. Il
demande à l'Allemagne de mettre fin à l'assassinat des
neutres. Les condoléances allemandes n'ont fait qu'exas-
pérer l'opinion en Amérique. On réclame l'expulsion
de Dernburg, la rupture des relations diplomatiques, la
suppression de la télégraphie sans fil.
L'Allemagne notifie aux Etats-Unis qu'elle indemni-
sera les neutres pour les pertes éventuelles de navires
dans la zone de guerre, alors que, précédemment, elle
avait répudié toute responsabilité à leur égard.
Pendant la nuit du 11 au 12, les Belges repoussent
une attaque violente sur ITser.
Les Anglais, soutenus par une artillerie insuffisante,
attaquent sans succès la côte d'Aubers; ils sont arrêtés
par le feu des tranchées allemandes, cimentées et
garnies de plaques d'acier.
Dans la soirée de mercredi et dans la nuit, brillants
CHRONOLOGM DE LA GUERRE 85
succès français au nord d'Arras : nous prenons tout le
village de Carency et le bois coté 1 25 ( i .o5o prisonniers).
Les Français prennent le ])lockhaus du bois Le Prêtre
(détails dans le Temps du 3i mai).
Les Allemands ont pénétré jusqu'au sud et au nord-
ouest de Kielce. Les Autrichiens ont enlevé les hauteurs
à l'est du cours supérieur du Strij (3.65o prisonniers).
Les armées ennemies s'approchent de Przemysl et du
cours inférieur du San.
Les Turcs perdent du terrain et beaucoup d'hommes
par suite d'un bombardement intense aux Dardanelles.
Giolitti, revenu à Rome, a créé une agitation neutra-
liste qui met en péril le cabinet Sonnino-Salandra.
M. (le Giers, le nouvel ambassadeur de Russie, arrive
à Rome et y est acclamé.
Jean Carrère révèle, dans le Temps, que l'Allemagne,
après la bataille de Charleroi, eut l'intention d'attaquer
l'Italie pour la punir de sa neutralité.
Le colonel Feyler, étudiant la retraite russe, dit que
la bataille se rapproche de la ligne du San et que le
service d'information russe a sans doute été en défaut.
Menacés sur leurs flancs et leurs derrières, les Russes
ont abandonné non seulement la région de Bartfeld,
mais la bande de territoire hongrois qu'ils occupaient
entre les cols de Lupkov et d'Uzsok.
On assure, à Petrograd, que les Austro-Allemands ont
perdu 100.000 hommes en huit jours.
On prétend, à Vienne, que les batailles de Gorlice et
de Tarnov, ainsi que la poursuite subséquente, ont valu
aux Impériaux io3.5oo prisonniers russes, 6g canons
et 255 mitrailleuses ; dans les Carpathes et au nord de
la Vistule, les Russes auraient perdu Ao.ooo prisonniers.
Des mouvements tumultueux se produisent à Lon-
dres contre les commerçants allemands.
Le Daily News demande s'il vaut la peine de faire
de grands sacrifices pour conserver Ypres, devenue un
amas de ruines.
La commission britannique pour enquêter sur les
atrocités allemandes, présidée par Lord Bryce, déclare
que les assassinats, les viols et les pillages ont sévi en
86 CHRONOLOOIE DE LA GUERRE
Belgique à un degré qui n'avait jamais été atteint
depuis trois siècles dans aucune guerre entre nations
civilisées.
Par décret, le montant maximum de la circulation
des billets de la Banque de France est porté de 12 à
i5 milliards (12 milliards par la loi du 5 août).
Jeudi 13 mai. — Les Français prennent Ablain-
Saint-Nazaire et achèvent la conquête du bois Le
Prêtre.
Depuis le 9, dans le secteur Carency — Neuville, nous
avons pris 4-ooo hommes, une douzaine de canons,
60 mitrailleuses ; nos pertes, surtout en officiers, ont
été lourdes.
Les Russes croient avoir devant eux presque toute
l'armée autrichienne, toute la cavalerie allemande, un
tiers des forces actives allemandes, la moitié de la
landwehr et du landsturm.
Les Russes progressent vers Czernovitz et Kolomea.
Un sous-marin anglais pénètre dans la Marmara et y
coule trois navires turcs.
En recevant le ministre de Prusse, le Pape a blâmé
la destruction du Lusitanîa ; il a célébré une messe à
la mémoire des victimes.
Un avion anglais a survolé Constantinople.
Le soir, le cabinet Sonnino-Salandra donne sa démis-
sion.
Reçu en triomphe à Rome, d'Annunzio y prononce
un discours vibrant devant i5.ooo auditeurs enthou-
siastes ; il dénonce les « lâches et les traîtres î et dé-
clare que « depuis trois jours une odeur de trahison
commence à nous suffoquer ».
Le colonel Feyler écrit : « Le saillant d'Ypres, mal-
gré sa faible valeur tactique et son utilité militaire dis-
cutable, n'a pu être réduit après trois semaines de
combats. »
Le Daily Mail écrit : « Quelques-uns d'entre nous
commencent à comprendre que notre tâche colossale
d'aujourd'hui ne consiste pas à refouler les Allemands,
mais simplement à rester là où nous sommes. »
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 87
Le Daily I\eios écrit : a Le monde sera dur à habiter
tiour les Allemands pendant de longues années après
a fin de la guerre. »
La Russie dénonce la fausseté des communiqués
allemands.
Millerand félicite le général JofTre des opérations
poursuivies depuis le 9 mai.
Vendredi 14 mai. — Les Austro-Allemands pren-
nent d'assaut la tète de pont de Jaroslav sur le San.
Une colonne allemande approche de Przemjsl ; les
canons russes la mettent en fuite.
Défaite du 9 au i4 mai sur le Dniester, avec perte
de 20.000 prisonniers, l'armée autrichienne ne se main-
tient, sur la rive gauche du Pruth, que vers Kolo-
mea.
Les Russes ont repris Nadvorna.
Résumé de la retraite russe (Civrieux, Le Matin,
i4 mai) : Le i'^'" mai, les Russes furent attaqués aux
bords de la Dunajec et de la Riala par des troupes très
supérieures en nombre, avec une énorme artillerie
lourde (4.000 canons, qui lancèrent 700.000 projec-
tiles). Ils reculèrent d'abord derrière la Visloka, mais
leur gauche ayant été enveloppée, l'ennemi put dépasser
la haute Visloka et franchir la Vislok (affluent du
San) à Krosno. Ce mouvement obligea l'aile droite à
se replier. Le i4 mai, les Russes occupent une ligne
entre la Visloka, la Vislok et le San ; reliés à la Russie
par une seule voie ferrée, celle de Przemysl à Kovno,
lis doivent se rapprocher de leurs réserves en hommes
et en munitions.
L'agitation contre Giolitti augmente dans les gi-andes
villes italiennes. Rome manifeste contre les Austro-
Allemands.
Les socialistes de Milan, opposés à la guerre, pro-
clament la grève générale, qui ne réussit que partielle-
ment.
De graves désordres éclatent à Pola.
Tous les Austro-Allemands en âge de porter les
arnios sont arrêtés à Londres.
88 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Des désordres anti-allemands se produisent en An- il
gleterre et au Gap. h
La Gazette de Francfort écrit : « Les positions aban-
données par nous (au nord d'Arras) n'étaient pas sans
valeur et nos pertes en prisonniers et en matériel ont
été sensibles. »
John D. Rockefeller envoie 35 millions à la Croix-
Rouge serbe.
Samedi 15 mai. — On publie la note très ferme
adressée par le président Wilson k l'Allemagne. Le
Gouvernement américain dit, en substance, que, si un
sous-marin ne peut accomplir sa mission sans causer la
mort de non-combattants ou de neutres, c'est le sous-
marin qui doit céder à la loi internationale et non
l'inverse {New-York Herald).
Les Français ont repris la tête de pont de Steen-
straate, avec trois mitrailleuses. Ils progressent à Neu-
ville-Saint-Vaast et au nord-ouest de Pont-à-Mousson.
Depuis le lo mai, accalmie relative sur le front
oriental.
La ligne Liban — Vilna est de nouveau aux mains des
Russes.
Les Allemands ont perdu, outre Chavli, la position
d'Ejragola (4o kilomètres nord-ouest de Kovno).
En Bukovine, les Russes ont enlevé deux fois plus de
terrain qu'ils n'en ont perdu entre Dunajec et San.
A Rome, quelques essais de barricades semblent
indiquer que l'Italie doit choisir entre l'intervention et
l'insurrection (Journal de Genève, 21 mai).
Salandra a été chargé de former un nouveau cabinet,
ce qui est un succès pour les interventionnistes.
Ferrero écrit {Secolo) que Bùlow a essayé de dominer
le Gouvernement italien par les méthodes employées
jusqu'ici à Constantinople et à Téhéran.
Le Corriere délia Sera dit que l'Italie refuse de
devenir la Turquie et de se soumettre à des émissaires
allemands chargés de faire et de défaire des ministères.
Les survivants de VEmden sont arrivés à Alep.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE »y
Le Temps exprime la crainte qu'une partie des
forces allemandes, victorieuses en Galicie, ne refluent
sur le front occidental.
Dernburg se décide à quitter les États-Unis.
Dimanche 16 mai. — Communiqué allemand du
17 : « Au nord d'Ypres et h l'ouest du canal, près do
Steenstraate et de Hetsas, nous avons dû abandonner
nos positions, en présence de forces ennemies supé-
rieures et à cause des pertes que nous causait un feu
très intense d'artillerie. »
Les Anglais ont avancé de 2 kilomètres vers Lille,
entre Armentières et La Bassée.
Au nord de Ville-sur- Tourbe, une contre- attaque
française a coûté aux Allemands i .000 morts et 3oo pri-
sonniers.
Les combats près de Chavli sont favorables aux
Russes qui passent la Dubissa (affluent du Niémen) et
font des centaines de prisonniers.
Les Allemands, près de Jaroslav, se consolident sur
la rive droite du San. Les premières attaques au nord
et au sud de Przemysl ont été repoussées, mais les
Allemands bombardent les forts à l'ouest de la ville.
L'aile droite russe se rassemble derrière le San ; le
centre combat sur les derniers contreforts des Carpathes,
j entre Przemysl et la Lomnitza ; l'aile gauche, ayant
* chassé les Autrichiens de la ligne fortifiée entre la
Bistritza et la frontière roumaine, les a obligés à se
I replier au delà du Pruth, que les Russes ont franchi.
I' (Journal de Genève.)
i « Au sud de la Vistule, l'ennemi a franchi le San en
ii amont et en aval de Sanok et a atteint les hauteurs
au sud-ouest de Dabromil et Sambor ; il n'est plus qu'à
une vingtaine de kilomètres de Przemysl. Les troupes
autrichiennes, qui se trouvaient au col d'Uzsok, remon-
tent également vers Sambor en passant par Turka. Ce
n'est pas seulement en Galicie que les Allemands ont
repris une violente off"ensive : au nord-est de la Nida, ils
se sont avancés, par Kielce, jusqu'à la Pilitza, ce qui les
ramènerait à 100 kilomètres de Varsovie. » {Le Temps.)
90 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Une grave émeute éclate à Trieste.
Rome et l'Italie acclament le ministère national
reconstitué, malgré les intrigues de l'étranger, secondées
par une faction du Vatican, auquel un journalluthérien,
Die Post (saisi pour cet article), promettait, pour prix
de sa bienveillance, le rétablissement du pouvoir tem-
porel.
Lundi il mai. — Les Français occupent l'ouest
du canal de l'Ysor et y relèvent des centaines de morts
allemands.
Les Anglais progi^essent dans la région de Festubert.
Au nord de Jaroslav, les Russes tiennent encore les
deux rives du San.
Le Tsar se rend sur le front.
Le Cunard Trans y loania est arrivé sans encombre
à Greonock (Ecosse).
Un dirigeable allemand, survolant Ramsgate, détruit
un des principaux hôtels et s'avance jusqu'à Rochester,
à 53 kilomètres de Londres.
La Vita, organe germanophile de Rome, cesse de
paraître.
Deux grandes poudrières autrichiennes ont sauté à
la même neure près de Trieste.
L'ouverture ciu port d'Arkhangel permet aux Russes
de recevoir des munitions et d'expédier du blé en
Angleterre.
Passant en revue la flotte américaine sur l'Hudson,
Wilson a dit : « La marine des États-Unis représente
notre idéal. L'Amérique ne cherche pas k acquérir des
territoires ; elle défend l'humanité et ce que l'humanité
demande. »
Le pasteur Gounelle écrit (Journal de Genève) : « II
faudra poursuivre cette guerre jusqu'au bout, h travers
la nuit de l'inconnu, jusqu'à ce que l'ennemi nous ait
bénis.»
Mardi 18 mai. — Les Allemands tentent vainement
de repasser l'Yser. Le mauvais temps arrête les opéra-
tions.
La Roumanie annonce une note à l'Autriche, qui
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 91
doit être remise le aS mai, au sujet de la Transylvanie
et de la Bukovine.
Lord Kitchener, à la Chambre des Lords, demande
une nouvelle levée de 3oo.ooo hommes.
A partir de ce jour, à Vienne et en Basse- Autriche,
la vente de la viande est interdite le mardi et le
vendredi.
On déclare, à Berlin, disposer de deux millions et
demi de réserves, qui s'abattront sur l'Italie.
Au Reichstag, le chancelier fait connaître les offres
de l'Autriche à l'Italie : partie du Tyrol, rive occiden-
tale de risonzo avec Gradisca, Trieste ville libre impé-
riale, avec Université italienne, souveraineté italienne à
Valona, mains libres en Albanie.
Mercredi 19 mai. — Le 1 8 et le i g, deux divisions
du i*"^ corps turc (Gonstantinople) ont attaqué dans la
région de Kal-Tépé et ont été repoussées par les Austra-
liens, perdant 7.000 hommes.
Prise de Van par les Russes (26 canons).
Les autorités allemandes commencent à s'opposer au
rapatriement des Italiens.
« La note américaine, écrit la Gazette de Cologne,
recevra la réponse qu'elle mérite. Il n'y a pas k supposer
que nos autorités navales s'écartent des mesures que
ei le Gouvernement allemand, après mûre réflexion, a
jugées nécessaires. »
■ « Nous ressentons tous, écrit le Berliner Tageblatt
(parlant de l'Italie), la gravité de ce nouveau danger.
Dans nos troupes de réserve prédominent les hommes
âgés et mûrs, qui laissent femme, enfants et gagne-pain
derrière eux. »
Suivant le Badapesti Hirlap, la princesse Lichnovs^sk^^
a déclaré que, plusieurs mois avant l'attentat de Sera-
i<'vo, son mari et elle savaient que la guerre allait
éclater entre l'Autriche et la Russie.
Jeudi 20 mai. — Réunion du Parlement italien.
Salandra présente un projet de loi pour faire face aux
iléponscs d'une éventuelle guerre nationale. La Cham-
bre acclame Salandra et le roi (sauf quelques socia-
92 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
listes). Sonnino présente le Livre Vert, relation de
pourparlers avec l'Autriche du 9 novembre 1914 ai
4 mai iQiS. Le Gouvernement recueille 367 voix contr
54. D'Annunzio remarque que c'est l'anniversaire d'
Montebello (1869).
Renforcés dans la région de Rossieny, les Aile
mands ont passé sur la rive gauche de la Dubissa.
Les Allemands ont reculé d'Opatov sur 3o kilo
mètres.
Przemysl est assailli de deux côtés à la fois.
Des troupes russes débarquées ont démoli les quai;
de la région à l'est d'Héraclée.
Depuis le 17 février, les Allemands ont perdu dix
sept sous-marins.
On annonce, k Petrograd, que les communiqué;
allemands multiplient par plus de /j le nombre dei
prisonniers russes. Les 5. 100 prisonniers russes fait;
à Drohobjcz sont une simple invention ducommuniqu<
autrichien.
Vendredi 21 mai. — Fin de l'offensive français*
sur le massif de Lorette par l'enlèvement des ouvrage;
allemands de la Blanche-Voie (pente sud). Elle avai;
débuté le i5 mars ; l'attaque décisive commença h
9 mai. Les Allemands ont eu 3. 000 tués ; nos perte;
sont lourdes.
Trois millions d'hommes sont aux prises sur le Sar
et au sud du Dniester, sur un front de 4oo kilomètres
Les Allemands foncent au centre, entre Jaroslav e
les Garpathes ; ils sont soutenus par 4- 000 canons.
Un des régiments de la garnison de Smyrne s'es
soulevé ; beaucoup d'officiers et de soldats se soni
rendus k bord des navires alliés.
Les Turcs battent en retraite sur Bitlis.
Le Sénat italien, après la Chambre, approuve à Is
presque unanimité la politique de Salandra.
Manfredi, président du Sénat italien, s'exprime
ainsi : « L'Italie sait de quel côté on se bat pour le
droit et pour la civilisation. »
L'Autriche a coupé les communications k la frontière
, CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 93
Îtalieane. Le train parti de Milan a été saisi, matériel
ît personnel.
j L'Autriche déclare qu'elle ne peut pas reconnaître la
«ijénonciation par l'Italie de la Triple-Alliance, qui est
!n vigueur jusqu'au i3 juin 1920 et ne peut être
Ïlcnoncée qu'après préavis d'une année.
L'ambassadeur d'Italie est insulté k Berlin.
VOsseroatore Romano proclame la neutralité du
saint-Siège.
Les Anglais déclarent qu'ils sont en mesure d'em-
iloyer des gaz, mais moins nocifs que ceux des Alle-
uands. Ceux-ci en ont fait usage contre les Russes à
^arnov. On dit qu'ils en ont préparé d'énormes quantités
•n Alsace.
Samedi 22 mai. — Dans la nuit du 21 au 22, les
{lisses repoussent les Allemands au .sud de la Pilitza et
ont 1. 000 prisonniers.
Un avion allemand jette sur Paris des bombes qui ne
ont pas de mal.
Le roi d'Italie signe le décret ordonnant la mobili-
ation générale.
Guillaume II quitte Jaroslav, se rendant dans l'ouest;
I paraît très abattu.
Dimanche 23 mai. — Déclaration de guerre de
Italie h l'Autriche. Premier jour de la mobilisation
italienne (hommes de 20 a 89 ans).
Millerand avise les généraux Joffre et Gouraud
Dardanelles) que l'Italie se considère en guerre avec
x\utriche a partir du 24 mai.
Le Gouvernement allemand rappelle son ambassadeur
<• Rome et publie une note sur 1' « apostasie » du
I uisième allié ; mais il ne déclare pas la guerre.
La France, l'Italie, l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie
Ijnt affirmé à la Suisse qu'elles respecteraient sa neutra-
lité.
Les Allemands sont repoussés au delà de la Dubissa.
Sur presque tout le front de la Galicie, les Allemands
Int passé à la défensive ; on dit qu'ils manquent mo-
lentanément de munitions.
94 CHRONOLOGIE DE^LA GUERRE
Les Russes progressent sur la rive gauche du Dniester
(2.200 prisonniers).
Fête nationale et enthousiasme pour l'intervention
en Roumanie.
Les Alliés déclarent que la Sublime Porte et les
membres du Gouvernement ottoman seraient personnel-
lement responsables en cas de massacres d'Arméniens.
Il y aurait 890.000 soldats et 7. 161 officiers russes
prisonniers dans les empires du centre (53o.ooo en
Allemagne).
Lundi 24 mai. — Le baron Burian a donne sa
démission de ministre des Affaires étrangères et a été
remplacé par le Hongrois Tisza.
Recourant de nouveau aux gaz, les Allemands font
reculer les Anglais à l'est d'Ypres. Le gaz a été projeté
par des cylindres pendant quatre heures de suite sur
un front de 5 milles ; le nuage atteignait par endroits
4o pieds de haut. Grâce aux précautions prises, les
soldats anglais purent en quelques endroits rester k
leur poste.
Les Italiens prennent le col de Tonale et font prison-
niers plusieurs centaines d'alpins autrichiens.
Dans le Frioul, les Italiens occupent Caporetto,
marchant sur l'Isonzo. Les Autrichiens se retirent en
détruisant tout.
Les Autrichiens ont jeté des bombes sur Ancône,
faisant des dégâts au dôme.
Le quartier général italien est à Bologne ; la cour est
au palais Pitti, à Florence.
Le prince de Bûlow et le baron Macchio ont quitté
Rome.
Du 20 au 24 mai, les Allemands, modifiant leur offen-
sive contre Przemysl du nord-est au sud-est, établissent
i5 ponts sur le San entre Seniava et Jaroslav. Le 2^,
plusieurs centaines de milliers d'hommes, appuyés par
1 .000 canons, se ruent sur les tranchées russes entre la
Lubaczovka et le San, ainsi que sur la rive gauche du San,
vers Radymno et Drogotchev. Les Allemands prennent
Ostrov et Radymno (9.000 prisonniers, 52 canons).
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 95
•'' Un sous-marin anglais, pénétrant dans la mer de
Marmara, a coulé trois transports turcs chargés de
; munitions et de troupes, un navire charbonnier et deux
contre-torpilleurs.
L'Italie saisit tous les navires austro-allemands dans
ses ports (valant plus de loo millions).
Combat naval dans l'Adriatique ; plusieurs navires
autrichiens sont endommagés ; un destroyer italien
est obligé de se couler lui-même.
Un torpilleur italien entre par suprise à Porto Buso,
bombarde la caserne, détruit les embarcadères et de
nombreux bateaux automobiles.
Un navire autrichien, qui a bombardé Barletta, a
été endommagé par les canons italiens.
Mardi 25 nicli. — Nouveau ministère anglais ;
Asquith reste premier ministre ; Lloyd Georges est
ministre des Munitions ; Balfour est premier Lord de
l'Amirauté.
L'ambassadeur d'Italie quitte Berlin.
Les Italiens, sur la frontière du Trentia, occupent le
mont Altissimo (2.070 mètres); sur la frontière du
Frioul, ils occupent Grado.
Les cinq premiers prisonniers autrichiens sont arrivés
à Vérone ; leur sous-offîcier, du Trentin, a crié : Vive
l'Italie I
Liman von Sanders ayant été blessé, la défense des
Dardanelles est confiée à l'amiral von Usedom.
Le cuirassé Triumph, qui protégeait le débarquement
!S troupes australiennes dans la presqu'île de Galli-
poli, a été coulé par un sous-marin.
Les Russes occupent Ourmiah.
Des troupes russes avec artillerie ont été débarquées
L Enzeli et marchent sur Kazvin (Perse).
Le navire américain Nebraska a été torpillé sur la
;ôte d'Irlande ; l'équipage est sauf.
_ Les avions français, très actifs, lancent 2o3 projec-
iles, endommagent des parcs d'aviation et des dépôts
l'essence.
Pillages et désordres anti-italiens à Trieste.
96 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
L'accord sino-japonais est signé.
Sazonov a dit aux représentants de la presse à Petro-
grad q^ue la Serbie aurait des ports sur l'Adriatique. II
a confirmé que l'Autriche avait fait des tentatives en
vue d'une paix séparée.
Mercredi 26 mai. — Progrès anglais à l'est de Festu-
bert. Depuis le i6 mai, laP= armée anglaise a percé les
lignes ennemies sur 4 kilomètres, enlevé 3.5oo mètres de
tranchées et fait 780 prisonniers, avec 10 mitrailleuses.
Progrès français à l'est d'Ablain (4oo prisonniers).
Les Italiens entrent à Cormons.
Lutte acharnée entre la Lubaczovka et Przemjsl,
ainsi qu'entre cette place et le marais du Dniester.
A l'est de Jcdvabno, les Allemands attaquent avec
des gaz.
Une forte attaque albanaise contre la frontière serbe
est repoussée.
L'armée turque a perdu 60.000 hommes.
L'Italie déclare le blocus du littoral albanais et
austro-hongrois de l'Adriatique.
Un dirigeable a survolé Southend et tué une femme.
18 avions français ont bombardé des fabriques à
Ludwigshafen ; un seul a été pris.
Un dirigeable allemand bombarde Helsingfors et tue
4o habitants.
Il paraît avéré que les États-Unis, malgré le blocus,
continuent à nourrir l'Allemagne par la Hollande et les
pays Scandinaves.
Les Allemands ont lancé dans les tranchées anglaises
un papier portant ces mots : « Nous sommes trop peu
pour attaquer, trop nombreux pour nous retirer, trop
fiers pour nous rendre ; mais nous voudrions rentrer
chez nous. »
La France a 2.5oo.ooo hommes au front; il en reste
environ 1.200.000 dans les dépôts. Avec les engagés
volontaires (Français et coloniaux), on peut estimer la
force totale à 4 millions d'hommes.
Jeudi 27 mai. — Succès français à Ablain et au
sud-est d'Ablain.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 97
Aux lisières du bois Le Prêtre, nous avons atteint sur
deux points la route de F'ey-en-Haye à Norroj. Les Alle-
mands disent que nous avons été repoussés avec pertes.
Les Allemands détruisent de nouveau, à coups de
canon, le viaduc de Dannemarie, que les Français
avaient réparé.
Avançant sur les deux rives de l'Adige, les Italiens
prennent Ala.
Les Italiens occupent le mont Baldo et approchent
de Gradisca.
Des troupes autrichiennes quittent Tarnov pour le front
italien. Une XIP armée autrichienne se forme àBotzen.
Le quartier général autrichien est à Trente.
Graves désordres anti-allemands à Milan ; la populace
pille 60 fabriques et 3oo appartements, ne ménageant
même pas les maisons suisses.
Dans la région de Chavli, les Russes prennent la
position de Bubjé (i.ooo prisonniers).
Les Allemands bombardent Ossovetz.
Les Russes prennent Seniava (i.ooo prisonniers).
Les Allemands sont repoussés à l'est d'Hussakov.
Le centre russe résiste entre Przemysl et la Lubac-
zovka (à 10 kilomètres de Jaroslav).
Un sous-marin anglais s'avance jusqu'à Gonstanti-
nople, coulant un navire de munitions dans la Marmara
et lançant une torpille contre un transport, le long de
l'arsenal de Constantinople.
Un torpilleur allemand coule le croiseur Majestic
devant Sedul-Bahr; c'est le cinquième cuirassé anglais
perilu aux Dardanelles.
La Turquie prétend et déclare aux puissances qu'elle
va opérer contre le canal de Suez.
Les Russes battent les Turcs près de Mischkvine.
Les Arméniens de Zeitoun ont gagné la montagne pour
ne pas être enrôlés; ils sont aux prises avec 20.000 sol-
dats turcs.
Le navire auxiliaire Princess Irène fait explosion à
Sheerness (^oo morts).
Deux torpilleurs italiens coulent un sous-marin
autrichien.
68. CHRONOLOGIE UK LA GUERRE n
98 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Un dirigeable ayant jeté des bombes sur Southend
(septième raid allemand en Angleterre), le communiqué
allemand parle des fortifications de Southend ; personne
n'en est dupe.
Des avions allemands jettent des bombes sur les
casernes de Gérardmer.
La presse bulgare et les cercles militaires s'élèvent
contre la politique neutraliste du Cabinet.
Le roi d'Italie et le roi de Serbie échangent des
télégrammes significatifs, faisant augurer une action
commune.
Sir Henry Jackson remplace l'amiral Fisher comme
premier Lord de la mer.
Dans une lettre au cardinal Vannutelli, le Pape parle
des (k moyens olTensifs employés sur terre et sur mer,
contraires aux lois de l'humanité et du droit inter-
national ».
Vendredi 28 mai. — D'Angres à Arras, la bataille
fait rage ; les Allemands contre-attaquent et bombardent
violemment.
Les Autrichiens sont en retraite dans le Trentin et le
Frioul.
Les Italiens occupent Grado, port d'Aquilée.
L'anarchie est à son comble en Albanie, où des
officiers autrichiens et turcs excitent les Albanais contre
les Italiens et les Serbes.
Les Russes prennent des canons dans la réqion de
Chavli.
Les Allemands passent !e San à Radymno.
Au sud-est de Przemysl, les Allemands avancent k
l'est d'Hussakov.
Les Russes ont contre-attaque dans la région de Strij,
prenant 600 hommes et 8 mitrailleuses.
Le 27 et le 28, très vif combat entre les marais du
Dniester et Dolina. Les Russes ont pris l'offensive sur
la rive gauche de la Svitza et jusqu'à la Lomnitza. Près
de Perechinsko (20 kilomètres sud-est de Dolina), les
Russes ont fait 3. 2 00 prisonniers.
Le Gouvernement russe proteste de nouveau contre
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 99
les ohitlres énormes de prisonniers russes qu'indiquent
les communiqués austro-allemands.
Les Russes sont entrés à Van, très acclamés.
On a confisqué à Bucharest des caisses destinées à
l'ambassadeur allemand de Gonstantinople ; elles con-
tenaient des bombes asphyxiantes.
A une conférence de la paix, convoquée à Berne,
Vogthen, député au Reichstag, déclare qu'il n'approuve
pas la violation de la neutralité belge.
Bruyante démonstration, devant le Reichstag, de
femmes allemandes réclamant la paix.
La Gazette de Cologne fait observer avec insistance
que l'Italie est en guerre avec l'Autriche, non avec
l'Allemagne.
Bethmann-HoUweg dit au Reichstag : « Le Gouver-
nement italien a écrit pour toujours, dans le livre de
l'histoire des peuples, en lettres de sang, son acte de
déloyauté... Une attaque italienne contre les troupes
austro-hongroises se heurtera aussi à des troupes alle-
mandes. » Le chancelier attribue la guerre à « la rue,
travaillée par l'or de la Triple Entente », qui l'a emporté
en menaçant les modérés de meurtre et de révolution.
Bethmann-Hollweg dit encore : « Le Gouvernement
britannique, pour ameuter l'opinion, publie un document
(le rapport Bryce) contenant les dépositions de témoins
anonymes et qui signalent de prétendues cruautés com-
mises en Belgique par les troupes allemandes, cruautés
si monstrueuses qu'il n'y a que des cerveaux de fous
qui puissent y ajouter foi. »
Les trois ordi-es d'enseignement en France ont perdu
5.862 hommes, dont i.oi3 morts. L'enseignement
primaire compte i .5oo tués ; l'Ecole normale supérieure,
^7 tués et 106 blessés.
Pour avoir acclamé des prisonniers traversant la ville,
la petite ville belge de Roulers est frappée d'une amende
de i.5oo.ooo marks.
Samedi 29 mai. — Les Français ont achevé de
prendre Ablain (12-29 "^^' » détails dans le Temps,
3 juin).
100 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
La lutte est chaude à Neuville-Saint-Vaast, . où les
Français progressent maison par maison.
Un nouveau bombardement fait une vingtaine de vic-
times à Pont-à-Mousson.
Le fort de Luzerna s'est rendu aux Italiens.
Les Italiens occupent Valona et les îles Sasseno.
Les Russes se sont repliés derrière la Dubissa, mais
arrêtent les progrès de l'ennemi sur la rivière.
Les Allemancls ont dû évacuer la rive droite du San
jusqu'à l'embouchure de la Lubaczovka, perdant
3.000 prisonniers.
La ilotte russe de la Mer Noire a détruit une usine
électrique et les bâtiments d'une exploitation houillère
sur la côte d'Anatolie.
Talaat bej a dit ù un représentant du Berliner Tage-
blatt : « Je ne crois pas à une guerre balkanique. Bra-
tiano est un homme sérieux et honorable. Le roi et lui
assurent la neutralité de la Roumanie. »
Le représentant du ministère de la Guerre a déclaré
à la Commission du budget du Reichstag que l'Alle-
magne était prête pour une campagne d'hiver, avec des
matières premières en suffisance.
Parlant au nom des conservateurs, le comte Westarp
a dit : «Il s'agit de reconstruire notre maison plus soli-
dement encore qu'auparavant. Nous ne devons pas
reculer devant les conséquences nécessaires pour la
sécurité durable de ce pays. » Ces mots inquiètent
la Hollande, d'autant plus que cette manière de voir a
été adoptée, quelques jours après, par les nationaux-
libéraux {Temps du 29).
Le Gouvernement hongrois annonce qu'il va saisir le
quart des dépôts des caisses d'épargne.
Dimanche 30 mai. — Dans la nuit du 29 au 3o,
les Russes ont franchi la Lubaczovka et occupé Mo-
nasLerz. L'offensive allemande sur Jaroslav-Radymno
est arrêtée.
L'offensive russe se prononce au delà du Dniester
(700 prisonniers, 3o mitrailleuses).
Les aviateurs italiens mettent le feu au grand ré-
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 101
servoir de benzine à Pola, qui brûle pendant pkisieiir.s
jours.
Télégraphiant au président Poincaré, le roi d'Italie
dit que les deux pays sont réunis dans un même idéal :
la libération des peuples opprimés et la défense de
notre civilisation commune.
Le colonel Feyier écrit, dans le Journal de Genève :
a Les dépêches dessinent les contours de la manœuvre
européenne contre le bloc impérial, avec la Suisse,
appui des ailes intérieures. »
Lundi 31 mai. — L'Allemagne répond aux États-
Unis que le Lusiiania, transportant des munitions et
étant armé de canons, devait être assimilé à un na-
vire de guerre. Pour les autres cas en litige, l'Alle-
magne réparera les préjudices matériels.
La Garde prussienne et d'autres troupes allemandes
s'emparent de Strij et rompent les lignes russes au
sud-ouest (9.200 prisonniers, 8 canons.)
Dans la nuit du 3o-3i, les Allemands attaquent vio-
Irmment sur tout le front au nord de la Pilitza, se
servant de gaz qui font sentir leurs effets à 3o kilo-
mètres en arrière.
Les Bavarois prennent d'assaut trois forts sur le front
nord de Przemysl.
Des troupes turques quittent Damas pour Gonslan-
tiuople, où la situation est très tendue.
Succès des Anglais en Mésopotamie, au nord de
Korna.
Des dirigeables survolent Ramsgafe et la banlieue de
Londres.
Les Allemands disent que, en réponse au bombarde-
ment de Ludwigshafen, ils ont jeté de nombreuses
bombes sur les chantiers et les docks de Londres.
Garua, dans le Cameroun, se rend aux Alliés.
On manifeste à Sofia et à Bucharest en faveur des
Alliés.
Le total des pertes prussiennes atteint i.338.ooo hom-
mes, dont 74.000 officiers.
Suivant le communiqué allemand du 2 juin, les Aus-
102 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
tro-Allemands auraient pris, pendant le mois de mai,
sur le théâtre sud-oriental de la guerre, 270.000 hom-
mes, 261 canons, 676 mitrailleuses et im énorme ma-
tériel.
Un placard socialiste, répandu en Allemagne, dé-
nonce l'Autriche -Hongrie comme ayant décliaîné la
guerre et blâme l'ignorance où on laisse les peuples :
C( Les pires ennemis de l'Allemagne sont l'impérialisme
et le parti de la guerre. > Ce placard ajoute qu'on
aurait pu préparer les voies à la paix en mars, mais
que la cupidité des impérialistes allemands y mit
obstacle.
JUIN
Mardi 1^'' juin. — Les Alliés progressent sur Saint-
Julien ; la ligne allemande est devenue irrégulière entre
Dixmude et Ypres.
Les Finançais prennent de nouvelles tranchées au
nord d'Arras.
Les Italiens investissent le Trentin et progressent
vers Trente.
Sur la Bzura, une saute de vent a retourné contre
les Allemands un nuage de gaz qui menaçait les
Russes.
Bombardement des forts du nord de Przemysl.
Les Allemands progressent entre la Tismenitza et
Strij .
Le Canada dément que le Lusitania ait transporté
des soldats canadiens.
L'ambassadeur Gérard télégraphie de Berlin à Bryan
que le Gulflight a été torpillé par erreur.
A la suite de l'incursion d'un dirigeable sur la ban-
lieue de Londres et Ramsgate (nuit de lundi à mardi).
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 103
des manifestations anti-allemandes se produisent, no-
tamment à Shoreditch.
On dit que les bandes albanaises comptent 3o.ooo
hommes, payés 4o francs au mois par l'Autriche.
Depuis le i^"' août 191 4; 20 déclarations de guerre
ont été faites; on en attend d'autres.
Les Alliés fabriquent de nouvelles mitrailleuses à
balles incendiaires.
Le Gouvernement français déclare qu'il répondra à
l'emploi des gaz asphyxiants. •
Le général Keim écrit (Tœglische Rundschau) : « On
doit poursuivre le but de dissocier l'Italie politiquement,
de la ruiner économiquement. »
Mercredi 2 juin. — Violents combats h l'est de
Notre-Dame-de-Lorette.
Depuis le 3i mai, les Français ont pris 800 hom-
mes dans la forteresse dite le Labyrinthe.
Nouvelles bombes sur la cathédrale de Reims.
Opérant au sud de Liban, les Russes ont pris Polin-
ghen.
Sur la rive gauche du San inférieur, les Russes ont
enfoncé l'ennemi et pris un fortin à Rudnik, à 60 ki-
lomètres au nord-ouest de Jaroslav (4-ooo prisonniers).
L'offensive russe continue vers l'embouchure de la Vis-
lok, affluent de gauche du San.
Les Russes ont commencé à évacuer Przcmysl,
enlevant le matériel pris aux Autrichiens.
L'escadre italienne, ayant occupé Lissa, a vainement
défié l'escadre autrichienne, qui est restée à Pola.
On assure que l'Allemagne est ravitaillée par la
Suisse, la Hollande et la Suède. L'Autriche est ravitaillée
par la Roumanie.
Jeudi 3 juin. — A l'ouest de Rudnik, les Russes
détruisent presque entièrement 3 régiments tyroliens.
Les Russes retirent, pendant la nuit, les dernières
batteries de Przemysl et évacuent la ville.
Un sous-marin anglais, dans la Marmara, coule un
grand transport à destination de Panderma.
104 CHRONOLOGIE DE LA GUEURE
Les Turcs ont 276.000 hommes pour défendre les
deux entrées de la Marmara.
Amarah (Mésopotamie) se rend aux Anglais, avec
3o officiers et 700 hommes.
29 avions français ont lancé 178 obus sur le quartier
général du Kronprinz.
Depuis l'ouverture des hostilités avec l'Italie, l'Au-
triche a perdu 5 aéroplanes.
Salandra, dans un grand discours tenu au Capitole,
réfute les accusations portées contre l'Italie ; tout en
exprimant à l'Allemagne son « admiration » et son
« respect >^, il dit : « Le rêve d'hégémonie universelle
est brisé. Le monde est insurgé : la paix, la civilisation,
l'humanité future, doivent se fonder sur le respect com-
plet des autonomies nationales, parmi lesquelles l'Alle-
magne devra siéger égale aux autres, mais non maî-
tresse. ))
Vienne et Berlin fêtent la reprise de Przemysl.
Lloyd Georges, ministre des munitions, dit à Man-
chester : « Le succès de la guerre dépend plus des
patrons et des ouvriers des usines que de tous le.s
autres citoyens. Nous avons actuellement plus d'hommes
que d'équipements. »
Vendredi 4 juin. — Progrès des Italiens près de
la crête de Monte Nero, à 9 milles des tranchées
autrichiennes de Tolmino.
Une attaque générale des tranchées turques au sud
de la presqu'île de Gallipoli, du 4 au 6 juin, ne donne
pas de résultats décisifs; on enlève quelques lignes de
tranchées devant Krithia.
Jusqu'au 4 juin, les Russes ont conquis la région de
Van et une partie du sanjak de Moush ; ils ont anéanti le
corps de Khalil bey et purgé de troupes turques tout le
pajs entre les lacs de Van et d'Ourmiah. A 1 aile droite,
ils ont occupé le territoire turc entre l'ancienne frontière
et la ligne des rivières Tchorokh et Tortoum. L'offen-
sive turque dans l'Azerbeidjan a complètement échoué.
Un sous-marin anglais coule un torpilleur et un
transport allemands près de Windau (Baltique).
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 105
Samedi 5 juin. — La flotte italienne a bombardé
et partiellement détruit la voie ferrée entre Raguse et
Cattaro.
Les Anglais repoussent une attaque turque à EI-Kan-
tara (Egypte). '
Dans la nuit de vendredi à samedi, des dirigeables,
survolant l'est et le sud-est de l'Angleterre, y ont fait
peu de dommages.
Ch. Eliot, président de l'Université de Harvard, écrit
dans le New- York Times pour conjurer rAmérique du
Nord et celle du Sud de mettre leurs usines et leurs res-
sources à la disposition des Alliés, engagés dans une
latte gigantesque pour l'humanité.
Dimanche 6 juin. — Les Allemands envoient une
pluie de gros obus sur les lignes des Alliés dans le
nord.
Violentes contre-attaques allemandes sur les pentes
de Notre-Dame de la Chapelle et Aix-Noulette.
Une attaque française imprévue, près de la ferme de
Quennevières, à l'est de Tracy-le-Mont, nous fait gagner
deux lignes de tranchées (200 prisonniers, 3 canons).
Les Allemands avancent de Przemysl sur Moscizka
(route directe de Lemberg). D'autres corps passent le
Dniester près de Juravno, menaçant Lemberg par le
sud.
Les Russes occupent Ardost (Caucase).
Dans la nuit, un dirigeable bombarde le littoral nord-
est de l'Angleterre et tue 24 civils.
So.ooo personnes manifestent à Bucharest en faveur
de l'intervention.
On dit que la maison Krupp a établi une grande
usine à Constantinople et que des sous-marins allemands
ont défilé devant Dolma Bagtché.
Lundi 7 juin. — La frontière belge a été fermée
du côté de la Hollande ; on parle d'un afflux de troupes
allemandes destinées à l'attaque d'Ypres.
Progrès français dans la région d'Arras et au sud-est
d'Hébuterne (nord d'Albert).
Les Français progressent au delà de Vic-sur-Aisne.
106 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
A Vauquois, par représailles, les Fraaçais ont arrosé
les tranchées allemandes de liquide enflammé.
Les Italiens commencent à passer l'Isonzo.
Les Russes, chassés de Bubjé, se replient sur Chavli.
Sur la rive gauche de la Vistule, les Allemands ont
employé des gaz asphyxiants.
Au sud du Dniester, les Allemands ont atteint
Mislov, Les Autrichiens disent avoir pris 6.200 Rus.ses
dans la région du Pruth et du Dniester.
Il y a 4o corps allemands en Galicie (sur 55 qui
occupent le front oriental).
Les Serbes sont à deux jours de marche de Scutari ;
mais le seul but de leur expédition est d'occuper des
points stratégiques pour se défendre contre les incur-
sions des Albanais.
Nouveau bombardement de Zongouldak (Mer Noire).
Les Russes occupent Ide (Caucase).
Un sous-marin russe a attaqué dix cuirassés allemands
entre Windau et Gotland.
Le Medjidieh, coulé devant Odessa, a été renfloué et
ajouté à la flotte russe.
Dans la nuit de dimanche à lundi, une escadrille
anglaise bombarde le hangar d'Evere près Bruxelles ;
l'un des aviateurs, Warneford, rencontre, à 3 heures du
matin, un dirigeable entre Gand et Bruxelles et le
détruit à coups de bombes.
Un dirigeable a survolé la côte est de l'Angleterre,
tuant cinq personnes.
On dit que l'Allemagne off're k la Roumanie, pour
prix de sa neutralité bienveillante, la Bukovine et l'in-
dépendance de la Transylvanie.
Le nouveau chef du parti conservateur roumain,
Lahovary, publie un manifeste en faveur de l'inter-
vention.
Le roi de Bavière, dans un discours k Fiirth, s'est
prononcé pour la politique des annexions.
Les enfants des écoles en Allemagne sont mis en
congé pour cultiver le sol ; ce sont les « soldats de la
terre », dit un manifeste impérial.
Hindenburg aurait dit que, grâce k l'arme nouvelle
CHUONOLOGIE DE LA GUERRE 107
et puissante des gaz, les ennemis de l'Allemagne seraient
abattus en moins de deux mois.
On rappelle l'apostrophe de Luther aux princes alle-
mands : (( Vous combattez pour l'injustice. L'Allemagne
sera dévastée. Insensés ! que vous ont fait ces femmes,
ces enfants, ces vieillards que vous entraînez dans votre
perte ? L'Allemagne est perdue, j'en ai peur. »
Mardi 8 juin. — Les Italiens dessinent un mou-
vement enveloppant autour de Tolmino. Les Autrichiens
abondonnent la vallée du bas Adige, brûlant les villages
qu'ils évacuent.
Les Italiens prennent Preikofel, position très forte.
Avance allemande vers Kovno.
Dans un combat sur les bords de la Viznia, les
Russes ont refoulé les Autrichiens vers Jaroslav et
infligé un échec aux Bavarois.
Les Allemands continuent à progresser sur la rive
gauche du Dniester. Les Russes reprennent l'offensive
au nord-est de Juravno.
Les Russes ont évacué Stanislau sans combat.
Un dirigeable italien est détruit, près de Lussin, par
un hydravion autrichien.
Un aéroplane jette des bombes sur Venise.
H. Delius dans le Lokal Anzeiger : a A cette heure,
les Français ne sont ni abattus ni découragés ; au
contraire, leur confiance est très grande. Tant qu'il en
sera ainsi, il n'y aura pas d'espoir de les réduire. »
Mercredi 9 juin. — Les Français occupent entiè-
rement Neuville-Saint-Vaast.
Progrès français aux lisières du bois Le Prêtre.
Les Autrichiens ont évacué et fait sauter la forte-
resse de Pizzacchio.
Les Italiens prennent Monfalcone et les hauteurs
voisines. Ils détruisent, à Monfalcone, une fabrique de
gaz asphyxiants.
La Gazette de Voss dit mensongèrement que des
appareils de télégraphie et des canons ont été placés sur
la cathédrale de Milan et sur Saint-Marc.
108 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Depuis le 6 juin, usant de gaz asphyxiants, les
Allemands attaquent les positions russes de Mosciska.
Une flottille italienne bombarde Saint-Jean de Medua
pour obliger les Albanais à laisser passer des convois
de vivres destinés au Monténégro.
Un sous-marin allemand torpille par erreur un
vapeur allemand de 1.781 tonnes qui va se réfugier à
Harwich et y est détenu.
On a découvert et détruit dans la mer Egée un dépôt
de benzine pour sous-marins.
On dit que Ghenadief est devenu le partisan cha-
leureux d'une entrée en action de la Bulgarie.
On mande de Russie que les négociations sont
rompues entre la Roumanie et la Russie, à cause de la
Bukovine et du Banat (détails dans le Temps du 21).
La Gazette de Francfort écrit : « Ayant soutenu
l'Autriche, l'Allemagne s'est acquis le droit de la
conseiller... Il n'est que juste de satisfaire les aspirations
de la Roumanie, v Mais l'Autriche a fait, avec l'Italie,
une expérience qu'elle ne tient pas à renouveler.
En présence au projet de note à l'Allemagne rédigé
par le président Wilson, demandant la cessation de
toute attaque contre des paquebots, Bryan, secrétaire
aux Affaires étrangères, donne sa démission et est
remplacé par Robert Lansing. Bryan paraît avoir voulu
soumettre à l'arbitrage le cas du Lusitania.
On parle à New-York d'un complot gigantesque
organisé par l'Allemagne pour acquérir à tout prix le
contrôle des usines américaines qui fournissent aux
Alliés des armes et des munitions. Ce plan a été décidé
le 2 juin dans une réunion présidée par Bernstorff. Le
« roi de l'acier », Schwab, l'a fait échouer en le révélant.
L'archevêque catholique d'Utrecht se déclare l'admi-
rateur de l'Allemagne et de sa « culture ».
La rente française touche de nouveau le cours de 78.
Les pertes anglaises, à l'exclusion des marins, attei-
gnent 258.000 hommes, dont 5o.ooo morts.
Dimanche 13 juin. — Progrès, puis recul des.
Français au nord de la sucrerie de Souchez.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 109
Les Italiens bombardent Malborghetto. Leur artillerie
a coupé la voie de Gorizia à Montefalcone, près de
Sagrado. Ils occupent déjà 4.000 kilomètres carrés de
territoire autrichien.
Les Allemands, repoussés sur le Windau, semblent
vouloir tenter, avec cinq corps, une opération sur Riga.
Sur la Bzura, on dit que les Allemands emploient un
mélange de benzine et de pétrole à haute pression qui
coupe les fils barbelés à distance.
Le front russe est percé en Galicie vers Moscizka ;
les Allemands disent avoir fait iG.ooo prisonniers. Ils
passent la Lubaczovka, affluent du San, dans son cours
inférieur et marchent vers Lemberg.
Les navires français bombardent Tchesmé, base de
.sous-marins sur la côte anatolienne.
Les élections grecques sont favorables à Vénizélos.
Les Bulgares démentent qu'ils laissent passer des
munitions et des officiers allemands destinés aux Turcs.
Dans une réunion tenue à Munich, les socialistes
bavarois condamnent le discours annexionniste du roi
et demandent que la Belgique reste indépendante. En
revanche, les nationaux-libéraux saxons se prononcent
pour la politique annexionniste.
Herriot écrit dans \' Information : « Jamais l'impéria-
lisme allemand ne s'est montré plus agressif, en dedans
et au dehors, que dans la période présente. Ceux qui
parlent de son découragement nous trompent. »
Le colonel Feyler écrit dans le Journal de Genève :
L'Europe n'est pas mûre encore pour le scandale
d'une annexion de la Belgique. »
Le total des prisonniers faits par les Alliés, Japonais
compris, s'élève à i.iSo.ooo.
Lundi 14 juin. — Les Belges se consolident sur la
rive droite de l'Yser.
De gros obus, lancés à 24 kilomètres, tombent dans
la forêt de Compiègne.
Les Italiens bombardent Gorizia.
Les Allemands bombardent Ghavli. Ils reprennent
offensive dans la région de Jaroslav et sur la rive
110 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
droite du San. Les Russes se retirent entre le Dniester
et le Pruth vers leur frontière.
Les Serbes occupent El Basan et Tirana en Albanie ;
deux colonnes visent Durazzo, tandis que les Monténé-
grins marchent sur Scutari.
Le ministre de Russie à Bucharest a été reçu par le
roi. Il y a eu un long conseil des ministres, auquel
assistaient les présidents des deux Chambres.
Romain Rolland écrit dans le Journal de Genève :
« Aux actes d'accusation dressés contre les empires de
proie et contre leur orgueil humain, au nom du droit
violé, de l'humanité outragée, par les peuples victimes
et par les combattants, s'ajoute le cri de douleur des
âmes nobles de leur propre peuple que les mauvais
bergers ont conduit et contraint au meurtre et à la
déraison. »
On calcule, à Budapest, que, jusqu'au i" juin, les
Austro-Hongrois ont perdu 3.5oo.ooo hommes, malades
compris.
L'accord s'est fait pour l'échange, par l'entremise de
la Suède, de loo.ooo prisonniers russes et allemands
invalides.
Mardi 15 juin. — Nouveau bombardement d'Osso-
vetz.
Dans la région de Lubaczov, la cavalerie russe,
venant à l'aide de l'infanterie épuisée, anéantit un
régiment allemand.
Le i4 et le i5, en amont de Juravno, les Russes ont
pris 8.544 hommes et 6 canons. Les Austro-Allemands
passent le Dniester vers Nijniov,
Des avions allemands tuent et blessent des civils à
Nancy.
Vingt-trois avions alliés ont jeté i3o bombes Sur
Carlsruhe, endommageant le château ; deux avions ne
sont pas revenus.
Sur la côte nord-est de l'Angleterre, un dirigeable â
tué seize personnes.
La voie d'Arkhangel à Vologda, occupée par le trans-
port de matériel de guerre, est fermée au commerce.
CHRONOLOGIE DE hX GUERRE 111
Jusqu'au 3i mai, les pertes navales anglaises ont
atteint 7.696 hommes et 549 officiers.
Mercredi 16 Juin. — • Progrès anglais au sud de
Hooge (nord-est d'Ypres).
Les Allemands, renforcés, contre-attaquent, le 16 et
le 17, au nord d'Arras.
Les Allemands lancent 100 obus sur Reims, dont 10
sur la cathédrale (ils disent n'avoir tiré que sur les
casernes).
Progrès français sur la haute Fecht et prise du
Braunkopf (34o prisonniers).
Succès des alpins italiens sur le Monte Nero.
Les Autrichiens ont vainement attaqué les passages
des Alpes Carniques, en particulier celui de Monte
Croce.
De part et d'autre de Chavli, les Allemands se déve-
loppent sur un front de 100 kilomètres.
A minuit, les Allemands prennent la partie ouest de
Grodek.
Dans la nuit du i5 au 16, sur le front du Dniester,
les Allemands éprouvent de grosses pertes.
Des bandes albanaises, ayant envahi le Monténégro,
sont repoussées.
Les Serbes bombai-dent Semlin.
Des aviateurs anglais bombardent un hangar de
"Il dirigeables près de Gand.
La Suède a interdit le transit, k destination de la
Russie, des marchandises dont elle prohibe elle-même
l'exportation. L'Allemagne travaille à exciter la Suède
contre la Russie ; Sazonov déclare que la Russie pense
aussi peu à attaquer la Suède que la lune; d'autre part,
le Gouvernement suédois a donné des assurances paci-
fiques à la Triple Entente.
Les niinistres de Bulgarie et de Roumanie à Berlin
ont été invités au quartier général par Guillaume IL
Malgré la majorité de 100 voix obtenue par Vénizélos,
Gounaris prétexte la maladie du roi pour garder le
pouvoir.
On proteste en Suisse contre les rigueurs de la censure
112 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
fédérale, trop soucieuse des susceptibilités de l'Alle-
magne.
Le Temps du 17 reproduit une lettre d'Alsace à la
Gazette de Lausanne, annonçant que les chimistes
français ont obtenu des « résultats effroyables » dans
les essais qu'ils ont faits pour répondre à l'emploi des
gaz par les Allemands.
Aux Communes, on demande la mise en chantier d'un
grand nombre d'avions, constituant un a essaim de fre-
lons ». Le Gouvernement déclare que l'Angleterre,
comme la Russie, construit aussi de grands avions.
On parle, au Canada, d'un nouveau respirateur
efficace contre tous les gaz.
Jeudi il juin. — Les Français achèvent la con-
quête, commencée le g mai, du système d'ouvrages for-
tifiés dit Labyrinthe, entre Neuville-Saint-Vaast et
Ecurie (i.ooo prisonniers). On a lancé, sur les positions
allemandes, Soo.ooo obus.
Prise du cimetière de Souchez par les Français.
Les Allemands ont réuni 1 1 divisions autour d'Arras.
Ils évacuent Metzeral, après y avoir mis le feu.
Les Italiens emportent les hauteurs de la rive gauche
de risonzo qui dominent Plava. La résistance des
Autrichiens augmente sur le front italien.
Les Russes, évacuant la rive droite du San, se
retirent au delà de la Tanev et de la ligne des lacs de
Grodek. Au nord de Seniava, les Autrichiens ont
pénétré en territoire russe et occupé Tàrnogrod.
Les Russes repoussent l'ennemi au delà du Dniester.
On s'émeut, à Stockliolm, de la destruction d'un
vapeur suédois, portant du bois à Manchester, qui a
été torpillé en plein jour.
Des avions bombardent Zeebrugge, Heyst etKnocke.
Le Comité national roumain proteste contre l'agita-
tion allemande en Roumanie.
On commente une lettre de Guillaume II à un prince
bavarois, récemment publiée en Espagne, où l'Empe-
reur dit qu'il ne tiendrait qu'à lui de faire immédiate-
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 113
ment une paix, laquelle, tout en ne donnant qu'un
résultat incomplet, préparerait les voies à l'avenir
(c'est-à-dire à une guerre nouvelle à bref délai).
La récolte de pommes de terre en Allemagne s'an-
nonce déficitaire. II est question de réduire de moitié
la consommation de la viande et de la bière.
Vendredi 18 juin. — Un communiqué russe
résume la bataille de Galicie-Bukovine depuis la prise
de Strij et dément les récits de victoires des Austro-
Allemands. Du 29 mai au i5 juin, les Russes ont pris
4o.ooo hommes et 24 canons; sur le seul secteur du
Dniester, les Allemands auraient perdu 1 20.000 hommes.
Des torpilleurs autrichiens bombardent Pesaro et
Rimini.
Les sous-marins anglais, dans la Marmara, empêchent
les Turcs d'atteindre Gallipoli.
Suivant le colonel Feyler, les Allemands ont
74 corps sur les deux fronts, au total 1.829 bataillons,
dont 708 en Orient et 1.128 en Occident. Avec les
680 bataillons autrichiens, cela fait i.38i bataillons
contre la Russie. Que reste-t-il pour mettre en ligne
contre l'Italie ?
Times : « Il y a un an nous ne pensions guère que le
centenaire de Waterloo nous trouverait de nouveau en
armes pour une cause que nous avons si souvent
vengée, L'Angleterre combattait alors pour la liberté
de l'Europe ; c'est pour cela qu'elle combat encore. »
Les membres des clubs militaires et navals anglais
n'ont pas célébré de fête annuelle ; ils se sont contentés
d'invoquer la mémoire des Anglais et des Français
"" Itombés à Waterloo et se sont retirés en silence.
Samedi i9 juin. — Les Belges prennent des
îi^^ltranchées entre Dixmude et Nieuport.
jit» La cavalerie russe, près de Ghavli, enlève et brûle
"importants convois.
L'armée de Sébastopol, destinée au Bosphore, a été
ppelée en Galicie.
es Russes ont perdu les lignes de Grodek. Ils ont
68. CHRONOLOGIE D£ LA GUERRE ' 8
ippe
L(
114 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
aussi évacué la rive droite du Dniester entre les marais
et l'embouchure de la Strij.
Entre le cap Matapan et la Crète, un navire français
capture des officiers turcs envovés par Enver aux
Senoussis de Tripolitaine.
Les Français bombardent la gare de Munster et font
sauter des dépôts de munitions.
L'opposition hongroise refuse sa confiance à Tisza.
On prétend que le Pape a exigé de François-Joseph
le respect des cathédrales de Venise et de Milan.
Hilaire Belloc démontre (Land and Water) que plus
de 4 millions d'Austro-Allemands sont hors de comoat.
Gazette de la Croix : a Même si la guerre finit
comme nous l'espérons, l'Allemagne ne sera pas dans
une situation commode. Nous serons le peuple le plus
détesté de toute l'Europe; nous aurons d'autant plus
d'efforts à accomplir pour nous fortifier. Nous ne pour-
rons plus laisser une partie considérable de notre jeu-
nesse sans instruction militaire. Notre matériel devra
être renouvelé. Nous serons obligés à de grandes écono-
mies ; les impôts devront être très élevés ; ce ne sera
pas comme après la guerre de 1870, où la France nous
a payé une grosse somme après une guerre relative-
ment courte. ))
Dimanche 20 juin. — Cinq cents prisonniers autri-
chiens arrivent à Asti et crient Evviva l'Italia !
Les Allemands prennent Rava-Russka et refoulent
les Russes vers l'est.
Le cuirassé anglais Roxburghe est torpillé, mais
peu endommagé dans la mer du Nord.
E. Lavisse écrit : « Ce qu'il faut surtout aujourd'hui,
c'est prêcher la patience, en montrant qu'il n'y a plus
que patience à prendre. Les guerres libératrices furent
toujours longues. »
On dit que l'Autriche refuse toute concession territo-
riale à la Roumanie. à
Lundi 21 juin. — i4 obus tombent sur Dunkerque.
Les Français occupent Metzeral.
CHRONOLOGIE DE LA GUEP.RE 115
Dans la zone du Monte Nero, les alpins se heurtent
à des forces autrichiennes venues de Galicie.
Petrograd s'attend à la chute de Lemberg, attaqué k
l'est et au nord. Les Allemands prennent Zolkiev.
Les Russes battent les Autrichiens qui ont franchi le
Dniester en avant de Nijniov (3.5oo prisonniers).
Les escadres alliées bombardent Gallipoli.
Le général Botha a occupé Omomru (Sud-Ouest afri-
cain allemand).
La Liberté publie une longue conversation de Latapie
avec le Pape. La teneur de cet entretien, d'ailleurs
contestée au Vatican, n'est approuvée qu'en Allemagne
et en Autriche (Voir Journal de Genève, 2G juin).
Mardi 22 juin. — 45 obus tombent sur Dunkerque.
Les Allemands prennent une hauteur près du Ban-
de-Sapt.
Les Français occupent Sondernach (région de la
Fecht).
Les Russes ont évacué Lemberg que les Autrichiens
ont occupé à 4 heures du soir, faisant très peu de
butin. Réjouissances à Vienne et à Berlin.
Sur le Dniester, combats favorables aux Russes. Le
communiqué dit : « Notre artillerie lourde et légère
nous a prêté un appui efficace. » Ainsi les Russes font
savoir qu'ils commencent à être ravitaillés en munitions.
Du 20 au 22, très vifs combats de tranchées aux
Dardanelles, favorables aux Alliés.
Les socialistes allemands Bernstein, Haase et Kautsky
publient à Leipzig un manifeste contre la guerre, répu-
diant toute annexion. On croit que ce manifeste, toléré
par la censure, n'est qu'un ballon d'essai de l'Alle-
magne qui joue, comme à l'ordinaire, double jeu.
Mercredi 23 juin. — Les Allemands bombardent
Arras; une ambulance française est très éprouvée.
Nicolas II part pour le front.
On assure que l'Autriche a fait des propositions de
paix à la Serbie.
Le Gouvernement allemand suspend la Deutsche
Tageszeitung, organe de Reventlow, où paraissent de
116 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
violents articles contre les États-Unis et la politique de
Bethmann-Hollweg, qui semble être en désaccord avec
celle de Tirpitz.
Gazette de Francfort : c( Nos pertes ne sont pas sté-
riles aussi longtemps que nos lignes tiennent (à l'ouest),
car notre but est de tenir, seulement de tenir. »
Jeudi 24 juin. — Attaque allemande sur la tran-
chée de Galonné, avec bombes asphyxiantes et liquides
enflammés.
On dit que cinq corps d'armée, dont quatre alle-
mands, ont été ramenés de Galicie vers le front ita-
lien (?).
Le Sultan a été opéré de la pierre.
Les Etats-Unis envoient une note à l'Allemagne au
sujet de l'affaire du W. P. Frye.
Bryan fait une conférence germanophile a New- York,
à la suite de laquelle on vote une résolution demandant
l'interdiction de l'exportation des armes et munitions.
Bryan ne s'y associe pas.
On commence, à Londres, à embaucher en masse
des ouvriers pour fabriquer des munitions.
Au Landtag de Prusse, le socialiste Braun attaque
la politique d'annexion. Le ministre Delljrûck dit que
le colosse russe peut être considéré comme à peu près
terrassé et constate que la troisième offensive des
Alliés a échoué sur le front occidental.
L'ambassadeur d'Italie, Tittoni, parlant au Trocadéro
(anniversaire de Solférino), dit que la paix acquise par
la victoire espérée ne doit pas être une paix, mais la
paix, sans mélange de germes de guerre future.
Vendredi 25 juin. — Le bombardement d'Arras
continue à faire des victimes.
Près de Cadore, les Italiens auraient pris des Mecklem-
bourgeois, appartenant à un contingent allemand qui
combat l'Italie sans déclaration de guerre.
Les Austro-Allemands sont à Mikolaiev et à Zydar-
zov; les Russes se replient au delà du Dniester.
Depuis le début de la guerre, quatorze attaques
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 117
aériennes dirigées contre l'Angleterre ont fait cinquante-
six victimes, dont onze entants.
Un mémorandum du Foreign-Offîce, adressé aux
États-Unis, établit que l'Angleterre s'est toujours effor-
cée de ménager le commerce des neutres.
L'Angleterre interdit l'exportation du coton, sauf vers
les ports de France, de Russie, d'Espagne et de Portugal.
Les Français occupent Lomié (Cameroun).
Harden, dans la Ziikunft, prête ces paroles à un
neutre : « A l'ouest, celui-là seul qui est disposé à
sacrifier cent mille hommes peut espérer, et encore
faiblement, d'avancer. »
Samedi 26 juin. — Conférence à Vienne, entre
Bethmann-Hollweg, Jagow et Burian. Il s'agit, dit-on,
des États balkaniques et de la détresse financière de
l'Autriche.
Les Russes se retirent sur la Gnita-Lipa, abandonnant
le front Bobrka-Juravno.
Les Monténégrins occupent sans résistance Saint-
Jean-de-Medua.
Le Journal de Genève nie que la Suisse ait ravitaillé
l'Allemagne par contrebande.
Dimanche 27 juin. — Nouveau bombardement de
Reims.
Un conseil des ministres russes s'est réuni au quar-
tier général, sous la tente impériale.
Les Allemands avancent au nord de Rava-Russka ; ils
occupent Halicz et passent le Dniester (le 28).
Les Serbes débarquent par surprise dans une île du
Danube et y font deux cents prisonniers.
Les Monténégrins entrent k Scutari.
La gauche anglaise, aux Dardanelles, prend quatre
tranchées turques et une hauteur près de Krithia.
Un navire allié bombarde Budrun (Halicarnasse).
Un avion français lance cinquante et une bombes sur
Friedrichshafen ; l'aviateur est obligé d'atterrir en
Iji-I Suisse.
La frontière suisse est fermée aux voyageurs et mar-
chandises provenant d'Allemagne.
118 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Le Vorivserts est suspendu pour avoir publié un
manifeste pacifique de la Sozialdemnkratie, que le
Gouvernement allemand propage lui-même au dehors,
comptant tromper l'opinion.
Lundi 28 juin. — Les Italiens avancent sur la
rive ouest du lac de Garde, au sud de Riva.
Les Russes, dans leur retraite sur la Gnita-Lipa, re-
poussent de grandes forces qui les attaquent.
Une escadre allemande, ayant attaqué Windau, a été
repoussée par les torpilleurs russes; un torpilleur
allemand a touché une mine et a coulé.
La flotte russe, dans la Mer Noire, a coulé dix-huit
voiliers turcs chargés de pétrole roumain.
Le commandant des flottes alliées fait savoir à
Athènes que le ravitaillement des Turco-Allemands se
fait par des navires grecs et menace le commerce hel-
lénique de représailles.
L'Armenian est torpillé près de Bishop's Rock:
vingt matelots américains sont noyés. Ce navire était
au service de l'Amirauté britannique.
Le cardinal Gasparri essaie d'expliquer et de rectifier
les paroles prêtées au Pape dans la Liberté {Temps
du 29).
Mardi 29 juin. — Le ministre de la Guerre russe,
Soukholminov, est remplacé par Polivanov.
Les Russes repoussent les Allemands qui ont passé le
Dniester près de Halicz.
Le Berliner Tageblatt reconnaît que la manœuvre
allemande en Galicie, ayant pour objet de cerner l'ar-
mée russe, n'a pas réussi et que l'enthousiasme dé-
chaîné par la reprise de Lemberg n'est pas justifié.
On dit que le Gouvernement américain notifiera à
l'avenir au Gouvernement allemand le départ de chaque
navire américain devant traverser la zone de guerre.
Le choléra sévit en Autriche et se montre en Ga-
licie.
L'armée monténégrine compte 5o.ooo bons soldats.
Guillaume II, s'étant agenouillé sur la fosse commune
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 119
de soldats allemands, se serait relevé en disant : << Je
n'ai pas voulu cela ! »
MiUerand dit au Sénat: « Puisqu'il a plu à nos enne-
mis de déshonorer la guerre..., j'ai créé à la direction
du génie une section des gaz asphyxiants. »
Mercredi 30 juin. — On annonce de grands trans-
ports de troupes allemandes vers la Belgique,
Deux divisions allemandes ont attaqué en Argonne
et fait quelques progrès vers Bagatelle.
Les Autrichiens avancent sur les hauteurs à l'est de
la Gnita-Lipta et en aval de Rohatyn.
Les Français enlèvent, aux Dardanelles, six lignes
de tranchées turques.
Les sous-marins alliés sont maîtres de la Marmara,
malgré la présence de sous-marins allemands à Cons-
tantinople.
Les Austro-Allemands prétendent avoir pris, en juin,
194.000 Russes avec g3 canons.
De fortes pluies améliorent l'aspect des récoltes en
Allemagne.
A Paris, la livre sterling dépasse le cours de
27 francs.
On dit que les empires du centre fabriquent 200.000
obus par jour, la France 100.000, l'Italie 3o. 000.
Le Journal de Genève commente cette invention fan-
tastique d'un journal viennois : « La Suisse doit savoir
que le meurtre de Serajevo a été machiné par l'Entente
et exécuté par la Serbie, son alliée, à laquelle les assas-
sins à gages ont servi d'instruments. »
Le colonel Feyler dit que la situation d'effectifs des
Austro-Allemands est défavorable .sur les deux fronts.
Le total des pertes prussiennes atteint i.5o4.ooo
hommes, auxquels s'ajoute plus d'un tiers de Bavarois,
Saxons, etc. Cela fait 2 millions d'Allemands, en plus
des 2.5oo.ooo Austro-Hongrois (Voir i4juin).
ANCY-PAIUS, IMPBlMEniE BERGER-LEVRAULT
Chronologie
de la Guerre
(r JUILLET = 31 DÉCEMBRE I9I5)
94. CIIno^'OLOGIE de la guerre
U a été tiré de ce volume cinquante-cing exem-
plaires numérotés à la presse, dont :
5 sur papier du Japon {N°^ i à 5);
5o sur papier de Hollande (N°^ G à 55).
PAGES D'HISTOIRE - 1914-1916
e Série a, 3
S. R.
MEMBRE DE PLUSIEURS SOCIÉTÉS SAVANTES
CHRONOLOGIE
pE LA GUERRE
TROISIEME VOLUME
0" JUILLET- 31 DECEMBRE 1915)
Saccessa crescat honestam
(Luc AIN, IX, 571.)
iRAIRIE MILITAIRE BERGER-LEVRAULT
PARIS I NANCY
5*7, RUE DES BEAUX-ARTS j RUE DES GLACIS, l8
1916
Chronologie
de la Guerre
(^ JUILLET=31 DÉCEMBRE 1915)
JUILLET
Jeudi 1''' juillet. — Entre la route de Binarville et
le Four-de-Paris, les Allemands, usant de gros projec-
tiles avec gaz, ont forcé notre première ligne, mais ont
été refoulés par la deuxième.
Sous la direction d'officiers allemands, des ouvriers
autrichiens creusent des tranchées en avant de la fron-
tière roumaine.
Le front allemand (Mackensen) s'étend de Zamosc a
Sokal sur 70 kilomètres, à 45 kilomètres en avant de la
frontière russe. L'avance ennemie, vers le nord, couvre
tout le terrain entre Vistule et Bug.
Les Allemands ont passé la Gnila-Lipa au sud de Ro-
hatyn.
Suivant le critique militaire de Queen, les forces des
belligérants sont les suivantes : Allemagne et Autriche,
6.3oo.oooo; France, 3.5oo.ooo; Grande-Bretagne,
2.000.000; Italie, 2.000.000 : Russie, 4-Ooo-ooo. Entre
Ile i'"^ mai et le 1'=' juillet, l'armée allemande de l'Est a
6 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Reventlow écrit (Deutsche Tageszeitung) : « C'est
contre Calais qu'il faut porter l'effort allemand. »
A partir du i^"" août, la fabrication des tissus de coton
sera interdite en Allemagne, tout le coton devant être
réservé pour les explosifs.
Le fils d'un ministre hongrois s'est pris de querelle,
sur une place de Genève, avec un neveu de Bûlow et
l'a traité de « sale Boche » ; d'où pugilat.
Les caisses d'épargne russes accusent un excédent de
1.800 millions de roubles sur 1914, somme qui repré-
sente à peu près celles dont l'interdiction de l'alcool a
privé le Trésor.
Vendredi 2 juillet. — La Chambre des Communes
a ratifié à l'unanimité la création d'un ministère des
munitions.
Les Italiens approchent de Tolmino.
Progrès des Allemands à Kalvaria ; ailleurs, du Nié-
men à la Pilitza, leurs attaques sont repoussées. Com-
bats au nord de Zamosc.
Le mouilleur de mines allemand Albatros, poursuivi
par des croiseurs russes, s'est échoué.
Un sous-marin anglais torpille un croiseur cuirassé
allemand dans la Baltique.
Pierpont Morgan est blessé par un Allemand, qui
avoue être aussi l'auteur d'une explosion au Capitole de
Washington.
Samedi 3 juillet. — Les Russes, abandonnant la
ligne de la Tanev, se replient sur la ligne Lublin —
Cholm. De la Gnila-Lipa, ils se retirent sur la Zlota-Lipa.
Sur la côte est de Gotland, l'escadre russe endom-
mage deux navires allemands.
Le paquebot Orduna (Cunard), ayant 21 Américains
a bord, est bombardé par un sous-marin allemand,
mais échappe.
Dimanche 4 juillet. — Le Fremdenblatt dément
que l'Autriche ait fait des propositions de paix k la
Serbie ou a toute autre puissance.
f
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE /
Les Allemands progressent à l'ouest du bois Le Prêtre
sur une ligne de i .5oo mètres et sur 4oo mètres de
profondeur.
Les Italiens avancent sur le plateau du Carso et font
5oo prisonniers.
Les Serbes entrent a Durazzo,
Après des combats opiniâtres, les Austro-Allemands
progressent entre Krasnik et la rivière Vieprz vers Lu-
blin. Ils disent avoir fait 800 prisonniers.
Les forces anglaises d'Aden sont attaquées à Lahey
par plusieurs milliers de Turcs et d'Arabes; elles bat-
tent en retraite le G.
La flottille française de la Manche canonne deux
sous-marins allemands et en coule un.
La Suède ayant protesté contre la violation de la neu-
tralité de ses eaux lors du combat de Gotland (2 juillet'),
la Russie a exprimé des regrets de la chute accidentelle
d'un obus dans les eaux suédoises.
Le paquebot Carthage est torpillé près du cap Hellès.
Les Turcs disent avoir coulé un transport français près
de la presqu'île de Gallipoli.
Un avion russe, dans la région du San, détruit un
train allemand de munitions.
Lundi 5 juillet. — Conférence anglo-française k
Calais (Asquith, Kitchener, Balfour, Viviani, Delcassé,
Millerand, Joffre, French).
Les Allemands incendient et détruisent le palais de
Saint- Vaast à Arras.
Ils progressent jusqu'à leurs anciennes tranchées dans
la partie ouest du bois Le Prêtre, où continue un violent
bombardement.
Bataille indécise sur l'Isonzo.
Soutenus par un cuirassé, les Turcs tentent de jeter
les Alliés k la mer, mais sont repoussés avec de gran-
des pertes.
Les Allemands font effort pour s'emparer des pas-
sages de la Vistule, k lorghov et dans la région de
Solec.
L'armée autrichienne s'étant ruée sur la route Kras-
» CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
iiik — Lublin est attaquée de flanc par les Russes et perd
5.O0O hommes, dont 2.000 prisonniers.
Un dirigeable italien bombarde les établissements
militaires de Trieste. Des aviateurs français coopèrent
à la défense de Venise contre un avion autrichien.
Des intellectuels espagnols publient un manifeste où
il se déclarent solidaires de la cause des Alliés.
Soixante-sept mille cinq cents hommes ont offert leurs
services à l'Angleterre pour la fabrication des munitions.
Viviani dit au banquet de la Chambre de Commerce
américaine : « Nous luttons, nous lutterons, nous bri-
serons la lourde épée qui a tant de fois menacé et
nieurtri la justice. »
Mardi 6 juillet. — Les Anglais avancent au sud-est
de Pilken et prennent des tranchées le long du canal de
l'Yser.
Les Allemands, avec des obus incendiaires, détruisent
la cathédrale d'Arras.
Malgré des attaques violentes, nous gardons la station
de Souchez.
La tentative du Kronprinz, avec 45. 000 hommes, pour
rompre les lignes françaises en Argonne, entre le Four-
de-Paris et le bois de la Grurie, a échoué et coûté
10.000 hommes aux agresseurs.
Entre Krasnik et Lublin, la défaite de sept corps au-
trichiens est complète; les Russes ont fait i5.ooo pri-
sonniers.
Les Alliés gagnent i kilomètre aux Dardanelles.
Les délégués du parti socialiste allemand à Rerlin
ont, dans une réunion, approuvé l'idée d'une entente
avec les socialistes étrangers.
Le Gouvernement russe convoque des conférences po-
lono-russes pour préparer la réalisation des promesses
faites à la Pologne. La première conférence a été pré-
sidée par le ministre Goremykine.
Le jRusskoié Slovo publie un article favorable à une
intervention japonaise, facilitée par un traité d'alliance
formel avec la Russie.
Les Allemands achètent aux Etats-Unis d'énormes
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE y
quantité de zinc et de plomb pour y entraver la fabri-
cation des munitions.
Mercredi 7 juillet. — Une violente offensive alle-
mande au sud-est de Saint-Mihiel ne réussit qu'en un
point de la région de La Vaux-Féry, sur un iront de
700 mètres.
On public le rapport du général Hamilton sur les
opérations de la presqu'île de Gallipoli.
Dans la nuit du 6-7, sous le couvert de nuages de
gaz, les Allemands ont progressé vers Bolimov; mais ils
ont été repoussés le 7.
Le croiseur italien Amal/i a été torpillé dans l'Adria-
tique ; l'équipage est sauf.
Le comte Gzernin fait des offres à la Roumanie :
1° pour le cas où elle restei*ait neutre; 2° pour le cas
oîi elle apporterait un concours militaire.
L'assassin de Pierpont Morgan, Frank Holt, s'est sui-
cidé k Nev^^-York.
Le choléra a fait son apparition en Croatie et en
Bosnie.
Le 3 °]o français perd le cours de 70.
Mornmg Post : « La France est maintenant dans une
meilleure forme pour combattre qu'au début de la
guerre. L'Angleterre, lentement, maladroitement, avec
eaucoup d'erreurs et d'hésitations, mais sûrement, a
mobilisé ses ressources... C'est nous qui dicterons fina-
lement les conditions de la paix. »
Jeudi 8 juillet. — Bombardement continu d'Arras.
Au bois Le Prêtre, les Français reprennent i5o mètres
de tranchées perdues le 4-
A la Croix des Carmes, les Allemands attaquent avec
des liquides enflammés et sont repoussés après avoir
fait quelques progrès.
A La Fontenelle (région du Ban-de-Sapt), succès
marqué : reprise de l'ouvrage perdu le 22 jum et con-
quête de toutes les organisations défensives alle-
mandes; 700 mètres d'avance sur un front de 600 mè-
tres; 800 prisonniers, i canon, 2 mitrailleuses.
Les Italiens prennent Monticello.
10 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Les Serbes repoussent les Autrichiens, qui ont atta-
qué Chabatz et l'île Micharska.
Le Monténégro déclare que l'occupation de Scutari
n'est que stratégique et que l'avenir de l'Albanie sera
T
'avance austro-allemande vers Varsovie est arrêtée
depuis cinq jours. Front allemand : Liban, Shavli, la
Dubissa, Augustov, Ossovetz, Ciechanov, ouest de Var-
sovie, Sandomir, Ravaruska, le Dniester.
Depuis le 5 juillet, les Autrichiens ont perdu 5o.ooo
hommes en Galicie.
Le général Botha accepte la capitulation générale
des forces allemandes du Sud-Ouest africain (3.4oo
hommes, 87 canons, 22 mitrailleuses).
La France prohibe l'exportation de l'or.
Le contingent canadien est porté à 100.000 hommes.
Vendredi 9 juillet. — Les Anglais, après deux
jours de combat, avancent le long du canal de l'Yser.
Les Allemands évacuent les tranchées qu'ils avaient
enlevées aux Russes près de Gumine.
Le sultan d'Egypte échappe à un attentat.
Le Gouvernement américain a pris possession de la
station radiotélégraphique de Saviile, dont le personnel
allemand violait la neutralité américaine.
Le pétrole coûte i franc le litre en Allemagne.
Sven Hesdin dit que les Russes, en quittant Lem-
berg, n'ont pas emporté une épingle et que les Alle-
mands étaient très surpris de leur honnêteté. « Les
Allemands, dit-il, déclarent que les Russes sont leurs
plus nobles adversaires. »
Saiïiedi iO juillet. — Le général Porro, sous-chef
de l'État-major italien, vient conférer avec le général
Jofïre.
La Hongrie paraît refuser toute concession territoriale
à la Roumanie.
L'Allemagne répond à la note américaine du 10 juin.
Elle a été obligée de recourir à la guerre sous-marine
f>our répondre au blocus. Mais elle s'engage a respecter
es navires qui ne porteraient aucune contrebande de
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 11
guerre, la garantie étant fournie à cet effet par les
Etats-Unis. L'Allemagne admet aussi que les navires
neutres traversent l'Atlantique avec pavillon américain,
moyennant les mêmes garanties. « La situation est dif-
ficile, écrit la Tribune de New-York; mais aucun désir
d'éviter la guerre ne peut justifier l'abandon de nos
morts par l'adhésion à la doctrine que les besoins
d'une nation légitiment la violation des droits de
toutes les autres. »
Les Autrichiens contre-attaquent sur le Bistritza.
Au Caucase, dans la région de Karaderbent, les
Turcs, renforcés, attaquent les lignes russes.
Depuis le 8 juin, il y a des sous-marins russes dans
la Marmara.
H. Belloc, dans Land and Water : La « capacité
maximum de l'ennemi en campagne a certainement
été dépassée et rien ne pourrait lui rendre sa supério-
rité première, si ce n'est une grande offensive manquée
des Alliés. »
Dimanche il juillet. — Du 4 au u, au nord de
Krasnik, les Russes ont fait 22.700 prisonniers.
Deux monitors anglais achèvent de détruire le croi-
seur Kônigsberg dans la rivière Rufigi (Est africain
allemand).
Un zeppelin géant a quitté Friedrichshafen, volant
vers le nord-ouest à une grande hauteur.
Depuis août 1914? les Allemands ont perdu 788 mé-
decins.
Temps (du 12) : « On ne veut pas comprendre à
Berlin que ce que les Etats-Unis exigent de l'Alle-
magne, c'est une renonciation à son banditisme sur
mer, et on affecte de considérer les injonctions améri-
caines comme des protestations n'ayant d'autre but que
d'obtenir par un compromis un permis de libre circula-
tion sur mer pour les citoyens américains. »
Daily Mail : « L'Europe ne deviendra habitable que
lorsque les Germains seront sévèrement exclus de la
conversation avec les peuples civilisés. »
Front franco-belge, 882 kilomètres; italien, 4oo kilo-
12 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
mètres ; serbo-monténégrin, d6o kilomètres ; russe,
i.36o kilomètres.
Lundi 12 juillet. — Les Allemands reprennent le
cimetière de Souchez.
Nouveau bombardement de Saint-Dié avec des obus
de io5.
Échec allemand au nord-ouest d'Altkirch (200 morts).
Progrès des Alliés aux Dardanelles (2 lignes de tran-
chées, 5oo prisonniers). Un cuirassé français bombarde
les batteries de la côte d'Asie.
Les Austro-Allemands reprennent l'offensive sur le
front de la Narev et entre les rivières Orjitz et Lidine.
On parle de nouveaux aéroplanes allemands blindés,
k huit moteurs, vraies forteresses aériennes.
On prétend que Ghenadief a été arrêté à Sofia comme
ayant trempé dans l'affaire de l'attentat du casino mu-
nicipal (i3 février).
On publie à Londres le rapport de French (5 avril-
i5 juin), où il est dit que les contre-mesures prises par
les Anglais à l'égard des gaz asphyxiants ont rendu ce
mode d'attaque moffensif.
Un rapport officiel annonce une récolte très ample
en Honcjrie (45. 900. 000 quintaux de blé).
L'émission des bons de la Défense nationale atteint
6 milliards i5o millions.
Mardi i3 juillet. — Violente offensive allemande,
avec l'aide d'asphyxiants, dans l'Argonne ; les Alle-
mands progressent par endroits de 4oo mètres.
Les Austro- Allemands, attaquant sur la Narev,
menacent Varsovie par le nord.
Une escadre de 35 avions lance 171 obus de 90 sur
la gare allemande de Vigneulles-lès-Hattonchâtel.
Mercredi 14 juillet. — L'offensive allemande dans
l'Argonne est enrayée. Les Français y ont répondu en
attaquant dans le bois de la Grurie.
Bombardement d'Arras et de Soissons.
Les Italiens occupent par surprise la cime du Falsa-
rego (nord des Dolomites).
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 13
Les Turcs ont été renforcés aux Dardanelles et les
Alliés n'y font plus de progrès.
Les Monténégrins repoussent une attaque autri-
chienne à Grahovo.
Les Allemands franchissent la Windau près de Kou-
chany. Ils prennent Prasnysh.
Les Autrichiens passent le Dniester et se heurtent à
l'artillerie russe. Les Russes attaquent à la frontière
de Bessarabie.
Dans la région de Van, après deux jours de combat,
les Russes ont pris les positions turques de Scorp, avec
4 canons.
Des avions français bombardent la gare de Liber-
court, bifurcation militaire entre Douai et Lille.
Des avions serbes survolent Peterwardein.
Le Gouvernement roumain interdit le transit de
munitions en Turquie ; les Autrichiens repondent en
interdisant l'envoi du sucre en Roumanie.
L'Autriche a adressé une note aux Etats-Unis, affir-
mant que la vente de munitions aux Alliés constitue un
manquement à la neutralité (la note est du 29 juin).
La guerre sud-africaine et la rébellion de De Wet
ont coûté à l'Afrique du Sud 435 millions.
Discours du président Poincaré à l'occasion du trans-
fert des restes de Rouget de l'Isle aux Invalides : « Nous
avons la volonté de vaincre ; nous avons la certitude de
vaincre. Nous avons confiance en notre force et en celle
de nos alliés, comme nous avons confiance en notre
droit. »
Jeudi 15 juillet. — Rerlin a exprimé ses regrets à
Washington au sujet du torpillage du Nebraskan, attri-
bué à une erreur.
Les Allemands ont perdu beaucoup de monde en
attaquant au nord de Dixmude, près de Schonebeke; ils
n'ont pas pu prendre pied sur la rive gauche de l'Yser.
Les Autrichiens pénètrent par surprise en territoire
italien à Adamelli, mais sont ensuite repoussés.
Les Allemands occupent la rive droite de la Windau
14 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
et de la Venta. Les Russes se sont retirés sur la rive
droite de la Narev.
Un cuirassé français, au large de Syracuse, capture
un navire de Piotterdam chargé de ravitailler les sous-
marins allemands.
On a reconnu, après enquête, que les accusations de
contrebande portées contre la marine grecque ne sont
pas fondées.
L'emprunt anglais a produit i5 milliards.
Le livre allemand J'accuse a été saisi en Suisse dans
les kiosques et les gares.
Sur 1.200.000 milles carrés de colonies que possé-
daient les Allemands, les Alliés en ont pris 45o.ooo.
Vendredi 16 juillet. — Les Allemands attaquent
en vain le secteur de Fontenoy, entre Gompiègne et
Soissons, en y lançant 4-ooo obus.
Vaines attaques allemandes en Lorraine sur un front
de 3 kilomètres, repoussées avec pertes.
Les Allemands avancent à l'est de Prasnysh.
Les Russes battent les Autrichiens qui ont passé le
Dniester (2.000 prisonniers, 7 mitrailleuses).
On dit que les Russes ont devant eux 2 millions d'en-
nemis, dont 600.000 Allemands.
Le colonel Rarone écrit dans le Giornale d'Italia :
« Les Empires du centre semblent entrer déjà dans cet
état préagonique où tombent les malades gravement
atteints... Mais ce sera une agonie de Titan. »
Samedi il juillet. — Les États-Unis adressent une
nouvelle note à l'Angleterre pour réclamer contre cer-
tains effets du blocus.
On dit que l'État-major autrichien et une partie de la
population évacuent Gorizia.
A la demande de l'Italie, les Serbes ont évacué Du-
razzo, mais ils tiennent les points stratégiques voi-
sins.
Des trois groupes d'armées austro-allemandes qui
cherchent à couper la ligne Lublin — Cholm — Kovel,
celui du centre seul a quelque peu progressé. Les
Russes résistent partout et se renforcent.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 15
Des avions autrichiens bombardent Bari ; l'un est
descendu par les Italiens à son retour. On dit que le
Pape a protesté contre ce bombardement.
Une procession de 4o-ooo femmes traverse les rues
de Londres avec un étendard : « Les hommes doivent
se battre et les femmes doivent travailler. » Déjà 5o.ooo
femmes travaillent aux munitions.
Deux cent mille mineurs gallois sont en grève, créant
de gros embarras au Gouvernement ancflais. Soup-
çonnant une manigance allemande, un journal offre
125.000 francs à qui saura la découvrir.
Le Times dit qu'il faudra encore deux ans pour
obtenir une victoire écrasante et que la grande offensive
des Alliés ne pourra pas se produire avant neuf mois.
Romain Rolland écrit au directeur de V International
Review : « C'en est trop. Je me retire momentanément
d'une aveugle mêlée où chacun des combattants n'é-
coute que sa propre passion et réédite à tue-tête ses
propres arguments. »
Dimanche 18 juillet. — Le président du Conseil
suédois parle d'une guerre possible pour d'autres mo-
tifs que l'invasion du territoire suédois, mais il refuse
d'indiquer ces motifs.
Le prince de Hohenlohe-Langenburg, ambassadeur
extraordinaire d'Allemagne à Constantmople, est reçu
par le roi Ferdinand à Sofia.
Encore 60 obus sur Arras.
Au sud des Éparges et à la Tranchée, les Allemands
avouent avoir perdu du terrain.
Les Italiens s'emparent du haut plateau du Carso
(2.000 prisonniers).
L'artillerie lourde de Novo-Georgievsk canonne les
têtes de colonnes allemandes.
Les Allemands prennent Windau et Krasnotav; ils
passent sur la rive droite du Bug.
L'incident de VOrdiina irrite l'opinion américaine ;
le Président revient en hâte à Washington.
Des cuirassés italiens bombardent le chemin de fer
16 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
de Cattaro et les dépôts de Gravosa; l'un d'eux, le
Garibaldi, est coulé par une torpille.
D'Annunzio est nommé chroniqueur officiel de la
guerre.
On communique le texte d'une lettre bienveillante
que le cardinal Gasparri, secrétaire d'État, a adressé k
Van den Heuvel, ministre de Belgique près le Vatican.
Il dénie toute valeur à l'entrevue publiée par la Liberté
et réprouve la violation de la neutralité belge. (Journal
de Genève, 28 juillet.)
Le pasteur Roberty dit k l'Oratoire : « Celui qui ne
croit pas à notre victoire finale fait preuve de neu-
rasthénie, d'un affaiblissement intellectuel inquiétant. »
Lundi 19 juillet. — Les Anglais prennent des
tranchées k l'est d'Ypres.
Les Allemands attaquent k l'ouest et au sud-ouest de
Souchez et sont repousses; ils continuent k attaquer
autour des Épai-ges et bombardent violemment Soissons
et Reims.
Les Allemands progressent sur la rive gauche du
Niémen ; les Russes font 5oo prisonniers sur le
Dniester.
La réouverture du Parlement grec est reportée du
20 juillet au 16 août. Le mouvement vénizéliste gagne
du terrain, par réaction contre la politique germano-
phile de Gounaris.
Quatre avions français lancent 48 obus sur la gare
de Challerange (sud de Vouziers) ; six autres bombar-
dent la gare de Colmar.
La presse allemande s'élève contre la cherté des
vivres et réclame l'emprisonnement des spéculateurs.
Des Allemands notables signent un manifeste hostile
à toute annexion ; le Gouvernement n'en autorise la
publication qu'k la fin d'août. (Temps, 4 septembre.)
Les pertes anglaises aux Dardanelles s'élèvent k
42.000 nommes.
On dit que les Empires du centre préparent un ulti-
matum k la Roumanie, au sujet du passage des muni-
tions destinées k la Turquie.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 17
Mardi 20 juillet. — Les Français repoussent les
Allemands en forêt d'Apremont et progressent dans les
Vosges.
Soissons et Reims sont de nouveau bombardés.
« Les Allemands se vantent d'avoir remporté des
succès dans l'Argonne ; en réalité, ils ont fait trois ten-
tatives coûteuses pour atteindre le chemin de for
Châlons — Verdun et ne l'ont pas atteint, à beaucoup
près. » (Rousset, Liberté du 21.)
Les Italiens font encore 5oo prisonniers sur le Carso.
On se bat des abords de Riga a la frontière rou-
maine, sur un front de 1.200 kilomètres. Les Allemands
bombardent Ostrolenka ; les Russes se sont retirés des
bords de la Bzura et de la Ravka, à mi-chemin vers
Varsovie.
Un dit à Constantinople qu'une révolte générale a
éclaté en Arménie ; c'est pour justifier d'horribles mas-
sacres que l'on fait courir ce bruit.
Les Russes ont coulé 5g voiliers turcs près de Trébi-
zonde.
Les avions français bombardent les gares de Colmar
et de Gonflans-en-Jarnisy.
Un journal de Vienne publie des propos extraordi-
naires de Guillaume II (Temps du 28), oii il parle
encore de la mission divine de l'Allemagne qui est
d'être la libératrice de l'Europe et la gardienne de la
civilisation. Il a plusieurs fois affirmé sa conviction que
la fin de la guerre était proche. II appelle les Alliés
« lâches bandits coalisés contre l'impérissable puissance
germanique ».
Les Allemands disent qu'il y a sur le front russe
4o corps allemands à So.ooo hommes et i4 corps aus-
tro-hongrois k 5o.ooo hommes, ce qui fait moins de
2 millions. Ils prétendent avoir devant eux 4"5oo.ooo
Russes.
Mercredi 21 juillet. — On fait circuler à Buca-
rest une lettre de Guillaume II à la reine de Grèce, sa
sœur, disant que les Russes sont paralysés pour six
mois et que les Allemands sont à la veille de porter sur
94. CHRONOLOGIE DE LA GUEURE 2
18 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
le front occidental un coup qui fera trembler toute
l'Europe.
Succès français auReichackerkopf, k l'ouest de Muns-
ter (107 prisonniers).
Les Italiens commencent à bombarder Gorizia.
Depuis trois jours, ils ont fait 4-ooo prisonniers au
Garso.
On dément l'arrestation de Ghenadief à Sofia.
Bataille acharnée entre la Vistule et le Bug. Au-dessus
de Sokal, les Russes ont fait i.5oo prisonniers.
Le Lokal-Anzeiger publie un télégramme du front
russe insistant sur la t'orce du triangle où les Russes
organisent la résistance. « Même en mettant les choses au
mieux, des semaines s'écouleront avant que l'ennemi ne
faiblisse. » Hindenburg, qui dirige l'attaque au nord
et au sud de Varsovie, a i4 corps du Bug à la Vis-
tule et 8 du Bug au Dniester.
Pendant la semaine qui s'est terminée le 21, aucun
navire anglais n'a été coulé, alors que 6.826 navires
sont entrés dans les ports ou les ont quittés.
Les avions français bombardent la gare d'Autrj, au
nord-ouest de Binarville.
La grève du charbon dans le pays de Galles est ter-
minée.
L'Italie a 22.000 prisonniers autrichiens, dont 2.000
officiers.
Toute l'Allemagne travaille k la fabrication de sacs de
sable pour tranchées ; on y fait même travailler les pri-
sonniers.
Jeudi 22 juillet. — La Bulgarie et la Turquie ont
signé une convention, cédant à la Bulgarie une portion
turque du chemin de fer de Dédéagatch.
Les Français prennent les positions du Lingekopf
dans les Vosges.
Les Italiens ont fait encore i.5oo prisonniers au
Carso.
Les Allemands attaquent les têtes de pont de la
Narev à Rozan. Ils donnent l'assaut aux ouvrages avancés
d'ivangorod, mais sont repoussés.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 19
On annonce que des voiliers turcs venant de Syrie
ont transporté 3o officiers turcs et des armes en
Tripolitaine. Les journaux italiens demandent que l'Ita-
lie déclare la guerre à la Turquie.
La viande est devenue rare en Suède par suite d'une
exportation intensive en Allemagne.
Grâce à la « récolte de l'or » en France, l'encaisse
de la Banque a augmenté de i64 millions.
Roosevelt dénonce les Américains pusillanimes qui
veulent réduire leur pays à l'état de la Chine. II dit que
les pacifistes américains sont les alliés de fait du mal-
faiteur international le plus cynique et qualifie ainsi
l'invasion de la Belgique : « le crime le plus abomi-
nable qui ait été commis depuis plus d'un siècle ».
Vendredi 23 juillet. — La réponse des États-Unis
à l'Allemagne est partie pour Berlin. La Tribune (New-
York) dit que l'Amérique est à bout de ses ressources
de conciliation.
Des attaques allemandes sont repoussées en Alsace.
Les Allemands ont passé la Narev avec 2 bataillons.
Les Russes prennent des mesures pour l'évacuation des
villes de la Lithuanie, Vilna, Grodno, Kovno (Biali-
stok).
Au cours de la révolte des Senoussi en Tripolitaine,
plusieurs garnisons italiennes ont été massacrées. Celle
de Nalut s'est réfugiée en Tunisie et y a reçu le meil-
leur accueil. Les Italiens ne tiennent plus que la côte
avec quelques oasis. Les insurgés sont commandés par
des officiers allemands et turcs, amenés, dit-on, par
des bateaux grecs.
Des croiseurs autrichiens bombardent la voie ferrée
sur la côte italienne.
L'adjonction à l'escadre de la Mer Noire de V Impéra-
trice-Marie, navire plus fort que le Gœben, y consacre
la supériorité de la flotte russe.
La disette en Allemagne produit un renchérissement
de 5o-6o "/o (Lokal-Anzeiger).
La Gazette de l'Allemagne du Nord affirme que la
20 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
destruction de Sermaize n'a pas été ordonnée par le
major von Asten.
Lors de l'anniversaire de la déclaration de guerre de
l'Autriche à la Serbie, le ministre de Serbie en France,
Vestnitch, dit au P^//YPam/^n (cf. Revue hebdomadaire,
'il juillet, p. 683) : « L'ultimatum à la Serbie ne s'est
rattaché que par la forme k l'assassinat de l'archiduc.
Ce crime exigera un autre procès que celui qui a été jugé
dans le cliquetis des armes. Dans cet autre procès,
Prinkip et Cabrinovitch ne seront que des figurants. Les
principaux coupables de la mort de François-Ferdinand
et de son épouse se trouvent à Vienne et k Budapest. La
morale publique et la justice réclament d'autres débats.
Nous tenons déjà en main certaines prouves qui seront
évoquées dans le nouvel acte d'accusation ; mais je ne
vous en dirai pas plus long là-dessus. » (Cf. sur ce point,
Revue critique, igiS, II, p. i.)
Samedi 24 juillet. — On dément à Rome la nou-
velle allemande d'une imminente rupture bulgaro-serbe.
Nouveau bom])ardement de Dunkerque.
Un corps allemand a été débarqué près de Liban et
marche vers le sud. Les Allemands ont franchi la Narev
depuis le sud d'Ostrolenka jusqu'k Pultusk ; au sud-est
de Pultusk, les Allemands approchent du Bug. Ils sont
k 20 kilomètres au sud du centre de Varsovie, dont la
presse française prévoit l'évacuation.
La Grèce a envoyé une escadrille dans les eaux de
Vourla et de Smyrne.
Vainqueurs des Turcs k Nasirieh (Mésopotamie), les
Anglais y prennent quinze canons et trois cent mille
cartouches.
Le Rreslau, torpillé dans la Mer Noire, est rentré à
Constantinople.
Les grèves et les attentats allemands contre les usines
de munitions exaspèrent l'opinion aux Etats-Unis.
L'armée serbe compte 280.000 hommes, avec une
forte artillerie.
La dette britannique s'est élevée de 706 millions .ster-
ling (191 4) à 1.1G2 millions (mars 1910).
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 21
Dimanche 25 juillet. — Les Français remportent
un succès au sud du Ban de Sapt, où ils prennent
760 hommes et 8 mitrailleuses (détails dans le Temps,
6 août).
Les Allemands ont été repoussés sur la Narev et
devant Ivangorod. La bataille continue entre Vieprz
et Bug. Les Allemands ont atteint la Dvina, sur le
Iront Poneviez-Keidanj. Dans la région de Tukkum,
ils ont été repousses avec le concours de la flotte
russe.
Le Gouvernement russe a fait évacuer les usines de
Varsovie et de Riga. L'Administration postale russe a
quitté Varsovie.
Les Anglais sont maîtres du vilayet de Bassora
(iSo.ooo kilomètres carrés).
Jusqu'à ce jour, les sous-marins allemands ont coulé
229 navires anglais, 3o navires alliés et G neutres. Le
nombre des tués sur les navires anglais est de 2.25o.
On dit qu'il y a seulement i.ooo prisonniers italiens
en Autriche.
Le roi de Grèce, convalescent, est conduit à Tatoï.
Lundi 26 juillet. — L'Angleterre répond à la note
américaine du 3o juin au sujet des conditions du
blocus ; cette réponse est favorablement accueillie.
Le baron de Wangenheim, ambassadeur d'Alle-
magne, rentrant de Constantinople, confère à Sofia avec
le roi et Radoslavov.
Les Italiens occupent l'île de Pelagosa.
Violents combats près de Novogrodek sur la Narev,
ainsi qu'entre Vieprz et Bug, où les Russes font i.5oo
prisonniers. Des troupes allemandes ont passé le Bug
vers Sokal.
On annonce que le Nedjed (Arabie) s'est déclaré
indépendant et a chassé les garnisons turques.
Le contre-torpilleur Bisson a détruit une station de
sous-marins et avions autrichiens dans l'île de Magosta.
Le sous-marin Mariette a été coulé dans la Marmara.
Un sous-marin autrichien, capturé avec son équipage,
a été conduit à l'arsenal de Venise.
22 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Le vapeur américain Leelanav a été torpillé sur la
côte d'Ecosse ; l'équipage est sauf.
On apprend que des munitions sont envoyées des
États-Unis dans l'Amérique du Sud et de la en Alle-
magne par des vapeurs suédois et norvégiens.
La Gazette de Cologne invite la Russie à conclure
une paix séparée. Le même journal déclare que l'Al-
lemagne continuera la guerre de sous-marins comme par
le passé, sans se soucier des réclamations de l'Amérique.
tin grand incendie ravage Constantinople.
Mardi 27 juillet. — Les Français bombardent les
cantonnements allemands de Westende et de Middel-
kerke.
Lutte très vive au nord de Souchez.
Nouveau bombardement de Soissons et de Reims.
Les Français achèvent d'occuper la crête du Linge,
au nord de Munster.
Les Italiens prennent le Monte Dei Sei Busi, entre
Gradisca et Monfalcone, avec 3. 200 Autrichiens.
Les Rus.ses attaquent au sud de Sokal.
Renforcés vers Mush, les Turcs font reculer les
Russes.
On annonce la présence d'un sous-marin allemand
dans la Mer Blanche, près d'Arkhangel.
Un ukase appelle sous les drapeaux les Russes nés
en 1896.
Hindenburg a invité Sven Hesdin h assister à la
prise de Varsovie.
Les versements d'or à la Banque de France attei-
gnent 222 millions; l'encaisse or dépasse 4 milliards
5oo millions.
Les pertes anglaises s'élèvent k SSo.ggô, dont 6g.3i3
tués, 1 97 .494 blessés, 64- 1 88 manquants ; 5 1 .000 Anglais
ont été tués en France, 8.000 aux Dardanelles.
Mercredi 28 juillet. — Une attaque autrichienne
vers Gorizia est repoussée avec pertes.
Les Allemands reculent devant Novo-Georgievsk et
tentent vainement de forcer la Vistule entre Ivangorod
et Varsovie.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 23
Les Turcs, vainqueurs au combat de Probedo, font
reculer les Russes.
Un avion allemand jette des bombes sur Calais,
d'autres bombardent Gérardmer.
La Gazette de Cologne prétend que l'Allemagne
possède des avions invisibles à partir de 1.800 mètres
(procédé déjà connu).
A la Chambre des Communes, Lloyd Georges annonce
qu'on a créé 16 manufactures nationales de munitions
et qu'on va en créer 10 autres. Asquith dit : « A-t-on
jamais plus calomnié notre peuple qu'en niant qu'il
ait pu s'élever à la hauteur de circonstances extraor-
dinaires ? Et pourtant, si, il y a une calomnie encore
pire : c'est celle qui prétend que nos alliés n'ont pas
pleinement apprécié notre concours. » (Allusion aux
bruits d'origine germanique d'après lesquels la France
trouverait le concours anglais insuffisant.)
Depuis le début de la guerre, les Anglais ont perdu
182 navires et 168 chalutiers.
Jeudi 29 juillet. — Une note officieuse roumaine
affirme que les munitions destinées k la Turquie ne
passent pas par la Roumanie.
Nouveau bombardement de Reims.
L'Angleterre annonce à la Grèce que les Alliés vont
occuper provisoirement Mitylène.
Tandis que les Russes inlligent des pertes aux Alle-
mands sur la Narev et chassent les Autrichiens de leurs
tranchées près de Sokal, les Allemands passent la Vis-
tule sur des pontons, des deux côtés de l'embouchure
de la Radomka, et gagnent du terrain sur la rive
gauche de la Vieprz, qu'une de leurs divisions a même
traversée.
Les avions français, très actifs, bombardent une
usine de gaz asphyxiants à Dornach, et les usines à
pétrole de Pechelbronn près de Wissembourg.
Le gouverneur d'Albany a ordonné le désarmement
des sociétés autrichiennes de Little Falls, qui sortaient
en armes et gardaient leurs armes k domicile.
Les pertes prussiennes atteignent 1.6 16. 000 hommes.
24 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Vendredi 30 juillet. — Washington proteste h
Berlin contre la fabrication de faux passeports améri-
cains par des fonctionnaires allemands en Hollande.
Les Anglais perdent une tranchée au nord et au sud
de Hooge.
Échec d'une attaque autrichienne sur Pelagosa.
Le choléra est dans l'armée turque à Constantinople.
On dit que les Allemands vont envoyer trois corps
contre la Serbie. A Rome, il est question d'un « coup
de théâtre balkanique ».
Les Russes ont évacué sans combat Lublin, ainsi
que la voie ferrée entre Novo-Alexandria et Reiovitz.
La ligne Cholm-Lublin est perdue pour eux. Ils ont
aussi reculé entre la Vistuîe et le Bug, Les ^ens
riches, les employés, les fabriques, les marchandises,
Tor et l'argent ont été évacués de Varsovie.
L'Iberian, de la compagnie Leyland, a été torpillé et
coulé ; 7 personnes ont été tuées par un obus du sous-
marin allemand.
Des avions français bombardent Fribourg-en-Brisgau.
Sur Château-Salins, 6 avions allemands livrent un
combat à i5 avions français.
Le baron Hayashi, ambassadeur du Japon à Rome,
dit que son pays ne cesse de fournir des munitions à la
Russie, qu'il pourrait envoyer aussi 5oo.ooo hommes,
mais que son concours militaire n'a pas encore été
« instamment sollicité ».
Le Pape envoie une lettre aux belligérants pour les
exhorter à la paix et à la réconciliation des Etats :
« Qu'une fois l'empire du droit établi, ils décident de
confier dorénavant la solution de leurs différends, non
plus au tranchant du glaive, mais aux raisons de justice
et d'égalité étudiées avec calme. »
Samedi 3i juillet. — On estime k tort, en Alle-
magne, que l'incident du Lusitania est clos.
Bombardement à grande distance de Gompiègne.
Les Italiens sont à 12 kilomètres de Tolmino et à 4 ki-
lomètres ouest et sud de Gorizia.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 25
Des avions allemands bombardent Saint-Omer et
Nancy.
Le sultan est de nouveau malade.
La presse roumaine proteste contre les menaces de
l'Allemagne. On croit, à Rome, que Bratiano est un
autre Salandra.
La Gazette de Cologne dit que l'Allemagne désire-
rait obéir aux conseils pacifiques du Pape, car elle ne
combat que pour le maintien de ses frontières ; mais
c'est à Londres, Petrograd, Paris et Rome qu'on répond
non. L'Allemagne doit conquérir une paix honorable
par son épée.
A Saint-Brieuc, du i i-3i juillet, la Banque de France
a reçu 4 millions d'or.
AOUT
Dimanche i*"" août. — Progrès français dans le
chemin creux d'Albain.
Bombes sur Pont-à-Mousson.
L'archiduc Eugène demande en vain loo.ooo hommes
de renfort pour le front italien. Le colonel Barone
écrit dans le Temps : a Notre action sur l'Isonzo est une
charge à la baïonnette contre le cœur de l'Empire. »
Les Autrichiens progressent devant Ivangorod (2.800
prisonniers, 29 canons) et prennent la gare de Novo-
Alexandria.
Cholm a été occupé ; Kovno est menacé de trois
côtés. « La ligne de défense formée par le Niémen, la
Narev et la VisLule est presque forcée aux deux
ailes. « (Roussel, Liberté.)
Un sous-marin anglais endommage le pont de Galala.
Les avions français bombardent la gare de l'usine
Aviatik à Fribourg-en-Brisgau.
Guillaume II, dans un manifeste, jure devant Dieu et
l'histoire que sa conscience est nette, qu'il n'a pas
26 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
voulu la guerre, que les Puissances de l'Entente ont
voulu humilier l'Empire qui soutenait loyalement
l'Autriche-Hongrie .
Gazette de Cologne : « Nous n'évacuerons les terri-
toires occupés que lorsque les négociations réglant la
situation future de la Belgique, de la Pologne et des
colonies allemandes auront été terminées. »
A la Douma, le minisire de la Guerre annonce l'éva-
cuation imminente de Varsovie. Sazonov parle de
l'entente russo-japonaise et d'une alliance encore plus
étroite en perspective. Goremvkine confirme solennelle-
ment les promesses du Tsar à la Pologne, qui doit
recevoir, après la guerre, le droit d'organiser libre-
ment sa vie nationale sur la base de l'autonomie.
L'Angleterre a commandé en Amérique loo canots
automobiles très rapides contre-sous-marins; la Russie
en a commandé 60.
Lundi 2 août. — Les Russes évacuent Mitau et se
replient au delà de l'Eckau vers Riga. Les Allemands
prennent Mitau.
Combats acharnés sur la Narev.
Les Russes, sur le littoral de la Mer Noire, ont détruit
45o voiliers et 4 chantiers.
L'épidémie de choléra augmente en Hongrie.
Un groupe de banquiers austro-allemands remet k la
Bulgarie un versement de 25o millions sur l'emprunt
de 5oo millions promis en 1914-
L'Allemagne a déjà dépensé 26 milliards et y ajoute
12 milliards 5oo millions qui viennent d'être votés. La
guerre coûte à l'Allemagne 76 millions par jour. La
circulation de la Banque atteint 9.4oo millions contre
3.000 millions d'or.
Mardi 3 août. — Vifs combats dans l'Argonne et
dans les Vosges.
La résistance russe se prolonge sur la Narev.
Les Turcs disent avoir enlevé aux Russes Alachgert,
au nord-ouest de Kara-Kilissi.
Un cuirassé français bombarde Slgadjik (Téos).
Des avions russes survolent Constantinople.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 27
Revenu à Petrograd, le savant byzantiniste Uspenski
annonce qu'à l'instigation d'agents allemands, la foule
turque a détruit l'Institut archéologique de Constanti-
nople, avec près de 200 manuscrits.
Les journaux allemands publient des articles paci-
fiques. La Gazette de Francfort écrit : « Nous dépose-
rons les armes le jour où l'on nous donnera l'assurance
qu'on nous laissera poursuivre en toute tranquillité
notre développement qui ne menace personne. »
D'un nouveau livre gris publié par la Belgique, il
résulte que l'Allemagne, quatre mois avant la guerre,
avait proposé à la France de partager le Congo belge.
Goremykine dit à la Douma que la politique inté-
rieure sera désormais pénétrée d'un principe d'impar-
tialité et de bienveillance envers tous les citoyens
russes fidèles, sans distinction de nationalité, religion
ou langue.
A l'unanimité, la Douma décide qu'il n'y aura pas de
paix avant la victoire et que le concours de toute la
Eopulation est acquis pour la continuation de la lutte. A
i presque unanimité, elle demande des poursuites
contre ceux qui sont responsables du manque d'obus
et de munitions.
E. Lavisse écrit dans le Temps (du 4) : « A côté du
congrès de la paix, prévoyons un congrès de la jus-
tice. Dans le premier, siégeront les délégués nommés
par les gouvernements ; dans le second, les députés
nommés par les peuples. Les électeurs de ces députés
des peuples seront les Parlements. Devant cette haute
Cour d'humanité sera plaidé le grand procès... Le plus
grand crime qui ait été commis contre l'humanité doit
être jugé par elle... Le monde ne peut rester dans l'é-
tat où la guerre l'a surpris. Ce monde chaotique, anar-
chique, l'Allemagne prétendait l'organiser en le sub-
juguant ; libéré du péril, il faudra qu'il s'organise
lui-même dans la liberté. L'essentielle institution sera
le grand jury nommé par les peuples. Un premier acte
sera de juger le dernier crime du passé. Par là il inau-
gurera l'avenir que nous voulons gouverné par le droit
et la justice. Ensuite, il siégera en permanence. »
28 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Mercredi 4 août. — En commémoration du début
de la guerre, le roi d'Angleterre et le président Poin-
caré échangent des télégrammes, marquant le ferme
propos des alliés de poursuivre la guerre jusqu'à la
victoire que suivra la paix. Un service solennel, où
assistait la famille royale, a eu lieu à Saint-Paul.
Légers progrès allemands sur la crête du Linge, qui
est continuellement bombardée.
Six corps d'armée autrichiens, tirés du front oriental,
sont arrivés sur l'Isonzo.
Les Russes évacuent Ivangorod. Les Allemands
avancent vers Vilna et Ostrov. Les Russes cèdent du
terrain sur la Narev et se replient sur Varsovie.
Deux navires français bombardent Scalanova.
Discours de Balfour : « Le monde a été .sauvé d'une
tyrannie comme il n'en avait jamais connu, par le fait
que la maîtrise de la mer n'a jamais été dans les mêmes
mains que la prédominance militaire. » Il dit aussi :
« Nous n'avons pas encore lancé nos foudres ; nous n'a-
vons pas même été en état d'envoyer sur terre nos,
forces complètes. » •
Le toLal des pertes britanniques, pour la première
année de la guerre, atteint 882.000 hommes, dont
76.000 tués, 202.000 blessés, 55. 000 manquants.
Jeudi 5 août. — Les Italiens occupent le col de
Lana; le bombardement de Gorizia continue.
Les Russes évacuent Varsovie après avoir fait sauter
les ponts. Les Allemands, entrés sur leurs traces, ne
font presque aucun butin.
Un dirigeable italien survolant Pola est atteint par
des projectiles et tombe ; l'équipage est prisonnier.
Le Sénat de l'Université de Bucarest prend des me-
sures sévères contre les étudiants qui ont accepté de
l'argent allemand.
Vendredi 6 août. — Les ministres des Alliés pré-
sentent à Bucarest, Sofia, Athènes, Nisch et Cettigné
une note identique, proposant aux x^tats balkaniques
un accord qui réglerait les différends créés par la
guerre de 1918, leur permettrait de reconstituer une
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 29
ligue et d'entrer en campagne à côté de l'Entente pour
atteindre leurs buts particuliers (Journal de Genève,
i4 août).
De nouvelles forces anglaises débarquent par sur-
prise dans la baie de Suvia ; mais leur chef semble n'a-
voir pas tiré parti de ses avantages.
Le gf'-néral Sarrail est nommé commandant de l'ar-
mée française d'Orient.
Les Russes ne gardent plus, sur la Vistule, que la
forteresse de Novo-Georgievsk.
Les Allemands donnent l'assaut à Ossovetz, mais
sont repoussés. Ils progressent vers Ostrov.
L'archiduc Joseph-Frédéric est entré à Lublin.
On constate, en Italie, la grande proportion d'offi-
ciers (5-10 °/o) parmi les prisonniers autrichiens.
Samedi 7 août. — Attaques très violentes des Alle-
mands en Argonne et dans les Vosges ; ces dernières
sont repoussées avec grandes pertes.
Les Allemands attaquent Kovno, que les Russes se
préparent à évacuer. Près de 600 ballons à gaz as-
phyxiants sont lancés sur Ossovetz ; par suite d'une
saute de vent, beaucoup d'Allemands sont asphyxiés.
Dans la région de Riga, les Russes repoussent les
Allemands entre la Dvina, l'Eckau et le cours inférieur
de l'Aa.
Dans le Caucase, les Russes reprennent l'offensive
\ ers Alachgert.
La Roumanie mobilise dix classes de réservistes.
La récolte de fourrages a été presque nulle en Alle-
magne.
Dimanche 8 août. — Reprise vigoureuse des opé-
ralions aux Dardanelles.
Une attaque de la flotte allemande contre Riga est
repoussée ; trois navires allemands sont endommagés
par les mines.
Les Russes repoussent une attaque très violente
■notre le front ouest de Kovno, bombardé avec les
pii'ces les plus lourdes.
Les Allemands occupent Praga, à l'est de Varsovie.
30 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Au Caucase, l'aile droite russe se contente de tenir
le littoral et d'empêcher le ravitaillement des Turcs
par mer. Le centre (Olty — Sarikamish — Alachgert) est
sujet à d'incessantes attaques des Turcs ; l'aile gauche
poursuit sa marche à travers les territoires de Van et de
Bitlis. Le front russe, de 700 kilomètres, est faible au
centre et doit compter avec l'hostilité des Musulmans.
Les Anglais occupent Bouchir (Perse), sans opposition.
Le cuirassé turc Kheredin Barbarossa est torpillé
dans la Marmara. ^,
« Le sommet s'éloigne pendant que l'alpiniste aile- m
mand gravit la pente » (colonel Feyler). *
Lundi 9 août. — Les Anglais reprennent toutes les
tranchées perdues par eux le 3o juillet près d'Ypres et
s'étendent vers le nord et l'ouest d'Hooge.
Les Allemands se replient dans la région de Dvinsk,
perdant des prisonniers et du matériel.
Gomme les Allemands préparent un nouvel assaut
sur Ossovetz, ordre est donné d'évacuer la forteresse
après l'avoir rasée jusqu'au sol.
Des avions français bombardent Sarrebruck.
D'Annunzio survole Trieste, lançant des proclama-
tions.
Les Turcs inaugurent la ligne de Jérusalem à Bir es
Seba.
Sur le bruit que des propositions de paix auraient
été faites à la Russie par l'entremise du Danemark, le
Novoié Vrémia répond : « La Russie ne veut pas la paix,
mais la victoire. »
Lokal-Anseiger : « On a remarqué le ton de modes-
tie qu'affectait le télégramme de l'Empereur au roi de
Wurtemberg au sujet de la prise de Varsovie. Tous les
milieux militaires sont dans les mêmes sentiments, car
ils n'oublient pas qu'à la guerre il ne suffît pas de
conquérir des territoires : il faut écraser l'ennemi. »
Cet article a pour objet de réagir contre l'enthousiasme
et les vaines espérances que la prise de Vai'sovie a
suscitées en Allemagne.
Mardi 10 août. — Les États-Unis répondent à
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 31
l'Autriche et affirment que l'exportation des munitions
est conforme à la neutralité.
Les Allemands ont perdu plusieurs kilomètres de
tranchées à l'ouest du château d'Hooge et n'ont pu,
malgré de violentes attaques, les reconquérir.
Les Allemands s'emparent du nœud de voies ferrées
au sud-est d'Ostrov. Les administrations russes éva-
cuent Vilna et Kovno.
Les Russes poursuivent les Turcs sur l'Euphrate, fai-
sant un grand butin.
Les Arméniens de la région de Van, au nombre de
255.000, ont abandonné leur pays pour se retirer en
Transcaucasie.
Des navires anglais bombardent la côte belge. La
flotte allemande attaque sans succès vers Riga. Un
croiseur français a bombardé et presque détruit Gaza.
Bombes d'avions alliés sur Bruges. Les hydravions
de Dunkerque bombardent le port d'Ostende et détrui-
sent un dirigeable.
Mercredi 11 août. — Violents combats en Ar-
gonne.
Lutte à 3.600 mètres d'altitude dans le Trentin occi-
dental.
On annonce que 120.000 Austro-Allemands, avec une
puissante artillerie, se concentrent entre ïemesvar,
Neusatz et Orsova.
Les Allemands, maîtres d'Ostrov et de Lomza, mar-
chent vers Bialistok. Les Russes repoussent des attaques
à l'est d'Ostrov.
La population de Dvinsk a évacué la ville.
Les Russes reprennent l'offensive dans le Caucase.
Un sous-marin italien coule le sous-marin autrichien
qui avait torpillé le Jean-Bart.
Le Ramsay, navire de patrouille anglais, est coulé
par le vapeur allemand Meteor, qui, poursuivi par des
croiseurs anglais, se fait sauter dans la mer du Nord.
Dans la semaine terminée le 1 1 août, les Anglais ont
perdu 2 vapeurs et 17 chalutiers, sur un mouvement de
i.3g6 navires.
32 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
A Bucarest, le Conseil des ministres refuse à l'una-
nimité d'autoriser le transit des munitions allemandes
vers la Turquie.
Les consuls italiens quittent la Turquie.
La Douma tient une séance secrète oîi le Gouverne-
ment fait des déclarations rassurantes.
On dit à Milan que l'Allemagne demande la média-
tion du Pape sur la base de la restitution de la Belgique.
Le Temps parle du « piège de la paix boiteuse que
l'Allemagne continue à nous tendre avec une inlassable
obstination ».
Jeudi 12 août. — Les Italiens sont en possession
des trois quarts du Garso gorizien.
Les Autrichiens ayant recommencé à bombarder Bel-
grade, les Serbes ont bombardé Semlin et Pantchevo.
Les armées austro-allemandes du nord et du sud font
leur jonction à l'ouest de Brest et forment de nouveau
un front ininterrompu.
Les Russes ont terminé l'évacuation de Riga, empor-
tant jusqu'aux rails des tramways et aux toits de cuivre.
La situation de l'aile gauche russe au Gaucase, qui
avait dû reculer, a été rétablie par la réoccupation de
la région de Melazgert.
Un sous-marin autrichien est coulé par un torpilleur
français dans l'Adriatique.
Un croiseur français détruit un dépôt de munitions à
Jatïa.
Deux dirigeables survolent l'est de l'Angleterre (29 vic-
times civiles).
Les Grecs sont très maltraités autour d'Andrinople et
dans toute la Thrace turque.
On dit que Guillaume II a répondu au Pape qu'il
accepterait de négocier pour la paix si les Alliés en pre-
naient l'initiative.
Depuis le 27 mai, l^iô millions en or ont été versés à
la Banque de France.
New-York Nation : « Si la ligue des Alliés peut rester
intacte malgré les revers, les chances sont encore très
fortes contre le Kaiser. »
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 33
Vendredi 13 août. — La Grèce a répondu négati-
vement aux propositions de l'Entente.
Attaques allemandes repoussées en Argonne.
Les Allemands bombardent Raon-l'Étape.
Assauts furieux contre Kovno ; les Allemands pro-
gressent au sud.
Les Allemands, qui s'étaient emparés de Vlodava sur
le Bug, ont été rejetés après trois jours de combats à
20 milles en arrière. Leur mouvement menaçait d'en-
cercler les trois quarts des armées russes entre Bug et
Vistule.
Une commission a été instituée k Petrograd pour
rechercher les causes du retard et de l'insuffisance des
fournitures de munitions.
« Comme il y a cent vingt ans, la lutte est entre les
trônes et la liberté, et le bonheur n'existerait plus pour
ceux qui retomberaient sous l'hégémonie des trônes. »
(Colonel Feyler.)
Samedi 14 août. — Les Russes attaquent sur le
front de Bessarabie, vers Czernovitz.
Le Royal Edward, transport anglais, est coulé dans
la mer Egée (6oo hommes sauvés sur i.4oo). C'est le
premier transport anglais qui ait été perdu.
Séance « historique » à la Douma, également ardente
pour la résistance et pour la conquête des libertés indis-
pensables (Journal de Genève, 3i août).
L'Etat-maj or russe publie une liste d'espions exécutés,
entre autres le colonel Miassayedov, chef de la police
secrète et se prétendant farouche nationaliste.
On déclare à Petrograd que les pertes allemandes,
au i4 août, atteignent 2.400.000 hommes et que les
Allemands perdent Soo.ooo hommes par mois, dont un
tiers seulement peut reprendre du service.
Un journaliste américain répète ce propos d'officiers
français : a Si les Allemands voulaient se frayer un
chemin vers Calais ou Paris, ils y trouveraient leur
Waterloo. »
Dimanche 15 août. — Violent bombardement sur
le front de l'Yser.
94. CHRONOLOGIE DK LA. GUERRE 3
34 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Les Russes tiennent les Allemands en échec sur leur
nouveau front.
Pendant la seconde semaine d'août, il y a eu 565 cas
de choléra en Hongrie.
« Les Impériaux ont perdu la campagne de 191 5
comme celle de 1914- Us ont conquis du terrain, et
Varsovie après Anvers ; ils n'ont pas conquis les hom-
mes. » (Colonel Feyler.)
Lundi 16 août. — Le ministère grec donne sa
démission, le candidat vénizeliste ayant été nommé à la
présidence de la Chambre.
Après un combat dans les rues de Mitau, les Alle-
mands ont dû battre en retraite. DejDuis quinze jours,
ils s'efforcent en vain de franchir la rivière Eckau.
Devant Kovno qu'ils bombardent sans relâche, les
Allemands ont enlevé un fortin, puis fait irruption entre
les fortins du secteur ouest.
Un détachement russe est entré à Van.
La flotte allemande attaque à l'entrée du golfe de
Riga.
ÎJn sous-marin allemand, dans la mer d'Irlande, a
détruit une fabrique de benzol près de Harrington.
La Sozialdemocratie allemande, repoussant toute
politique d'annexion, déclare repousser aussi, sous
quelque forme que ce soit, la rétrocession de l' Alsace-
Lorraine.
La Post écrit : « Nous pouvons dire au groupe pai'-
lementaire polonais du Reichsrath d'Autriche que ce
n'est pas pour faire couronner un roi de Pologne que
les troupes allemandes sont entrées à Varsovie. »
Le New-York World publie des documents établis-
sant l'existence d'un vaste complot allemand aux Etats-
Unis.
Mardi 11 août. — Les Français gagnent des tran-
chées au sud-est de Sondernach.
Les avant-gardes allemandes sont à 35 kilomètres au
nord-ouest de Brest. Les Allemands s'emparent des
fortifications de Kovno sur la rive gauche du Niémen ;
Novo-Georgievsk est vivement pressé au nord-est.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 35
Les critiques allemands reconnaissent que la retraite
russe s'effectue régulièrement et que la résistance des
Russes augmente à mesure que le front allemand s'ap-
proche de la ligne Brost-Bialistok.
I2.000 rebelles, dans le district de Peshaver (Inde),
attaquent le camp anglais de Rustam. La révolte n'était
pas encore domptée le 4 septembre.
Un sous-marin allemand canonne, sans faire de vic-
times, quelques localités de la côte anglaise.
Les Allemands prétendent et les Anglais nient qu'un
grand croiseur anglais et un contre-torpilleur auraient
été coulés près du bateau-phare de Hornstriff.
Dans la nuit du 17 au 18, des dirigeables allemands
lancent des bombes sur Londres, Woodbridge et Ips-
wich.
Les Austro-Allemands disent avoir 2 millions de pri-
sonniers (33 1. 000 Français, Belges et Anglais; 23. 000
Serbes; i.654.ooo Russes, dont 3oi.ooo capturés en
mai, 220.000 en juin).
Mercredi 18 août. — Serbes et Monténégrins re-
poussent des attaques autrichiennes.
Les Allemands ont pris Kovno, avec 240 canons et
4.5oo prisonniers.
L'état-major russe déclare que les livraisons de muni-
tions se poursuivent et que l'industrie russe accroît son
rendernent.
Les Portugais, attaqués dans l'Angola, repoussent les
Allemands.
La flotte russe, dans le golfe de Riga, se replie de-
Ivant la flotte allemande.
093 nouvelles fabriques d'obus travaillent en Angle-
terre.
i Les pertes de la Prusse s'élèvent à i. 616. 000 hom-
jmes, plus 800.000 Bavarois, Saxons, etc., auxquels il
ifaut ajouter 120.000 entre Vistule et Bug, au total
ja. 540.000.
New-York Times : « L'Allemagne des Hohenzollern
st au ban de l'humanité. Dans mille ans, l'effroyable
listoire de la Belgique violée sera lue par les enfants
36 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
des écoles, comme ils lisent aujom'd'hui celle des mé-
faits des Huns et des Sarrasins. Il y a un an, l'Alle-
maqne était une nation respectée ; c'est maintenant une
nation honnie. »
Jeudi 19 août. — Les Allemands reprennent les
tranchées perdues par eux le i8 sur le chemin d'Ablain
à Angres.
Les Italiens prennent d'assaut une partie de Tol-
mino.
Les Allemands prennent Novo-Georgievsk avec 700 ca-
nons, 85.000 hommes et 6 généraux. La situation des
Russes paraît très grave. Une ofFensive allemande se
dessine à l'est de Brest, sur la rive droite du Bug. La
ligne du Niémen est considérée comme perdue.
Un sous-marin anglais s'est échoué sur une île da-
noise.
L'Arabie, de la White Star Line, allant de Liverpool
en Amérique, est coulé sans avertissement; 8 passagers
manquent, dont 4 Américains.
Les Turcs empêchant les Italiens de quitter SmjTne,
les relations italo-turques sont très tendues.
Le ministre de la guerre bulgare a donné sa démis-
sion.
A la réouverture du Reichstag, Bethmann-Hollweg
accuse l'Angleterre et la Russie d'être causes de la guerre
que l'Allemagne ne voulait pas : « La guerre devint iné-
vitable seulement à cause de la mobilisation russe.
Nous sortirons victorieux du combat contre les calom-
nies, comme du combat sur les champs de bataille. »
Le Reichstag vote 10 milliards. Le soir, Bethmann-Holl-
weg, parlant à la foule, dit que les forteresses russes
ont été brisées comme de la vaisselle de terre.
L'Angleterre a sous les drapeaux 2.5oo.ooo hommes,
dont plus de 2 millions ont six mois d'entraînement.
Coloniaux inclus, leurs forces atteignent 8.826.000
hommes ÇNeiv-York Nation).
Vendredi 20 août. — Quatre sommets du Carso
sont au pouvoir des Italiens.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 37
Les Russes évacuent Bialistok, bien que les Alle-
mands aient échoué dans une tentative de forcer la
Narev près de cette ville.
Dans le golfe de Riga, les Allemands perdent 2 croi-
seurs et 8 torpilleurs.
Un dirigeable allemand est capturé près de Vilna.
Deux avions russes bombardent l'arsenal de Top-
Hané.
Jusqu'à ce jour, l'Autriche a perdu 17 avions, l'Italie
2 dirigeables.
Trioiine de New-York : « L'attaque de V Arabie ré-
pond exactement à la définition que le président Wil-
son a donnée de l'acte inamical exécuté de propos
délibéré. L'heure est venue d'agir. Parler plus long-
temps serait encourager l'assassinat et non l'empêcher ;
ce serait transiger avec l'infamie que de continuer des
relations avec des sauvages. »
Millerand dit à la Chambre : « Nos alliés comptent
sur notre sagesse; nos ennemis n'ont d'espoir que dans
nos divisions. »
Dunkerque a fourni à la Banque plus de 10 millions
d'or.
Samedi 21 août. — L'Italie déclare la guerre à la
Turquie.
Encore 4o obus sur Reims.
La flotte allemande se retire du golfe de Riga. La
tentative de débarquement a échoué désastreusement.
Le correspondant du Tyd à Cologne dit que l'Alle-
magne ne compte pas annexer la Belgique, mais tenir
la promesse faite par elle le 4 août en réparant, aux
frais de l'Entente, le mal qui a été fait à ce pays.
L'Acleverul (Bucarest) publie le fac-similé d'une
lettre adressée par un hobereau allemand à un de ses
amis. « Quand on pense combien il fut difficile a
H... de convaincre notre Empereur que le dernier mo-
ment était arrivé de laisser le cours libre à la guerre!...
Nous allons être les maîtres absolus du monde. Toutes
les chimères et les bêtises, comme la démocratie, seront
chassées du monde pour un temps infini... Nous avons
3è CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
à purger notre propre pays de toutes les idées révolu-
tionnaires, afin que notre noblesse puisse recouvrer sa
splendeur, sa puissance et son autorité anciennes. »
Les Anglais ont perdu aux Dardanelles 80.000
hommes, dont 17.000 tués.
Dimanche 22 août. — Les Français occupent le
sommet du Schratzmsennele (détails dans le Temps,
4 septembre).
La résistance des Russes s'affirme sur la route de
Vilna, devant Bielsk et Brest.
Les Allemands prennent Tikocin.
Les Russes poursuivent les Turcs dans le Caucase.
Au large d'Ostende, deux torpilleurs français coulent
un destroyer allemand.
Le coton est déclaré contrebande de guerre.
Lundi 23 août. — En Grèce, nouveau cabinet Ve-
nizelos.
Les Allemands prennent Ossovetz, évacué le 22 après
destruction de tous les ouvrages. Les Russes se replient
sur la rive gauche du Bobr.
Les navires anglais bombardent la côte belge de Zee-
brugge à Knocke.
Un avion russe bombarde la gare de Lemberg.
Le Parlement serbe accepte l'arbitrage de l'Entente
pour régler les questions territoriales en suspens, par
io3 voix contre 22 et 89 abstentions (Temps, 26 août).
Mardi 2i août. — L'Allemagne prie les États-Unis
de ne point prendre de décision au sujet de l'affaire de
\ Arabie avant d'être complètement informés et exprime
le regret que des Américains aient été noyés.
L'Allemagne fait des excuses au Danemark au
sujet de l'attaque d'un sous-marin anglais dans les
eaux danoises.
Les Autrichiens, renforcés, reprennent l'ofTensive sur
tout le front italien.
Il est avéré que les Austro-Allemands, sur le front
russe, perdent en moyenne 10.000 hommes par jour.
Les pertes prussiennes atteignent 1.740.000 hommes.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 39
a Je soutiens que la France elle-même ne savait pas,
il y a un an, ce qu'elle était. » (Rudyard Kipling.)
Mercredi 25 août. — Vif combat entre Monténé-
grins et Autrichiens près de Cattaro.
Les marécages et les boues arrêtent l'ennemi aux
abords de Vloaava et de Brest.
Les Russes hâtent l'évacuation de Riga, Dvinsk et
Vilna. On écrit de Czernovitz à un journal de Vienne
que les Russes, depuis quelques jours, emploient des
canons et des obus japonais.
Le consul d'Italie à Trébizonde, i^evenu à Rome, ra-
conte les horribles massacres d'Arméniens par les
Turcs; il se demande si tous les cannibales et toutes
les bêtes féroces du monde ne se sont pas réunis à
Stamboul.
Les côtes de l'Asie Mineure et de la Syrie sont dé-
clarées en élat de blocus.
Un avion serbe bombarde Peterwardein.
Soixante avions français lancent i5o obus sur les
hauts fourneaux de Dillingen.
L'état sanitaire est redevenu normal en Serbie.
Les Allemands enlèvent des rails de Belgique pour
les transporter en Pologne.
A la fin de juillet, l'Allemagne avait 1.800.000
hommes à l'ouest, 1.400.000 à l'est, plus 1. 120.000 Au-
trichiens.
Le président de la Commission de Défense nationale
à la Douma déclare que la crise des obus est passée,
la quantité d'obus expédiés au front ayant doublé depuis
deux mois.
Stancioff, ministre de Bulgarie, dit à Rome : « L'hé-
gémonie austro-allemande dans les Balkans serait la fin
de toute indépendance pour toutes les nations balka-
niques. »
« Entre tant de choses que la guerre a détruites, il en
est une qu'elle a tuée et que nul ne regrettera : c'est
l'apologie même de la guerre... V. Hugo voulait qu'on
déshonorât la guerre : c'est chose faite, et bien faite,
par le désaveu même des fous ou des misérables qui
40 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
l'ont déchaînée. » (Ruyssen, La Paix par le Droit,
25 août, p. 387.)
Jeudi 26 août. — Violent bombardement de Reims.
Les Austro-Allemands massent des troupes sur le
Danube, à l'ouest de la Serbie.
Les Russes ont évacué Brest, que l'ennemi a occupé.
Sir Edward Grey, dans une lettre adressée à la
presse, répond aux allégations de Bethmann-HoUweg :
« S'il doit y avoir des garanties contre la guerre dans
l'avenir, il faut que ce soient des garanties effectives,
pareilles et égales pour tous. Haut l'Allemagne aussi
bien que les autres nations, y compris nous-mêmes. »
Viviani prononce à la Chambre un discours très
applaudi, suivi d'un vote de confiance : « La France
ne cessera la lutte qu'après avoir assuré le triomphe du
droit ; qu'après avoir banni la possibilité du retour de
pareils crimes ; qu'après avoir restauré dans son indépen-
dance politique et économique l'héroïque Belgique ;
qu'après avoir repris notre Alsace et notre Lorraine. »
Personne n'a proposé le comité secret, auquel le Gou-
vernement déclarait qu'il ne s'opposerait pas.
On rapporte ce mot de French : « La lutte reste main-
tenant entre Krupp et Birmingham. »
« Les hommes valent la cause ; jamais un plus haut
courage ne s'égala à un plus haut devoir. » (Pierre
Lalo, Temps, 26 août.)
Le Tsar sanctionne la décision du Conseil des minis-
tres abolissant temporairement les restrictions apportées
au droit de séjour des israélites, sauf à Petrograd et
Moscou.
Vendredi 27 août. — Bernstorfï aurait déclaré à
Lansing que l'Allemagne modifierait sa politique sous-
marine et que des navires portant des Américains ne
seraient plus attaqués sans visite.
Les Italiens prennent le fort autrichien du Belvédère.
Les Autrichiens attaquent les Monténégrins à Gra-
hovo et sont repoussés.
L'abandon de Grodno est décidé.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 41
Les Allemands essaient de forcer la ligne ferrée de
Kreuzbour^ h. Mitau.
Les Autrichiens ont pris pied sur la rive gauche de
la Zlota Lipa. On annonce que les Allemands emploient
sur le front russe des appareils électriques qui détrui-
sent à distance toutes les défenses métalliques (?)
Les Russes repoussent une offensive turque sur le
littoral de la Mer Noire.
Près de Téhéran, le vice-consul d'Allemagne, à la
tête d'une bande, attaque les consuls d'Angleterre et
de Russie et les oblige à se retirer.
Polivanov dit que la Russie lève 2 millions d'hommes
et que Petrograd est couvert par plusieurs armées.
L'Allemagne dépense pour la guerre 66 millions de
marks par jour; en octobre, elle aura dépensé 22 mil-
liards.
Un communiqué allemand condamne la mode des
jupes amples qui implique une trop grande dépense
d'étoffe.
Gazette de Voss : « Nous sommes le peuple suprême ;
notre devoir est désormais de conduire la marche de
l'humanité. C'est un péché contre notre Empire de
ménager les peuples qui nous sont inférieurs. »
Samedi 28 août. — Bombes sur Compiègne ; trois
victimes.
Le 27 et le 28, progrès des Alliés dans la presqu'île
de Gallipoli.
Les Russes évacuent Olita, au sud de Kovno. La
droite russe se replie à l'est de Lutsk.
Quatre avions allemands, volant vers Paris, ont été
arrêtés. L'un a lancé 5 bombes sur Montmorency, sans
résultat; un autre a été descendu dans la forêt de
Hallatte.
Suivant l'amirauté anglaise, les dirigeables allemands,
pendant un an, ont tué 8g Anglais, dont 18 enfants.
L'agence Havas dément que les Français se servent
de gaz qui aveuglent les Allemands et voit dans ce
mensonge l'annonce de quelque infamie allemande de
cette espèce.
42 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Dimanche 29 août. — Lutte d'artillerie très vive
en Argonnc.
Les Italiens investissent Plezzo.
Les Allemands avancent sur Riga et atteignent la
Dvina à Friedrichstadt. Les Russes répondent en mena-
çant les derrières des Allemands sur la Missa.
Les Autrichiens repoussent les Russes de leurs der-
nières positions en Galicie.
Moscou a manifesté pour la guerre à outrance ; on y
demande la constitution d'un cabinet de la Défense
nationale.
« L'unanimité s'est faite contre l'entreprise d'intimi-
dation, de meurtre et de rapine par laquelle les Alle-
mands ont surpris l'Europe, qui était déshabituée de
ces violences d'un autre âge et qui ne déposera pas les
armes avant d'être délivrée de ce cauchemar. » {Temps
du 3o.)
Lundi 30 août. — Les Italiens chassent les Autri-
chiens de Monte-iMaronia, au nord de Monte-Maggio.
Les Russes prennent l'oflensive au nord de la Vilia,
à l'ouest de Vilna.
Sur la Strypa, en Galicie, les Russes battent les
Autrichiens, prenant '6o canons, 24 mitrailleuses,
7.000 hommes.
On dit qu'il y a 4.600.000 réfugiés à Petrograd,
Moscou, Kiev, etc.
Récemment, à l'hôtel de l'Esplanade, à Berlin, la
princesse Victoria-Louise, fille de Guillaume II, dit à
haute voix, après avoir feuilleté le Matin : « C'est mal
d'attaquer ainsi mon père, qui n'a pas voulu la guerre. »
On prouve que les listes des pertes allemandes ne
comprennent que les blessés ramenés en Allemagne.
(France de Demain, i^^ septembre.)
Un bénédictin français, dom Germain Morin, interné,
puis mis en liberté à Munich, a protesté violemment
contre le livre La Guerre allemande et le Catliolicisme,
et loué les Allemands, « qui ont donné des preuves d'un
dévouement admirable à la cause religieuse ».
Le correspondant parisien du Journal de Genève
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 43
(4 septembre) proteste contre les nombreuses indiscré-
tions relatives aux mouvements de l'armée qui se com-
mettent en France, a Tout le mal vient du bavardage
h l'arrière, alimenté par les bavards venus du front. »
Le quartier général allemand dit que les Russes,
depuis le 2 mai, ont perdu 1.400.000 hommes, dont
1. 100. 000 prisonniers, et que a les armées contre
lesquelles se heurte notre onensive ont été complète-
ment anéanties ». Les troupes russes en campagne
seraient des divisions rappelées du sud de la Russie, où
elles étaient destinées à combattre les Turcs. Ces
contre-vérités ne s'accordent pas avec les assortions de
la presse allemande elle-même.
Mardi 31 août. — Le Gouvernement serbe informe
la Grèce qu'il accordera à la Bulgarie ce que la
Quadruple Entente l'engage à céder.
Gros obus sur Arras.
Les Allemands disent avoir repris dans les Vosges la
ligne des crêtes Linge — B&reukopf.
Des troupes serbes gardent le consulat de Durazzo.
Il y a maintenant en Russie deux théâtres de la guerre,
séparés par les marais du Pripet.
On annonce l'apparition de bandes de paysans,
détruisant voies ferrées et télégraphes.
Les Allemands prennent Orany, sur la voie ferrée
Grodno — Vilna.
Pendant le mois d'août, les Allemands ont coulé 110
navires (170.000 tonnes); c'est le chiffre le plus élevé
qu'ils aient encore atteint.
La Suède interdit l'exportation du bétail et de la
viande.
« La vieille Russie bureaucratique, orthodoxe et à
demi germanisée par l'influence des camarillas alleman-
des, se voit demander des comptes par la Russie libé-
rale et populaire que menace la victoire du Kaiser. »
(Rouanet, L'Humanité.)
A. H. Pollen a déclaré au New-York American : « A
la fin de la première année de la guerre, les forces des
Alliés étaient à celles des Empires centraux comme
44 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
cinq à quatre. Cette proportion continuera à changer à
l'avantage des Alliés : elle sera de six à quatre avant
Noël, de sept à quatre en mars 1916, et pour juin (en
hommes et en canons) de huit à quatre. Alors la guerre
sera finie. »
SEPTEMBRE
Mercredi 1" septembre. — L'Allemagne accepte
les demandes des Etats-Unis au sujet de la guerre sous-
marine (prévenir et inspecter les navires de commerce
avant de les attaquer). La question des réparations à
fournir est différée.
A Rome, on considère que la Bulgarie est perdue
pour la Quadruple Entente.
L'artillerie italienne atteint la coupole du fort Her-
mann, au nord de Plezzo. Les Autrichiens ont reçu des
renforts.
Les habitants de Riga sont autorisés à rentrer dans
la ville.
Les armées russes sont concentrées autour de Vilna.
Les Autrichiens progressent dans la région de Tar-
nopol.
L'île de Ruad (Syrie) est occupée par des marins
français.
Des avions allemands bombardent Lunéville.
Le Lokal-Anzeiger dit que l'importation du coton
est indispensable à l'Allemagne. L'Allemagne offre aux
États-Unis d'acheter 100.000 balles, livrables dans im
port allemand.
La Bibliothèque universelle de Lausanne publie un
article de P. Stapfer réclamant la mise en jugement de
Guillaume II : « Le jugement public et solennel devant
un tribunal européen, suivi de l'exécution capitale du
bandit couronné qui a commis le plus grand crime de
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 45
l'histoire, nous donnerait un tel soulagement, etc. » Cet
article est poursuivi par la justice fédérale.
Jeudi 2 septembre. — Depuis plusieurs jours,
canonnades intenses sur le front français.
Dans la région de Linden, les Russes se replient sur
la rive droite de la Dvina. Ils repoussent les Allemands
dans la région de Friedrichstadt et progressent vers
Vilkomir,
Les Allemands passent sur la rive droite du Niémen
et pi'ennent les forts à l'ouest de Grodno.
Les Russes évacuent Lutsk.
On prépare le transport à Moscou des trésors de
l'Ermitage et du musée Alexandre III.
Paul Michaelis écrit de Kovno au Berliner Tage-
blatt : « Péniblement, pas à pas, semblable au cheva-
lier d'Albert Durer, derrière qui marchent la Mort et le
Diable, l'armée allemande s'avance vers les hauteurs en
traversant des fourrés presque impénétrables. La force
de résistance des Russes n'est pas réduite ; elle est
encore très loin d'être brisée. »
Le transport anglais Southland est torpillé dans la
mer Egée.
L'empereur de Russie préside le premier Conseil de
défense et fait un discours préconisant la guerre à
outrance.
La Roumanie interdit l'exportation des céréales et le
transit de l'or.
Vendredi 3 septembre. — Le prince Jean-Albert
de Mecklembourg, appai-enté à la reine de Rulgarie,
arrive k Sofia.
Les troupes autrichiennes de Transylvanie et du
Banat sont dirigées vers le front italien.
Près de Linden, les Russes repassent sur la rive
gauche de la Dvina, mais sont refoulés sur la rive
droite. Les Allemands, renforcés sur la Sventa, arrêtent
les progrès des Russes vers Vilkomir.
Grodno est pris, après des combats acharnés dans les
faubourgs. Les Russes rentrent par surprise dans la
46 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
ville et protègent ainsi le repliement des troupes, mena-
cées d'encerclement.
Les Russes abandonnent la Strypa et se replient à
l'est du Séreth.
« Les armées du Tsar ne sont pas détruites. Pour des
armées de cette grandeur, il n'est pas de Sedan pos-
sible. » {Gazette de Francjort.')
Le général Alexeiev est nommé chef de l'Etat-major
général.
On confirme que la production des munitions en
Russie a doublé depuis le mois d'août. 4o.ooo ouvriers,
au Japon, travaillent à fabriquer des munitions pour
la Russie.
Grave explosion dans une fabrique de produits chi-
miques à Brème.
Krupp souscrit 4o millions au nouvel emprunt alle-
mand.
Le Gouvernement turc abolit les privilèges du
Patriarcat grec.
Lord Rosebery dit à Glasgow : « La Grande-Bretagne
est actuellement occupée à déchirer la trame du plus
infâme complot qui ait jamais été ourdi contre les
libertés du genre humain. »
(T II n'y a rien de plus germanique ou germaniste que
de subordonner à des intérêts politiques les droits
imprescriptibles du vrai. » (Souday, Temps du 5.)
Samedi 4 septembre. — Vif bombardement aux
abords de Dixmude; loo obus sur Reims.
On croit a Bucarest que la Grèce soutiendra la
Serbie si celle-ci est attaquée par les Bulgares.
Renforcés, les Allemands ont progressé sur les
routes de Dubno et de Rovno, à l'est de Lutsk. On se
bat près de Dubno.
L'empereur de Russie part pour le front.
Le 3 et le 4? des hydravions allemands bombardent
les torpilleurs russes à l'entrée du golfe de Riga.
La neige est tombée dans les Pyrénées et dans les
Alpes autrichiennes et suisses.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 47
On dément officieusement que le pape ait écrit à
Wilson.
Le roi de Roumanie aurait dit : « Je me sentirais
indigne de mon peuple si je refusais d'accepter des
sacrifices en vue de la réunion de tous les Roumains
sous le drapeau national. »
Le San écrit que le changement d'attitude de l'Alle-
magne envers les Etats-Unis est une phase de la nou-
velle campagne pour la paix. L'Empereur et ses minis-
tres font flèche de tout bois pour mettre fin au conflit.
La Tribune (N.Y.) compare l'Allemagne à un joueur de
poker qui, au début d'une partie nocturne, gagne
Beaucoup de points et prétexte tout à coup qu'il a froid
aux pieds pour s'en aller, ce que les autres joueurs ne
Permettent pas. « Ce sont précisément les raisons que
Allemagne a de désirer la paix qui valent impérieuse-
ment pour les Alliés en faveur de la continuation de la
lutte. » (Temps du 5.)
Hilaire Relloc {Land and Water) discute en grand
détail la question des eff'ectifs et des pertes. Jusqu'au
3i juillet, les Austro-Allemands avaient perdu 6.5oo.ooo
hommes, portés à 7 millions jusqu'au i^'' septembre,
dont 5.25o.ooo hommes de pertes définitives. Ils ont
1.800.000 hommes sur le front ouest, 2.600.000
hommes sur le front est, 260.000 sur le front italien,
160.000 sur le front danubien, au total et au minimum
4.800.000 hommes en campagne. Il reste moins de
2 millions d'hommes, dont à peine i million disponi-
ble pour renforts, sur un total de 12 millions. Contre
les 5.800.000 Allemands, il y a 3 millions de Français,
I million d'Italiens et au moins 2.5oo.ooo Russes, avec
réserves illimitées. L'arithmétique est une science posi-
tive.
Dimanche 5 septembre. — Le 5 et le 6, le
général Jofl"re a conféré en Italie avec le roi et le géné-
ral Cadorna.
L'offensive allemande se porte sur les régions de
Volkovisk et de Dubno— Rovno. On se bat sur le Sé-
reth.
48 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Deux torpilleurs russes ont attaqué, près do Zingul-
dak, le HamidieJt, qui a été avarié, et deux torpilleurs
turcs. Quatre charbonniers qu'ils convoyaient ont été
coulés.
Un torpilleur allemand avarie le paquebot Ilesperian
sur la côte d'Irlande ; l'équipage est sauvé, mais le pa-
quebot coule lundi matin. Grande indignation en Angle-
terre et aux Etats-Unis. Le paquebot allait de Liverpool
à Montréal.
Le choléra est dans l'armée autrichienne sur le front
italien.
La Turquie a mobilisé i.5oo.ooo hommes, dont elle
a perdu 5oo.ooo(?). Restent, avec les blessés revenus du
front, 85o.ooo hommes, dont 190.000 à Gallipoli, 70.000
à Constantinople, Soo.ooo au Caucase.
La Banque de France a reçu 63o millions d'or. Des
inconnus accaparent la monnaie de billon.
Lundi 6 septembre. — Le Tsar télégraphie au
président Poincaré qu'il prend le commandement des
armées russes.
Deux navires français ont été coulés à l'ouest de l'em-
bouchure de la Gironde.
En représailles du bombardement de Lunéville
(1^'^ septembre), 4o avions français bombardent la gare
et les usines de Sarrebrùck.
La neige a fait son apparition dans le nord de la
Russie.
Les Allemands construisent a Gotha des avions
monstres.
Un aviateur allemand, survolant Chavannes-sur-
Étang, jette une couronne portant ces mots : « A
Pégoud, mort en héros, son adversaire. »
La Gazette du Rhin et de Westphalie dément les
nouvelles pacifiques.
La Gazette de Voss demande que les enfants des
écoles fouillent les vieux cimetières allemands pour en
extraire les plaques de cuivre : « Nos aïeux se réjoui-
ront au séjour éternel à l'idée que leur dernière
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 49
demeure a offert sa quote-part pour le salut de la
patrie. »
Mardi 7 septembre. — Les Turcs envoient aux
Dardanelles des troupes de Thrace et du Caucase.
Les Russes prennent l'offensive sur la Doljelka et le
Séreth (ii.ooo prisonniers, 3o canons); mais, arrêtés
par un feu formidable, ils regagnent leurs positions.
Le Tsar félicite ses troupes qui continuent leur offen-
sive au sud-ouest de Trembovla.
L'escadre anglaise bombarde les positions allemandes
de Nieuport à Ostende.
En réponse au bombardement de Saint-Dié et de
Gérardmer, les avions français bombardent Fribourg-
en-Brisgau, Sarrebourg, les gares de Tergnier et de
Lens.
Raid de dirigeables allemands sur l'est de l'Angle-
terre (56 victimes, dont un soldat).
La Gazette de Francfort réclame l'annexion des
districts de la Russie habités par les Lettons, les Lithua-
niens et les Allemands : « La victoire nous offre, pour
la dernière fois peut-être, la possibilité d'élargir le
domaine de notre race. »
Mercredi 8 septembre. — Attaque très violente,
avec obus suffocants, dans l'ouest de l'Argonne ; les
Allemands pénètrent dans quelques tranchées fran-
çaises et sont violemment contre-attaques.
On assure que le Sultan s'est répandu en plaintes dans
la première audience qu'il a donnée à Hohenlohe.
Les Bulgares fortifient Dédéagatch.
L'offensive russe continue : les Allemands se replient
vers la Strypa.
Depuis le 3, sur le Séreth, les Russes ont pris
17.000 hommes, 33 canons, 66 mitrailleuses. « En
somme, nos armées réalisent fermement leur but et
envisagent l'avenir avec assurance. » (Communiqué
russe du 9.)
On affirme en Russie que la retraite touche à sa fin
94. CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 4
50 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
et que les Allemands sont fatigués. Varsovie regorge
de malades allemands.
Le grand-duc Nicolas est nommé vice-roi du Caucase
et commandant de l'armée russe dans cette région.
Un navire anglais a été coulé au sud-ouest de Pen-
march. Le croiseur français auxiliaire Indien a été tor-
pillé près de Rhodes.
Les avions français bombardent les hangars d'Os-
tende, Frascati et la gare des Sablons (Metz); les
avions allemands bombardent Nancy.
Un dirigeable allemand a fait explosion près de
Bruxelles.
Des dirigeables allemands survolent Londres et les
comtés de l'Est (20 morts, 86 blessés); en revenant,
ils survolent les forts d'Amsterdam.
La Grèce appelle, pour le i" octobre, dix classes de
réserves.
Jeudi 9 septembre. — Les combats continuent à
l'ouest de l'Argonne. Sauf un élément de tranchée à
l'est de Binarville, notre ligne a été maintenue.
Les Allemands attaquent dans les Vosges avec obus
suffocants et liquides enflammés, mais progressent peu.
Ayant pris pied au sommet du Hartmannsvsàller, ils ont
été refoulés pendant la nuit.
Les succès russes s'accentuent vers Trembovla
(5.000 prisonniers).
Les pluies d'automne et le brouillard entravent les
opérations allemandes en Russie. Les journaux alle-
mands recommandent au public de ne pas envoyer de
paquets au front oriental, les routes étant imprati-
cables.
Le grand-duc Nicolas est parti pour le Caucase.
Des navires anglais bombardent Aïvali.
Un sous-marin allemand parvient pour la première
fois dans les eaux algériennes et y coule trois navires.
français.
Le sous-marin Papin, près du cap Planka, coule un
torpilleur autrichien.
Un article du capitaine Persius, dans le Berliner
I
I
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 51
Tageblatt, prépare l'opinion allemande à l'aveu de la
faillite de la campagne de sous-marins contre l'Angle-
terre.
Les avions français bombardent la gare de Challe-
range (Ardennes) et de Nesle (Somme).
Le communiqué russe du 9 parle pour la première
fois du front français et dit que l'artillerie française,
depuis quinze jours, bombarde terriblement le front
allemand.
La Grèce rappelle les officiers et sous-officiers qui
sont à l'étranger.
On annonce que les canons des places du nord du
Japon ont été envoyés par Vladivostok en Galicie. La
Corée se couvre de fabriques comme le Japon.
Le correspondant de la N.-Y. Tribune écrit : « Le
soldat français est une révélation du cœur profond de la
nation. »
Vendredi 10 septembre. — L'Allemagne répond
aux États-L'uis au sujet de VAraôic, proposant de sou-
mettre la question au tribunal de La Haye et préten-
dant que le sous-marin a agi en état de légitime défense,
l'Arabie ayant fait mine de l'attaquer (mensonge avéré).
A la suite d'intrigues auxquelles s'est livré aux États-
Unis l'ambassadeur d'Autriche, Dumba, Washington a
fait savoir à Vienne qu'il n'était plus acceptable comme
ambassadeur.
Renforcés au nord-est de Monfalcone, les Autrichiens
essaient de refouler les Italiens sur Udine, menaçant la
Vénétie.
De Riga à Czernovitz, front de 970 kilomètres.
Violente offensive allemande à l'est de Vilkomir ; les
Allemands avancent sur la chaussée de Dvinsk et se
retranchent à 3o kilomètres à l'ouest de Vilna. A l'est
de Grodno, violents combats; Skidel, pris et repris,
reste aux Russes. Ceux-ci progressent dans la région
de Tarnopol et sur le cours inférieur du Séreth
(3.000 prisonniers). Le communiqué russe dit que
l'initiative dans les combats partiels « passe peu à peu
entre nos mains ».
52 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
On signale des sous-marins allemands sur les côtes
de Crimée.
La police suisse découvre une vaste organisation alle-
mande d'espionnage et arrête 80 personnes.
Samedi îi septembre. — Radoslavov affirme que
la Bulgarie n'attaquera pas la Serbie ; il fait part de ce
mensonge aux puissances.
Pressés sur la chaussée de Vilkomir à Ucianz, les
Russes se replient sur le lac Dusiaty. Ils font 4oo pri-
sonniers sur la chaussée de Baranovicsi, 4-ooo dans la
région de Tarnopol, où leurs automobiles blindées ren-
dent des services efficaces. L'offensive allemande se
poursuit entre Sventa et Vilia, vers Skidel et Rajno.
Apparition du choléra en Prusse sur l'Oder.
On se plaint vivement, en Allemagne, des spéculations
sur les vivres.
Pour la première fois, un journal autrichien, la
Reichspost, avoue que l'Allemagne a provoqué la
guerre parce que l'Angleterre tendait à une politique qui
l'eût isolée.
Dimanche 12 septembre. — Les Allemands lan-
cent 3oo obus sur Ypres.
Les Italiens ont gagné 20 kilomètres dans le Val
Sugana et atteint la région de Sbrigno.
Les Allemands ont coupé la voie de Vilna à. Dvinsk.
Nouveau raid aérien sur la côte est de l'Angleterre ;
pas de dégâts.
On dit à Petrograd que depuis dix jours les Alle-
mands ont perdu en Galicie la valeur de deux corps.
Le général Russky déclare que les Allemands visent
Petrograd, mais ne pourront y parvenir.
Les forces ennemies opérant en Russie atteignent
2.800.000 hommes, mais ne sont pas toutes sur le Iront.
Il n'y aurait en première ligne que 55 corps à
28.000 hommes, soit i.5/|0.ooo hommes. L'état des
routes est effroyable.
En récapitulant les nouvelles de l'agence Wolff, on
constate que, suivant cette officine, les Alliés, aux Dar-
I
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 53
danelles, auraient perdu le double de leurs effectifs et
auraient été jetés clix-sept fois h. la mer.
Pour la première fois en Allemagne, dans un article
de la Post, il est fait état de la victoire française de la
Marne (Temps du 17).
« La situation des prisonniers retenus sur les terri-
toires envahis a ceci d'abominablement cruel qu'on leur
défend d'écrire. » (Figaro, avec preuves.)
Lundi 13 septembre. — Bernstorff déclare à
New- York que, s'il reçoit ses passeports, les sous-
marins allemands couleront tous les navires qu'ils ren-
contreront, ce qui amènera en quelques jours la guerre.
Violent bombardement des positions belges.
Les Allemands continuent à pousser à l'ouest de la
ligne Jakobstadt-Dvinsk.
Les Russes traversent la Horyne près de Derajvo et
capturent un bataillon autrichien. Près d'Oleszva (est
de Lutsk), ils font i.3oo prisonniers, 7.400 au sud-ouest
de Visznevetz. Du 3o août au 12 septembre, ils ont fait
plus de 40.000 prisonniers austro-allemands.
On dit que Pnocée est en feu.
En représailles des bombardements de Lunéville et
de Compiègne, des avions français ont bombardé la
gare et la Banque impériale de Trêves, ainsi que la gare
de Donaueschingen.
Dans la nuit au i3-i4, un dirigeable a bombardé la
côte est de l'Angleterre sans faire de dégâts. Un autre,
dans l'après-midi du i3, a fait sept victimes.
Le Daily Telegraph parle de la « rénovation des forces
russes ».
Le général Kluege, rendu responsable des revers aus-
tro-allemands sur le Séreth, est mis à la retraite.
Mardi 44 septembre. — L'artillerie allemande en
Champagne essaie de nous déloger de notre tête de
pont de Sapigneul.
Un avion autrichien bombarde Vicence.
Les dirigeables allemands ne cessent de survoler la
Hollande.
On a découvert à New-York un complot allemand
54 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
avant pour but de mettre le feu à bord du paquebot
SanfAnna.
Le remaniement libéral du ministère russe est
ajourné.
Mercredi i5sep<emJbre. —La Quadruple Entente,
en possession de la réponse serbe, remet une note col-
lective à Sofia.
Les Serbes empêchent les Autrichiens de franchir la
Save.
La victoire russe entre Séreth et Strypa est complète ;
les Autrichiens reculent en déroute. Ailleurs, les Russes
ont le dessous ; Pinsk est pris ; les Allemands, au nord
de Viliia, passent sur la rive gauche de la Vilia.
Le pape lève l'interdit pour qui ferait visite au Qui-
rinal, a cause des blessés hospitalisés au Palais Royal.
Lord Kitcheuer, au Parlement anglais, se plaint que
le recrutement se soit ralenti. Il annonce que le front
anglais en France s'est étendu de 20 kilomètres. Ex-
posant la situation générale, il constate que les Alle-
mands ont échoué en Russie ; il rend hommage aux
méthodes de guerre des Turcs, très supérieures, au
point de vue humain, à celles qui ont déshonoré leurs
maîtres allemands.
Jeudi 16 septembre. — Des torpilleurs russes ont
coulé, près de Sinope, un convoi de voiliers turcs.
Daily Telegraph : « Nous avons aujourd'hui des
moyens de découvrir les sous-marins dès qu'ils entrent
dans certaines zones. L^ne fois qu'on est sur sa trace,
le sous-marin est perdu. Il n'y a pas tant de sous-ma-
rins allemands à 1 heure qu'il est. »
Un ukase ordonne l'appel de la réserve de la territo-
riale ; un autre proroge la Douma.
On dit avoir constaté, à Rome, que des bombes en-
vovées sur le Carso contiennent de l'acide prussique.
Une société allemande, Deutsche Wacht, s'est formée
k Francfort pour boycotter les produits anglais, fran-
çais et belges.
Le Gouvernement français annonce un prochain
emprunt.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 55
Asquith déclare aux Communes que l'Angleterre
dépense 926 millions de francs par semaine, qu'elle a
3 millions d'hommes sous les armes, que 800.000 ou-
vriers travaillent dans 716 établissements à la fabrica-
tion de munitions et de matériel.
Vendredi il septembre. — Le président Wilson
a déclaré à Bernstorfï' qu'il compte que le Gouverne-
ment allemand tiendra ses engagements et n'attaquera
plus les paquebots sans avertissement.
La signature de l'accord turco-bulgare, annoncée
pour le 18, puis pour le 28, est reportée au 5 octobre.
Le roi Ferdinand reçoit les chefs de l'opposition, qui
l'avertissent des dangers de sa politique et sont mena-
cés par lui. On a saisi et suspendu à Sofia un journal
qui publiait un appel contre la politique allemande du
roi.
L'artillerie française, devant Saint-Mihiel, a coupé
un grand pont, un pont de bateaux et trois passerelles.
Les Autrichiens ont évacué le fort de Malborghetto.
Treize divisions de cavalerie allemande s'avancent à
l'est de la Gourlande, cherchant à couper la retraite
des Russes. Sur tout le front entre Vilia et Pripet, les
Russes se retirent, menacés d'être jetés dans les
marais.
Le Berliner Tageblatt avoue que les Autrichien.^,
sur la Strypa, ont reculé de i5 kilomètres. Ils ont été
repoussés vers Rovno et Kovel.
Un navire français est coulé sur la côte sud de la
Crète.
L'Espagne dément formellement que les sous-marins
allemands se ravitaillent dans ses ports.
Le décret prorogeant la Douma jusqu'au i4 novembre
soulève les protestations de la presse russe.
Il y a 1. 100. 000 prisonniers austro-allemands en
Russie.
Samedi 18 septembre. — Kiev paraît hors de
danger, mais les Allemands poursuivent avec succès
leurs opérations contre Vilna et dans la région de
Dvinsk ,
56 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Dimanche i9 septembre. — Les Allemands
entrent à V^iina, évacuée par les Russes ; Riga, Dvinsk
et Minsk sont menacés.
Les Autrichiens disent qu'en Galicle les automobiles
ne peuvent avancer que s'ils sont tirés par 6 chevaux.
Un transport anglais est coulé près d'Anticythère :
plus de 200 Indiens sont noyés.
Des navires russes ont coulé un sous-marin dans
la Mer Noire.
Du i5 au ig, les sous-marins alliés ont coulé une
douzaine de navires turcs et allemands chargés de
troupes et de munitions.
Le colonel Feyler démontre, dans le Journal de
Genève, que l'Allemagne,. en août iQiAi pouvait comp-
ter sur 7.750.000 hommes mobilisables de vingt à qua-
rante-cinq ans.
Lundi 20 septembre. — Signature du protocole
turco-bulgare : les territoires cédés par la Turquie en
Thrace sont remis aux autorités bulgares.
L'artillerie lourde française a atteint la gare de
Thiaucourt, à i5 kilomètres ouest-nord-ouest de Pont-
à-Mousson.
L'artillerie allemande a commencé le bombardement
des positions serbes vers Semendria.
Les 60.000 cavaliers lancés en avant par l'Allemagne
ont été arrêtés par la cavalerie russe et divisés en trois
tronçons.
Les Russes disent avoir fait 70.000 prisonniers en
août-septembre.
Mardi 21 septembre. — La mobilisation bulgare
est ordonnée, à la suite de la signature de l'accord turco-
bulgare.
Venizelos demande aux Alliés de débarquer i5o.ooo
hommes, afin de permettre à la Grèce de remplir ses
obligations envers la Serbie.
Le congrès général des villes russes à Moscou a ré-
clamé : 1° la convocation immédiate de la Douma;
2° la formation d'un ministère comprenant des repré-
sentants de la nation ; 3° une amnistie politique et reli-
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 57
gieuse ; 4° l'égalité des droits pour toutes les nationa-
lités.
Canonnade intense sur les fronts serbes du Danube
et de la Save.
Aux Dardanelles, les Anglais effectuent la jonction
des troupes débarquées à Suvia avec celles qui occu-
pent les hauteurs dominant Gaba-Tépé.
Les Russes ont repoussé les Allemands à l'ouest de
Molodetchno et pris Smorgoni. A l'est de Lida, les Al-
lemands qui avaient passé la rivière ont dû revenir sur
la rive droite.
Le Gœben aurait été revu dans la Mer Noire.
Le colonel Gaedke écrit dans le Vorwârts : « Le
peuple allemand ne doit pas croire que l'ours russe soit
abattu. L'armée russe est intacte. »
Mercredi 22 septembre. — Au nord de Dubno,
les Russes font i.4oo prisonniers. Sur le Dniester, leur
cavalerie met en fuite les Autrichiens.
Des avions français ont bombardé le palais et la gare
de Stuttgart, faisant de grands dégâts.
Les Allemands quittent en masse Salonique.
Jeudi 23 septembre. — Le roi de Grèce signe un
décret de mobilisation générale pour répondre à la mo-
bilisation bulgare.
Bombes incendiaires sur Arras.
Al' nord-ouest d'Arsiero, les Italiens, après plusieurs
jours de lutte, prennent la forte position de Monte Gos-
ton, où les Autrichiens laissent beaucoup de matériel.
Combats acharnés dans la région de Dvinsk.
Les Russes reprennent Vileika et la voie ferrée de
Minsk (8 canons, 7 mitrailleuses). Ils prennent Lutsk
(G. 000 prisonniers) et progressent au sud-ouest de
cette place.
Des avions allemands bombardent Abbeville.
Sur le front du Styr, du i4 au 28, les Russes ont
fait 89.000 prisonniers.
Une grande fabrique de munitions saute à Reinsdorf,
près de Wittenberg (242 morts).
58 CHRONOLOGIE DE L.V GUERRE
Vendredi 24 septembre. — Les États-Unis ont
accepté la proposition allemande de soumettre le cas
du Frye à l'arbitrage.
Radoslavov a exprimé ses regrets aux représentants
de l'Entente, alléguant que la mobilisation bulgare ré-
pondait seulement à la note serbe qui déclarait zone de
guerre le territoire serbe près de la frontière bulgare.
Gounaris est venu dire à Venizelos que lui et son
parti appuieraient toutes les démarches en vue d'un
renouvellement de l'Alliance balkanique, oîi entrerait
aussi la Roumanie.
Aux Dardanelles, les Turcs lancent contre une pa-
trouille française des molosses, qui sont tous tués.
Les Allemands usent d'obus asphyxiants dans la ré-
gion de Riga. Ils ont éprouvé des pertes énormes entre
la Dvina et le lac Drisdiaty.
Les avions français bombardent la gare des Sablons
(.Metz).
En Russie et en Angleterre, les Bulgares refusent
de répondre à l'ordre de mobilisation s'ils n'ont pas
l'assurance de n'avoir pas à combattre les Alliés.
Samedi 25 septembre. — Uoe nouvelle note de
l'Autriche aux Etats-Unis proteste contre l'exportation
des munitions.
Grande offensive anglaise, belge et française. La
flotte anglaise bombarde les positions allemandes de
Westende et de Middelkerke. Les Anglo-Français atta-
quent au nord d'Arras. L'offensive la plus importante a
lieu en Champagne entre Suippes et l'Aisne ; les posi-
tions allemandes sont prises sur presque tout le front.
Au cours de la nuit, les progrès sont maintenus (châ-
teau de Carleul, cimetière de Souchez, dernières tran-
chées du Labyrinthe). En Champagne, nos troupes ont
pénétré dans les lignes allemandes sur 26 kilomètres
de front et i à 4 kilomètres de profondeur, faisant
plus de 12.000 prisonniers. Les Belges ont gagné du
terrain sur l'Yser.
L'escadre russe fait taire les batteries allemandes du
golfe de Riga.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 59
Ghenadieff s'est rencontré avec Radoslavov.
Le communiqué allemand du 26 dit que les Anglais
« tentent d'employer des bombes et des gaz suffo-
cants ».
Le troisième emprunt de guerre allemand a donné
12 milliards de marks (depuis le début de la guerre,
20 milliards).
Suivant les informations reçues à Washington,
45o.ooo Arméniens ont été massacrés par les Turcs;
600.000 sont sans asile et meurent de faim.
Dimanche 26 septembre. — Le roi Ferdinand
aurait dit : « Je n'ai jamais eu l'intention d'attaquer la
Serbie. Nos revendications se réalisent parla force des
choses. Si l'Entente envoyait des troupes dans les Bal-
kans, nous prendrions des mesures pour la défense de
nos intérêts. » On dit que les soldats bulgares ne veu-
lent pas se battre contre les Russes.
L'offensive alliée a continué en Artois et en Cham-
pagne. Les Allemands se sont retirés de Souchez sur
les lignes de Loos-les-Lens, et d'Auberive et Ville-sur-
Tourbe vers le nord de Perthes. Les Français ont pris
le fortin de Beauséjour. On parle de plus de 20.000 pri-
sonniers et de 3o canons. Un officier allemand écrit
dans son carnet le dimanche soir : « L'infanterie a
éprouvé des pertes colossales ; il s'en est fallu d'un
cheveu que notre ligne ait été perdue. » Mais l'échauf-
fem'-at des pièces, le mauvais temps, la fatigue des
hommes ont mis fin à l'offensive vers la nuit.
La cavalerie russe bat la cavalerie allemande sur la
Vilia supérieure.
Dans la semaine écoulée, à l'est de Vileika, les Russes
ont pris i3 canons et 33 mitrailleuses.
Les Autrichiens, renforcés, attaquent en Galicie,
mais sont repoussés.
Dans le golfe de Riga, une escadrille russe est bom-
bardée par des avions allemands.
Manifestations anti-allemandes à Bucarest; les étu-
diants envahissent les bureaux des journaux à la solde
de l'Allemagne.
60 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Le ministre Barzilaï, parlant à Naples, révèle que, le
i4 juillet 1914? l'ambassadeur d'Allemagne à Constan-
tlnople confia à l'ambassadeur d'Italie que la note pré-
parée k l'adresse de la Serbie serait telle qu'elle renclrait
la guerre inévitable.
.On possède la copie, à Amsterdam, d'un registre des
victimes civiles pendant l'invasion de la Belgique. A
Dinant, les 28 et 24 août, les autorités militaires ont fait
fusiller 606 habitants, entre autres deux prêtres de
quatre-vingt-un et quatre-vingt-cinq ans.
Lundi 21 septembre. — On mande de Sofia que
le Gouvernement bulgare espère utiliser l'armée comme
levier dans la lutte diplomatique.
Les Anglais progressent k l'est de Loos vers Hulluch ;
ils ont pris 2.85o hommes, 18 canons et 82 mitrail-
leuses.
Le communiqué français indique un arrêt en Cham-
pagne, où la seconde ligne allemande paraît plus forte
que la première. Le nombre des officiers pris atteint
3oo. Les Dernières Nouvelles (de Munich) annoncent
que la situation allemande est difficile k l'ouest où l'on
envoie en hâte des renforts.
Une offensive allemande en Argonne est complè-
tement arrêtée.
Violente offensive monténégrine contre les positions
autrichiennes.
La Serbie veut attaquer la Bulgarie, mais en est
détournée par l'Angleterre (Temps, 12 novembre).
Sur un secteur occupé par un seul régiment russe
vers Ochmiany, les Allemands ont lancé 10.000 obus de
gros calibre.
On affirme k Petrograd que l'attaque allemande
contre Dvinsk a échoué, coûtant à l'ennemi un septième
de ses effectifs.
Journal de Genève : « L'avance si rapide des Austro-
Allemands tourne aux combats de consolidation et
même de défense. Les forces du Tsar se sont ressaisies. »
L'annonce des succès français provoque l'enthou-
siasme k Bucarest. Un journal allemand de Bucarest
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 61
écrit : « Toute coopération amicale avec la Roumanie
est finie. A partir de ce jour commence ce que Buca-
rest avait toujours cherché à empêcher, notre coopéra-
tion avec la Bulgarie, qui devient l'appui cherché par
l'Allemagne dans les Balkans. »
Le 3°/o français est tombé à 67, en prévision du
grand emprunt futur.
Mardi 28 septembre. — Dumba a informé le
département d'Etat de son rappel ; il s'embarquera le
5 octobre.
Le roi Ferdinand refuse la démission du ministre des
Finances bulgare. A la suite d'un accord avec la Grèce,
les avant-postes des deux armées sont éloignés.
Les Anglais ont fait 3. 000 prisonniers, pris 21 canons
et 4o mitrailleuses. Ils combattent à peu de distance de
la troisième ligne allemande.
L'aile droite russe est vivement pressée près d'Och-
miany. Le 4i' corps allemand, surpris par une inonda-
tion dans les marais de Pinsk, est presque détruit.
Cédant à de nouvelles attaques, les Russes sont re-
foulés sur la rive droite du Styr. Ils ont reperdu Lutsk.
Le cuirassé Benedetto Brin coule, par suite d'une
explosion, dans le port de Brindisi.
Sir E. Grey dit au Parlement : « Nous sommes pré-
parés à donner k nos alliés des Balkans, de concert
avec les AUiés, l'entier appui dont nous disposons. »
Mercredi 29 septembre. — Au Parlement grec,
Venizelos a déclaré que la mobilisation grecque répon-
dait à la mobilisation bulgare, mais que la Grèce affir-
mait ne nourrir aucun dessein hostile contre la Bulgarie
et la Serbie. Gounaris approuve ces déclarations au nom
de la minorité.
Les Français ont atteint le point culminant des crêtes
de Vimy en Artois. Les pertes allemandes, depuis le
24, atteignent 28.000 prisonniers et 79 canons, plus
3oo prisonniers faits du 28 au 29 à deux divisions de
la Garde et i.ooo prisonniers faits au nord de Mas-
siges.
La Gazette de Francfort admet le recul et les grosses
62 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
pertes des Allemands, mais nie que le front ait été
percé.
On annonce au Parlement anglais un succès des
Anglais sur le Tigre (le 27) et leurs progrès vers Bag-
dad.
L'emprunt franco-anglais aux Etats-Unis a été souscrit
par le syndicat Morgan.
Jeudi 30 septembre. — Au sud de Ripont, sur la
rive droite de la Dormoise, nous prenons pied dans un
ouvrage allemand qu'une contre-attaque nous oblige à
abandonner.
Sur le seul front de Champagne, les Allemands ont
perdu 121 canons.
Les Bulgares retranchent et fortifient la ligne du
Timok, pour établir une jonction entre l'Autriche et la
Bulgarie.
On dit à Nisch qu'il y a sur la frontière sei*be 5oo.ooo
hommes, dont 35o.ooo Allemands.
On annonce à Petrograd que 20 autos, avec des ins-
tructeurs allemands et quantités de munitions, sont
arrivés à Erzeroum.
Pendant le mois de septembre, des sous-marins alle-
mands ont coulé 29 vapeurs ; les mines en ont dé-
truit 10.
Il y a 25.000 Anglais prisonniers en Allemagne.
Sur le front oriental, en septembre, les Allemands au-
raient perdu Soo.ooo hommes, les Autrichiens 260.000;
avec les malades et les soldats noyés dans les marais de
Pinsk, les Austro-Allemands auraient perdu l'équiva-
lent de douze corps.
I
OCTOBRE
!
Vendredi 1" octobre. — On dit à Londres que
des officiers allemands arrivés à Sofia ont pris en main
la direction de l'armée bulgare.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 63
L'Entente exige de la Bulgarie une réponse à sa der-
nière note, faute de quoi les propositions d'agrandisse-
ment faites à la Bulgarie seraient retirées.
Des contre-attaques allemandes sont arrêtées en
Artois et en Champagne.
Bombes allemandes sur Verdun.
Le centre russe a progressé; les Allemands ont été
rejetés au delà de la Chara. On remarque le ton
confiant du communique russe. ,
On assure que les Allemands ont perdu, k cette
date, 54 sous-marins.
Un dirigeable français bombarde les gares d'Attigny
et de Vouziers.
Une dépêche chiffrée de BernstorfT figure dans les
papiers de l'Américain Archibald, convainquant de
mensonge ce diplomate, suivant lequel Archibald n'au-
rait reçu de lui aucun papier diplomatique.
La France a des avions-canons (mentionnés pour la
première fois dans le communiqué du 2), qui ont bom-
bardé les lignes allemandes.
Samedi 2 octobre. — Les Anglais reprennent
deux tranchées qu'ils avaient perdues le 2g au nord-
ouest d'Hulluch.
Le communiqué russe parle du passage méthodique
des troupes du Tsar de la défensive k l'offensive, mal-
gré l'avance des Allemands sur le Styr et dans la
région des lacs de Dvinsk.
4.000 déserteurs bulgares ont passé en Roumanie.
On mande de Petrograd au Carrière d'Italia que la
Russie a 2 millions d'hommes sur le front contre 2 mil-
lions 5oo. 000, mais qu'une nouvelle armée de i.5oo.ooo
hommes, concentrés dans la région de Petrograd, va
être envoyée sur le front et que 600.000 hommes sont
prêts dans la région d'Odessa. Sur tout le parcours
sibérien, les rails'ont été doublés.
Dimanche 3 octobre. — L'Entente fait savoir k la
Bulgarie que les propositions faites par elle sont
retirées.
Venizelos invite le Gouvernement roumain à faire
64 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
une démarche commune à Sofia pour avertir les Bul-
gares que les conséquences d'une attaque contre la
Serbie seraient très graves.
Suivant la Gazette de Francfort, la Grèce mettrait
100.000 hommes k la disposition de la Serbie.
Nouveau bombardement de la côte belge par l'es-
cadre anglaise.
Les Russes continuent leur offensive. Ils ont rejeté
sur la rive gauche les Allemands qui avaient passé le
Niémen au nord-est de Novogroudok.
On dit en Italie que les récents succès des Français
sont dus au nouvel obusier du Creusot.
Les pertes prussiennes atteignent i. 916.000 hommes.
Lundi 4 octobre. — La Russie adresse un ultima-
tum à la Bulgarie, qui commence à concentrer 35o.ooo
hommes. La France, l'Angleterre et l'Italie s'y asso-
cient.
Venizelos déclare à la Chambre grecque que les
obligations de la Grèce envers la Serbie seront respec-
tées, même au risque d'une brouille regrettable avec
l'Allemagne.^ La Chambre l'approuve par 142 voix
contre 102. Emotion intense k Athènes.
Mardi 5 octobre. — Le roi de Grèce déclare à
V^enizelos qu'il ne peut le suivre jusqu'aux conséquences
extrêmes de sa politique ; Venizelos donne sa démission.
Les représentants de l'Entente k Sofia demandent
leurs passeports.
L'Allemagne regrette le torpillage de l'Arabie et se
déclare prête k payer une indemnité pour les vies
américaines perdues.
Depuis plusieurs jours, en Champagne, les Allemands
prodiguent les obus suffocants.
Commencement du bombardement de Belgrade,
extrêmement violent.
Les Français ont débarqué les premiers k 4 kilo-
mètres de Salonique, dans un territoire concédé k la
Serbie pour ses entrepôts. La Grèce proteste, mais
pour la forme seulement. Le premier contingent fran-
çais serait de 18.000 hommes.
I,
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 65
Les Russes attaquent violemment au nord-est de
Czernovitz. On assure qu'ils ont beaucoup de munitions.
Le dirigeable Alsace a dû descendre près de Rethel ;
l'équipage est prisonnier.
On prétend (à tort) que les corps austro-allemands
massés contre la Serbie comptent 4oo.ooo hommes et
2.000 canons.
L'Amérique a souscrit 800 millions de dollars pour
l'emprunt anglo-français.
Mercredi 6 octobre. — Les Français enlèvent
Tahure et la butte de ce nom ; ils progressent aux
environs de la ferme Navarin (i. 000 prisonniers).
Les premiers soldats français sont reçus avec enthou-
siasme en Serbie.
Les Alliés se sont mis d'accord avec Venizelos pour un
débarquement en force à Salonique, moyennant une
protestation grecque de pure forme.
Succès russe au sud de Smorgoni.
A la Chambre des Lords, il est question de l'extermi-
nation des Arméniens par les Turcs en Anatolie.
L'Allemagne publie un Livre Blanc protestant contre
l'emploi de troupes de couleur par l'Angleterre et la
France.
Jeudi 7 octobre. — Cabinet Zaïmls — Gounaris en
Grèce. L'Allemagne proteste contre le débarquement
des Alliés à Salonique.
On dit qu'un radiotélégramme intercepté atteste que
l'armée turque est à bout de ressources.
Les Allemands progressent un peu au nord-ouest de
Dvinsk.
Les sous-marins anglais se montrent actifs dans la
Baltique.
Le transport Amiral-Hamelin est coulé, à l'ouest de
Cerigo, par un sous-marin autrichien.
Une mission militaire serbe, arrivée à Rome, se rend
au quartier général italien.
Le duc de Montpensier adresse une lettre violente à
son oncle Ferdinand de Bulgarie.
« Les Alliés doivent agir (en Serbie) comme s'ils
94. CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 5
66 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
étaient seuls, ce qui est peut-être le meilleur moyen de
ne pas le rester. » (Rousset, Liberté.')
Le Berliner Tageblatt dit que le prix de la vie a
augmenté de 64 °/o-
Vendredi 8 octobre. — Une violente offensive
allemande contre Loos est repoussée ; les Anglais contre-
attaquent et gagnent 4oo mètres de tranchées.
Les Allemands ont franchi la Save et le Danube sur
plusieurs points. Les Serbes ont dû évacuer Belgrade,
à moitié détruite par un bombardement impitoyable. Les
artilleurs français et anglais ayant coopéré à la défense
de Belgrade se retirent à travers les montagnes, sui-
vant des sentiers pendant plusieurs centaines de kilo-
mètres.
Les Allemands affirment n'avoir pas perdu plus de
i5 sous-marins et en posséder plus qu'au début de la
guerre.
Les Alliés bombardent et détruisent les hangars d'a-
viation k Gand.
Le nombre des usines, contrôlées par l'État en Angle-
terre, atteint 979.
Samedi 9 octobre. — Nouvelle attaque allemande,
plus faible et plus aisément repoussée, k Loos. Les
troupes qui ont effectué les deux attaques ont perdu
presque tous leurs officiers et 80 °/o de leurs effectifs.
Les Allemands prennent deux villages près de
Dvinsk.
Les Russes, avec une artillerie nouvelle, bombardent
les tranchées autrichiennes en Bessarabie.
Deux navires anglais bombardent sans interruption
la côte belge.
Des sous-marins ont été aperçus près de la côte de
Grimée.
Vienne et Berlin célèbrent la prise de Belgrade.
La Gazette de Francfort estime que l'offensive
contre la Serbie est une opération « très difficile et
digne de Napoléon ».
On croit savoir à Athènes qu'un traité secret, signé
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 67
le 17 juillet par le prince d'Hohenlohe à Sofia, assure
a la Bulgarie Salonique, Cavala, Drama et Sérès.
Les pertes des Anglais à Gallipoli atteignent 96.899
hommes, dont 19.000 tués. Jusqu'au 9 octobre, les
Anglais ont perdu 493.000 hommes, dont 1 01. 000 morts.
E. Lavisse écrit dans le Temps (du 10) : « La vic-
toire de l'Allemagne serait, pour les vaincus, la ban-
queroute, suivie de l'universelle et incurable misère...
La patience est le courage des non-combattants et elle
est leur arme. »
Dimanche 10 octobre. — Les Allemands, suivant
French, auraient eu 7.000 à 8.000 tués au cours de
leurs attaques devant Loos.
Les Autrichiens attaquent violemment le front mon-
ténégrin.
Les Allemands sont refoulés près de Dvinsk et sur la
rive droite du Styr.
Un sous-marin anglais torpille un vapeur allemand
dans le Sund.
Lundi il octobre. — Le ministre de Bulgarie à
Bucarest déclare que la Bulgarie renonce à ses pré-
tentions sur Cavala et sur les territoires occupés par
la Roumanie en 1918.
Progrès français au nord-est de Tahure et à l'est du
chemin de Souchez k An grès. Bombes allemandes sur
Soissons.
Les Bulgares prétendent mensongèrement que les
Serbes les ont attaqués; en réalité, ce sont eux qui ont
attaqué par surprise à Koritza-Glava et occupé Kita.
Les Allemands occupent Semendria.
Succès allemand au nord-est d'Illutsk, dans la région
de Dvinsk.
Un échec autrichien sur la Strypa vaut aux Russes
2.000 prisonniers et 4 canons.
Journal des Balkans (Bucarest) : « La question bal-
kanique se résoudra sur les ruines du royaume bulgare,
et sur la tombe de la Bulgarie on écrira comme
épitaphe : Tuée par son Roi. »
63 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Mardi 12 octobre. — Zaïmis déclare que la Grèce
conservera une neutralité armée, bienveillante pour
l'Entente. Il fait savoir au Gouvernement serbe que les
conventions de 191 3 entre la Grèce et la Serbie visaient
des questions purement balkaniques et ne peuvent
avoir d'effet actuellement.
Une note de Washington k Berlin demande que lors-
qu'un navire devra être détruit pour transport de contre-
bande, on transfère les passagers et l'équipage par un
moyen moins dangereux que les petites barques.
Violentes attaques allemandes, repoussées au nord-
est de Souchez et dans les Vosges.
20.000 blessés Austro-Allemands arrivent à Semlin.
Des troupes anglaises débarquent à Salonique.
Suite des succès russes sur la Strypa et à l'ouest de
Trembovla.
Cinq vapeurs allemands ont été coulés dans la Bal-
tique par des sous-marins anglais.
Constantinople a déjà été ravitaillée en farine par la
Bulgarie.
Le comte Reventlov, dans la Deutsche Tageszeitung,
justifie les massacres des Arméniens par les Turcs.
Viviani dit à la Chambre : « Sans affaiblir notre
front, nous avons le devoir de remplir les missions que
nous imposent notre intérêt et notre honneur. Nous
sommes en parfait accord avec le général en chef...
L'entente avec le Gouvernement britannique est com-
plète... La Russie a tenu à se joindre à ses Alliés. »
Mercredi 13 octobre. — Démission de Delcassé,
ministre des Affaires étrangères, remplacé par Viviani.
Il s'ensuit un débat à la Chambre; l'expédition d'Orient
est approuvée par un vote de confiance (872 voix
contre 9 ; nombreuses abstentions).
Les Anglais bombardent les tranchées allemandes et,
se faisant précéder de nuages de fumée et de gaz, en
conquièrent plusieurs au sud et à l'ouest d'Hulluch, mais
doivent les abandonner sous le feu ennemi.
Attaquant violemment vers Vimy, Givenchy et Sou-
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 69
chez, les Allemands pénètrent seulement dans quelques
tranchées du bois de Givenchy.
Le général Sarrail est reçu avec enthousiasme à
Salonique.
Les Serbes résistent héroïquement sur les deux fronts.
Varna et Bourgas sont déclarés en état de siège ; les
ports bulgares sont bloqués par la flotte anglo-française.
Echec des Turcs au sud du lac Van.
Les sous-marins anglais coulent des vapeurs alle-
mands en Baltique.
Raid de dirigeables sur Londres : 55 tués, 1 15 blessés.
On annonce que le Japon envoie à la Russie de nom-
breux canons lourds du type dit Ogata.
L'amiral Degouj (Information) prétend que les
escadres alliées pourraient forcer le passage des Darda-
nelles.
L'entrée de la Serbie dans la sphère des opérations
porte le front allemand k 1.460 milles, dont 800 en
Russie, 4oo en France, 200 en Serbie.
Jeudi 14 octobre. — Un sous-marin anglais coule
un torpilleur allemand a l'est de l'île Moen.
A Londres, une réunion de parlementaires et de per-
sonnages influents réclame des représailles contre les
raids de dirigeables allemands.
5o.ooo Bulgares, refusant de répondre à l'ordre de
mobilisation, sont restés en R.ussie.
Viviani au Sénat et Grey aux Communes annoncent
la coopération de l'Italie dans les Balkans.
a Le Gouvernement hellénique ne déchire pas brutale-
ment le traité d'alliance. Il explique son abstention
en casuiste byzantin. » (Le Temps.)
Le Gouvernement anglais demande 35. 000 conscrits
par semaine.
Il est établi que plus de 5. 000 civils, dont un grand
nombre de prêtres, ont été fusillés par ordre des Alle-
mands en Belgique. Pourtant, l'Espagne cléricale est
liostile aux Alliés et, comme le remarque le Temps :
« Le parti clérical est l'agent le plus actif de la propa-
gande allemande en Suisse. »
70 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Sir Edward Grey dit aux Communes : « Nous com-
battons pour le droit de vivre, non pas à l'ombre du
militarisme prussien, qui n'observe pas les règles
acceptées de l'humanité et de la guerre, mais libres de
menace et d'oppression. »
Vendredi 15 octobre. — Les Allemands repren-
nent des tranchées au sommet de l'Hartmannswillerkopf,
mais sont repoussés ailleurs, malgré l'emploi de jets de
pétrole enflammé.
Les Serbes ont franchi sur quelques points la fron-
tière bulgare dans la direction de Strumitza.
La flotte anglaise bombarde Ostende et Westende.
On dit qu'un traité secret entre la Bulgarie et la
Grèce aurait été signé (Voir le Matin, 17 novembre) ;
mais la Grèce dément l'existence de ce traité.
« Les Prussiens des Balkans ont été à l'école de
Berlin. Et la « folle provocation de Bielogradjik »,
comme le dit le cynique communiqué bulgare, rem-
place les imaginaires bombardements par avions de
Nuremberg et d'autres villes, par quoi les Allemands
justifiaient leur déclaration de guerre à la France. »
{Temps.)
Le cabinet roumain décide une fois de plus en faveur
de la neutralité.
Wilamowitz-Moellendorf, recteur de l'Université de
Berlin, déplore, dans un discours d'ailleurs injurieux
pour la France, que la solidarité scientifique si labo-
rieusement établie soit compromise et ajoute : « Ce
que le patriotisme ne peut m'obliger à faire, est de
retirer à plusieurs savants étrangers l'estime et la fidèle
afTection que je leur porte. Je suis persuadé que mes
sentiments sont payés de retour, même à l'Institut de
France, qui m'a exclu de son sein. »
Samedi 16 octobre. — L'Angleterre déclare la
guerre à la Bulgarie.
Les Alliés notifient le blocus des côtes bulgares.
Les Français reprennent des tranchées sur l'Hart-
mannswillerkopf et, de plus, un fortin.
CHRONOLOGIE DE La'gUERRE 71
Les Italiens prennent Pregasina près du lac de Garde.
Les Français occupent la gare de Strumitza.
Échec complet des attaques autrichiennes sur la
Strypa.
Les armées russes du sud ont reçu l'ordre de ne
plus économiser les munitions. Les journaux allemands
constatent la supériorité de la nouvelle artillerie russe.
Des avions français bombardent la gare des Sablons
(Metz) et Trêves.
Le Times demande qu'on prenne des mesures ami-
cales, mais énergiques, pour faire préciser l'attitude de
la Grèce.
Berliner Tageblatt : « Le courage des Serbes est
colossal. Ils ne se rendent jamais ; ils aiment mieux
mourir. »
Les Allemands ont ramené en France, du front
oriental, la Garde et le io= corps. Les troupes atta-
quant la Serbie ont été prélevées entre Vilna et le Pripet.
Le traité définitif de l'emprunt anglo-français a été
signé dans la banque Morgan à New-York ; 800 banques
américaines étaient représentées.
56o cas de typhus ont été constatés à léna : il y a des
cas de choléra à Kiel et à Berlin.
Owen Johnson, revenu du front, écrit dans ColUer's
Weekly, revue américaine : « Un miracle de purifica-
tion et de sanctification a balayé la France. »
Harden (^Zukunft), après avoir énuméré les fautes
de l'Entente, notamment l'erreur commise en ne pour-
suivant pas le Gœben, dit qu'il faut faire la paix avec
la Serbie, qui perdrait la Macédoine, mais recevrait
l'Albanie et quelques ports sur l'Adriatique ; qu'il faut
faire la paix avec l'Italie, dont la ruine n'est ni dans
le programme de l'Allemagne, ni dans celui de l'Au-
triche ; enfin, qu'il faut s'entendre avec la Belgique.
L'Allemagne doit profiter de ses avantages actuels
pour faire la paix avec honneur.
Dimanche il octobre. — La France déclare la
guerre à la Bulgarie.
La situation des Serbes devient périlleuse. Au nord,
72 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
les Austro-Allemands, ayant franchi la Save à Obre-
novatz, remontent la vallée de la Kolubra ; au sud du
Danube, ils sont près de Pojarevatz. Sur le Timok, les
Bulgares avancent; au sud, ils marchent sur Kumanovo.
Progrès russes sur le front de Dvinsk et au sud du
Pripet (3. 3oo prisonniers). L'offensive allemande a cessé
presque complètement, sans doute par suite du retrait
des troupes employées en Serbie.
Les Turcs ont évacué Kirmanshah (Perse).
Un avion allemand a jeté des bombes sur les environs
de La Chaux-de-Fonds (Suisse).
A Bucarest, manifestation contre l'ambassade d'Al-
lemagne, dont les vitres sont brisées.
Dans les papiers d'Arthur Geissler, ex-directeur de
l'hôtel Astona à Paris, on a trouvé une lettre de l'aide
de camp de la princesse de Saxe-Meiningen, datée du
27 juillet, et prouvant qu'à cette date le monde officiel
allemand avait décidé la guerre.
« Désespérant d'obtenir la solution sur l'un quel-
conque des anciens fronts, le Kaiser va la chercher à
Constantinople. On prétend cju'il a dit : « Quand je n'au-
rai plus assez de soldats, firai en prendre en Asie. »
(Rousset, Liberté.')
Lundi 18 octobre. — Le général Sarrail est parti
pour la Serbie.
Les Bulgares ont coupé la voie Nisch-Uskub.
Commencement d'un bombardement très intense de
Gorizia.
Succès russes sur le Styr (3. 000 prisonniers); les
Allemands se replient sur Kovel.
Les Russes perdent du terrain vers Riga et Mitau.
Sir Jan Hamilton, rappelé des Dardanelles en Angle-
terre, est remplacé par le général sir C. Monro.
Le registre national tenu en Angleterre montre qu'il y
a 1.200.000 hommes âgés de dix-neuf à quarante et un
ans qui sont disponibles pour le service.
On dit à Petrograd que l'emploi des gaz asphyxiants
a été longtemps interdit par Guillaume II, qui a fini
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 73
Ear céder aux instances du Kronprinz et de Hinden-
urg.
Les Grecs habitant la Suisse, la Hollande, la Chine
et d'autres pays télégraphient au roi pour le prier de
sauver l'honneur et l'avenir de la Grèce en secourant
les Serbes.
Mardi 19 octobre. — Manifeste de Nicolas II, dé-
nonçant la trahison bulgare au nom du slavisme et
remettant le sort des traîtres à la justice divine.
L'Italie déclare la guerre à la Bulgarie.
Une violente attaque allemande vers Reims échoue
complètement.
Les Italiens progressent dans la région Tjrol-Trentin.
Les Bulgares ont refoulé les Serbes sur Uskub, dont
la population a quitté la ville et dont les communica-
tions avec Nisch sont coupées. Les ministres de l'En-
tente se sont retirés à Krajevo. L'armée serbe est
coupée de Salonique.
La victoire des Russes^sur le Styr est complète; en
amont et en aval de Tsartorisk, l'ennemi bat en retraite,
abandonnant des prisonniers et des canons.
Le i8 et le 19, les sous-marins anglais de la Baltique
ont coulé huit navires allemands.
Le ministre Tennant, questionné aux Communes,
reconnaît que lors du dernier raid allemand sur Lon-
dres, il n'y avait que trois avions pour défendre le
Comté.
Un journal bulgare menace la Grèce, en raison de sa
neutralité trop complaisante aux Alliés.
Mercredi 20 octobre. — L'Entente a prié Zaïmis
de renoncer à sa politique équivoque, lui a demandé
contre qui la Grèce avait mobilisé et ajouté qu'il était
du devoir de la Grèce d'aider la Serbie. L'Angleterre a
offert l'île de Chypre k la Grèce pour prix de son inter-
vention.
Nouvelle attaque allemande en Champagne, avec des
gaz suffocants; elle est repoussée.
Commencement de la grande bataille du Carso, où
74 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
1
l'on dit que 1.200.000 hommes et 5. 000 canons sont en
présence.
Les Bulgares ont repoussé les Serbes jusqu'au Vardar
et l'ont franchi à Velès (Kuprulu).
20.000 Austro-Allemands marchent contre le Monté-
négro.
Les Allemands cherchent à forcer le passage de la
Dvina entre Riga et Friedrlchstadt. Dans la région de
Mitau, ils tiennent la rive de la Dvina, de Borkovitz à
Bersemunde. Au sud-est de Baranoviczi, les Russes
enfoncent les Allemands et font 3.Goo prisonniers (dé-
tails dans le Temps, 26 octobre).
Progrès russes sur la rive gauche du Styr.
Un transport anglais est torpillé près de l'île de
Dans la semaine finissant le 20, les sous-marins alle-
mands n'ont coulé qu'un bateau anglais, sur 1.299
arrivés et partis.
Depuis le début de la campagne anglaise dans la ■
Baltique, 28 navires allemands ont été coulés; le taux ■
des assurances a décuplé. f
L'Allemagne avoue la perte de [\?> sous-marins depuis
le début de la guerre.
On dit que les Anglais ont construit de grands moni-
tors avec canons de 3o5 portant à i5 milles et à l'abri
des torpilles.
Des dirigeables et des avions survolent la Baltique, à
la recherche des sous-marins anglais.
En Roumanie, V Adeverul menace le roi d'un mouve-
ment populaire.
La Suisse a protesté à Berlin contre les bombes
lancées le 17 sur son territoire (4 blessés, gros dégâts).
On affirme que bientôt un nouveau chemin de fer
joindra Petrograd à Ekaterina, port libre de glaces.
Le total des dépenses de la guerre, sans compter la
Turquie, atteint 122 milliards, dont 21 pour la France,
3o pour l'Angleterre, 18 pour la Russie, 87 pour l'Alle-
magne.
L'e.t-président Tait écrit : « L'Amérique ne doit pas
avoir de cesse tant que les Alliés n'auront pas termmé
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 75
leur œuvre et que l'Europe ne sera pas délivrée du
militarisme prussien. »
Jeudi 21 octobre. — Grande offensive italienne sur
le front de l'Isonzo, de Caporetto à la mer. Le front
autrichien est percé (1.200 prisonniers). Les Allemands
avouent que les Autrichiens ont dû évacuer leur pre-
mière ligne dans la région du lac de Garde.
Les Bulgares occupent Pirot et marchent sur Nisch.
La cavalerie turque aide les Bulgares à Velès. On dit
que la population bulgare de Stara-Zagora s'est révoltée
en apprenant l'arrivée des Turcs.
Les Français, ayant franchi le Vardar, menacent les
Bulgares au sud d'Istip.
Les Russes contiennent les Allemands sur le front
Riga-Dvinsk et remportent une victoire près de Tarno-
pol (7.500 prisonniers, 2 mortiers).
Le Japon oppose son veto au rétablissement de la
monarchie en Chine, favorisé par l'Allemagne.
Les flottes anglo-françaises bombardent Dédéagatch
et Porto-Lagos, tuant i.ooo soldats bulgares.
L'importation des métaux de Suède en Allemagne
est interrompue par l'action des sous-marins anglais.
Un meeting d'indignation a lieu k Trafalgar-Square
pour protester contre l'exécution d'une nurse anglaise
il Bruxelles, Miss Gavell. On vote à l'unanimité la réso-
lution suivante : « Nous, citoyens de l'Empire britan-
nique, déclarons que nous ne remettrons pas l'épée au
fourreau avant d'avoir vengé l'assassinat de Miss Ga-
vell. » Cette infamie émeut également la Hollande et
les Etats-Unis ; on dit que le pape aurait protesté par
l'entremise du cardinal Hartmann.
Gazette de Lausanne : « Alors que la Gazette de
Voss annonce que la Grèce se prépare à dénoncer son
traité avec la Serbie, alors que la Gazette de Cologne
analyse l'accord aux termes duquel la Bulgarie s'en-
gage à fournir de blé la Grèce, certains organes de la
presse alliée persistent à faire fond sur le Gouverne-
ment hellénique. On a peine à comprendre un tel aveu-
glement. »
76 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Vendredi 22 octobre. — Le roi Constantin étant
formellement opposé à toute intervention, la Grèce
refuse l'offre de Chypre. La Gazette de Francfort dit
qu'elle pourra obtenir cette île a meilleur compte de la
Turquie, comme prix de sa neutralité.
Nouvelle avance italienne sur le Garso (2.000 prison-
niers).
Pluies torrentielles en Serbie, arrêtant les progrès
allemands. Les Français repoussent les Bulgares, qui
les attaquent vers Strumitza.
Le Gouvernement suédois proteste contre le bombar-
dement d'un sous-marin suédois dans les eaux alle-
mandes par un chalutier armé allemand.
Des avions alliés détruisent le pont de l'Escaut à Ter-
monde.
Deux avions allemands survolent la Roumanie.
Proclamation du roi d'Angleterre demandant de nou-
veaux enrôlements.
Le colonel Bordeaux, ancien membre de la mission
militaire française en Grèce, a paru dans la tribune di-
plomatique de la Chambre grecque et a été acclamé.
Le professeur Fougères attribue l'attitude de la Grèce
à une « crise de confiance ». {Matin.')
A. H. Pollen écrit : « Quand la guerre sera finie, il
sera établi que la flotte anglaise a sauvé les libertés de
l'Europe. Il y a des indices qu'elle déploiei-a bientôt
toute sa puissance, ce qui n'est pas peu dire. »
Samedi 23 octobre. — Pour la huitième fois
depuis cinq jours, une attaque allemande sur le front
de Givenchy est repoussée.
Nouveau progrès italien sur le Carso (i.ooo prison-
niers).
A la suite d'une attaque de flanc opérée par les Fran-
çais sur le front Krivolak — Strumitza, l'offensive bul-
gare vers Velès a été arrêtée.
Les Allemands ont occupé Tekia, se rendant maîtres
des Portes de Fer ; ils peuvent désormais ravitailler les
Turcs à travers la Bulgarie.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 77
Les Autrichiens ont forcé le front monténégrin près
de Visegrad.
Des troupes russes débarquent au nord-ouest du
golfe de Riga, menaçant les derrières allemands. Les
Allemands progressent au sud-est de Riga et prennent
lUuxt (région de Dvinsk).
Le grand croiseur Prinz-Adalbert a été coulé près
de Libau par un sous-marin anglais.
Du 1 1 au 23, les sous-marins anglais ont coulé 20 na-
vires allemands en Baltique.
De nombreux déserteurs bulgai'es an^ivent à Silistrie.
Harden {ZukunfC) conseille aux Allemands la mo-
destie et demande la pendaison des accapareurs.
Dimanche 24 octobre. — Une note américaine à
l'Angleterre conteste la légalité du blocus des côtes
allemandes.
Succès français en Champagne : prise de la « Cour-
tine », à 2 kilomètres au nord de Mesnil-lès-Hurlus
(200 prisonniei's).
Prise d'Uskub par les Bulgares.
Le correspondant militaire du Times est autorisé par
le quartier général russe à dire que la crise subie par
l'armée de mai à septembre est terminée.
Un transport anglais a été coulé au sud-est de Salo-
nique.
Une escadre italienne participe au blocus de la côte
bulgare.
Des avions allemands bombardent Venise ; le toit de
l'église degli Scalzi s'effondre, entraînant la ruine
d'une fresque de Tiepolo.
L'Allemagne fait des excuses à la Suisse pour le jet
de bombes k La Chaux-de-Fonds.
Vives manifestations à Bucarest et à las.sy ; les étu-
diants acclament la cause des Alliés et Filipesco me-
nace de renverser Bi-atiano (détails dans le Journal de
Genève du 28).
Le New-York American publie une entrevue avec
Hans Delbrùck, suivant lequel il serait possible de
faire la paix moyennant la cession à l'Allemagne de
78 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
l'Ouganda et des Congos ; une indemnité devrait être
payée par l'Angleterre, comme équivalent à ses dé-
penses de guerre d'une année. L'Allemagne garderait
les provinces baltiques.
« Seule la défaite pourra rendre à l'Allemagne sa
conscience d'autrefois, remplacée aujourd'hui par
l'ivresse guerrière. » {Journal de Genève.)
Lundi 25 octobre. — Le Gouvernement britannique
déclare abrogé le paragraphe 67 de la Déclaration de
Londres, suivant lequel la nationalité d'un vaisseau
est entièrement déterminée par son pavillon.
Une contre-attaque allemande reprend le centre de la
ft Courtine ».
Les Autrichiens auraient perdu 20.000 hommes, dont
3.000 prisonniers, dans la première journée de la ba-
taille du Carso.
Les Autrichiens et les Bulgares opèrent leur jonction
près de Kladovo.
Les Autrichiens passent la Drina près de Visegrad.
Les Allemands occupent un des bras de l'île de
Dahlen, dans la Dvina.
On confirme qu'un sous-marin anglais a coulé un croi-
seur allemand près de Liban. L'Allemagne a déjà perdu
la moitié de ses croiseurs cuirassés et le tiers de ses
croiseurs légers.
Les manifestations interventionnistes continuent à
Bucarest.
La police de New-York a arrêté un officier allemand
qui fabriquait des explosifs pour couler les navires
Sortant des munitions. On remarque que, depuis le
ébut de la guerre, il y a eu aux États-Unis vingt-deux
explosions dans des usines travaillant pour les Alliés et
quatorze explosions dans des navires chargés de muni-
tions.
L'Italie dépense, pour la guerre, i milliard 5oo mil-
lions par mois.
Mardi 26 octobre. — Une nouvelle attaque alle-
mande contre la « Courtine » est repoussée.
Les Serbes se retirent de la ligne du Danube. Le.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 79
Gouvernement serbe quitte Nisch. Les Bulgares sont k
Negotin.
Le vapeur allemand Zeelandia s'est évadé du port de
New-York et a été signalé au Mexique.
Guillaume II a fait appeler l'ambassadeur des Etats-
Unis k Potsdam et s'est loncfuement entretenu avec lui.
Le roi de Roumanie a fait appeler Bratiano, le chef
de police et le chef d'état-major. Il a ensuite reçu le mi-
nistre de Russie.
Le colonel Repington écrit : « C'est le chat turco-
bulgare qui est chargé par le singe allemand de lui
tirer les marrons du feu. a
Mercredi 21 octobre. — Los ministres de Turquie
et de Bulgarie ont protesté k Athènes contre la pi-ésence
des troupes alliées en Macédoine. La reine de Grèce a,
dit-on, empêché le roi de se rendre k Salonique.
Les Bulgares prennent Kniasevatz et Zajetchar.
Les Monténégrins contiennent les Autrichiens sur la
Drina.
La flotte russe bombarde Varna et repousse les atta-
ques des sous-marins allemands.
Le roi d'Angleterre , venu inspecter les troupes
alliées, adresse un ordre du jour amical aux « soldats
de France ».
Goremykine déclare que le Gouvernement russe est
décidé k réaliser les promesses faites aux Polonais.
Le général bulgare Kirkof, dans un ordre du jour,
promet k ses troupes la domination de l'Adriatique k la
Thrace et ajoute : « Souvenez-vous de l'héroïsme de
nos ancêtres et faites renaître la gloire d'Alexandre le
Grand, ce grand Bulgare. »
Le 3 °/o français est k 66.
Depuis le i" juillet, un milliard d'or a été versé k la
Banque de France.
On dénonce aux États-Unis un vaste complot alle-
mand pour empêcher, par des violences criminelles, la
fabrication des munitions pour les Alliés.
Jeudi 28 octobre. — Les Bulgares entrent à Pirot.
Succès italiens sur le haut Gordevole.
80 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
On annonce de Cettigné qu'un convoi de ravitaille-
ment pour l'armée serbe a été organisé à travers le
Monténégro, empruntant la voie ferrée d'Antivari.
Le roi d'Angleterre tombe de cheval en France; il
est gravement contusionné.
Les usines portugaises travaillent pour l'Angleterre
et la France.
Vendredi 29 octobre. — Démission de Viviani ;
Briand est chargé de former un Cabinet.
La Grèce met l'Italie en garde contre les faux bruits
que les Austro-Bulgares répandent pour brouiller les
deux pays.
Progrès français à la a Courtine » (200 prisonniers).
Les Allemands annoncent leur jonction avec les Bul-
gares.
Le premier contingent anglais arrive à Ghevgheli.
Les Français occupent un front bien fortifié de
Ghevgheli à Krivolak.
Le 20 et le 29, des monitors anglais bombardent les
établissements militaires de Gallipoli (communiqué
français). Nouveau bombardement de Varna et de
Bourgas par les Russes.
Les Allemands, mis en échec sur la Missa, repassent
cette rivière.
La Turquie a accepté du Gouvernement allemand
une avance de 6 millions de livres.
On dit qu'Ahmed Riza accuse le Gouvernement de
conduire le pavs k la ruine. Talaat bey le fait arrêter;
le Prince héritier le fait relâcher. Cinquante-deux dépu-
tés, dit-on, se déclarent d'accord avec Ahmed Riza.
De nombreuses arrestations sont opérées à Sofia.
On trouve contradictoires les assertions de neutralité
bienveillante que la Grèce réitère à Paris comme à
Rome et les nouvelles de source allemande sur l'état de
l'opinion dirigeante à Athènes.
La Patris (vénizéliste) s'élève avec violence contre
les germanophiles et bulgarophiles d'Athènes ; elle dit
que leur attitude fait monter le rouge au front des
Grecs. "
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 81
Briand dit au correspondant du Times : « La poli-
tique de la France se résume dans ces mots : La paix
par la victoire. La paix est le rétablissement du droit de
chaque pays de cultiver sa propre civilisation ; par la
victoire, j'entends l'écrasement du militarisme alle-
mand. »
Samedi 30 octobre. — Nouveau ministère fran-
çais : Briand aux Affaires étrangères ; Gallieni à la
Guerre ; Lacaze à la Marine ; Painlevé h. l'Instruction
publique; Méline à l'Agriculture ; Freycinel, Bourgeois,
Combes, Guesde et D. Cochin sont ministres sans
portefeuille.
Le Japon a adhéré au pacte de Londres (5 sept. igiA)-
Les Autrichiens, ayant passé la Dvina, occupent le
mont Gora.
Un sous-marin anglais a pénétré dans le port de
Constantinople, donnant la chasse à un charbonnier
qui s'est heurté au pont de Galata.
La livre sterling perd 5 °/o k Nev^'^-York, le mark
i4,5o °/o.
Dimanche 31 octobre. — Luttes très vives eu
A-rtois, au nord-est de Neuville-Saint-Vaast; nous avons
repris quelques tranchées.
Malgré des attaques très violentes au nord de Mes-
nil avec obus suffocants de gros calibre, les Allemands
sont repoussés (356 prisonniers).
L'Autriche retire des troupes du front serbe pour
renforcer le front italien.
Les Monténégrins contre-attaquent avec vigueur.
Les Allemands, acculés à un marais, ont subi un
revers près de Komarovo (Pripet).
Les Turcs coulent le sous-marin français Turquoise
et prennent l'équipage.
Tous les navires bulgares ont quitté Varna.
A un conseil général de l'état-major à Bucarest, les
deux tiers des généraux se sont prononcés pour l'inter-
vention.
Vingt mille réfugiés serbes ont passé en Roumanie.
L'Embros écrit : a En aucun cas et pour aucune rai-
94. CHRONOLOGIE DM LA. GUEniVE 6
82 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
son au monde, une main grecque ne pourrait se lever
contre ceux qui ont versé pour la Grèce leur sang à
Navarin. »
Il neige à Berlin ; sur la frontière russe, la tempé-
rature est de — 5°.
Pendant l'année (terminée au3i octobre), le commerce
des Etats-Unis s'est élevé à 26 milliards, dont 18 pour
l'exportation. Les exportations vers la Suède et la Nor-
vège ont sextuplé (496 millions), alors que le change
de ces pays sur l'Amérique est resté favorable, preuve
certaine que les marchandises américaines importées
étaient destinées à l'Allemagne, qui les paya aux Etats-
Unis en vendant des titres américains. Cette démon-
stration suffit à justifier l'attitude de la Grande-Bretagne
dans la question du blocus.
NOVEMBRE
i
Lundi i" novembre. — Les Bulgares ont pris
Kragujevatz, d'où l'arsenal serbe avait été évacué.
Les Serbes ont fermé le Danube à la grande naviga-
tion en coulant des bateaux.
Les Allemands amènent beaucoup d'artillerie sur la
Dvina.
Sur la Strypa, la veille et ce jour, les Russes ont fait
3.5oo prisonniers.
Le roi d'Angleterre est rentré k Londres.
On fait courir de nouveau, en Italie, le bruit de la
mort ou de l'internement du Kronprinz.
On dit que l'armée de Mackensen en Serbie a pris le
nom d' « armée d'Egypte ».
Des Roumains de Bukovine et de Transylvanie atta-
quent l'ambassade allemande à Bucarest et sont dis-
persés par la police.
La Gazette de Cologne porte comme manchette :
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 83
<f Entrée en ligne de la Grèce contre la Quadruple
Alliance. »
Désordres à Berlin à la suite de l'ordonnance inter-
disant de vendre de la viande le mardi et le vendredi.
La police japonaise a découvert un complot contre
les usines fabriquant des munitions.
Dailij Telegraph : « M. Asquith n'aura affaire demain
à aucun parti favorable à la paix, car le peuple entier est
pour la guerre ; il est prêt à donner au Gouvernement
tout ce que celui-ci demandera. »
Sir Fred. Pollok écrii,{Bibl. Univ. de Lausanne) : « La
paix que nous ferons sera surtout une œuvre de restitu-
tion. Cette restitution accomplie, il restera une œuvre
bien plus grande h élaborer : la reconstitution du droit
public et la fondation d'un tribunal véritable pour le
maintenir et le développer. »
Mardi 2 novembre. — Un accord anglo-suédois
stipule que la Suède recevra du charbon anglais, niais
autorise en retour le transit de matériel de guerre pour
la Russie.
Les Austro-Allemands ayant attaqué le front russe
au village de Semikovitz (région de Tarnopol), les
Russes les ont repoussés, tuant ou prenant 5.ooo
hommes.
Venizelos a déclaré que, s'il revient au pouvoir, il
fera la guerre k la Bulgarie, car c'est pour la Grèce une
obligation souscrite et une obligation morale.
On raconte, à La Haye, que d'après certains membres
du Reichstag, l'Allemagne demande la ligne de la
Meuse, la Courlande et 3o milliards de mark.
Au Parlement anglais, Asquith affirme l'accord des
Alliés et leur inébranlable résolution. Il avoue que
l'expédition des Dardanelles aboutit à un échec.
Les Français occupent un dixième de l'Alsace, soit
800 kilomètres carrés.
Mercredi 3 novembre. — Les Bulgares attaquent
les Français k Krivolak et sont repoussés.
Les Serbes évacuent Nisch.
84 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Les Monténégrins reprennent Troglav.
Les Austro-Allemands reconstruisent les forteresses
russes, face à l'est.
Les Anglo-Français occupent Tibati (Cameroun alle-
mand).
Des navires anglais bombardent Tchesmé.
Des sous-marins allemands pénètrent par Gibraltar
dans la Méditerranée.
La Gazette de Cologne se demande si les Grecs per-
mettront encore longtemps l'avance bulgare.
Le Vorwârts réclame la réunion immédiate des
Parlements de l'Allemagne « dans la situation tragique
du peuple allemand, à la veille d'être affamé ».
Briand dit à la Chambre française : a Jamais la
France n'a eu une armée plus digne de vaincre... Nous
continuerons la guerre jusqu'au bout. La France et ses
alliés n'abandonneront pas l'héroïque nation dont la
résistance fait l'admiration du monde. »
Jeudi 4 novembre. — A la Chambre grecque,
Zaïmis ayant posé la question de confiance à propos de
questions militaires, Venizelos a déclaré que la poli-
tique extérieure du Gouvernement était néfaste; Zaïmis
a été mis en minorité (i i4 voix contre i47)-
La Patris, organe de Venizelos, lance un appel déses-
péré en faveur de l'intervention, seule possibilité de
réaliser les aspirations nationales de la Grèce. La Serbie
abattue, ce serait trop tard, car la neutralité, seule
possible alors, serait le suicide.
On affirme que les Allemands, depuis le 20 septem-
bre, ont ramené dix divisions de Russie en France.
Les sous-marins allemands coulent deux vapeurs
français et un italien dans la Méditerranée occidentale.
Les avions français bombardent à Dornach une usine
où l'on fabrique des gaz suffocants.
Vendredi 5 novembre. — Échec d'attaques alle-
mandes en Champagne.
Les Allemands occupent la ligne Belgrade-Nisch.
Les Bulgares, descendant on Macédoine, sont repous-
I
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 85
SCS par les Serbes à l'entrée du défilé de Babuna à
Izvor.
Les Russes, après avoir fait 8.5oo prisonniers sur la
rive droite de la Strypa près de Semikovitz, ont dû se
replier sur la rive gauche, mais en emmenant leurs
prisonniers et leur butin,
La Russie et la Grande-Bretagne avertissent la Perse,
travaillée par des intrigues germano-turques, que la
convention anglo-russe garantissant l'indépendance de
ce pays est caduque.
Les sous-marins allemands, dans la Méditerranée,
coulent un croiseur auxiliaire anglais et un vapeur fran-
çais sur la côte d'Afrique.
L'escadre russe bombarde les positions allemandes
près de Schlock, à 3o kilomètres ouest de Riga.
Le général Grigoriev, commandant de Kovno, est
condamné à quinze ans de travaux forcés pour avoir
mal défendu cette* place et l'avoir quittée pendant le
combat.
Les Russes ont augmenté, dans la proportion de un
à douze, la production de leurs munitions.
« Qui triomphera? Un roi germanophile ou le peuple
de Grèce? L'Angleterre, comme toujours, doit donner
son appui au peuple grec. » (Globe!)
Samedi 6 novembre. — A Athènes, ministère
Skouloudis, avec les mêmes ministres sauf Zaïmis.
Le maréchal Kitchener, partant pour l'Orient, se rend
d'abord à Paris. Le Globe est saisi pour avoir annoncé
qu'il quittait le ministère de la Guerre.
Les Bulgares sont entrés a Nisch ; la prise de cette
ville leur aurait coûté i5.ooo hommes.
Les Austro-Allemands ont pris Kralievo et Kruche-
vatz.
Les Bulgares attaquent les Français à Krivolak et
sont repoussés.
Les Monténégrins résistent à Grahovo.
Les Allemands, sur le Pripet, souffrent beaucoup de
dysenterie.
86 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Un débarquement turc, protégé par un sous-marin
allemand, se produit à Sollum ; un vieux garde-côtes
égyptien est coulé. Les Anglais se retirent à Matruh.
Harden {ZixkunJC) vante la prudence de Bismarck,
qui sut toujours arrêter une guerre quand il sentait
qu'elle pouvait devenir malheureuse.
« Rappelons-nous qu'en 1812 nous étions les maîtres
à Berlin, a Moscou, à Vienne, à Rome, à Madrid, et
pourtant le lendemain c'était la catastrophe. Il faudrait
que l'Europe fût bien dégénérée pour ne pas recom-
mencer contre les Allemands de Guillaume ce qu'elle a
fait contre les Français de Napoléon. » {Temps.~)
La rente française est à 65.
Dimanche 7 novembre. — Le Gouvernement
serbe s'est réfugié à Rachka.
La principale armée serbe s'est retirée au sud de la
Morava occidentale, dans une région d'accès difficile.
Le 4 et le 7, deux attaques turques sur le canal de
Suez ont été repoussées par les canons du Requin.
Un sous-marin coule le croiseur allemand Undine à
22 milles de la côte suédoise.
Un torpilleur autrichien (ou allemand battant pavil-
lon autrichien) coule VAncona; 3oo passagers, entre
autres plusieurs Américains, sont tués ou noyés. Le
sous-marin a tiré cent obus sur VAncona avant de le
couler par une torpille ; on assure aussi que les barques
de sauvetage ont été canonnées.
L'Allemagne et l'Autriche appuient la restauration
monarchique en Chine.
Lundi 8 novembre. — Skouloudis fait profession
de « neutralité très bienveillante pour les Alliés ».
La note américaine sur le blocus, publiée in extenso
à Londres, est mal accueillie par la presse.
Vives attaques bulgares sur le front français, qui s'é-
tend le long de la voie de Krivolak vers Velès.
Tous les tunnels de la ligue Xisch-Belgrade ont été
détruits par les Serbes.
Mardi 9 novembre. — Romanos, ministre de
Grèce, se présente au quai d'Orsay pour affirmer la
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 87
neutralité bienveillante de la Grèce et son attitude ami-
cale envers les troupes alliées à Salonique.
On annonce (prématurément) que la France prête à
la Grèce 4o millions de francs et 20.000 tonnes de farine.
Les Bulgares ont pris Leskovatz, Alcxinatz et tout le
front de la Morava.
Le duc de Mecklembourg arrive à Sofia sur un diri-
geable parti de Temesvar.
Une note italienne officieuse dit que les Bulgares, en
menaçant l'Albanie et l'Adriatique, portent atteinte
aux intérêts de l'Italie, qui saura se défendre.
Les Russes progressent dans la région de Riga et de
Dvinsk ; au sud-est de Boudki (région du Styr), ils
prennent 2.000 hommes et 20 mitrailleuses.
Un sous-marin allemand a coulé un vapeur japonais
près du Maroc.
Asquith dit au Guildhall : a Les Alliés sont unis dans
leurs desseins. Nous resterons debout ou nous tombe-
rons ensemble. Que la lutte soit longue ou courte, nous
ne faiblirons pas avant d'avoir assuré aux petits Etats
de l'Europe leur charte d'indépendance et au monde
entier l'émancipation du régime de la force. »
Mercredi 10 novembre. — Deux assauts allemands
sur les pentes de Tahiire sont repoussés.
Bulgares et Allemands ont opéré leur jonction sur la
moyenne Morava.
Un million de réfugiés serbes, sans moyens de se
nourrir, sont au Monténégro.
On prétend que Dragoumis, ministre des finances de
Grèce, aurait, causant avec des journalistes, envisagé
l'éventualité où la Grèce devrait désarmer et interner
les troupes alliées refoulées sur son territoire.
Le général Monro, avec de gros contingents, arrive
k Salonique.
Des gendarmes perses s'emparent de Chiraz et du
consulat d'Angleterre. Le centre de la rébellion, dirigée
par les Allemands, est à Kum.
Des navires de guerre suédois convoient les navires
de commerce dans la Baltique.
88 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Le sous-marin Turquoise, coulé aux Dardanelles, a
été renfloué et ajouté à la flotte turque.
Depuis le début de la guerre, l'Angleterre a dépensé
4i milliards 5oo millions; elle dépense actuellement
loS millions par jour.
Un incendie, probablement criminel, détruit une des
plus importantes usines métallurgiques de la Bethlehem
Steel Company ; 800 canons ont été endommagés ou
détruits.
On dit à Petrograd que les Allemands ont 1.860.000
hommes sur le front occidental et 1.280.000 sur le front
russe, sans compter la cavalerie, les armes spéciales et
les services de 1 arrière.
Sazonov a dit : « Il faut que nous fondions la po-
litique de ce siècle sur une alliance anglo-franco-
russe. D'autres nations entreront probablement dans
cette alliance, mais nous devons en former le noyau. L'a-
venir de la culture européenne, opposée à la Kultur
allemande, dépend de la défaite de cette puissance et
des moyens adoptés pour qu'elle ne puisse se dévelop-
per à nouveau. »
Jeudi 11 novembre. — Le Parlement grec est dis-
sous par le Roi ; les élections sont fixées au 19 décembre.
Lord Kitchener est arrivé à Rome. Denys Cochin,
ministre français, part pour Athènes.
Le Gouvernement serbe se retire de Mitrovitza sur
Krutchevo.
On affirme que les ministres de Turquie et de Bul-
garie ont protesté à Athènes contre la présence des
troupes alliées en Macédoine ; Skouloudis aurait affirmé
la bonne volonté du Gouvernement grec pour régler la
situation.
Le transport de l'artillerie, des munitions et des
troupes austro-allemandes est très actif sur le Danube.
Des troupes allemandes et une division turque sont
arrivées à Varna.
Les Allemands réquisitionnent tout le cuivre en
Serbie.
Les Russes, attaquant entre Riga et Mitau, ont pris
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 89
pied dans les premières tranchées allemandes {Gazette
de Francfort). Kemmern a été occupé par eux après
onze jours de combats; les Allemands ont perdu
20.000 hommes, les Russes moins de 7.000. Les jeunes
troupes russes ont fait preuve d'un grand courage ; les
prisonniers allemands sont affamés et démoralisés.
Des troupes russes sont à 5o verstes de Téhéran. Un
ultimatum a été envoyé par les Alliés à la Perse ; on
lui demande de prendre des mesures pour mettre fin
aux intrigues germano-turques. Le Parlement persan a
demandé l'amélioration des rapports avec la Russie.
Un croiseur italien bombarde Dédéagatch.
Dans la Mer Noire, depuis le début de la guerre, les
Russes ont coulé 58 vapeurs et ^-ooo voiliers.
Parlant du torpillage de VAncona, la Pall Mail
Gazette écrit : « Ce massacre délibéré de femmes et
d'enfants italiens est la récompense cynique et sinistre
de l'abstention de l'Italie qui n'a pas déclaré la guerre
à l'Allemagne. »
La Gazette de Francfort annonce k son tour que la
Russie a établi des communications entre Petrograd et
un port sans glaces de la Mer Blanche.
Goremykine dit à un avocat polonais ; « De l'Empe-
reur au dernier moujik, tous les Russes sont décidés à
ne déposer les armes que lorsqu'ils auront chassé l'en-
nemi et l'auront forcé d'accepter la paix que nous
imposerons. Les Polonais de Prusse et d'Autriche
seront libérés et la Pologne sera indépendante. »
Le nombre des usines contrôlées par le Gouverne-
ment anglais atteint 1.67g.
Le Berliner Tageblatt dit que tout Allemand raison-
nable devrait souscrire aux conditions déclarées indis-
pensables par Lord Courtney à la Chambre des Lords
pour l'ouverture dos négociations de paix : la libération
des territoires français et belge, aucune indemnité de
guerre à la charge de l'Angleterre. On aurait tort d'at-
tendre, en Allemagne, que ce discours ait des suites,
en présence de la détermination guerrière qu'expriment
si fortement les discours de MM. Briand et Asquith.
90 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Vendredi 12 novembre. — Activité heureuse des
mineurs français en Argonne et aux Eparges.
La Nouvelle Presse Libre (Vienne) constate que les
Serbes éprouvent peu de pertes dans leur retraite,
parce qu'ils suivent la méthode russe. Leur artillerie a
déjà été envoyée à l'arrière.
Le Gouvernement grec renouvelle les assurances
qu'il a données aux Alliés et remercie le Gouverne-
ment français de la confiance qu'il témoigne à ses
intentions : « La France peut croire à l'amitié tradition-
nelle de la Grèce. » La presse gouvernementale nie les
nouvelles allemandes : il n'y aurait pas de traité gréco-
bulgare ; il n'est pas question d'ime entrevue des trois
rois balkaniques ; il n'est pas vrai que le ministre d'Al-
lemagne ait demandé à Skouloudis d'abandonner sa
neutralité bienveillante.
Français et Bulgares se battent sur la Tcherna.
Progrès russes à l'ouest de Kemmern.
Hindenburg concentre des renforts et une énorme
quantité de mitrailleuses sur son front nord.
La censure allemande interdit tout article relatif k la
paix et aux buts de la guerre.
Un membre du Parlement autrichien, Rud. Keller,
propose, dans le Prager Tageblatl, que les Austro-Alle-
mands laissent mourir de faim les habitants des pays
occupés à l'est et k l'ouest, pour obliger la France et
l'Angleterre à négocier. « Adoptons cette mesure éner-
gique et ne perdons plus de temps k faire la guerre. »
(Journal de Genève, i4 novembre.)
Winston Churchill donne sa démission de chancelier
de Lancastre, pour aller rejoindre en France son régi-
ment de hussards.
Le Gouvernement anglais met en demeure les céliba-
taires valides de s'enrôler avant le 3o novembre. Ils ne
sont plus admis k bord des paquebots en partance pour
l'Amérique.
Un incendie (le troisième de la semaine) détruit k
Seattle pour plus de 5oo.ooo dollars de munitions desti-
nées k la Russie.
Ribot dépose à la Chambre le projet d'un emprunt 5 °/o,
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 91
non convertible avant igSi. Le projet est voté à l'una-
nimité.
Samedi i3 novembre. — Le gros de l'armée
serbe se retire par Kraljevo vers Novi-Bazar et l'Al-
banie; les Serbes ont dû abandonner leurs gros canons.
Les Monténégrins ont perdu du terrain vers Visegrad.
On dit qu'une mission austro-allemande, présentée au
roi de Grèce, a réclamé contre le débarquement des Al-
liés et offert à la Grèce les 4o millions dont elle a besoin,
à condition qu'elle arrête, même par la force, le débar-
quement des Alliés. Le roi a renouvelé sa déclaration
de neutralité et ajouté que, Salonique étant ville libre,
le passage des Alliés ne compromettait pas l'indépen-
dance du pays.
Les Autrichiens ont pris des positions russes à l'ouest
de Tsartorisk (i.5oo prisonniers). Les Allemands bom-
bardent violemment les positions russes au nord-ouest
de cette ville ; les Russes se maintiennent sur la rive
ouest de la rivière.
L'armée d'Ivanov dit avoir fait i25.ooo prisonniers.
On annonce que les provinces de Vilna et de Grodno
sont enveloppées d'un réseau de fîls de fer et qu'à tous
les passages et carrefours s'élèvent des tours blindées,
des plates-formes pour pièces lourdes. Les Allemands
ont construit de nombreuses voies ferrées.
Joseph Gonicar, ex-consul d'Autriche à San Fran-
cisco, tait savoir qu'il y a un complot autrichien aux
États-Unis pour empêcher l'exportation des munitions
et que le consul général d Autriche à New-York
continue les agissements de Dumba.
Dimanche 14 novembre. — Une bataille géné-
rale est engagée, depuis la veille, de Tolmino à Doberdo.
On affirme à Milan que les Franco-Anglais ont
débarqué loo.ooo hommes à Salonique.
Le Gouvernement serbe est k Mitrovitza.
Les Bulgares ont repris Tetovo ; les Sorbes fléchissent
à Babuna. Une bataille acharnée se livre au défilé de
Katchanik, au nord-est d'Uskub.
92 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Le maréchal Mackensen offre une paîx séparée au
prince Alexandre de Serbie, sur la base du statu quo
militaire. Ces propositions sont repoussées.
Les Russes ont été rejetés au delà du Styr, mais en
défendent le passage. Les Allemands se renforcent
devant Dvinsk.
Un navire de guerre russe, sur le lac de Van, bom-
barde les positions turques.
Le Teiyips demande si les Grecs n'auront pas d'autre
ressource que de faire appel aux puissances protectrices
pour les délivrer d'un régime à l'allemande, comme
sous le roi Othon.
Bjœrnson, voulant faire une conférence a Copenhague,
en a été empêché par les sifflets de l'assistance.
Le général Russki a dit : « Le temps est notre cin-
quième allié. Le théâtre balkanique est un théâtre
secondaire, un théâtre provincial. Ce n'est pas sur ce
front que doit se décider le sort des peuples. »
Lundi 15 novembre. — Les Bulgares ont retiré
leurs troupes de la frontière grecque, mais non de la
frontière roumaine.
Le nord de la Serbie est sous la neige, par — 5° de
froid.
Les Serbes fléchissent vers Katchanik et évacuent le
défilé de Babuna.
Les Bulgares abandonnent leurs attaques sur la
Tcherna, ayant perdu 4-ooo hommes.
Progrès des Anglais à Krithia.
Du i5 octobre au i5 novembre, les Russes disent
avoir fait 5o.ooo prisonniers et pris 21 canons,
118 mitrailleuses, etc.
On rapporte que Djemal pacha, appuyé par les
Arabes, aurait soulevé les Druses contre les Jeunes-
Turcs (ce n'est pas vrai).
La légation russe a informé la Perse que les Russes
allaient occuper Téhéran.
Bombes sur Dunkerque et sur Brescia.
Winston Churchill dit aux Communes : « Pour triom-
pher, il n'est pas nécessaire que les Alliés percent les
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 93
lignes allemandes. Notre maîtrise absolue des mers et
la destruction rapide des combattants allemands sont
des facteurs plus importants. Pendant que la puissance
allemande décline, la nôtre ne cesse de grandir. Nous
sommes pour les Alliés une réserve. L'heure est venue
de la jeter tout entière dans la balance. C'est le manque
de munitions qui a dominé la campagne de igiô; c'est
le manque d'effectifs allemands qui doit faire tourner
contre l'Allemagne la campagne de 1916. »
Mardi 16 novembre. — Les troupes anglaises ont
quitté Salonique pour Monastir, que menacent les Bul-
gares venant de Krutchevo.
Les Monténégrins se replient sur la Drina.
Le Schah renonce à quitter Téhéran, malgré la pression
des légations allemande, autrichienne et turque.
La Russie a déclaré k la Roumanie qu'elle n'a jamais
songé à traverser, sans son consentement, une partie
quelconque du territoire roumain.
Noémi Renan (^Fiyaro) et P. Souday {Temps) répon-
dent éloquemment à un article tendancieux qui incrimi-
nait le patriotisme d'Ernest Renan.
Mercredi il novembre. — Quatre ministres an-
glais sont arrivés à Paris. Denys Cochin a été reçu à
Athènes (la nuit du i6) avec des ovations, aux accents
de la Marseillaise.
Les Bulgares approchent de Prichtina; les Austro-
Allemands ont atteint la frontière du Sandjak. La situa-
tion de l'armée serbe est critique.
Le 1 6 et le 17, les Bulgares ont attaqué sans succès
les Français vers Kosturino.
A Marseille, par ordre, on n'embarque plus de mar-
chandises pour la Grèce.
Le vapeur-hôpital Anglia touche une mine dans la
Manche et coule ; 3oo blessés sont sauvés sur 385.
Les Etats-Unis posent des questions nettes k l'Au-
triche au sujet du torpillage de VAncona.
Le service des colis postaux entre les États-Unis et
l'Europe est suspendu ; beaucoup de colis servaient au
ravitaillement de l'Allemagne.
94 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Carp aurait dit qu'en décembre au plus tard la Rou-
manie, pressée par un ultimatum allemand, s*allierait
aux empires du Centre.
« Il faut que notre corps expéditionnaire ait ses der-
rières assurés. Sinon, rembarquons-le ! » (Rousset,
Liberté.')
Hamburger Volkszeitang : « L'Allemagne doit pro-
fiter de sa situation favorable pour entamer des pour-
parlers de paix. Si elle laisse passer le moment, il sera
trop tard. »
Jeudi 18 novembre. — Les ministres anglais ont
quitté Paris.
Les Italiens bombardent les casernes de Gorizia et
repoussent, sur le Garso, sept assauts autrichiens.
Les Austro-Allemands sont entrés a Rachka, com-
plétant l'envahissement de la Vieille-Serbie. Le Gou-
vernement serbe se retire à Prizrend, sur la frontière
monténégrine. Les Bulgares ont renouvelé sans succès
leurs attaques au col de Kosturino.
A Athènes, la popularité du roi baisse, celle de Ve-
nizelos augmente. La grande majorité de l'armée vou-
drait secourir les Serbes. A Salonique, officiers et sol-
dats grecs fraternisent avec les Français. Le Péloponèse
seul est hostile à la politique de Venizelos. Dousmanis,
contrairement k ce qu'on croit, est favorable à l'inter-
vention ; il est question de la démission de ce chef d'é-
tat-major (Journal de Genève, 26 novembre).
Le Figaro affirme que les sous-marins allemands se
ravitaillent à l'Achilleion (Corfou).
Lansing informe Bernstorff que l'affaire du Lusitania
n'est pas close et que l'Allemagne doit désavouer l'ac-
tion de ses sous-marins.
Bombes d'avions sur Venise, Vicence, Grade et
Udine.
Le correspondant de l'agence Reuter affirme que les
Bulgares observent les règles de l'humanité et ne
tirent que sur les militaires; la plupart des soldats
croient qu'ils se battent contre des Allemands.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 95
« La guerre est une bête sauvage ! » (Arbeiter-Zei-
tung de Vienne.)
Lord Lansdowne dit aux Lords : « L'indépendance
de la Serbie continue à être un des objets essentiels
de la politique des Alliés. L'Orient va devenir un
théâtre nouveau et très important de la guerre. » A
lord Courtney qui parlait de paix, il répondit : « Ni les
ressources matérielles ni les ressources navales ne nous
manquent pour poursuivre cette lutte jusqu'au triomphe
final. »
« Dussent-ils combattre jusqu'au dernier homme et
au dernier canon, les peuples libres épargneront au
monde la honte de la paix allemande. » (^Temps.)
Des journaux hollandais annoncent que Guillaume II,
entrant à Gonstantinople, s'adressera à Wilson pour lui
demander sa médiation. Si elle était repoussée, l'Alle-
magne commencerait une guei*re d'extermination (con-
ditions : Anvers réservé, la Pologne indépendante, la
Vieille-Serbie intacte, la liberté des mers).
On déclare absolument faux que l'Allemagne puisse
tirer du cuivre de la grande mine de Bor en Serbie, qui a
été mise hors d'état d'être exploitée d'ici très long-
temps.
Vendredi 19 novembre. — La Grèce dément
qu'une mission militaire allemande soit allée d'Athènes
à Salonique.
D. Cochin a passé une heure chez le roi Constantin ;
il a été acclamé à l'aller et au retour.
Lutte d'artillerie très vive en Alsace.
Les Italiens continuent à bombarder Gorizia, qui
n'est plus qu'un monceau de ruines, et attaquent les
hauteurs au nord-est d'Oslavia.
On dit que les Bulgares ont commis des crimes à
Pirot et que les Austro-Allemands ont dû intervenir à
Nisch pour sauver la population.
Attaqués sur le Lim, les Monténégrins se retirent.
Grandes chutes de neige sur le front russe.
Les Allemands continuent k ramener des troupes de
Russie vers le front des Flandres.
96 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Les Russes ont repris Tsartorisk sur la rive gauche
du Styr et repoussé les Allemands à l'ouest deDvinsk.
On dit que les armées russes s'accroissent de 5oo.ooo
hommes par mois, alors que les Allemands perdent
7.000 hommes par jour.
Le Schah annonce le rétablissement de ses relations
amicales avec la Russie. Le ministre d'Allemagne part
pour Ispahan.
Les principaux journaux italiens sont autorisés par la
censure à demander que l'Italie déclare enfin la guerre
à l'Allemagne.
Les pertes prussiennes atteignent 2.179.000 hommes.
Le Morning Post annonce que l'Angleterre, la France
et la Russie sont d'accord pour frapper de droits prohi-
bitifs les marchandises importées d'Allemagne et d'Au-
triche, suivant une échelle progressive en proportion
du nombre des mois de guerre. On demande k l'Italie
d'adhérer à cette convention.
Samedi 20 novembre. — Une lutte violente de
grosse artillerie sur l'Aisne se termine à notre avantage.
Progrès importants des Italiens sur le front de
risonzo et sur les hauteurs au nord-ouest de Gorizia.
« Proportionnellement aux kilomètres de front, le
terrain gagné par les Italiens de juin k novembre est
au moins égal k celui gagné par les Alliés, qui (sur le
front ouest) en ont plus gagné que les Allemands. »
(Colonel Feyler.)
Les Austro-Allemands occupent Novi-Bazar. Les
Monténégrins résistent efficacement entre Drina et
Lim. L'amiral Troubridge, avec les canonniers anglais
de Belgrade, arrive à Mitrovitza.
La légation d'Angleterre émeut la presse grecque
par un communiqué aux termes duquel, vu les incerti-
tudes qui planent sur les intentions de la Grèce, les
facilités d'ordre commercial dont elle a joui jusqu'à
présent seront interrompues jusqu'k nouvel ordre
(menace de blocus).
Lord Kitchener, à Athènes, a été reçu par le roi et
a causé pendant deux heures avec Dousmanis et le
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 97
colonel Metaxas. Il a dit à des journalistes : « En mars
prochain, l'Angleterre aura 4 millions de soldats et
pourra armer et ravitailler 6 millions de Russes. Il fau-
drait être naïf pour croire que la guerre puisse se ter-
miner autrement que par l'écrasement de l'Alle-
magne. »
Un régiment allemand, encerclé par des troupes
russes débarquées près de Riga, a été anéanti.
Tous les ponts construits par les Allemands sur le
Styr ont été emportés ; le pays entier est changé en
marais. Depuis deux mois, les Austro-Allemands y ont
perdu 100.000 hommes.
Les Anglais se heurtent à une foi te résistance près
de Ragdad.
Près de Windau, les torpilleurs russes coulent un
navire-vigie allemand.
Douze avions alliés survolent Anvers.
Une conférence russo-roumaine se tient à Silistrie.
L'Allemagne fait des excuses à la Suède pour avoir
tiré sur un sous-marin suédois. L'Angleterre s'excuse
de même du fait que des sous-marins anglais ont tiré
contre un vapeur allemand échoué dans les eaux sué-
doises.
Des boucheries ont été pillées à Rerlin.
La Gazette de Francfort dit qu'il serait eu effet
temps de parler de paix, mais que les ennemis de
l'Allemagne doivent reconnaître qu'ils ont eu le dessous
et ne pas parler de l' Alsace-Lorraine.
Harden dit k Munich : « Il n'est pas vrai qu'il y ait
chez nous hésitation et lassitude. Le peuple ne veut pas
entendre parler d'une guerre abrégée d'un seul jour
pour cause de fatigue. »
« Les seules réserves efficaces des Allemands sont les
deux classes 1916 et 1917. Sur 8 millions d'hommes, ils
en ont perdu 3.5oo.ooo ; il leur en faut un million pour
les services auxiliaires ; restent sur les fronts 8.000.000,
lavec un million en réserve. » (Hilaire Relloc.)
« Tout le problème est aujourd'hui l'équipement des
iRusses en fusils; il en manque encore à cette heure
,5oo.ooo. » (Hilaire Relloc.)
94. CHRONOLOGIE DB LA OUBRRE 7
98 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Les fabriques de munitions anglaises occupent plus
d'un million d'hommes et de femmes.
Le 3 °/o français perd le cours de G5 francs.
Dimanche 21 novembre. — « L'accueil chaleu-
reux fait à M. D. Cochin exprime d'une façon éloquente
les sentiments du peuple k l'égard de la France ; il ne
signifie rien quant aux intentions du roi. » (Journal de
Genève.^
Les Italiens ont pris pied sur une partie des crêtes
du Monte San Michèle.
L'invasion du Sandjak continue. Le Gouvernement
serbe a quitté Mitrovitza. Les Serbes auraient remporté
quelques succès devant Monastir et sur le front de
Katchanik, où les Bulgares emploient de grosses pièces
venues d'Allemagne.
Le Gouvernement grec dément officiellement l'exis-
tence d'un accord gréco-bulgare ; il n'y a eu qu'un
protocole du 29 octobre relatif a l'achat par la Grèce
de 10.000 tonnes de céréales en Bulgarie.
Parlant à Jassy, Filipesco annonce le passage immi-
nent d'une armée russe par le territoire roumain.
Contenus sur le Styr, les Austro-Allemands attaquent
sur la Strypa.
On dit f[ue les Allemands ont perdu neuf sous-ma-
rins dans la mer Egée.
Dans le Berliner Tageblatt, Théodore Wolffdemande
que la presse allemande puisse librement discuter les
conditions de la paix et engage ses lecteurs a ne pas se
faire de la dure campagne balkanique l'idée d'un conte
des Mille et une Nuits.
Les Vénizélistes, considérant la deuxième dissolution
comme illégale, décident de s'al^stenir aux futures élec-
tions.
Goremykine a informé la presse que la Russie a
besoin d'une quantité énorme de munitions, d'armes et
d'uniformes, car elle mettra sous peu en campagne des
millions de soldats nouveaux.
« Je me refuse à croire qu'une amitié soit possible
CHBONOLOGIE DE LA GUERRE 99
OU désirable entre Anglais et Allemands pour la durée
d'une génération. » {Daily Mail.)
Le ministre Orlando dit à Palerme : « Nous ne com-
battons pas seulement pour vaincre un ennemi, mais
pour dompter une bête tauve, et nous vaincrons. Noire
naine sera la semence de l'amour entre les peuples, et
notre vengeance sera jugée par l'histoire comme un
acte de solennelle justice. ->■>
Painlevé dit a la Sorbonne : « La France, de son
sein déchiré, fera jaillir des générations nouvelles, qui,
dans leurs poings dressés, porteront un flambeau.
C'est elle qui montrera à l'humanité sa route vers
l'avenir au sortir des voies sanglantes. »
Lundi 22 novembre. — Les Italiens ont passé au
nord-est d'Oslavia la tête de pont de Gorizia et sont
arrivés au bord de l'Isonzo.
On affirme que le col de Lana est de nouveau aux
mains des Autrichiens.
Les Serbes annoncent qu'ils ont refoulé les Bulgares
marchant sur Leskovatz. Ce succès est très exagéré par
suite d'une erreur de transmission.
La Roumanie ayant protesté k Sofia contre l'arresta-
ion de sujets roumains, la Bulgarie les remet en liberté.
Les Russes progressent au noi^d du lac de Sventen et
;ur la rive gauche du Stvr.
L'armée britannique se heurte contre les Turcs à Ctési-
hon, perdant 2.ooo"hommes et faisant t. 5oo prisonniers.
Les Turcs auraient envoyé 4o-ooo hommes contre
►jemal pacha, qui en aurait réuni ijo.ooo (ce n'est pas
rai).
Le Tsar est allé à Odessa avec le tsarévitch pour
specter la nouvelle armée de Bessarabie (200.000
lommes).
Le roi de Grèce a affirmé lui-même que la Grèce n'a
mais songé à user d'un procédé inamical contre les
oupes alliées débarquées à Salonique.
On dit que le ministre de Grèce à Berlin a transmis
Athènes des menaces allemandes pour le cas où la
rèce recevrait sur son territoire des Serbes en retraite.
100 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
L'Allemagne offre, dit-on, aux Etats-Unis une indem-
nité de 25.000 francs pour chaque victime américaine
du Lusitania.
Commencement, devant la cour suprême des États-
Unis, du procès de la Haniburg- America , accusée
d'avoir violé la neutralité américaine en ravitaillant des
croiseurs allemands en mer.
Vorivàrts : c< Si vous demandez aux neutres de
nous dire ce qu'ils entendent par « anéantir le milita-
« risme allemand », ils ont, eux, le droit de savoir quel
but nous poursuivons en parlant de tenir jusqu'au bout. »
Le même journal dénonce l'influence de la grande
industrie métallurgique sur la presse allemande.
« La guerre était pour tous les Allemands la belle
opération, la loterie séduisante où il y aurait des lots
pour tout le monde, pour le dernier ouvrier du Vulkan
et d'Essen comme pour Ballin et Krupp. . . Il y a cent ans,
l'Allemagne voulait une guerre d'affranchissement ; en
1914, elle s'est exaltée pour une guerre de rapine. L'at-
tentat est celui d'un peuple tout entier. » (Lmdenlaub,
Temps du 2 3.)
Le comte de Reventlov (Deutsche Tageszeitung) dit
que ce l'Allemagne ne peut admettre que l'Entente sub-
siste après la guerre, car ce serait là cet équilibre
que l'Angleterre désire maintenir. Quoi qu'en disent
les financiers internationaux, leurs demandes sont en
opposition avec les intérêts allemands. L'idée de termi-
ner la guerre comme une partie nulle risque de fausser
notre jugement et d'amollir nos cœurs. »
L'emprunt français 5 °/o s'annonce comme un succès.
Le 3 °/o est ferme à 64, 5o.
Mardi 23 novembre. — Remise, au nom des Alliés,
d'une note au Gouvernement grec, demandant confir-
mation formelle des assurances de la Grèce. Cette note,
plus modérée que ne le craignaient les Grecs, a été
remise k l'heure même où D. Cochin déjeunait avec le
roi.
Venizelos publie un manifeste expliquant pourquoi
son parti s'abstiendra aux élections prochaines.
I
CHRONOLOGIE DE L.V GUERRE 101
Les Autrichiens ont évacué Mori et Rovereto ; ils
demandent à l'Allemagne de les secourir sur l'Isonzo.
Les Italiens font 5i4 prisonniers au Monte San-Michele
sur le Carso.
On annonce à Athènes un mouvement offensif des
Serbes sur la licjne Velès — Prilep et vers Babuna.
Attaquant les Bulgares à l'ouest de Krivolak, les
Français prennent Brusnik, qui met Krivolak à l'abri
des bombardements bulgares.
Du 21 au 2'i, vifs combats aux Dardanelles; les
Turcs sont repoussés.
On annonce que trois sous-marins allemands ont été
coulés en Méditerranée, mais qu'il en reste huit. On dit
aussi qu'une flottille de 10 à 26 sous-marins anglais,
convoyés jusqu'au Skager-Rak par une escadre, vient de
pénétrer dans la Baltique.
L'Allemagne, s'autorisant (!) de l'article 49 de la
Convention de La Haye, impose à la Belgique une
contribution mensuelle de 4o millions pour frais de
l'armée et de l'administration du territoire.
Lundi et mardi, troubles à Vienne, causés par la
cherté des vivres.
On attribue au ministre grec Rhallys des propos très
violents contre l'Angleterre qui, toujours en retard elle-
même, voudrait engager la Grèce dans une guerre ter-
rible. Tirant un vieux numéro de Y Illustration, avec des
images de villages grecs incendiés et saccagés par les
Bulgai-es, il aurait dit que la Grèce ne voulait pas
devenir une nouvelle Serbie.
Le roi de Grèce aurait dit : « Je suis entre l'enclume
et le marteau. Mais la France et l'Angleterre ne seront
jamais trop dures pour mon pays, taudis que l'Alle-
magne serait implacable. » (^Temps du 25.)
John Redmond, revenant du front, dit que l'armée
iglaise de Flandre est la mieux équipée du monde et
[ue, pour chaque obus allemand qu'elle reçoit, elle en
renvoie cinq.
Le commandant de Civrieux écrit dans le Matin :
Les deux tiers des armées allemandes sont, en per-
manence, maintenus sur le front occidental. Or, la
102 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
population de l'Empire étant de plus d'un tiers supé-
rieure à la population de la France, il est clair que les
efï'ectifs allemands stationnés en Occident sont sensible-
ment égaux à ceux de l'ensemble des foz'ces françaises. »
Cinq bâtiments de la Compagnie canadienne d'ex-
plosifs ont sauté à la même heure à Parry Sound (On-
tario).
Mercredi 24 novembre. — La Grèce fait une
réponse satisfaisante à la note des Puissances, donnant
les garanties requises au sujet du non-désarmement
des troupes alliées au cas où elles seraient refoulées
sur le territoire grec.
L'Angleterre dément que des bateaux grecs soient
retenus en Angleterre; aucun port grec n'est bloqué.
Le départ des voyageurs grecs retenus à Malte a été
autorisé.
Cent obus sur la gare d'Arras.
Prichtina et Mitrovitza sont pris. Le Gouvernement
serbe, après avoir successivement quitté Nisch, Kralievo,
Mitrovitza et Prizrend, se transporte à Scutari d'Al-
banie.
Les Serbes se sont un peu repliés au nord de Mo-
nastir.
Asquith aurait télégraphié au Gouvernement serbe que
la France et l'Angleterre préparent des surprises dans
les Balkans. D'autre part, on mande de Monastir au
Secolo que les Bulgares préparent une surprise
fâcheuse pour lé corps français.
Plusieurs banquiers de Berlin font de fortes avances
à la Bulgarie.
Le neveu de Guillaume II, prince de Schaumburg-
Lippe, est envoyé à Bucarest comme secrétaire de la
Légation allemande.
En Russie, les Allemands, ayant épuisé leurs réserves
et les ressources locales, sont obligés de faire venir
d'Allemagne munitions et vivres. Ils semblent d'ailleurs,
envoyer le plus de troupes qu'ils peuvent sur le front!
occidental.
On a découvert au Caire une conspiration de Cour
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 103
contre le Sultan et l'Angleterre. 4o personnes auraient
été arrêtées, 25 exécutées.
Des gendarmes, gagnés par l'Allemagne, ont attaqué
de nuit Hamadan et obligé les cosaques persans à la
retraite.
Le Tafna (Touache), attaqué par un sous-marin
allemand, essuie trente coups de canon, mais réussit à
regagner Marseille.
On signale un nouvel obus très efficace contre les
sous-marins, inventé par un Irlandais et fabriqué par
l'amirauté anglaise.
Le ministre des Affaires étrangères du Japon a dit
à un journaliste français que le Japon, à la fin du mois,
aura beaucoup ("ait pour armer les deux tiers des mobi-
lisables russes, dont un tiers seulement est équipé ;
deux arsenaux japonais travaillent sans cesse pour la
Russie. Si le Japon se décidait à envoyer une armée en
Europe, ce serait une très forte armée, car il ne veut
pas risquer un échec.
L'ambassade d'Angleterre à Washington a reçu des
rapports sur le plan d'attaque qui devait être dirigé
contre le Canada par les réservistes allemands des
États-Unis.
Un savant jésuite, Léonce de Grandmaison, écrit au
Temps que les cinq sixièmes de l'Ordre appartiennent
aux pays alliés et neutres, que 600 sont mobilisés en
France, que plus de 60 ont été tués à l'ennemi. Il pro-
teste contre les bruits qui attribuent des préférences
allemandes au général des jésuites Ledochovski.
Jeudi 25 novembre. — Il neige dans les Vosges.
Mitrovitza ayant été prise par les Autrichiens, Pristina
par les Allemands, il no reste de la Serbie qu'une
bande étroite de territoire entre les frontières de la
Grèce, de l'Albanie et du Monténégro.
L'armée serbe, n'ayant pu maintenir ses positions
vers Katchanik, se replie vers le sud-ouest.
Il reste, dit-on, 200.000 soldats serbes, qui se retirent
lentement vers l'Albanie. On craint qu'ils ne manquent
de munitions et de vivres.
104 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Les Français se sont repliés sur la rive droite de la
Tcherna, devenue leur ligne de défense contre les Bul-
gares.
La presse bulgare a hâte de voir finir l'expédition en
Serbie ; il y a des froissements avec les Turcs au sujet
de la Thrace, où la Turquie a concentré des forces
importantes.
L'attaché militaire bulgare a quittéAthènes.
Les Roumains de Transylvanie font appel à leur
patrie et dénoncent les cruautés dos Hongrois à leur
égard.
Reni, sur le Danube, est transformé en un vaste camp
militaire russe et en un vaste port avec très nombreux
chalands.
Au cours d'un bombardement intense aux Darda-
nelles, on constate l'affaiblissement du tir ennemi.
Les troupes anglaises sont maîtresses du champ de
bataille de Ctésiphon, après l'avoir évacué momen-
tanément faute d'eau.
Les gendarmes d'Hamadan, auxquels se seraient
joints 6.000 Moudhajides, ont été déclarés rebelles par
le Gouvernement de Téhéran.
Des avions alliés ont détruit le pont de l'Escaut près
d'Hamme.
Albert Thomas annonce, à Londres, la création d'une
commission permanente chargée de diriger la produc-
tion des munitions pour les Alliés.
Mac Kenna, chancelier de l'Échiquier, a dit à la
New-York Tribune que l'Allemagne perdait 200.000
hommes par mois et que sa situation financière serait
bientôt désastreuse, tandis que l'Angleterre a pu s'im-
fioser près de g milliards d'impôts et n'a pas le cours
orcé.
Charles Rivet écrit de Petrograd au Temps : « L'Alle-
magne n'est pas vaincue, tant s'en faut, mais elle com-
mence à se rendre compte qu'elle le sera. »
Guillaume II, passant une revue à Baranoviczi, a dit :
« Nous devons tenir jusqu'à ce que nous ayons mis
nos ennemis à genoux et puissions leur dicter une paix
digue de nos sacrifices. »
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 105
L'Allemagne se ravitaille en Bulgarie, où il y a
i3 millions de têtes de bétail. Elle y a déjà acheté
200.000 quintaux de maïs.
Ce jour, il n'est pas arrivé un seul porc sur le marché
de Cologne.
On annonce que la grande usine de Sprottau (Silésie),
qui fabriquait des gaz asphyxiants, a été détruite par
un incendie.
Au Portugal, une manifestation de sympathie a eu
lieu devant le consulat serbe à Lisbonne. Le sentiment
public est en faveur d'une intervention armée.
Les versements d'or, à la Banque de France, atteignent
I milliard 127 millions.
Vendredi 26 novembre. — L'Entente remet une
seconde note collective k la Grèce.
Le conseil municipal d'Athènes décerne à D. Gochin
le titre de citoyen athénien.
On dit que le Gouvernement grec mettra k la dispo-
sition des Alliés le chemin de fer de Salonique et reti-
rera ses troupes de cette ville. Il est question, a Athènes,
de libérer huit classes.
Les Bulgares et Allemands sont maîtres de la plaine
de Kossovo. Les Serbes, repoussés au sud de Prilep, se
retirent. Leur retraite rend impossible leur jonction
avec les Français dans la région de Monastir.
Des inondations en Serbie entravent le ravitaillement
des Allemands.
On confirme que les mines de cuivre en Serbie ont
été rendues inutilisables pour plusieurs mois (Pester
Lloyd),
Les Alliés auraient 126.000 hommes k Salonique; il
en arrive 4-ooo par jour.
La Roumanie interdit de faire passer des troupes sur
le Danube au delà de Uoutschouk. Le territoire rou-
main, le long du Danube, est déclaré zone militaire.
Les Russes progressent au nord d'IIlutsk, vers Tuk-
kum et Jakobstadt. Les Allemands n'ont pas renoncé k
prendre Dvinsk.
On croit k Vienne que les sous-marins de la Médi-
106 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
tcrranée sont allemands et se ravitaillent sur la côte
d'Anatolie.
Des aviateurs français jettent 5o bombes sur Stru-
mitza.
A la Chambre bavaroise, un député libéral dit que
son parti n'acceptera pas une paix qui obligerait l'Alle-
magne a céder des territoires. Un socialiste dit que
l'Allemagne devrait se contenter d'obtenir la liberté
des mers.
La Gazette de Cologne prétend que les concessions
faites par la Grèce ne sont que des mirages destinés à
mettre fin à une tension économique insupportable,
mais qui, en réalité, ne signifient rien.
On écrit de Bucai-est au Temps (du 3o) que l'inter-
vention de la Roumanie est certaine, mais que le
désaccord porte sur l'époque et la modalité de cette
intervention. Le parti germanique est peu nombreux,
mais il faut faire des réserves au sujet de la Couronne.
Une ligue germanophile ayant tenté d'organiser une
réunion à Statina (Roumanie), la foule a obligé les
délégués à prendre la fuite.
Lord Kitchener est arrivé à Rome.
Samedi 27 novembre. — Une attaque allemande
au nord du Labyrinthe est repoussée.
Progrès des Italiens au nord-ouest de Gorizia.
De grandes chutes de neige, les premières depuis
huit ans, ont lieu à Salonique.
Le roi Nicolas adresse une proclamation aux Monté-
négrins. Ils résisteront, unis aux Serbes, jusqu'à la
mort, qu'ils préfèrent à la servitude : « Nous combat-
trons de montagne en montagne. »
Pour la première fois, aux Dardanelles, les Turcs ont
employé des gaz, mais sans résultats.
Une nouvelle attaque allemande sur la ferme de Bor-
semunde (Dvina) est repoussée avec pertes.
Les Russes, descendant du sud du lac d'Ourmiah,
sont à 67 kilomètres de Téhéran.
Des avions français bombardent la gare de Noyon.
Charles Humbert pense qu'on appelle trop d'hommes
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 107
en France, au lieu de simplifier les services non com-
battants.
Le blocus commence k peser lourdement sur la popu-
lation allemande, surtout dans les centres industriels.
Harden {Zukanft) prévient l'Allemagne qu'aucun
des Alliés n'aspire à la paix, que pas un des ennemis
de l'Allemagne n'est découragé. Cette guerre est une
guerre d'épuisement dont personne ne peut prévoir
l'issue. Les Russes savent qu'ils ont toujours une armée
de 7 millions d'hommes ; il n'y a pas, dans le pays, le
moindre indice de révolution.
« Les Allemands font face à leurs nombreux adver-
saires avec une activité continue ; ils ne se contentent
pas de se défendre, ils attaquent presque partout. »
(Temps.)
Une mission militaire russe est arrivée h. Londres.
On annonce à Petrograd que le Gouvernement chi-
nois engage des officiers de réserve allemands.
Dimanche 28 novembre. — La Grèce répond à la
seconde note des Alliés en réservant l'étude de quelques
points et des détails d'application.
Une violente attaque allemande est repoussée près
de Berry-au-Bac (détails dans la Liberté, i o décembre).
Les Italiens, continuant leurs progrès, font 700 pri-
sonniers.
Les Anglais remplacent les Français à l'aile droite,
entre Doiran et Kosturino.
Les Bulgares ont franchi le Karasou et avancent vers
Monastir. Le gros de l'armée serbe se replie vers Scu-
tari, Durazzo et S. Quaranta. Les journaux allemands
évaluent k 76.000 le nombre des soldats serbes entrés
au Monténégro. Le Gouvernement serbe est à Scutari.
Les 1 00 marins français qui ont coopéré a la défense
de Belgrade arrivent k Toulon.
Les Austro-Allemands et les Bulgares fortifient la
frontière roumaine.
Les armées turques et bulgares ont reçu, par la voie
du Danube, i.5oo k 2.000 wagons de munitions.
Une manifestation pour la paix a eu lieu k Sofia.
108 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Les Russes prennent les faubourgs à l'ouest d'Illutsk.
Au sud-est de Pinsk. ils s'emparent par surprise de
tout un état-major allemand. Près de Tsarlorisk, ils
refoulent les Autrichiens vers l'ouest.
Violents combats sur le haut Euphrate (Toutakh) ; les
Turcs sont repoussés.
Les troupes anglaises sont en retraite sur le Tigre. *
Le prince Henri de Pieuss, ministre d'Allemagne, est
le chef de l'insurrection en Perse.
Un avion anglais, au large de Middelkerke, détruit
un sous-marin allemand.
Les avions anglais, très actifs dans le nord de la
France, endommagent \me fabrique de munitions à
Lachapelette.
Des avions allemands bombardent Verdun.
Dix avions français incendient les hangars de Habs-
heim, à Test de Mulhouse, qui sont évacués.
Le roi de Roumanie ouvre le Parlement roumain en
prononçant un discours où il est parlé de défendre les
graves intérêts du pays, mais il ne dit pas k côté de
quelles Puissances.
Le Gouvernement russe autorise le passage par terri-
toire russe des munitions et marchandises destinées k
la Roumanie.
Lord Bryce communique le récit d'atrocités commises
par les Turcs contre les Arméniens, parfois avec le
concours d'officiers allemands (Temps du 3o).
On arrête a Détroit un nommé Smith, accusé d'avoir
joué un rôle important dems les attentats allemands aux
États-Unis.
La Tribune (New-York) s'élève contre toute paix
boiteuse qui perpétuerait les maux révélés par la
guerre actuelle. « Une paix prématurée obligerait la
prochaine génération a retourner aux tranchées, où
la génération actuelle souffre et meurt depuis de longs
mois. Aucune paix n'est possible jusqu'au jour où le
peuple allemand aura enfin renoncé k son rôle de
domination mondiale. »
« Les efforts nouveaux que Guillaume II demande à
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 109
son armée pour nous jeter à bas nous ti'ouveront prêts
a toutes les ripostes. » {Temps.')
Dans une réunion organisée par la Ligue des Droits
de l'Homme en l'honneur de Miss Cavell, le ministre
Painlevé a dit : a C'est précisément la légalité de ce
meurtre qui en fait l'horreur. Il n'est pas un homme
digne de ce nom qui ne préfère succomber avec
Miss Cavell que de triompher avec ses ennemis. »
Lundi 29 novembre. — Sur les lignes françaises
de la Tcherna, le thermomètre est descendu à — i5°.
Dans le combat qui a précédé la prise de Prizrend,
les Bulgares disent avoir pris iG.ooo Serbes, 5o canons
et i48 automobiles.
Suivant la presse austro-allemande, la chute de
Prizrend marque la fin de la campagne serbe.
Les Monténégrins repoussent les Autrichiens dans la
région de Fotcha.
Le maréchal Kitchener et le général Jilinski, délégué
du Tsar, sont arrivés à Paris.
Guillaume II rend visite à François-Joseph, pour
aplanir, dit-on, les difficultés qui se sont élevées entre
les deux Empires.
Suivant la Berliner Zeitiing am Moiitag, le pape
aurait dit qu'on ne saurait assurer une paix durable
sans régler la situation du Saint-Siège. 11 aurait ajouté
que le cas de VAncona était pire que celui du Lusitania.
Le cardinal Hartmann est à Rome, suspect de négo-
cier. Le pape y avait invité aussi le cardinal Mercier,
qui n'a pu venir, les Allemands refusant d'autoriser son
retour en Belgique.
Streit, ancien ministre des Affaires étrangères de
Grèce, écrit au Te/nospour protester contre l'accusation
portée contre lui d'avoir facilité le ravitaillement du
Gœben et du Breslau dans les eaux grecques.
Un procès récent en Grèce a révélé qu'un apache de
Verroia était à la solde du baron Schenk, distributeur
des fonds seci^ets allemands et protégé de la Reine ; cet
individu aurait remis 2.5oo francs à VEphemeris pour
110 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
la publication d'une seule dépêche. Les Vénizélistes
réclament une enquête.
La Russie émet, pour la première fois, un emprunt
intérieur de 2 milliards et demi de roubles. La guerre
coûte à la Russie Oo millions par jour.
On dément formellement, au Caire, que Djemal se
soit insurgé contre le Gouvernement de Constanti-
nople.
Mardi 30 novembre. — On assure que les Alle-
mands renforcent leur front ouest, notamment vere
Ypres.
Les Alliés se retirent vers Demir-Kapou.
L'Allemagne et l'Autriche auraient déclaré à Athènes
que si le Gouvernement grec acceptait les demandes
de l'Entente, elles cesseraient de considérer la Macé-
doine grecque comme territoire ami.
Le général de Lacroix, dans le Temps, estime que
l'armée serbe n'est pas hors de cause.
Les Autrichiens attaquent en nombre les Monténé-
grins, qui se replient pour défendre Plevlje.
La pose d'un barrage de mines à l'entrée du Danube
roumain est terminée ; les navires ne peuvent plus
passer.
C'est Tcherbatov, non Kouropatkine, qui commande
l'armée russe des Balkans.
L'armée anglaise s'est retirée le long du Tigre vers
Kut-el-Amara. Elle a dîî abandonner deux canonnières
endommagées et a perdu 4-6oo hommes.
Un contre-torpilleur anglais coule sur le Uoggerbank.
La Chambre française décide que la classe 19 17 sera
incorporée le 5 janvier.
Au Parlement allemand, le président fait un discours
optimiste : a Tous nos ennemis en sont arrivés à croii'e
que nous sommes invincibles sur les champs de bataille.
Financièrement et économiquement, nous avons toutes
raisons de regarder l'avenir avec confiance. »
De bruyantes manifestations se produisent devant le
Reichstag aux cris de : « La paix et du pain ! »
Lokal-Anzeiger : « Le Reichstag ne peut que se
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 111
réjouir de la situation militaire actuelle. Malheureuse-
ment, nous ne sommes pas très rassurés sur l'avenir,
vu le nombre de nos ennemis. Notre Gouvernement est
toujours prêt à faire la paix, mais nos ennemis pré-
fèrent doubler leurs forces ; ils ne veulent pas conférer
avec nos émissaires en pays neutres. »
Berliner Tageblatt : « Il ne faut pas croire que les
opérations soient terminées en Serbie. Nous aurons à
nous défendre contre 5o.ooo Serbes, auxquels s'ajoutent
5o.ooo Italiens et loo.ooo Français et Anglais, sans
compter la menace des Russes massés à la frontière
roumaine. Nos troupes seront donc contraintes de rester
en Serbie. »
Ibid. : « Toute notre force militaire ne peut rien
contre la haine implacable qui nous environne. »
Denys Cochin est arrivé à Rome, rapportant d'Athènes
des impressions favorables.
Lord Haldane dit à Londres : a II est impossible de
penser k conclure la paix avant que l'Allemagne ait été
débarrassée de la clique militaire qui la gouverne. »
Bonar Law dit à Londres : « Les journaux allemands
disent que nous avons provoqué la guerre. Nous n'y
avons rien à gagner, saut des garanties de paix future,
mais la guerre n'aura pas été faite en vain si nous obte-
nons la destruction du militarisme prussien, ce qui signi-
fiera qu'il sera désormais impossible k un groupe d'hom-
mes quelconque de transformer le monde en charnier. »
Trois cent vingt usines, au Canada, fabriquent des
munitions.
Au Delaware, une fabrique de poudre a sauté (3o vic-
times) ; on croit k un attentat allemand.
DECEMBRE
Mercredi 1" décembre . — Sonnino annonce au
Parlement italien que l'Italie adhère au pacte du 5 sep-
112 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
tembre 1914 (pas de paix séparée) et ajoute que l'indé-
pendance politique et économique de la Serbie reste un
des pivots de la politique italienne dans les Balkans.
L'Italie ne permettra pas que la Serbie soit absorbée
par l'Autriche ; elle fera au plus tôt ce qui dépend d'elle
pour ravitailler l'armée serbe et lui porter secours.
Des troupes italiennes débarquent à Valona.
Canonnade violente à Krivolak ; les Français prennent
une tranchée bulgare avec 2.000 fusils.
Les Serbes ont évacué Monastir.
Des bandes albanaises, recrutées par des agents
autrichiens, inquiètent les Serbes et les Monténégrins.
L'Autriche a conclu un accord avec la Roumanie qui
lui livre 5 millions de tonnes de maïs.
Le télégraphe de Berlin à Constantinoplc par la Ser-
bie est rétabli.
Deux régiments tchèques se révoltent en Bessarsdïie
et se rendent aux Russes sans combat.
Fin de la conférence entre les représentants des
Croix-Rouges (allemande, anglaise et russe) à Stock-
holm. Une commission a été chargée de visiter les
camps d'internement.
Remaniement ministériel en Autriche.
La Russie a décidé la confiscation de 2 millions d'hec-
tares appartenant à des Allemands en Finlande et au
Caucase.
La Gazette de Francfort assure que, quelle que soit
la conclusion de la guerre, le militarisme, que les
ennemis de l'Allemagne veulent détruire, ne sera pas
supprimé.
Roosevelt refuse d'assister à un meeting contre les
massacres arméniens ; il déplore de nouveau la faiblesse
des États-Unis, qui n'ont pas su, dès le début, protes-
ter contre l'injustice et la violence.
Il y a 33.0DO prisonniers anglais en Allemagne, dont
i.o5o marins. En Italie, il y a 45. 000 prisonniers autri-
chiens.
On dit que les pertes autrichiennes sur le front italien
atteignent Soo.ooo hommes, dont 60.000 tués.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 113
Jeudi 2 décembre, — Soixante obus sur Arras.
Les Autrichiens, puis les Bulgares, occupent Monas-
tir. De nombreux soldats serbes, après la chute de cette
ville, ont gagné la Grèce, où ils ont été, non pas désar-
més, mais cordialement reçus.
Toute la population mâle de la Serbie est envoyée
dans des camps de concentration en Autriche-Hongrie.
Les Bulgares poursuivent les Serbes vers Diakovo,
La Roumanie vend aux puissances du Centre de
grandes quantités de blé.
La presse italienne met en doute la loyauté du Gou-
vernement grec. On assure que de nouvelles restrictions
contre le commerce grec sont imminentes.
Le roi des Bulgares se serait engagé à ne pas déposer
les armes avant la fin de la guerre.
L'artillerie russe refoule une violente attaque sur la
l'ive gauche du Styr, au sud-ouest de Rafalovka. Les
Russes sont à 12 kilomètres de Tukkum, clef de la
Gourlande.
Suivant un maître d'école fait prisonnier, la moitié
des effectifs allemands dans les tranchées du front
russe serait indisponible pour cause de maladies.
Un sous-marin anglais dans la Marmara détruit un
train sur la ligne d'Ismid.
Le total des pertes anglaisesatteint 5io.ooo hommes.
Depuis le 8 novembre, le président Wilson a reçu
plus de 2.000 télégrammes le suppliant d'intervenir
avec les neutres pour rétablir la paix.
« Peut-être, à la fin de la guerre, l'Europe belligé-
rante découvrira-t-elle qu'un des faits les plus heureux
du conflit, dans l'intérêt de ceux qui s'y sont trouvés
engagés, c'est que les États-Unis n'y ont pas participé.
Ainsi, au retour de la paix, il existera au moins une
grande nation, financièrement et industriellement capa-
ble de répondre aux besoins financiers et industriels
des auti^es, et cela au moment même où l'Europe sera
économiquement épuisée. » (New-York Nation, p. 671.)
Vendredi 3 décembre. — Le général Joffre est
94. CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 8
114 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
nommé commandant en chef des armées françaises pour
assurer l'unité de direction.
Le jury américain ayant condamné les fonctionnaires
de la Hamburg-Amerika pour complot, Lansing fait
savoir que les attachés militaires Boy Ed et von Papen
ont cessé d'être personse gratse.
Des attaques bulgares sont repoussées vers Kostorino
et sur la Tcherna.
Les Autrichiens n'ont plus que 70.000 hommes en
Serbie, le reste ayant été envoyé à Gorizia.
L'agence Woln dément la fable, inventée par elle-
même, de la formation en Roumanie, sous la présidence
de Marghiloman, d'une ligue hostile à l'Entente.
Un sous-marin anglais de la Marmara coule un des-
troyer turc à l'entrée du golfe d'Ismid.
Le socialiste Raimondi dit à la Chaml)re italienne :
« Ce qui presse, c'est que la France et l'Italie se per-
suadent de la nécessité d'une collalDoration plus intime,
car la France supporte à elle seule presque tout le poids
énorme et glorieux de la guerre occidentale. »
Des socialistes autrichiens publient une protestation :
« Lorsque le monde apprendra ce qui se passe réelle-
ment en Autriche et ce que la justice y est devenue, il
frémira d'horreur... Ce que nous voulons en ce moment,
ce n'est pas la guerre, mais la révolution. Après la
guerre, nous imiterons le peuple français qui a su faire
une révolution pour avoir la république. »
R. de Mares écrit : a Sans cette guerre voulue, pré-
parée et imposée au monde civilisé par les Teutons, la
conquête économique de l'Europe (par l'Allemagne)
eût été un fait accompli avant un quart de siècle. »
{Temps ^,
Samedi 4 décembre. — Des bandes de comitad-
jis bulgares inquiètent les Français vers Kafadar.
La garnison serbe de Monastir arrive à Ghevgheli.
Le colonel Gaedke (^Vonoârts) constate que l'armée
serbe a pu s'échapper.
La Gazette de Francfort se plaint de l'attitude équi-
voque de la Grèce.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 115
Le Foreign Office dément que l'embargo ait été mis
sur des navires grecs.
Une escadre autrichienne bombarde Saint-Jean-de-
Medua ; elle coule un vapeur grec chargé de munitions
pour les Monténégrins, amsi que le sous-marin français
Fvesnel.
UOsservatore Romano dément la nouvelle, de source
allemande (27 novembre), qui attribuait au pape des
propos hostiles à l'Entente.
Un grand banquier de New-York aurait dit : « L'Al-
lemagne est battue. La baisse du change de Berlin le
dit suffisamment. Les puissances de l'Entente semblent
encore être tenues en échec, mais l'Allemagne est près
de céder par l'épuisement de ses ressources finan-
cières. »
Delbrûck dit au Reichstag que la question des vivres
est la plus importante de toutes les questions inté-
rieures.
Suivant V Arbeiter-Zeitung (Vienne), le prix des vivres
a augmenté, en Autriche, de 121 °/o, en Allemagne, de
65 °/o seulement.
Reventlow (Tageszeitung^ menace le Danem.ark et la
Suède, qu'il soupçonne d'être d'accord avec l'Angle-
terre pour bloquer l'Allemagne par le Nord.
Journal de Genève : « L'Entente n'a pas été habile
ni heureuse dans les Balkans. La Russie, en déclarant
ses visées sur Constautinople, a découragé les sympa-
thies de la Roumanie et de la Grèce et facilité l'action
de l'Allemagne en Bulgarie. »
Dimanche 5 décembre. — Le roi de Grèce s'est
plaint au correspondant du l^mes des soupçons « injustes
et cruels » qui pèsent sur lui. Il a nié avoir conclu une
entente avec la Bulgarie, qu'il appelle l'ennemie hérédi-
taire de la Grèce.
Les Bulgares attaquent vivement le front français.
La retraite serbe en Albanie est rendue très difficile
par l'état des chemins et par les 4o-ooo prisonniers
autrichiens que les Serbes traînent après eux.
116 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Des attaques allemandes sont repoussées dans la
réçjion de Dvinsk et sur le Styr.
Un sous-marin allemand a cauouué un navire-citerne
américain.
Le Gouvernement hollandais fait arrêter le directeur
du Telegraaf, jugé trop favoi-able aux Alliés. Vive
émotion en Hollande.
On fait remarquer la situation singulière du Portugal
qui est en conflit avec l'Allemagne en Afrique, mais n'a
encore déclaré la guerre à aucun pays, malgré l'unani-
mité de l'opinion en faveur de l'Entente.
Le rapport adressé à Washington sur les intrigues
allemandes établit qu'il a été dépensé à cet effet 27 mil-
lions de dollars, dont 12 millions pour fomenter la
révolte du général Huerta au Mexique.
Lundi 6 décembre. — La première réunion du
Conseil de guerre de l'Entente s'est tenue à Paris. Il
s'agit surtout de savoir si l'Entente continuera d'agir
dans les Balkans.
Par une attaque brusquée, les Allemands enlèvent
200 mètres de tranchées au sud de Saint-Souplet (Cham-
pagne).
La Grèce n'a pas encore donné satisfaction à toutes
les demandes de l'Entente.
Les Bulgares attaquent les lignes anglaises à Stru-
mitza.
On assure que le drapeau autrichien a été seul hissé
à Monastir, par égard pour l'opinion grecque.
Des troubles auraient éclaté à Nisch entre Bulgares
et Hongrois, ces derniers voulant protéger la population
civile (?). D'autres nouvelles attribuent aux Hongrois
les pires atrocités.
Les Autrichiens ont atteint Ipek.
L'armée serbe, dans sa retraite, est menacée par le
soulèvement des Malissores.
Informé que des monitors autrichiens s'apprêtaient à
quitter Routschouk pour bomi^arder Reni, le Gouverne-
ment roumain a fermé le Danube à toute navigation
étrangère.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 117
Par voie de Bulgarie, 2.5oo wagons de matériel de
guerre sont arrivés à Constantinople.
Le service des voyageurs est arrêté sur les chemins
de fer d'Anatolie.
Devant les Turcs renforcés, les Anglais se retirent
sur Kut-el-Amara, à i25 kilomètres au sud de Ctési-
phon.
Neuf unités autrichiennes bombardent Durazzo,
coulent plusieurs voiliers monténégrins et albanais et
un navire italien.
On dit à Petrograd que les récentes démissions des
ministres autrichiens ont été exigées par Guillaume II,
parce qu'ils ne voulaient pas consentir k l'union doua-
nière que l'Allemagne veut imposer à l'Autriche.
Dans un consistoire secret au Vatican, le pape parle
de la a malheureuse Arménie » et fait des vœux pour
la paix.
L'Allemagne demande aux Etats-Unis de préciser les
causes du renvoi des attachés Boy Ed et von Papen.
Des agents de la Sûreté ont découvert à New-York
un laboratoire de bombes incendiaires et de gaz asphy-
xiants.
On fait circuler en Amérique de nouvelles conditions
allemandes : i° contrôle absolu sur les Balkans ;
2° Etats tampons (Pologne et Roumanie agrandies) entre
l'Allemagne et la Russie ; 3° rétablissement de l'an-
cienne frontière à l'ouest.
Bryan publie un manifeste demandant à Wilson d'of-
frir sans retard sa médiation.
Daily Telegraph : « ;Les Anglais savent, et tous
?s peuples aussi, que seul l'c
tarisme allemand les empêchera, dans l'avenir, d'être
les autres peuples aussi, que seul l'écrasement du mili-
étranglés par les plus sales mains de l'Europe. Ils ont
actuellement les moyens d'obtenir cet écrasement. »
Mardi 7 décembre. — Nouvelle réunion du
Conseil de guerre de l'Entente.
Bombardement très actif en Belgique et en Artois.
La nouvelle inondation tendue dans la région de
118 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
l'Yser a obligé les Allemands d'abandonner leurs tra-
vaux avancés.
Les Français reprennent une partie de la tranchée
perdue au sud de Saint-Souplet.
Le 6 et le 7, violentes attaques bulgares sur le front
anglo-français entre la tête du pont de Demir-Kapou et
la frontière grecque. Les Anglais, h. l'aile droite, se
replient avec des pertes assez fortes ; les Français éva-
cuent leurs positions dans l'angle formé par la Tcherna
et le Vardar.
On signale des Austro-Allemands sur le front franco-
anglais.
Les Autrichiens occupent Ipek après plusieurs jours
de combats.
Nouvelles déclarations du roi de Grèce à V Associated
Press : « Il faut aux Alliés 4oo.ooo hommes au mini-
mum pour accomplir quoi que ce soit dans les Balkans...
Ni force, ni protestations d'amitié ne feront sortir la
Grèce de sa neutralité... La Grèce est prête à protéger
le rembarquement des Alliés s'ils reconnaissent que
leur tentative dans les Balkans a pris fin. »
On annonce que la chasse aux sous-marins allemands
en Méditerranée a donné de bons résultats.
Les relations seraient tendues entre l'Allemagne et
l'Autriche à propos de la Pologne, que les Allemands
traitent en pays conquis.
Le discours du pape en consistoire secret indispose
l'opinion en Italie à cause des allusions qu'il a faites au
peu de liberté dont jouirait le Saint-Siège.
A l'ouverture du Congrès américain, Wilson lit un
message où le danger germano-américain est signalé
avec insistance ; 11 parle de citoyens américains qu'on a
honte de reconnaître comme tels et dont il est néces-
saire, par des lois nouvelles, de purger les Etats-Unis.
On dit que l'Allemagne achète aux États-Unis pour
5oo millions de cuivre, coton, laine, lard et blé, livra-
bles soixante jours après la fin de la guerre.
Un journal socialiste de Leipzig écrit : « Il n'y a pas
en Allemagne un seul socialiste qui accepte de céder à
la France une seule pierre de l'Alsace-Lorraine. »
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 119
L'Angleterre compte 2.026 établissements fabriquant
du matériel de guerre.
Mercredi 8 décembre. — Le Gouvernement
américain adresse une note énergique à l'Autriche sur
le torpillage de VAncona, demandant le désaveu formel
de l'attentat, la punition du commandant du sous-marin,
une forte indemnité et l'assurance qu'un pareil crime
ne se renouvellera pas.
Etudiant la situation anglo-française en avant de
Salonique, le colonel Rousset pose à nouveau le di-
lemme : « Rembarquement ou renforcement. »
La retraite de l'armée française de Serbie, commen-
cée il y a dix jours et exécutée en deux fois, a pris fin.
Les Français ont abandonné Demir-Kapou, Krivolak,
Kafadar, en faisant sauter tous les ouvrages d'art sur
la ligne d'LIskub.
Les Bulgares occupent Ochrida et Dibra. Deux régi-
ments, l'un bulgare, l'autre autrichien, seraient entrés
k Monastir.
De la cavalerie allemande aurait été vue près de
Strumitza.
Les Anglais reprennent l'offensive en avant de Kut-
el-Amara.
Dans la région d'Hamadan, les Russes ont battu les
insurgés persans et les poursuivent.
Max. Harden écrit {Ziikunft) : a La tâche de vaincre
devient de jour en jour plus difficile... Le Gouverne-
ment doit éclairer le peuple sur la véritable situation et
assurer l'alimentation du pays. »
Daily Mail : « Combien d'années s'écouleront avant
qu'un homme respectable consente a s'asseoir à la
même table qu'un Allemand et a lui serrer la main ? »
Jeudi 9 décembre. — Un nouveau conseil de
guerre de l'Entente se tient à Paris (Grey, Kitchener,
Briand, Gallieni, Joffre).
Le général Joffre a proposé et le Gouvernement a
accepté le choix du général de Castelnau comme colla-
borateur immédiat du généralissime sur le front fran-
çais.
120 CHRONOLOGIE DE LA. GUERRE
Le comte de Romanones, libéral et ami des Alliés,
devient premier ministre en Espagne.
Les Allemands sont définitivement rejetés de la crête
de Saint-Souplet (détails dans La Liberté du 19). Les
Français ont fait' sauter un dépôt de munitions au sud
de Saint-Souplet.
Les Alliés se retirent sur Salonique ; de violentes
attaques bulgares sur les lignes anglaises se poursui-
vent le 9 et le 10.
Les Bulgares ont occupé Struga, la dernière ville de
la Serbie méridionale qui eût échappé à l'invasion. Entre
Dibra et Struga, ils touchent à la frontière albanaise.
Depuis le 7, l'artillerie turque, ravitaillée, bombarde
incessamment les premières lignes françaises aux Dar-
danelles.
On dit que des régiments allemands, avec de l'artil-
lerie, sont arrivés à Gonstantinople pour intimider les
ennemis des Jeunes-Turcs.
Radoslavov a déclaré que la Bulgarie entendait gar-
der toutes ses conquêtes.
A la Chambre hongroise, Stephan de Rakovsky
dit qu'on a versé assez de sang, qu'il faut faire la
Paix, que les vivres sont accaparés. Karoly dit que
Autriche et l'Allemagne ont voulu châtier la Serbie,
que c'est chose faite et que la paix doit être conclue.
Un manifeste portant 10.000 signatures et réclamant
une paix séparée a été remis au président de la Chambre
hongroise.
Au R eichstag, Bethmann-Hollweg affirme sa con fiance .
L'Allemagne n'est pas épuisée du tout ; elle recevra du
coton de Turquie. La paix sera d'autant plus dure pour
l'Entente qu'elle attendra davantage. Les ennemis de
l'Allemagne ayant l'illusion qu'elle veut la paix, faire
des propositions serait encourager cette illusion. Seuls
les socialistes réclament énergiquement la paix. Schei-
demann déclare que, d'accord avec les socialistes au-
trichiens, le peuple allemand est décidé à protéger
la patrie contre les ennemis de l'intérieur qui veulent
prolonger la guerre. II ajoute que le parti socialiste
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 121
est opposé h toute annexion, mais refuse de restituer
l'Alsace-Lorrain e .
Helffeiich annonce au Reichstag un nouvel emprunt
de 12 milliards dont le produit ne sera pas utilisé avant
le printemps. A cette époque, l'Allemagne aura dépensé
4o milliards, le double de la valeur des chemins de fer
de l'État.
Une violente démonstration en faveur de la paix a eu
lieu à Berlin.
Les incendies, attribués aux Allemands, se multi-
plient aux États-Unis. L'un d'eux a détruit Hopewell,
localité voisine des fabriques de poudre Dupont. Un
autre, à Érié, a consumé 5oo.ooo boisseaux de froment
destinés aux Alliés.
Les versements d'or à la Banque de France atteignent
1.282 millions.
Vendredi 10 décembre. — A la suite d'un nou-
veau conseil de guerre de l'Entente, l'accord s'est établi
au sujet de l'action concertée des puissances, notam-
ment dans les Balkans (voir Journal de Genève, 1 4 jan-
vier 1916).
Les Allemands ont fermé hermétiquement la fron-
tière belge et font courir le bruit qu'ils préparent une
grande offensive.
Les autorités grecques auraient découvert un complot
turc en Macédoine.
Des soldats bulgares ont violé le domicile de la Croix-
Rouge américaine à Monastir, confisquant la farine qui
s'y trouvait et déchirant le drapeau.
Trois torpilleurs russes, dans la Mer Noire, à l'est du
Bosphore, ont coulé deux canonnières turques et un
grand voilier.
Des avions autrichiens bombardent Ancône.
« Le but principal de l'expédition, qui était de donner
un appui aux Serbes, est manqué. Reste l'autre, qui
est de garder la base de Salonique. » (Rousset.)
Samedi 11 décembre. — Une division anglaise,
dans sa retraite vers Salonique, a perdu i.5oo hommes
et 8 canons.
122 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Les Anglais ont perdu iiS.ooo hommes aux Darda-
nelles; 97.000 malades ont passé par les hôpitaux.
Le change allemand à Genève est tombé à 100, le
change autrichien à 69.
Les établissements de pyrotechnie du Gouvernement
belge ont été détruits à Graville-Sainte-Honorine par
une série d'explosions (plus de 100 tués).
Les attachés Boy Ed et von Papen sont rappelés des
États-Unis.
Morning Post : « Nous reconnaissons tous que l'Alle-
magne remporte des victoires, mais elle ne semble pas
se trouver mieux de ses succès que nous ne nous trou-
vons mal de nos échecs. Notre pays, comme la France,
la Russie et l'Italie, est plus déterminé à poursuivre la
guerre jusqu'à la victoire qu'il ne l'était au début des
hostilités. »
Yuan-Shi-Kaï, pressé par le Conseil d'État, a accepté
la couronne impériale de Chine, mais en se réservant
de la ceindre quand les circonstances seront favo-
rables.
Dimanche 12 décembre. — On dit qu'une ren-
contre sanglante s'est produite à Istip entre Turcs et
Bulgares.
Les socialistes grecs publient un manifeste en faveur
de l'Entente.
Les Turcs attaquent Kut-el-Amara le 12 et le i3; ils
sont repoussés.
La Gazette de Francfort dit que Salonique ne restera
pas grecque, mais deviendra bulgare, autrichienne ou
allemande si les armées germano-bulgares y entrent.
Le journal s'étonne de la « passivité » de la Grèce.
D'après une statistique sujette à caution, la campagne
de Serbie a coûté aux Allemands 117.000 hommes,
dont 43.000 blessés et 47-ooo malades; aux Autrichiens,
182.000 hommes, dont 08.000 blessés, 5i. 000 malades;
aux Bulgares, 01.000 hommes, dont 82.000 blessés,
8.000 malades.
Les États-Unis demandent à Vienne le rappel du
consul général d'Autriche-Hongrie à New-York.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 123
Lundi 13 décembre. — Les batteries françaises
ont endommagé à Saint-lMihiel l'unique pont allemand
que la crue de la Meuse eût épargné.
Toutes les forces franco-anglaises se replient en ter-
ritoire grec, après s'être soustraites à la pression de
quatre divisions bulgares. Les travaux de aéfense sont
poussés avec ardeur devant Salonique.
Les Bulgares, poursuivant les Serbes en Albanie,
occupent Kjuks et menacent Elbassan. Les tribus
albanaises de la région de Scutari se soulèvent k l'ins-
tigation des Autrichiens et des Bulgares.
A l'ouest de l'Egypte, une colonne anglaise a mis en
fuite 1.200 Arabes pourvus d'artillerie.
Un dirigeable vole vers Paris, mais, attaqué, doit
rebrousser chemin.
L'Allemagne fait savoir aux Etats-Unis qu'elle désa-
voue les procédés du capitaine Franz von Reutelen,
chef de l'espionnage allemand en Amérique.
Les pertes prussiennes atteignent 2. 24&.000 hommes.
Mardi 14 décembre. — Les Bulgares, après avoir
occupé Ghevgheli et Dorian, s'arrêtent devant la fron-
tière grecque.
Devant Elbassan, les Bulgares sont repoussés par
les Serbes.
On dit à Athènes que les troupes allemandes atten-
dent des renforts avant de pénétrer en territoire grec et
qu'il n'y a plus de troupes turques en Bulgarie.
Le Gouvernement grec a ordonne au 5* corps de
quitter Salonique.
Les Monténégrins reculent devant les Autrichiens qui
occupent Rozaj.
Le Gouvernement roumain a conclu un accord avec
les Empires du Centre pour l'exportation de céréales.
Des scènes violentes se produisent à la Chambre rou-
maine à propos de la presse soudoyée par l'Allemagne.
Il y a 240.000 Anglais en Egypte ; de grands travaux
de défense se poursuivent sur le Canal.
Onze avions français bombardent Mûllheim.
Le directeur de la Bibliothèque universelle (Lau-
124 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
sanne), poursuivi pour l'article de Stapfer, est condamné
à 5oo francs d'amende. En Hollande, les juges acquit-
tent le directeur du Telegraaf.
Le Gouvernement anglais décide de porter les effec-
tifs de 3 à 4 millions d'hommes.
Une pétition signée de 5oo.ooo noms presse le Gou-
vernement hongrois d'interdire la sortie du blé et des
œufs qu'accapare l'Allemagne.
« Le grand port macédonien n'est plus le point de
départ d'une expédition de secours ; il devient une case
sur l'échiquier de la guerre européenne. » (Temps.^
Mercredi 15 décembre. — Le maréchal French
est nommé vicomte et commandant des forces anglaises
en Angleterre. Il est remplacé sur le front par le géné-
ral Douglas Haig.
Les Français enlèvent un petit poste au sud-est de
Vaillj.
On annonce avec persistance en Hollande que de
grands transports de troupes ont lieu vers l'ouest et que
les Allemands veulent parvenir coûte que coûte h Calais.
Suivant le Carrière délia Sera, les Autrichiens entre-
tiennent 5oo.ooo hommes sur le front italien.
Le commandant de la i5' division grecque a remis
au général SaiTail une protestation (de forme) contre
les travaux de fortification commencés autour de Salo-
nique.
On annonce officiellement que des forces italiennes
ont débarqué en Albanie ; les Italiens n'ont perdu qu'un
torpilleur et un navire affrétés, coulés par des mines.
L'Italie a mis le château de Caserte à la disposition
du roi Pierre de Serbie.
Les Austro-Allemands constituent à Routschouk un
centre important de munitions.
Les Russes ferment la frontière de Bessarabie.
Il y a 21.000 prisonniers de guerre allemands en
Angleterre.
Pour la première fois dans l'histoire, l'encaisse de la
Banque de France dépasse 5 milliards.
Le mark allemand en Suisse perd 22,5, la couronne
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 125
autrichieune, 3i, le franc de France, 12, et la livre ster-
ling, 3.
« Nulle part plus que dans la ruée actuelle des Austro-
Allemands vers Salonique ne se révèle le but commer-
cial et économique de cette guerre. » (Temps.^
Jeudi 16 décembre. — Un déserteur allemand à
Hetsas a été trouvé porteur d'une proclamation (authen-
tique ?) du prince Albert de Wurtemberg, annonçant
l'arrivée prochaine de l'Empereur et une offensive déci-
sive sur l'Yser.
On prétend que deux banquiers américains ont été
fusillés par les Autrichiens à Gorizia.
L'État-major bulgare déclare qu'il cesse momenta-
nément de publier des communiqués.
La Grèce et la Bulgarie se seraient mises d'accord pour
l'établissement d'une zone neutre.
Les Monténégrins reculent dans le Sandjak, mais, en
Herzégovine, rejettent les Autrichiens au delà de la
Soutieska.
Les Russes occupent Hamadan et marchent sur Kum.
Dans la nuit du 16 au 17, des avions français bom-
bardent la gare de Metz-Sablons.
Le ministre d'Allemagne à Athènes aurait fait une
démarche comminatoire auprès de Skouloudis.
L'Autriche, répondant aux États-Unis sur la question
de YAncona, se plaint de la raideur de la note améri-
caine et de son manque de précision. La presse autri-
chienne accentue le caractère dédaigneux de la réponse
de l'Autriche ; la presse allemande envenime encore le
débat en tournant les États-Unis en ridicule. On affirme
que le texte de la réponse autrichienne a été soumis à
l'Allemagne.
Ribot annonce que la France, en 191 6, dépensera
2 milliards 5oo millions par mois.
« Les réactions d'un front sur l'autre, après avoir été
a peu près nulles en 19 14 et limitées pendant les pre-
miers mois de 1916, sont devenues plus fréquentes et
vont en se multipliant... Sauf appoint d'Orientaux,
126 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
l'armée austro-allemande doit tomber peu à peu dans
le régime des expédients. » (colonel Feyler.)
Vendredi 11 décembre. — Le correspondant du
Dailij Telegraph à Rotterdam met en garde l'opinion
contre les bruits lancés par les Allemands relatifs à
leurs prochaines offensives {Temps du 19).
Les Italiens dominent le cours du haut Astico.
Les Alliés fortifient le col de la presqu'île de Chalci-
dique. Ils ont pris livraison des voies ferrées grecques
de la Macédoine.
Six mille soldats serbes ont rejoint les Alliés à Salo-
nique.
On annonce de Vienne que la Bosnie a été évacuée
par les Monténégrins et que les Autrichiens ont pris
Bielopolje.
Le Gouvernement américain a ordonné à son ambas-
sadeur de Rome d'affi'éter tous les navires disponibles
pour ramener d'Albanie en Italie les femmes et les
enfants serbes qui meurent de faim.
Le roi de Roumanie, recevant le serment de la classe
19 16, a évoqué le souvenir de Plevna.
A Bucarest, on parle d'un complot de la police hon-
groise (?) pour organiser un attentat à la dynamite
contre les partisans de l'Entente.
Le croiseur Bremen et un torpilleur qui l'accompa-
gnait ont été coulés dans la Baltique orientale.
Un torpilleur français coule un hydravion allemand
près de Dunkerque.
Un croiseur français bombarde une usine allemande
de munitions à Caïffa.
De nombreux dépôts de combustibles pour les sous-
marins allemands auraient été détruits sur les côtes
d'Argolide, en Crète et à Cavalla.
Le général Pau doit rester attaché à l'Etat-major
russe.
L'Allemagne de l'Ouest souffre d'une disette de
pommes de terre, de grands envois étant arrivés gelés.
On réquisitionne en Allemagne tous les chevaux lais-
'sés jusqu'alors à la culture.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 127
Le New-York Times dit que les banquiers américains
se moquent des vantardises de Helffericii, concernant
la solidité financière de l'Allemagne par opposition à la
situation de l'Entente.
Les Allemands de New- York veulent expédier en
Allemagne i.ooo livres de cuivre en 200 colis postaux,
coûtant 12 francs chacun.
Plus de 11.000 Espagnols, dont 200 professeurs, ont
signé un manifeste exprimant leur sympathie à l'Alle-
magne. Toutefois, il y a un revirement dans le pays,
même parmi les Carlistes, surtout à la suite de la conver-
sion du comte de Melgar au parti de l'Entente.
Samedi 18 décembre. — Les puissances cen-
trales, répondant à la Grèce, disent que leur attitude
future dépendra des opérations militaires et ne font
aucune allusion à la participation des Bulgares et des
Turcs dans l'éventualité d'une campagne en territoire
grec.
Les Anglais ont 90.000 hommes à Salonique.
Le ravitaillement des Serbes par l'Albanie a com-
mencé.
Le maréchal von der Goltz a été reçu à Alep par Djemal.
Les Russes repoussent une attaque violente entre
Téhéran et Hamadan.
Un sous-marin autrichien est coulé par une mine à
Cattaro.
On a découvert aux États-Unis un nouveau complot
allemand organisé par le chef de la police de la ligne
Hamburg-Amerika, ayant pour but la destruction du
canal de Welland qui relie les lacs Érié et Ontario.
A Londres, le 3 0/0 allemand est à 5o, le 4 "/o autri-
chien à 60, le 3 °/o hongrois à 37.
On déclare, à l'Académie de Médecine, que la morta-
lité dans les hôpitaux militaires français est tombée k
18 °/oo (367 pendant la guerre de Crimée, 85 pendant la
guerre d'Italie). La mortalité des blessés de guerre est
de 23 °/oo, après avoir été beaucoup plus forte au début
de la campagne.
Dimanche 19 décembre. — Duel d'artillerie très
128 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
intense sur le front nord-est et est d'Ypres, où les Alle-
mands font usage de gaz. L'infanterie allemande a été
repoussée.
D'après le Secolo, 160.000 Alliés auraient débarqué
k Salonique.
Les élections grecques, où les Vénizélistes se sont
abstenus, donnent la majorité aux Gounaristes. A Athè-
nes, 7.Z120 électeurs ont voté, au lieu de 120.000 aux
élections précédentes. L'abstention électorale est deve-
nue la leçon du roi.
Les Bulgares semblent marcher sur Durazzo pour
couper la retraite aux Serbes.
Des collisions ont eu lieu en Epire entre postes avan-
cés grecs et bulgares.
Un sous-marin autrichien est capturé et conduit k
Malte. Un avion autrichien bombarde Scutari.
Une nouvelle note américaine demande l'entière
adhésion de l'Autriche à la note précédente. Le Lokal-
Anzeiger avant été saisi à Berlin, le public crjit qu'il
annonçait îa déclaration de guerre des États-Unis et
donne des signes d'une vive anxiété.
A Cleveland, le D'' Rilter est condamné a un an de
prison pour complicité dans des complots allemands
aux Etats-Unis.
La Commission française a publié un cinquième rap-
port sur les atrocités allemandes : ce Partout, autour de
l'Austro-AUemague, la haine monte comme une marée
implacable et c'est elle, suprême expression de la cons-
cience universelle, qui brisera l'orgueil allemand. »
{Temps du 20.)
Lundi 20 décembre. — Vifs bombardements et
44 combats aériens sur le front anglais de Belgique.
Les Français évacuent le poste qu'ils avaient enlevé
le i5 au sud-est de Vailly.
Trois bataillons italiens occupent Durazzo.
Les Alliés occupent et fortifient Topchin, au nord-
est de Salonique.
Les Austro-Allemands exécutent d'importants travaux
a Routschouk, Varna et Bourgas.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 129
On dit à Sofia que les Russes ont retiré leurs troupes
(le Reni pour attaquer sur la frontière de Bukovine.
Asquitn annonce aux Communes que les troupes
anglaises de Suvla se sont rembarquées avec des pertes
insignifiantes.
Une escadre russe bombarde à nouveau Varna.
Un paquebot de la Deutsche Levant Linie est coulé
par un sous-marin anglais devant Constantinople.
Six avions allemands bombardent La Panne, man-
quent y tuer le roi et la reine des Belges et font plus
de cent victimes.
Des avions français bombardent la gare de Mulhouse.
Les Turcs ont 3 divisions à Constantinople, 6 à An-
drinople, ii dans le Caucase, 6 en Syrie, i5 aux Dar-
danelles, 3 à Smyrne, 5 en Syrie.
De Wet et iio autres insurgés de l'Afrique du Sud
ont été remis en liberté.
Une communication du Foreîgn-Ofjice réfute les
informations de la presse américaine suivant lesquelles
les négociants anglais profiteraient des restrictions im-
posées au commerce neutre et dont pâtit le commerce
américain.
Lloyd Georges dit aux Communes que le Royaume-
Uni possède 33 usines à obus. La fabrication des
mitrailleuses a quintuplé depuis le mois de juin. « Li-
miter la production serait la pire des économies ; ce
qu'on gagnerait en argent, on le gaspillerait en vies
humaines. »
Plus de I million d'ouvriers travaillent dans les usines
anglaises sous le contrôle du Gouvernement.
Le colonel Shumsky estime impossible que les Alle-
mands dégarnissent leur front oriental, car les Russes
en profiteraient immédiatement.
Le comte Stûrgh a reçu une déléaation de Turcs et
de Tartares de la Russie, auxquels il a promis l'appui
des Empires centraux.
Le comte Tisza fait un discours belliqueux à la
Chambre des Magnats.
Mardi 21 décembre. — Les Allemands tentent
94. CHRONOLOGIE DE LA GUBRIIE 9
130 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
un vigoureux elïbrt entre Ypres et Armentières, mais
sont repoussés avec pertes.
Progrès français sur les pentes est de l'Hartmannswil-
lerkopf (i .3oo prisonniers).
On reconnaît que les élections grecques ont eu le
caractère d'un duel entre le roi et Venizelos, qui est
resté vainqueur. Bien que des circulaires répandues à
flots demandassent aux électeurs de choisir entre la paix
et la guerre, les deux tiers des électeurs, en s'abstenant
(même k Salonique), ont exprimé leur confiance à
Venizelos.
Le général Russky, malade, est relevé du comman-
dement en chef des armées russes du nord.
Vainqueurs devant Kum (Perse), les Russes occupent
cette ville et y font un grand butin.
Un paquebot japonais est coulé sans avertissement
en Méditerranée.
Asquith dit aux Communes que l'Angleterre a
1.200.000 hommes sur ses différents fi^onts et demande
que les effectifs totaux soient portés de 3 à 4 millions
d'hommes.
Alors que le parti irlandais repousse toute conscrip-
tion, le travailliste Stanton dit : « Si les gens refusent
de s'engager, il faut les aller chercher. Quand un pays
est assez bon pour qu'on y vive, il doit l'être assez pour
qu'on le défende. »
Le Reichstag a voté le crédit militaire de lo mil-
liards de marks ; 44 socialistes, qui ont voté contre,
représentent la majorité des électeurs socialistes en
Allemagne.
Violents débats k la Chambre hongroise, oîi l'opposi-
tion (Andrassy) décide d'entrer en lutte avec le Gouver-
nement.
Les États-Unis protestent contre la saisie, par les
Anglais, de colis postaux de caoutchouc soi-disant des-
tinés k la Suède.
On sait k Londres que de 2 millions d'Arméniens
vivant en Turquie, la moitié a été massacrée.
i
CIIUONOLOGIE DE LA GUERRE 131
Mercredi 22 décembre. — Guillaume II, atteint
d'iiu phlegmon (?), doit garder la chambre.
Emprunt français : 3.ooo.ooo de souscripteurs ont
apporté i4 milliards 5oo millions, dont ëo °/o en numé-
raire et bons à court terme.
Une contre-attaque allemande sur le sommet de
l'Hartmannsvvillerkopf obtient un succès sensible.
Le tsar de Bulgarie est reçu avec apparat k Monastir.
Duel d'artillerie au mont Lovcen.
Les Russes sont vainqueurs des insurgés persans à
Rabat-Kerim, k 4o kilomètres de Téhéran.
Pendant les neuf semaines de la campagne de recru-
tement conduite par Lord Derby, 2 millions 5oo.ooo
hommes se sont présentés, dont i.54o.ooo pendant la
dernière semaine.
L'explosion d'une poudrerie à Munster fait 4oo vic-
times ; celle de la pouarerie de Haskeuï (Constantinople)
en fait i.ooo et dévaste tout un quartier.
Le Gouvernement américain possède la preuve que
des agents allemands aux Etats-Unis ont comploté de
faire sauter le canal de Panama.
L'Allemagne et ses alliés occupent 43o.ooo kilomètres
carrés, dont 290.000 en Russie, 87.000 en Serbie, 28.000
en Belgique, 22.000 en France, 2.000 au Monténégro.
Tribune (New-York) : « L'Allemagne est dans la
position du cambrioleur qui, entré dans une maison et
ayant ramassé son butin, n'en peut plus sortir. »
Jeudi 23 décembre. — Les Français ont repris
leurs premières positions sur les pentes nord de l'Hart-
mannswillerkopt ; au sud et au sud-est, le terrain con-
quis a été conservé sur un front de 2 kilomètres.
Les Monténégrins, attaquant vers Lepenatz, ont rejeté
les Autrichiens sur Bielopolje, leur tuant 5oo hommes.
Un nouveau traité pour l'exportation des céréales a
été signé entre la Roumanie et les Empires du Centre.
On annonce qu'à partir du mois de janvier, le bétail
roumain pourra être exporté franc de droits.
Sept attachés militaires alliés sont arrivés au quartier
général russe.
132 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Les Anglais ont évacué Sollum, à l'ouest de l'Egypte.
Un sous-marin autrichien a coulé, près de Saint-Jean-
de-Medua, un voilier monténégrin chargé de vivres.
Deux avions autrichiens bombardent Scutari.
Runciman dit aux Communes : « Au point de vue
du commerce, l'Allemagne est battue : ce sera à nous
de faire qu'elle ne puisse pas relever la tête après la
guerre. »
La Gazette de Cologne dit que l'Allemagne doit se
passer de superflu, lait, beurre, rôti de porc « devenu
une rareté ».
Un Indien, S. M. Mitra, écrit à la Nation de New-
York (p. 3) que sur les 3i5 millions d'habitants de
l'Inde anglaise, les races aptes à la guerre en comptent
6i millions, parmi lesquels il serait facile de lever une
armée supérieure en nombre à l'armée anglaise. Pour-
quoi donc l'Angleterre et ses alliées soncjeraient-elles
à attirer en Europe des contingents japonais ?
Vendredi 24 décembre. — Une nouvelle attaque
allemande sur l'Hartmannswillerkopf est repoussée.
Les Bulgares, depuis le 21, sont aux prises avec les
Serbes près d'Elbassan.
On affirme (k tort) que les officiers allemands ont
quitté l'armée bulgare et l'armée turque, où leur pré-
sence était devenue une source de conflits.
La Roumanie appelle la classe de 1918.
Une attaque turque sur Kut-el-Amara, le 28 et le 24,
est repoussée, bien que les Turcs aient pénétré d'abord
dans un fortin.
Le paquebot français Ville-de-Ciotat est coulé sans
avertissement en Méditerranée ; nombreuses victimes.
Un avion autrichien a atterri en Roumanie et a été
saisi.
Dans la nuit de Noël, troubles à Gzeraowitz, à Vienne
et ailleurs, motivés par la cherté des vivres.
La Gazette de Francfort dit que le recensement des
céréales fait en novembre montre que les réserves sont
inférieures aux prévisions. Le journal recommande à la
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 133
population de manger le moins possible « afin de pou-
voir tenir ».
Le Journal de Genève dit que l'Allemagne a été
sauvée jusqu'à présent par ses chimistes. On annonce
qu'ils ont réalisé maintenant la synthèse du caoutchouc,
mais on ne dit pas à quel prix, ni en quelle quantité on
peut le produire.
Le colonel Feyler (Journal de Genève) trouve absurde
l'assertion de Bethmann-Hollweg au Parlement alle-
mand, que les pertes françaises auraient été supérieures
aux pertes allemandes. Il observe qu'à raison de 2.5oo
hommes par kilomètre, l'occupation des i.5oo kilo-
mètres du front allemand absorbe 8.750.000 hommes,
tandis que les 5oo kilomètres du front français n'en
exigent que 1.260.000.
La Zukunft a été suspendue à cause d'articles de
Harden dont la presse anglaise s'est procuré le texte
(Temps du 10 janvier 191 6). En voici des extraits :
Alors que le Gouvernement et sa presse s'emploient acti-
vement à convaincre la nation allemande que la victoire est
d'ores et déjà virtuellement acquise, la vérité est qu'aucune
victoire décisive n'a été remportée, et que l'Allemagne a
encore une terrible lutte à livrer pour son existence même.
Il serait plus sage, vis-à-vis d'une nation intelligente et
patriote comme la nôtre, de lui faire connaître la vérité, que
de la leurrer d'illusions et d'attirer ainsi sur elle les désastres
qui ne peuvent manquer de résulter de l'inévitable effondre-
ment de la confiance publique qui se produira quand les
éléments véritables de la situation seront connus...
Bismarck aurait évité les fautes commises par les gouver-
nants actuels de l'Allemagne. Tout d'abord, il aurait reculé
toute déclaration de guerre jusqu'au moment ovi il aurait été
tout à fait certain de ne pas se trouver en face d'une coalition
ennemie écrasante, tandis que l'Allemagne s'est jetée dans
ce conflit avec la conviction erronée que l'Angleterre reste-
rait neutre.
C'était là un début suffisamment déplorable, mais il restait
alors des moyens de réparer le mal ; il était encore temps de
rallier l'opinion publique en proclamant une politique hardi-
ment progressiste.
La promesse d'un gouvernement réellement parlementaire
aurait fait comprendre au peuple allemand qu'il combattait
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE *
134 CHRO>'OLOGIE DE LA GUERRE
pour lui-même, et non pas pour une clique de généraux et
de fonctionna ires .
Celle du suffrage universel pour les élections à la Diète de
Prusse aurait donné de l'autorité aux socialistes loyalistes;
elle aurait justifié leur politique aux yeux de la masse...
Un engagement formel et précis de répartir de telle façon
les nouveaux impôts que les classes pauvres n'en soient pas
écrasées aurait aussi beaucoup étouffé les protestations
contre la guerre qu'on entend maintenant de tous côtés en
Allemagne.
Samedi 25 décembre. — Les Autrichiens ont
passé la Tara, rivière qui formait, avant 1918, la fron-
tière entre le Monténégro et le Sandjak,
La Roumanie vend aux Empires du Centre 5oo.ooo
tonnes de blé. La situation économique et financière du
pays est mauvaise ; il doit vendre le plus qu'il peut là
où il trouve des clients.
Le Tsar est parti pour le front.
Le Shah a choisi un nouveau ministère, favorable
aux Alliés.
A l'ouest de l'Egypte, 3. 000 Arabes ont été repoussés,
laissant 200 morts.
Un échange de notes au sujet de l'Epire a eu lieu
entre la Grèce et l'Italie.
Des troubles, causés par la disette, sont signalés à
Munster et à Cologne.
Dimanche 26 décembre. — Les Monténégrins,
poursuivant leur offensive, reprennent plusieurs vil-
lages.
Le général Castelnau, revenu d'une tournée d'inspec-
tion à Salonique, est reçu à Athènes par le Roi,
Les Russes occupent Assad El Abad à l'ouest d'Ha-
madan.
Sur le lac Tanganyika, les Anglais s'emparent du
navire allemand Kingani, dont tous les officiers ont été
tués.
On publie à Milan une proclamation apocryphe de
Guillaume II a à mon héroïque peuple serbe ».
Lundi 21 décembre. — Une proclamation du roi
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 135
d'Angleterre annonce que les troupes de l'Inde quittent
la France pour une autre destination.
Après plusieurs jours de combats, les Bulgares
occupent Elbassan.
64.000 soldats serbes (sur 80.000) ont été ramenés
en Albanie par le général Stepanovitch.
Les Russes repoussent une forte attaque allemande
au sud du lac Babit (front de Riga).
Après avoir occupé Kachen, les Russes marchent sur
Ispahan.
On affirme à Rome que Guillaume II doit subir une
opération à la gorge.
Les Débats réclament le blocus des ports Scandinaves
qui ravitaillent l'Allemagne.
On assure que les gaz allemands ont détruit les rats
dans les tranchées anglaises près d'Ypres.
Le Yunnan se révolte contre Yuan-Chi-Kaï, peut-être
à l'instigation d'agents allemands qui veulent créer des
embarras au Japon.
Mardi 28 décembre. — Les Français prennent des
tranchées à l'Hartmannswillerkopf, entre les deux som-
mets du Rehfelsen et du Hirzstein.
Les forts et les navires de guerre de Cattaro ont tiré
plus de i.ooo obus sur le front du mont Lovcen.
L'opinion publique en Grèce se prononce de plus en
plus pour les Alliés.
Commencement d'une grande offensive russe en Bes-
sarabie.
Les Français ont occupé (le 27) l'îlot de Castellorizo
entre Rhodes et Adalia; le Gouvernement grec pro-
teste.
Un cuirassé français bombarde les batteries turques
de la côte d'Asie ; les troupes françaises commencent à
évacuer la presqu'île.
Un vapeur grec a été coulé dans la mer du Nord.
Une « ligue humanitaire allemande », organe de
socialistes en exil, publie un manifeste de Noël décla-
rant que la guerre n'a pas été entreprise pour défendre
l'Allemagne, mais pour satisfaire les appétits de cons-
136 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
pirateurs prussiens, et que l'Allemagne, autrefois
honorée dans le monde entier, est devenue l'objet du
mépris de la civilisation. Il conclut en demandant la
déposition de Guillaume II et l'exécution de ses com-
plices (authentique ?)
La valeur du mark est tombée en Suisse au-dessous
de celle du franc.
Une ordonnance prussienne autorise les camions
automobiles à circuler désormais sans pneus.
855 professeurs autrichiens demandent une union
économique étroite entre l'Allemagne et l' Autriche-
Hongrie.
Bourtsev, revenu de Sibérie, préconise à Petrograd
la guerre à outrance : « Vaincre l'Allemagne, c'est faire
triompher les principes de la démocratie russe. » {Temps
du 29.)
Le cabinet de Londres a décidé d'exiger le service
militaire des célibataires.
10.000 délégués des provinces de l'Inde, réunis k
Bombay en conférence nationale, font profession de
loyalisme.
Mercredi 29 décembre. — Depuis le début des
opérations sur l'Hartmannswillerkopf, les Français ont
fait 1.668 prisonniers valides.
Par suite de l'activité des sous-marins autrichiens, le
ravitaillement du Monténégro est très difficile.
Une division autrichienne étant sortie de Cattaro
pour bombarder Durazzo a rencontré des escadrilles
alliées et a dû fuir, ayant perdu deux torpilleurs. Le
sous-marin français Monge a été coulé.
Des avions anglais bombardent la gare de Comines.
L'Allemagne avance 4oo millions à la Turquie.
Jeudi 30 décembre. — Les Allemands ont fait
éclater cinq mines au nord de Loos, causant des pertes
aux Anglais.
Vers Armentières, vive canonnade ; les gros mortiers
anglais endommagent les lignes allemandes.
Des avions ayant lancé des bombes sur Salonique et
fait ainsi acte de guerre, les Alliés arrêtent les consuls
ï
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 137
d'Allemagne, d'Autriche, de Bulgarie et de Turquie,
qui sont embarqués pour Toulon.
On affirme que des mouvements anti-bulgares ont
éclaté dans plusieurs garnisons grecques.
Un torpilleur a amené le roi Pierre de Valona à Salo-
nique.
Les Autrichiens ont repris Raskova-Gora (front du
Lovcen) et s'y fortifient.
Une violente bataille est engagée dans la Galicic
orientale. Les Autrichiens reculent.
Les Anglais, en Mésopotamie, sont fortement canon-
nés par les Turcs.
Le paquebot Persia, de la ligne péninsulaire, allant
de Londres à Bombay, est torpillé au sud de la Crète et
coule en cinq minutes. Il y a 333 victimes, dont le
consul des il,tats-Unis à Aden. Le sous-marin n'a pas
montré son pavillon.
Au cours du bombardement de Durazzo par l'escadre
autrichienne, un vapeur contenant 5oo tonnes de vivres
pour le Monténégro a coulé.
Un avion français a bombardé Monastir.
A Genève, le mark est à 99,70 ; la couronne à 07,20 ;
le Paris à 89,85 ; le Londres k 24,90.
Le Journal de Genève, montrant l'absurdité des pré-
tendues conditions de paix allemandes publiées à
Zurich, conclut : « L'Entente n'a pas voulu la guerre ;
elle l'a subie. Elle en vient seulement à se sentir prête
à la soutenir tant qu'il le faudra. »
Le sénateur Elihu Root dit au congrès panaméi'icaiu
de San-Francisco : « A la fin des hostilités, des mesures
devront être prises par toutes les nations civilisées poui-
que le monde soit désormais régi par un code interna-
tional défini. Toute nation qui ne souscrirait pas à cela
serait mise hors la loi. »
L'Autriche répond aux Etats-Unis que VAncona a
essayé de fuir, que la mort des personnes qui se noyè-
rent doit surtout être attribuée à la conduite fâcheuse
de l'équipage; pourtant, le commandant du sous-marin
a été blâmé pour n'avoir pas pris suffisamment eu consi-
138 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
(lération la panique qui régnait à bord du navire. L'Au-
triche consent à indemniser les citoyens américains.
Le maréchal French prend le titre de vicomte d'Ypres.
Vendredi 31 décembre. — Une attaque alle-
mande sur le Hirzstein a été repoussée.
Un grand dépôt allemand d'obus saute en Alsace.
Les ministres de l'Allemagne et de ses alliés protes-
tent à Athènes contre l'arrestation des consuls à Salo-
nique. Skouloudis répond que le Gouvernement grec
proteste de son côté. On assure, d'autre part, que le
Gouvernement grec a protesté contre le bombardement
de Saloniquc par des avions.
Des troupes anglaises ont débarqué à Orfano (est de
la Chalcidique).
On dit que les Italiens, débarqués en Albanie, ont
opéré leur jonction avec les Serbes.
Le grand-duc Boris, oncle du tsai", arrive à Buca-
rest.
Un violent combat d'artillerie a lieu devant Dvinsk,
Les Russes passent sur la rive gauche du Styr et
prennent Khriasi. Dans la région d'Oussetchko, l'en-
nemi est refoulé sur la rive droite du Dniester. Entre le
Dniester et la frontière roumaine, les Russes ont atteint
et détruit les fils barbelés.
Sur la frontière libyque, les Anglais ont pris un camp
arabe abandonné et y ont fait un grand butin.
On dit que les Russes ont pris, à Kum, 1.600.000
cartouches et 3. 000 obus.
Le croiseur cuirassé anglais Natal coule, par suite
d'une explosion intérieure, dans un port anglais.
Pendant le mois de décembre, les Allemands ont
coulé 20 vapeurs anglais (/jS.ooo tonnes).
Guillaume II, toujours souffrant de la fièvre (d'autres
disent d'un empoisonnement du sang), adresse une pro-
clamation aux armées allemandes, rappelant les victoires
remportées, mais aussi la menace de famine et les
haines qui pèsent sur l'Allemagne. Il écrit àl'évêque de
Munster : « Puissent les ferventes prières du peuple
allemand, implorant l'aide divine pour triompher des
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 139
dures tribulations qui nous éprouvent, être entendues
au cours de l'année nouvelle ! »
Dans la nuit, à Berlin et ailleurs, manifestations
bruyantes pour la paix.
Les pertes prussiennes atteignent 2.536.ooo hommes,
dont 600.000 tués et 356. 000 manquants.
E. Lavisse écrit dans la Revue ae Par/.s (i'^'' janvier) :
« Beaucoup d'Européens pensaient que les Etats-Unis
étaient de taille a prendre dans le monde le rôle d'une
qrande puissance morale. Cette illusion s'est évanouie...
i^e Souverain Pontife a parlé plusieurs fois d'un toji
dolent et obscur... Il est temps de nous réduire au
nécessaire pour conformer notre conduite à l'état des
choses. C'est d'ailleurs notre devoir de faire des écono-
mies pour payer notre dette aux œuvres de solidarité et,
si cela est encore nécessaire, pour prêter notre argent
à la France. »
NANCÏ, IMPRIMEHIE BEnOER-LEVRAULT
Chronologie
de la Guerre
(1^^ JANViER=30 JUIN 1916)
1
114. CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
R a été tiré de ce volume cinquante-cinq exem-
plaires numérotés à la presse, dont :
5 sur papier du Japon (N°^ i à 5);
5o sur papier de Hollande (N°^ 6 à 55).
Copyright by Berger-Lcvraull 1916
PAGES D'HISTOIRE - 1914-1916
o« SÉaiE a, 4
S. R.
MEMBRE DE PLUSIEURS SOCIÉTÉS SAVANTES
CHRONOLOGIE
E LA GUERRE
QUATRIÈME VOLUME
(I" JANVIER-30 JUIN 1916)
Successu crescat honestum
(Luc AIN, LX, 571.)
BRAIRIE MILITAIRE BERGER-LEVRAULT
PARIS I NANCY
5-7, RUE DES BEAUX-ARTS j RUE DES GLACIS, l8
1916
Chronologie
de la Guerre
a*' JANVIER = 30 JUIN 1916)
JANVIER
Samedi 1" janvier 1916. — Dix obus k longue
portée sur Nancy font peu de dégâts.
Le roi Pierre de Serbie est arrivé à Salonique.
Les Monténégrins résistent aux Autrichiens vers Be-
rana.
Des avions autrichiens jettent des bombes sur Du-
razzo.
Les Anglais ont occupe Jaunde (Cameroun), d'oii les
fonctionnaires allemancfs se sont enfuis.
Le ministre de la guerre Polivanov a déclaré au cor-
respondant du Times : « Je prévois pour l'année nou-
velle une grande amélioration de la situation militaire;
ce sera le résultat direct de la coopération plus intime
assurée entre la Grande-Bretagne et nous. »
Gernesson écTii (L'Emancipation, ianv. 1916, p. 8) :
« Quand la guerre sera finie, nous aurons notre Congrès
de Vienne à tenir et à en faire sortir non pas seulement
un avenir diplomatique précaire, mais un avenir de
paix éternelle pour nos fils, plus heureux que nous. »
b CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
F.-W. Foerster, professeur à Munich, déclare, dans
une brochure publiée à Zurich, que le « bismarckisme >
est responsable de la catastrophe actuelle (Voir Journal
de Genève, 8 mai).
Dimanche 2 janvier. — Encore deux obus sur
Nancy.
Violent bombardement à rHartmannswillerkopf ;
nous reculons sur la rive ouest du ravin au sud du
Rehfelsen.
Combats acharnés à Toporava, à la frontière de Bes-
sarabie ; les Russes progressent au nord-est de Czer-
novitz.
De nombreux espions sont arrêtés à Salonique par
les Alliés.
La presse gounariste publie des articles violents
contre les Alliés. Parlant à un journaliste anglais, le
roi de Grèce a avoué qu'il existait une entente entre la
Grèce et la Bulgarie, mais a repoussé l'accusation de
nourrir, à l'égard des Alliés, des sentiments hostiles.
Si les Bulgares marchent sur Salonique, l'armée grecque
restera t spectatrice désintéressée ».
Les Turcs canonnent Kut.
Le Temps (du 3) insiste sur la nécessité de mettre
fin au banditisme naval en détruisant les repaires des
corsaires, en ruinant leurs possibilités de ravitaille-
ment et leur organisation de renseignements.
On croit à Athènes que l'explosion de la poudrerie
de Haskeui est due k un avion français.
Le Tsar, passant en revue les chevaliers de Saint-
Georges, afnrme qu'il ne conclura pas la paix avant
d'avoir chassé le dernier ennemi du sol russe et seule-
ment en plein accord avec les Alliés, auxquels la Russie
est liée non par des chiffons de papier, mais par une
amitié vraie et le sang.
Les mineurs du pays de Galles repoussent toute me-
sure de conscription et réclament un plébiscite à ce sujet.
La Société américaine de Droit international a décidé
que le français serait désormais la langue officielle de
son administration.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 7
Lundi 3 janvier. — L'offensive russe se précise en
Bessarabie et sur le Dniester, au nord-est de Zalesz-
czyki.
Le Gouvernement grec proteste contre les arresta-
tions opérées à Salonique ; il désavoue, dans une note,
les violences d'une pai'tie de la presse grecque contre
l'Entente.
Le ministre des Finances bulgare dit que l'armée a
reçu l'ordre de se fortifier sur la frontière gréco-serbe.
Un autre ministre parle de questions en litige entre la
Bulgarie et la Roumanie.
Le président Wilson est reparti pour Washington,
interrompant son voyage de noces. Les États-Unis
demandent à Vienne quelle était la nationalité du sous-
marin qui a torpillé le Persia.
Des avions autrichiens, volant vers Vérone, sont mis
en fuite par l'artillerie.
On affirme que Guillaume II souffre d'un empoison-
nement du sang; le chancelier seul l'a vu le i" jan-
vier.
Le total avoué des pertes prussiennes s'élève à
2.3 16.000 hommes. Hilaire Belloc démontre (Land
and Water, 3o déc. igiô) que les Allemands n'avouent
qu'en partie les manquants, les malades et les blessés.
Mardi 4 janvier. — Huit gros obus sur Nancy.
Progrès des Russes au nord-est de Czernovitz (i.o5o
prisonniers).
Du 4 au 6, bombardement intense du mont Lovcen
par les Autrichiens.
Le Paîris qualifie la nouvelle Chambre grecque de
f jRe/c/is/fl^ hellénique ».
Les Austro-Allemands voudraient faire croire que le
sous-marin qui a coulé le Persia était bulgare ou turc;
les Etats-Unis ne sont pas dupes.
A Genève, le mark est tombé à 95,5o.
On publie le rapport de Lord Derby sur les enrôle-
ments. Il reste Goo.ooo célibataires non enrôlés; le
National Register indique 5.oi i .ooo hommes entre dix-
huit et quarante ans, dont 2.180.000 non mariés.
8 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Journal de Genève : « L'entreprise allemande déchaînée
eu août 1914 n'a pas triomphé; elle n'est pas brisée. La
décision reste à obtenir et igi6 recèle dans ses flancs le plus
formidable secret qui, depuis des siècles, ait pesé sur notre
planète. »
Mercredi 5 janvier. — Dans la nuit du 4 au 5,
les Allemands, après un bombardement violent, ont
attaqué nos tranchées entre la cote 198 et la butte de
Tahure ; ils ont été repoussés. Les canons français, en
Champagne, ont détruit tout un matériel d'attaque par
les gaz.
Progrès italiens à San Giovanni, dans la zone de Riva.
Les Russes occupent le cimetière de Tsartorisk. Une
bataille violente se livre sur le front Tarnopol — Trem-
bovla (3.5oo canons, 800.000 hommes). Bien que les
blessés autrichiens se comptent par dizaines de mille,
les barrages de fils de fer opposent de grandes diffi-
cultés au progrès des Russes.
Le comte Salis Leewis, commandant militaire de
Vienne, est nommé gouverneur général de la Serbie.
16.000 Autrichiens, prisonniers des Serbes, ont été
internés à l'île d'Asinara.
Les Monténégrins continuent a repousser les Autri-
chiens.
On affirme que les documents découverts par les
Alliés à Salonique démontrent l'existence d'un vaste
complot ; les Alliés devaient être pris à revers par de.s
bandes organisées.
Journal dé Genève : « Grâce à son roi, l'HelIade se
débat à travers une perversion complète des lois natio-
nales et internationales. »
On dit à Washington que le Gouvernement améri-
cain exigera le châtiment du commandant du sous-
marin qui coula le Persia et tua un fonctionnaire amé-
ricain.
Gazette de la Croix : « Il faut espérer que les Etats-
Unis ne feront pas de démarches diplomatiques avant
que tout soit élucidé, car la patience de l'Allemagne a
aussi des limites. »
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE y
Un Livre Blanc publié ce jour contient un mémo-
randum de l'Allemagne réclamant la mise en accusation
pour assassinat de l'équipage du croiseur auxiliaire
anglais Baralong, qui coula, sur les côtes d'Irlande, un
sous-marin allemand. Sir Ed. Grey répond ironique-
ment, en proposant de soumettre l'affaire du Baralong
et les crimes des Allemands sur terre et sur mer à une
commission d'enquête formée d'officiers de marine
américains.
Des avions alliés ont bombardé Guevgeli et détruit
les hangars du camp d'aviation allemand.
Le grand-duc Michaïlovitch est parti pour le Jajjon
avec un colonel d'état-major et le directeur de la section
d'Extrême-Orient au ministère russe des Affaires étran-
gères.
Asquith présente à la Chambre des Communes un
projet de loi sur le recrutement, valable pour l'Angle-
terre et l'Ecosse seulement. Les célibataires ou veufs
sans enfants, de dix-huit à quarante et un ans, qui
n'ont pas de motifs graves d'exemption, seront appelés
sous les drapeaux. Cette loi donnerait à l'Angleterre
3.400.000 soldats de plus (?).
Le Pester Lloijd, de Budapest, ayant annoncé que
les papiers du prince Alexandre de Serbie contenaient
la preuve de la complicité de ce prince avec le Gouver-
nement serbe dans l'assassinat de l'archiduc Ferdinand,
le prêtre Locali, chef transylvain, déclare, dans un
manifeste électoral, que des documents vont être
publiés, établissant que le comte Tisza et de hauts
fonctionnaires austro-hongrois sont les auteurs véri-
tables du crime {Temps du 6).
Jeudi 6 janvier. — Les Russes ont progressé de
2 kilomètres à l'ouest de Tsartorisk.
Dans la région de Riga et au nord-est de Czernovitz,
Allemands et Autrichiens dirigent des jets de gaz asphy-
xiants contre les Russes.
Le roi Nicolas de Monténégro a dit k un envoyé du
Journal que la situation est devenue intenable; il lutte
10 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
contre un ennemi dix fois supérieur avec des troupes
affamées.
Au consulat allemand de Salonique, on a trouvé i8o
fusils, 2.000 drapeaux turcs, des cartouches de dyna-
mite et des mèches pour détonateurs.
Un sous-marin anglais coule dans les eaux de l'île
Texel ; l'équipage est sauf.
Un vapeur italien, avec 4^5 recrues monténégrines
d'Amérique, touche une mine devant Saint-Jean-de-
Medua et coule ; il y a 200 victimes.
Le projet de loi anglais sur le recrutement a été
adopté en première lecture par ^o3 voix contre io5.
Le mark est tombé à Zurich à 91,60, la couronne à
69. La livre sterling, à Amsterdam, vaut 26,33 marks au
lieu de 19,50.
L'Allemagne réquisitionne partout le cuivre et le
caoutchouc, dont la fabrication chimique n'a pas donné
les résultats espérés. La fabrication des explosifs est, par
contre, assurée au moyen des usines d'ammoniaque.
A partir de ce jour, le lait est rationné en Autriche-
Hongrie.
La Bohême vit sous le régime de la terreur; plus de
100.000 Tchèques seraient en prison.
Le Pape appelle à Rome le cardinal Mercier et les
évéques de Namur et de Tournai.
On compte que les forces austro-allemandes sur le
front russe s'élèvent à 120 divisions d'infanterie et 23
de cavalerie.
Suivant la Gazette de Zurich, depuis le début de la
guerre, les Allemands auraient perdu 3.700.000 hommes,
les Autrichiens 3. 100.000, les Turcs et Bulgares 600.000.
11 y aurait goo.ooo morts allemands, 84o.ooo autri-
chiens, i5o.ooo bulgares et turcs.
Une grosse insurrection, conséquence d'une grève,
éclate parmi les mineurs autrichiens de Youngstow^n
(Ohio).
Vendredi 7 janvier. — Les Allemands ont réussi
à reprendre Tsartorisk, mais en ont été chassés de nou-
veau, ne gardant que le cimetière.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 11
Sur le cours moyen de la Strypa, les Russes avancent
(i.ooo prisonniers). Les Autrichiens contre-attaquent
en force au nord-est de Gzernovitz.
A l'aide de la flotte sortie de Cattaro, les Autrichiens
ont pris pied sur le sommet du mont Lovcen.
Les Turcs dirigent une forte attaque contre les lignes
anglaises à Hellès. Dans la nuit, l'évacuation se pour-
suit.
Le Daily Mail publie le rapport de sir Jan Hamilton
sur l'attaque manquée de Suvla.
En Mésopotamie, les Anglais battent trois divisions
turques (2 canons, 700 prisonniers).
BernstorfF informe le Gouvernement américain qu'au-
cun navire de commerce ne sera torpillé sans avertisse-
sement dans la Méditerranée et que, dans la zone des
Iles Britanniques, les paquebots ne seront coulés que si
l'état de la mer permet aux passagers de se servir avec
sécurité des canots de sauvetage. II ajoute que l'Alle-
magne est prête à indemniser les victimes du Lusitania.
Le prince Ghika, ministre de Roumanie à Rome, a
de fréquents entretiens avec Sonnino. On croit à Rome
que la Roumanie interviendra au moment où l'on s'y
attendra le moins.
Vu les obus de 38o tombés récemment sur Nancy,
les œuvres d'art du musée de cette ville ont été trans-
férées à Troyes.
Samedi 8 janvier. — Au nord de l'Aisne, notre
artillerie détruit les moulins de Chatillon, à l'est de
Fontenoy, organisés défensivement par l'ennemi.
Nouvelle attaque allemande sur l'Hartmannswiller-
kopf; progrès allemand au Hirzstein, dans le secteur
perdu le 21 décembre.
Repington (Times) estime que les Allemands n'ont
pas plus d'un million de baïonnettes sur le front ouest.
Un signale l'apparition, sur le front russe, d'un grand
nombre d'autobus allemands blindés.
Au dire d'un témoin, a Salonique est devenue une
sorte de Sébastopol retourné du côté de la terre »
(Temps du 9).
12 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Les Bulgares, renforcés, ont repris l'offensive contre
Elbassan.
L'attaque autrichienne contre le Monténégro se déve-
loppe sur trois fronts.
Les communications entre Sofia et Belgrade sont
rétablies.
Le consul d'Allemagne à Mitylène et son drogman
ont été arrêtés par les Alliés.
Les consuls arrêtés à Salonique sont arrivés à Toulon
sur le paquebot où ils étaient internés.
Dans la nuit, évacuation totale de la presqu'île de
Gallipoli.
Victoire russe k Assadabad, entre Hamadan et Kir-
manshah.
Le général commandant les troupes russes a été reçu
par le Shah à Téhéran.
Le Goeben reparaît dans la Mer Noire et poursuit des
torpilleurs russes ; l'escadre russe le met en fuite en lui
infligeant des avaries.
L'Espagne interdit la vente de ses navires marchands.
Radoslavof a dit à Sofia : « Monastir restera à jamais
bulgare. Il n'y aura plus de nation serbe et nos fron-
tières seront désormais communes avec l'Autriche-
Hongrie. La question de la présence des Franco-Anglais
à Salonique sera résolue en quelques jours k notre
entière satisfaction. » Ghenadief s'est associé à ces
déclarations.
La Gazette de Francfort prétend que la Chine (tra-
vaillée par des émissaires allemands) va instituer le
service obligatoire.
On assure à Tokio que l'Allemagne aurait proposé
une paix séparée au Japon et à la Russie, qui ont
refusé. Suivant la Gazette de Voss, le grand-duc
Mikhaïlovitch serait porteur d'une lettre du Tsar à
l'empereur du Japon, sollicitant la coopération navale
et militaire du Japon en Europe.
La Prusse et la Saxe interdisent toute réunion pu-
blique au sujet de la cherté des vivres.
Un incendie a détruit deux bâtiments des usines
Krupp à Essen.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 13
La milice de l'Ohio a dû intervenir à Youngstown ; il
y a des tués, des blessés et plusieurs millions de dégâts.
Dimanche 9 janvier. — Les Français ont évacué
le sommet du Hirzstein, les Allemands s'étant emparés
d'un col au nord de ce sommet.
Les contre-attaques dirigées par Mackensen vers
Sadagora (front de Czernovilz) échouent comme les
précédentes. Les Russes consolident leur avance.
On assure que les Anglais ont évacué la presqu'île
de Gallipoli presque sans perles.
La Deutsche Tageszeitung déclare que les Allemands
n'attaqueront pas Salonique.
On annonce que 82.000 Italiens ont été débarqués à
Valona.
La colonne du général Aylmer a pris d'assaut la posi-
tion turque de Chaïkh-Sad ; mais les 10.000 Anglo-
Indiens de Kut sont toujours cernés et en péril.
Le cuirassé ancjlais King Edward VII di touché une
mine et a coulé ; il n'y a pas de victimes.
Rousset, sur l'évacuation de Gallipoli : « Ainsi prend
fin une aventure mal engagée, compromise presque aus-
sitôt qu'engagée, et qui, par suite d'erreurs irréparables,
aurait pu fort mal tourner. Félicitons-nous donc qu'elle
se soit terminée aussi heureusement. » {Liberté du 12.)
« Les nouvelles que l'on reçoit d'Allemagne sont des
bruits, et ces bruits sont des craquements, d {Journal
de Genève.)
On écrit au Temps (9 janvier) : « Au sujet du mystère de
Sarajevo (car c'est bien un mystère), il convient de rappeler
qu'à la fin de juin igiS un journal viennois a écrit : « La
Suisse doit savoir que le meurtre de Sarajevo a été machiné
par l'Entente et exécuté par la Serbie, son alliée, à laquelle
les assassins à gages ont servi d'instruments. » (Texte inté-
gral dans le Journal de Genève du 3o juin).
L'évidente ineptie de cette assertion ne doit pas la faire
négliger, car ce n'est pas seulement le voleur qui crie : « Au
voleur I » ; cette tactique élémentaire convient aussi à de
pires scélérats. Un des premiers jurisconsultes de l'Angle-
terre, correspondant de l'Institut de France, sir Fred Pol-
lock, écrivait en décembre 1914 : " Bien des gens en Russie
14 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
et ailleurs pensent qu'au sujet de l'attentat de Sarajevo on
était aussi renseigné à Vienne qu'à Belgrade. » S. Reinach.
Pertes anglaises à ce jour : 520.000 hommes, dont
128.000 tués.
Lundi 10 janvier. — A la suite d'un violent bom-
bardement commencé le 9, trois divisions allemandes
ont attaqué à quatre reprises le front de Champagne
(La Courtine — Mont Têtu) et ont été arrêtées par notre
tir. L'ennemi n'a pris pied que dans deux tranchées
avancées. La lutte a continué le 1 1 en notre faveur.
Les Allemands, sur le front russe, se servent de nou-
veaux appareils, répandant en abondance les gaz asphy-
xiants.
On fait remarquer à Petrograd que l'offensive russe
en Bukovine n'est pas exécutée avec tous les moyens
que le recrutement fournit à la Russie.
Les Monténégrins ont évacué le mont Lovcen, bom-
bardé par terre et par mer. Les batteries autrichiennes
bombardent les avancées de Cettigné.
On dit à Bucarest que, depuis une semaine, les
Autrichiens ont perdu 100.000 hommes (?).
So.ooo Italiens et autant d'Albanais construisent des
ponts et ouvrent des routes en Albanie.
Canonnade sur tout le front de Doiran.
Le Gouvernement grec a protesté contre l'arrestation
du consul allemand à Mitylène.
Le colonel Teodorovich a déclaré à un journaliste
italien à Salonique que les dix divisions de l'armée
serbe, composées de troupes du premier et du deuxième
ban, ont été sauvées par le troisième ban. Cette seconde
armée, composée d'hommes de quaranle-cinq à cin-
quante-cinq ans, s'est sacrifiée pour couvrir la retraite
des divisions plus jeunes. Elle a perdu 5. 000 hommes;
les autres furent capturés. Cette armée a soutenu tous
les combats pendant deux mois, faisant perdre au moins
100.000 hommes à ses adversaires.
On assure que les Turcs envoient de gros renforts à
Bagdad et en Perse ; l'expédition de Mésopotamie aurait
été substituée à celle d'Lgypte, reconnue prématurée.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 15
On dit k Rome que le sous-marin qui coula YAncona
étant allemand, l'Autriche aurait menti en disant qu'elle
a blâmé le commandant de ce navire.
Le Gouvernement italien a réquisitionné la villa
d'Esté et l'a transformée en hôpital militaire.
Le Congrès hellénique de Paris a décidé : i° qu'il est
urgent de faire respecter les libertés constitutionnelles
de la Grèce ; 2° qu'il est de l'intérêt des Grecs de se
mettre du côté de l'Entente.
La fabrique de poudres Dupont à Carneyspoint a fait
explosion (malveillance).
Mardi 11 janvier. — Maîtresse du mont Lovcen,
l'armée autrichienne avance au delà du Lim vers la
Tara.
Le débarquement des Serbes à Corfou a commencé,
préparé par un détachement français. Les Alliés ont
avisé la Grèce qu'il ne s'agit nullement pour eux d'oc-
cuper Corfou.
A Athènes, les journaux payés par l'Allemagne accu-
sent Venizelos de conspirer contre la monarchie avec
l'appui de l'Angleterre et de viser à la présidence de la
République grecque.
La population de la Turquie est dans la misère, les
Allemands ayant acheté tout ce qu'ils trouvaient dans
le pays. On dit que Talaat bey, qui s'oppose à la ger-
manisation complète de la Turquie, est soutenu par le
Sultan contre Enver.
L'escadre russe a lancé 5o obus sur Varna, Les tor-
pilleurs russes ont détruit dans la Mer Noire un sous-
marin ennemi et deux voiliers chargés de houille.
Des avions-canons français ont descendu deux avions
allemands d'un nouveau type défensif (Fokker).
Un dépôt de munitions a fait explosion à Lille, cau-
sant de grands dommages à la ville. Les Allemands
parlent, à ce propos, d'un « attentant anglais ».
Feyier {Journal de Genève) : « Le nombre paraît grandir
Ide ceux qui se demandent si l'heure ne sonnera pas bientôt
où le peuple libéral réclamera la fm du rêve pangermaniste.
16 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Une partie du peuple allemand est en train de retrouver le
sens critique. »
Mercredi 12 janvier. — l'ne attaque allemande
avec gaz suffocants, dans la région de Forges (entre
Argonne et Meuse), s'est retournée, par l'effet d'une
saute de vent, contre les empoisonneurs.
Les Autrichiens ont évacué des tranchées au nord-est
de Czernovitz. Les Russes ont gagné, en tout, de 26 à
3o kilomètres en Bukovine, de 12 à 10 en Galicie. De
grands convois de prisonniers allemands arrivent à
Kiev.
Une nouvelle offensive turque, soutenue par une nom-
breuse cavalerie kurde, se poursuit dans le Caucase.
Quatre avions anglais, partis du front, ne sont pas
rentrés.
Bombes d'avions autrichiens sur Rimini ; peu de
dégâts.
Discussion au Rcichstag sur la question des vivres.
Le sous-secrétaire d'État Michaelis déclare qu'au lieu
de 17 millions de tonnes de céréales, comme en temps
ordinaire, l'Allemagne n'en a que 9. « Sans les réserves
de l'avant-dernière récolte, nous nous trouverions en
face de difficultés presque insurmontables. Le consom-
mateur doit faire son devoir et manger parfois ce qu'il
n'aime pas. Il ne doit voir qu'une chose : que l'Alle-
magne puisse tenir jusqu'au bout. »
Le groupe socialiste du Reichstag a expulsé Lieb-
knecht. En revanche, les comités socialistes des cir-
conscriptions II et VI de Berlin ont approuvé leurs dé-
putés d'avoir voté contre les crédits militaires.
De graves désordres ont eu lieu à Berlin.
Par 43 1 voix contre 89, la Chambre des Communes a
adopté, en seconde lecture, la loi sur l'enrôlement obli-
gatoire des célibataires.
Jusqu'au 3i décembre, la police autrichienne a pro-
noncé 10.000 condamnations contre des spéculateurs
sur denrées alimentaires.
Le prince et la princesse Danilo de Monténégro sont
arrivés à Rome.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 17
Le grand-duc Mikhaïlovitch a été reçu par l'empe-
reur du Japon à Tokio.
De i5 shillings par tonne, le fret de La Plata a
monté à i5o.
Un correspondant du Daily Mail, ayant fait une
enquêté dans les pays Scandinaves, conclut : « Nous
nourrissons les Allemands et nous (les Anglais) les
avons toujours nourris depuis le début de la guerre. »
Il donne, à l'appui, des chiffres sur les importations
énormes du Danemark.
Jeudi 13 janvier. — Les Russes attaquent de nou-
veau sur le front de Bessarabie.
On assure que le roi de Monténégro a ouvert des
négociations pour la paix.
Les Alliés font sauter les ponts du chemin de fer à
Demir-Hissar (Struma) et k Kilindir.
Dans le Caucase, les Russes prennent 4oo Turcs,
6 canons, 8 mitrailleuses.
Le général Aylmer repousse les Turcs le 1 3 et le i4;
les Anglais sont à 25 milles de Kut.
Des troupes turques sont arrivées à Kirmanshah.
On découvre k Constantinople un complot contre
Enver et les Allemands. La population est exaspérée
par la misère.
Des soldats serbes commencent à débarquer k Bi-
zerte.
Le sous-marin Foucault a coulé, près de Cattaro, un
croiseur autrichien.
Dubost dit au Sénat : « Silence k ceux qui, trompés
par la stagnation apparente des fronts de combat, ne
comprendraient pas la croissance continue de nos forces
et la décroissance continue des forces adverses ! »
E. Deschanel, parlant k la Chambre, insiste sur les
services rendus par les commissions et défend le régime
parlementaire incriminé.
A la Diète prussienne, lisant le discours du trône,
Bethmann-Hollweg affirme que l'Allemagne tient la
victoire et accuse d'aveuglement les ennemis de l'Alle-
magne qui ne veulent pas le reconnaître. Non seule-
114- CHRONOLOGIE DE LA OUERIUi 2
18 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
ment, k l'en croire, les Alliés auraient déchaîné la
guerre, mais ils seraient cause que les peuples conti-
nuent à s'entre-déchirer.
Richet dit à l'Université de Christiania : « Je suis
pacifiste ; la France est pacifique; c'est justement pour
avoir la paix durable que nous lutterons jusqu'au
bout. »
Pour la première fois depuis sa maladie, Guillaume II
a reçu un diplomate, le nouveau ministre de Perse.
A partir du i" février, la ration de pain k Berlin sera
réduite de l'^ggôo k l'^sgoo par semaine; les rations
complémentaires seront réduites de 5oo à 35o grammes.
L'espion belge qui dénonça Miss Gavell a été trouvé
assassiné k Schaerbeek.
Un incendie, attribué aux Allemands, détruit un
dépôt d'équipements militaires au Portugal (lo millions
de dégâts).
« Un réseau de fils de fer contre le commerce allemand,
un pacte de paix entre les Alliés aussi efficace c^ue le pacte
de guerre, voilà les nécessités de demain. » (fiaily Mail.)
Vendredi i4 janvier. — Attaque très vive des
Autrichiens au nord-ouest de Gorizia, d'abord heureuse,
puis repoussée avec pertes.
Froid terrible dans la région Riga-Dvinsk.
Les Autrichiens sont entrés sans résistance à Cettigné
et ont occupé Spizza (Dalmatie), en face d'Antivari.
L'Autriche a protesté auprès des États-Unis contre
l'occupation de Gorfou.
Le général Moschopoulos, dans un ordre du jour aux
troupes grecques, dit que la Grèce est entourée de ses
ennemis héréditaires et fait une claire allusion k la
possibilité d'une action avec l'Entente, (( quand le mo-
ment sera venu ».
L'Autriche affirme k Washington qu'aucun sous-
marin n'a torpillé le Persia et que la catastrophe doit
être due à une mine ou k une explosion interne.
Le cardinal Mercier a été reçu avec enthousiasme à
Rome.
I
i
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 19
Deux colonels suisses, accusés de complaisances
graves au profit de l'Allemagne, ont été mis aux arrêts.
Le Journal de Genève se demande pourquoi l'Italie
n'a pas secondé la résistance du Monténégro et conclut
qu'il doit y avoir k cela des motifs que nous ignorons.
Le colonel Feyler démontre que les statistiques des
pertes allemandes sont mensongères, impliquant une
proportion de 1,74 blessés pour i mort, alors que les
statistiques de l'Entente donnent 4,3 à 4,8. Il fait voir
aussi que les Allemands ont perdu 267.000 hommes au
mois de septembre en Champagne et en Artois, alors
qu'ils ont prétendu n'avoir engagé qu'une division en
Champagne.
Croyant avoir apaisé les Etats-Unis par des conces-
sions, l'Allemagne les sollicite d'agir auprès de l'Angle-
terre pour faire relâcher le blocus,
« La fin de cette guerre sera une affaire de négociations
entre des antagonistes à peu près immobilisés et extrême-
ment délabrés. » (Wells, Temps du i5.)
La Croix-Rouge de Genève donne un tableau des
Eertes subies jusqu'à ce jour : Angleterre, 470.000
ommes ; Allemagne, 4-3oo.ooo ; Autriche, 4-385. 000;
Turquie, 345. 000. Ces chiffres sont sujets à caution.
Samedi 15 janvier. — Les journaux viennois pré-
tendent que la « bataille du Nouvel An », commencée
le 24 décembre sur les fronts de Galicie et de Bessa-
rabie, s'est terminée ce jour par la défaite des Russes,
qui auraient perdu 70.000 hommes, dont 6.000 prison-
niers.
Un train direct circule entre Vienne et Varsovie.
L'Autriche aurait offert la paix au Monténégro
moyennant la cession du mont Lovcen et la reddition
des 20.000 Serbes qui ont coopéré k la défense du Mon-
ténégro. Le roi Nicolas aurait refusé.
Le Gouvernement serbe s'est transféré d'Albanie à
Brindisi.
Le premier train Berlin — Constantinople par Belgrade
et Soiîa est parti ce jour.
La révocation du préfet de police d'Athènes et la
20 CHRONOLOGIE DeJlA GUERRE
démission du ministre de la Marine, accusés de sympa-
thies pour Venizelos, donnent à penser que le Roi prépare
Quelque opération destinée à supprimer ce qui reste
e libertés à la Grèce.
La Patrîs écrit : « Il n'existe et ne peut exister en
Grèce qu'une politique : celle de la volonté nationale,
et elle sera suivie. »
Dans le Caucase, les Russes ont pris un dépôt d'ar-
tillerie turque au nord-ouest du Khorassan, avec i mil-
lion de cartouches et des milliers d'obus.
Les Anglais prennent la vallée de Wadi (Mésopota-
mie) ; les Turcs se retirent vers Essian.
Guillaume II, remis de son indisposition, a déjeuné
chez Bethmann-Hollweg ; il est allé visiter l'hôpital
militaire au Jardin zoologique.
Au Reichstag, l'affciire du Baralong (Voir le Temps
du 1 8 janvier) donne lieu à des manifestations de haine
contre l'Angleterre ; Liebknecht seul refuse de s'y asso-
cier.
Une marée atteignant 6" zD a causé de grands dégâts
à Hambourg ; des magasins de denrées ont été détruits.
Un grand incendie a ravagé Bergen samedi et di-
manche (5o millions de dégâts).
Parmi les papiers saisis sur Von Papen, attaché mili-
taire allemand, k Falmouth, on a trouvé la preuve que
ce diplomate payait des gens accusés d'avoir provoqué
des explosions de munitions et des ruptures de ponts
aux États-Unis.
Dimanche 16 janvier. — Le Secolo publie une
correspondance de Rome exprimant l'avis que l'Italie
doit retirer ses troupes d'Albanie.
Une division de croiseurs japonais est partie pour le
canal de Suez.
La Roumanie achète des milliers de chevaux en
Russie.
Guillaume II est reparti pour le front.
A la Diète prussienne, le conservateur Heydebrand
ayant attaqué violemment les États-Unis, qui, fournis-
sant des munitions à l'Entente, seraient responsables de
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 21
la prolongation de la guerre, Liebknecht a crié : « Ce
sang retombera sur vous ! Vous ne dites pas la vérité
au peuple I » Il a été hué. Le député Frieaberg dit que
la Belgique est un gage aux mains de l'Allemagne et
qu'il y aurait folie à la restituer, comme le demandait
le socialiste Hirsch.
Journal de Genève : « Nier les succès allemands dans la
f)éninsule balkanique serait absurde. Chacun d'eux marque
a ruine d'une espérance. Mais il n'y a pas là de surprise,
ni même de fait proprement nouveau. »
Lundi n janvier. — Les Italiens reprennent toutes
les tranchées perdues par eux au nord-ouest de Gorizia
dans la nuit du i5.
Une tempête de neige en Macédoine empêche la
concentration des Allemands et des Bulgares, en gênant
leur ravitaillement.
On écrit de Salonique à Milan que les 200.000 Alliés
de Salonique vont être attaqués par Soo.ooo Turcs,
Bulgares et Allemands. Des milliers de soldats et de
Saysans, dirigés par des ingénieurs allemands, ouvrent
es routes et construisent une voie ferrée pour relier
les deux lignes du Vardar et de Velès en passant par
Babuna.
Les avions français font des ravages dans les lignes
bulgares.
Le bruit court que les négociations pour la capitula-
tion de l'armée monténégrine font des pi^ogrès. La
Gazette populaire de Cologne écrit que cette capitula-
tion est le premier résultat décisif de la guerre.
Les torpilleurs russes, dans la Mer Noire, ont détruit
i63 voiliers turcs.
Cinq avions autrichiens survolent Ancône.
Des avions allemands bombardent Nancy ; les avions
français répondent en bombardant les gares de Metz et
d'Arnaville.
On commente ces mots de Helfferich au Reichstag :
« Financièrement, il nous est difficile de tenir jusqu'au
bout. ))
En Autriche, la ration de pain est abaissée de /joo à
22 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
3oo grammes. On constate aussi l'épuisement rapide
du stock de plomb.
A Stockholm, le Roi, dans le discours du trône, se
plaint que les belligérants négligent de plus en plus les
droits des neutres. Il demande la nomination d'une
délégation du Riksdag pour délibérer avec le Roi sur
les questions secrètes.
« La phase dernière d'un processus d'épuisement général
doit presque inévitablement être une rivalilé de bluff. Ni
l'une ni l'autre des deux parties n'avouera sa détresse. »
(Wells, Temps du i8.)
Mardi 18 janvier. — Les autorités russes sont
rentrées à Dvinsk.
Le dégel a rempli d'eau les tranchées allemandes
dans la région de Pinsk. Les troupes autrichiennes de
Bukovine et de Galicie souffrent du scorbut.
Des soldats serbes débarquent à Salonique et y sont
équipés.
On dit que les Puissances centrales ont présenté une
note à la Grèce lui demandant de préciser son attitude.
La presse allemande cherche à faire croire que le
mouvement vénizéliste est dirigé contre le Roi et la
Reine.
L'escadre anglaise a retenu six transatlantiques hol-
landais et les a contraints de décharger une partie de
leur cargaison (lard, viande salée, saucisses, peaux).
Dix-neuf combats aériens, livrés sur le front anglais,
ont obligé cinq avions allemands à atterrir ; deux avions
anglais manquent.
Guillaume II, au cours d'un dîner de gala à Nisch, a
proféré de vagues menaces contre de nouveaux enne-
mis. Le roi de Bulgarie, lui parlant en latin, l'a qualifié
sottement de miles gloriosus, ce qui signifie « soldat
fanfaron ».
Vif débat au Reichstag sur la question de la censure,
qui mutile jusqu'aux comptes rendus des séances. Titt-
mann a dit que la censure avait pour objet de cacher
la vérité au peuple; si la censure n'existait pas, le
peuple allemand aurait déjà crié qu'il veut la paix.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 23
Fischbeck parle du mal que le militarisme a fait k l'Al-
lemagne. Streissemann dit qu'il n'y a plus de Parlement
allemand.
Le Reichstag s'ajourne au i5 mars.
Depuis juillet igiA, les prix des victuailles ont aua-
menté en Angleterre de 45 "/oj à Berlin de 82 °/o, à
Vienne de 1 1 1 °/o.
Le mark a baissé k Zurich k 94, 5o.
L'Angleterre a acheté les stocks de blé disponibles
en Roumanie.
Journal de Genève : « Le triomphe de l'Allemagne est
dans la passivité de ritalie ; la défaite monténégrine est sur-
tout une défaite italienne. L'inaction de l'Italie, dans la cam-
pagne balkanique, reste une énigme. Pas une balle italienne
n'a été tirée contre un soldat turc ni contre un soldat
bulgare. »
Sir J. Buchanan, ambassadeur d'Angleterre, parlant
k Petrograd, réfute les mensonges répandus par les
Allemands pour troubler les relations anglo-russes et
dit qu'une alliance permanente de la Russie et de l'An-
gleterre sera désormais la plus sûre garantie de la paix.
Les troupes navales anglaises vont être portées de
Soo.ooo k 35o.ooo hommes.
Le total avoué des pertes prussiennes atteint
2.340.000 hommes.
Mercredi 19 janvier. — On se bat de nouveau k
l'est de Gzcrnovitz.
Des télégrammes de Genève annoncent que, vu les
exigences de l'Autriche, les négociations pour la paix
ont été rompues. Le roi de Monténégro s'est embarqué
pour l'Italie.
Les Serbes qui étaient avec les Monténégrins sont
parvenus k la côte d'Albanie et s'y sont embarqués.
Le Gouvernement serbe s'est transporté de Brindisi k
Corfou.
En Mésopotamie, les Anglais sont immobilisés par le
mauvais temps.
A Téhéran, le Conseil des ministres affirme l'alliance
de la Perse avec la Russie et l'Angleterre.
24 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
L'Allemagne déclare aux États-Unis qu'aucun de ses
sous-marins n'a torpillé le Persia.
La Suède demande à l'Allemagne la restitution de
deux vapeurs suédois capturés dans les eaux alle-
mandes.
Sept avions et un dirigeable allemand lancent 70
bombes sur Tarnopol.
Sir Conan Doyle demande qu'on défende Londres
contre les dirigeables en établissant près de Nancy une
station d'avions anglais prêts à exercer des représailles
sur les villes allemandes.
Briand, accompagné de l'amiral Lacaze et du chef
d'état-major Graziani, est arrivé à Londres.
La confédération annuelle du parti ouvrier anglais a
voté une résolution favorable au Gouvernement par
i.5o3.ooo voix contre 602.000.
Le Gouvernement belge a terminé son enquête sur
les crimes allemands en Belgique. Sans compter les
Flandres, 18.207 maisons ont été brûlées.
Le ministre Barzilaï, parlant à Ancône, a fait remar-
quer que le Lovcen, Antivari et l'Albanie ne sont pas
comparables, aux yeux de l'Italie et de l'Autriche, à
Trieste, Pola et Fiume.
Dans la Gazzetta del Popolo, Gius. Bovione se dit en
mesure d'affirmer que le Gouvernement allemand, le
4 août igiA) demanda à la Suisse d'autoriser le passage
des troupes allemandes vers Belfort. Le Gouvernement
fédéral refusa.
Le Conseil fédéral suisse a décidé de déférer à la
justice militaire les deux colonels Egli et Wattenvi^vl.
La New York Tribune, examinant les statistiques aes
exportations américaines vers les ports neutres voisins
de l'Allemagne, conclut que l'Allemagne est beaucoup
mieux ravitaillée que ne le laissent croire aux Anglais
les déclarations de leur Gouvernement.
La dette russe, qui était de 4-48o millions de roubles,
s'élève à près de 17 milliards de roubles aujourd'hui.
Jeudi 20 janvier. — Les Russes ont enlevé un
secteur au nord de Czernovitz.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 25
On dit à Petrograd que l'attaque russe en Bukovine
a eu pour objet d'attirer les troupes allemandes des
Balkans. Cette attaque a coûté k l'ennemi loo.ooo
hommes, dont lo.ooo prisonniers.
Les Allemands fortifient la ligne Doiran — Guevgeli
— Monastir et semblent avoir renoncé à l'offensive.
Il se confirme que l'armée monténégrine n'a pas
capitulé. Le Roi, après avoir conduit sa famille à Samt-
Jean-de-Medua, où elle s'est embarquée pour Brindisi,
a rejoint son armée à Podgoritza. La Reine, les prin-
cesses et le président du Conseil ont passé par Brindisi,
se rendant à Rome. L'organisation de la résistance au
Monténégro est confiée au général Marlinovitch.
La Roumanie emprunte 280 millions h. Londres. Les
Empires du Centre ont fait des représentations à la
Roumanie au sujet de la vente de 260 millions de blé à
l'Angleterre et de la candidature (d'ailleurs retirée) de
deux Roumains de Transylvanie à la députation.
Les Russes prennent Koprikeui et Hassan -Kala
(i.5oo prisonniers, beaucoup de matériel). Les Turcs
se retirent sur Erzeroum.
En Perse, les Russes occupent Sultanabad après
Damlatabad.
Le général Aylmcr est à 12 kilomètres de Kut,
La flotte alliée bombarde Dédéag^atchet Porto-Lagos.
Trois bombes d'avion sur Lunéville.
L'Autriche-Hongrie lève les hommes jusqu'à cin-
quante-cinq ans.
Le Sénat américain discute les droits des neutres ; un
représentant des cotonniers de Géorgie préconise l'em-
bargo sur les munitions, mais il est vivement combattu
par d'autres sénateurs qui rappellent les crimes de
l'Allemagne sur mer.
Un New-Yorkais écrit à la Nation pour solliciter les
Américains de prendre des « filleuls » sur le front fran-
çais.
Sous la signature de Hedrik Hudson, le Temps publie
(le 21 ) des faits nouveaux et significatifs sur le rôle de
la coterie militaire prussienne en juillet 1914. Après
26 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
avoir trompé Guillaume II, cette camarilla le tient
captif.
Le 3 °/o français est à 62,60.
Vendredi 21 janvier. — La reine de Monténégro
et ses filles sont parties pour Lyon, où se transfère le
Gouvernement serbe.
Le consulat du Monténégro à Rome déclare que l'ar-
mée n'a jamais capitulé, qu'il n'y a jamais eu de négo-
ciation pour la paix avec l'Autriche.
Le général Aylmer attaque sans succès les positions
turques à Essian et perd 3. 000 hommes. Le temps est
très défavorable.
L'artillerie russe commence à bombarder les forts
d'Erzeroum.
Les torpilleurs russes coulent [\0 voiliers turcs dans
la Mer Noire.
Les Anglais occupent Langido (Afrique orientale
allemande). On assure que les troupes allemandes du
Cameroun se réfugient dans la Guinée Espagnole.
Le colonel House, ami intime de Wilson, arrive à
Paris.
Les récentes saisies opérées par la flotte anglaise pro-
voquent un vif mécontentement à Stockholm.
Samedi 22 janvier. — Depuis deux semaines, les
Allemands jettent sur Arras de gros obus et des obus
asphyxiants.
Vifs combats en Bessarabie.
Les Autrichiens ont pris Antivari et Dulcigno ; ils
marchent sur Scutari, que le prince Mirko et le général
Martinovitch veulent tenter de défendre.
A Cettigné, des hommes d'Etat monténégrins ouvrent
des négociations avec l'Autriche.
On assure que les troupes allemandes font régner la
terreur à Gonstantinople pour soutenir Enver.
Le roi de Grèce tient de singuliers propos à des jour-
nalistes, récriminant contre les Alliés. Il pense que la
guerre restera indécise et que l'Allemagne ne fléchira
pas. On s'étonne que ce prince ait pu comparer l'oc-
i
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 27
cupation de Salonique et de Gorfou k la violation de la
neutralité belge.
Trente- deux avions français bombardent Guevgeli
et Monastir.
Il est question à Londres d'un canon de 43 1 que
l'usine Krupp aurait fabriqué pour la flotte allemande.
Le Gouvernement chinois ajourne sine die le rétablis-
sement de la monarchie.
Le Te/e^rraayapprend que i Go. ooo kilos de plomb ont
été expédiés en contrebande de Hollande en Allemagne.
L'Illustration publie un article sur le crime de Sarajevo,
fruit d'un complot connu de la police austro-hongroise,
sinon machiné par elle.
Dimanche 23 janvier. — Les Allemands attaquent
en nombre à Neuville-Saint-Vaast et pénètrent jusqu'à
la tranchée de soutien sur un front de plusieurs cen-
taines de mètres; ils sont refoulés par des contre-atta-
ques, mais conservent aSo mèlres d'une tranchée avancée.
Les Autrichiens occupent Scutari sans résistance,
ainsi que Niksic, Danilovgrad et Podgoritza. L'armée
monténégrine s'est retirée dans les montagnes alba-
naises.
On annonce que 120.000 Serbes ont été sauvés et
transportés à Corfou, en Afrique et ailleurs.
Le roi de Monténégro, arrivé à Rome, est reçu par
le roi d'Italie, puis il part pour Lyon.
Les Alliés découvrent de nouveaux dépôts de pétrole
pour sous-marins allemands à Salonique et dans les
îlots voisins de la Crète.
Un avion allemand lance des bombes sur la côte est
du Kent.
Vingt-quatre avions français bombardent les gares et
casernes de Metz ; l'un d'eux doit atterrir au sud-est de
cette ville.
Une escadrille d'avions français bombarde Monastir.
Les Anglo-Indiens battent les Arabes sur la frontière
de Libye et brûlent leur camp.
Gazette de Francfort : « On trouverait difficilement une
porte où n'aient frappé la misère et la mort, une maison où
28. CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
l'inquiétude pour les destins de la patrie ne s'aggrave pas de
souffrances personnelles. »
Lundi 24 janvier. — Vers l'embouchure de l'Yser,
dans la région de Nieuport, les Allemands envoient
20.000 obus et attaquent, mais sont arrêtés par les tirs
de barrage. Dans la région d'Hetsas, ils ne peuvent
franchir le canal ; ils sont aussi repoussés à l'ouest de
la route d'Arras à Lens. En fin de journée, nouvelles
attaques qui ne réussissent pas davantage.
Onze gros obus allemands font des dégâts à Nancy.
Les Russes sont à 4 kilomètres de Pinsk.
Fuyant vers Erzeroum, les Turcs abandonnent aux
Russes 4-000 prisonniers, i5 canons et un énorme ma-
tériel.
A cause des incursions aériennes, le Gouvernement
anglais décide de fermer les musées de Londres.
Un corps belge d'autos-canons a été reçu à Petrograd
par le Tsar.
Le Pape a dit à un jésuite que la Belgique a droit à
une réparation complète de la part de l'Allemagne et
qu'il n offrira jamais ses bons offices pour le rétablisse-
ment de la paix, à moins que la Belgique ne rentre en
possession de tout ce qu'elle a perdu (communication
de l'ambassade d'Angleterre à Washington).
Mardi 25 janvier. — Les Autrichiens marchent
sur Alessio et Saint-Jean-de-Medua, tandis que les Bul-
gares avancent par Elbassan et Berat vers l'Adriatique
pour couper la retraite aux Serbes.
On déclare à Vienne que le roi de Monténégro a
abandonné son pays et son armée, qu'on ne sait en
quelles mains se trouve le gouvernement effectif, mais
3ue cela est sans importance pour le résultat militaire
e la campagne.
Une capitulation, stipulant la livraison des armes,
aurait été signée ce jour par trois chefs monténégrins
non autorisés (on en publie le texte à Vienne le 27).
On parle d'une émeute violente à Gonstantinople,
réprimée par les soldats allemands.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 29
Les Russes ont pris aux Turcs, près d'Erzeroum, leurs
dépôts et leur bétail.
Un détachement français occupe Antiphellos, vis-à-
vis de Castelorizzo.
Le Bureau de la presse anglaise communique une
note prouvant que l'augmentation des importations de
pays neutres, à destination de l'Allemagne, a été fort
exagérée par la presse.
Les Hitats-Unis rejettent la proposition allemande de
régler, par une simple indemnité et sans désaveu, l'af-
faire du Lusitania.
Le Riksdag de Suède nomme, à la demande du Roi,
un comité secret.
Le 3 °/o français est à 6i''5o.
Mercredi 26 janvier. — Violente offensive autri-
chienne autour d'Oslavia ; les Italiens se replient sur
leurs secondes lignes.
On dit, à Vienne, que le désarmement des Monténé-
grins se poursuit sans difficulté.
Les moines bulgares de l'Athos ayant attaqué les
moines serbes, le couvent de Chiliandri a été briilé.
Les Turcs reprennent l'offensive vers Erzeroum et se
préparent à défendre le défilé de Deré-Buyun, clef de
la forteresse.
Aux Communes, Grey démontre l'inexactitude des
statistiques publiées sur le ravitaillement de l'Alle-
magne par les neutres. Demander aux neutres de cesser
tout commerce serait les armer contre l'Angleterre, qui
ne prendra pas les mesures radicales qu'on a suggérées
et ne bloquera pas les ports neutres. Mais il fait obser-
ver que les pays neutres qui prétendraient empêcher les
Alliés d'arrêter le commerce avec l'ennemi cesseraient,
à leurs yeux, d'être neutres.
On assure à Rome que l'Allemagne a fait de nou-
velles tentatives en vue de conclure une paix séparée
avec la Belgique et que ses offres ont été repoussées.
Un comité se constitue à Rio de Janeiro pour rem-
placer la bibliothèque de Louvain.
30 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Jeudi 21 janvier. — La cathédrale de Nieuport et
la tour des Templiers ont été entièrement détruites par
des obus allemands.
Le roi de Bavière annonce à ses troupes une offensive
sur le front ouest; ce n'est pas une raison d'y croire.
Les Autrichiens occupent Alessio.
Les Allemands construisent un vaste aérodrome à
Monastir.
Les Russes prennent Khilis-Kalé, entre Erzeroum et
Mush ; ils battent les Turcs au sud du lac d'Ourmiah.
Le paquebot Plata (M. M.), arrivant du Levant à
Marsedle, déclare avoir coulé un sous-marin allemand
avec ses canons d'arrière.
Une colonne française surprend le camp d'Abd-el-
Malek au Maroc ; le chef s'enfuit vers le Rif. Cet Arabe,
neveu d'Abd-el-Kader, est à la solde de l'Allemagne
{Temps du i6 février).
A Lausanne, le consulat allemand ayant hissé le dra-
peau à l'occasion de la fête de Guillaume II, la foule
l'a arraché ; des manifestations se sont produites dans
la soirée à Lausanne et à Ouchy. Le Conseil fédéral et
les autorités vaudoises expriment leurs regrets.
Le bourgmestre de Berlin a dit, à l'occasion de l'an-
niversaire de l'Empereur : « L'Allemagne ne soupire pas
après la paix, mais elle combat et travaille pour elle. »
Wilson, parlant à des hommes d'affaires de New-
York, dit que les Américains préfèrent à la paix les
principes sur lesquels repose leur vie politique. On voit
dans ces mots un avertissement à l'Allemagne.
Le Bureau de la presse anglaise communique un
mémorandum des Etats-Unis (lo janvier), protestant
contre la saisie de marchandises américaines et de colis
postaux. Grey répond qu'il consultera à ce sujet le
Gouvernement français et nie que des courriers aient
été enlevés k bord de navires neutres.
Journal de Genève : « La suppression presque complète
de l'Empire colonial allemand, habité par i3 millions d'indi-
vidus, est un élément de calcul qu'on ne peut négliger. Ces
territoires sont des gages que l'Angleterre de\Ta faire valoir...
Les territoires conquis hors d'Europe par les Alliés sont
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 31
trois fois au moins plus étendus que ceux occupés en
Europe par l'Allemagne et ses satellites. »
Vendredi 28 janvier. — Lutte d'artillerie très
vive en Artois. Une attaque allemande, au sud de Gi-
venchy, nous fait perdre quelques tranchées avancées.
Au sud de la Somme, les Allemands occupent le village
de Frise après un combat.
La retraite des troupes serbes d'Albanie s'opère régu-
lièrement.
Les Italiens se fortifient à Valona.
Les troupes navales des Alliés ont débarqué à Kara-
bouroun et occupé la forteresse ; le commandant grec a
protesté.
Le paquebot anglais Appam est considéré comme
perdu ; il ramenait en Europe des prisonniers allemands
faits au Cameroun.
Dans la nuit du 27 au 28, en représailles d'un bom-
bardement effectué le 25 sur des villages de la région
d'ripernay, un dirigeable français lance 38 obus sur
Fribourg-en-Brisgau.
Des avions français bombardent les cantonnements
bulgares au nord du lac Doiran.
On déclare à Berlin que, depuis le 1" octobre igiS,
les Allemands ont perdu iG avions, les Alliés 63. A cela
on répond que ces chiffres sont faux : sur le front fran-
çais, i3 appareils anglais et 17 français ont été perdus,
contre 3i appareils allemands {Journal de Genève,
4 février).
Dans la soirée, nouvelles manifestations contre le
consulat d'Allemagne à Lausanne.
La Revue de New-York, Outlook, publie les propos tenus
à un Américain par les socialistes allemands Liebknecht,
Kautsky et Bernstcin. En voici quelques extraits : « C'est
une guerre de mensonges. Quand la guerre a commencé,
nous avons parfaitement compris, nous autres socialistes,
qu'elle était due à des incitations capitalistes austro-hon-
groises. Nous avons tenu des douzaines de meetings de
protestation à Berlin. Mais la censure est survenue ; nous
n'avons pu rien faire, rien dire... C'est une guerre de
conquêtes. Il y a de riches mines en France et en Belgique ;
32 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
on ne les rendra jamais. Au début de la guerre, la presse de
mensonge cherchait à enflammer le peuple contre les Russes,
les Français, les Belges, les Anglais. Les journaux allemands
étaient inondés d'histoires d'atrocités commises sur des
soldats allemands, faits qui ont depuis été prouvés faux,
mais qui n'ont jamais été démentis. »
« L'impossibilité de réparer les perles obligera fatalement
à raccourcir les fronts » (Général de Malleterre, Temps).
Samedi 29 janvier. — Une attaque allemande
contre Dompierre, au sud de Frise, est repoussée.
Un dégel persistant met en danger les troupes alle-
mandes dans les marais de Pinsk ; beaucoup de batte-
ries et de caissons sont embourbés.
Un tremblement de terre détruit Afium Karahissar.
On annonce que les Allemands, avec le concours de
bateaux neutres, ont semé des mines dans le golfe de
Gascogne.
Un dirigeable, suivant la vallée de la Marne, jette
i5 bombes sur Paris, détruisant des maisons, tuant
26 personnes, en blessant 28.
L'État-major russe annonce, avec détails précis, que
5o prisonniers russes ont été fusillés par les Autrichiens
pour avoir refusé de creuser des tranchées.
Le Berliner Tageblatt attaque violemment la Rou-
manie. On affirme à Petrograd que Carp a été envoyé
a Vienne par le roi de Roumanie pour demander à
l'Autriche des concessions territoriales en Bukovine et
en Transylvanie.
Il y a 2.5oo usines travaillant pour le Gouvernement
anglais, avec i million d'ouvriers et 260.000 femmes.
Lloyd Georges dit que l'Angleterre, au printemps,
aura plus de munitions que l'ennemi.
Lord Rosebery exprime la crainte que les premiers
succès des Allies ne fassent naître prématurément le
désir de la paix. Il faut que les tyrans sanguinaires de
la Prusse soient réduits à merci.
Le général Hutton dit à Londres que la guerre pourra
durer plus de trois ans, car on commence seulement à
reconnaître la force et les ressources réelles de l'Alle-
magne.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 33
Une pétition, signée d'un million de noms, a été
présentée au Sénat américain, demandant l'embargo
sur les munitions destinées à l'Europe. Plusieurs séna-
teurs sont acquis à cette thèse allemande.
Wilson dit à Piltsburg : « Le monde est en feu ; les étin-
celles peuvent retomber n'importe où. Si l'on pouvait voir
les dépêches que je reçois à toute heure, on saurait combien
il est difficile de maintenir la paix. »
Dimanche 30 janvier. — Les Allemands ont
• gardé leurs nouvelles tranchées dans la région de
• Neuville et ont fait quelques progrès au nord-ouest
de la ferme de La Folie.
On dit à Vienne que le butin fait au Monténégro est
de 3oo canons, 5o.ooo fusils et 5o mitrailleuses.
Une nouvelle division italienne, avec de l'artillerie
lourde, est arrivée à Valona.
Les troupes françaises qui étaient à Scutari sont
rivées à Durazzo, où se poursuit l'embarquement
es troupes serbes.
Des troupes françaises débarquent à Mitylène.
Une nouvelle attaque d'un dirigeable sur Paris est
epoussée ; les bombes tombent dans des bois et des
irdins.
Recevant les représentants de la presse à Pétrograd,
azonov a affirmé les bonnes intentions dé la Russie à
égard de la Suède et de la Roumanie. Il dit avoir
mplement laissé sans réponse de nombreuses offres
'une paix séparée.
En raison de difficultés soulevées en Suède, les colis
jstaux destinés k la Russie sont expédiés par le
mada et le Japon.
Journal de Genève : « Les atteintes de la guerre sont
laque jour plus sensibles en Allemagne. La tâche devient
mesurée et se complique. Les effectifs baissent. Les diffi-
Ités économiques s'accroissent. Le change s'effondre. Il
■^le, comme grand espoir, la défaillance d'adversaires
sunis. »
Lundi 31 janvier. — L'artillerie française fait
114. CHRO^0LOGIK DE LA. QU'ERRE S
34 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
sauter, au nord de l'Aisne, le dépôt de munitions de
Puisalenne {Liberté du 1 1 février).
On signale de graves désordres à Danilovgrad et à
Podgoritza. Les journaux austro-allemands se plai-
gnent d'avoir été joués par le roi de Monténégro, qui
a feint de négocier pour gagner du temps.
Le général Bécir et le major Lompar, qui avaient
inspiré la reddition du Monténégro, ont, dit-on, été
assassinés par des patriotes serbes.
Il y a 20.000 Allemands à Gallipoli et aux Darda-
nelles ; ils occupent tous les forts.
Les journaux allemands disent que le raid de diri-
geables sur Paris a été entrepris comme représailles du
bombardement de Fribourg, « ville ouverte et éloignée
du théâtre des opérations ».
Pendant la nuit, des dirigeables survolent les comtés
du nord-est et du centre de l'Angleterre, lançant envi-
ron 4oo bombes (67 tués, 117 blessés).
Un dirigecd>le parti de Compiègne vers Paris a été
mis en fuite.
Mobilisation de la réserve égyptienne (20.000
hommes).
Gazette de Cologne : « La guerre est toujours un mal au
point de vue humanitaire, mais lorsqu'un pays est attaqué,
encerclé, étranglé comme l'Allemagne, il est pleinement!
justifié de se réjouir des coups qu'il frappe. »
Deutsche Tageszeitung : « Si la presse française croit
voir dans l'attaque aérienne un signe de désespoir allemand,
la France aura prochainement l'occasion de voir maintes
autres preuves de ce désespoir, et cela dans d'autres
domaines. »
Dans deux articles officieux, le Tag et la Gazette de
Francfort indiquent que l'Allemagne attend une offen-
sive décisive, de préférence sur le front français {Temps
du 3 février).
La Gazette de Cologne, pour concilier l'Italie, dit
que la restauration du pouvoir temporel du Pape n'est
pas à désirer.
Gh. Lalo appelle l'Espagne « le moins neutre des,
pays neutres » et rappelle à son sujet le mot de Bos-j
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 35
suet : « Tout spectateur est en soi-même un acteur
muet. »
Parlant à Brooklyn, Roosevelt attaque violemment
J la politique de Wilson et dit que l'Amérique, en accep-
lil tant de l'argent pour des femmes et des enfants assas-
( sinés, ferait le jeu des assassins contre les Alliés qui
m» luttent pour délivrer la Belgique.
{\ Du 4 août 1914 au 3i janvier igiS, le pavillon bri-
\ tannique n'a perdu que 1/2 °/o des marchandises con-
j.'( \ojées (Journal de Genève, 11 mars 191 6).
FEVRIER
il Mardi l^"" février. — Le prince héritier turc,
iYoussouf Izeddin, a été assassiné; on l'a trouvé dans
son palais les artères coupées. Personne ne croit à la
nouvelle de son suicide.
VAppam, que l'on croyait perdu, a été conduit dans
un port américain par les officiers d'un croiseur alle-
mand qui, déguisé en navire de commerce, était parti
en course et avait coulé six navires anglais.
Un dirigeable bombarde et coule un navii^e qui allait
de Hartlepool à Londres.
Un autre dirigeable survole Salonique et tue onze
j personnes, détruisant le bâtiment de la Banque.
Séance orageuse à la Chambre k propos des mar-
chands de vins de Marseille. Gallieni fait mine de dé-
nissionner; l'opinion publique est tout entière avec lui.
Goremykine, démissionnaire pour raison de santé, est
emplacé par Sturmer, membre du Conseil de l'Em-
lire.
H C'est parce que les Allemands ont reconnu que l'expor-
ation ne leur donnait pas tous les bénéfices qu'ils croyaient
touvoir réaliser, que l'ambition de conquérir des territoires
succédé à celle de la pénétration commerciale ; là est la
36 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
cause principale du développement du pangermanisme
depuis 1907 et le mobile déterminant de la guerre actuelle »
(V. de Streel, Revue de Paris, 1" février).
Dans le Nineteenth Century du !«■■ février, H. Wickham
Steed fait des révélations importantes. Guillaume II était
allé trouver l'archiduc François-Ferdinand sous couleur de
voir les roseraies de Konopischt ; au cours de leurs entre-
tiens, ils convinrent d'un remaniement de l'Europe centrale.
L'empereur d'Autriche n'en fut informé qu'après l'assassinat
de l'archiduc, par l'examen de ses papiers. Ainsi s'expli-
quent les funérailles rapides et presque méprisantes des
victimes ; ainsi s'explique aussi le mot de Guillaume II au
prince de Monaco, lorsqu'il apprit à Kiel le meurtre de l'ar-
chiduc : « Pour moi, tout est à recommencer. »
Mercredi 2 février. — Une violente attaque
autrichienne contre le col de Lana est repoussée.
Les Russes repoussent une offensive autrichienne,
soutenue par des canons de 12 pouces, dans la région
d'Uciezko sur le Dniester, à l'ouest de la route Czer-
novitz — Tarnopol .
Dans le Caucase, un détachement russe a rencontré
298 cadavres de Turcs gelés.
La flotte alliée bombarde Dédéagatch et Porto-Lagos.
Seize avions français lancent 181 bombes sur la ville
bulgare de Petrich.
Un dirigeable allemand est tombé dans la mer du
Nord; il semble avoir été frappé, à son retour d'Angle-
terre, par les canons hollandais.
Jeudi 3 février. — Lutte de mines très active en
Argonne.
Depuis le début de la campagne, les Italiens ont pris
So.ooo hommes, 5 canons, 65 mitrailleuses; ils occu-
pent 800.000 Autrichiens {Temps du 4)-
Deux régiments allemands ont remplacé deux régi-
ments bulgares au nord du lac Doiran.
Les troupes bulgares, dans le sud de l'Albanie, souf-
frent du manque ae vivres.
Jusqu'à ce jour, 4o.ooo Serbes ont débarqué à
Corfou.
Le Kinff Albert, sous pavillon italien, transportant
i
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 37
3oo réfugiés serbes, a été pris par un sous-marin autri-
chien et conduit à Cattaro par un torpilleur.
Des navires autrichiens ont bombardé le port de
San Vito et le chemin de fer d'Ortona à la mer.
Un avion allemand de nouveau modèle, entièrement
blindé, a été abattu sur le front de Salonique et exposé
devant les ruines de la Banque.
L'aérodrome de Johannistal, près de Berlin, a été dé-
truit par un incendie.
Vendredi 4 février. — Les Allemands se renfor-
cent, dit-on, sur le front russe, où l'on assure que la
Garde va arriver avec de l'ai^tillerie très lourde.
Violent duel d'artillerie à Doiran.
La Chambre roumaine a voté un nouveau crédit
de guerre de 200 millions. On parle de nouveau de
démarches faites par la diplomatie allemande pour
intimider la Roumanie.
BernstorlF aurait reçu des instructions formelles lui
interdisant de désavouer le torpillage du Lusitania.
Des avions français bombardent Guevgeli.
Des avions roumains, survolant le territoire bulgare,
ont été canonnés sans résultat.
Le groupe parlementaire belge s'est réuni à la léga-
tion de Belgique à La Haye.
Il est avéré que l'incendie du Parlement canadien,
qui a détruit les archives et fait pour plus de 25 mil-
lions de dégâts, est l'œuvre de malfaiteurs allemands.
a La joie féroce manifestée par rensemble de la presse
allemande à propos des derniers exploits de zeppelins doit
ruiner définitivement la thèse des deux AUemagnes, qui a
gardé quelques partisans, même parmi certains des adver-
saires les plus déterminés de l'agression germanique... Atten-
dons l'heure du repentir, le désaveu des horreurs actuelles
pour croire à l'autre Allemagne, à celle qu'on chercherait
vainement aujourd'hui. » (Temps du 5.)
Samedi 5 février. — L'artillerie française, bom-
bardant le plateau de Navarin (Champagne), a démoli
des réservoirs à gaz dont le contenu a été rejeté par le
vent sur les lignes allemandes.
38 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Le coût de la vie en Bulgarie a augmenté de 80-
i5o °/o, les Allemands ayant acquis tous les objets
d'alimentation.
Le scorbut fait son apparition dans la garnison anglo-
indienne de Kut.
Trois sous-marins autrichiens seraient entrés dans la
Marmara.
Neuf cents Allemands, entrés dans la Guinée espa-
gnole, y ont été désarmés.
Nouvelles émeutes à Berlin dans le quartier de
Moabit (?).
La Nouvelle Presse libre publie un discours du prési-
dent de la Chambre de commerce de Prague, hostile à
l'union douanière avec l'Allemagne.
Le Parlement canadien s'ctant réuni au Musée natio-
nal, le président du Conseil Borden a déploré la mort
de sept personnes, dont un député, dans la catastrophe
récente. Sir W. Laurier a dit que les Allemands étaient
les auteurs du crime, que le Canada avait désormais
son Reims et son Louvain. Pourtant, le chef de la
police canadienne croit encore à l'origine accidentelle
de l'incendie.
Dimanche 6 février. — A la suite d'une escar-
mouche dans l'Adriatique, un croiseur anglais et un
torpilleur français mettent en fuite quatre destroyers
autrichiens. Ceux-ci reviennent à la charge le lende-
main, mais le croiseur anglais échappe à la torpille
d'un sous-marin ennemi.
Des hydroplanes misses bombardent Zongouldak.
Un professeur de Heidelberg a fait savoir à Jean
Finot (voir le Temps du 7) que plus de cinq cents intel-
lectuels allemands ont refusé de signer le manifeste des
quatre-vingt-treize.
Harden fait a Berlin une conférence où il exprime sa
confiance dans la force de l'Allemagne et nie tous les
actes de barbarie qu'on lui reproche : « Si nos ennemis
veulent anéantir l'Allemagne, qu'ils sachent qu'en ce
cas la guerre ne fait que commencer pour elle ! »
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 39
Parlant à la section socialiste du Pré-Saint-Gervais,
Vandervelde fait l'éloge de l'Internationale :
« L'Internalionale est une grande puissance de paix ; elle
a proclamé, de tout temps, le droit des nationalités, que
toutes les sections n'ont cessé de reconnaître. Le socialisme,
d'autre part, combat les guerres d'agression et de conquête,
mais il légitime les guerres défensives.
« La guerre actuelle est l'événement le plus considérable
de l'histoire, le plus révolutionnaire qui se soit produit
depuis 1793. Les temps modernes seront par elle coupés en
deux. L'Internationale subira le même contre-coup. Elle
devra condamner et frapper ceux qui ont déclenché la cata-
strophe actuelle.
« Les travailleurs d'Occident ont accompli leur tâche,
fidèles à leur devoir. A une guerre d'agression, de conquête
et d'oppression, ils ont opposé la résistance que la pensée
socialiste leur a inspirée. Les prolétaires des empires cen-
traux peuvent-ils se flatter d'avoir servi le même idéal ?
« L'Internationale retrouvera sa vigueur, sa prospérité
après la paix, c'est-à-dire après la victoire du droit et de la
justice, lorsque les nations alliées auront réduit à l'impuis-
sance l'impérialisme et le militarisme allemands et assuré
aux peuples victimes de l'agression germanique les répara-
tions légitimes auxquelles ils ont droit. »
Journal de Genève : « La comparaison des mérites res-
pectifs de l'offensive et de la défensive ne se pose plus
comme jadis, parce qu'il n'y a plus, à proprement parler,
de défensive. L'expérience a prouvé qu'une position de cam-
pagne, fortement attaquée, ne pouvait pas être conservée;
mais elle peut être reprise, par les mêmes raisons qui ont
empêché de la conserver, parce qu'une défense passive ne
lient pas devant une offensive active. Ce qu'on appelle la
guerre défensive que font les Allemands sur le front d'Occi-
dent n'est en réalité qu'une série de contre-offensives, et les
attaques des uns s'opposent aux attaques des autres, non
à leur défense. »
Lundi 7 février. — On dit que l'Italie retire des
troupes du nord de l'Albanie.
Il est question de navires allemands échappés des
ports sud-américains qui feraient des raids dans l'At-
lantique et le Pacifique.
Les policiers canadiens ont découvert un complot
40 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
allemand, ayant son centre aux États-Unis, destiné k *
l'invasion du Canada. De grandes quantités d'armes
ont été cachées à cet effet près de la frontière.
Le Gouvernement anglais publie un cahier conte-
nant les papiers de Von Papen, d'où il résulte que les
faux passeports américains étaient fabriqués à l'ambas-
sade d'Allemagne à Washington.
L'Allemagne dit avoir fait, depuis le début de la -
guerre, 1.429.000 prisonniers et s'être emparée de
g. 700 canons.
Mardi 8 février. — Les Allemands font sauter
deux mines k l'ouest de La Folie et pénètrent dans
quelques éléments de la tranchée bouleversée et de la
tranctiée de doublement, où s'engage un vif combat.
Progrès français au sud de la Somme.
Une grosse pièce allemande lance trois obus sur Bel-
fort.
Le dégel et les inondations du Niémen rendent la
situation des Allemands très difficile ; ils se ravitaillent
par des canots.
Vifs combats au nord-ouest de Tarnopol.
On prétend k Bucharest que Guillaume II aurait dit
à Niscn : « Si la leçon de la Serbie ne suffît pas k la
Roumanie, il n'y a que 60 kilomètres du Danube à
Bucharest. »
La flotte anglaise bombarde les défenses extérieures
de Smyrne, le quartier général de Clazomène et la
caserne de Vourla.
Sur la côte de Syrie, un sous-marin allemand coule
le croiseur français Amiral-Charner ; un seul marin est
sauvé.
L'Osseruatore Romano publie une note énergique
contre les bombardements aériens de villes ouvertes et
de territoires non défendus.
On fait observer en Italie que le rayon d'action des
avions ayant beaucoup augmenté, Vienne pourrait subir
un jour les effets d'un raid de représailles (3 00 kilo-
mètres).
Le sous-secrétaire d'Etat k l'aéronautique, René Bes-
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 41
nard, donne sa démission ; ces services sont replacés
sous l'autorité directe du ministère de la Guerre.
Les États-Unis ont triplé le chiffre de leurs affaires
avec les Alliés.
Un rapatrié d'Allemagne, industriel connu, écrit à la
Liberté : « Ce n'est pas par le côté économique que l'Alle-
magne succombe en ce moment, mais par l'effroyable héca-
tombe qu'elle a subie... Le Kaiser a gardé son autorité et son
prestige; le peuple est discipliné. »
Mercredi 9 février. — Briand et Bourgeois, mi-
nistres français, partent pour Rome afin de se concerter
avec Salandra et Sonnino ; ils iront ensuite voir le Roi
au quartier général.
Les Allemands continuent à attaquer sur le chemin
de Neuville k La Folie.
Cinquante obus sur Reims, sept sur Belfort.
Les Russes ont occupé Uciezko et se sont portés
sur la rive droite du Dniester, gagnant ainsi du terrain
à l'ouest de Czernovitz.
Les Autrichiens ont occupé Tirana, évacué par
Essad Pacha.
Progrès russes au sud d'Hamadan.
Une canonnière allemande est coulée sur le lac Tan-
ganiyka par les Anglais.
Deux hydravions allemands jettent des bombes près
de Ramsgate et de Broadstairs.
Les pertes prussiennes atteignent 2.878.000 hommes.
Une réunion tenue à Toronto (Canada) adopte ce pro-
gramme : a Ni marchandise, ni main-d'œuvre, ni émi-
grants allemands. »
Repington (Times) estime qu'en dix-huit mois les
Allemands ont perdu 2.700.000 hommes et qu'ils en
ont encore sur le front 3. 600. 000 (total 6,3oo.ooo). Il
y aurait donc, sur un total présumé de 9 millions,
2.700.000 hommes de réserve, dont 700.000 indispen-
sables à la garde des voies et frontières. A raison de
i5o.ooo hommes de déchet par mois, l'armée allemande
peut conserver sa force jusqu'en février 191 7.
[Ce calcul est faux : 1° parcg que l'Allemagne n'a jamais
42 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
pu avoir plus de 8 millions d'hommes disponibles; 2° parce
qu'il lui en faut au moins i million pour son industrie. Le
chiffre des réserves ne peut donc dépasser 700.000 hommes.]
tirait sur Belfort a été repérée et des tirs de représailles
ont été exécutés sur les établissements industriels de
Dornach.
Une note officielle déclare que l'Italie n'évacuera pas
Yalona.
Les étudiants de Jassy ont empêché les professeurs
germanophiles de tenir leurs cours à l'Université.
La Chambre grecque, à la presque unanimité,
approuve la politique du Gouvernement.
Les troupes françaises occupent la ligne ouest du
Vardar.
L'Allemagne déclare qu'elle traitera en belligérants
tous les navires de commerce armés. Le nouveau ré-
gime sera appliqué à partir du 29 février. On se demande
comment les sous-marins s'assureront que les navires
de commerce sont armés.
Un sous-marin allemand détruit deux dragueurs de
mines anglais.
L'Angleterre réquisitionne des navires afin de régler
la grave question du fret qui pèse sur l'Italie.
Lansing invite a dîner BernstorfF; on prétend qu'il
veut ainsi signifier que l'affaire du Lusitania est réglée,
alors qu'elle ne l'est pas du tout.
Les États-Unis questionnent l'Autriche au sujet du
navire américain Petrolite, canonné et pillé par un
sous-marin.
Le Matin publie la liste de 24 dirigeables allemands
détruits depuis le début de la guerre, avec dates et
circonstances.
Briand et la mission française ont été reçus à Rome.
Briand a dit : « Il n'y a pas plusieurs fronts, il n'y en a
qu'un seul. »
Parlant des nouveaux bruits d'une paix sans annexions qui
circulent en Suisse, le Temps fait observer que les rumeurs
de ce genre sont toujours d'origine allemande et il conclut :
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 43
« C'est en ennemi des nations et des hommes libres que les
soldats du droit traiteront l'Allemand jusqu'à ce qu'il recon-
naisse la faillite du militarisme prussien. »
A San Francisco, le grand jury a ordonné la mise en
accusation des consuls allemand et turc pour conspira-
tion contre la production et l'envoi des munitions ainsi
que pour incendies.
L'École normale supérieure a compté 298 élèves au
front ; 86 ont été tués, 99 blessés, 24 faits prisonniers ;
18 ont disparu.
Vendredi 11 février. — Les Allemands renou-
vellent leur attaque au sud de Frise, mais échouent.
Au nord-est de la butte du Mesnil, les Français pren-
nent 3oo mètres de tranchées et repoussent une contre-
attaque.
Dix obus vers et sur Belfort.
Canonnade extrêmement violente en Alsace; plusieurs
villages sont détruits parles obus allemands.
Vifs combats dans la région de Tsebrov en Galicie.
On dit à Londres que le but principal du voyage de
Briand à Rome est d'obtenir la coopération active de
l'Italie dans les Balkans.
Feyler constate que l'Allemagne, depuis les batailles
des Flandres, a maintenu sur le front ouest les deux
tiers de ses effectifs, alors que ses forces en Russie res-
tent stationnaires ou diminuent. Depuis septembre 1916,
il y a i5o bataillons de plus sur le front français.
Sazonov a dit à un journaliste de Moscou que l'Alle-
magne est trop épuisée financièrement pour pouvoir
continuer longtemps la guerre.
A la Chamure suédoise, à propos du vote de la liste
civile, un socialiste a accusé le Roi d'avoir fait pression
sur l'Italie pour l'empêcher de se joindre aux Alliés. Le
crédit a été voté par 86 voix contre i4 et 5o abstentions.
Une conférence neutre en faveur de la paix s'est
ouverte a Stockholm sous la présidence du bourgmestre.
Programme : suppression des armements et création
d'une législation internationale protégeant la liberté des
peuples et des individus.
44 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Par suite de la congestion des ports et de la disette
de navires, les exportations américaines vers l'Europe
sont momentanément presque suspendues.^
Garrison, ministre de la Guerre aux États-Unis, a
donné sa démission.
Samedi 12 février. — Les Allemands attaquent
sans succès sur le canal de l'Yser, vers Steenstraate et
Hetsas.
Bombes anglaises sur Lille.
Une violente attaque allemande vers Soissons est
repoussée.
Actions d'artillerie très vives en Champagne. Les
Allemands ont pénétré dans un petit saillant de notre
ligne, entre la route de Navarin et celle de Saint-
Souplet.
Les Autrichiens pénètrent par surprise dans les retran-
chements italiens de la zone du Rambon, au nord de
Plezzo.
Des 134.000 soldats serbes sauvés jusqu'à ce jour,
1 16.000 sont à Corfou et dans les îles voisines, 10.000 à
Salonique et 8.000 en Tunisie.
Le tiers du Monténégro est encore libre; il n'y a que
4.000 Monténégrins prisonniers. La guerre de partisans
commence à inquiéter les Autrichiens.
De nombreux soldats bulgares désertent et entrent
en Roumanie.
On dit qu'il y a 25. 000 Allemands à Roustchouk et
5o.ooo à Choumla.
L'incident du Lusitania n'est pas réglé ; Bernstorff
demande de nouvelles instructions a Berlin. Les puis-
sances de l'Entente ont déclaré à Washington qu elles
ne pouvaient admettre la proposition américaine de
janvier 1916 relative au désarmement complet des
navires de commerce. La presse allemande exulte à
l'annonce d'une guerre de destruction contre les marines
alliées.
Des avions autrichiens ont survolé la province de
Ferrare; àRavenne, l'avant-porche de Saint-Apollinaire
a été endommagé.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 45
Les planètes Jupiter et Vénus, très proches l'une de
l'autre, sont prises à Rouen pour des zeppelins silen-
cieux.
Par suite du manque de matières premières, les ver-
reries allemandes ont fermé leurs portes.
Refaisant les calculs de Repington, Chavenon {Infor-
mation) admet que l'Allemagne, y compris les trois
classes 1915-1917, a disposé de 10.200.000 hommes.
Les services intérieurs, y compris les usines, en ré-
clament 1 million ; il y a 3.5oo.ooo hommes sur les
fronts; restent 5.700.000 hommes, dont il faut défalquer
3.800.000 hommes de pertes, ooo.ooo malades ou éclo-
pés ; restent 1.400.000 hommes de réserve, qui peuvent
être portés à 2 millions par les récupérés.
[Tous ces calculs sont faux, car ils supposent que les
hommes en âge de servir sont tous en état de servir ; d'autre
part, on ne possède aucime donnée positive sur le nombre
des récupérés.']
Des banques de Berlin prêtent 200 millions de marks
à l'Autriche.
Le Gouvernement anglais contrôle 2.834 usines de
guerre.
Une imposante manifestation a lieu à Rome ; Briand
harangue la foule enthousiaste sur la place Farnèse.
La Gazette officielle de Rome promulgue la défense
d'importer des marchandises allemandes.
Dimanche 13 février. — Luttes intenses au sud
de Frise.
Vive attaque allemande au nord de Soissons, re-
poussée.
A l'est de Seppois, nous perdons quelque terrain (le
i3 et le i4).
La capture par les Russes du village de Garbounovka,
dans la région de Dvinsk, est considérée comme uu
succès important.
On dit qu'une dizaine de divisions allemandes se
concentrent vers Guevgeli, Doiran et Strumitza.
Les Bulgares ont occupé Elbassan.
Les Français appellent Salonique le Calais des Bal-
46 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
kans ; les Italiens appellent Valona la Salonique d'Al-
banie.
Les Russes progressent autour d'Erzeroum par 25°
de froid, au milieu d'une neige épaisse. Ils annoncent
la prise de 700 soldats, de 7 canons, de i.ooo têtes de
bétail. Un bombardement a produit une violente explo-
sion dans un fort de la place d'Erzeroum, vers laquelle
on assure que l'armée turque des Dardanelles se dirige
en hâte.
Djemal refuse, dit-on, de prendre le commandement
de l'expédition d'Egypte, qu il qualifie de folie.
Les Russes occupent Daoulat-Abad près d'Hamadan.
Bernstorff affirme que l'Allemagne ne songe pas à
attaquer des paquebots, armés ou non, mais seulement
des cargos transportant des vivres ou des munitions.
Briand et la mission française se rendent au grand
quartier général italien.
La visite de délégués espagnols à Perpignan donne
lieu à de chaleureuses manifestations de sympathie. Le
président de l'Athénée de Barcelone a déclaré que les
vrais sentiments de l'Espagne étaient méconnus. Un
député conservateur aux Cortès a parlé dans le même
sens.
Vu l'augmentation du prix du papier (4o °jo), 2.000
journaux et revues ont cessé de paraître en Allemagne.
Le Moniteur officiel de l'Empire publie une nouvelle
liste de sociétés d'assistance formées en vue de la
guerre, avec l'indication de leur durée. On remarque
que la date extrême prévue est le 3o juin 1916.
Dans une réunion en masse, les habitants de Berlin
(Ontario) ont demandé que l'on changeât le nom de
leur ville.
Lundi i4 février. — Entre le canal Ypres-Comines
et le chemin de fer, les Allemands ont pénétré dans les
tranchées anglaises sur 600 mètres. Leurs autres
attaques, très violentes, ont échoué.
Un journal important de Stockholm annonce que
l'Allemagne réunit de très grandes forces pour une
offensive sur le front français.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 47
Les Allemands ont fortifié Brest — Litovsk en prévi-
sion d'un siège.
L'artillerie russe oblige les Autrichiens à évacuer
leurs tranchées au nord-ouest de Tarnopol.
Les Autrichiens sont à lo kilomètres de Durazzo,
les Bulgares à 20 kilomètres.
Les Allemands arrêtent beaucoup de notables grecs
et israélites à Monastir.
La Boumanie rappelle tous les réservistes roumains
qui sont à Salonique.
Lucaciu, le candidat transylvain, en ballottage avec
un candidat ministériel, s'est désisté pour ne pas créer
d'embarras au Gouvernement roumain.
Le tsar Ferdinand a été reçu k Vienne par l'empereur.
L'Arethusa, heurtant une mine, coule dans la mer du
Nord.
Des avions autrichiens, survolant Milan, tuent 8 per-
sonnes et en blessent 80. D'autres bombes sont jetées
sur Treviglio, Bergame et Monza.
Une proclamation du roi d'Angleterre appelle tous les
célibataires sous les drapeaux.
Les ministres de France, de Grande-Bretagne et de
Bussie se sont présentés à Sainte-Adresse au ministère
des Allaires étrangères de Belgique et ont déclaré
1° que le Gouvernement belge serait appelé à participer
aux négociations pour la paix ; 2° que les puissances
alliées ne feraient pas la paix sans que la Belgique soit
rétablie dans son indépendance et largement indem-
nisée.
L'Italie et le Japon, n'étant pas au nombre des puis-
sances garantes de l'intégrité de la Belgique, ont fait
savoir qu'elles n'avaient rien à objecter aux déclara-
tions des Alliés.
\
Mardi 15 février. — Après dix jours de combats,
accalmie sur le front français. Nous avons repris une
ftartie des éléments avancés occupés par les Allemands,
e i3 février, sur la route de Talmont à Saint-Py. En
fait, vingt attaques allemandes ont été brisées, mais
l'une d'elles a fait quelques progrès sur le front anglais.
48 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
On dit que, sur le front de Bessarabie, les travaux
techniques des Russes sont dirigés par des officiers
français et japonais.
Le Tsar a télégraphié à Poincaré pour le féliciter du
sauvetage heureusement accompli de l'armée serbe.
Des détachements serbes résistent au nord de Du-
razzo.
Le général Moschopoulos aurait dit à des officiers
français : « Si vos ennemis viennent vous attaquer à
Salonique, ils laisseront deux mètres haut de cadavres
sans pouvoir forcer vos lignes. »
Un sous-marin allié entre dans le Bosphore et y tor-
pille des navires turcs chargés de munitions.
Wilson et les membres de son cabinet refusent de
reconnaître la thèse allemande sur le torpillage des
navires marchands soupçonnés d'être armés.
Des avions autrichiens font peu de dégâts sur Rimini.
Quinze avions français lancent i5o obus sur Stru-
mitza.
Le mouvement séparatiste des provinces de Yunnan
et de Koeï-Tcheou progresse et a gagné le Se-Tchouen.
À la Chambre des Lords, après la lecture du discours
du trône, Asquith a dit : c( Je n'ai pas plus de doute sur
notre triomphe final que je n'en ai sur la justice de
notre cause. » Il a ajouté que les troupes britanniques
en France s'étaient accrues de huit divisions de la nou-
velle armée et déclaré que Tow^nsend avait encore des
vivres à Kut.
L'Angleterre dépense actuellement i25 millions de
francs par jour.
D'après le projet de crédits déposé par Ribot à la
Chambre, la France, le 3o juin 191 6, aura dépensé
46 milliards 5oo millions pour la guerre.
La Commission du buciget k la Diète prussienne a
adressé, au chancelier, une requête demandant à ne
tenir aucun compte de l'opinion américaine dans l'ex-
tension de la guerre navale. Les journaux officieux
blâment vivement cette ingérence de la Diète dans une
affaire relevant du Gouvernement impérial.
Un sénateur républicain a déposé au Sénat de
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 49
Washington une résolution suivant laquelle l'ordre de
l'Amirauté allemande de couler sans avertissement les
navires marchands alliés provoque l'inquiétude du
Sénat. On dit que les Etats-Unis vont demander à l'Al-
lemagne comment les sous-marins reconnaîtront que
les navires sont armés.
A New-York, dans une assemblée plénière, le parti
républicain a applaudi le sénateur Elihu Root, qui a
attaqué le Gouvernement actuel pour avoir abandonné
la Belgique : « Une simple expression officielle des
États-Unis, déclara Root, une seule phrase de désap-
probation ou de refus d'approuver l'acte de l'Allemagne
aurait fait des États-Unis les directeurs de la conscience
et de la moralité de tous les neutres. »
Mercredi i6 février. — L'armée monténégrine
(20.000 hommes) a été débarquée à Corfou.
Les désertions se multiplient sur le front bulgare.
Venizelos nie qu'il travaille contre la dynastie et
adjure l'opinion française de ne pas faire porter à la
Grèce la responsabilité de l'attitude d'un gouvernement
irrégulier.
Après une résistance de quinze jours, Erzeroum est
tombé ; les Turcs sont en fuite vers l'ouest. Les Armé-
niens échappés au massacre ont fait un accueil chaleu-
reux aux Russes.
L'Allemagne mouille des mines devant la pointe sud-
ouest de la côte suédoise ; la presse de Stockholm pro-
teste.
On prétend que l'Allemagne vient de terminer loo
nouveaux sous-marins et de construire un cuirassé à
l'abri des torpilles.
Le colonel Feyler, parlant des exploits des avions
autrichiens en Italie, écrit dans le Journal de Genève :
« Ces militaires germains du vingtième siècle de l'ère
chrétienne finiront par lasser le mépris. »
jk On affirme que le dirigeable qui attaqua Paris est
1 venu s'échouer et se perdre près d'Ath, en Belgique.
\ Au Landtag de Bade, le député progressiste Hummel
■demande que les belligérants s'accordent pour s'inter-
50 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
dire le bombardement par avions de villes ouvertes.
La Gazette populaire de Cologne n'est pas de cet avis
et déclare que les zeppelins feront encore beaucoup de
mal k Paris (numéro du 17).
La conquête du Cameroun allemand est complète,
sauf pour la position isolée de la colline de Mora,
Une explosion, due à la malveillance, a détruit le
club américain à Toronto (Canada).
A Brooklyn, un incendie a détruit trois grands va-
peurs chargés de munitions pour Vladivostok ; les pertes
atteignent 25 millions.
Commentant la réouverture du Parlement, le Daily
Telegraph écrit :
« L'Angleterre et ses alliés entament un nouveau chapitre
de conflit, sachant que les raisons de compter sur la victoire
n'ont jamais été meilleures. Les frais croissants de la guerre
étonneront les générations futures, mais nous continuerons à
les supporter jusqu'à ce que soit accomplie la tâche de dé-
barrasser la civilisation du fléau le plus néfaste qu'elle ait
subi. »
Jeudi 17 février. — On constate sur le front fran-
çais la présence de soldats allemands de la classe 1916.
Le Gouvernement turc ayant décidé de déporter les
familles des Grecs de Turquie qui ne rentreraient pas
pour être incorporés, le Gouvernement grec, soutenu
par la presse, proteste énergiquement.
Des troubles à Constantinople et à Smyrne sont
réprimés par la police allemande.
Dans sa réponse aux félicitations à Poincaré, le grand-
duc écrit que « la prise d'Erzeroum est d'une importance
capitale pour l'heureuse issue de nos communs efforts j».
Invalide russe : « L'armée du Caucase a fait un miracle,
dont on parlera longtemps dans l'histoire militaire. »
Novoïé Vrémia : « Les Turcs ne peuvent pas amener de
renforts avant deux mois; nous saurons utiliser ce délai. :
Sir Arthur Evans, dans le Manchester Guardian,
s'élève contre l'abandon du Monténégro, que l'Angleterre
n'aurait pas secouru et ravitaillé à cause de la tension
entre l'Italie et les Slaves de la côte adriatique. Un
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 51
renfort de 20.000 hommes aurait suffi à rendre le Lovcen
inexpugnable.
Au Landtag de Prusse, le sous-secrétaire d'État recon-
naît la crise des céréales, la qualité de la récolte ayant
été très médiocre.
L'ambassade de Russie à Rome déclare qu'alors que
l'Allemagne n'avoue que 82.000 hommes de pertes en
janvier, elle a perdu plus de 100.000 hommes par le
froid sur le front oriental.
Max. Harden {Zukunfi) conseille à l'Allemagne d'en-
voyer un ultimatum à ses ennemis (c'est-k-dire de pro-
poser la paix), ce Nous, Allemands, nous n'avons pas le
temps d'attendre. »
Le mark, à Amsterdam, retombe à 42,60.
Les États-Unis déclarent qu'ils ne peuvent considérer
leur différend avec l'Allemagne comme réglé tant qu'ils
n'auront pas reçu l'assurance que le nouveau programme
de guerre sous-marine ne mettra pas en danger les Amé-
ricains voyageant sur des paquebots.
Vendredi 18 février. — Les Russes, partant de
Van, ont pris Musch et Akhlat. Une division turque
a été faite prisonnière.
La garnison allemande de Mora s'étant rendue, la
conquête du Cameroun est complète.
On prétend que la Roumanie, menacée d'un ultima-
tum des puissances centrales, a répondu qu'elle ne se
laisserait pas intimider. Les interventionnistes se sont
ralliés à Rratiano. Le Tsar aurait exprimé l'avis que la
Roumanie doit suivre sa destinée, qui est d'être opposée
à l'Autriche.
Graves inondations dans la vallée du Rhin.
Le ministre français pose la question de confiance
à l'occasion d'une proposition sur le droit de contrôle ;
il obtient 820 voix contre i53.
La Suisse est émue par la publication d'un livre allemand
sur la guerre dû à Ilermann Fernau, Allemand domicilié à
Zurich. Adoptant la thèse de l'auteur de « J'accuse », Fernau
pose au Gûuyernement allemand une série de questions qui
ont fait saisir son livre en Allemagne. « Pourquoi le ton provo-
52 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
cateur de l'ultimatum autrichien à la Serbie? Pourquoi le
refus opposé par l'Autriche à la demande d'un délai for-
mulée par l'Entente ? Pourquoi l'Autriche a-t-elle déclaré
insuffisante la réponse de la Serbie, dont l'humilité étonna
l'Europe ? Pourquoi l'Allemagne a-t-elle déclaré que l'Au-
triche ne pouvait être citée devant un tribunal européen ?
Pourquoi l'Autriche a-t-elle déclaré qu'elle ne pouvait
accepter la proposition anglaise ? Pourquoi l'Allemagne
n'a-t-elle pas conseillé la modération à son alliée (')? Pour-
quoi l'Allemagne a-t-cUe tant insisté sur la localisation du
conflit, alors que, comme le prouvent ses documents
diplomatiques, elle savait que la Russie était tenue d'inter-
venir ? Pourquoi l'ultimatum autrichien fut-il approuvé à
Berlin, alors qu'il provo(]uait évidemment une guerre euro-
péenne? Pourquoi le Gouvernement allemand a-t-il supprimé,
dans ses publications, toute mention des propositions
adressées par le Tsar à l'Empereur, à l'effet que toute la
question fût soumise au tribunal de La Haye ? »
Samedi 19 février. — On dit que les Allemands
ont amené devant Verdun cinq divisions et une formi-
dable artillerie.
Le Temps publie une longue lettre du prince Nicolas
de Grèce, se plaignant de l'injustice de l'opinion fran-
çaise et des doutes exprimés en Angleterre et en France
sur la loyauté de la Grèce, neutre, mais amie.
P. Carp, revenant de Vienne, a été reçu pendant
plusieurs neures par le roi de Roumanie.
Lansing a protesté, au nom des Etats-Unis, auprès
du Gouvernement turc contre les atrocités commises
par les Turcs en Ai'ménie.
(i) La Westminster Gazette du 4 août 1914 a publié une ieltre
de Berlin à l'ambassadeur d'Allemagne à Vienne, lui enjoignant de
dissuader l'Autriche d'opposer un refus aux demandes de négocia-
tions venues de Pétersbourg. L'authenticité de cette lettre a été
confirmée au Rcichstag par Bethmana-HoUweg. Mais on remarquera :
1° que ce document n'a pas figuré au Livre Blanc allemand;
2" qu'il n'est pas directement adressé à l'Autriche, mais à l'ambassa-
deur d'Allemagne ; 3" que l'omission de ce document, là où il aurait
dû figurer, éveille des soupçons graves sur l'intégrité du texte;
4° que pas un conseil de modération n'a été donné à l'Autriche, alors
qu'elle provoquait la Serbie et n'acceptait pas la réponse déférente
de ce petit pays. Voir le discours de Tittoni à la Sorbonne sur la
question serbe {Temps du 26 juin). — S. R.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 53
Un sous-marin autrichien a torpillé, devant Durazzo,
le Memphis, des Messageries Maritimes.
On rapporte que Guillaume II aurait enjoint aux
aviateurs allemands d'épargner Stratford on Avon, pa-
trie de Shakspeare {Liberté du 20).
Des avions italiens bombardent Laibach.
Un avion russe jette 3o bombes sur le quartier géné-
ral autrichien.
A Zurich, le mark est tombé à 98, la couronne à 63.
On parle d'une émeute causée par la disette k Ham-
bourg.
Dimanche 20 février. — Les Allemands essaient
de traverser l'Yser k Steenstraate, mais sont repoussés.
Les Autrichiens et les Albanais avancent vers Durazzo.
Une révolte de troupes bosniaques se serait produite
en Albanie ; les révoltés auraient été cernés et massacrés
par les Austro-Hongrois.
La Grèce porte son armée à 5oo.ooo hommes.
Le Gouvernement roumain demande à la Chambre
que le crédit de 200 millions soit porté à 600 millions.
L'Italie demande des explications à la Grèce au sujet
de paroles injurieuses pour l'Italie prononcées à la
Chambre grecque.
Sur le littoral de la Mer Noire, les Russes ont re-
foulé les Turcs derrière la rivière de Bujuk-Déré.
Quatre hydravions allemands bombardent Lowestoft
et Walmcr (Kent).
Des avions anglais bombardent l'aérodrome de Cam-
brai.
Des avions autrichiens jettent des bombes sur Valona
et font 80 victimes, dont le consul d'Italie et sa famille.
La Suède interdit l'exportation du café.
Lundi 21 février. — Dans le secteur de Lihons,
très forte attaque allemande avec gaz suffocants.
Commencement de la grande bataille pour Verdun.
L'artillerie allemande ouvre un feu extrêmement violent
sur les lignes françaises, notamment sur les bois des
Caures et de la Ville.
54 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Obus allemands sur Saint-Dié.
Le Gouvernement roumain demande à la Chambre
d'interdire d'urgence toute exportation de céréales et
produits alimentaires en dérivant.
Le général Sarrail, venu à Athènes, y est reçu avec
enthousiasme et voit longuement le roi Georges.
Au cours de combats aériens sur les fronts d'Alsace,
d'Argonne et de Champagne, les avions français dé-
truisent un dirigeable et quatre avions.
Pour la première fois, nos avions ont eu affaire à une
escadrille de quinze avions allemands.
Washington se montre très mécontent des procédés
incorrects de Bernstorff, qui a rendu publiques des
conversations secrètes et essavé d'agir sur l'opinion
américaine en propageant de fausses nouvelles. Ainsi
il a fait annoncer 'que les Etats-Unis étaient d'accord
pour reconnaître les prétentions allemandes au sujet
des navires marchands, alors que le contraire est seul
vrai.
Mardi 22 février. — Forte offensive des Allemands
contre les Anglais sur le canal de l'Yser. Une autre
offensive sur le bois de Givenchy leur permet de prendre
des tranchées de première ligne et d'entamer celles de
doublement.
Devant Verdun, les Allemands disent avoir attaqué
« les positions fortifiées qui gênaient leurs communica-
tions au nord de la Meuse >>. Ils ont progressé de 3 kilo-
mètres sur un front de lo kilomètres, occupant le bois
d'Haumont et un saillant au nord de Beaumont.
En Haute-Alsace, progrès allemands à l'ouest de
Heidweiler.
Les Italiens prennent d'assaut le sommet du Collo.
Toute l'armée autrichienne du Monténégro est em-
ployée contre les bandes dans les montagnes.
Les troupes d'Essad ont réoccupé Berat.
Filipesco et Take Jonesco ont une entrevue avec le roi
de Roumanie.
Léon Maccas révèle, dans une lettre au Temps, que
le traité serbo-grec (3 juin igiS) prévoyait bien l'at-
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 55
taque de la Serbie par une tierce puissance. Il affirme
aussi que la Bulgarie n'a attaqué la Serbie que parce
qu'elle avait l'assurance (du roi Georges?) que la Grèce
resterait neutre.
La colonne du général Aylmer canonneun camp turc
sur la rive gauche du Tigre.
La flotte bulgare, ayant essayé de sortir, a été obligée
par l'escadre russe de se réfugier à Varna.
Première séance, à Paris, de la Commission interpar-
lementaire présidée par Clemenceau. Il a dit aux députés
anglais : « Je vous attendais depuis Hastings, depuis
les jours du Prince Noir. »
Le Tsar a ouvert la session de la Douma en personne.
Le Gouvernement américain ne négociera désormais
qu'avec Berlin, négligeant Bernstorff, qui n'inspire plus
confiance.
Mercredi 23 février. — Devant Verdun, nous
avons perdu Brabant, Haumont, Herbebois, mais repris
une partie du bois des Caures. On dit que sept corps
allemands sont engagés, avec l'artillerie la plus formi-
dable qui ait jamais été réunie sur un front étroit.
Guillaume II, qui était à Wilhelmshafen, est parti ce
jour pour l'armée de l'Ouest.
Le Tsar part pour le front.
Les Autrichiens sont k lo kilomètres au sud-est de
Durazzo, après avoir bousculé Essad pacha et les Ita-
liens à l'est de Bazarciak (Albanie).
On écrit d'Athènes que l'armée grecque n'est nulle-
ment équipée pour une campagne et que le peuple est
très désireux d'éviter tout conflit.
L'évacuation de Trébizonde par les Turcs a com-
mencé. Les Russes sont à deux jours de marche de
Rizeh.
Les avions français lancent 45 projectiles sur la gai^e
de Metz-Sablons et l'usine à gaz, l^o sur la gare de
Mulhouse.
Lord Robert Cecil est nommé ministre, chargé d'uni-
fier les mesures de blocus.
Le Gouvernement portugais prend possession des
56 CHRONOLOGIE DE LA. GUERRE
navires allemands réfugiés dans ses ports ; ce n'est pas
une confiscation, mais une mesure de pi'écaution.
Sazonov dit à la Douma :
a Cette guerre est le plus grand des crimes de lèse-huma-
nité. Le Gouvernement allemand qui Ta voulue cherche à se
justifier devant l'opinion de son propre pays. Elle commence
à comprendre que le peuple a été dupe de ceux qui, mal
informés par des diplomates incapables, ont cru l'heure
venue de réaliser leurs rêves de rapine... Les Alliés doivent
mettre fin aux appétits voraces du pangermanisme, qui n'a
pas eu toujours les sympathies de l'Allemagne elle-même. »
Sazonov a aussi affirmé que la Russie tout entière voulait la
réunion des tronçons de la Pologne démembrée, avec l'auto-
nomie complète pour le pays (Voir Journal de Genève,
24 février).
Wilson refuse d'admettre des restrictions à la liberté
des Américains qui ont le droit, selon lui, de s'embar-
quer sur des paquebots de leur choix.
Jeudi 24 février. — La bataille de Verdun, vers
le soir, prend une tournure inquiétante. Le bombarde-
ment s'étend sur un front de 4o kilomètres, de Malan-
court à Étain ; Verdun est sans cesse arrosé de gros
obus. Nous perdons l'est du bois des Caures et une
partie du bois des Fosses. Le 20* corps, au repos au
camp de Mailly, est dirigé d'urgence vers Verdun.
Au sud-ouest d'Altkirch, les Allemands prennent
pied dans le bois de Carspach.
Le général Moschopoulos a dit à un journaliste que
Salonique est devenu le camp retranché le plus redou-
table du monde.
Essad, abandonnant la partie en Albanie, est arrivé
à Brindisi. Les Italiens évacuent Durazzo.
Les Russes, poursuivant les Turcs en retraite vers
Kirmanshah, leur prennent du matériel. Ils ont occupé
Ispir, entre Erzeroum et Trébizonde.
Les membres des Communes et des Lords de passage
à Paris ont déposé une palme au pied de la statue de
Jeanne d'Arc (place des Pyramides).
A la Chambre des Communes, Snowden et Trevelyan
I
1
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 57
ayant conseillé des démarches en faveur de la paix,
Asquith répond que l'Angleterre ne remettra pas 1 épée
au fourreau tant que la domination militaire prussienne
ne sera pas détruite entièrement et pour toujours.
Repington (Times) se plaint que les Alliés n'utilisent
pas toutes leurs ressources d'hommes, notamment
des colonies d'Inde et d'Afrique. Il estime à 3. 600.000
les Allemands en campagne, à i .5oo.ooo les Autrichiens,
à I million les Turcs et les Bulgares. L'Angleterre, a
elle seule, a des réserves presque égales à celles qui
restent aux empires du Centre, et la Russie en a encore
une fois autant, instruites et prêtes.
Hilaire Belloc démontre que les Allemands, jusqu'à
la fin de 191 5, avaient perdu plus de i million de tués,
ce qui implique de 4 millions à 4.5oo.ooo pour le chiffre
total de leurs pertes.
Après deux jours de débats au Congrès, Wilson écrit
au président de la Commission des Affaires étrangères
du Sénat qu'il lui est impossible de consentir à aucune
restriction des droits américains. « Nous désirons la
paix, ajoute-t-il, mais pas au prix de l'honneur. »
Le 3 °/o français est à 6i,5o après 61.
Vendredi 25 février. — En Champagne, nous
enlevons un saillant ennemi au sud de Sainte-Marie-
à-Py.
Il neige abondamment au nord de Verdun et la vio-
lence des attaques allemandes ne diminue pas. Nous
cédons du terrain aux deux ailes et résistons sur la
ligne de Champneuville, Louvemontet Douaumont. La
population civile de Verdun a été évacuée ; les services
sont transférés à Bar-le-Duc. Le général Pétain, avec
son « armée de choc », arrive à la rescousse.
En Galicie, la neige atteint de 3 à 4 mètres de haut.
Les Allemands disent qu'ils vont reprendre l'exploi-
tation des mines de cuivre de Bor (Serbie).
i Take Jonesco déclare, dans VAdeverul, que les
l Austro-Allemands n'ont pas offert la Bukovine à la
m Roumanie, mais bien la Bessarabie et Odessa, qui ne
58 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
l'intérêt de la Roumanie se confondent avec ceux de
l'Entente.
Le roi de Grèce aurait exprimé le désir de visiter les
fortifications de Salonique.
Les Russes ont occupé Aschkala (à 5o kilomètres
d'Erzeroum, sur la route de Trébizonde).
Kirmanshah a été occupé par les Russes.
Les Portugais ont reconquis tout l'Angola.
Une tempête de neige sévit sur Paris, Lyon, etc.
Grièvement blessé à l'œil droit, G. d'Annunzio a été
transféré à l'hôpital de Venise.
Le roi de Rulgarie a quitté Vienne pour Cobourg,
allant visiter les tombes de ses ancêtres.
Samedi 26 février. — Une contre-attaque alle-
mande sur Sainte-Mari e-à-Py est repoussée.
Au nord de Verdun, la journée a été la plus terrible
de la gnerre( Liberté du 28). Après avoir pris le fort de
Douaumont, Vacherauville et la côte du Poivre, les
Allemands ont dû évacuer ces dernières positions ; les
Rrandebourgeois qui avaient occupé les ruines du fort
de Douaumont se sont trouvés presque encerclés.
L'arrivée des renforts français s'est fait immédiatement
sentir. « Nos régiments, dit la Gazette de Francfort,
ont dû constamment traverser une mer de feu ; aussi
nos pertes sont considérables. »
La prise du fort de Douaumont a été annoncée à
Genève vers midi par un communiqué allemand spé-
cial : (( Le fort cuirassé de Douaumont, le pilier angu-
laire nord-est de la ligne principale des fortifications
permanentes de la forteresse de Verdun, a été pris
d'assaut hier après-midi par le 24*^ régiment d'infanterie
de Brandebourg. » On remarque qu'il n'est plus ques-
tion de communications à rectifier, mais d'une attaque
visant la prise de Verdun.
Bombardement prolongé de Nancy et de Lunéville.
Une attaque allemande au sud-est de Celles (Vosges)
est repoussée.
Kouropatkine est nommé au commandement des
armées russes du Nord.
f
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 59
Les Autrichiens entrent à Durazzo ; Vienne pavoise.
Les Italiens se sont rembarques avec quelque peine, vu
l'état de la mer.
Filipesco est parti pour Petrograd, avec un mandat
du roi de Roumanie.
Les Russes ont pris à Erzeroum iS.ooo hommes et
828 canons.
A l'ouest de l'Égjpte, succès anglais près de Barani;
le chef turc, frère d'Enver, aurait été tué.
Le navire auxiliaire Provence II a coulé dans la
Méditerranée centrale ; il y a 870 survivants.
Les avions français lancent i44 obus sur la gare de
Metz-Sablons.
Le Congrès des républicains italiens à Rome de-
mande qu'on déclare la guerre à l'Allemagne.
La Suède ayant proposé aux États-Unis d'intervenir
avec les neutres pour protester contre les restrictions
apportées au commerce maritime, les Etats-Unis ont
refusé.
Dimanche 21 février. — Progrès allemands en
Champagne à la ferme Navarin (nord de Souain).
Devant Verdun, grandes chutes de neige. Les
Français tentent en vain de reprendre le fort de Douau-
mont ; les Allemands ne réussissent pas à occuper le
village. La côte de Talou, intenable pour les deux adver-
saires, n'est occupée par aucun. Les Allemands tentent
de déboucher en Woëvre sur la droite française ;
la station d'Eix est prise par eux, puis reprise par
nous.
Von Blume écrit à Berlin qu'il ne s'agit pas, pour les
Allemands, de percer devant Verdun, mais d'écarter
l'influence gênante de l'ennemi sur les communications
allemandes avec le nord de la Woëvre : la preuve, c'est
que l'attaque a été entreprise dans la direction la moins
favorable, celle d'une forteresse très solide.
Trois vapeurs anglais, entre autres le Maloja(P. 0.),
ont été coulés dans la Manche par des mines flottantes.
La lettre de Wilson au sénateur Stone est très mal
accueillie en Allemagne.
I
60 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Bernstorff a remis à Lansing un mémorandum
déclarant que l'Allemagne ne voit aucune raison de
modifier ou d'ajourner ses récentes instructions, pres-
crivant de couler sans avertissement tout navire mar-
chand armé. Le chargé d'affaires autrichien s'est associé
à cette déclaration.
On dit a Zurich que l'Allemagne a perdu de 3o k
32 dirigeables, mais en possède encore 60.
Le Gouvernement allemand a protesté à Lisbonne
contre la saisie de navires allemands dans les ports
portugais.
Le Moniteur de l'Empire interdit l'importation d'ar-
ticles de luxe.
On dit que l'Allemagne fabrique 7.000 fusils par
jour.
Lundi 28 février. — Soixante-dix obus sur Reims.
La lutte continue sur les plateaux au nord de Vaux.
Plusieurs attaques allemandes, à l'ouest du fort de
Douaumont et à Fresnes (Woëvre), ont échoué ; mais,
dans cette région, ils ont pris Manheulles.
Les Autrichiens se sont emparés à Durazzo de 28 ca-
nons et de 10.000 fusils.
Un vapeur suédois a touché une mine au nord de
Falsterbo, dans les eaux suédoises, et a coulé.
Une escadrille d'avions français, partie de Chic, a
bombardé Smyrne et les campements turcs. Les avions
sont revenus indemnes à Salonique.
A Zurich commence le procès des deux colonels
suisses. L'opinion est très émue, surtout dans la Suisse
romande.
Il n'y a plus de riz à Berlin que pour les malades.
Des 1.600.000 kilomètres carrés formant l'empire
colonial allemand, 750.000 sont aux mains des Alliés;
les Allemands ne conservent plus qu'une partie de
l'Afrique Orientale.
Mardi 29 février. — Le bombardement s'atténue
au nord de Verdun ; les Allemands se retranchent sur
les pentes nord de la côte du Poivre, dont nous tenons
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 61
la première crête. En Woëvre, une contre-attaque nous
a ramenés à la lisière ouest du village de Manheulles.
Guillaume II est reparti pour Berlin.
« La situation est satisfaisante ; elle reste néanmoins
très sérieuse. » {Temps.)
« Honneur aux troupes héroïques qui, les pieds dans la
neige et la tête sous la plus épouvantable mitraille dont le
fracas ait jamais déchiré l'air, ont arrêté par leur vaillance
ce colossal effort ! » (Rousset, Liberté,')
« Il est nécessaire de mettre le public en garde contre les
nouvelles prématurées. L'expérience de plus de cent combats
nous a montré avec quel extraordinaire courage les fils de
France attaquent toujours ; nous estimons nos adversaires et
apprécions leurs exploits. » {Gazette de Voss.)
Dans les Vosges, grande activité d'artillerie dans la
région de Senones et du Ban-de-Sapt.
A l'est de Seppois, nous perdons, puis regagnons
quelques tranchées.
Les troupes allemandes qui se trouvaient à Varna ont
été déplacées depuis le 26 janvier et échelonnées le long
de la frontière roumaine.
Quelques centaines d'Albanais mirdites ont arboré à
Bérat le drapeau du prince de Wied.
On assure que la poudrière de Sivas aurait sauté,
détruisant tout l'arsenal et une partie de la ville.
Les Russes ont occupé, en Perse, Khanekin et
Kiremd, k 100 kilomètres de Bagdad.
Le croiseur auxiliaire allemand Greij, maquillé en
vaisseau marchand norvégien, a été coulé par le vapeur
marchand anglais Alcantara, qui fut coulé lui-même
par une torpille du pirate.
A Zurich, les deux colonels ont été acquittés ; ils sont
remis à l'autorité militaire, pour être punis disciplinai-
rem ent
Une statistique porte les pertes allemandes à 668.000
morts, 1 .660.000 blessés, 358. 000 manquants ; les pertes
autrichiennes à 728.000 morts, 2.192.000 blessés ou
malades, 810.000 manquants. Cette statistique est
sujette k caution, car le nombre des morts allemands
est certainement supérieur.
62 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
MARS
Mercredi 1" mars. — Une violente attaque alle-
mande sur Fresnes ( Woëvre) est repoussée.
On dit que l'attaque sur Verdun a coûté aux Alle-
mands 160.000 hommes, tiers des effectifs engagés.
Le colonel Fejler écrit dans le Journal de Genève :
« D'assaillants, les Allemands sont devenus, pendant
les dernières péripéties de la lutte, les assaillis. Gela
ressort de leurs communiqués autant que de ceux de
Paris... Les péripéties de ces huit jours autorisaient,
semble-t-il, ce jugement que, en tant qu'attaque brus-
quée, l'opération frise un échec... Assisterons-nous k
un nouvel effort, en un tout autre lieu? C'est possible l
Mais les communiqués ont si fort insisté sur la présence
des princes qu'on a peine à croire que la véritable vic-
toire doive être attendue là où ils ne seront pas. »
L'artillerie italienne bombarde les gares de Toblach
et de Santa-Lucia (Tolmino).
Trébizonde est bloquée par terre et par mer. La flotte
russe est maîtresse de la Mer Noire et dispose de nom-
breux sous-marins.
Les colonels suisses s'en tirent avec vingt jours d'ar-
rêt; le Conseil fédéral les met en demi-solde.
Les Allemands commencent la nouvelle guerre sous-
marine en détruisant un vapeur anglais corps et biens.
Wilson se décide à convoquer le Congrès pour faire
approuver sa politique et démasquer les sénateurs ger-
manophiles.
Les Anglais ont réoccupé Barrani (ouest égyptien).
La Gazette de Cologne dit que l'Allemagne veut finir
la guerre à tout prix par l'offensive sur le front occi-
dental et la guerre sous-marine. Elle a de nouveaux
sous-marins qui peuvent, sans ravitaillement, aller à
New-York et revenir.
\
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 63
On a saisi en Allemagne la brochure de Hermann
Fernau, publiée à Zurich (analyse détaillée dans le
Bulletin de l'Alliance française, 1916, p. 4o)-
En Suisse, le mark perd 28, 3o, le franc 10,76; aux
États-Unis, le mark perd 28,20; le franc 11,10.
La Chambre italienne envoie ses félicitations aux
troupes françaises de Verdun.
Réouverture des salles de sculpture moderne au
Louvre.
Jeudi 2 mars. — Les Anglais reprennent, sur le
canal d'Ypres, les tranchées perdues par eux le i4 fé-
vrier.
Devant Verdun, bombardement très violent du Mort-
Homme, de la Côte de l'Oie et des passages de la
Meuse. L'infanterie allemande attaque en masses le
village et la redoute de Douaumont, qui sont pris et
repris.
Poincaré est allé à Verdun où il a été reçu par Joffre.
Une attaque allemande est repoussée à l'ouest de
Bezange (Lorraine).
Les Russes ont pris d'assaut Bitlis, à 5. 000 pieds
d'altitude.
On dit à New^-York que les explications données
par BernstorfF au sujet de V Arabie sont fondées sur de
prétendus témoignages de marins allemands qui avaient
été tués peu de temps avant (ceux de VU-2y).
Depuis le début de la cjuerre, les Allemands ont
coulé ôo.ooo tonnes de navires suédois, valant 5o mil-
lions ; 128 marins ont perdu la vie.
L'affaire des colonels suisses provoque des bagarres
anti-allemandes à Lugano et à Fribourg. Le colonel
Egli a donné sa démission de chef de section de l'Etat-
Major général.
Le roi de Bulgarie est malade h. Vienne.
La reine douairière de Roumanie, dite Carmen Silva,
est morte.
Le 3°/o est à 62,80.
Les pertes prussiennes déclarées atteignent 2.870.000
hommes.
64 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Vendredi 3 mars. — La lutte redevient très
Intense à Verdun. Depuis la veille au soir, les Alle-
mands sont maîtres du village de Douaumont ; ils ont
attaqué sans succès, le même soir, le village de Vaux.
En Woëvre, des attaques allemandes, préparées par un
bombardement furieux, n'ont pu déboucher. L'ar-
tillerie allemande est aussi très active à l'ouest de la
Meuse (Malancourt et Haucourt).
Attaque française heureuse à l'est de Seppois.
Du 25 février au 3 mars, Saint-Dié a reçu 266 gros
obus ; une partie de la population a émigré.
Nuit du 3 mars. — Un incendie a détruit toutes
les installations du port de Routschouk, la plupart des
magasins et dépôts de vivres installés par les Allemands
et plusieurs quartiers voisins du port. Les dégâts dépas-
sent 20 millions.
Les Russes occupent Bidjar, k 7 kilomètres au nord-
ouest d'Hamadan.
Le Sénat américain, par 68 voix contre i4, a ajourné
la motion Gore ; c'est une victoire pour le président. Cette
motion enjoignait aux Américains de ne pas voyager sur
des navires marchands armés.
Filipesco a dîné avec le Tsar.
Samedi 4 mars. — Cinquante obus sur Reims.
Les Allemands attaquent avec acharnement depuis le
bois d'Haudremont jusqu'à Douaumont ; ils sont repous-
sés. La nuit, bombardement intense à l'est de la Meuse
et à l'ouest sur le Mort-Homme et la Côte de l'Oie.
Feyler écrit (Journal de Genève) : « Inutile d'attendre
plus longtemps ; on peut conclure. L'attaque brusquée
de Verdun a échoué. Si les Allemands prétendent
emporter la position, ils devront tenter l'aventure une
seconde fois. »
En Lorraine, dans la région des étangs de Thiaville,
nous enlevons des tranchées.
Des troupes de débarquement russes occupent Atina,
k l'est de Trébizonde, qui est bombardée par les torpil-
leurs russes.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 65
On dit qu'une partie des troupes turques de Smyrne
se sont mutinées.
Enver Pacha aurait été vu en prière dans la mosquée
d'Omar à Jérusalem.
Un fort à Saint-Denis, servant d'entrepôt de muni-
tions, a sauté (45 morts, 260 blessés).
Depuis une semaine, la viande de bœuf a augmenté
de 28% à Berlin. Depuis un an, le prix des pommes
de terre a doublé.
Gabriel d'Annunzio écrit à Barrés : « Le sang français
n'est aujourd'hui que de la lumière jaillissante, et le ciment
informe de Douaumont est plein de vie idéale, comme les
blocs du plus beau marbre d'où sortent les statues. De ma
douloureuse immobilité toute mon âme se tend vers la
bataille sublime. Nous voudrions tous combattre à vos côtés
en cette heure de danger et de gloire suprême. Ne vous
inquiétez pas de mes yeux, mon frère, mais sauvez la beauté
du monde pour les yeux nouveaux. Vive la France ! »
Le Temps écrit (numéro du 5) : « Les journaux allemands
regrettent que nous n'ayons pas voulu nous entendre avec
leur pays pour partager les possessions anglaises. L'Anglais
a pu être quelquefois notre ennemi; le Germain l'a été de
tout temps et, en ce siècle, il n'a eu qu'une pensée : le dé-
membrement de la France. »
Le Pape écrit au cardinal vicaire Pompili {Revue da Clergé,
avril 1916, p. 60) : « Nous nous sommes jeté pour ainsi dire
au milieu des peuples belligérants, comme un père au milieu
de ses fils en lutte. Nous les avons conjurés, au nom de ce
Dieu dont la justice et la charité sont infinies, de renoncer à
leurs desseins de destruction mutuelle, d'exposer une bonne
fois, avec clarté, d'une manière directe ou indirecte (o^re de
médiation) les désirs de chacune des parties et de tenir
compte, dans la mesure du juste et du possible, des aspira-
tions des peuples (concession au principe des nationalités).
Telle était du reste l'unique voie pour résoudre le mons-
trueux conflit suivant les règles de la justice et arriver à une
paix qui ne soit pas profitable à une seule des parties, mais
à toutes et qui soit, par la suite, juste et durable. » Le Pape
demande en outre des prières pour la paix immédiate. Cette
■■\ lettre n'est pas bien accueillie dans les milieux politiques
italiens.
Dimanche 5 mars. — Très violent bombardement
114. CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 5
bb CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
mais sans attaque d'infanterie, vers Douaumont. Une
attaque allemande est repoussée dans le bois k l'est de
Vacherauville (détails dans la Liberté du 7).
En Woêvre, fort bombardement dans la région de
Fresnes et k l'est d'Haudremont.
Trois dirigeables jettent [\o bombes sur le nord-est
de l'Angleterre et font 70 victimes, mais peu de dégâts
matériels.
On prétend k Athènes qu'un comité panislamique,
réclamant la paix avec l'Entente, a été formé k Smyrne
et que les Jeunes Turcs quittent cette ville pour Gonstan-
tinople.
Lundi 6 mars. — Attaques allemandes en Cham-
pagne.
Les Allemands ont pris Forges, à l'ouest de Samo-
gneux, mais n'ont pu déboucher sur la Côte de l'Oie.
Ils semblent attaquer surtout k l'ouest de la Meuse, où
le bombardement est formidable.
Combats indécis en Argonne.
« La bataille de Verdun en est à son quatorzième
jour, et notre ligne de défense demeure intacte. »
(Rousset, Liberté.)
Les Russes occupent 1 54. 000 kilomètres carrés en
Asie Mineure ; la retraite des Turcs continue.
Le corsaire Mœwe est rentré k Kiel avec une cen-
taine de prisonniers et i million en or, après avoir
coulé ou pris i5 navires.
Le nombre des établissements anglais travaillant
pour les munitions s'élève k 3. 062.
Llpyd George déclare que les munitions fournies par
les États-Unis ne font que 8 °/o de celles qu'on utilise
sur le front britannique.
On commente un article du Manchester Guardian,
disant que les fronts de l'ouest sont k peu près inexpu-
gnables et que l'Entente devrait agir de préférence
dans les Balkans.
L'Allemagne appelle, dit-on, les jeunes gens de dix-
sept ans.
à
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 67
Mardi 7 mars. — Les Français reprennent, à l'est de
Maisons-en-Ghampagne, des tranchées enlevées par les
Allemands le 6 mars.
Les Allemands sont à Fresnes en Woëvre ; à l'ouest
de la Meuse, ils prennent pied dans le bois des Corbeaux.
Après Forges, ils ont occupé Regnéville et la cote 265.
« La prise du village de Forges et celle de la cote 265
ne sont que des épisodes; nous attendons sans émotion
qu'ils soient suivis de quelque chose de plus sérieux. »
(Rousset, Liberté.)
Le critique militaire du Berliner Tageblatt écrit
qu'une décision de la plus haute importance se prépare
sur le front occidental. Il rend hommage à la bravoure
des Français, qui dépassent de beaucoup leurs grands-
pères devant Metz et ajoute : « La vaillance avec laquelle
se bat l'élite de l'armée ennemie rend bien triste son
sacrifice inutile. Le sang de la France coule à flots,
celui de l'Angleterre goutte à goutte. » [Essai de brouil-
ler les Alliés.]
Les Russes occupent Rizeh, sur la côte, à 85 kilomè-
tres de Trébizonde. En Perse, ils occupent Senneh, à
5o milles au nord de Kirmanshah.
On considère comme avéré, à New-York, que la
Turquie a fait des ouvertures de paix à la Russie. Le
duc de Mecklembourg, ambassadeur d'Allemagne,
aurait télégraphié à Guillaume II, pour le prier, au
nom du comité Union et Progrès, d'envoyer des troupes
au secours de la Turquie.
La Chambre des représentants à Washington a re-
I poussé, par a56 voix contre i5o, la résolution Me Le-
I more, interdisant aux Américains de voyager sur des
navires belligérants.
Lansing a fait savoir à Bernstorff qu'il ne pouvait pas
accepter les off'res allemandes pour le règlement de
l'aflaire du Lusitania.
Un dirigeable bombarde la gare et la voie à Bar-le-
Duc.
Les troupes du gouvernement chinois ont pris Saïfu,
un des centres de la rébellion.
\
68 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Mercredi 8 mars. — Attaques allemandes repous-
sées sur Béthincourt et le bois des Corbeaux. Dans la
nuit, forte offensive entre Douaumont et Vaux ; quel-
ques Allemands entrent à Vaux, mais en sont chassés.
Entre 4 et 6 heures, les positions françaises entre
Douaumont et Vaux (3 kilomètres) reçoivent 80.000 pro-
jectiles envoyés par quatre cents canons.
Gazette de Francfort : « L'attaque à l'ouest de la
Meuse a atteint son but. L'état-major indique que ce but
était de rectifier nos lignes. »
Les Français reprennent k l'est de Seppois des tran-
chées perdues le 12 février.
Les Russes repoussent une attaque de nuit au nord-
ouest de Tarnopol.
La colonne Aylmer, opérant k 7-8 milles de la rive
droite du Tigre, a dû, faute d'eau, se replier vers le
fleuve.
Bernstorff présente à Lansing un nouveau mémo-
randum. L'Allemagne est prête à renoncer k la cam-
{)agne de sous-marins si l'Angleterre consent à desserrer
e blocus des vivres.
Les avions français bombardent la gare de Metz-Sa-
blons et mettent en fuite quinze avions allemands.
Le Gouvernement monténégrin s'est établi à Bordeaux.
L'Allemagne donne quarante-huit heures au Portugal
pour lever la saisie des navires allemands. Les Alle-
mands quittent Lisbonne.
Les ministres des trois pays Scandinaves se réunis- ;
sent à Copenhague pour discuter leurs intérêts communs. ,
Jeudi 9 mars. — L'Allemagne déclare la guerre au
Portugal.
Nous reprenons presque tout le bois des Corbeaux
et repoussons plusieurs assauts furieux contre Vaux.
Les Allemands ayant annoncé officiellement qu'ils
avaient pris le fort de Vaux et que les Français y
étaient rentrés, le Gouvernement français déclare que
le fort n'a même pas été attaqué.
On lit dans Ylnjormation :
« Le pays est tout entier préoccupé du sort de Verdun.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 69
La configuration de nos positions dans ce secteur faisait
que, si fortement qu'elles fussent organisées, elles n'étaient
que médiocres au point de vue stratégique, même avant
l'offensive allemande. Elles ne se sont pas améliorées depuis.
Valent-elles le prix onéreux qu'on les paie ? »
Les Turcs, avant d'évacuer Erzeroum, ont massacré
4o.ooo Arméniens.
Les Russes occupent Kerind en Perse.
Un torpilleur russe est coulé devant Varna.
Deux vapeurs français et la barque norvégienne
Silius sont torpillés dans la Manche ; sept Américains
qui étaient à bord du Silius sont sauvés. Lansing
adresse une protestation à l'Allemagne.
On a enlevé à Berlin les toitures de cuivre des palais
impériaux, entre autres la coupole de Potsdam.
Guillaume II a télégraphié à la Chambre provinciale
du Hanovre : « Je vous remercie pour les félicitations
que vous m'avez adressées et pour l'expression de votre
confiance dans l'issue des graves combats dans lesquels
nous sommes engagés et où la patrie est forcée de dé-
fendre son honneur et sa liberté contre les projets
d'anéantissement de ses ennemis. y>
Vendredi iO mars. — Les Allemands attaquent le
saillant du bois des Buttes (au nord de l'Aisne) et sont
repoussés.
Devant Verdun, après une courte accalmie, ils
reprennent la partie du bois des Corbeaux perdue le 8,
pénètrent dans un important boyau au sud de Béthin-
court et s'emparent d'une partie du village de Vaux,
faisant aussi quelques progrès sur la croupe du fort.
La flotte russe bombarde Varna et coule sept voiliers.
A la suite d'une conversation de Bethmann avec
l'ambassadeur Gérard, le 8, un conseil se réunit au
quartier général ; le chancelier y expose les consé-
quences de la guerre sous-marine au point de vue
international. HelfTerich (Finances) et Falkenhayn
Guerre) ayant appuyé le chancelier, Tirpitz a donné sa
démission. L'émotion fut telle dans la flotte que l'Em-
pereur dut la calmer en se rendant à Wilhelmshafen.
70 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Des instructions, non suivies d'ailleurs, furent données
pour interdire de torpiller les navires neutres {Temps
du 4 avril, sous réserves).
L'Italie renonce au privilège des capitulations dans
la région française du Maroc.
Samedi îi mars. — Calme devant Verdun.
La flotte russe bombarde Trébizonde.
Des avions français bombardent Guevgeli et Doiran.
Le général Porro, sous-chef de l'état-major italien,
arrive à Paris.
La légation turque de Berne dément les bruits qui
ont couru sur un attentat contre Enver et des troubles à
Constantinople et à Smyrne.
A la suite d'une violation de la frontière américaine
par des bandes mexicaines de Villa, les Etats-Unis mobi-
lisent leur flotte et organisent une expédition répres-
sive au Mexique. On ne doute pas que les bandits ne
soient payés et incités par les Allemands, qui veulent
donner de l'occupation aux ii,tats-Unis.
Dimanche 12 mars. — Cinquante obus sur Reims.
Il se confirme que les pertes allemandes devant Ver-
dun ont été efl'royables. « L'armée allemande fait
preuve, dans ces assauts sauvages, d'une abnégation
sans bornes. Elle se soumet aveuglément aux exi-
gences de la tactique féroce de l'état-major. » (Temps.)
Le lieutenant Guynemer abat un huitième avion alle-
mand.
Le général Smutz remporte un succès à Kitovo dans
l'Est africain.
Eliot, ancien président de Harvard, préconise une
alliance américaine avec l'Entente.
Alors qu'il y a plus de lo mètres de neige sur cer-
tains points du front italien, les cigognes sont revenues
en Alsace et un temps printanier règne à Paris.
A Rio, grande manifestation populaire en l'honneur
du Portugal. L'opinion brésilienne demande la confis-
cation des navires allemands.
^
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 71
Lundi 13 mars. — Les Allemands, devant Verdun,
bombardent le Mort-Homme et le bois Bourru.
On affirme que les Allemands ont engagé, devant
Verdun, des éléments de leur classe 1916.
Quelques journaux allemands déclarent que le but
de l'offensive sur Verdun est atteint, car il a rendu
impossible, pour de longs mois, toute offensive des
Alliés.
Trente obus français sur la gare de Conflans.
On remarque avec surprise, à Genève, que l'aviateur
Gilbert est interné dans des conditions pénibles, alors
que la Gazette de Cologne écrit : « Nous avons confiance
dans la parole de Gilbert, qui s'est toujours montré très
brave. Il doit être traité en officier, non en malfaiteur. »
Kouropatkine, Jean Grave, Ch. Malato, Paul Reclus
et d'autres a anarchistes » publient une déclaration
exhortant les camarades allemands k se débarrasser du
parti qui a transformé l'Europe en camp retranché
depuis quarante-cinq ans.
Mardi i4 mars. — Des attaques allemandes sont
repoussées au nord de l'Aisne (bois des Buttes).
Après 72 heures d'accalmie (la première accalmie,
29 février-i" mars, en avait duré 48)> les Allemands
reprennent l'offensive entre Béthincourt et Cumières ;
ils ne progressent que sur deux points, entre Béthin-
court et le Mort-Homme.
Succès français dans les Vosges.
Malgré le mauvais temps, les Italiens progressent
sur le Carso.
On dit que les Turcs ont évacué Sivas et qu'il y a
100.000 réfugiés à Angora, autant dans la région de
Konia.
Obus français sur la gare de Brieulles.
Les Anglais occupent SoUum.
Le ministre de Portugal à Berlin, de passage k Paris,
rapporte que, lorsque Guillaume II visite les hôpitaux,
il répète sans cesse : « Je n'ai pas voulu cela. »
La Bulgarie adopte le calendrier grégorien.
A Carnegie Hall (New-York), 4-ooo personnes votent
72 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
une résolution proclamant le bon droit des Alliés et
demandant que la sympathie de l'Amérique se traduise
par une coopération effective. Les germanophiles qui
protestent sont mis à la porte.
Mercredi 15 mars. — Ordre du jour de Joffre aux
soldats à Verdun : <:( Le pays a les yeux sur vous. Vous
serez de ceux dont on dira : Ils ont barré aux Allemands
la route de Verdun. » (Temps du 26).
Le général de Lacroix écrit dans le Temps : « Mon
humble avis est que l'ofTensive allemande n'aboutira
pas. »
On assure que les renforts autrichiens demandés par
l'Allemagne pour le front français ont été retenus par
l'offensive italienne.
L'amiral Tirpitz, démissionnaire, a pour successeur
l'amiral Capelle.
^ Le Congrès américain a porté l'effectif de l'armée des
États-Unis à 120.000 hommes.
Jeudi 16 mars. — De violentes attaques sur le
Mort-Homme, vers le bois des Corbeaux et sur Vaux
sont repoussées avec pertes.
Progrès italiens dans la zone de Tofana.
Les Russes prennent Mamahatun, à 90 kilomètres
ouest d'Erzeroum (5 canons, 800 prisonniers).
La Baltique est à peu près libre de glaces.
Le transatlantique hollandais Tabantia est coulé par
une torpille.
Gallieni, malade, est remplacé à la Guerre par le
ministre de la Marine Lacaze (intérim).
Sur 1 5.000 propositions d'inventeurs, les commissions
compétentes en ont retenu 255 comme nouvelles et
utiles.
Le prince Alexandre de Serbie est reçu avec enthou-
siasme à Rome.
Helfferich dit au Reichstag que, jusqu'au 3i mars,
l'Allemagne et l'Autriche auront dépensé pour la guerre
55 milliards de marks, alors que leurs adversaires en au-
ront dépensé de 100 à io5.
/
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 73
La fabrique de munitions autrichienne de Wellersdorf
est détruite par une explosion.
Hilaire Belloc démontre (Land and Water) que les
chiffres des pertes allemandes sont faux et que l'Alle-
magne, le 3i décembre igiô, avait perdu au moins
3.65o.ooo hommes, probablement près de 4 mil-
lions.
Vendredi 17 mars. — Une attaque allemande au
sud-est du bois des Buttes (ouest de Berrj-au-Bac) est
repoussée.
Les pièces françaises bombardent la route Apremont-
Vigneulles, par où avancent des renforts allemands.
Enver serait rentré à Gonstantinople, après une ins-
pection en Syrie, Palestine et Arabie.
Le premier train pour Erzeroum a quitté Moscou.
Obus d'avions français sur la gare de Gonflans et de
Metz-Sablons.
La province de Kouang-si a proclamé son indépen-
dance.
Le général Roques est nommé ministre de la Guerre
(Voir Journal de Genève, 22 mars\
Ribot dit à la Ghambre que la guerre coûte à la
France 98 millions, dont 6 millions d'avance à ses alliés ;
l'Angleterre dépense iio millions par jour. Le ministre
prononce ces paroles très commentées : « Il est permis
de dire aujourd'hui, sans vain optimisme, que nous
apercevons la fin de cette guerre. »
Le 3 °/o remonte à 62^15.
Le Gouvernement russe a mis sous séquestre l'usine
Poutiloff; un général est nommé président du conseil
d'administration.
A la Chambre prussienne, le socialiste Hoffmann a dit que
la guerre était une dérision de Dieu, du christianisme et de
la nature humaine tout entière.
« Pourquoi le parti du centre ne prend-il pas position en
faveur des efforts du Pape pour la paix ? Tôt ou tard, il
faudra en venir là, car il faut mettre un terme aux souf-
frances inouïes de l'humanité. Sans cela, le désespoir et la
faim forceront les peuples à faire leur destinée eux-mêmes. >y
74 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
La droite et le centre quittent la salle en protestant ; les
socialistes applaudissent.
On rentre pour entendre Liebknecht, qui soulève bientôt
un plus grand tumulte :
« Toute l'instruction du peuple consiste à surexciter le sen-
timent pangermaniste. Vous (s'adressant à la droite) parlez
d'humanité, mais votre idéal sont les bombes, les gaz asphy-
xiants, les sous-marins. Dans les écoles, on derrait discuter
les vraies causes de la guerre et attirer l'attention des écoliers
sur ce fait que, dans des cercles très étendus, le meurtre de
Serajevo a été considéré comme un don de Dieu. »
SifQets, cris ; les députés de la majorité quittent la salle.
Liebknecht conclut : « Les soldats allemands dans les tran-
chées ne devraient pas diriger leurs armes contre les Fran-
çais ou les Russes, mais contre l'ennemi commun. » Le
président, à la demande de la Chambre, retire la parole à
l'orateur.
Des cartes de café sont instituées en Allemagne.
Samedi 18 mars. — Des attaques allemandes sur
le front Vaux — Damloup sont repoussées.
On dit que Guillaume II, passant en revue le 18'^ corps,
a dit que la guerre devait se terminer à Verdun.
Deux gros obus sur Belfort.
Commencement d'une nouvelle offensive russe.
Dernières attaques autrichiennes sur les positions
italiennes de Valona.
On apprend que la Russie a autorisé la Roumanie à
acheter chez elle et à importer par Galatz 100.000 che-
vaux.
Le torpilleur français Renaudin est coulé par un
sous-marin dans l'Adriatique.
Les journaux hollandais, irrités de la perte du Tu-
bantia, demandent une action commune des neutres
pour mettre fin k la piraterie.
Obus d'avions français sur les gares de Metz et de
Mulhouse. Une bataille aérienne a eu pour résultat la
destruction de 3 avions allemands et de i avion fran-
çais ; 3 avions français ont dû atterrir en territoire
ennemi.
Dans un combat au-dessus de Mulhouse, un aviateur
\
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 75
français, dont l'appareil a été mis en feu par un avion
allemand, fond sur lui et l'entraîne dans sa chute {In-
transigeant, 29 avril).
Une bombe d'un avion turc atteint l'hôpital anglais
de Kut (6 tués).
L'Autriche appelle la classe 1918; sauf en Bavière, la
classe 191 7 a été levée dans toute l'Allemagne.
Strœbel, directeur du Vorioàrts, prononce a la Diète
un discours 011 il flétrit le militarisme prussien ; les
journaux n'en parlent pas.
Une nouvelle section socialiste se forme au Reichstag,
avec Haase, Ledebour, Dittmann, Bernstein, etc. (18 dis-
sidents, « noyau du groupe socialiste de l'avenir »
Journal de Genève, 26 mars).
Dimanche 19 mars. — Attaque allemande avortée
sur la côte du Poivre.
Sur le moyen Isonzo, les Italiens reprennent les tran-
chées perdues (hauteur de Santa-Maria), puis reculent
leurs lignes de 5oo mètres pour éviter des tirs en enfi-
lade.
En Galicie, les Autrichiens évacuent Uziesko et les
Russes enlèvent Mikhaltch, sur la rive droite du Dniester.
A Sofia, attentat manqué contre Radoslavov.
Les Russes entrent à ïspahan.
Nouveau raid aérien (le trente-troisième) sur l'Angle-
terre ; 9 tués. Un des hydravions allemands est détruit.
La Chambre italienne approuve le Gouvernement par
894 voix contre 61.
Le premier ministre russe Sturmer prend le porte-
feuille de l'Intérieur a la place de Khvostov, démission-
naire.
On annonce que i5o.ooo femmes américaines se sont
déclarées prêtes à adopter des orphelins français de la
guerre (mission Florence Schofield).
Lundi 20 mars. — Une forte attaque allemande
avec jets de liquides enflammés nous a fait perdre le
bois et le réduit d'Avocourt (repris le 29). Bombarde-
ment violent de la cote 3o4, du bois Bourru, de la
région de Malancourt et d'Esnes.
76 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Progrès russes au sud-ouest de la Naroch (i.ooo pri-
sonniers). Pour la première fois, le communiqué russe
parle de l'usage, par les Russes, de gaz asphyxiants.
Un décret royal décide l'annexion k la Grèce de
l'Épire du Nord (Koritza et Argyro Castro), territoire
qui était grec de fait et nommait des députés, mais
dont la Grèce s'empare sans avoir consulté les Puis-
sances protectrices.
Bombardement de Zeebrugge par des navires anglais.
Les Allemands nient que le Tubantia ait été coulé
Far un sous-marin allemand ; certains journaux ont
audace d'incriminer un sous-marin anglais.
Soixante-cinq avions alliés ont bombardé le champ
d'aviation de Houttave à l'est d'Ostende et la station
sous-marine de Zeebrugge.
Le général Cadorna a été reçu avec enthousiasme à
Paris.
On démontre que le second Livre Blanc allemand
est rempli, en ce qui concerne la Belgique, de docu-
ments tronqués et frauduleusement altérés (F. Passe-
lecq, L' Altération officielle des documents belges, Paris
et Nancy, Berger-Levrault, mars 1916).
Hughes, premier ministre australien, dit au Carlton
Club qu'il laut détruire à jamais l'espoir qu'entretient
l'Allemagne de reprendre après la guerre la position
qu'elle occupait dans le commerce de l'empire britan-
nique.
Mardi 21 mars. — Comme les Allemands affir-
ment tenir le Mort-Homme, aussi bien la cote 266 que
la cote 295, l'étal-major français publie un démenti
formel : les Allemands ne sont jamais parvenus à la
cote 295.
En Macédoine, les engagements se fnultiplient entre
patrouilles franco-anglaises et allemandes.
L'Italie saisit 36 navires allemands d'un tonnage de
iSo.ooo tonnes.
Les Russes coulent sur la côte de Roumanie un
transport de 7.000 tonnes allant à Constantinople et
20 petits voiliers.
\
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 77
Le Gouvernement norvégien demande k Berlin des
explications sur la destruction du Langeli et du Silius.
Les Anglais, qui ont entrepris une expédition contre
le sultan de Darfour, occupent le mont Hellé, à proxi-
mité de la frontière.
Le prince héritier de Serbie arrive à Paris.
Mercredi 22 mars. — Les Allemands ne réussis-
sent pas à déboucher du bois d'Avocourt, mais pren-
nent pied sur le mamelon de Haucourt (i kilomètre au
sud-ouest de Malancourt).
Lutte intense dans la région de Riga et du Pripet,
ainsi qu'en Galicie au sud-est de Kozlov. Les Alle-
mands reprennent une partie des tranchées perdues le
21 au sud du lac de Drisviaty.
Les Russes sont à ii5 kilomètres à l'ouest d'Erze-
roum. Les Turcs préparent un nouveau front k l'arrière
de Trébizonde.
Le général Gadorna est reçu avec enthousiasme à
Londres.
On accuse le nouveau ministre de Suède k Bucha-
rest de s'employer en faveur des Empires centraux.
Yuan Shikaï déclare abandonner tout projet de res-
tauration monarchique en Chine.
Jeudi 23 mars. — Les Français canonnent énergi-
quement le bois de Malancourt. On assure que i.ooo k
i.5oo canons allemands auraient été mis hors d'usage
par le tir très intense autour de Verdun.
Jusqu'au milieu de février 1916, les Anglais auraient
détruit cinquante sous-marins et en auraient coulé
trente (?).
On annonce le lancement du centième dirigeable
allemand.
Le député socialiste Keil a dit au Reichstag que
l'Allemagne ne pouvait plus guère compter sur des
indemnités.
Le Gouvernement suédois fait emprisonner trois
membres du groupe jeune-socialiste qui, dans un
récent congrès, avaient fait voter la grève générale
comme dernier moyeu d'empêcher la guerre.
78 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Hilaire Belloc calcule que les pertes autrichiennes
atteignent près de 3 millions.
Le 3 °/û revient à 63.
« Le peuple allemand a permis que les dirigeants de
l'Empire provoquent la guerre européenne et la poursuivent
par les méthodes les plus barbares ; s'il a consenti au sacri-
fice de millions d'hommes, c'est qu'il croit à la toute-puis-
sance de la force et qu'il attend de son affirmation les plus
grands bénéfices. Pour des avantages matériels escomptés et
par esprit de domination, il a admis toutes les forfaitures
et s'est voué à tous les crimes. Par quel miracle la mentalité
de ce peuple se trouverait-elle transformée du jour au len-
demain, au point qu'il briserait de sa seule volonté l'arme
effroyable dont il n'a pas hésité à se servir pour la satisfac-
tion de ses ambitions ? Ne comprend-on pas que si cette
arme subsiste entre ses mains, il voudra s'en servir de nou-
veau à la première occasion qu'il jugera favorable, ne fût-ce
que dans l'espoir de reprendre parmi les nations la place
qu'il aura perdue par ses propres fautes ? » {Temps du 24.)
Vendredi 24 mars. — Une attaque allemande sur
Vauquois réussit d'abord, mais est ensuite refoulée.
Les succès russes s'accentuent dans le secteur de
Jacobstadt. Au nord de Vidzy (sud de Dvinsk), malgré
les balles explosibles, les Russes ont progressé et forcé
de nombreux barrages.
Les Français bombardent violemment Guevgeli et
détruisent le pont de bois sur le Vardar.
Pachitch, président du conseil de Serbie, dit au
Petit Parisien que l'effectif de l'armée serbe atteint
160.000 hommes et va être porté à 200.000 hommes.
Mackensen arrive à Gonstantinople, portant au sultan
le bâton de maréchal.
On signale de graves mutineries dans les troupes
bulgares.
Le courrier régulier de Dieppe à Folkestonc, le
Sussex, a été torpillé, mais n'a pas coulé. Il y a
97 victimes, dont le compositeur espagnol Enrique
Granados (Temps du 3i).
On dit que les Allemands ont de très grands sous-
marins d'un type nouveau.
Les puissances de l'Entente informent les Etats-
1
\
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 79
Unis qu'elles refusent de désarmer les navires de
commerce; elles appellent l'attention des Etats-Unis
sur l'illégalité des attaques sans avertissement des
sous-manns allemands.
La Gazette de Cologne a été suspendue pour un
Les souscriptions à l'emprunt allemand atteignent
10 milliards 5oo millions, dont 2 milliards d'argent
liquide, le reste se composant de titres du précédent
emprunt et même de l'emprunt en cours.
Le discours de Haase au Reichstag a été tout diffé-
rent de celui dont la presse allemande reproduit des
extraits; il paraît avoir dit (le 24 mars) que l'Alle-
magne avait provoqué et voulu la guerre (Journal de
Genève, 28 mars).
D'après les journaux, Haase a dit que la famine
menace et que le peuple demande la paix : « La
muraille de notre armée ne peut être brisée, mais
l'expérience de cette guerre nous fait comprendre que
notre armée ne pourra jamais vaincre l'ennemi. A la
fin de la guerre, il n'y aura ni vainqueurs ni vaincus. »
Le nombre des établissements anglais travaillant
pour la guerre atteint 3.387.
Repington (Times) : « Le seul moyen de vaincre est
de concentrer tous les hommes et tous les canons
disponibles sur le seul front décisif, le front français. »
Le Temps écrit : a II est urgent que la déclaration
du 5 septembre ïgili, qui a reçu l'adhésion du Japon
et de l'Italie, soit étendue au domaine économique. »
Milioukov dit à la Douma : « Nous serons coupables
si nous revenons à la vieille Europe avec ses arme-
ments, son mépris des droits internationaux et son
droit international fictif. » Parlant du droit de la Russie
d'avoir une entrée sur la mer libre, il a dit qu'il ne
s'agissait pas d'une annexion territoriale, mais d'un
passage : « Il ne s'agit pas de savoir si les Détroits
devront être russes ou turcs, mais d'empêcher qu'ils
ne deviennent allemands. » Ces idées sont celles de l'o-
rateur; la chancellerie russe a fait savoir qu'elle réserve
l'expression des siennes.
80 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
On assure à Rome que le Japon fournit du matériel -
de guerre à la Roumanie.
Samedi 25 mars. — Depuis ce jour, les Allemands
bombardent la ville de Verdun avec des bombes
incendiaires.
Très violent bombardement des secteurs Malan-
court — Esnes— cote 3ol^.
Le Daily Chronicle publie une carte du front britan-
nique qui s'étend aujourd'hui du sud de Dixmude à la
Somme (90 milles).
Le croiseur anglais Cleopalra a coulé un contre-tor-
pilleur allemand.
Du I*' au 25 mars, les Allemands ont coulé 16 na-
vires anglais, 5 français, 2 hollandais, 5 norvégiens,
2 danois, soit 3i navires jaugeant 92.000 tonnes.
D'après VEvening Post {Journal de Genève, 26 mars),
Bethmann-Hollweg aurait indiqué à Gérard, en de-
mandant la médiation de l'Amérique, les conditions
allemandes : restitution de la Belgique, indemnité
payée par la France pour l'évacuation de ses départe-
ments envahis, restitution des colonies allemandes,
avec, en plus, une grande partie des Congo français
et belge ; autonomie complète de la Pologne.
Harden {Zukunfl) : « Est-ce que 68 millions d'Alle-
mands doivent croire que leur meilleure arme (les
sous-marins) a été brisée ou affaiblie ? »
Un officier d'état-major écrit au Berliner Tageblatt :
« Nos succès surprenants de rapidité nous ont gâtés.
L'été passé, nous nous emparions au vol de forteresses
russes. Or, aujourd'hui nous commettons une forte
erreur en nous obstinant à mettre sur le même pied la
forteresse de Verdun. La comparaison ne tient pas
debout. Elle ne fait pas état des conditions du terrain,
ni de l'état respectif des armements français et
russes. »
Gazette de Cologne : « Le mot d'ordre reste pour nous :
tenir jusqu'au bout, quand même les désagréments du temps
de guerre devraient se faire sentir à l'intérieur plus que par
le passé. Nous savons que ces souffrances sont peu de chose
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 81
comparées à ce que nos fils et nos frères endurent et endure-
ront encore dans les tranchées. Nous savons que nous serons
dignes de leur héroïsme pour peu que nous prenions exemple
sur eux. »
On affirme que l'Allemagne et l'Autriche auraient
conclu des achats énormes en Roumanie.
Herriot, dans \' Information, à propos du succès de la foire
de Lyon : « Quand nous tous, Belges, Serbes, Italiens, Por-
tugais, Anglais, Russes et Français serons unis et prêts pour
la nouvelle lutte, nous dirons aux peuples libres : Si vous
croyez à la probité et à l'honneur, si vous voulez, tout en
défendant vos intérêts, rester des hommes dignes de ce nom,
• vous ne pouvez plus travailler avec cette race allemande qui
s'est désnonorée aux yeux du monde. »
La limite d'émission des billets de la Banque de
France est portée de i5 à i8 milliards.
« L'ennemi n'a cru trouver à Verdun qu'une forteresse ; il
y a trouvé une armée » (Temps).
Dimanche 26 mars. — Sonnino, Salandra, Asquith,
Grey, Kitchener, Lloyd George, etc., arrivent à Paris
pour participer à la conférence des Alliés.
Vifs combats, favorables aux Italiens, à Palpiccolo.
Par l'occupation de Ruaz et de Vallaz (Cordevole),
le front italien a gagné lo kilomètres sur une longueur
de 25.
Les Russes prennent deux lignes de tranchées au
nord de Bojan (Galicie).
Après divers engagements, les détachements alle-
mands et bulgares qui s'étaient avancés en territoire
grec ont été repoussés au delà de la frontière.
Un attentat à la dynamite a été commis en Roumanie,
sur la ligne stratégique Sinaïa-Prédéal.
Une escadre d'hydro-aéroplanes a bombardé les han-
gars d'aviation du Schlesvig-Holstein ; 3 appareils
anglais ne sont pas revenus.
Sembat dit à la Sorbonne : « L'Europe nouvelle doit être
affranchie du cauchemar de guerre qui pesait sur l'Europe
d'hier. Il faut lui assurer une paix qui soit mieux qu'une
trêve. Telle est la plus claire et la plus ferme volonté de nos
héros. Ils ont voulu, ils veulent — héros morts, héros
114. CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 6
82 CHRONOLOGIE DE LA. GUERRE
vivants — que leurs enfants soient mis par leur bravoure à
l'abri du fléau. »
On annonce que 189 élèves de l'École des Beaux-Arts
ont été tués à l'ennemi.
Lundi 21 mars. — Ouverture k Paris, au ministère
des Affaires étrangères, de la conférence des Alliés.
Les Anglais, sur le saillant allemand de Saint-iiloi,
prennent d'assaut deux lignes de tranchées.
Une attaque allemande est repoussée entre Somme
et Avre, près de Maucourt.
3oo gros obus sur Reims ; 26 victimes.
La Gazette de l'Allemagne du Nord parle du calme
imposant avec lequel le haut commandement allemand
prépare la prise de Verdun.
On dit que les Allemands ont déjà eu i5o.ooo tués
devant Verdun.
Depuis quelques jours, 35o obus incendiaires tombent
quotidiennement sur la ville.
Un coup de main dans la région de Parroy a permis
de détruire une position allemande.
Le dégel commence sur le front russe.
Il est avéré que les Bulgares emprisonnent et mas-
.sacrent les Grecs en Serbie. La terreur règne à Monastir.
Les Russes prennent Off, sur le littoral de la mer
Noire.
La Gazette de Cologne menace la Hollande, parce
qu'elle refuse d'accepter les dires du Gouvernement
allemand, qui nie le torpillage du Tubantia par un de
ses sous-marins.
Le Gouvernement et l'opinion aux Etats-Unis sont
très émus par les torpillages sans avertissement du
Sussex et de VEnglishman. Le New-York Herald
demande combien il faudra d'Américains tués avant
que Wilson déclare la guerre. Le Times de New-York
dit que la dignité et îa sécurité des Etats-Unis leur
interdisent de prétendre conserver des relations ami-
cales avec une puissance qui continue à assassiner les
citoyens américains. Le World demande ce que les
Etats-Unis ont à gagner à rester en relations diploma-
I
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 83
tiques avec une puissance manifestement sans foi ni
honneur. Le professeur Josiah Royce, à Boston, de-
mande que les Etats-Unis rompent avec l'ennemie de
l'humanité et remplissent leur devoir envers le genre
humain en se joignant aux Alliés.
Raid d'avions autrichiens sur Vérone, Pordenone,
Grado, etc. Plusieurs ont été abattus.
Sept avions allemands, visant les navires alliés à
Salonique , sont mis en fuite ; deux appareils sont
détruits. Ce raid a fait une vingtaine de victimes dans
la ville.
Daily Mail : « Un assassin n'est pas remis en liberté
quand il a été arrêté et que sa culpabilité a été prouvée.
Une nation de criminels ne peut être laissée en situation de
machiner de nouveaux actes d'agression et de meurtre avec
ses avions, ses sous-marins, ses gaz empoisonnés, après
qu'elle aura été battue sur les champs de bataille. Des
mesures doivent être prises en vue de la sécurité du
monde, »
Repington (Times) : « Les Allemands produisent encore
autant de munitions que l'Angleterre et la France réunies.
Nous ne devons pas nous laisser aller à la tentation et jouer
le jeu de l'Allemagne en attaquant trop tôt. »
Les listes prussiennes avouent une perte de 2.457.000
hommes.
Mardi 28 mars. — Les Allemands attaquent en
vain sur le front Haucourt-Malancourt ; les Français
progressent dans les boyaux au nord d'Avocourt.
luarante-huit heures de lutte au nord-ouest de
les Italiens reprennent les tranchées qu'ils
avaient perdues (3oo prisonniers).
Lansing fait demander à Berlin si le Sassex a été
frappé par une torpille allemande ; il réclame une
prompte réponse.
Le professeur américain Baldw^in, dont la fille a été
gravement blessée sur le Sassex, déclare dans une
lettre publique que « l'Allemagne restera avec les
marques d'infamie que lui ont imprimées ses crimes ».
Le parti social-démocrate de Leipzig, par 33 voix
contre 6 et 3 abstentions, approuve la conduite de Haase
Après qi
Gonzia, h
84 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
et des 19 députée qui l'ont suivi, et invite les membres
qui sont hostiles aux crédits de guerre à se joindre au
parti. i4 autres socialistes se sont ralliés aux dissidents
groupés autour de Haase.
L'Autriche-Hongrie a dépensé pour la guerre plus de
3o milliards de couronnes; elle en a emprunté i4, dont
I en Allemagne.
Le journaliste Schrœder, du Telegraaf, poursuivi
pour un article anti-allemand, est acquitté par le jury
hollandais.
A propos de la conférence des Alliés à Paris, le Mor-
ning Post écrit que l'esprit résolu de la France est le
drapeau de la civilisation.
Salandra dit à l'Hôtel de Ville : « Les nations atten-
dent maintenant, dans une anxiété poignante, desavoir
si le droit des gens sera restauré et maintenu dans un
monde meilleur, ou s'il est voué à la destruction par la
force brutale. »
Pemberton-Billing, le député aviateur, répète ce qu'il a
déjà dit aux Communes, à savoir que « dans peu d'années une
Puissance pourra posséder 100.000 avions portant chacun
200 kilogrammes d'explosifs et capables de dévaster en une
nuit tout un pays. Il n'y aura pas de chiffons de papier dans
la prochaine guerre. Il y aura une période de tension ; puis,
sans déclaration de guerre, cette nuée d'avions sèmera la
destruction et la mort. La nation qui frappera le premier
coup, fût-ce d'une heure en avance, anéantira sa rivale dans
une nuit. Alors le monde entier dira : Plus jamais ! 9 {Daily
Mail, 28 mars ; comparer le roman de Wells, The ivorld set
free [Le monde libéré], qui a été publié au printemps de
1914.)
Funck-Brentano écrit avec raison (La France) : « La
réforme de l'orthographe, telle serait dans le monde la grande
victoire frayant les voies à la pensée et à la langue fran-
çaise. »
Mercredi 29 mars. — Les Français enlèvent la
corne sud-est du bois d'Avocourt sur une profondeur de
3oo mètres, ainsi que l'ouvrage dit réduit d'Avocourt,
et repoussent sur ce point une contre-attaque violente.
A Malancourt, les Allemands prennent pied dans un
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 85
ouvrage avancé au nord et s'emparent de deux maisons
du village.
Une attaque autrichienne est repoussée au nord-ouest
de Gorizia.
Les mobilisés serbes, en Russie, forment une division
de 20.000 hommes.
De graves désordres, causés par la disette, éclatent
à Phiiippopoli. Ghenadieff et d'autres députés sont
arrêtés à Sofia.
Une commission du Reichstag, siégeant à huis clos,
s'est prononcée pour la continuation cle la guerre sous-
marine par tous les moyens possibles.
L'Amirauté anglaise possède et fera remettre aux
États-Unis des fragments de la torpille allemande qui a
coulé le Siissex. L'Amirauté ajoute que le sous-marin
tira deux fois sur le torpilleur anglais venu au secours
du paquebot.
Obus d'avions français sur les gares de Metz-Sablons,
Pagny-sur-Moselle, Maizières-lfes-Metz.
Le ministre de la guerre russe, Polivanov, donne sa
démission et est remplacé par Chouvaiev.
Les journaux allemands adjurent les femmes d'ap-
porter leurs alliances a. la Banque d'Empire.
Le Gouvernement anglais revise la loi du recrute-
ment et remplace le plus possible, dans les usines, les
hommes par des femmes, dont 276.000 ont offert leurs
services.
« L'ennemi du genre humain traverse une assez mauvaise
phase, et la Déclaration de Paris, signée hier au quai
d'Orsay, n'est certainement point faite pour calmer des
inquiétudes dont il ne peut se défendre » (Roussel, Liberté).
Le Temps explique, dans une note officieuse, que la pré-
sence de débris métalliques (pointes à deux dents) dans les
sacs d'avoine importés d'Amérique, ne doit pas être attribuée
à la malveillance ; ce seraient des déchets de maréchalerie,
demeurés par inadvertance dans certains sacs qui ont servi
à les recueillir.
Jeudi 30 mars. — Au sud de la Somme, les Alle-
mands pénètrent dans nos lignes à l'ouest de Verman-
dovillers (nord de Chaulnes), mais en sont chassés.
86 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Les attaques allemandes de la nuit contre les posi-
tions françaises des bois d'Avocourt ont échoué. De
violentes attaques sur Douaumont sont aussi repous-
sées.
La Gazette de Voss signale la présence d'artillerie
anglaise devant Verdun.
Les Allemands ont lancé sur la Meuse, au nord de
Saint-Mihiel, beaucoup de mines flottantes qui n'ont
pas causé de dégâts.
Progrès russes dans la direction de Bagdad.
Un navire-hôpital russe, le Portugal, est torpillé en
Mer Noire par un sous-marin autrichien (?); il y a 120
victimes.
Lansiug a été informé que le vapeur Englishman,
d'abord bombardé par un sous-marin, fut ensuite tor-
pillé lorsqu'il s'arrêta. Quatre Américains ont été tués.
La Norvège a perdu près de cent navires par l'effet
de mines et de torpilles ; elle n'a reçu de compensation
que pour quatre (Land and Water, p. 8).
Au cours d'engagements aériens, huit avions alle-
mands ont été détruits, dont quatre près de Verdun.
Quatre hydravions autrichiens ont bombardé Valona
et les environs.
Le général Dubail est nommé gouverneur de Paris,
en remplacement du général Maunoury, relevé sur sa
demande pour cause de santé.
Les armées françaises ont perdu au front onze géné-
raux.
Le Morning Post, commentant la Conférence de
Paris, dit qu'en voulant empêcher chaque peuple de
suivre librement sa destinée, l'Allemagne a forgé contre
elle la plus formidable coalition que le monde ait
jamais connue.
« La juste colère contre la barbarie teutonne gagne le
monde civilisé tout entier, et les derniers exploits des sous-
marins émeuvent les neutres tout autant que les belligé-
rants » (Temps).
Rlbot dit au Sénat : « Nous arriverons k une paix qui
restaurera le droit et qui délivrera le monde du cauche-
mar qui a trop longtemps pesé sur lui. »
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 87
Un correspondant neutre écrit au Times : a Verdun
est pour les Alliés la plus grosse réclame qu'ils aient
jamais eue dans les pays neutres. Mais en Allemagne
l'effet a été terrible. »
Dans un article intitulé Demain et traduit par le Temps,
Wells écrit :
« Il faut que la Belgique soit rendue à elle-même, que sa
neutralité fasse place à une alliance défensive avec les deux,
alliés de l'ouest, et, si le monde doit encore compter avec les
HohenzoUern, il faut que sa frontière soit portée en avant de
façon à réduire au minimum les risques d'une seconde
attaque brusquée. Toute frontière qui donne sur les Hohen-
zoUern devra désormais être munie de lignes successives de
tranchées et occupée en permanence ; c'est aussi une néces-
sité primordiale que la ligne franco-belge soit aussi courte et
aussi fortifiée que possible. En face d'un empire Hohenzol-
Icrn, il faut que la ville d'Aix-la-Chapelle, dont l'Allemagne
a fait un simple tremplin pour ses attaques, soit aux mains
de la Belgique. La frontière stratégique et douanière parti-
rait alors d'Aix-la-Chapelle vers le sud, incorporant à l'al-
liance permanente le grand-duché du Luxembourg. »
[Wells paraît oublier qu'avec les moyens de destruction
que fournit la science actuelle, sans même faire état de ses
inventions futures, les forteresses et les lignes de tranchées
ne sont plus des obstacles au banditisme des attaques brus-
quées. La seule sauvegarde de la civilisation est la prohibi-
tion des engins de meurtre collectif et leur monopolisation
par la police internationale.]
Vendredi 3i mars. — Des attaques violentes, au
cours de la nuit, nous ont obligés k évacuer Malan-
court. Les Allemands ont aussi pris pied dans la partie
ouest du village de Vaux, dont ils possédaient l'est
depuis le 12 mars.
Deux violentes attaques allemandes sur le nord-est
et l'ouest de la cote 296 sont repoussées, malgré l'em-
ploi d'obus lacrymogènes.
En Woëvre, les Allemands ont vainement attaqué à
l'est d'Haudiomont.
On assure que les prisonniers français faits devant
Verdun sont traités avec des égards nouveaux par les
Allemands.
88 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Dégel partiel sur le front russe, qui devient imprati-
cable.
On assure que 87.000 sacs appartenant à la Russie
et réquisitionnés au début de la guerre par le Gouver-
nement grec pour son intendance ont été livrés par
Gounaris à la Bulgarie. L'opinion à Athènes en est très
émue.
Le Gouvernement britannique, renonçant k appliquer
l'article 19 de la Déclaration de Londres, fait savoir
que les vaisseaux et cargaisons en route pour un port
non bloqué pourront être saisis pour contravention au
blocus.
La Russie a racheté au Japon trois cuirassés capturés
pendant la guerre russo-japonaise.
« Il ne suffit pas d'affirmer que la question de l'emploi des
sous-marins n'a pas encore été réglée en droit international
pour prétendre violer avec cette arme nouvelle toutes les
règles consacrées par le droit international. » (Temps.')
Cinq dirigeables jettent des bombes sur la côte est
et sud-est de l'Angleterre ; l'un d'eux est pris et coule
ensuite. Il y a vingt-huit civils tués.
Des avions allemands ont jeté des bombes sur la ville
suisse de Porrentruy. La Suisse proteste et demande
satisfaction.
L'Allemagne demande des explications au Brésil sur
les manifestations qui ont eu lieu en faveur du Portu-
gai (?).
Le prince de Serbie est arrivé à Londres et Asquith
à Rome, l'un et l'autre reçus avec enthousiasme.
Le roi d'Angleterre donne 2.5oo.ooo francs pour la
guerre.
. La Hollande prend tout k coup de sérieuses mesures
militaires ; l'Allemagne a essayé de la convaincre que
les Alliés songent k violer son territoire.
Vasquez Mella et Cerraibo ont vainement essayé d'ar-
racher k Don Jaime un désaveu du carliste Melgar, qui
a fait adhésion à la cause de l'Entente {Temps, 2 avril).
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
AVRIL
Samedi i" avril. — Le front anglais s'est étendu
dans la région d'Arras et atteint i3o kilomètres.
Une attaque allemande sur Vaux est arrêtée.
Une note allemande à la Hollande affirme que les
sous-marins allemands ont reçu l'ordre de ne pas atta-
quer les neutres, à moins qu'ils ne cherchent à éviter
la visite.
Les sous-marins allemands et autrichiens ont semé
des mines devant Gorfou.
Les forts de l'île Saint-Georges et d'autres défenses
côtières de Smyrne ont été bombardés par un navire
anglais.
Raid de deux dirigeables sur la côte nord-est de l'An-
gleterre : i6 tués, 100 blessés.
A propos de l'incident de Porrentruy, on fait remar-
quer : 1° qu'immédiatement après l'incident une note
officielle de l'État-major suisse fit savoir que les avions
étaient probablement français ; 2° que les troupes suisses
de garde à Porrentruy n'avaient pas de cartouches. Le
ministre d'Allemagne à Berne a exprimé ses regrets.
Un romancier allemand, Stilgebauer, publie en Hol-
lande un article où il dit que îa « fidélité » du peuple
allemand, mal dirigée, le conduit à sa perte ; il fait
'contraster l'esprit prussien avec celui de l'ancienne Al-
lemagne avant la mort de Goethe, déplore la conduite
des Allemands en Belgique et la condamne en citant
des vers de Schiller dans Don Carlos.
Asquith rend visite au Pape.
On arrête aux États-Unis le capitaine Hans Tauscher,
qui, sur les ordres de von Papen, aurait préparé l'explo-
sion du canal de Welland. C'était l'agent de la maison
Krupp à New-York.
Les troupes américaines, au Mexique, surprennent et
battent celles de Villa.
90 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
L'agence Gook de New-York aurait reçu 700.000
demandes de tickets d'excui'sion pour la France sitôt la
fin des hostilités.
« On a dit que cette guerre était une guerre d'inventions.
C'était déjà vrai bien avant Archimède, car les premiers
peuples qui, aux coups de poing de leurs voisins, opposaient
les coups d'une massue ou d'une lance, furent vainqueurs
par ces inventions. Ce sera vrai aussi des guerres futures,
car il y en aura encore, n'en déplaise aux pacifistes »
(Nordmann, Matin).
Dimanche 2 avril. — Plus de i.ooo gros obus sur
Reims ; 220 maisons sont atteintes.
De fortes attaques allemandes sur le réduit d'Avo-
court sont repoussées ; sur le front Douaumont — Vaux,
les Allemands pénètrent dans le bois de la Caillette,
mais sont réjetés vers le nord de ce bois.
Les Russes ont passé dans le bassin du Tchorokh
supérieur et saisi des massifs montagneux fortifiés à
3.000 mètres d'altitude.
Le professeur Baldwin télégraphie k Wilson au nom
de sa fille blessée sur le Sassex et demande réparation,
Un dirigeable lance 8 bombes sur Dunkerque
(2 tués).
Nouveau raid de dirigeables sur la côte d'Ecosse et
de l'Angleterre.
Devant Verdun, les avions français abattent 5 appa-
reils allemands.
Paul Souday répond, dans le Temps, à un nouveau
calomniateur du patriotisme de Renan.
Lundi 3 avril. — Les Anglais réparent à Sainte
Eloi leur échec du 3o mars.
Encore 109 obus sur Reims.
Forte attaque allemande, entre Haucourt et Béthin-
court, sur des positions françaises au nord du ruisseau
de Forges qui avaient été évacuées dans la nuit du
3i mars au i'"" avril. Surpris par le feu des nouvelles
positions, les Allemands ont éprouvé de grandes pertes.
A l'est de la Meuse, des contre-attaques françaises
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 91
gagnent du terrain au bois de la Caillette et dans la
partie ouest de Vaux.
Les Allemands prodiguent les munitions devant Ver-
dun au point de tirer lo.ooo obus de -210 sur un front
de i.5oo mètres.
Examinant la situation devant Verdun, la Gazette
de Voss dit qu'on se sent par instants découragé.
Canonnade française sur les positions allemandes de
la région Montfaucon — Malancourt.
Le Gouvernement bulgare, répondant aux plaintes
de la Grèce, ordonne à ses troupes de se retirer au
delà de la frontière et promet de punir les comitadiis.
On affirme que les Turcs du Caucase ont reçu de
gros renforts.
La Douma et le Conseil de l'Empire ont protesté
avec énergie contre le torpillage du navire-hôpital Por-
tugal, monstrueuse atteinte au droit des gens.
La France et l'Angleterre font savoir que, vu l'inten-
sité de la contrebande par colis postaux, elles exerceront
le droit de saisie sur les sacs de la poste, tout en respec-
tant les correspondances.
Une escadrille d'avions autrichiens ayant survolé An-
cône, trois ont été abattus.
Berlin exprime officiellement ses regrets à Berne au
sujet de l'incident de Porrentruy.
Il est établi que i3 dirigeables allemands ont pris
part aux trois raids contre l'Angleterre, lancé 409 bom-
Les et fait 246 victimes, dont 69 tués.
On affirme à Rome que depuis lo début de la guerre
l'Allemagne a perdu 4? dirigeables, 368 avions et
1.400 aviateurs. L'Autriche a perdu tous ses dirigeables
et 184 avions.
Les social-démocrates de Kœnigsberg ont approuvé
leur député Haase par 107 voix contre 11,
On dit en Suisse qu'il ne reste plus que 700.000
hommes de réserve h. l'Allemagne et que, loin de rece-
voir des renforts de Bulgarie et de Turquie, elle est
obligée de laisser 26.000 hommes en Orient et 175.000
en Autriche. Celle-ci n'a plus de réserves.
92 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
On annonce que la France possède des canons aussi
forts et même plus forts que l'Allemagne.
Le Temps dit que l'armée anglaise est arrivée à son
apogée.
Essad pacha a rendu visite à Briand.
La conférence panamèricaine s'est ouverte à Buenos-
Ayres.
Mardi 4 avril. — Très forte attaque allemande vers
le nord de Douaumont, complètement repoussée. On
annonce que le front français est rétabli dans la région
Vaux — Douaumont.
Autre attaque allemande repoussée au sud-est de
Seppois-le-Haut.
Les Russes prennent Latach, sur le Dniester, k l'ouest
d'Uziesko.
Débâcle des glaces sur la D%dna.
Venizelos, dans un article du Keryx, pose nette-
ment la question des accords possibles du roi de
Grèce avec l'Allemagne ; cet article produit une vive
émotion.
Dans le Caucase, les Turcs, appuyés par le B'reslau,
ont attaqué le flanc droit russe et ont été repoussés.
Les navires anglais ont découvert, dans les îles grec-
ques, plusieurs bases de sons-marins allemands.
On ditk Berlin que les notes présentées par les Etats-
Unis sont amicales, mais qu'on n'y pourra répondre
avant quelque temps, l'Amirauté allemande ayantbesoin
de se renseigner.
\Jr\ dirigeable survole la côte est de l'Angleterre,
mais fait peu de dégâts.
Trois avions allemands sont abattus près de Verdun.
On affirme que les raids de dirigeables sur l'Ancfle-
terre ont eu lieu sur l'ordre de Guillaume II, qui a
demandé qu'on frappât « vite et fort y>.
Les syndicats ouvriers allemands désavouent Haase.
Le Gouvernement hongrois saisit à l'avance les ré-
coltes de 1 9 1 6 et interdit tout commerce sur ces récoltes.
Le budget anglais prévoit des dépenses de 45 milliards
625 millions. jL
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 93
Déclaration de Branting, chef du parti social-démocrate en
Suède : « Parmi les causes de la guerre, la première de
toutes, c'est l'impérialisme allemand, cette passion de l'hé-
gémonie et de la conquête qui, en Allemagne, imprègne la
mentalité des classes dirigeantes et a malheureusement
infesté aussi une trop grande partie de la classe ouvrière.
Quant à la France et à l'Angleterre, nul esprit impartial,
ayant pris connaissance des documents diplomatiques, ne
peut contester qu'elles voulaient la paix et ont tout fait,
lusqu'à la dernière minute, pour la sauvegarder » (Temps
du 6).
Mercredi 5 avril. — Bombardement intense en
Woëvre.
Des attaques allemandes sont repoussées en Lorraine
près d'Arracourt.
On dit que la Bulgarie, par l'entremise de l'Alle-
magne, s'est plainte à Bucharest des mesures militaires
de la Roumanie.
Les Anglais ont enlevé les tranchées turques d'Um-
cl-Hannali (rive gauche du Tigre).
Depuis le début de la guerre, les Allemands ont
coulé ou capturé 91 navires norvégiens, causant une
perte de 77 vies et de plus de 100 millions.
Trois dirigeables survolent la côte anglaise du nord-
est. Tennant annonce aux Communes qu'un second
dirigeable allemand a été touché dans la nuit de ven-
dredi à samedi ; il a bon espoir qu'on pourra repousser
à l'avenir les raids aériens. Pemberton Billing a de-
mandé à conduire lui-même des raids de représailles.
Une escadrille franco-anglaise coule un sous-marin
allemand et fait l'équipage prisonnier.
Discours de Bethmann-Hollweg au Reichstag (texte
intégral, Temps du 8 avril). Il avoue que les difficultés de
l'alimentation sont sérieuses, proteste contre le blocus
anglais et affirme que l'Allemagne ne se laissera frus-
trer par personne des armes dont elle dispose. Il estime
que les opérations contre Verdun ont été conçues avec
une ampleur de vue géniale et rend hommage à la
bravoure des Français. Les Russes, après la prise d'Er-
zeroum, vont être arrêtés par de nouveaux effectils
94 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
turcs. Avec des formules diplomatiques, le chancelier
adopte, pour l'avenir, la politique (l'annexion. Spahu
(Centre) dit que les frontières de l'Allemagne doivent
être élargies et que la guerre imposée à ce pays doit
avoir pour résultat de lui assurer la situation d'une
puissance mondiale ( Weltrnachl).
Jeudi 6 avril. — Les Allemands ont repris, k Saint-
Eloi, une partie du terrain conquis par les Anglais le
27 mars.
Les Français prennent une tranchée en Argonne près
de la route de Saint-Hubert, faisant usage, à leur tour,
d'un projecteur de flammes.
Pendant la nuit du 5 au 6, attaques allemandes très
violentes entre Avocourt et Béthincourt ; les Allemands
prennent pied dans le village de Haucourl. Dans la
nuit du Ô-7, ils pénètrent dans une tranchée de
première ligne sur la route Béthincourt — Chattancourt,
mais en sont délogés, sauf sur un espace de 3oo mètres.
Les journaux russes constatent que des troupes alle-
mandes ont été envoyées de Poliésie à Verdun et que
les troupes qui restent sont de qualité inférieure.
Deux des quatre armées bulgares sont à la frontière
roumaine.
Venizelos déclare que l'occupation de la Macédoine
parles Alliés a été le salut de l'hellénisme.
Un vaisseau russe a bombardé le Breslau, qui a pris
la fuite.
Un dirigeable, ayant survolé la côte nord-est de l'An-
gleterre, fut bombardé et rebroussa chemin.
A. Pollen (Land and Water) pense qu'une tentative
allemande d'attaquer la flotte anglaise par l'air semble
très probable.
De violentes manifestations, causées par la disette,
ont eu lieu à Berlin.
Giornale d'Italia (à propos du discours de Bethmann-
Hollweg) : « La paix viendra et sera durable et féconde
dans la fraternité sincère des peuples, mais pas avant que
l'on n'ait enlevé d'Europe les brigands qui ensanglantent le
monde pour le triomphe de l'ambition germanique. »
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 95
Vendredi 7 avril. — Une forte attaque allemande,
au débouché de Haucourt, est arrêtée par notre tir.
Sous un feu concentré d'artillerie, les Italiens éva-
cuent leurs lignes avancées du Rauchkofel.
La Roumanie conclut un accord avec l'Allemagne,
rétablissant le libre trafic entre les deux pays. Les jour-
naux allemands s'en autorisent pour annoncer un revi-
rement politique de Bratiano.
Le Reichstag a voté une résolution en faveur de la
continuation de la guerre sous-marine.
On affirme que les Allemands ont maintenant des
sous-marins sans périscope.
Samedi 8 avril. — Vifs combats en Champagne,
dans la région de Navarin.
Au cours de la nuit du 7-8, attaques allemandes au
sud et au débouché est de Haucourt. Dans la nuit du
8-g, nous évacuons la position de Béthincourt. Progrès
français au sud de Douaumont.
Canonnades et petits engagements sur le front de
Salonique.
A Salonique, acquittement, au milieu d'applaudisse-
ments, d'un journal grec accusé d'avoir injurié l'Alle-
magne.
Un communiqué grec dément l'existence, à Corfou,
de bases grecques pour sous-marins allemands.
Dragoumis, ministre des Finances, donne sa démis-
sion.
Les Anglais enfermés à Kut n'ont plus de charbon.
L'Allemagne nie le torpillage du Sussex et celui du
Palembang.
Un transport autrichien est coulé dans l'Adriatique
par un sous-marin français.
Guillaume II félicite Hindenburg à l'occasion du
cinquantenaire de son entrée dans l'armée.
La reine de Suède, princesse badoise, arrive k
Carlsruhe.
Au Reichstag, Liebknecht dit qu'il a la preuve
que dans les camps de prisonniers en Allemagne on
les pousse a exécuter des travaux contre leur patrie, ce
96 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
qui est une grossière violation du droit des gens. Le
président lui retire la parole.
Le cours du dollar à Paris atteint 6^10.
Dimanche 9 avril. — Bataille violente entre Avo-
court et Cumièrcs. Les colonnes d'assaut allemandes
ont été fauchées sur le front Mort-Homme — Cumières.
Au nord-est d'Avocourt, une légère avance allemande
a été refoulée par une contre-attaque. En fin de journée,
les Allemands prennent, sur 5oo mètres de long, notre
tranchée avancée de la cote 2g5.
Au cours d'une grande conférence vénizéliste à
Athènes, Nakos déclare que la place de la Grèce est à
côté des puissances libératrices de l'humanité. [La majo-
rité du peuple grec applaudit Venizelos, parce qu'il
représente l'honneur national, et ne fait rien contre le
Gouvernement, parce qu'il assure la paix.]
Des sous-secrétaires d'Etat allemands sont placés
dans toutes les administrations turques ; en province,
des fonctionnaires allemands sont adjoints aux valis.
C'est la main-mise allemande sur tous les rouages de
l'Etat turc, sauf dans la police, où les Jeunes-Turcs ont
refusé toute coopération.
Progrès russes dans la région de Baïbourt ; vifs
combats dans la région de Bitlis et sur le lac d'Ourmiah.
Les Anglais attaquent sans succès les lignes de San-
nayat (Mésopotamie).
En Méditerranée, un sous-marin autrichien torpille et
coule le vapeur danois Caledonia.
Anatole France dit à la Sorbonne : « Après la victoire de
nos armées, qui combattent pour la justice et la liberté, les
Alliés auront de grands devoirs à remplir. Et le plus sacré de
ces devoirs sera de rendre la vie aux peuples martyrs, à la
Belgique, à la Serbie. Alors ils assureront aussi la sûreté et
rindépendance de TArménie. »
Lundi 10 avril. — Formidable attaque allemande
sur le Mort-Homme, avec jet de liquides enflammés ;
les Allemands ont pris pied dans quelques tranchées k
l'est sur la rive droite de la Meuse ; échec d'une tenta-
î
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 97
tive allemande pour reprendre des tranchées au sud de
Douaumont.
L'artillerie italienne endommage le fort de Luserna.
On dit (à tort, mais non sans raisons) que la Russie
a fermé sa frontière du côté de la Roumanie.
Progrès russes au sud-ouest d'Erzeroum.
Pour 100 tonnes détruites, l'Angleterre en construit
200 (Lloyd's Register). A la fin de mars, il y avait
1.428.000 tonnes en construction; depuis douze mois,
l'Angleterre a construit plus de 2 millions de tonnes et
en a perdu 746.000.
Le ministre de France à La Haye a assuré la Hollande
que les Alliés n'ont jamais eu l'intention, comme veu-
lent le faire croire les agents allemands, d'envahir la
Hollande.
Au Reichstag, le ministre de la Guerre dit que
l'Allemagne ne veut pas seulement tenir, mais ohtenir
des décisions victorieuses.
« Le jour où la Sainte Alliance des peuples voudra s'éle-
ver, comme fit il y a un siècle la Sainte Alliance des rois, à
la synthèse de l'immense tragédie qui s'accomplit, elle ne se
contentera pas de décider qu'il n'y aura pas de paix séparée,
mais elle décrétera qu'elle ne traitera pas avec l'ennemi du
genre humain et que la maison des Hohenzollern a cessé de
régner. » (Polybe, Figaro.')
Discours d'Asquith k Londres :
« La Grande-Bretagne et la France ne sont pas entrées en
guerre pour étrangler l'Allemagne. Leur intention n'est nul-
lement de détruire ou de mutiler sa vie nationale. Le but des
Alliés, dans la guerre qui leur a été imposée, est de préparer
les voies pour un régime international assurant des droits
égaux pour tous les États civilisés. Ce que nous attendons des
résultats de la guerre, c'est d'établir en principe que tous les
problèmes internationaux qui peuvent surgir doivent être
réglés par des négociations libres entre peuples également
libres. Ce que nous voulons aussi, c'est que le règlement ne
soît plus entravé et faussé par un gouvernement régi par
une caste militaire. »
Les Anglais ouvrent une campagne de recrutement
il dans l'Inde.
114. CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 7
98 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Mardi 11 avril. — Une forte attaque allemande
avec obus lacrymogènes entre Douaumont et Vaux est
refoulée par une contre-attaque.
Turcs et Bulgares massacrent des Grecs k Andri-
nople.
A Athènes, des femmes et des enfants pénètrent dans
l'enceinte du Parlement et exposent leur misère, par
suite de la cessation du paiement des allocations aux
familles des mobilisés.
A Rome, un décret royal appelle plusieurs classes
sous les drapeaux.
Repington estime que les Allemands ont 800.000
hommes sur le front anglais et croit k une offensive.
Devant Verdun, les Allemands auraient 3o divisions et
demie, dont 2 en réserve. Sur les 4oo-ooo hommes
engagés devant Verdun, les Allemands en auraient déjà
perdu 170.000.
Le change français, k Genève, est k 85,25 (i4>75 de
perte); le change allemand y est k 98,15 (3i,85 de
perte).
Mercredi 12 avril. — Au bois des Caurettes, entre
le Mort-Homme et Cumières, une attaque allemande est
repoussée. L'artillerie est très active entre Douaumont
et Vaux.
Le Temps publie (d'après le Bulletin des Armées) le
récit officiel de la bataille de Verdun du 24 février au
20 mars.
D'après les journaux autrichiens, le IIP corps brande-
bourgeois a été presque anéanti devant Douaumont;
les V'IIS XV« et XVIII* corps ont perdu de 35 k 4o °/o
de leurs effectifs.
Dans la vallée de Sugana, les Italiens prennent la
position de S. Osvaldo.
On dit que l'artillerie russe vaut aujourd'hui l'arlille-
rie allemande et que cette constatation inquiète les cer-
cles militaires allemands.
Malgré l'inondation du Tigre, les Anglais avancent
un peu en Mésopotamie.
La réponse allemande aux États-Unis reconnaît le
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 99
torpillage de plusieurs navires, mais essaie de le justi-
fier comme conforme aux règles de la guerre. Elle
avoue qu'un sour.-marin allemand a torpillé quelques
navires dans le voisinage du Sussex, mais nie avec im-
pudence avoir torpillé ce paquebot.
On télégraphie de Genève que l'Allemagne est désor-
mais décidée à nier tous les torpillages et à affirmer
que les navires coulés l'ont été par des mines.
L'Espagne est très émue par suite du torpillage de
plusieurs navires portant son pavillon.
Les élections espagnoles ont donné une grosse majorité
aux libéraux non germanophiles. Les partisans de Vas-
quez de Mella « restent, avec les jésuites, les plus irré-
ductibles germanophiles de la Péninsule » (Temps
du i3).
Le Pesti Hirlap protc te contre les projets de germa-
nisation économique de la Hongrie.
ï
I Jeudi 13 avril. — Bombardement ininterrompu de
K la cote 3o4 et du front Mort-Homme — Cumières.
f Progrès italiens vers la zone d'Adamello.
ï Progrès russes dans la région de la Strypa.
On constate, sur le front russe, le remplacement gra-
duel des Allemands par des Autrichiens.
Le bombardement augmente sur le front de Salonique.
On affirme que l'armée bulgare est plus nombreuse
qu'au début de la campagne (12 °/o de la population).
Le prince Alexandre de Serbie arrive à Gorfou et
passe en revue les troupes serbes.
Après six jours d'offensive sur le centre russe au
Caucase, secondée par les raids des tribus kurdes, les
Turcs sont mis en fuite.
■ La ville de Ghiraz a chassé le gouvernement révolu-
tionnaire et emprisonné les chefs, l'un allemand, l'autre
suédois.
On assure que les 5/6 de la flotte turque de la Mer
Noire ont été coulés par les Russes.
Le Danemark, depuis le début de la guerre, a perdu
42 navires coulés par les Allemands (87 victimes).
L'ambassadeur d'Allemagne à Madrid ose démentir
100 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
formellement qu'un sous-marin allemand ait torpillé le
Sussex (Voir Temps, 1 3 mai).
Les Australiens ont pris un camp turc et occupé
l'oasis de Katia à l'est de Suez.
La police de New-York arrête quatre individus, dont
trois employés d'une compagnie allemande, inculpés de
fabrication de bombes incendiaires et de leur place-
ment k bord de navires transportant des munitions.
Le président Carranza envoie une note pressante à
Washington, demandant le retrait des troupes améri-
caines du Mexique ; les Etats-Unis refusent.
Vendredi 14 avril. — Une lorte reconnaissance
allemande se montre au nord de Roye.
Une attaque allemande sur Douaumont est repoussée ;
nos lignes à l'ouest de la cote 3o4 sont violemment
bombardées.
Les Russes délogent les Turcs d'une très forte posi-
tion sur la rive gauche du Karadéré, à 25 kilomètres
est de Trébizonde.
Le vieux maréchal von der Goltz est assassiné en
Asie-Mineure par un officier turc. On essaie de faire
croire qu'il est mort de méningite.
Les Allemands ferment le Sund avec des mines et des
filets.
La presse américaine qualifie d'insolente la réponse
allemande, mais ne veut pas encore de rupture diplo-
matique.
Trois avions anglais bombardent la poudrière de
Zeitunlik près de Constantinople ; un autre bombarde
la gare d'Andrinople. j
On apprend, de source autorisée, que certaines de j
nos fabrications d'artillerie, si l'on prend comme terme
de comparaison le chiffre loo au début de la guerre,
dépassent actuellement 2.000 ; il en est de même pouri
les explosifs. La production des fusils, en 191 6, est sept i
fois plus considérable qu'en mai 1916. La production
quotidienne des mitrailleuses a quintuplé depuis huit
mois. I
On écrit de Budapest au Journal de Genève (du 20) que
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 101
la Hongrie est lasse de la guerre : « Si l'on a exagéré
rimportance du rôle joué jusqu'ici par la Hongrie dans le
conflit mondial, on ne doit pas diminuer celui qu'elle
pourra jouer dans la phase qui commence. »
Samedi 15 avril. — En fin de journée, une contre-
attaque française au sud de Douaumont met entre nos
mains quelques éléments de tranchées.
Le front anglais est continu depuis le nord d'Ypres
jusqu'au sud ae la Somme (i/5 de tout le front occi-
dental).
On dit k Rome que l'offensive italienne, commencée
au moment de l'attaque contre Verdun, a fait gagner aux
Italiens plusieurs kilomètres au sud-est du Trentin et
3o villages.
Progrès russes à l'ouest de Dvinsk.
Le premier contingent de l'armée serbe réorganisée
arrive de Corfou à Salonique.
Des troupes allemandes, retirées du front russe, sont
transférées sur celui de Macédoine.
La Chambre grecque a été prorogée.
La Grèce fait des difficultés pour laisser passer les
soldats serbes par les voies ferrées Patras — Corinthe —
Athènes — Larissa — Salonique (760 kilomètres).
L'ambassade de France à Madrid déclare formelle-
ment que le Sussex a été coulé par un sous-marin
allemand, dont la France connaît le numéro d'ordre et
le comrnandant (Temps, i3 mai).
Les États-Unis vont envoyer une note à Berlin,
demandant : 1° la punition des commandants de sous-
marins qui ont attaqué le Sussex et d'autres navires
sans avertissement ; 2° des indemnités ; 3° des garanties
Sue la vie des Américains sur mer ne sera plus en
anger. Le Gouvernement américain a reçu du Gouver-
nement français le numéro du sous-marin allemand qui
a torpillé le Sussex.
Dimanche 16 avril. — Bombardement extrême-
ment violent à l'ouest de la Meuse.
Vive attaque autrichienne au nord-ouest de Borgo ;
102 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
les Italiens reculent sur la Brenta (val Sugana), mais
progressent sur les pentes du mont Sperone.
Dans le Temps du 17, histoire détaillée de la cam-
pagne anglaise en Mésopotamie (système des petits
paquets subdivisés).
Pendant la nuit du i5-i6, un avion-canon français a
lancé 16 obus sur un navire ennemi dans la mer du
Nord.
Le discours de Sonnino au Parlement italien insiste
sur l'accord des Alliés, en particulier au sujet de la
Belgique, et dit que les yeux du monde entier se tour-
nent avec admiration vers les héroïques défenseurs de
Verdun. La Chambre entière crie : « Vive la France ! »
Le Temps publie une pétition des Israélites desii,tats-
Unis au Saint-Siège, pour solliciter son appui contre
les persécuteurs ; il publie aussi la réponse prudente et
favorable du cardinal Gasparri.
Lundi n avril. — Formidable attaque allemande
sur la rive droite de la Meuse, vers Douaumont, par-
tout repoussée, sauf au sud du bois de Ghauffour où
notre ligne formait saillant.
On trouve à Verdun, sur le corps d'un sous-officier
allemand, une lettre écrite à sa famille : « Rien k faire
ici tant que nous aurons devant nous les soldats de
Pétain. » (Liberté, 3 mai.)
Une note officieuse donne un démenti formel aux
communiqués allemands qui prétendent avoir fait
38.866 prisonniers valides du 21 février au 10 avril. Le
chiffre total de nos disparus (tués, blessés, prisonniers)
est notablement inférieur à ce chiff're.
Ghenadiefî et cinq autres députés bulgares sont
remis en liberté.
La deuxième conférence donnée par le parti venizé-
liste à Athènes a été interrompue par la police, au
milieu d'une vive agitation.
Le Gouvernement roumain confisque des obus envoyés
d'Allemagne en Turquie dans des wagons de sucre.
Les chefs du mouvement allemand en Perse ont été
capturés.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 103
Des pêcheurs ont recueilli près de Catane 4o ton-
neaux contenant chacun 200 litres de benzine.
Pendant la nuit du 1C-17, sept bombes d'avions
allemands sur Belfort.
Un hydravion italien et trois français ont bombardé
des positions militaires près de Trieste.
On publie un fragment de lettre du prince Max de
Saxe, prêtre, à un autre prêtre saxon : « Le traitement
qu'on a infligé au pays belge crie vengeance au ciel 1 »
Cinq cents Américains des plus éminents publient
ime adresse de sympathie aux Alliés, déclarant que
l'avenir de la civilisation dépend de la défaite de l'Al-
lemagne.
Mardi i8 avril. — On dit que les Allemands,
devant Verdun, ont surnommé le Kronprinz Massen-
môrder (meurtrier en grand). Nos soldats appellent
leur général Pétain le Bref.
Dans la nuit du 17-18, succès italien au col di
Lana (haut Corderole) ; i64 prisonniers et riche butin.
L'opposition, à Bucharest, proteste contre l'accord
commercial avec l'Allemagne ; V Indépendance rou-
maine, organe de Bratiano, dit que la Roumanie ne
Souvait pas rester sous le poids de trois récoltes inven-
ues, car un peuple ne vit pas seulement de pain. La
Roumanie ravitaille aussi la Turquie en farine, houille
et pétrole.
Après avoir pris d'assaut le 17 les forts extérieurs de
Trébizonde, les Russes, aidés de leur flotte, se sont
emparés de la ville, où presque tous les Arméniens, y
compris les femmes et les enfants, avaient été massa-
crés par les Turcs.
Dans la nuit du 17-18, les contre-attaques des
Turcs ont obligé les Anglais à reculer de 5oo mètres.
Bombes d'hydravions autrichiens sur Trévise.
On prétend que François-Joseph aurait ordonné aux
aviateurs autrichiens d'épargner Padouc à cause de
saint Antoine, Lorette à cause de la Santa Casa, et
Rome k cause du Pape.
104 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Wilson a dit aux Filles de la Bévolution américaine :
« L'Amérique ne combattra jamais pour elle-même; la seule
excuse, si elle tire l'épée un jour, sera de combattre pour
l'humanité. »
Riciotti Garibaldi, dans l'Outlook, écrit que les amis de
l'Amérique en Italie déplorent l'attitude des États-Unis dans
cette guerre du christianisme et de la civilisation contre la
barbarie la plus atroce et la plus agressive.
D'Estournelles de Constant écrit à la Nouvelle Gazelle de
Zurich :
« Le Gouvernement qui, malgré tout le progrès moderne,
n'a pas craint de déchaîner la guerre dans l'illusion qu'il y
gagnerait, doit être mis dorénavant hors d'état de nuire.
Sinon, il proûtera, après la paix, de nouveaux progrès ou de
la première occasion favorable pour mieux tromper tout le
monde et mieux réussir. Nous devons donc abattre le Gouver-
nement Le Gouvernement allemand essaie de faire croire
au peuple que nous faisons la guerre au peuple allemand.
C'est faux. La France fait la guerre au Gouvernement qui
exploite le peuple allemand et qui l'amené à la boucherie
Si les Français pacifiques commettaient la folie de faire grâce
prématurément au monstre du militarisme allemand, c'est
le peuple allemand qui serait la première victime de cette
défaillance. Notre devoir est de faire la guerre au militarisme
allemand jusqu'à ce qu'il soit vomi par l'Allemagne elle-
même. Le jour seulement oîi ce militarisme n'existera plus,
le militarisme d'aucun pays n'aura plus de raison d'être. »
Mercredi 19 avril. — Attaquant vers Ypres, les
Allemands occupent deux cratères à Saint-ÉIoi et une
tranchée sur la route Ypres — Langemarck.
Trois attaques allemandes sont repoussées aux
Eparges.
Le Président de la République a parcouru les sec-
teurs des deux rives de la Meuse en compagnie du
ministre de la Guerre.
En fin de journée, attaque française au nord-ouest de
l'étang de Vaux et prise d'une redoute allemande.
New-York Times : « La tradition de l'invincibilité
allemande a été ruinée devant Verdun. »
Les Autrichiens ont perdu la dernière cime du col
de Lana, par suite d'une gigantesque explosion machi-
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 105
née par le ^énie italien (nuit du 17-18). Tout un
bataillon autrichien a été enseveli.
Les Russes s'avancent k l'ouest d'Erzeroum et par la
vallée du Tchorokh vers Baïbourt; ils progressent au
sud de Bitlis.
Lansing a refusé de discuter de nouveau avec
Bernstorn la question de la guerre sous-marine.
Du 4 août iQi4 au i5 avril 1916, les sous-marins
allemands ont fait périr 8.117 non-combattants, dont
1.175 passagers (Runciman aux Communes).
On assure que les papiers saisis chez von Igel, secré-
taire de l'attaché militaire von Papen, compromettent
les plus hauts personnages allemands des Etats-Unis.
Un journal de New-York écrit à ce propos : « Nous ne
voulons avoir aucun contact avec un pays qui envoie
chez nous des criminels déguisés en diplomates. »
On dit en Italie qu'un contingent portugais doit se
rendre à Salonique et que des sections de mitrailleurs
belges sont destinées à la Russie.
Des cas de typhus ont été constatés en Alsace, par
suite du retour de soldats allemands du front serbe.
Jeudi 20 avril. — Un ordre du jour de JofTre
annonce que des officiers et soldats russes, arrivés à
Marseille, vont combattre dans les rangs français.
Une attaque française dans la région du Mort-
Homme reprend quelques éléments de tranchées
Serdus le 10. Les Français progressent aussi à l'ouest
e Douaumont (sud du bois de Haudromont).
A l'est de la Meuse, puissante offensive allemande ;
l'ennemi prend pied au sud du fort de Douaumont et
au nord de l'étang, mais est refoulé au cours de la
nuit.
Les Phocéens réfugiés a Athènes adressent une lettre
à la France où ils souhaitent la victoire « qui per-
mette à la France de sauvegarder les droits impres-
criptibles du peuple grec ».
On mande de Bucharest que le Tchèque Kramarz,
traduit devant une cour martiale, a révélé qu'il était
allé en Serbie à la veille de l'attentat de Sarajevo ; il a
106 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
ajouté qu'il ne pouvait pas révéler la mission dont il
avait été chargé par Berchtold, ayant juré le secret.
Aussitôt le Gouvernement autrichien a ajourné le
procès, tout en maintenant Kramarz sous les verrous.
Le soir, Gérard remet à Berlin la note américaine
{in extenso dans le Temps du 24).
Wilson a convoqué la Chambre et le Sénat en congrès et
a fait connaître la communication qu'il venait d'adresser à
Berlin. Son discours, modéré dans la forme, est très ferme
dans le fond.
« Il a espéré contre tout espoir qu'il serait possible à l'Al-
lemagne de donner des instructions et de contrôler les actes
des commandants de sous-marins de manière à accorder sa
politique avec les principes codifiés du droit des gens.
« Aujourd'hui, il obéit au devoir d'avertir l'Allemagne
qu'une rupture des relations deviendra inévitable si elle ne
renonce pas à ses méthodes impitoyables de guerre.
« Porte-parole responsable des droits de l'humanité, par-
lant au nom des Etats-Unis comme en celui des neutres, le
Président ne peut garder le silence quand ces droits menacent
d'être emportés par le tourbillon de la guerre. »
Un Livre Bleu publié à Londres révèle un complot
formé aux Etats-Unis en vue d'une invasion du Canada
sous la haute direction de von Papen. Il s'agissait aussi
de faire sauter à la dynamite les écluses des grands
lacs, etc.
Commentant un discours prononcé la veille au
Creusot par Albert Thomas, le Temps refuse d'admettre
avec lui v l'organisation supérieure d'Etat » comme la
loi nouvelle de l'industrie française.
« Une organisation sociale ! La réorganisation de la
France ! Abuse-t-on assez de ces mots depuis quelque
temps? Il semblerait que la France, avant la guerre, ne fût
plus bonne à rien. Il n'y a eu ni apparition d'un monde
industriel nouveau, ni « miracle de la Marne ». La France a
pu être méconnue, mais elle était la France, aux ressources
individualistes infinies, et la guerre n'a fait qu'en mettre en
pleine lumière la valeur... Ne ménageons pas à l'ennemi celte
revanche, qui consisterait pour lui à nous voir nous inspirer
de ses théories et de ses méthodes. »
Gazette de Francfort : a Nous nous trouvons dans
une forteresse assiégée. >
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 107
Vendredi 21 avril. — Les Anglais reprennent une
tranchée perdue sur la route d'Ypres.
Douze gros obus sur Reims.
Des attaques allemandes très violentes sur le nord du
Mort-Homme, le nord du bois des Gaurettes et le front
de l'étang et du fort de Vaux sont arrêtées par l'artil-
lerie; la première seule a fait quelques progrès.
Vive attaque autrichienne repoussée dans la vallée
de la Sugana. L'avance italienne continue dans le
haut Cordevole.
On annonce des massacres de Grecs dans la région
de Smyrne. Le parti libéral grec redevient actif; la
crise financière est très inquiétante.
c( Notre armée d'Orient a mieux a faire que de garder
une défensive que personne ne songe plus à troubler. »
(Rousset, Liberté.)
Pendant la nuit de jeudi k vendredi, un navire
auxiliaire allemand, déguisé en cargo neutre et escorté
d'un sous-marin, essaie de débarquer des armes en
Irlande ; dans l'équipage fait prisonnier on trouve
l'Anglais Sir Roger Gasement.
Les anciens présidents Taft et Roosevelt approuvent
la note de Wilson.
Rernstorff informe Lansing qu'en raison des fêtes de
Pâques l'Allemagne ne peut pas répondre avant une
douzaine de jours.
On révèle l'existence, en Allemagne, d'une médaille
célébrant le torpillage du Lusitama (Polybe, Figaro).
Deux avions alliés ont survolé Sofia: l'un a bombardé
un hangar de dirigeables, l'autre a laissé tomber des
feuilles annonçant la chute de Trébizonde (600 kilom.
aller et retour).
Le ministère anglais, menacé d'une crise, s'est mis
d'accord pour proposer le service militaire obligatoire,
avec cette réserve qu'il ne sera pas immédiatement
appliqué.
Suivant le Temps, la production de l'Angleterre en
munitions n'atteint pas la moitié de celle de la France.
A partir de ce jour, les banques américaines refusent
les chèques sur les banques allemandes.
108 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Vandervelde, dans V Humanité, déclare fabriquée de toutes
pièces une lettre de Jaurès qui a été produite au Reichstag
par Scheidemann, lequel disait l'avoir tirée de la Braun-
schweigische Landes zeilang, feuille gouvernementale. Au
moment où Jaurès aurait écrit cette lettre à Vandervelde, ils
étaient ensemble et n'avaient pas lieu de correspondre.
Fait inouï ; à Stuttgart, des femmes affamées ont crié :
« A bas l'Empereur ! »
On annonce qu'un prisonnier français, disparu le
i8 août 1914» vient seulement d'être autorisé à aviser
sa famille ; il avait été enfermé et mis au secret avec
nombre de ses camarades {Liberté).
Samedi 22 avril. — Deux attaques allemandes
entre le Mort-Homme et le ruisseau de Béthincourt sont '
arrêtées par notre tir.
Le correspondant militaire de la Post de Stras-
bourg écrit que les Allemands n'ont pas eu pour but de
prendre Verdun, mais d'user les réserves françaises.
Jamais les communiqués officiels allemands n'ont fait
allusion à la chute future de la ville (pas vrai ; voir
26 février).
Feyler : « L'attaque de Verdun va s'épuisant. Trente
divisions ont été mises en ligne pour 1 enlèvement de
la place. Leurs efforts, si violents et si tenaces qu'ils
aient été, se sont brisés devant l'obstacle. » (Journal
de Genève.)
On annonce que le maréchal Haeseler, conseiller du
Kronprinz devant Verdun, est revenu à Berlin, peut-être
en disgrâce.
Nouveau succès italien sur le Carso, à l'est de Selz.
Les ministres grecs à Berlin et à Sofia protestent
contre les incursions germano-bulgares en territoire
grec. On dit que c'est la 63^ protestation adressée par la
Grèce aux belligérants.
Le professeur Foerster, de l'Université de Munich,
pacifiste, répond dans la Nouvelle Gazette de Zurich
à d'Estournelles de Constant (voir 18 avril) :
« Soyez sûr que s'il était possible de jeter l'Allemagne
à terre, militairement ou économiquement, de nouveaux
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 109
Scharnhorst et de nouveaux Stein naîtraient parmi nous,
nous relèveraient de notre humiliation et, unis à quelqu'un
de nos adversaires actuels, renouvelleraient le spectacle de
i8i3. » (Journal de Genève du 28.)
A. Chuquet {Revue critique, p. 272) rappelle ces mots de
Guibert (1778) : « Je vois l'Europe redevenir la proie d'une
autre espèce de barbares, plus éclairés et non moins des-
tructeurs. »
Dimanche 23 avril. — Progrès français au nord-
ouest du bois des Gaurettes.
Un poste allemand est enlevé vers le Bonhomme
(Vosges).
Une attaque anglaise sur la position turque de San-
naiyat est repoussée ; les inondations rendent les opéra-
tions très difficiles.
Parlant de l'ultimatum américain, le Temps conclut :
« Les deux alternatives en face desquelles se trouve
Guillaume II sont également désastreuses pour lui. »
Trois dirigeables ont jeté des bombes sur l'est de
l'Angleterre.
Les troupes montées britanniques, attaquées par les
Turcs k Katia, se replient après avoir subi des pertes.
Le prédicateur Dœhring compare l'Allemagne à
Jésus-Christ; elle est injustement méconnue et honnie
par les hommes.
La Groix-rouge de Petrograd fait savoir que le pro-
fesseur Nedigalelof et la doctoresse Bourova ont décou-
vert, sur le front oriental, le bacille générateur du
typhus.
Lundi 24 avril. — 200 obus sur Beims et les envi-
rons.
Les Français repoussent trois grandes attaques sur le
Mort-Homme et la région d'Avocourt.
Fermeture de la frontière germano-suisse, indiquant
des mouvements de troupes.
Un navire anglais, parti pour ravitailler Kut, qui
souffre de la famine, s'échoue à 6 kilomètres de la
ville et est capturé par les Turcs.
110 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Une escadre anglaise bombarde la côte belge ; trois
contre-torpilleurs allemands sont mis en fuite.
Pendant la nuit du 24-25, un dirigeable jette
70 bombes sur la côte anglaise.
Un dirigeable français bombarde la gare de Conflans.
Les Anglais ont occupé à nouveau la région de Katia
et détruit le camp turc.
A midi, des conspirateurs irlandais se précipitent
sur un magasin de Dublin d'où ils retirent des fusils ;
ils arrêtent les automobiles qui passent et occupent par
surprise les trois quarts de la ville. La foule croit
d'abord à une plaisanterie.
Depuis le début de la guerre, la Bulgarie aurait
perdu 127.000 hommes, dont 87.000 tués.
Mardi 25 avril. — Les Français enlèvent un petit
bois au nord de l'Aisne (sud du bois des Buttes).
Bombardement intense du bois d'Avocourt et des
lignes françaises au nord de la cote 3q4. Haudiomont et
Ronvaux en Woëvre sont aussi bombardés.
Une forte attaque allemande en Lorraine, au sud-est
de Badonviller, est repoussée.
Nouveau débarquement de Russes à Marseille.
Une escadre de croiseurs allemands jette des bombes
sur Lowestoft et Yarmouth ; attaquée, elle bat en
retraite. C'est le troisième raid naval allemand.
Bombes d'avions sur Dunkerque ; plusieurs victimes.
Un avi n-canon français, volant à 4-ooo mètres, lance
ig obus sur un dirigeable au large de Zeebrugge ; un
autre bombarde, au large d'Ostende, un torpilleur alle-
mand.
Pour la première fois dans l'histoire, le Pai'lement
anglais tient une séance secrète.
Les troupes anglaises commencent à opérer k Du-
blin, où les rebelles, maîti^es de la Poste, ont coupé les
communications télégraphiques.
Des rebelles irlandais attaquent Galway et y sont ca-
nonnés par un navire anglais.
Le département de la Guerre annonce que le Gouver-
nement des Etats-Unis ne songe pas à retirer les
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 111
troupes du Mexique ; d'ailleurs, le général Garranza
n'insiste plus sur leur retrait.
« Le jour où l'impuissance prussienne sera démontrée et
où il sera avéré que toutes ces privations ont été endurées,
tous ces deuils supportés sans résultats et par la volonté
d'une caste ambitieuse, les yeux se dessilleront. » (Temps.)
Mercredi 26 avril. — Luzzatti et d'autres mem-
bres du Parlement italien sont arrivés à Paris pour
prendre part à la Conférence interparlementaire du
commerce.
Bombardement incessant de nos lignes devant Ver-
dun. Une attaque au nord du fort de Vaux est arrêtée.
Les Germano-Bulgares ont occupé la gare grecque
de Doiran.
L'Angleterre envoie aux États-Unis une longue
réponse à la note du 5 novembre, relative à l'arresta-
tion de navires neutres, au blocus et aux décisions du
tribunal des prises. La France s'est associée à la ré-
ponse courtoise et amicale de son alliée.
Par une déclaration officielle, les États-Unis recon-
naissent aux navires marchands le droit de s'armer
pour leur défense ; mais les navires marchands armés
dans un dessein agressif ne pourront entrer dans les
ports américains. Le droit de fuite et de résistance est
reconnu, mais justifie l'emploi de la force de la part du
navire agresseur.
Un avion allemand survole deux fois le territoire
suisse.
L'état de siège a été proclamé la veille dans la ville
et le comté de Dublin. Les opérations militaires com-
mencent contre Liberty Hall où flotte le drapeau de la
République irlandaise ; deux canons de campagne met-
tent le bâtiment en ruine et les soldats anglais le pren-
nent d'assaut.
On écrit de Vienne au Journal de Genève qu'il
n'y a dans cette ville de haine que pour l'Italie. On
y désire d'autant plus la paix qu'on voit s'élever, sur
la ruine de tous, des fortunes scandaleuses.
112 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Jeudi 27 avril. — Moraht (Tageblatt) constate un
arrêt devant Verdun et estime qu'il ne faut pas perdre
de vue le renforcement du front anglais.
Suivant le Times, les pertes allemandes devant Ver-
dun dépassent 280.000 hommes.
Avance russe au sud-ouest de Tarnopol.
Une bombe a fait explosion k l'entrée de la légation
bulgare à Athènes.
On croit savoir, à Odessa, qu'un grand complot mili-
taire contre le Sultan et ses ministres a été découvert à
Gonstantinople.
Le cuirassé anglais Russell saute dans la Méditerranée
au contact d'une mine ; il y a 1 24 manquants. C'est le
vingt-deuxième navire de guerre perdu par les Anglais.
uerard est parti pour le quartier général, appelé par
Guillaume II.
La presse allemande se radoucit à l'égard des Etats-
Unis et manifeste l'espoir d'un arrangement.
Aux Communes, le projet du Gouvernement i*elatif
au recrutement est combattu par des orateurs de diffé-
rents partis.
La lutte continue dans les rues à Dublin, où s'allument
de nombreux incendies ; il Y a aussi des centres d'insur-
rection à Killarney et à Gamay.
Les membres de la Conférence internationale du com-
merce ont été reçus à l'Elysée. Luzzatti, ministre d'État
italien, a répondu au Président de la République. Les
travaux de la Conférence ont commencé au Luxem-
bourg sous la présidence de Chaumet; il a dit que l'union
des Alliés après la guerre était nécessaire pour briser,
après le militarisme prussien, le militarisme commer-
cial de l'Allemagne.
Poincaré, parlant k l'Elysée, a affirmé de nouveau
que les Alliés combattraient jusqu'au bout pour la di-
gnité des peuples, contre la rage des ennemis du genre
humain. c( La conscience révoltée ne sera pas dupe
des mensonges et des échappatoires ; les Empires du
Centre en ont trop fait. »
Vendredi 28 avril. — Une activité croissante se
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 113
manifeste sur le front anglais ; les combats aériens se
multiplient.
Plusieurs attaques allemandes sont repoussées devant
Verdun, en Lorraine et dans les Vosges. L'artillerie
française a gagné en nombre et en puissance.
Le temps est redevenu beau sur le front russe.
Les Allemands reprennent les tranchées qu'ils ont
perdues le 20 mars au sud-ouest du lac Narotch ; ils atta-
quent aussi du côté de Dvinsk.
On dit à Petrograd que l'armée autrichienne a
dépensé i5 milliards de cartouches et 12 millions
d'obus.
Après un siège de cent quarante-trois jours, le gé-
nérai Townsend, qui n'a plus ni vivres ni charbon, lait
savoir aux Turcs qu'il doit rendre Kut-el-Amara. Les
canons et les munitions ont été détruits. 2.970 Anglais
et 6.000 Indiens sont prisonniers.
Les Russes avancent vers Erzindjan, refoulant les
Turcs.
La navigation a repris dans le golfe de Bothnie.
Depuis le début de la guerre, le Danemark a perdu
43 navires jaugeant 36. 000 tonnes.
On publie une lettre du cardinal Gasparri k l'évêque de
Trévise, protestant, au nom du Pape, contre le ratof autri-
chien sur cette ville et regrettant que les exhortations
paternelles du Saint-Père trouvent endurcis les cœurs
de ses fils.
Une canonnière postée sur la Liffey a achevé de dé-
truire Liberty Hall k Dublin ; ^oo insurgés se sont
rendus.
Des soldats russes ont été envoyés en Angleterre ;
Kitchcner les passe en revue au War Office.
A l'occasion de la « fête des trois Gardes » au Troca-
déro, la caserne de la Pépinière abrite des contingents
français, anglais, russe et italien.
La Gazette da Rhin et de Westphalie demande la créa-
tion d'une « mode de l'Europe Centrale », qui serait
propagée par les Cours de Berlin et de Vienne.
Pertes allemandes avouées à ce jour : 2.887.000,
dont 712.000 morts, 363. 000 manquants.
114. CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 8
114 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Samedi 29 avril. — En face d'HulIuch, les Alle-
mands lancent des nuages de gaz que le vent ramène
sur leurs tranchées.
Une attaque allemande vers Attlchy, à 8 kilomètres
au nord de Novon, est repoussée.
Dans la nuit, les Français prennent une tranchée
allemande au nord du Mort-Homme.
On donne des détails circonstanciés sur les prépara-
tifs d'une grande offensive allemande contre les Russes
(Temps du 3o).
Des officiers grecs déclarent, dans VEmbros, qu'ils
ne reculeront pas devant les actes extrêmes pour
défendre le Roi contre les ennemis du trône et de la
patrie. Le Gouvernement les prie de se taire.
La population de Salonique manque de pain, étant
mal ravitaillée par la Banque nationale chargée de ce
service.
Les Turcs se sont beaucoup renforcés sur les fronts
de Trébizonde et d'Erzeroum ; ils ont reçu de gros
mortiers autrichiens.
Une publication du Gouvernement anglais justifie la
saisie des courriers maritimes en démontrant que les
colis postaux et les échantillons servaient à la contre-
bande du caoutchouc.
L'État-major allemand a interdit tous les vols d'avions
près de la frontière suisse.
Les chefs des provinces chinoises insurgées ont
reconnu le vice-président Li-Yuan-Hong comme prési-
dent de la République chinoise.
La comtesse Markievicz, ancienne actrice, qui occu-
pait le Collège de médecine de Dublin avec 1.200 hom-
mes, hisse le drapeau blanc et rend son revolver. La
grande Poste de Dublin a été brûlée. H. Pearse, se
disant président de la République irlandaise, est blessé
et pris. Les insurgés se rendent en masse.
La France, l'Angleterre et la Russie ont garanti à la
Belgique l'intégrité du Congo belge.
Berlin pavoise pour célébrer la chute de Kut-el-
Amara.
Aux États-Unis, le grand jury met en accusation huit
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 115
Allemands qui ont essayé de placer des bombes sur des
navires transportant des munitions. Deux inculpés ont
avoué.
Chuquet, dans la Revue critique (p. 287), signale que
Michelet, en 1870, prédit que la machine transformerait la
guerre, qu'elle servirait de plus en plus à la destruction et
que cette mécanique de mort aurait une rivale dans la chimie
militaire. [En attendant la bactériologie militaire ? D'oià il
résulte que la civilisation, mère de la science, sera tuée par
sa fdle, si une convention internationale, appuyée sur une
force seule détentrice des grands instruments de meurtre
collectif, n'en interdit pas à tout jamais la fabrication en
dehors de l'Arsenal de la Paix. — S. R.]
Wells écrit : « La grande poussée révolutionnaire des
Français fut généreuse et passionnée. La poussée révolution-
naire des Allemands sera peut-être plus implacable encore ;
elle sera peut-être méprisante. Peut-être ne prendront-ils
même pas la peine de renverser leur Empereur et leurs
nobles, et se contenteront-ils de les pousser vers la porte. »
Wells prédit qu'une fois dissipé le cauchemar qu'est le sys-
tème Hohenzollern, l'Allemagne deviendra une république,
plus moderne et plus vaste que la troisième République Fran-
çaise.
Dimanche 30 avril. — Des attaques allemandes
avec gaz axphyxiants, sur le front anglais, sont repous-
sées.
Le tir français brise une très forte attaque allemande
sur les tranchées conquises par nous au nord du Mort-
Homme. Trois attaques au nord de Gumières ont le
même sort.
Sur les pentes nord du Mort-Homme, les actions du
29-80 avril nous ont rendus maîtres de i.ooo mètres de
tranchées sur 600 mètres de profondeur.
Sur le haut Avisio, les Italiens conquièrent une forte
position à 3. 000 mètres d'altitude. Ils repoussent une
nouvelle attaque sur le col de Lana.
L'Italie prend des mesures sur la frontière suisse
pour parer a une attaque allemande.
Les Russes reprennent sur l'Ikva, au nord de Mara-
vitzi, les tranchées que les Autrichiens leur avaient
enlevées le 28.
116 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
L'activité de l'artillerie et des avions reprend sur le
front de Saloniquc. Les avant-postes britanniques et
allemands entrent en contact.
La Roumanie réquisitionne des vivres et organise des
hôpitaux de campagne.
A Patras, Repoulis, ancien ministre de Venizelos,
prononce un discours patriotique. A Salonique, un
autre orateur libéral est acclamé ; on crie : C( A bas la
Bulgarie I »
Progrès russes vers Diarbekir et Bagdad. On dit que
les Tui'cs évacuent les ports de Tiraboli et d'Ordou sur
la Mer Noire.
« Les Turcs, pressés au sud par les Anglais, avec leurs
lignes de commimicalions menacées au nord par les Russes,
restent dans une situation précaire, que la reddition de Kut
ne modifie que très incidemment. » (Temps.)
En Allemagne, la majorité conservatrice, la majorité
socialiste et la Ligue hanséatique protestent contre
toute concession dans la guerre sous-marine.
Malgré les dénégations allemandes, il est prouvé que
le Tubantia a été torpillé par un submersible allemand.
Pendant le mois d'avril, les sous-marins austro-alle-
mands ont coulé g6 navires de commerce, jaugeant
225.000 tonnes.
Pendant le mois d'avril, la flotte aérienne française
a perdu 6 unités; 3i avions allemands ont été abattus.
La situation s'améliore en Irlande, mais la ville d'En-
niscorthy est encore au pouvoir des rebelles et il y a
des bandes dans le comté de Galway.
Le Gouvernement des Indes néerlandaises a institué
une enquête sur deux administrateurs allemands d'une
compagnie, soupçonnés d'avoir ourdi parmi les Arabes
un complot contre le Gouvernement hollandais.
Le Journal de Genève dénonce une brochure intitulée :
La Vérité, œuvre d'un prétendu Français nommé Ber-
tourieux, qui, répandue à des milliers d'exemplaires en
Suisse, est l'œuvre d'un Allemand ne sachant pas le
français. « La propagande allemande fait trop de fond
sur la naïveté des neutres ; elle se moque de nous. »
i
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 117
MAI
Lundi i"^" mai. — Cinquante obus sur Reims.
Progrès français au sud-est de Douaumont.
Les Italiens, après deux joui'S de combats, s'emparent
de quatre sommets à pbis de 3.ooo mètres de hauteur
dans la zone d'Adamello.
La plus grande partie des troupes bulgares de la
frontière roumaine auraient été transférées sur le front
macédonien.
L'Angleterre a acheté le stock de farine disponible
en Roumanie, ce qui prive de tout ravitaillement, pour
quatre mois, la Bulgarie et la Turquie.
Un vénizéliste a été nommé à Chios, h une énorme
majorité.
Progrès russes vers Diarbekir.
Gérard, après cinq jours passés chez l'Empereur,
rentre à Berlin.
Le prince de Bûlow aurait dit que l'Allemagne a
220 grands sous-marins, construits depuis le début de
la guerre.
On trouve dans la Mer Noire des mines de fabrica-
tion bulgare.
On dit à Rome que le dépôt d'hydroplanes autrichiens
au sud de Trieste a été détruit par des avions italiens.
Les rebelles se sont rendus. Les dégâts, à Dublin,
sont supérieurs à 5o millions. Sackville Street, la plus
belle rue, n'est plus qu'un monceau de ruines.
988 ouvriers annamites sont arrivés à Marseille.
Terrible explosion dans une usine de La Palice ; plus
de 100 morts, i5o blessés.
Des troubles graves se produisent à Berlin et à
Stuttgart. A Berlin, i5o magasins sont pillés. Lieb-
knecht est arrêté et livré k l'autorité militaire ; on a
trouvé sur lui des manifestes au peuple allemand
déclarant que la guerre était l'œuvre des agrariens,
118 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
de la grande industrie et de l'esprit d'oppression du
gouvernement.
Deux millions d'ouvriers se sont mis en grève aux
États-Unis.
Repinglon (Times) dit que les Allemands, sur le
front russe, n'ont que 1.200.000 hommes, soit environ
-700. 000 combattants; ce front « est un nouveau mur
de Chine derrière lequel il n'y a rien ».
« La lutte économique reprendra demain, d'autant plus
âpre que le peuple allemand devra réparer ses pertes. Si
nous n'y prenons pas garde, l'araignée tissera de nouveau
sa toile ; elle aura vite fait de prendre sa revanche et nous
nous réveillerons dans dix ans de nouveau asservis par le
peuple que nous aurons vaincu. » (Hauser, Les Méthodes
allemandes d'expansion économique, ouvrage commenté
dans le Journal de Genève de ce jour.)
Mardi 2 mai. — Vaines attaques allemandes k
l'est d'Ypres et au nord d'Albert. Les Allemands atta-
quent entre La Harazée et le Four-de-Paris et sont
repoussés après avoir pris pied dans nos tranchées.
On repêche 60 torpilles allemandes autour de
Corfou ; trois d'entre elles ont manqué de détruire le
paquebot Sidney (Messageries Maritimes).
Trentième raid de dirigeables sur l'Angleterre,
notamment sur le comté d'York. Les villes d'York et
de Deal ont souffert.
Asquith annonce au Parlement un projet de loi
établissant le service obligatoire de dix-huit à quarante
et un ans. Il dit que l'Empire a maintenant plus de
5 millions de soldats et de marins, sans compter les
troupes indiennes, mais qu'il faut pouvoir combler les
vides.
Le Président de la République et le roi d'Angleterre
échangent des télégrammes au sujet du tricentenaire
de la mort de Shakespeare. Poincaré parle de la « voix
qui nous rend familière l'âme éternelle d'un peuple
ami ».
Un nouveau contingent russe arrive à Marseille.
« Une confédération anti-allemande sera d'autant plus na-
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 119
turelle qu'à la suite d'une guerre aussi inexpiable une bri-
sure se sera produite dans la société morale des nations... Une
confédération, un cercle de fer^ et non pas pour un jour,
mais pour des années 1... Ainsi s'inaugurera l'organisation
internationale du monde. L'Allemagne aura frappe le coup
qui devait déterminer la cristallisation du mélange confus
des nations. L'organisation ne se fera pas comme elle l'espé-
rait : ce ne sera pas sous son hégémonie, ce sera contre
elle. » (M. Hauriou, doyen de la Faculté de Droit de Tou-
louse, dans le Figaro.)
Mercredi 3 mai. — L'artillerie française bombarde
les organisations de la Grande-Dune (Belgique).
Les Français prennent des positions allemandes au
nord-ouest du Mort-Homme.
Les Allemands sont repoussés à l'est de Saint-
Mihiel.
Soukhomlinov, ancien ministre de la Guerre russe, est
enfermé dans la forteresse de Pierre-et-Paul ; il est
accusé d'incurie et soupçonné de pis.
Gotinesco, ministre des Finances, estime k 120.000 le
nombre des bestiaux sortis en contrebande de Rou-
manie pour alimenter les Empires centraux.
25.000 Serbes sont arrivés à Corinthe par la voie
de mer.
Le maréchal Liman von Sanders arrive à Smyrne
pour organiser la défense de la côte asiatique.
La presse brésilienne proteste avec énergie contre
le torpillage du Rio-Branco et demande que l'Amé-
rique tout entière s'associe aux remontrances des
États-Unis.
Des avions autrichiens bombardent la caserne de
Ravenne.
Trois chefs de la rébellion irlandaise sont condamnés
par un conseil de guerre et fusillés.
La loi du service obligatoire est adoptée k mains
levées en première lecture.
Les États-Unis ont décidé d'accorder à l'Angleterre
l'extradition de Tribitch Lincoln, ancien membre du
Parlement anglais, réputé escroc et espion.
120 CHRONOLOGIE DE LA. GUERRE
Jeudi 4 mai. — Une division fraîche attaque
violemment au nord de la cote 3o4 (Verdun) et fait
quelques progrès. Les Français abandonnent un
ouvrage faisant saillie à l'ouest d'Avocourt.
Une attaque allemande sur Dubrovka, au nord-ouest
de Krochine, est repoussée par les Russes.
Dans la direction d'Erzindjan, les Turcs prennent
l'offensive avec de l'artillerie.
La note allemande en réponse aux États-Unis est
remise à 5^ [i.o.
Au large du Slesvig, un bateau de guerre anglais
détruit un dirigeable.
Un sous-marin français coule un torpilleur autrichien
dans l'Adriatique.
L'Espagne dément de nouveau que les sous-marins
allemands se ravitaillent dans les eaux espagnoles.
Des avions autrichiens bombai'dent Brindisi.
Nouveau débarquement de Russes à Marseille.
La loi anglaise sur le service obligatoire est adoptée
en seconde lecture (828 voix contre 38).
Vendredi 5 mai. — Progrès français près de Las-
signy (bois d'Orval) et en Argonne, à l'est de la route
de Binarville.
Après un très violent bombardement, la division alle-
mande de renfort a réussi à occuper une partie de nos
tranchées sur les pentes nord de la cote 3o4.
Progrès russes vers Erzindjan et Bitlis.
L'ambassade d'Autriche à Madrid déclare que le
navire-hôpital Portugal a été coulé par un sous-marin
autrichien.
Dans la séance secrète du Reichstag, Bethmann-
Holhyeg aurait dit que l'Allemagne a rédiqé sa réponse
aux États-Unis de manière à réserver sa linerté d'action
et à reprendre, au premier jour, ses concessions. Un
télégramme de Berne révèle ces propos k New-York
(le i4 naai) et y cause une vive irritation.
Journal de Genève : « Le brigandage auquel se livrent les
sous-marins n'est pas sans analogie avec celui qui illustra
jadis la bande à Bonnot de tragique mémoire. Dans l'un et
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 121
l'autre cas, il s'est agi de l'utilisation inédite d'une invention
mécanique récente. »
Au cours d'une bourrasque, une vingtaine de nos
ballons captifs ont rompu leurs amandes ; quelques
observateurs ont été tués, d'autres faits prisonniers.
Un dirigeable allemand survolant Salonique est
abattu par les canons des escadres.
Les journaux brésiliens disent que l'Allemagne se
considère comme en guerre avec le monde entier et que
le devoir de toutes les nations est de combattre le prus-
sianisme.
« L'Allemagne, ayant surpris par son agression trois puis-
sances qui n'étaient pas prêtes, avait cru un moment jouer
sur le velours. Elle commence à s'apercevoir que la partie
devient pénible à soutenir et que les atouts changent de
côté. » (Rousset.)
Lord Curzon dit à Caxton Hall : a J'entends discuter beau-
coup de choses dans le Cabinet, mais on n'y parle jamais de
la paix. Ce mot, pour le moment, a été supprimé de notre
vocabulaire. »
Samedi 6 mai. — Une attaque allemande est
repoussée au sud de Lihons.
Journal de Genève : « Le roi de Grèce s'acharne à la poli-
tique germanisante. Sa malheureuse patrie s'enfonce dans sa
situation fausse comme dans un marécage. »
Assimilant à des naufragés d'un navire de guerre
l'équipage du dirigeable L. 20, le Gouvernement nor-
végien le remet en liberté, comme il avait fait pour les
équipages des navires anglais Weimar et India.
On connaît la substance de la réponse de l'Allemagne
aux États-Unis :
1° L'Allemagne admet la possibilité que le Susseœ
ait été torpillé par un sous-marin allemand ;
2° Elle proteste qu'elle a donné des ordres à ses sous-
marins de se conformer toujours aux lois du droit des
gens ;
3° Elle ne renoncera pas à l'emploi des sous-marins
contre le commerce ennemi ;
4° Elle accuse l'Angleterre d'avoir étendu les effets
122 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
de la guerre aux non-combattants qu'elle cherche à
affamer ;
5° Le Gouvernement allemand a annoncé deux fois
qu'il était prêt à faire la paix sur une base qui sauve-
garderait les intérêts vitaux de l'Allemagne;
6° Il tient infiniment à ce que la paix soit maintenue
entre l'Allemagne et les Etats-Unis ;
7° Pour attester ce désir, il a donné ordre que les
navires marchands ne soient pas coulés sans avertisse-
ment ;
8° Mais il a confiance qu'en retour les Etats-Unis
se joindront à l'Allemagne pour rétablir la liberté des
mers et insisteront pour que l'Angleterre observe les
règles du droit international;
9° Faute de quoi l'Allemagne reprendrait sa liberté
complète de décision.
On fait remarquer que Wilson, dans sa note de juillet
igio, avait déjà refusé de suivre l'Allemagne sur le ter-
rain du marchandage.
« La réponse allemande à la mise en demeure digne et
ferme du président Wilson donne l'impression d'une lourde
compilation rédigée par un procureur... Il n'apparaît pas clai-
rement en quoi diffèrent les offres actuelles de l'Allemagne
des promesses faites au début de janvier par Bernstorff à
Lansing. » (Temps du 7.)
Chicago Herald : « Pendant qu'elle déclare qu'il est
impossible de l'affamer, l'Allemagne nous demande de
partir en guerre contre la Grande-Bretagne afin d'empêcher
que des femmes et des enfants allemands souffrent de la
faim. Affamer des femmes et des enfants, c'est exactement
ce qu'a fait l'Allemagne pendant le siège de Paris ; mais
alors les affamés n'étaient pas allemands. »
Sur la frontière tripolitaine, k 3o kilomètres au nord
de Sollum, les Italiens ont occupé le fort de Bardia.
Le Pape a adressé k Guillaume II et k Wilson des
télégrammes les exhortant k la conciliation.
Dimanche 7 22231'. — Très forte attaque allemande
entre la cote 3o4 et le Mort-Homme, repoussée partout
excepté sur un point à l'est de la cote oo4. Sur la rive
droite de la Meuse, attaque sur les tranchées entre le
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 123
bois d'Haudromont et le fort de Douaumont; à l'ouest,
les Allemands prennent 5oo mètres d'éléments avancés;
leurs attaques sont brisées au centre et à l'est.
Le prince de Galles arrive au quartier général ita-
lien,
■ Lutte d'artillerie sur le Vardar.
On signale un mouvement insurrectionnel en Alba-
nie contre les Bulgares.
Venizelos est élu à Mitylène (presque à l'unanimité).
Progrès russes vers Erzindjan.
Le Breslau bombarde Eupatoria.
Entre le 7 mars 1916 et le 7 mars 191 6, 87 navires
anglais non armés et 22 neutres ont été torpillés sans
avertissement.
5o journaux notables, aux Etats-Unis, désapprouvent
la réponse allemande ; 28 l'approuvent. Le Journal de
Genève dit que l'Allemagne offre un œuf pour un bœuf.
Whitney Warren écrit dans le Petit Journal : « Le
peuple américain ne veut pas la guerre, mais il ne veut
pas non plus être jeté dans la lutte à coups de pied
dans l'échiné. »
A la Sorbonne, réunion de la Ligue nationale contre
l'alcool. Marie Vérone menace les parlementaires de la
colère des femmes s'ils ne font pas droit a leurs requêtes
angoissées. Ce sont eux qui ont amené les femmes
françaises à regretter qu'il n'y ait pas en France, fût-ce
pendant vingt-quatre heures, un tsar assez puissant
pour supprimer le privilège dont la race se meurt.
Lundi 8 mai. — Succès de contre-attaques fran-
çaises au nord-ouest de la ferme de Thiaumont. Les
Allemands sont chassés du boyau qu'ils avaient occupé
à l'est de la cote 3o4. Bombardement intense de nos
lignes entre Douaumont et Vaux, ainsi que dans les
secteurs d'Eix et de Châtillon-en-Woëvre.
Les troupes australiennes et néo-zélandaises, qui ont
quitté l'Egypte en mars, ont été passées en revue k Mar-
seille ; elles vont occuper une partie du front français.
Les Allemands paraissent avoir dégarni le front russe
et se bornent à d'intenses canonnades.
124 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Beaucoup de déserteurs bulgares se rendent aux
Alliés.
L'agence Wolf lance un télégramme pour préciser la
réponse allemande et affirmer que les concessions faites
aux Etats-Unis sont applicables sans délai.
« Guillaume II ne veut pas se brouiller avec le président
Wilson. Il espère toujours pouvoir invoquer sa médiation et
c'est pour tenter les plus nobles ambitions du Président
américain que la note allemande mentionne les désirs paci-
fiques de l'Allemagne. » (Temps du g.)
Dans une grande réunion tenue à Boston, le juris-
consulte Beck a dit que le crime du Lusitania n'a pas
été vengé, qu'il fallait que la tombe de ces victimes
innocentes devînt aussi celle de la dynastie des Hohen-
zollern.
Bombes d'avions ennemis sur Port-Saïd.
Viviani et Albert Tbomas sont reçus par le Tsar à Tsar-
koié-Sélo.
L'Allemagne convoque la classe 1919.
Arrivé à Berlin, Bùlow a été mandé aussitôt au quar-
tier général.
Les nouvelles de Hollande insistent sur la disette qui
s'aggrave en Allemagne.
Kigali, chef-lieu de la province allemande de Buanda,
et l'île de Kivijivi ont été occupés par les Belges.
Colonel Rousset {Liberté) : « Il est surprenant que cette
guerre, alors qu'elle a mis sur pied environ 28 millions
d'hommes et a pour théâtre presque toute l'Europe et un
coin de l'Asie, en vienne à se localiser sur un espace de
20 kilomètres... Pour la quatrième fois, l'ennemi entame une
grande ofTensive, avec des moyens sans cesse augmentés. Il
est considérablement renforcé, parce que rien ne l'empêche
de l'être. » Bien des gens font les mêmes réflexions, en
moins bons termes.
Mardi 9 mai. — Le bombardement se ralentit dans
la région de Verdun. Escarmouches dans le bois d'Avo-
court et au sud du fort de Douaumont.
Les Busses repoussent une forte offensive turcjue
vers Erzindjan ; ils occupent Kasrischiriu, à 160 kilo-
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 125
mètres de Bagdad, et y prennent une quantité de muni-
tions et de vivres.
L'ambassadeur de Turquie à Berlin dit à la Gazette
de Munich que la Turquie va entreprendre une grande
attaque contre Suez.
^ Wilson répond brièvement k la note allemande. Les
États-Unis comptent que l'Allemagne observera désor-
meds le droit des gens dans la guerre sous-marine ; ils
repoussent la sugcfestion allemande qui tendrait à faire
dépendre le maintien de la promesse de Berlin du résul-
tat des négociations entre les États-Unis et une autre
puissance.
Un sous-marin français coule un transport autrichien
dans l'Adriatique.
Un avion ennemi, venu de Budrun, bombarde Rho-
des; des avions français, en retour, bombardent Budrun.
On dit à Copenhague qu'une explosion k Altona a
détruit une usine et 72 avions.
Un médecin français publie dans le Temps des ren-
seignements précis sur la condition effroyable des
prisonniers russes en Allemagne ; on les laisse littérale-
ment mourir de faim.
Mercredi 10 mai. — Une attaque allemande sur
la cote 287 est repoussée.
Le Bulletin des Armées publie l'historique de la
bataille de Verdun, du 20 mars au 9 avril (Liberté,
II mai).
Les Italiens enlèvent une ligne de tranchées et des
redoutes sur le mont Cucla.
Forte offensive allemande dans le secteur de Jacob-
sladt (Courlande).
Des renforts allemands arrivent sur le front du Cau-
case. Les Turcs organisent fortement Khanikin, à
l'entrée de la vallée du Tigre.
L'article de la Gazette de Cologne sur la réponse de
Wilson est intitulé : « L'Amérique cède. »
Les Italiens occupent Marsa-Moresa et Porto-Bardia
en Cyrénaïque, centres de ravitaillement pour sous-
marins allemands.
126 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Delbriick, secrétaire d'État à l'Intérieur, se retire,
soi-disant pour cause de santé, en réalité à cause de la
crise des subsistances qu'il n'a pu surmonter.
Le ministre australien Hughes, à Queen's Hall,
s'élève contre la politique anglaise du laisser-faire et
de la porte ouverte : « Sur l'autel de la nourriture à
bon marché, nous avons fait un perpétuel sacrifice de
notre force et de notre indépendance. »
Le Gouvernement américain enjoint à ses nationaux
de quitter Mexico et refuse une fois de plus à Garranza
de retirer ses troupes, de nouveaux raids s'étant pro-
duits k la frontière.
Jeudi 11 mai. — Progrès allemands vers Hulluch.
Deux attaques de nuit sur les pentes ouest du Mort-
Homme (positions prises le lo) sont repoussées. Bom-
bardement intense de la région d'Avocourt et du bois
de La Caillette.
Une note officieuse dément le récit tendancieux fait
récemment dans un journal, suivant lequel le haut
commandement avait donné l'ordre d'évacuer la rive
gauche de la Meuse au début de la bataille de Verdun.
On annonce une forte offensive autrichienne à l'ouest
du Trentin, vers Brescia et Milan.
Les Autrichiens se préparent, dit-on, à attaquer
Valona. Escarmouches au nord de cette ville, sur la
Vojuca.
Kistitch dit, à Rome, que la moitié de la population
serbe a disparu dans la catastrophe. Les bibliothèques
serbes ont été transférées à Sofia.
On assure que le commandant du sous-marin qui
torpilla le Sassex vient de recevoir la croix pour le
mérite.
« Pour accepter la réponse allemande à son presque ulti-
matum, il a fallu que le président Wilson lui fît dire ce
qu'elle ne dit pas et tînt pour non existant un des passages
essentiels de ce document. » (Journal de Genève.)
Les avions français bombardent les camps bulgares
de Guevgeli.
Du 9 au II, dans l'Afrique Orientale allemande, des
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 127
attaques sur Koudoa-Nangi sont repoussées par les
Anglais.
Le Reichstag a refusé de demander la mise en
liberté de Liebknecht (229 voix contre m).
L'Allemagne crée un office central de l'alimentation.
Grand incendie aux docks de Hambourg.
Séance orageuse à la Chambre des Communes à
propos des affaires d'Irlande. Les perles civiles et mili-
taires se sont élevées à i.3i5 personnes, dont 3o4 tués.
On a exécuté i4 rebelles. Asquith a fait savoir qu'il
allait partir pour l'Irlande.
« L'examen de tous les communiqués donne Timpression
que les combattants des autres fronts ont leurs pensées
dirigées sur la formidable bataille qui se livre au nord de
Verdun, au point d'oublier les adversaires qu'ils ont devant
eux. » (Temps.)
Vendredi 12 mai. — Les Belges repoussent une
attaque sur l'Yser.
Les Anglais perdent 5oo mètres de tranchées devant
Vermelles et en regagnent une partie.
Progrès français au sud-est de Haucourt; des atta-
ques allemandes sont repoussées au sud-est du fort de
Douaumont et au nord de la ferme de Thiaumont.
Lutte très vive au nord de la gare de Selburg, au
nord-ouest de Jacobstadt (Courlande).
Le Temps (du i3) donne des détails précis sur l'ex-
ploitation de la Pologne par l'Allemagne : « Les
territoires occupés ne sont plus seulement un gage : ils
sont un expédient... Après les grandes allures du
conquérant, voici celles du cambrioleur. »
Le candidat vénizéliste a obtenu une majorité écra-
sante à Drama, fief de Gounaris.
Les Russes prennent un massif fortifié vers Erzin-
djan (4oo prisonniers).
Lansing a déclaré que la teneur de la note allemande
rendait impossible aux États-Unis toute tentative
auprès de 1 Angleterre concernant le blocus. Il assure
cju'il va demander à l'Allemagne quelle punition a été
infligée au commandant du sous-marin qui torpilla le
128 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Sussex, et à l'Autriche comment ont été punis les com-
mandants qui torpillèrent VAncona et VArabic.
Un dirigeable de la marine française a pris feu en
Provence et est tombé en mer en vue des côtes de Sar-
daigne ; l'équipage a péri.
Les Allemands inondent le Portugal de proclama-
tions destinées k provoquer des refus d'obéissance dans
l'armée et la marme.
On prétend k Londres (Journal de Genève du i4)
que Guillaume II aurait manifesté à l'ambassadeur des
lîtats-Unis son désir de conclure une paix immédiate :
l'Allemagne serait prête à évacuer et k indemniser la
Belgique, k rétablir l'indépendance de la Serbie et du
Monténégro, à condition que les puissances consentent
à la création d'un vaste royaume indépendant de Polo-
gne (invraisemblable).
On dit k Rome que Bûlow, pendant son séjour à
Lucerne, a eu de fréquents rapports avec les Jésuites
allemands du couvent de Dissentis, ayant pour but de
concerter avec le Pape une démarche en mveur de la
paix (Journal de Genève, 20 mai).
Samedi 13 mai. — Des attaques allemandes sont
repoussées k l'ouest de la cote 3o4 et au nord-est du
Mort-Homme.
Une brigade allemande est détruite dans une atta-
que sur le village d'Iépoukna (région de Dvinsk).
L'artillerie allemande bombarde Mayadag, sur le
front de Macédoine ; il y a /jo victimes ofrecques.
On dit à Athènes que le prince Boris a été nommé
chef du parti russophile en Bulgarie, afin de pouvoir
devenir, au besoin, le souverain de la Bulgarie repen-
tante.
Le Conseil des ministres roumains a décidé que
l'exportation de blé et de maïs ne pourrait excéder
60 '/o des stocks existant en Roumanie.
Une vive offensive turque vers Aschkala, dans la ré-
gion d'Erzindjan, oblige les Russes à céder du terrain.
Vers Mossoul, les Russes occupent la région de
Revandouz et y font un grand butin.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 129
Un dirigeable allemand so pei'd sur la côto de Nor-
veqe.
Ôbi
us d'avions français sur le hangar de dirigeables
de Metz-Frescaty et sur la région de Montfaucon,
Troubles graves à Mannheim, causés par la disette ;
pillage de boucheries et de maisons privées. La police
Fait maintenant partout des enquêtes à domicile pour
découvrir des stocks cachés ; on dénonce des familles
à Francfort qui possèdent loo livres de sucre,
200.000 personnes ont manifesté à New-York en
faveur de l'accroissement de l'armée et de la marine.
Les commissions militaires de la Chambre et du Sénat
se sont mises d'accord pour porter l'armée à 200.000
hommes, plus 425. 000 miliciens.
Roosevelt pose sa candidature à la présidence.
On s'est assuré qu'il existe un plan pour la mobili-
sation des Germano-Américains au Mexique.
Six puissances de l'Amérique méridionale et centrale
ont offert leur appui aux États-Unis pour le rétablisse-
ment de l'ordre au Mexique.
Bergerat {Information du i4) rappelle ces mots d'Henri
Heine : « C'est une déplorable chose que la noblesse alle-
mande. Toutes les constitutions, y compris la meilleure, ne
peuvent nous être d'aucune utilité tant que cette noblesse ne
sera pas arrachée jusqu'à la dernière racine. » Il ajoute :
.« Le dernier mot de rAllemagne n'est pas dit. Le peuple y
est en servage, la noblesse en démence, le clergé en terreur :
reste la bourgeoisie, qui ronqe son frein. Elle parlera après
la guerre. Chez nous, elle a fait la Révolution. »
Dimanche 14 mai. — On dit que des troupes alle-
mandes se massent devant Ypres et que la Garde est
entre la Somme et l'Oise.
Des coups de main français réussissent à Vermando-
villers (sua de la Somme) et en Champagne (ouest du
Mont Têtu).
Accalmie à Verdun, mais bombardement continuel
du bois d'Avocourt et de la cote 3o4.
Lutte d'artillerie sur le front de Macédoine.
Les Bulgares, dépouillés par les Allemands, sont
114. CHRONOLOGIE DE LA CiUEKRE 9
130 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
obligés de rationner les vivres. On dit qu'une émeute
militaire a été réprimée à Philippopoli.
Les scellés mis sur les portes du consulat grec à
Uskub ayant été brisés, le Gouvernement grec envoie
une protestation à Sofia.
L'État-major grec, se disant diffamé par le Keryx
(de Venizelos), a porté plainte au procureur général.
Take Jonesco recommence une vive propagande en
faveur de l'intervention de la Roumanie.
L'Allemagne exprime ses regrets à l'Espagne pour le
torpillage du Sussex et la mort du musicien Granados;
elle offre une indemnité.
Les avions français lancent 4oo bombes sur le camp
germano-bulgare de Xanthi.
Viviani et Albert Thomas sont reçus à Moscou.
La Commission du budget du Reichstag émet un vote
contre la censure.
Berlin est au régime de 260 grammes de viande par
personne. A Munich, la plupart des boucheries sont
fermées. Le bétail fait défaut partout.
La pénurie des vivres s'accentue à Vienne.
Le Gouvernement belge publie un Livre Gris, en
réponse au Livre Blanc allemand du 10 mars 1916. a II
constitue le plus formidable acte d'accusation dressé
jusqu'ici contre l'Allemagne. » {Temps du i5.)
P. Souday écrit au Temps : « L'idée d'une activité intel-
lectuelle exclusivement nationale, hermétiquement close et
imperméable, si elle se répandait chez tous les peuples, se
retournerait contre nous. Ce nationalisme aveugle et outre-
cuidant a été une des tares de la nouvelle Allemagne. Gar-
dons-nous de l'imiter en ce point ! Ne permettons pas à la
barbare agression d'altérer nos principes de vie ni notre
développement normal : voilà qui serait dégradant. »
Le Président de la République prononce un impor-
tant discours à Nancy. Il dit entre autres :
« Ni directement ni indirectement, nos ennemis ne nous
ont offert la paix. Mais nous ne voulons pas qu'ils nous
l'offrent : nous voulons qu'ils nous la demandent ; nous ne
voulons pas subir leurs conditions : nous voulons leur
imposer les nôtres ; nous ne voulons pas une paix qui
laisserait l'Allemagne impériale maîtresse de recommencer
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 131
la guerre et qui suspendrait sur l'Europe une menace éter-
nelle : nous voulons une paix qui reçoive du droit restauré
de sérieuses garanties d'équilibre et de stabilité.
« Tant que cette paix-là ne nous sera point assurée, tant
que nos ennemis ne se reconnaîtront pas vaincus, nous ne
cesserons pas de combattre. »
A la suite d'une tentative d'insurrection (3 mai), le
roi d'Anna ni est déclaré déchu et la France lui donne
un successeur.
Lundi 15 mai. — Sur les hauteurs de Vimy, les
Anglais occupent 25o mètres de la ligne allemande
avancée.
Westminster Gazette : « La physionomie de la guerre
s'est modiflée du fait du succès de la défense de Verdun.
Après onze semaines de combats, les Allemands sont aussi
peu avancés qu'après les trois premiers jours. Nous regret-
tons que les circonstances nous aient obligés à rester spec-
tateurs passifs de ce conflit. »
Feyler estime que jusqu'à cette date les Allemands
ont perdu Soo.ooo hommes devant Verdun.
Violente attaque autrichienne dans le Trentin ; les
Italiens perdent quelques positions.
Des soldats italiens ont pénétré dans Rovereto, mais
n'y sont pas restés.
La Suède s'agite au sujet des travaux que font les
Russes dans les îles d'Aland. Une interpellation est
déposée au Parlement.
Le député Tsoukalas, dans VAletheîa, attaque vio-
lemment le chef d'état-major grec Dousmanis, qu'il ac-
cuse de diriger les affaires de la Grèce en dictateur.
Avions autrichiens sur Venise et sur Mestre ; une
maison est détruite à Venise.
Avions anglais sur Porto-Lagos, base de sous-marins
allemands.
Asquith déclare à une délégation de la Douma que
l'Angleterre et la Russie sont pleinement d'accord sur
leur politique orientale, tant en Turquie qu'en Perse.
Grey, parlant au correspondant du Chicago Daily
News, dit que l'Entente ne peut accepter aucune paix
qui ne réparerait pas les torts causés par la guerre,
132 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
mais que jamais la Grande-Bretagne n'a voulu détruire
l'unité allemande. La présente guerre a pour but d'af-
franchir le monde du spectre de la guerre et de celui
de la paix dans les fers de la Prusse.
W. Loubat écrit dans le Temps (du i6) : « Les lois de la
guerre ue semblent pouvoir triompher que par la garantie
réciproque des Puissances dont elles sont la sauvegarde. Il
faut que les nations sans honneur sachent que le mépris de
leurs engagements aura pour elles des conséquences terribles.
Ce n'est pas seulement de la flétrissure de l'histoire et de
l'opinion qu'il faut les menacer, mais du châtiment suprême
dont disposent les nations. »
P. Seippel {Journal de Genève) montre que le parti
clérical et les jésuites des pays neutres ont été parmi
les apologistes les plus audacieux de l'agression des
Empires centraux. « Là où il n'y a pas à tenir compte
d'un courant d'opinion national, les influences catho-
liques s'exercent partout au profit des puissances cen-
trales. »
Dillon, dans la Fortnightly Review, publie un article
plein d'erreurs que relève Land and Water (i8 mai),
article qui semble avoir pour but de troubler la
confiance des Anglais dans leurs forces grandissantes en
exagérant celles de l'ennemi.
Suivant Repington {Times), les Allemands ont 119 di-
visions à l'ouest, 49 à. l'est, 2-3 au sud du Danube. Les
Autrichiens ont 42 divisions sur le front russe et 3o sur
le front italien, plus 4 ailleurs. Les Turcs ont 62 divi-
sions, les Bulgares une douzaine. Les Alliés ont donc
devant eux 3ii divisions; ils en possèdent eux-mêmes
beaucoup plus.
Mardi 16 mai. — Une tentative allemande sur le
Mort-Homme a été repoussée. Le duel d'artillerie
continue.
L'offensive autrichienne devient plus Intense dans le
Trentin.
Enver se serait adressé directement à Guillaume II
pour obtenir des secours contre les Russes.
Le roi de Grèce, recevant le colonel Vassitch, dit
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 133
qu'il n'a jamais cessé de considérer la Serbie comme
une alliée.
Deux navires de guerre anglais endommagent des
destroyers allemaudssur la côte belge.
Le vapeur hollandais Batavia V coule au large des
côtes orientales de l'Angleterre ; plusieurs Américains
périssent. On attribue la catastrophe à une mine flot-
tante.
Dans la nuit du 1G-17 mai, les avions français bom-
bardent Ars, Metz-Frescaty et Arnaville.
On annonce que la maison Krupp fonde une nouvelle
usine près de Munich.
Le New-York World dit que la lutte est désormais
entre l'estomac allemand et l'étreinte anglaise.
On fait observer qu'en 191 3, sur une importation
totale de 10 milliards 767 millions de marks, l'Alle-
magne recevait près de 3o °L de matières alimentaires
et de bétail. Les pays avec lesquels elle est en guerre
lui fournissaient plus des trois quarts de ces importa-
tions.
« Il y aurait quelque chose de barbare à se féliciter de voir
une partie de l'humanité soulTrir de la faim si l'on ne se rap-
pelait le siège de Paris, si l'on n'avait sous les yeux les
pages où Bernhardi se promet d'affamer l'Angleterre. »
{Information.)
La Gazette de Cologne s'élève contre les déclarations
de Grey. Si l'Allemagne n'a pas voulu une conférence
sur la querelle austro-serbe, c'est qu'elle était sûre
d'être majorisée comme à Algésiras; alors Grey aurait
atteint pacifiquement le but que l'Angleterre est
impuissante à atteindre par la guerre. Grey ment
quand il dit qu'il n'y avait pas de coalition contre l'Al-
lemagne avant la guerre, ou bien il oublie l'activité
d'Edouard VIL En ce qui concerne le militarisme prus-
sien, la Gazette dit que ce qui a fait faillite dans cette
guerre, ce n'est pas le militarisme, mais la démocratie.
La loi anglaise sur le service obligatoire a été adop-
tée en troisième lecture aux Communes (35 voix
contre).
Le ministre des Affaires étrangères de Suède fait
134 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
au Riksdag des déclarations pacifiques sur la question
des îles dAland, dont les fortifications ne sont que
temporaires; Branting; le leader socialiste, en prend
acte.
Grand banquet à Petrograd pour célébrer le vingt-
cinquième anniversaire de 1 alliance franco-russe ;
Rodzianko, Paléologue et Sazonov prennent la parole ;
Chaléapine chante la Marseillaise.
« Alceste » écrit dans la Presse : « Les Allemands savent
que ceux qui les combattent ne sont pas des peuples de
proie recherchant les conquêtes et la domination ; ils savent
donc ce qu'ils ont à faire pour obtenir cette paix qu'ils se
flattent d'avoir, et par deux fois, prqj)osée au monde. Quand
ils le voudront ou quand ils y seront amenés, la chose ne
traînera pas. On le leur a dit en France et en Angleterre ; il
ne tient qu'à eux de l'aller dire à Rome ou à Madrid ou à
Washington. »
Mercredi 17 mai. — Les Allemands ont vaine-
ment attaqué le bois d'Avocourt ; les Français ont pris
un fortin sur la pente nord de la cote 3o4.
On annonce l'arrivée de deux nouvelles divisions
allemandes dans la région de la cote 3o4-
L'offensive autrichienne a gagné tout le front entre
la vallée de l'Adige et le val Sugana. Les Autrichiens
attaquent avec 25o.ooo hommes et une formidable
artillerie.
Un violent tremblement de terre endommage près
de i.ooo maisons à Rimini.
Nombreux combats sur le Vardar.
On dit à Francfort que le Gouvernement roumain a
fait de grosses commandes de drap aux fabriques
japonaises de Vladivostok.
Journal de Genève : « C'est à la flotte russe que les Alliés
doivent la conservation du front oriental. Un critique mili-
taire anglais a dit qu'il y a eu deux tournants dans cette
guerre : la Marne et le golfe de Riga. Paris fut sauvé sur la
Marne et la lutte pour Petrograd se régla dans les eaux du
golfe de Riga. »
Intense activité aérienne : 36 combats sur le front
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 135
français, 27 sur le front anglais; 9 appareils allemands
ont été détruits.
Lord Curzon est nommé président du Comité aérien
anglais (Air board). Tennant, questionné au Parle-
ment, dit que les Anglais ont deux types d'avions plus
rapides que les avions allemands.
Seul des journaux allemands, le Vorwàrts trouve
de l'intérêt aux déclarations de Grey; les conditions
3u'il indique ne doivent pas être repoussées avec
édain.
On annonce que l'Allemagne mobilise le plus pos-
sible d'ouvriers pour les remplacer par des réformés et
des femmes.
Deux cuisines de Charlottenburg, contenant chacune
une réserve de 3oo livres de purée de pois pour les
pauvres, sont prises d'assaut par une foule de 4-ooo
personnes.
Les exécuteurs testamentaires de Cecil Rhodes ont
demandé au Parlement anglais l'annulation du codicille
Sar lequel Rhodes accordait k des étudiants allemands
es bourses k l'Université d'Oxford; ces bourses seront
attribuées à des Anglais {New-York Herald, 18 mai).
« Si l'Angleterre eût vu clair et parlé plus tôt, l'Alle-
magne se fût peut-être arrêtée. Mais le souci de la mesure,
la crainte d'être entraîné retiennent le Gouvernement, et
huit jours durant, il réserve son sentiment et dose ses décla-
rations. » (Temps, à propos du livre de Chevrillon, L'Angle-
terre et la guerre.')
« L'Allemagne et l'Autriche -Hongrie constituent un
immense camp retranché, dont presque toutes les commu-
nications sont gardées par les Alliés. Les résultats du blocug
sont encourageants. L'énervement des assiégés, leur afîai-
bHssement moral et matériel indiqueront le moment de
l'assaut. » (Temps.)
Jeudi 18 mai. — Deux divisions allemandes
fraîches attaquent d'Avocourt à la cote 3o4 et saisissent
un petit ouvrage au sud de la cote 287. Les autres
assauts sont repoussés.
On dit a Petrograd que toutes les réserves alle-
mandes sont sur le front occidental.
136 CHRONOLOGIE DE LA. GUERRE
La lutte continue avec violence dans le Trentin ; les
Italiens se replient entre Rovereto elle lac de Garde.
On s'inquiète, à Pctrograd, des accords commerciaux
conclus par la Roumanie avec les Puissances centrales.
Les Puissances de l'Entente se renseignent k Bucharest
sur la nature des engagements conclus.
Les sous-marins anglo-russes coulent quatre navires
allemands en Baltique.
Les avions allemands bombardent Gérardmer, le
camp de Mailly et les camps franco-anglais de Salo-
nique.
Le sous-lieutenant Navarre a abattu son dixième
avion allemand.
Des avions anglais bombardent El Arish.
Grey, aux Communes, nie que le Pape ait fait des
démarches pour la paix, mais confirme que Sa Sain-
teté a fait des représentations à l'Allemagne au sujet de
la guerre sous-marine.
La prétention, émise par Jagow, que le blocus,
mesure de représailles contre la guerre sous-marine
(chronologiquement-inexact), doive cesser avec elle, est
traitée de peu sérieuse par la presse de l'Entente. Le
blocus n'est pas contraire au droit des gens, comme le
sont la piraterie et l'assassinat des non-combattants
(Voir Herbette dans l'Echo de Paris du i8).
Pour contenter les États-Unis, Bernstorfî publie un
appel aux Allemands de ce paj^s, leur enjoignant de
respecter les lois américaines. Il croit ainsi rejeter la
responsabilité des attentats que ses auxiliaires ont
perpétrés.
Ribot dépose un projet qui augmente les impôts de
900 millions. Les dépenses militaires, du i"^août 1 914 au
3o septembre 1916, sont évaluées à 38 milliards 5oo mil-
lions, les dépenses totales à 54 milliards 5oo millions,
dont près de 4 milliards pour le service de la dette. La
moyenne mensuelle des dépenses a passé de i milliard
4oo millions à 2 milliards 610 millions.
Contrairement à un jugement de la Cour d'appel de
Paris (20 avril), le président du tribunal de la Seine
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 137
rend une ordonnance qui interdit aux étrangers des
pays ennemis d'ester en justice {Temps, lo mai).
P. Souday, répondant à un article de Boutroux dans la
Revue des Deux Mondes^ essaie de montrer qu'il n'y a de
« germes de pangermanisme », ni dans Goethe, ni dans
Kant {Temps du 19).
La New-York Nation regrette que la diplomatie alle-
mande, par ses mensonges continuels (avions sur Nurem-
berg, violation de la neutralité belge par les Français et les
Belges, démentis relatifs au Lusi/aru'a, à l'Arabie, au
Sussex), ajoute gravement au discrédit moral dont la
guerre l'a déjà afÙigé. « La réponse allemande relative au
Sussex était faible; pourtant, elle n'aurait pas été écartée
aussi sommairement si la réputation de véracité du Gouver-
nement allemand n'avait été compromise depuis longtemps
et sans espoir de retour. » (P. 533.)
Vendredi 19 mai. — Sur le front de Champagne,
les Allemands émettent des gaz vers le Souplet ; leur
attaque est arrêtée par notre tir.
Les Russes ont occupé Sakkis (Kurdistan perse), à
120 kilomètres sud-sud-est du lac d'Ourmiah ; ils
s'approchent ainsi de la vallée du Petit Zab, qui
conduit à la plaine du Tigre.
Bombes d avions allemands sur Dunkerque et Ber-
gues.
Navarre abat son onzième avion, Nungesser son cin-
quième.
Hydravions allemands sur la-côte de Kent (87 bombes);
un des appareils allemands est abattu par une patrouille
navale.
On annonce que Wendel, député au Reichstag, a
publié sous les auspices du Vorwàrts une brochure
sur l'Alsace-Lorraine, où le parti socialiste s'élève
contre tout projet de restitution de ce pays à la France.
Samedi 20 mai. — Trente-cinq obus sur Reims.
Les Allemands ont attaqué le Mort-Homme au nord,
à l'est et à l'ouest; à l'ouest et au nord, ils ont occupé
quelques tranchées, mais ont dû reculer, décimés par
notre feu.
138 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
En Lorraine, les Allemands pénètrent dans une
tranchée k l'ouest de Chazelles et en sont chassés.
Rousset {Liberté) : « Revenus, comme les Allemands
eux-mêmes, à leur plan d'opérations d'avant-querre, les
Autrichiens essaient de pénétrer dans la plaine de Vicence,
afin de menacer à revers les troupes engagées dans le Carso
et sur risonzo. »
Une explosion, probablement criminelle, détruit la
pyrotechnie de Bucharest.
En Mésopotamie, des cosaques russes rejoignent, à
la suite d'un raid audacieux, le général Gorringe,
toujours arrêté devant Samayat.
Des représentants du Conseil de l'Empire et de la
Douma arrivent à Paris.
A 2 heures du matin, la loi sur l'avance de
l'heure (pour économiser l'éclairage) entre en vigueur
en Angleterre et en Norvège. La Hollande et 1 Alle-
magne ont pris cette mesure le i^^ mai, le Danemark et
la Suède le i5.
Chuquet {Revue critique, p. 336) signale ces lignes
d'Agénor de Gasparin (1871) : « La chimie, se mettant en
campagne, nous trouvera bien quelque bombe asphyxiante,
quelque façon merveilleuse de détruire un corps d'armée à
distance, sans qu'on ait même la peine de se battre. »
Dimanche 21 mai. — Les Allemands reprennent
aux Anglais l'extrémité nord de la crête de Vimy sur
i.5oo mètres de long.
Nous enlevons deux tranchées allemandes sur la
route d'Esnes à Haucourt et bouleversons complète-
ment le petit ouvrage au sud de la cote 287, occupé
le 18 par les Allemands. Des attaques violentes à l'est
de la cote 3o4 et à l'ouest du Mort-Homme sont repous-
sées. Sur la rive droite de la Meuse, nous enlevons les
carrières d'Haudiomont.
L'offensive autrichienne, dirigée par le prince héri-
tier Charles-François-Joseph, continue sur un front de
3o kilomètres. On dit qu'il y a des officiers allemands
parmi les prisonniers.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 139
Les Russes ont pris Serdocht (Kurdistan perse), dans
la direction de Mossoul.
Une division autrichienne est à Bagdad, où l'on
attend 4-ooo Allemands. C'est Bronsart von Schellen-
dorf qui commande les Turcs en Arménie et en Méso-
potamie, où leurs forces s'élèveraient à 520.ooo hommes.
La côte asiatique est sous les ordres de Liman von
Sanders (180.000 hommes). Les 35. 000 hommes de
Thrace sont commandés par le général autrichien von
Trommer; les 70.000 hommes de Syrie par Dj'emal. Au
total, sur le papier, 860.000 hommes (Tem/^s du 28).
La Norvège demande des explications à l'Allemagne
au sujet de trois navires torpillés.
Cent bombes d'avions sur Dunkerque ; bombes
d'avions alliés sur Zeebruggo. Des avions ennemis ont
lancé 16 bombes sur le quartier arabe de Port-Saïd
.(Egypte).
Batocki est nommé, en Allemagne, « dictateur de l'ali-
mentation ».
Le Comité central du parti national-libéral allemand
vote en faveur de la guerre à outrance et d'importantes
I annexions ; il réclame la reprise de la guerre sous-ma-
rine sans égard pour qui que ce soit.
Le président Poincaré remet la croix de guerre à la
reine des Belges.
Freycinet, parlant de Gambetta aux Jardies, s'exprime
; ainsi : « Il voulait que l'agression nous trouvât calmes et
forts. Les temps sont révolus : l'agression est venue, plus
brutale, plus inique, plus inhumaine qu'il ne l'avait sans
doute prévue. Pénétrés de ses leçons, opposons à l'envahis-
seur une invincible constance. Déjà son élan fléchit. A travers
le fracas des armes apparaissent les signes de lassitude. Le
règne du droit s'approche. A la France l'honneur d'avoir
combattu au premier rang pour en assurer le triomphe ! »
Lundi 22 mai. — En Champagne, vers Saint-Sou-
jtlot, les Allemands émettent des gaz qui se retournent
contre eux.
Offensive française devant Verdun. Les Allemands,
au sud de la cote 287, ont évacué le petit ouvrage qu'ils
tenaient depuis le 18. Attaquant depuis Thiaumont
140 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
jusqu'à l'est du fort de Douaumont, les Français
reprennent le sud de ce fort. Sur les Hauts de Meuse,
au bois Bouchot, un coup de main nous met en posses-
sion de 3oo mètres de tranchées.
Les Italiens ont encore cédé un peu de terrain entre
l'Astico et le Val Sugana. L'artillerie italienne fait
exploser des dépôts de munitions à Rovereto ; la ville
est en flammes.
Les Russes repoussent les Allemands au delà de la
rivière Veseluhu, affluent du Pripet.
A Athènes, le ministre Rhallys prononce un discours
agressif contre les Alliés.
On affirme à Londres que les Allemands ont approuvé
le massacre des Arméniens à Trébizonde et que des
jeunes filles arméniennes ont été cédées par les Turcs
aux Allemands {Temps du 28).
Les Elats allemands du Sud réclament contre la dic-
tature alimentaire qui a pour but de les spolier au
profit de la Prusse.
La Chambre des Lords adopte la loi du service obli-
gatoire.
Le Temps regrette ces mots de Wilson dans une
entrevue : « Si le reste du monde est fou, pourquoi ne
pas refuser d'avoir rien à faire avec le reste du monde? »
C'est ce que P. Hyacinthe Lojson a appelé « la neutra-
lité devant le crime ».
P. Deschanel dit aux délégués russes : « L'Allemagne
s'est Irompce sur vous comme sur nous. Elle a cru que la
guerre déchaînerait en Russie une révolution. Oui, ce fut
une révolution, en effet, mais une révolution pacifique et
bienfaisante, un renouveau moral, patriotique, militaire,
industriel. »
Dubost, président du Sénat : « En succombant sous le
poids de ses fautes criminelles, l'ennemi aura le spectacle le
plus cruel pour lui, celui de nous avoir ouvert à nous-mêmes
et révélé les profondeurs puissantes de nos âmes nationales,
de nous avoir appris que la fraternité et l'idéalisme slaves,
l'ardeur démocr.itique française, le génie anglais de la liberté,
sont les trois forces nécessaires de la civilisation. »
Briand, président du Conseil : « L'Allemagne fait circuler
le mot prestigieux de paix. Ce mot est sacrilège s'il signifieJ
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 141
que l'agresseur ne sera pas puni et si demain l'Europe
risque encore d'être livrée à l'arbitraire d'une caste militaire
assoiffée d'orgueil et de domination. Ce serait le déshonneur
des Alliés. Que diraient les générations futures, si nous
laissions échapper l'occasion d'établir sur des bases solides
une paix durable ? La paix ne doit pas être une vaine for-
mule ; elle doit être fondée sur un droit international garanti
par des sanctions contre lesquelles aucun pays ne pourra se
dresser. C'est cet idéal qui fait la grandeur de notre tâche.
Cette victoire, nous la devons à l'humanité. »
Mardi 23 mai. — Les Allemands contre-attaquent
avec violence ; dans la nuit, ils prennent Giimières et
la partie est du fort de Douaumont.
L'offensive autrichienne s'accentue à l'est de la valh'-e
d'Assa. Les Italiens évacuent les bassins supérieurs de
Posina et de l'Astico.
On annonce qu'une commission de savants à Rome a
établi que les balles explosives employées par les Au-
trichiens étaient de faorication allemande et conte-
naient du nitrate de mercure.
j Les Anglais occupent, après un combat, la capitale
du Darfour.
Remaniement ministériel en Allemagne ; Helffericli
devient secrétaire d'État à l'Intérieur.
Asquith demande aux Communes un crédit de
7 milliards 5oo millions, portant l'ensemble des crédits
de guerre à 69 milliards 5oo millions.
Winston Churchill se plaint aux Communes que
l'Angleterre n'emploie pas toutes ses grandes forces; il
prétend que les 200.000 officiers anglais enlèvent au
service 200.000 domestiques et 5o.ooo grooms.
« La théorie que la guerre est l'œuvre de l'artillerie et que
l'infanterie n'a d'autre tâche que de prendre ce que les
canons ont gagné n'a jamais été suivie plus strictement que
dans l'offensive des Allemands sur la crête de Vimy. »
{Daily Mail du 26.)
Mercredi 24 mai. — Les Allemands n'ont pu
déboucher de Cumières, mais deux nouvelles divisions
bavaroises ont repris les restes du fort de Douaumont
142 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
et nous avons perdu une tranchée au nord des carrières
d'Haudlomont.
Les Italiens font tête dans la vallée de Lagarina et
réoccupent la hauteur de Parmesan.
Violent duel d'artillerie dans la région jDorian-Guev-
geli.
Le roi de Monténégro désavoue son fils, le prince
Mirko, qui est allé se soigner (?) à Vienne.
Un nouveau complot allemand a été découvert k New-
York ; une Allemande a avoué avoir reçu de l'ai^gent
pour faire sauter un paquebot de la Compagnie Cunard.
Jeudi 25 mai. — Violent combat entre le bois
d'Haudiomont et la ferme de Thiaumont, sans résultats
marqués : outre trois divisions nouvelles dans la région
du Mort-Homme, les Allemands en ont amené deux à
l'est de la Meuse. Rousset (Liberté) est d'accord avec le
critique militaire du Temps pour regretter l'existence
de « fronts dormants », qui permettent aux Allemands
et aux Autrichiens les déplacements de troupes qui font
leur force.
Les Autrichiens sont repoussés à l'assaut de Coni-
Zugna et du col de Boule ; les Italiens évacuent le
Monte Givarone dams le Val Sugana.
Enver est, dit-on, arrivé à Bagdad.
Avions autrichiens sur Bari (18 morts).
Le roi d'Angleterre a signé la loi instituant le service
obligatoire. Il déclare, à cette occasion, que les engage-
ments volontaires ont fourni à l'Angleterre, depuis le
début de la guerre, 5.o4i-ooo hommes (il doit bien en
rester 4-3oo.ooo, c'est-à-dire la valeur de 100 corps).
Des députés turcs déposent à Potsdam des cou-
ronnes sur les tombes de Frédéric le Grand et de Fré-
déric-Guillaume. Le bourgmestre leur dit : « Nos enne-
mis connaissent bien le vieil esprit de Potsdam; c'est
lui qu'ils ont juré d'anéantir. » Le bourgmestre a raison.
Le correspondant du Sun à Washington dit que des
demandes de plus en plus pressantes pour la paix par-
viennent de Berlin aux cercles américains.
Vendredi 26 mai. — Intense activité des deux
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 143
artilleries au nord de Verdun. Nous avons repris une
partie de Gumières.
Le général Blume (Gazette de l'Allemagne du Nord)
E rétend que la France a engagé à Verdun 800.000
ommes, le moitié de son armée, et qu'elle n'a plus de
réserves (faux). Les Allemands ont prélevé en quelques
jours cinq divisions sur leur front nord (Voir le Temps,
i" juin).
L'armée serbe est réunie à Salonique.
Les Russes brisent une offensive des Turcs et des
Kurdes vers Serdrecht.
Obus français sur le poste allemand de Didymes (Milet).
3o.ooo tètes de bétail hollandais sont entrées depuis
une semaine en Allemagne.
Un officier supérieur allemand aurait assuré que les
Allemands ont déjà eu 1.700.000 morts, ce qui impli-
querait une perte totale de 4 millions d'hommes environ
(d'accord avec les calculs d'Hilaire Belloc).
Répondant à une conversation de Bethmann-Hollweg
qui demande aux Alliés de s'assurer de leur défaite en
regardant la carte, les journaux américains conseillent
au chancelier de regarder aussi la carte des mers, d'où
les Allemands sont totalement chassés.
Samedi 27 mai. — Mort du général Gallieni.
Vifs combats à l'ouest de la route de Navarin (Cham-
pagne).
Préparant une nouvelle et formidable offensive sur
Verdun, Falkenhajn, dans un ordre du jour, prescrit
de pousser les attaques jusqu'à l'extrême limite et de
ne s'arrêter que sur l'ordre formel du commandement,
quelles que soient les pertes subies.
Les Bulgares bombardent Kilindir, en territoire grec,
et s'emparent, après un simulacre de défense, du fort
grec de Rupel, qui commande le défilé de Demirhissar
à Sérès. La Grèce proteste à la fois contre l'invasion
bulgai*e et conti-e la présence des troupes alliées à
Salonique.
L'Université de Berlin a perdu au feu 882 étudiants.
Le député Hirsch a révélé au Reichstag que la censure
144 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
avait supprimé deux phrases dans un récent discours
de Guillaume II.
A la demande pressante de Lloyd George, les travail-
leurs anglais renoncent aux congés de la Pentecôte.
Le président de la Douma dit à un journaliste amé-
ricain qu'il n'y a pas, en Russie, de parti de la paix, et
que le bruit d'après lequel ce parti existerait est un
mensonge allemand. Le sort de la guerre peut varier,
mais la Russie combattra jusqu'à la défaite complète
de l'Allemagne.
Important discours de Wilson devant la Ligue américaine
pour la paix. Les Etats-Unis, dit-iL sont prêts à participer à
toute union de nations ayant pour but de mettre en pratique
et d'assurer contre toute violation ces deux principes : liberté
des peuples, de choisir leur forme constitutionnelle, respect
des petits Etats. Il préconise aussi une association univer-
selle des nations : i° pour assurer la liberté des mers;
2° pour mettre obstacle à toute guerre entreprise sans aver-
tissement et négociations préalables.
Dimanche 28 mai. — La Grèce a licencié ses
réservistes des classes 1898-1900 ; elle retire son armée
entre Drama et Gavalla. La collusion du Roi avec la
Bulgarie paraît évidente. Une très vive agitation en
faveur des Alliés se manifeste k Salonique. On dit que
les Bulgares occupent Demirhissar.
Les Russes repoussent une forte offensive turque
vers Kargabazar et Gariret (direction de Diaibekir).
Quinze combats aériens se terminent par la chute de
cinq avions allemands.
Une fabrique de caoutchouc a été détruite à Munich
par un incendie.
On annonce que le professeur Schwalde, directeur de
la Bévue hebdomadaire de Médecine allemande, vient
de déclarer fausse l'accusation portée par Schœn le
3 août contre des aviateurs français, laquelle a servi de
prétexte à la déclaration de guerre. Le bourgmestre de
Nuremberg a écrit qu'il n'a jamais eu connaissance
d'un bombardement aérien (Matin du 28). Le Gouverne-
ment allemand n a rien objecté. Ce mensonge, fabriqué
le i^''août 1 914, en même temps que la fausse nouvelle de
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 145
la marche des cosaques vers Johannisburg, est encore
plus honteux que le remaniement de la dépêche d'Ems
en 1870.
Discours d'Emile Vandervelde à Rouen : « La guerre
ayant complètement changé de caractère, il serait ansurde
que les conventions qui y mettent fin fussent calquées sur
celles du passé... Toute mesure de précaution prise contre
l'Allemagne seule serait insuffisante. Ce dont il s'agit est
de museler solidement et pour toujours le « chien enragé »
qui menace le monde, d'interdire, dans l'univers entier, les
Eréparatifs de meurtre collectif, d'enchaîner la mécanique et
i chimie aux œuvres de paix. Que faut-il pour cela? Un
accord international. » (Journal de Rouen, 29 mai.)
Lundi 29 mai. — Des attaques d'une extrême vio-
lence nous obligent à nous replier au sud du chemin
Béthincourt — Cumières ; nous avons perdu la partie
précédemment regagnée de ce village.
Le Times dit que Verdun n'est pas une bataille, -
mais toute une (juerre.
Le centre italien recule encore ; les ailes tiennent.
On remarque que les opérations bulgares dans la
Macédoine orientale ont été entreprises au lendemain de
la visite des députés bulgares à Berlin, Vienne et Bu-
dapest ; ils ont sans doute exigé une nouvelle part de
butin.
« Par crainte de Guillaume II, la Grèce a laissé écraser ses
alliés serbes par les Bulgares. Ceux-ci poursuivent aujour-
d'hui leur conquête en leur enlevant la Macédoine. Les pré-
dictions de Venizelos se réalisent de point en point. » (Temps.)
Une forte attaque turque oblige les Russes à évacuer
Manahatum, entre Erzeroum et Erzindjan.
Gardner, représentant républicain au Congrès améri-
cain, a déposé une motion : la Chambre déclarerait
voir avec appréhension une paix prématurée, car elle
favoriserait la croyance que les nations peuvent impu-
nément violer toutes les lois divines et humaines. Gard-
ner ne veut pas que les États-Unis deviennent les
complices de l'efTort de l'Allemagne pour échapper au
châtiment de son crime contre l'humanité.
Depuis décembre 1916, 21.000 bâtiments marchands
114. CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 10
146 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
ont passé le Pas de Calais; 21 seulement ont été coulés
ou endommagés sérieusement.
Mardi 30 mai. — Au sud du bois des Gaurettes,
nous évacuons les tranchées de première ligne ; au sud
de Cumières, nous reculons jusque vers Ghattancourt,
puis progressons de nouveau jusqu'aux abords de Cu-
mières.
Les Italiens évacuent Pria Tora et Punta Gorbin. Les
Autrichiens ont occupé 3oo kilomètres carrés de terri-
toire italien et disent avoir pris 3o,ooo hommes et
3oo canons.
On dit à Vienne que la Bulgarie et la Grèce sont tout
à fait d'accord ; les journaux allemands affirment que
les empires centraux respecteront les droits de la Grèce.
A l'issue des manœuvres grecques, le ministre de la
Guerre prononce un discours singulier, où il annonce
que l'armée grecque montrera bientôt sa valeur sous le
commandement du Roi.
Bratiano a dit k un congrès de médecins que la Rou-
manie aurait bientôt besoin de leurs services.
Sir Robert Gecil est arrivé à Paris pour discuter les î
questions relatives au blocus.
On dit en Suisse que la récolte allemande sera
pauvre, par suite du manque d'engrais.
On a soumis à la Diète de Prusse un mémoire sur
les dégâts causés par les Russes dans la Prusse orien-
tale (districts de Gumbinnen et d'Allenstein). Ces dégâts
sont estimés à 35o millions de marks, plus i milliard de
dégâts dans les maisons (?).
Pai'lant à Washington, Wilson dit que les États-
Unis sont prêts k faire partie de l'alliance des nations
pour la défense des droits de l'humanité.
La province de Hounan (Chine) a proclamé son
indépendance.
Mercredi 31 mai. — Centième jour de la bataille
de Verdun.
Les Français enlèvent un ouvrage allemand sur les
pentes sud-ouest du Mort-Homme.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 147
Furieuse canonnade dans la région de Douaumont.
Les Autrichiens occupent Arsiero et s'avancent k
l'est d'Asiago.
Les Russes bombardent les positions ennemies en
Volhynie et sur le front de Bessarabie.
Les Alliés attaquent au sud du lac de Doiran.
Un incendie, dû sans doute à la malveillance, détruit
la pyrotechnie de Bucharest.
Les deux alliés eut laissé aux Bulgares la charge des
Balkans. Les Bulgares veulent se payer de la confiance
qu'on leur fait {Temps).
Bataille navale du Skagerrak ou de Horn Rifffvoir les
détails dans le Journal de Genève du ii juin). Une
escadre de croiseurs anglais combat, non sans pertes
graves, la flotte allemande de haute mer ; l'arrivée de
la grande flotte anglaise, à la tombée de la nuit, met
les Allemands en fuite. Gomme l'amirauté anglaise
avoue des pertes, tandis que les Allemands commen-
cent par dissimuler les leurs, le bruit se répand que
les Anglais ont eu le dessous. En réalité, les pertes alle-
mandes sont notablement plus fortes (i8 contre i4),
les Anglais n'ayant perdu que des croiseurs et des
contre-torpilleurs, mais aucun grand cuirassé de combat.
Un avion anglais, parti de Farnborough, atterrit à
Lille, le pilote ignorant la géographie.
Pendant le mois de mai, les Allemands ont perdu
cinquante-huit avions, les Alliés quarante.
Le Gouvernement met sous séquestre la récolte hon-
groise.
L'Angleterre achète, pour une année, le produit
complet des pêches en Norvège.
Au Reichstag, le conservateur Graafe attaque vive-
ment le Gouvernement, qu'il accuse de faiblesse ; c'est
la thèse nouvelle des Junkers, des pangermanistes et
des Tirpitziens.
Faute d'essence, l'Allemagne interdit la circulation
des automobiles privés, même diplomatioues.
Une dépêche de Londres au Journal de Genève pré-
tend que Bcthmann-Hollweg, d'accord avec Gérard et
148 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Wilson, élaborerait un projet de paix, rendant l'Alsace-
Lorralne à la France. Rien de moins vraisemblable.
Le total des pertes allemandes avouées atteint
2.940.000 hommes, dont 742.500 tués.
Une nouvelle note mexicaine demande le retrait des
troupes américaines du territoire mexicain.
Huit provinces chinoises sur dix-huit sont en état de
révolte.
JUIN
Jeudi 1" juin. — Violent combat sur le saillant
d'Ypres ; les Allemands pénètrent sur quelques points
dans les tranchées anglaises. On parle d'une offensive
allemande préparée sur ce front parla concentration de
troupes entre Tournai et Baisieux, du 21 au 27 mai.
Les Allemands pénètrent dans nos tranchées de pre-
mière ligne entre le fort de Douaumont et l'étang de
Vaux; ailleurs, ils sont repoussés.
Times : « La résistance résolue de nos alliés, la valeur fa-
rouche avec laquelle ils défendent chaque pouce de terrain,
la rapidité et le succès de leurs contre-attaques ont soulevé
l'admiration et provoqué les hommages de tous. La France,
à Verdun, supporte tout le poids de la guerre et, bien que
ses sacrifices y aient été lourds, ses soldats y ont acquis une
gloire impérissable. »
« Les Allemands sont prisonniers de leur offensive devant
Verdun. » (Commandant de Civrieux, Matin.)
Les Alliés ont occupé les fronts de la Struma, prolon-
geant leurs lignes avancées en Macédoine.
New-York Times : « Le Roi a conduit le peuple grec de
honte en honte. Mais si le peuple s'éveille, certaines ques-
tions constitutionnelles et même dynastiques pourraient bien
être réglées. »
Pendant le mois de mai, les sous-marins ou torpilles
ont coulé 56 navires de l'Entente (ii8.5oo tonnes).
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 149
Des avions allemands tuent i8 civils k Bar-le-Duc.
Liebknecht a été approuvé par ses électeurs de Pots-
dam.
Obsèques nationales de Gallieni. Le ministre de la Guerre
dit : « Le peuple de France qui vous aimait a reçu mandat
de sauver la civilisation et la liberté. Gomme vous, ce
mandat, il le remplira jusqu'au bout. »
Les autobus reparaissent sur les boulevards.
Dans la Bibliothèque universelle (Lausanne), Lorenzo
d'Adda estime que les Allemands ont 119 divisions à
l'ouest, 49 sur le front russe, 3 au sud du Danube. Les
Autrichiens ont 34 divisions face à la Russie et 38 oppo-
sées à l'Italie . Les Turcs ont 52 divisions, les Bulgares 1 2 .
Lorenzo d'Adda estime que les 49 divisions allemandes
sur le front russe forment un rideau trop faible (760
hommes par kilomètre).
Alhenœum, ler juin, p. 3o3 : « Nous sommes aujour-
d'hui confrontés avec les résultats effroyables d'un christia-
nisme purement nominal, sans aucune pensée de vivre en
accord avec les idées attribuées au Christ. »
Vendredi 2 juin. — Une lutte d'une violence
inouïe se poursuit sur la rive droite de la Meuse.
Refoulés devant le fort de Vaux, qu'ils cherchent à
enlever à tout prix, les Allemands pénètrent dans le
village de Damloup, puis dans le fossé nord du fort de
Vaux, qui se trouve attaqué de trois côtés.
Rousset, Liberté : « Nous voici donc revenus à peu près,
sur la rive droite de la Meuse, à la situation d'il y a un
mois, avant la reprise de la partie sud du bois de la Cail-
lette. Il serait puéril de nier la valeur du fait. » Rousset
demande avec instance une diversion.
Une nouvelle armée italienne, formée depuis le
22 mai, attendant les Autrichiens dans la plaine de
Vicence (Temps, i" juillet), ceux-ci renoncent à leur
marche en avant ; les Italiens attaquent à leur tour et
reprennent Belmonte au nord-est du mont Asiago.
Après une bataille de trois jours, les Turcs se sont
retirés à l'ouest de Revanduz.
150 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Con^é est donné aux écoles allemandes pour le 5, à
l'occasion de la prétendue victoire navale.
Dans la nuit du 2 au 3, la flotte russe bombarde
Bourgas où les Allemands montent des sous-marins.
La Hollande prohibe l'exportation du bétail.
Samedi 3 juin. — Violents combats au sud-est
d'Ypres ; les Allemands s'avancent à travers les lignes
anglaises vers Zillebeke, mais sont repoussés par une
contre-attaque des Canadiens.
De nouvelles attaques allemandes contre le fort de
Vaux ont échoué.
L'offensive russe sur le front autrichien s'annonce
par un violent bombardement.
Les Russes battent les Turcs près de Hanekin, à i3o
kilomètres nord-est de Bagdad.
Le général Sarrail proclame l'état de siège dans la
zone occupée par les armées alliées ; les bureaux de
police, les chemins de fer, les postes, le gaz, etc., ont
été occupés.
Le ministre de France à Athènes confère longuement
avec Skouloudis. Il est établi que la légation d'Alle-
magne h. Athènes organise des manifestations pro-
germaniques que le Gouvernement tolère.
Un officier allemand, parlant près de Bar-le-Duc à
un officier français, dit que la plaine hongroise est le
grenier des empires du centre et que, si l'Autriche était
envahie, l'Allemagne devrait céder devant la famine
(Liberté, 21 juin).
A minuit, l'heure légale en Italie a été avancée de
Go minutes.
Le Bazar des Alliés, au Parc central à New-York, a
rapporté 5 millions.
Dimanche 4 712222. — Dans la soirée et la nuit, des
attaques furieuses au nord-ouest du fort de Vaux sont
arrêtées, ainsi que des assauts contre le fort et le village
de Damloup.
Dans les Vosges, à l'ouest de Carspach, les Allemands
ont pris trois éléments de tranchées, mais en ont été
chassés par une contre-attaque.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 151
L'offensive russe se dessine depuis le Pripet jusqu'à
la frontière roumaine. L'artillerie russe démolit les
ouvrages et abris ennemis. Le succès le plus important
a été remporté à Olyka, au nord-ouest de Rovno
(Volhynie). Les Russes ont fait iS.ooo prisonniers.
Des bombes allemandes font six victimes à Toul.
La Nouvelle Presse libre (Vienne) fait l'éloge du
courage français et exhorte le peuple à pratiquer cette
vertu en renversant le Gouvernement et en provoquant
une cinse présidentielle.
Daily Mail : « Un assassin a essayé de poignarder l'Eu-
rope ; nous ne connaîtrons pas de repos avant d'avoir
arraché le poignard de ses mains. »
Temps : a La seule paix durable sera celle qui sera
dictée à rAUemague battue. Toutes les autres auraient pour
mesure le délai nécessaire aux Germains pour préparer une
seconde agression. »
Lundi 5 juin. — Bombardement continu du fort de
Vaux. Deux attaques de nuit entre Vaux et Damloup
sont repoussées.
Les Autrichiens reculent ou sont contenus partout,
sauf dans la région du Pasubio, oij ils ont progressé.
L'offensive russe se poursuit avec éclat (25.5oo pri-
sonniers, 27 canons, 5o mitrailleuses). On constate
à Insprûck que des trains de troupes partent du
Trentm vers la Galicie.
Lord Beresford affirme que la bataille du Skagerrak
a été une grande victoire pour les Anglais, car l'Angle-
terre, qui possède des croiseurs en nombre, n'a pas
perdu un seul cuirassé.
Le croiseur Hampshire, ayant à bord Kitchener et
son état-major, se rendant à Arkhangel, est coulé et
perdu corps et biens, à l'ouest des îles Orkney, par
une mine flottante (?). Il n'y a qu'une douzaine de survi-
vants. Profonde émotion en Angleterre.
Depuis le milieu d'avril, les Belges ont gagné 200 kilo-
mètres carrés dans l'Afrique orientale allemande.
Le mark perd 21, 35 en Suisse, le franc 11,10.
Cartes de viande à Berlin (i5o grammes par jour, sauf
152 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
deux jours sans viande). Au Wurtemberg, la ration de
viande quotidienne est abaissée de i6o à i4o grammes.
Un recensement fait à Reims accuse moins de
20.000 habitants, dont lo.ooo femmes et 4-ioo enfants.
Bethmann-Hollweg prononce au Reichstag un grand
discours plein des contre-vérités habituelles. L Alle-
magne a voulu la paix, elle a été forcée à la guerre
par la Russie. Les puissances de l'Entente s'obstinent
à ne pas regarder la carte, à ne pas se reconnaître vain-
cues ; mais les Allemands ne veulent signer la paix
qu'en vainqueurs. « Nous ne craignons ni la mort ni le
diable. Il y a des privations, je le dis ouvertement,
même à l'étranger, mais nous savons les supporter.
Un ciel favorable mûrit une bonne moisson. La victoire
navale du i^"^ juin est d'un heureux présage pour l'ave-
nir. L'Allemagne rouvrira les mers fermées par l'Angle-
terre et assurera la liberté des petites nations. »
{Applaudissements frénétiques.)
Rousset, Liberté : « L'action germanique, à la fois si vio-
lente et si diffuse, semble devoir provoquer une prochaine
et vive réaction. »
Mort de Yuan Chikai, président de la République
chinoise.
Mardi 6 juin. — A la suite d'explosions de mines,
les Allemands pénètrent dans les premières lignes
anglaises entre Hooghe et le canal Ypres-Comines.
Une puissante attaque allemande sur le fort de Vaux
est brisée par nos feux. Le bombardement se poursuit
avec une extrême violence.
Les Autrichiens avouent avoir reculé de 5 kilomètres
au sud du Dniester, près d'Okna.
L'offensive russe a devant elle 4o divisions d'infan-
terie, dont 2 allemandes, et lo divisions de cavalerie.
Vers Erzindjan, les Russes repoussent une forte of-
fensive turque.
Le Gouvernement grec proteste contre l'établissement
de la loi martiale à Salonique ; l'Entente met le littoral
grec en état de blocus. A la Chambre grecque, Skou-
loudis s'élève contre les reproches faits à son gouver-
1
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 153
nement de léser les intérêts militaires de l'Entente. Le
fait que la garnison du fort Rupel a tiré sur les Bul-
gares (comédie ?) prouve qu'il n'existait aucun accord
entre eux et le Gouvernement grec.
Schroeder (Telegaaf) se moque des prétentions
allemandes à une victoire navale et demande quand un
« grand vainqueur » a pris la fuite.
« L'Allemagne cherche à provoquer des interventions paci-
flques. Elle entend traiter en vainqueur. Elle a besoin de
manifester sa puissance. De là, le grand branle-bas sur terre
et sur mer. » (Temps.)
Mercredi 7 juin. — Vers le point du jour, le fort
de Vaux, avec lequel aucune liaison n'était plus pos-
sible, tombe aux mains des Allemands.
Les Autrichiens renforcent leur front russe; leurs
attaques se multiplient dans le Trentin.
La victoire russe sur le front Olyka — Mlynovleura valu
4i.ooo prisonniers, 77 canons, i34 mitrailleuses; sur
certains points, les Autrichiens ont reculé de 20 kilo-
mètres.
Les Russes reprennent Lutsk.
Journal de Genève : « Pour le lecteur attentif, éloigné de
l'atmosphère surchauffée du Parlement, le discours de Beth-
mann-Hollweg est un tableau saisissant de la phase difficile
et de plus en plus tragique que l'Allemagne traverse à cette
heure. »
Jeudi 8 juin. — Attaques violentes à l'est et à
l'ouest de la ferme de Thiaumont. Entre cette ferme et le
bois de la Caillette, les Allemands ont pénétré dans une
tranchée.
« La perte du fort de Vaux est regrettable, mais elle est
loin de mettre Verdun en danger; derrière cet ouvrage se
trouvent encore de très solides lignes de défense. » (Temps.)
Les Italiens perdent un peu de terrain vers Asiago.
Des renforts allemands arrivent du nord sur le front
autrichien de Galicie. Les Russes passent la Strypa
et atteignent la Zlota ; ils ont déjà 66.000 prisonniers.
L'Allemagne se décide à avouer la perte des vais-
154 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
seaux Lûtzoïo et Rostock (dans la bataille du Skager-
rak), jusque-là dissimulée (,( pour des raisons mi-
litaires D. On en conclut que les Allemands, pour des
raisons de cette sorte, ne cessent de mentir.
Vendredi 9 juin. — L'artillerie française canonne
à son tour le fort de Vaux. Les Allemands commencent
à bombarder les secteurs de Souville et de Tavannes.
Grande bataille sur le plateau des Sept-Communes;
on dit que les Autrichiens ont 4oo.ooo hommes et
2.000 canons. Les Italiens ne cèdent pas.
Les Russes, ayant forcé le passage du Styr k Lutsk,
enlèvent la tête de pont de Rojistche (vole ferrée de
Rovno-Kovel). La largeur de la trouée russe dépasse
5o kilomètres.
Quelques troupes russes ont violé par mégarde la
frontière roumaine ; la presse allemande essaie de
grossir cet incident.
L'artillerie germano-bulgare bombarde le front fran-
çais de Macédoine.
Aucun navire n'a quitté le Pirée. L'armée grecque
se concentre à Volo. Le Gouvernement proteste contre
le blocus et nie avoir traité avec les Bulgares. Le Roi a
signé le décret de démobilisation des classes 1892-1908,
mais on a des doutes sur la prompte exécution de cette
mesure.
Le Reichstag s'ajourne au 26 septembre.
Le général Douglas Haig déclare qu'il attaquera à
son heure, sans se soucier de répondre au sentiment
populaire qui devient impatient.
Samedi iO juin. — Rousset affirme, de source
sûre, que les pertes allemandes devant Verdun attei-
gnaient, à la fin de mai, 45o.ooo hommes.
Le commandant du fort de Vaux, Raynal, est pri-
sonnier à Mayence ; il a conservé son épée et ses déco-
rations.
L'offensive italienne se dessine de l'Adigek laBrenta.
Les Russes poursuivent activement leurs avantages
aux deux extrémités de leur front, dans la région de
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 155
Lutsk et au nord du Dniester. Les Autrichiens ont
évacué la rive orientale de la Strypa. Une violente
bataille est engagée au nord de Czernovitz. Les Autri-
chiens disent avoir refoulé les Russes à l'est de Kolki
et repris une hauteur au nord de Tarnopol.
Le butin russe s'élève actuellement à io5.ooo prison-
niers et 100 canons.
Les Turcs attaquent sans succès vers Platina, à
20 kilomètres à l'ouest de Trébizonde.
Prévenant les Bulgares, les Alliés ont occupé Thasos.
Trois barques anglaises, chargées de munitions, sont
coulées dans le Tigre par l'artillerie turque.
Des avions français bombardent le fort de Rupel
(Macédoine).
A la suite d'un vote défavorable k la Chambre ita-
lienne, le cabinet Salandra — Sonnino donne sa démis-
sion.
Un conseil de guerre des Alliés, auquel assistent
Joffre et Briand, se réunit à Londres.
Au Landtaa de Prusse, on retire la parole au socia-
liste Strœbel pour avoir dit que le Gouvernement
trompait le peuple sur la situation économique et mili-
taire.
Les paris pour Wilson sont à 3 contre i ; Roosevelt
a déclaré qu'il se retirait de la lutte pour la prési-
dence.
Dimanche 11 juin. — Bombardement intense
d'Ypres.
Les Italiens avancent sur toute la ligne.
Violentes attaques allemandes sur le front de Jacob-
stadt, au sud du lac Drisviaty et au sud de Krevo ; elles
sont contenues ou repoussées.
Les Autrichiens battent précipitamment en retraite
au sud de Lutsk sur le front de l'Ikva. L'État-major
autrichien avoue que, devant des forces très supérieures,
les armées ont dû « rompre le contact et se replier ».
On admire cet euphémisme nouveau.
Bombes d'avions autrichiens sur Vicence, Venise et
Mestre.
156 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
L'agence Wolff prétend que les rations de pain, de
viande et de beurre ont été augmentées k Berlin.
Lundi 12 juin. — A la suite de violentes attaques
à l'ouest de la ferme de Thiaumont, les Allemands ont
pénétré dans quelques éléments sur les pentes est de la
cote 321 (i.5oo mètres au nord de la côte de Froide-
Terre).
Les Italiens ont repris d'assaut la ligne Parmesan —
Rio-Romini.
Les Allemands de Linsingen, arrivés au secours des
Autrichiens, ont obligé les Russes à repasser le Styr.
Un individu, probablement de la police, menace le
roi de Grèce au Stade, ce qui donne lieu à des démons-
trations antivénizélistes. Des manifestations injurieuses
pour les Alliés ont lieu à Athènes. La démobilisation,
décidée en principe, ne se fait pas.
On remarque qu'aucun des souverains alliés de l'Al-
lemagne n'a félicité Guillaume II de sa prétendue
(( victoire navale ».
On parle de troubles graves à Magdebourg.
Le Bundesrat a créé des cai^tes d'étoffe ; les étoffes
existant en stock sont réquisitionnées.
Dans l'état actuel des dépenses, l'Allemagne et l'Au-
triche, pour payer les intérêts de leurs dettes, devront
augmenter leurs budgets de 6 milliards 5oo millions et
de 5 milliards, ce qui est jugé impossible aux Etats-
Unis.
Mardi 13 juin. — Les Canadiens ont repris les
tranchées perdues au sud-est de Zillebeke.
Fejler écrit (Journal de Genève) :
« Le point d'appui de Souville commande celui de Vaux ; ce
dernier n'a de valeur qu'autant que le terrain peut être uti-
lisé, et il ne peut l'être que lorsque le point d'appui de Sou-
ville aura subi le sort de Vaux... Autant qu'on peut en
juger par les apparences, la bataille de Verdun aura été une
des lourdes fautes de l'Elat-major impérial. »
Les Russes prennent Zaleszyki et Sniatyn. On se bat
i
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 157
avec acharnement au nord de Buczacz et près de Gzer-
novitz.
Les Anglais entrent à Kerman (Perse).
Les Arabes s'emparent de La Mecque.
Un convoi de navires allemands escortés par un croi-
seur et trois torpilleurs est attaqué par six torpilleurs
et trois sous-marins russes dans la Baltique ; les Alle-
mands perdent deux navires, dont le croiseur.
L'Allemagne affirme officiellement que le Tubantia
a été coulé par une torpille perdue, lancée le 6 mars
contre un torpilleur anglais qu'elle manqua.
Un avion ennemi bombarde le Sérapéum et le canal
de Suez, sans causer de dégâts.
On signale sur le front italien un moine aumônier qui
s'empresse autour des mourants et passe pour invulnérable.
Le bruit se répand que c'est saint Antoine de Padoue ressus-
cité (Journal de Genève).
Mercredi 14 juin. — Les Italiens progressent à
l'est de Monfalcone et au sud de San-Antonio (5io pri-
sonniers).
Violent bombardement bulgare vers Kilindir. La
chaleur est excessive en Macédoine.
Des avions autrichiens survolent Padoue ; peu de
dégâts.
A 1 1 heures du soir, l'heure française est avancée
de 60 minutes (économie d'éclairage).
Ouverture à Paris de la conférence économique des
Alliés.
Asquith, parlant en Ecosse, dit que le concours des
forces britanniques a été offert à Jotl're.
Des orages et le froid ont endommagé les récoltes en
Allemagne.
Pour la première fois depuis 1870, le drapeau ponti-
fical flottera sur un navire — le vapeur espagnol
Nuncius, transportant à Buenos-Ayres le nouvel inter-
nonce.
Jeudi 15 juin. — Les Français enlèvent i kilo-
mètre de tranchées sur les pentes sud du Mort-Homme.
Trois violentes attaques allemandes sont repoussées.
158 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
De fortes attaques autrichiennes, dirigées sur Sera-
valle, Coni-Zugna et le plateau d'Asiago, sont repous-
sées.
On dit que 60.000 Allemands ont quitté la Belgique
pour le front oriental, où se portent également les deux
dernières divisions allemandes de Bulgarie.
Sur le littoral, les Turcs prennent Serpul, mais en
sont délogés aussitôt.
L'Autriche appelle la classe de 1919.
On saisit, en Allemagne, même chez les particuliers,
le cacao et le chocolat dépassant 25 kilos.
Les prisonniers allemands, interrogés par les Russes,
appellent les Autrichiens « nos misérables alliés ».
Des magasins sont mis au pillage à Kiel.
A cette date, un mineur de Westphalie écrit à un ca-
marade sur le front que la pluie a gâté les récoltes et il
ajoute : « Je crois que les Anglais ont acheté le bon
Dieu avec de l'argent. » (Lettre trouvée sur un prison-
nier, Temps du 20 juillet.)
Première séance secrète de la Chambre française.
Dans la Nation de New- York, S. Reinach dénonce le
danger mortel que fait courir à la civilisation la science
mise au service de l'esprit de destruction sans scrupule; il
demande rorganisation d'une police internationale, aux
ordres de la Conférence permanente de La Haye, qui dispo-,
serait seule des moyens de destruction les plus redoutables,
dont la fabrication serait prohibée ailleurs et dont les engins,
actuellement en service, devraient être Ii\Tés à La Haye par
toutes les puissances. Des projets analogues ont été exposés
en 1914, avant la guerre, par Wells (The world set freé) et
récemment par Vandervelde, à Rouen (28 mai).
Vendredi Î6 juin. — Les Allemands font de vains
efforts pour reprendre les tranchées perdues au sud du
Mort-Homme.
On publie une lettre d'un officier allemand d'où il
résulte que l'offensive allemande devait avoir lieu plus
au nord que Verdun et que l'insistance du Kronprinz est
seule cause que des masses de troupes fraîches ont été
amenées contre cette place.
Succès italien sur le plateau des Sept-Communes.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 159
Une attaque autrichienne a atteint le sommet du mont
Lemerle, mais en a été délogée.
Contre-attaques autrichiennes sur le Styr. Les Russes
occupent Radzivilov. Vifs combats sur la Strypa et
dans les faubourgs de Czernovitz. Les Russes ont
actuellement 167.000 prisonniers.
Le X^ corps allemand arrive à Vladimir-Volynski.
Un contre-torpilleur anglais est coulé dans la Manche
par un navire de commerce allant au Havre.
Les Anglais bombardent la côte près d'Ostende.
Deux vapeurs allemands sont coulés dans la Baltique.
Bombes d'avions sur Bar-le-Duc (4 tués).
La Reichspost raille le discours de Vandervelde à
Rouen : c'est pai-ce que la science allemande s'est mon-
trée si supérieure à celle de l'Entente que Vandervelde
parle d'enchaîner la science.
La nouvelle base navale russe de Kilden, sur la côte
de Murmane, est terminée; le port, libre de glaces, est
relié par une voie ferrée à Murmane.
Les Mexicains menacent les États-Unis de la guerre.
Samedi 11 juin. — De fortes attaques allemandes
sont repoussées sur nos nouvelles positions du Mort-
Homme, le nord de ïhiaumont et les abords de la
cote 320. Lutte d'artillerie très vive au nord de Souville.
L'offensive autrichienne reprend avec violence au
sud-ouest d'Asiago.
Combats sanglants à l'ouest de Lutsk et dans la
région de Buczacz. Le X^ corps allemand, arrivé la
veille, attaque les Russes à Kiselin et est repoussé.
Les Russes, après un combat acharné, occupent
Czernovitz.
Nombreuses contre-attaques allemandes sur tout le
front russe ; parmi les prisonniers, on a reconnu des
Allemands ramenés du front français.
Les Russes se servent de gaz asphyxiants. Un offi-
cier autrichien, dans la Gazette de Voss, se plaint qu'on
fasse usage « d'une arme aussi lâche ».
Jusqu'à ce jour, les Russes ont pris 173.000 hommes,
iq8 canons et 35o mitrailleuses.
160 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
La famille royale de Grèce s'installe k Décélie
(Tatoï).
Un haut fonctionnaire allemand aurait dit : « Le rôle
de la Grèce est d'agacer les Alliés, sans se déclarer ou-
vertement. » (Journal de Genève.)
Deux bombes d'avion sur Nogent^sur-Seine. D'au-
tres avions bombardent Pont-k-Mousson, Nancy et
Baccarat.
Sur le front de Verdun et en Lorraine, les avions
français abattent 7 appareils allemands. 4Des bombes
françaises provoquent deux explosions dans les usines
de Thionville.
La conférence économique des Alliés a terminé ses
travaux ; le délégué belge Brocqueville en a résumé
l'esprit par ces mots : « Défense, oui ! Guerre, non ! »
Une usine de saucisses et de viandes conservées k
Halberstadt a été la proie des flammes ; de grands stocks
ont été détruits.
Vendredi et samedi, troubles violents k Munich; on
remarque que des soldats y prennent part {Journal de
Genève, 27 juin). D'autres manifestations se produi-
sent à Aix-la-Chapelle.
Dimanche i8 juin. — Elchecs d'attaques aile- J
mands k Lihons et au nord de la cote 821 devant
Verdun.
La démobilisation des réservistes athéniens a com-
mencé.
Bombardement, par des avions français, de la gare et
des casernes de Vouziers.
Ministère Boselli-Bissolati-Sonniao k Rome.
Mort de Helmuth de Moltke k Berlin, au cours d'un
service funèbre en mémoire de von der Goltz.
Manifestations tumultueuses k Dublin, où l'on déploie
le drapeau républicain en tête d'un cortèae.
Ahmed Riza arrive à Lausanne ; il est nien reçu par
la colonie arménienne, parce qu'il a pi'otesté au Sénat
turc contre les massacres d'Arménie.
Lundi 19 juin. — Trois nouvelles attaques au nord-
ouest de Thiaumont sont repoussées.
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 161
Les Russes progressent de 3o kilomètres au delà de
Czernovitz ; ils passent le Pruth et marchent vers le
Sereth. Une attaque autrichienne, au sud-est de Loka-
tori (région de Rogoviczi), enfonce une troupe russe et
lui prend 3 canons, que reprend une contre-attaque,
avec 3oo prisonniers. Des renforts allemands très
nombreux, venant de tous les fronts, se concentrent
vers Baranoviczi.
Les Russes ont 176.000 prisonniers, 274 canons,
43o mitrailleuses ; les pertes autrichiennes dépassent
Soo.ooo hommes. L'artillerie russe paraît supérieure à
celle des ennemis.
Les Etats-Unis envoient une note sévère à l'Autriche
au sujet de l'attaque du bateau-citerne américain
Petrolitè par un sous-marin qui s'est ravitaillé k ses
dépens.
Grrave incendie aux docks de Marseille.
La presse italienne fait bon accueil au nouveau
« ministère de l'union sacrée ».
On dit que l'Allemagne convoque les jeunes gens de
dix-sept ans.
Le professeur Fœrster, à l'Université de Munich,
s'explique avec franchise devant ses étudiants, donnant
lecture de lettres d'injures, mais aussi d'adhésions que
lui ont envoyées des soldats du front. Ses réflexions
l'ont conduit à devenir un adversaire radical de Bismarck
et de Treitschke ; il faut, dit-il, s'affranchir de leurs tradi-
tions pour être à la hauteur des tâches de demain
{Journal de Genève, 26 juin),
Garranza adresse une sorte d'ultimatum aux États-
Unis ; Wilson répond que les r-jtats-Unis ne retireront
leurs troupes que lorsque les bandes mexicaines auront
été capturées et les dommages causés par elles aux ci-
toyens américains réparés. Le Gouvernement demande
à la commission militaire de la Ghambre le droit d'em-
ployer les milices en dehors du territoire.
Mardi 20 juin. — Échec d'une attaque allemande
au sud de Berry-au-Bac.
Combats acharnés sur le Styr ; l'aile gauche russe
114. CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 11
162 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
traverse le Sereth. Dans la nuit, une offensive allemande
au sud de Smorgoni est repoussée.
Le général Vechovitch, ancien ministre de la Guerre,
est à la tête d'une insurrection au Monténégro. Les
Autrichiens mettent sa tête à prix.
Dans la nuit du 20 au 21, les avions français jettent
210 obus sur la gare d'Arnaville et 276 sur les établis-
sements militaires de la gare de Metz.
Un aviateur français, parti de Nancy, survole Berlin,
y jette des liasses de proclamations pour apprendre la
vérité aux habitants et se voit forcé d'atterrir à Cholm,
après avoir parcouru i.3oo kilomètres; il est prisonnier
des Autrichiens.
L'Allemagne fait .savoir à la Suisse que si elle ne lui
livre pas les produits achetés pour elle en Suisse et
séquestrés en vertu d'une ordonnance sur l'accapare-
ment, elle ne lui enverra plus les produits de son sol,
notamment le charbon. Le charbon allemand ne peut
être remplacé en Suisse par le charbon anglais, qui
coûterait cinq ou six fois plus cher. Cette menace de
l'Allemagne constitue un chantage. Il s'agit d'obliger la
Suisse k la ravitailler. Une délégation suisse part pour
Paris afin de chercher une solution k cet incident.
Le mark perd aux Etats-Unis 21^09, le franc 14^28.
Les nouvelles des récoltes austro-allemandes ne sont
pas bonnes, sauf pour les fourrages.
Gazette de Cologne : « Nous traversons actuellement la
crise intérieure que nos ennemis attendent depuis le com-
mencement de la guerre. »
Une lettre écrite de Berlin k un soldat du front se ter-
mine ainsi : « Prends patience, nous réglerons cela au
dernier jour; l'Allemagne connaîtra aussi sa révolution. »
{Liberté, 4 août.)
On croit k New-York qu'il y a des officiers allemands
dans l'armée mexicaine et cjue des munitions sont four-
nies au Mexique par des maisons allemandes de l'Amé-
rique du Sud.
Un réserviste d'un régiment d'infanterie, disparu
depuis août 1914» est revenu k Eymoutiers, son pays,
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 163
amputé d'une jambe. Il déclare qu'il n'a jamais pu
donner de ses nouvelles et qu'un grand nombre de pri-
sonniers (malgré les affirmations contraires de l'Alle-
magne) se trouvent dans le même cas (Temps du 21).
Mercredi 21 juin. — Encore deux assauts alle-
mands à l'ouest et au sud du fort de Vaux et un sur les
tranchées sud du Mort-Homme.
Le correspondant de la Gazette de Voss rend hom-
mage au moral des troupes françaises, d'après les lettres
trouvées sur les prisonniers faits devant Verdun.
Bataille sur le front de Dvinsk, sur le canal Oginsky
et près de Radzivilov. Près de Kiselin, le X= corps
allemand est retiré du combat ; il a perdu les trois quarts
de ses officiers et plus de la moitié de ses elïectifs. De
la 20' division de Brunswick (division d'acierj, il reste
4oo hommes seulement.
Les Russes occupent la ligne du Sereth sur 33 kilo-
mètres et prennent Radautz.
Les Puissances protectrices de la Grèce remettent
une note à Athènes demandant immédiatement ; la
démobilisation effective de l'armée ; un changement de
cabinet; la dissolution de la Chambre et de nouvelles
élections ; la destitution des fonctionnaires de la police
dont les Puissances protectrices ont eu à se plaindre.
Une escadre alliée croise devant le Pirée. La Grèce cède ;
Skouloudis démissionne et Zaïmis forme un cabinet.
Un sous-marin allemand arrive à Carthagène, soi-
disant pour remettre une lettre de Guillaume II au roi
d'Espagne et des médicaments pour les réfugiés alle-
mands. C'est VU. 35, qui a torpillé la Provence. Il
repart le 22 au matin, échappe à la surveillance des
croiseurs de l'Entente et continue ses méfaits en Médi-
terranée.
En représailles des bombardements aériens de Bar-le-
Duc et de Lunéville, des avions français jettent des
bombes sur Trêves, Carlsruhe etMùllheim. À CarIsruhe
il y a 267 victimes, dont iio morts. Aux protestations
indignées de l'Allemagne les neutres répondent qu'elle
164 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
a commencé ces raids quand elle a envoyé, en août
1914, des taabes sur Paris.
Hughes, président du Conseil d'Australie, fait un dis-
cours au Mansion House à Londres sur les relations
commerciales de l'Empire britannique avec les Empires
du Centre. Il ne peut plus être question, avec ces pays,
de relations amicales ; les résolutions de la Conférence
de Paris devront être strictement appliquées.
Jeudi 22 juin. — Des attaques allemandes sont
repoussées entre Maisons-en-Ghampagne et le Mont
Têtu.
Formidables attaques allemandes, avec grand emploi
d'obus lacrymogènes, sur les deux rives de la Meuse.
Les Allemands gagnent un peu de terrain entre le bois
de Fumin et le bois du Cliénois. Une contre-attaque
nous rend quelques tranchées perdues.
Progrès italiens dans le val d'Arsa ; les Autrichiens
sont sur la défensive.
Les Russes passent la Moldava, au sud de Gzerno-
vitz.
On remarque que, parmi les captures russes, il y a
moins d'un officier pour 5o soldats.
La famine règne à Vai'sovie, où l'on mange des
chiens. Les Allemands interdisent tout arrivage d'ali-
ments pour obliger les Polonais à accepter du travail en
Allemagne.
Le chériff de La Mecque a proclamé l'indépendance
des Arabes; le soulèvement a commencé le 2 juin. Les
Arabes ont pris La Mecque, Djedda et Taïf, capturant
les garnisons turques; Médine est assiégée.
Après sept jours de huis clos à la Chambre, le cabinet
Briand obtient 444 voix contre 80, sur 624 votants. La
Chambre décide de former une délégation directe qui,
avec le concours du Gouvei'nement, contrôlera sur
place les services qui ont mission de pourvoir aux
besoins de l'armée.
L'ambassadeur italien Tittoni, dans un discours à la
Sorbonne, dit qu'il ne faut pas chercher la cause de la
guerre ailleurs que dans l'agression de l'Autriche contre
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 165
la Serbie; il ajoute que les précédents de la question
serbe sont trop négligés par les historiens.
« Sur la carte de guerre que le Chancelier prétend imposer
au monde, nous lisons, nous Alliés, très clairement déjà, la
carte de la paix de 1917, qui remettra l'Allemagne dans les
limites qu'elle n'aurait pas dû dépasser et qui vengera les
deuils et les ruines sur les dynasties responsables. » (Général
de Malleterre, Temps.)
Vendredi 23 juin. — Les Allemands commencent
à attaquer la ligne principale des défenses de Verdun
sur la rive droite de la Meuse : Thiaumont, Fleury,
Souville, Tavannes. Ils enlèvent Thiaumont et parvien-
nent jusqu'à Fleury, occupant aussi les trancnées de
première ligne entre les cotes 821 et 820. Pendant la
nuit, les Allemands ont été refoulés jusque sous Thiau-
mont.
Les Russes prennent Kimpolung ; les Autrichiens
évacuent Kouty. Jusqu'à ce jour les Russes ont pris
igS.ooo soldats, 4-ooo officiers, 289 canons, 644 mi-
trailleuses.
On croit que la destruction de la pyrotechnie de
Bucharest est due à une conspiration ayant pour chef
le ministre de Bulgarie à Bucharest, qui est parti en
congé.
Le croiseur auxiliaire italien Cité de Messine est
coulé dans le canal d'Otrante. Le contre-torpilleur
français Fourche, qui l'escortait, attaque le sous-marin
et est coulé à son tour.
Avions autrichiens sur Venise ; 6 victimes.
Samedi 24 juin. — Les Anglais envoient des
nuages de gaz contre le front allemand au nord
d'Albert.
Le matin, les Allemands occupent quelques maisons
de Fleury, à 5 kilomètres de Verdun.
Les Russes sont arrêtés en Volhynie, mais tiennent
tête aux attaques allemandes.
Bucharest manifeste contre le parti germanophile.
Le roi de Grèce a signé un décret ordonnant la démo-
bilisation générale sur terre et sur mer.
166 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Succès anglais sur la rivière Lukigura (Est afincain
allemand).
A Leipzig, la foule pille 800 boutiques, boulangeries
et boucheries; des soldats tchèques tirent sur les émeu-
tiers. D'autres pillages se produisent à Nuremberg.
La Hollande fournit 2.000 chevaux à l'Allemagne.
La Volkszeitung de Leipzig dit que les résolutions
de la Conférence de Paris sont une nouvelle provocation
à une guerre à mort.
Maximilien Harden écrit dans la Zakanft :
« Qui est vaincu? Est-ce l'Angleterre? Est-ce la France qui,
depuis 1914, conserve ses positions essentielles? Les Alle-
mands qui ne veulent pas s'illusionner peuvent-ils considérer
les Russes comme battus, au lendemain de leurs grands
succès d'Arménie et de Galicie ? En nourrissant le peuple de
la superstition dans nos victoires, on affaiblit la force offen-
sive et défensive dont nous aurions encore besoin... Nos
ennemis écoutent à droite et à gauche; ils n'arrivent jamais
à percevoir la vraie voix du peuple allemand, mais seule-
ment la voix de quelques agités qui crient très fort derrière
le berger. Si nos ennemis entendaient jamais ce que désire
non pas Pierre et Paul, mais le peuple allemand, nous
serions plus près de la paix. »
Dimanche 25 juin. — Des troupes anglaises en re-
connaissance pénètrent sur dix points du front alle-
mand. L'artillerie est très active de part et d'autre. On
parle de singulières lueurs bleues aperçues d'Amiens
dimanche soir vers le nord-est (Temps du 29, avec cou-
pures) ; ce sont des fusées qui détruisent des ballons
captifs allemands.
Une attaque allemande à l'ouest de Thiaumont est
repoussée. On se bat dans le village de Fleury. Les
Allemands bombardent avec intensité la côte de Froide-
Terre.
Les Autrichiens commencent leur repli dans le
Trentin, poursuivis par les Italiens qui sont rentrés à
Asiago. Les Italiens reprennent pied sur le plateau des
Sept-Communes et dépassent Matassone, à 2 kilomètres
nord-est de Gogni-Zugna.
Les cosaques ont passé le Dniester dans la direction
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 167
de Buczacz et sont à 3o kilomètres de Kolomea. Les
Russes sont maîtres de la Bukovine. Un régiment
tchèque et un régiment hongrois se sont rendus. Les
Autrichiens se retirent entre Kimpolung et Jacobeni.
On assure que Djemal marche vers La Mecque ; l'A-
rabie est en armes contre les Turcs.
Des torpilleurs italiens échangent des obus avec la
ville de Pirano (pointe est du golfe de Trieste). Les Ita-
liens coulent deux grands vapeurs chargés d'armes en
rade de Durazzo.
Le socialiste Hermann Mûller, adhérent de Lieb-
knecht, est élu à Breslau.
Wilson envoie une note à Garranza, exigeant le
désaveu de toute responsabilité dans le massacre |des
troupes américaines à Garrizal. Il demande la mise en
liberté immédiate des 22 prisonniers.
Le colonel Feyler écrit que « la stratégie allemande
n'a été qu'apparence et façade ».
La presse française, préoccupée de la situation de
Verdun, s'étonne que le reste du front paraisse inactif.
Lundi 26 juin. — Action d'artillerie très vive sur
le front anglais de La Bassée à la Somme.
Depuis le 24 septembre i9i4) Reims a reçu plus de
82.000 obus.
Le communiqué autrichien dit : c( Pour nous assurer
notre entière liberté de mouvements, notre front a été,
par places, ramené entre le Brentaet l'Adige. Cela s'est
fait sans être remarqué, sans gêne et sans pertes. »
Rome, Venise et Milan pavoisent à J'annonce de la
retraite autrichienne.
La Roumanie rappelle six classes pour le i^"' juillet.
Depuis quatre mois, les Turcs massacrent sans re-
lâche les chrétiens du Liban (Temps du 27).
Les Arabes ont pris Djeddah et se sont emparés d'une
batterie d'artillerie, de mitrailleuses et de fusils. La
voie du chemin de fer du Hedjaz a été détruite.
Briand rentre à Paris, ayant passé deux jours sur le
front anglais.
168 CHRONOLOGIE DE LA. GUERRE
Le procès de Roger Gasement commence à Londres.
55.000 ouvriers se sont mis en grève en Allemagne.
Mardi 27 juin. — Les Allemands ont déjà beau-
coup souffert du bombardement continuel de leurs
lignes par les Anglais et de leurs attaques sur le front
d'Ypres. Les prisonniers disent que la Belgique sera
le tombeau des Allemands (Uns aller Grab).
Vifs combats k Fleury et aux abords de Thiaumont.
Les Italiens sont maîtres de Posina et d'Arsiero.
Dans la nuit, forte attaque allemande au sud-est de
Riga, refoulée par les réserves russes.
Il pleut depuis quinze jours en Pologne et les routes
sont devenues des rivières de boue, ce qui retarde l'a-
vance des Russes.
La bataille continue dans le cercle de Lutsk. Les
Russes reçoivent des renforts.
Quelques centaines de hussards autrichiens pénètrent
en Roumanie et y sont internés.
Le Gouvernement hongrois ordonne de rentrer les
moissons avant complète maturité, par crainte d'une
invasion russe.
L'agence Wolff oppose un démenti k l'assertion d'un
communiqué russe, suivant laquelle les Allemands se
serviraient de balles explosives.
Les Italiens, partis de Valona, occupent Bérat.
Trois avions-canons français bombardent des bateaux
allemands sur la côte belge.
Pertes prussiennes avouées : 2.740.000 hommes.
Vingt-cinq mille personnes manifestent k Berlin en
faveur de Liebknecht.
Sazonov dit k un rédacteur du Rousskoie Slovo :
« La mobilisation russe intervint seulement après la mobi-
lisation autrichienne et après la mobilisation d'une partie
considérable de l'armée allemande. L'annonce prématurée
de cette mobilisation à la population allemande par le
Lokal-Anzeiger est un fait indéniable. Toute l'Europe a la
ferme assurance que l'ultimatum à la Serbie fut rédigé sous
l'influence directe d'un des principaux diplomates de l'Alle-
magne (Tchirsky), qu'il fut soumis à l'approbation de l'Em-
pereur en dehors du chef de la politique allemande et que
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 169
M. de Bethmann-Hollweg n'était pas maître dans sa propre
maison... La guerre actuelle est due exclusivement au cancer
du pangermanisme qui ronge l'Allemagne depuis vingt ans.
Avant que tous les voisins de rAUcmagne soient sûrs que le
pangermanisme, dont le militarisme prussien est l'arme prin-
cipale, ait cessé d'être un danger mondial, aucune paix n'est
possible entre les Alliés et l'Allemagne. »
Rousset, Liberté : a L'unité de front commence à se réa-
liser aux dépens de l'entreprise tudesque et un seul front,
celui de Salonique, demeure encore silencieux. »
Le Temps (du 28) publie une lettre de Buenos-Ayres attes-
tant qu'en Argentine comme ailleurs le parti clérical et les
jésuites sont germanophiles à outrance.
Mercredi 28 juin. — Les Anglais détruisent
méthodiquement les premières et deuxièmes tranchées
allemandes, complétant l'action de la grosse artillerie
par celle des gaz. Les Allemands prétendent à tort
que les gaz anglais sont inopérants.
En Garnie, les Italiens prennent d'assaut le Zellen-
kofel.
Il est avéï'é que les Allemands ont dégarni leur front
Riga — Dvinsk et que les attaques de Hindenburg ont
pour objet de dissimuler sa faiblesse.
Les Allemands passent le Niémen au nord-est de
Novogroudok et s'emparent d'un bois au sud de
Baranoviczl.
Bataille violente entx-e Dniester et Pruth ; les Russes
font 11.000 prisonniers.
La Garde prussienne est à Kovel.
Les Russes repoussent une violente attaque turque
vers Gumush — Hané (à 5o kilomètres au sud de Trébi-
zonde).
Les réservistes grecs libérés, poussés par leurs offi-
ciers, se livrent, sur plusieurs points de la Grèce, à des
manifestations violentes contre Venizelos, qu'ils quali-
fient de traître à la patrie et de vendu à l'étranger.
Les agents allemands fomentent des grèves en Rou-
manie ; celle de Galatz a fait couler du sang.
On annonce aux Communes que la France et la
Grande-Bretagne ont décidé d'abroger la déclaration de
Londres (1909).
170 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Le ministère Boselli a été acclamé à Montecitorio ;
on a crié aussi Vive Salandra ! et Vive Cadorna!
Liebknecht a été condamné, par le conseil de guerre
de Berlin, à trente mois de travaux forcés et k l'exclu-
sion de l'armée. Une manifestation à Berlin a donné
lieu à vingt arrestations.
On dit à Washington que l'agent allemand von Rin-
telen a dépensé 260 raillions pour la propagande germa-
nique au Mexique.
Le Journal de Genève approuve Henri Hauser d'avoir
défini le principe des nationalités « une fausse idée claire »
et ajoute : « Dire, comme on le fait à cette heure dans les ha-
rangues politiques de tous les Parlements, qu'on va recons-
tituer l'Europe suivant le principe des nationalités, c'est
affirmer une chose contraire à la science, à l'histoire, au
simple bon sens... Nous ne voulons connaître qu'un droit
des nationalités fondé sur la volonté des individus. »
Jeudi 29 juin. — Le bombardement anglais aug-
mente d'intensité depuis Ypres jusqu'à la Somme.
Beaucoup de ballons d'observation allemands sont dé-
truits.
Le Journal de Genève estime les forces anglaises en
France à 1.200.000 fusils; le colonel Feyler, qui lésa
visitées, écrit : « Le spectacle offert par l'équipement
de l'armée britannique dépasse tout ce qu'on peut ima-
giner : c'est iiTéprochable. »
Un coup de main français vers Tahure et à l'ouest de
la butte du Mesnil nous met on possession de quelques
tranchées.
Dans la soirée et pendant la nuit, très vives attaques des
Allemands devant Verdun, avec projection de liquides
enllammés ; à l'est de la cote 3o4, ils prennent un ou-
vrage fortifié de notre première ligne, mais en sont
chassés le matin par une contre-attaque.
L'ofTensive italienne se ralentit devant la seconde
ligne des défenses autrichiennes ; mais les Italiens
reprennent leurs opérations sur le Carso.
Violentes attaques autrichiennes, avec gaz asphy-
xiants, dans la zone de San Michèle. Les Autrichiens
avaient formé des détachements munis de massues
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 171
armées de clous pour assommer les soldats italiens
asphyxiés. Surexcités par celte nouvelle infamie, les
Italiens reviennent k la charge et repoussent l'ennemi.
On calcule que les Italiens ont repris les deux tiers
du terrain gagné par l'offensive autrichienne.
Quelques critiques militaires de Londres croient à
une offensive de Hindenburg, appuyée par la flotte
allemande qui serait à Danzig.
Du 4 au 29 juin, les Russes ont pris 212.000 Autri-
chiens.
Le colonel grec Gravanis s'engage dans l'armée
française.
L'Adeveral proteste contre la permission donnée par
le Gouvernement roumain d'exporter des pâtes alimen-
taires, du pétrole, de l'alcool et du bronze. La disette
de blé se fait sentir en Roumanie, par suite de ventes
excessives aux Empires centraux.
Deux torpilleurs russes s'emparent d'un grand vapeur
allemand allant k Stettin avec une cargaison de gou-
dron. D'autres détruisent 54 voiliers turcs sur les côtes
d'Anatolie.
Bombes autrichiennes sur Brescia et Bassano ;
bombes allemandes sur Lutsk.
Aux protestations de l'Allemagne contre le bombarde-
ment de Garlsruhe, on répond que du 3 février au
19 mai 191 6 les Français se sont abstenus de tout
bombardement de ville en arrière du front ennemi,
alors que les Allemands ont bombardé Béthune six fois,
Amiens six fois, Gérardmer cinq fois, Lunéville neuf
fois, etc.
Suivant le Times, un traité secret va lier l'Allemagne
et l'Autriche-Hongrie pour vingt-cinq ans; l'Autriche
accepterait la tutelle diplomatique, militaire et écono-
mique de l'Empire allemand, d'où un nouveau et redou-
table péril pour l'Europe.
Le Tagbiatt de Berlin est suspendu pour avoir relaté
les manifestations (qui continuent) en faveur de Lieb-
knecht.
Casement est condamné k être pendu.
Le Mexique, sur la sommation des Etats-Unis, a
172 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
remis en liberté les Américains faits prisonniers à
Garrizal.
Vendredi 30 juin. — Entre Neuve-Chapelle et La
Bassée, une reconnaissance anglaise a pu atteindre la
ligne de soutien allemande.
Vers 10 heures du matin, les Français enlèvent
Thiaumont, le perdent à 3 heures, le reprennent à
4*" 3o et le perdent encore une fois dans la soirée.
Bombardement intense du bois Fumin et du Chénois.
Des attaques allemandes sont repoussées k l'est et à
l'ouest de la cote 3o4.
Les Italiens occupent tout le Monte Majo.
On dit à Rome que les Autrichiens ont perdu
160.000 hommes dans le Trentin.
L'offensive autrichienne au nord-ouest de Kimpolung
est brisée. Les Russes prennent Kolomea.
Jusqu'au 3o juin, les Russes ont fait 217.000 prison-
niers.
Un ordre du jour du ministre de la Guerre grec
interdit aux militaires toutes manifestations politiques.
Cela n'empêche pas les ligues de mobilisables d'en-
voyer des télégrammes de dévouement au Roi, et des
ligues de mobilisables vénizélistes de donner leur
adhésion à Venizelos.
Sur les observations de l'Entente, le Gouvernement
grec a promis de hâter la démobilisation, qui sera
terminée fin juillet.
Dans la Baltique, combat entre escadrilles russes et
allemandes.
Au cours du mois de juin, l'Entente a perdu 61 na-
vires, jaugeant 61.000 tonnes.
Pendant le mois de juin, les aviateurs alliés ont
perdu dans l'ouest 22 appareils, les Allemands 28.
Nouvel incendie suspect à Marseille, non loin des
dépôts d'alcool et de pétrole.
Pertes allemandes avouées : 3.o3i.ooo hommes,
marine comprise, dont 766.000 tués, 874.000 disparus.
Le plus grand des égyptologues, Gaston Maspéro,
CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 173
meurt d'apoplexie à la fin de la séance de l'Académie
des Inscriptions.
Paul Fournier, dans la même séaace, a commenté une
décision du deuxième Concile de Latran, tenu en i iSg sous la
présidence du pape Innocent II. Le Concile prohibe l'usage,
dans les guerres entre chrétiens, de l'arc et de l'arbalète,
considérés comme des engins trop meurtriers. « Cette déci-
sion fut insérée au siècle suivant dans le recueil officiel des
Décrétales. Elle fait partie d'une série de mesures prises par
l'Eglise pour atténuer les maux de la guerre {Trêve de Dieu).
« Alors prit naissance un courant qui reparut à l'époque
moderne et trouva son expression dernière dans les conven-
tions diplomatiques méconnues et violées par nos adversaires
d'aujourd'hui. »
[On se demande si le Vatican ne voudra pas se montrer
fidèle à la tradition de l'Eglise en préconisant de son côté les
mesures de salut mondial suggérées par Vandervelde et
d'autres (Voir plus haut, 28 mai et i5 juin).]
NANCY, IMPI'.IMEHIK BERCKIl-LE VRA ULT — SEPTEMBRE lyl
Chronologie
de la Guerre
(1- JUILLET=3I DÉCEMBRE 1916)
Il a été tiré de ce volume cinquante-cinq exem-
plaires numérotés, dont :
5 sur papier du Japon (N°^ i à 5);
5o sur papier de Hollande (A'°* 6 à 55).
Copyright by Berger-Levrault 1917
PAGES D'HISTOIRE — 1914-1917
' SiiniE a, 5
s. R.
MEMBRE DE PLUSIEURS SOCIÉTÉS SAVANTES
CHRONOLOGIE
DE LA GUERRE
CINQUIÈME VOLUME
(1" JUILLET ^31 DÉCEMBRE 1916)
Saccessa crescat honestum I
(LucAiN, IX, 571.)
BRAiRiE Militaire Berger-Levrault
PARIS j NANCY
5-7, RUE DES BRAUX-ARTS \ RUE DES GLACIS, l8
1917
Chronologie
de la Guerre
(^ JUlLLET-3! DÉCEMBRE 1916)
JUILLET 1916
Samedi 1" juillet. — Offensive franco-anglaise
sur la Somme (front de 4o kilomètres). Les Français
prennent Dampierre et Curlu, gagnant 4 kilomètres
vers Péronne. Ils ont 3.5oo prisonniers, les Anglais
2.000.
A 10 hem*es du matin, les Français reprennent
Thiaumont.
A Salonique, des officiers grecs frappent et blessent
le directeur du /îaof/ca/ (vénizéliste) et lacèrent un por-
trait de Venizelos.
Progrès austro-allemands au nord-ouest deTarnopol.
Les Russes avancent à l'ouest de Kolomea.
Une offensive turque se dessine vers Kerind.
La réponse mexicaine à la note de Lansing est un
acte d'accusation assez injurieux contre des Etats-
Unis.
Le capitaine Tauscher, accusé de complicité dans la
tentative de destruction du canal de Welland, est ac-
quitté à New-York.
b CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Un aviateur anglais, descendant à 3oo mètres, a fait
flamber un train entier entre Douai et Cambrai.
Pendant le mois de juin, les pertes navales se sont
élevées à 60 unités (io3.ooo tonnes); 5i navires ont été
coulés par des sous-marins. L'Entente a perdu 49 na-
vires (81.600 tonnes); c'est l'Italie qui a le plus souf-
fert.
La solde et les rations des soldats allemands en Bel-
gique sont réduites ; on ne donne plus de graisse et
seulement 260 grammes de pain par jour.
La réclamation la plus importante de l'Allemagne,
dans son différend avec la Suisse, porte sur i5.ooo
balles de coton dont la Suisse prohibe la sortie (Temps
du 3).
Moraht écrit (Berliner Tageblatt) : a Si les Anglais
se décident vraiment k tenter la grande offensive straté-
gique, on peut prédire avec certitude la fin de l'armée
continentale de l'Angleterre. »
D'après une statistique officielle, 753 communes
françaises ont souffert de l'invasion ; 17.000 maisons
ont été détruites, 26.000 endommagées (lô.ooo dans la
Marne, i3.5oo dans le Pas-de-Calais); 2.554 communes
sont encore occupées par l'ennemi.
Dimanche 2 juillet. — Les Français enlèvent
un terrain fortifié à l'est de Curlu. Au nord de la
Somme, ils pénètrent dans la seconde position alle-
mande ; Frise et Herbécourt sont pris. Les Anglais
prennent Fricourt. Le i*^"" et le 2, les Alliés ont fait
8.5oo prisonniers. Le communiqué allemand reconnaît
que, de Gommécourt à La Boisselle, l'attaque ennemie
à obtenu quelques avantages importants. ^
Obus allemands sur Nancy et Belfort ; bombes d'à- |
vions sur Lunéville. ;
Onze des officiers grecs qui ont saccagé le Radical
à Salonique ont été arrêtés par les autorités françaises.
Succès russe au sud-ouest de Lutsk (8.000 prison-
niers).
Les Belges refoulent les Allemands, dans l'Est afri- |
cain, vers la Rhodésie et le Mozambique. j
JUILLET 1916 7
Un sous-marin russe détruit un grand voilier turc
près du Bosphore.
On affirme que l'artillerie lourde anglaise de 2G0 et
de 3oo est supérieure aux pièces allemandes de môme
type.
Les Dernières Nouvelles de Munich disent que les
forces de l'Entente trouveront sur tous les fronts le
double des forces dont elles disposent et qu'une attaque
russe au nord se heurterait à une armée de millions
d'hommes (Jnjormation du 4)-
A Potsdam et à Brème, manifestations violentes en
faveur de Liebknecht.
Lundi 3 juillet. — Les Anglais entrent à La Bois-
selle. La lutte reste très vive au sud de l'Ancre. Les
Allemands ont repris quelques positions au sud de
Thiepval. Les Français, au sud de la Somme, prennent
Feuillères et Asservillers.
Six attaques allemandes sur Thiaumont sont repous-
sées. Une attaque allemande s'empare de l'ouvrage de
Damloup, qui est repris aussitôt.
Les Italiens ont gagné 5 kilomètres au nord de Goni-
Zugna.
La révolte s'accroît au Monténégro et gagne le nord
de l'Albanie.
La Roumanie prohibe les exportations pour la Turquie.
Vers Baranoviczi, les Russes rompent deux lignes
allemandes, faisant 2.800 prisonniers avec 11 canons.
Les Belges attaquent sur les bords du lac Victoria et
font prisonnier le commandant de la colonie allemande.
Des avions français bombardent Sofia.
Mardi 4t juillet. — Les Français prennent une
partie d'Estrées et Belloy-en-Santerre, repoussant des
contre-attaques. On annonce qu'un seul corps français
a pris 3o canons.
Nous avons reperdu Thiaumont. Les Allemands at-
taquent violemment vers Avocourt et la cote 3o4 ; bom-
bardement intense dans la région Thiaumont-Chénois.
Les Italiens prennent le mont Seluggio.
8 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Sur le Styr, k l'ouest de Kolki, les Russes font 5.ooo
prisonniers. Ils progressent sur la voie de Kolomea à
Delatjn.
Devant des forces supérieures, les Russes évacuent
Kirmanshah et se retirent dans les collines, à 80 milles
de là, pour y passer le temps des grandes chaleurs.
Une note modérée de Carranza écarte le danger d'un
conflit immédiat entre les États-Unis et le Mexique.
La presse allemande commence à manifester quelque
inquiétude et qualille de malencontreuse l'offensive au-
trichienne dans le Trentin. Mais on rassure l'opinion en
parlant des sept lignes de défense allemande sur le
front ouest.
On commente une brochure de Bûlow, nettement
militariste et annexioniste {Temps du 6).
L'Allemagne, dit-on, n'achète plus de souliers en
Suède, ne croyant pas à une campagne d'hiver.
Le Messagero écrit que l'Allemagne doit être réduite
à la condition d'un peuple qui ne puisse plus troubler
les autres et qu'il faut lui « arracher les dents », la
coudamaer au désarmement.
Mercredi 5 juillet. — Les Anglais, après émission
de gaz et de fumée, font des raids heureux au nord du
canal de La Bassée et près d'Hulluch. Sur la Somme,
ils résistent k de fortes attaques, ayant devant eux la
Garde prussienne.
Les Français occupent entièrement Estrées et la
deuxième position allemande au sud de la Somme ; ils
tiennent Hem.
Les Allemands bombardent la cathédrale de Verdun.
Deux corps allemands ont été prélevés sur le front de
Verdun « pour des emplois plus impérieux » (Feyler,
Journal de Genève du i4)-
En Alsace, dans la région de Burnhaupt, un de nos
détachements a pénétré dans une tranchée allemande,
qu'il a trouvée pleine de cadavres {sic).
Les Autrichiens évacuent en hâte le massif de Prima
Lunetta, abandonnant munitions et vivres.
JUILLET 1916 9
L'agitation anti-vénizéliste prend en Grèce un carac-
tère inquiétant.
Un Conseil de couronne est tenu par le roi de Rou-
manie à Sinaïa. On croit à Milan que la Roumanie est
décidée à rester neutre.
Dans plusieurs secteurs du front de Riga, les Russes
ont pénétré dans les premières tranchées allemandes.
Les Russes occupent la voie ferrée de Kolomea k
Delatjn et mettent l'ennemi en déroute sur la rive
droite du Dniester. En ce jour, ils ont fait lo.ooo pri-
sonniers.
La Turquie appelle tous les hommes de dix-huit à
cinquante ans.
On affirme que Zeebrugge est devenue un forteresse
puissante, avec de nombreux navires de guerre.
Le Gœben et le Breslaii ont bombardé Tuapse et
Solchi, au nord de la Mer Noire.
Gaedke (Vorioàr/s) estime qu'il y a près de i4 mil-
lions d'hommes en présence, bien armés et équipés.
Jeudi 6 juillet. — Des contre-attaques allemandes
sont repoussées de part et d'autre de la Somme, mais
elles marquent la fin momentanée de l'offensive. Les
Anglais sont arrêtés devant Thiepval.
Hilaire Belloc estime que l'attaque du Trentin a été
<s un second Verdun » (Land and Water, p. g).
Bombes d'avions sur Lure, tuant onze femmes et
enfants.
L'Amirauté anglaise publie un rapport sur la bataille
du Skagerrak. Les Allemands ont perdu 6 vaisseaux de
guerre, 5 croiseurs légers, 6 torpilleurs, 3 contre-tor-
pilleurs, I sous-marin ; les Anglais ont perdu 6 vais-
seaux de guerre et 8 contre-torpilleurs.
Lloyd George succède à Kitchener comme ministre
de la Guerre.
On constate que les Allemands, grâce sans doute aux
bavardages des clubs de Londi-es , savaient qu'ils
seraient attaqués le i*"" juillet vers Albert.
Troubles à Stuttgart ; nombreux blessés.
10 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Des banquiers de Berlin auraient dit à un Suédois
{Temps du 24) :
a Nous ne pouvons tenir indéflniment, j)uis(jue nous sommes
assiégés; mais nous combattrons jusqu'au bout et vendrons
cîier notre vie. Nous pouvons supporter encore une campayne
d'hiver. » On ajoute que le Gouvernement, jetant du lest,
s'écarte de la droite pour se rapprocher des partis popu-
laires.
« Obliger l'ennemi à payer ce que la guerre aura coûté à
l'Entente, à lui verser les milliards qu'il consacrait chaque
année à ses armements, c'est le moyen — le seul moyen —
de le river à la paix pour un siècle. La paix sera une paix
financière, une paix de remboursement, ou elle ne sera pas. »
{Temps du 7.)
Vendredi 7 juillet. — Les Anglais gagnent du
terrain vers Ovillers et prennent Contalmaison, mais ne
peuvent s'y maintenir.
Le mauvais temps gène les opérations sur la Somme.
Jusqu'à présent, les Alliés ont fait 17.000 prisonniers.
Violents combats à l'est de Baranoviczi. Les Russes
prennent Doljitsa, sur la route de Kolki à Grouziatin.
Les Allemands avouent avoir abandonné le secteur de
Tsartorisk. Bothmer, qui disait avoir remporté une vic-
toire près de Tlumacz, se retire sur la Zlota-Lipa.
Les Russes font 800 prisonniers turcs à l'ouest d'Er-
zeroum.
Les Etats-Unis adressent des représentations à la
Porte au sujet des chrétiens de Svrie dont 5o.ooo, affa-
més par les Turcs, ont déjà péri. Ils demandent l'auto-
risation de les ravitailler.
Les Anglais occupent Tanga (Est africain).
Lloyd George aura Lord Derby comme sous-secré-
taire à la Guerre; le général Robertson devient chef
d'Etat-major.
Il y a en Angleterre près de 4-ooo usines fabriquant
des munitions ; 3.5oo.ooo hommes et 666.000 femmes
travaillent au matériel de guerre.
Le 3 °/o français monte à 63' 5o.
Le Neiv-York Herald commente le mot d'un officier
allemand qui s'est rendu aux Anglais avec ses hommes,
JUILLET 1916 11
disant qu'il voulait garder ces soldats à son pays pour
recommencer la guerre dans quatre ans.
Jeudi et vendredi, troubles sérieux à Munich.
Le professeur Glotz rappelle que, d'après Strabon, deux
villes d'Eubée, au sixième siècle avant Jésus-Christ, s'enga-
gèrent par traité à ne point se servir d'armes portant au
ioin ; ce n'est donc pas l'Eglise qui a eu la première idée de
rendre les guerres moins sanglantes par la prohibition de
certains [engins (Voir, t. IV, '60 juin et Rev. des Etudes
grecques, 191 6, p. log).
Samedi 8 juillet. — Les Anglais s'emparent de la
partie sud du bois des Trônes ; les Français prennent
Hardecourt. Il pleut sans relâche.
Le prince Demidov, ministre de Russie, déclare à la
Patris que l'Entente ne veut nullement entraîner la Grèce
dans la guerre, mais la défendre contre l'influence mal-
saine de ses ennemis.
Avance importante des Russes, qui passent le Stokhod
près d'Ougly. Les renforts autrichiens dévalant des Car-
pathes sont défaits près de Kimpolung ; les Russes
prennent Delatjn. Du 4 au 7 juillet, entre Styr et
Stokhod, ils ont pris 12.000 hommes, 45 canons et
45 mitrailleuses.
Un autre navire-hôpitalrusse a été coulé sans aver-
tissement dans la Mer Noire (7 victimes).
Nouvel ordre du Conseil anglais, mettant en pleine
évidence le principe de la destination finale des mar-
chandises.
Lord Derby dit : « Nous battrons l'Allemagne par une
pression incessante. Tout ce qui décime l'armée alle-
mande fait partie de la grande poussée. »
On lit dans le Journal de Genève :
Il n'y a pas d'exemple dans l'histoire de l'Allemagne mo-
derne qu'un homme d'Etat en disgrâce soit revenu au pou-
voir. Le prince de Bùlow cependant paraît avoir le désir et
l'espoir de rompre cette tradition.
Un industriel venu de Cologne dit à Amsterdam :
Dans toutes les conversations une idée domine : la colère
rageuse contre l'Autriche qu'on accuse de gâcher la guerre
après l'avoir exigée.
12 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Désordres à Aix-la-Chapelle ; les uhlans chargent la
foule. '
Dimanche 9 juillet. — Progrès au sud de la
Somme ; les Français prennent Biaches et approchent
de Barleux.
Heureux coup de main français aux environs de
Tahure et à l'ouest de la butte du Mesnil.
Sur le front italien, en mai et juin, les Autrichiens
ont perdu 180.000 hommes, dont 3o.ooo morts.
Entre Styr et Stokhod, en quatre jours, les Austro-
Allemands auraient perdu 4o.ooo hommes.
Progrès russes à l'ouest de Platana, vers Gumishan
et dans le sud du Taurus.
Dans la nuit du 9 au 10, des avions allemands bom-
bardent la côte sud de l'Angleterre.
Le croiseur autrichien Novara coule deux navires
anglais dans l'Adriatique.
Un sous-marin russe coule, dans la Baltique, un
navire allemand chargé de minerai de fer.
Un sous-marin commercial allemand prend terre a
Norfolk et part pour Baltimore.
Après six séances secrètes, le Sénat français approuve
la politique du Gouvernement par 25 1 voix contre 6.
On assure, à Rotterdam, que l'opinion allemande
est déprimée depuis quatre jours. Les pangermanistes
s'agitent et veulent remplacer le chancelier par un
annexioniste, Tirpitz ou Bûlovs\
Désordres à Cologne.
On apprend {Débats du 10) que l'ambassadeur fran-
çais Jusserand, revenant a Washington d'une absence
d'un seul jour, a trouvé à l'ambassade 220.000 francs
de dons pour la France.
Lundi 10 juillet. — Les Anglais prennent pied dans
le bois de Mametz et progressent à l'est d'Ovillers ; ils
livrent des combats acharnés dans le bois des Trônes.
Les Français prennent d'assaut la hauteur 97, au
sud-est de Biaches.
Les Italiens occupent le col degli San Ucelli, à la
tète du Val de Gia.
JUILLET 1916 13
Les Autrichiens ont ramené des troupes sur le front
italien.
Les Russes combattent sur la rive gauche du Stok-
hod. D'énormes incendies, allumés par les Allemands,
arrêtent leur avance sur Kovel; les Allemands ont
d'ailleurs amené sur le front une puissante artillerie.
Un sous-marin autrichien coule un contre-torpilleur
italien dans l'Adriatique.
Le sous-marin commercial Deutschland est en sur-
veillance ; il a apporté i.ooo tonnes de matières tincto-
riales et un important courrier. Bernstorff déclare que
ce navire n'est pas armé et qu'il vient pour embarquer
du nickel.
Le comte Karolyi et trois de ses amis se retirent du
parti de l'indépendance hongroise et rejettent toute
responsabilité de la guerre.
Rosa Luxemburg est arrêtée à Berlin et conduite en
prison.
Le Temps publie une lettre d'un prisonnier français
qui, disparu le 3 septembre 1914» n'a reçu permission
d'écrire à sa famille que le i4 mai 191 6.
Mardi 11 juillet. — Les Anglais reprennent
Gontalmaison et la plus grande partie du bois de
Mametz. Le commandement anglais dit qu'après dix
jours de lutte les troupes ont conquis la totalité des
défenses ennemies sur un front de i3 kilomètres
(7.600 prisonniers, 3o canons).
Une violente attaque allemande sur le front de Ver-
dun fait quelques progrès à l'est du bois de Fumin et
dans le bois du Chénois ; les Allemands reprennent
pied dans la batterie de Damloup. La nuit, une contre-
attaqne nous rend une partie du terrain perdu au bois
de Fumin.
Les Allemands tentent de passer le Stokhod, mais
sont repoussés.
Après cinq semaines d'offensive, les Russes ont pris
266.000 soldats, 5.620 officiers, 3 12 canons et 870 mi-
trailleuses.
14 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Les Russes reprennent Mamahatum sur le Frat-Sou,
affluent de l'Euphrate.
Dans la nuit du lo au ii, bombes d'avions alle-
mands sur la côle de Douvres, Calais et le camp de
Bray-Dunes.
Un sous-marin allemand jette 12 obus sur Seaham;
peu de dégâts.
Les États-Unis ont reconnu au Deutschland la. qualité
de navire marchand. Brème pavoise en l'honneur du
sous-marin qui a franchi l'Atlantique.
Les torpilleurs russes capturent un vapeur turc
chargé de pétrole et d'orge.
Les princes Nicolas et André de Grèce partent pour
la Russie.
On dit en Italie que la Bulgarie fait des efforts à
Bucarest pour décider la Roumanie à attaquer la
Russie.
Une trombe fait de nombreuses victimes à Vienne.
Mercredi 12 juillet. — Coup de main anglais au
sud-est de Loos.
Les Anglais tiennent tout le bois de Mametz et re-
poussent des attaques contre Contalmaison. Les Alle-
mands ont reçu de gros renforts.
Arrêt des progrès français sur la Somme.
Très forte attaque allemande sur le fort de Souville,
qui progresse aux abords de la chapelle Sainte-Fine, à
l'intersection des chemins de Fleury et de Vaux. Le
bombardement est très violent.
Les officiers grecs arrêtés à Salonique (affaire du
Radical) ont été remis à la justice grecque par les
autorités françaises.
11 y a 9.000 déserteurs autrichiens et bulgares en
Roumanie.
Les Russes livrent de vifs combats sur la Dvina, le
Stokhod et à l'ouest de la basse Sti-ypa.
Dans la région Baiburt-Mamahatum, les Pvusses ont
rompu le front turc.
L'insurrection arabe progresse en Arabie et en
Syrie ; plusieurs garnisons turques sont prisonnières.
JUILLET 1916 15
Sur la proposition du ministre de l'Intérieur, adoptée
par les Communes, 46o prisonniers irlandais sont li-
bérés.
On dit que Hindenburg et Mackensen réclament
20 divisions de renfort.
A Berlin, la ration de viande est réduite à 90 grammes.
Premier « repas collectif » dans cette ville.
Malgré les affirmations du pseudo-archéologue E. von
Mach, professeur à Harvard, que les bébés allemands
meurent faute de lait, l'ambassade américaine à Berlin
déclare que la mortalité infantile n'a jamais été moindre.
Dans une dépêche adressée do Berlin au World (New-
York), K. von Wiegand laisse percer pour la première
fois la crainte d'une défaite allemande et dit que les
Allemands, sur le front russe, combattent souvent un
contre cinq.
« D'ici vingt-cinq ans, un sous-marin pourra aller partout.
Si quelque petite puissance est prise de la manie homicide
des Allemands, elle disposera ainsi d'une arme terrible. »
(Daili/ Mail.)
Jeudi 13 juillet. — A la tête du torrent de Posina,
les Italiens ont pris d'assaut de fortes positions au sud
de Corne del Corton. Ils ont bombardé et incendié la
gare de Toblach.
Des comitadjis bulgares, franchissant la frontière
grecque près de Nayadag, assassinent i5 habitants de
ce village.
Au théâtre Athineon à Athènes, à la suite de vio-
lentes attaques contre Venizelos publiées dans une
feuille subventionnée par Schenk, les spectateurs ont
acclamé Venizelos, hué Schenk et Gounaris.
Les Russes ont pris d'assaut Massadéré et mis en
fuite les Turcs.
Les forts de La Mecque se sont rendus aux Arabes
(i.ooo prisonniers turcs, 4 canons).
En représailles du bombardement de Lunéville (24-
20 juin), un avion français lance des bombes sur Mûll-
heim.
i3 navires allemands, dont cinq dreadnoughts, sont
en réparation dans les chantiers.
16 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Par suite des pertes de la flotte allemande, 200 cargos
anglais ont pu sortir des ports de la Baltique.
On apprend à Washington que le Dentschland a été
convoyé par un navire neutre.
Un communiqué allemand conteste la véracité des
communiqués alliés, en particulier de ceux de l'Angle-
terre.
La carte de graisse instituée dans tout l'Empire
donne droit à 90 grammes de graisse, beurre ou huile
par semaine et par personne.
L'Allemagne saisit tous les pneus de bicyclettes.
Elle défend aux banques tout paiement à un citoyen
italien ; les pensions dues à des ouvriers italiens sont
suspendues.
La National Zeitung déc\a.re qu'on abuse des mitrail-
leuses, qui exigent trop de personnel, et préconise le
fusil automatique.
« La question posée à Berlin : les mercenaires de Kitchener
combattront-ils? a reçu une réponse définitive. » (New-York
Nation, p. aS.)
« Il y a un élément nouveau dans l'offensive de la Somme,
qui ressort moins de l'avantage relatif d'une reprise de ter-
rain que de l'allure progressive de l'opération et des prises
successives de prisonniers... Pendant les trois mois de prin-
temps, les disponibilités austro-allemandes ne sauraient
s'être appauvries de moins d'un million d'hommes. Cela
explique le rappel des troupes des Balkans et rend vrai-
semblables les informations d'après lesquelles l'État-major
impérial solliciterait des renforts de ses alliés d'Orient. Il
cherche des nègres en Bulgarie.» (Feyler, Journal de Genève.)
Un incendie consume la forêt de Tatoï et gagne la
résidence royale.
Anatole France, après de longues années d'absence,
reprend sa place à l'Académie.
Vendredi i4 juillet. — Duel d'artillerie intense
sur le front belge.
Les Anglais pénètrent dans les deuxièmes lignes
allemandes sur un front de 6.400 mètres, de Bazentin-
le-Petit à Longueval (y compris le bois des Trônes).
JUILLET 1916 17
Leur front, ayant avancé de i.5oo à 3.ooo mètres, est
désormais à l'alignement du front français.
« La Grande-Bretagne a célébré la fête nationale de la
France, à Londres, par des manifestations d'enthousiasme
pour la cause que nous défendons dans une alliance inébran-
lable — sur la Somme, par un grand succès militaire. »
{Temps du i6.)
Suivant le Times, les Allemands ont devant Verdun 2.000
canons dont l\o de très gros et 700 de gros calibre. Notre
artillerie, à peine équivalente, est plus difficile à ravitailler,
la ligne Lérouville-Verdun étant narrée par le camp des
Romains.
Grandes manifestations francophiles à Athènes, au
Pirée, à Lesbos.
Des bandes de paysans serbes combattent les Bul-
gares en Macédoine.
La contre-offensive autrichienne au sud de la Buko-
vine a échoué; les Russes ont fait 3. 200 prisonniers k
l'ouest de Bucacz.
Les Anglais prennent Muanza, le principal fort alle-
mand sur le lac Victoria.
Des sous-marins allemands, dont deux de 2.000 ton-
nes, seraient arrivés à Constantinople.
A Paris, fête nationale en l'honneur des morts. Des
troupes russes, anglaises, canadiennes, néo-zélandaises
et belges défilent avec les troupes françaises.
Fin d'un discours du président Poincaré :
Non ! par le deuil des familles françaises, par le long sup-
plice de nos régions occupées, par le sang de nos soldats,
non, nous ne laisserons pas nos souffrances amollir nos
volontés ! Plus nous avons horreur de la guerre, plus nous
devons travailler passionnément à en empêcher le retour, plus
nous devons souhaiter et vouloir que la paix nous apporte,
avec la restitution totale de nos provinces envahies — enva-
hies hier ou envahies depuis quarante-six ans — la répara-
tion des droits violés aux dépens de la France ou de ses
alliés et les garanties nécessaires à la sauvegarde définitive
de notre indépendance nationale.
Une réunion du parti bourgeois, à Munich, flétrit
l'idée d'une paix conciliante et réclame des annexions
k l'est et à l'ouest.
128. CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 2
18 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Samedi 15 juillet. — Les Anglais ont atteint sur
un point la troisième ligne allemande et fait, depuis
vingt-quatre heures, 2.000 prisonniers, dont un colonel
de la Garde. Pour la première fois depuis 1914» la
cavalerie anglaise a chargé.
Les Allemands ont repris Biaches et la Maisonnette,
mais en ont été chassés aussitôt.
L'Italie apprend avec indignation que Gesare Battisti,
député de Trente, a été fusillé par les Autrichiens et
ensuite pendu.
Les Russes délogent les Turcs de leurs positions au
sud-ouest de Mush.
Wilson accepte la proposition de Carranza consistant
à soumettre à l'arbitrage les questions pendantes enti^e
les Etats-Unis et le Mexique.
Depuis vingt-quatre heures, malgré le mauvais
temps, les Anglais ont détruit 9 avions allemands sans
en perdre un seul.
Sous la présidence du prince de Wedel s'est formé
un comité national allemand pour la préparation de la
paix.
Une note officieuse allemande met le public en garde
contre les espérances exagérées fondées sur la pro-
chaine récolte.
La guerre coûte k l'Angleterre i5o millions par jour.
La France émet à New-York un nouvel emprunt de
5oo millions.
Mort k Paris du célèbre savant Metchnikoff.
Dimanche 16 juillet. — L'artillerie belge boule-
verse les organisations défensives de Steenstraate.
On annonce que le contingent russe a déjà combattu
et fait des prisonniers sur le front de Champagne.
Progrès français k l'ouest de Fleury.
L'incendie de Tatoï (Décélie) est maîtrisé ; il y a de
nombreuses victimes.
Victoire de Sakharov sur la rive droite de la Lipa
(i 3.000 prisonniers et 3o canons).
On signale des contingents bulgares sur le front de
Baranoviczi.
JUILLET 1916 19
Les Russes prennent Baïburt ; les Turcs se replient
en détruisant leurs dépôts.
Gujnemer abat son dixième avion.
Un dirigeable allemand arrive à Constantinople.
Bombes d'avions sur Trévise ; peu de dégâts.
Un nouveau contingent russe débarque k Brest.
On fait remarquer k Petrograd que les alliés de
l'Allemagne sont devenus des fardeaux pour elle.
Cinq cents catholiques espagnols ont remis k
Ms"" Deploige, pour être déposée plus tard à la biblio-
thèque de Louvain, une adresse de sympathie pour la
Belgique, d'un ton très hostile k l'Allemagne {Temps
du i8).
Lundi 17 juillet. — Sur un front de i.4oo mètres,
les Anglais prennent d'assaut la 2'^ ligne allemande au
sud-ouest du bois de Bazentin. A l'est de Longueval,
ils occupent la ferme de Waterlot et enlèvent entière-
ment Ovillers — La Boisselle, disputé depuis le 7. Les
prisonniers faits k Ovillers appartiennent k la Garde.
Les Allemands reprennent la partie est de Biaches.
Au sud-ouest de Kimpolung, la cavalerie russe dé-
bouche sur la chaussée de Kirilibaba k Maramaros-
Sziget.
Le colonel Gaedke écrit (Vorwârts) : « Les succès
du général Broussilov sur Linsingen vont tendre au
maximum les nerfs allemands pendant les jours qui
vont venir. »
Forte offensive turque vers Revanduz.
Treize bombes sont lancées par un dirigeable sur
Riga.
Des avions français incendient des récoltes bulgares
dans la région de Monastir.
On parle k Copenhague de nouveaux dirigeables
géants, en construction k Friedrichshafen.
La France appelle une partie de la classe 1888.
« Il y a ea Allemagne, depuis plusieurs semaines, un mé-
contentement diffus. C'est une crise des partis greffée sur
une crise nationale... L'Allemagne politique donne le spec*
20 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
tacle d'une bande associée pour un coup manqué, qui vou-
drait bien faire payer l'échec à ses chefs. » {Temps.)
Le Parlement brésilien manifeste en faveur de l'Ea-
tente en inscrivant dans ses annales le discours pro-
noncé par Ruy Barbosa à Rio.
Selon le Lokal-Anzdgcr , des documents découverts à
Nisch par les Bulgares établiraient que le colonel serbe
Radovitch, actuellement prisonnier, aurait participé à l'assas-
sinat de Serajevo, après avoir été un des auteurs du meurtre
du couple royal de Serbie.
A propos de la mort de Metchnikoff (le i5), L. Forest
écrit dans le Matin : « Il faudra qu'on trouve des mots pour
séparer la science de la maiscience » et il cite ce propos du
savant russe, lors du manifeste des gS : « La science qui ne
tend pas au bonheur humain n'est pas une science. La
science doit supprimer le crime. »
Polybe explique (Z'/V/aro) pourquoi il faut écrire Pelror/rad,
non Pétrograde.
Mardi 18 juillet. — Contre-attaque allemande sur
les positions anglaises de Longueval et du bois Delville
(Devil's ivood, par étymologie populaire).
Les Français chassent les Allemands de Biaches.
Les Autrichiens se renforcent dans le Trentin.
Les Russes occupent i6 kilomètres de défenses sur
la rive gauche de la Lipa, à partir du confluent du
Styr.
Les Russes occupent Kughi dans la région d'Er-
zindjan.
Un communiqué turc annonce à tort une grande
victoire près de Misrata en Libye.
Des avions de marine allemands Ijombardent des
navires russes" dans le port de Reval.
Nombreuses arrestations à Stuttgart; troubles en
Saxe. L'état de siège est renforcé à Leipzig.
La délégation parlementaire des Colonies et Domi-
nions britanniques est reçue à l'Elysée.
On répète un mot de Barthou : c( Il faut que la paix
soit dure, afin qu'elle soit durable. »
L'Italie dénonce la convention conclue en mai igiô
avec Bùlow pour garantir les droits privés des ressortis-
JUILLET 1916 21
sants allemands et italiens en cas de conflit. Un décret
assimile, avec certaines réserves, les Allemands aux
Austro-Hongrois.
On dit à Rotterdam que l'entrée en jeu de l'armée
anglaise, dont la qualité est une surprise pour les
Allemands, exerce une influence déprimante : c'est
comme si un nouvel ennemi s'était déclaré.
Mercredi 19 juillet. — L'assaut allemand sur les
positions anglaises, commencé le i8, reprend le bois de
Delville et le village de Longueval ; mais une contre-
attaque fait des progrès.
Les Anglais font 120 prisonniers au sud d'Armen-
tières.
Suivant un officier d'artillerie anglais, les Anglais
ont dépensé, depuis trois semaines, dix millions d'obus ;
il faut donc accroître sans relâche la pi'oduction des
munitions.
Les Russes attaquent avec violence sur le front de
Riga.
Le 17, le 18 et le 19, bombardement aérien de
Baccarat et de Lunéville ; dégâts matériels.
On parle de nouveaux dirigeables allemands longs
de 280 mètres et pourvus de quatre nacelles blindées.
Le père jésuite Durbar, soupçonné d'être un des
rédacteurs du journal clandestin La Libre Belgique,
a été condamné par les Allemands à douze ans de
travaux forcés.
La Roumanie interdit l'exportation du maïs.
Il résulte du rapport d'un délégué delà Croix-Rouge
(section caucasienne) que l'extermination systématique
des Arméniens a été dirigée par des officiers et agents
allemands.
« Le service de la presse à l'Etat-major impérial allemand
est entré depuis quelques semaines dans la phase critique.
Cela devait arriver. Les procédés étaient trop artificiels, trop
en dehors de la vérité, pour ne pas finir par succomber de-
vant elle. » (Journal de Genèue).
Jeudi 20 juillet. — Les Anglais regagnent du
22 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
terrain dans le bois Delviile et à Longueval. Au nord
de la ligne Bazentin-Longueval, ils avancent d'un
kilomètre.
La classe allemande de 19 17 commence à paraître
sur le front britannique.
Attaque française de part et d'autre de la Somme.
La première position allemande est enlevée d'Estrées à
Vermandovillers (2.900 prisonniers, 3 canons, 3o mi-
trailleuses).
Au sud de Fleury, les Français enlèvent un fortin
(i5o prisonniers).
Les Russes délogent l'ennemi de Verbene et s'em-
parent des passages du Styr. Un combat violent se livre
près de Berestechko (1.600 prisonniers).
Sur la route de Trébizonde à Erziudjan, les Russes
prennent Gumishkaneh.
Le grand quartier allemand signale le bombardement
des villages de la Forêt-Noire par des avions et menace
de représailles ce un grand nombre de pacifiques villes
françaises se trouvant en dehors des opérations ».
Imposante manifestation à Rome en l'honneur du
martyr trentin Battisti ; on crie : « Guerre à l'Alle-
magne ! »
Manifestations à Bucarest en faveur des AlHés
Filipesco dit que Bratiano lui avait promis que la Rou-
manie interviendrait en même temps que l'Italie, mais
qu'il s'est dérobé en disant que l'armée n'était pas prête.
« M. de Bethmann, au rebours des conservateurs, n'a pas
voulu la guerre. Le malheur de l'humanité a été qu'en un
pareil moment le chef responsable du Gouvernement fût
inférieur aux circonstances. » {Journal de Genève).
Vendredi 21 juillet. — Les Anglais, dans la nuit
de jeudi, ont pris le bois des Foureaux, mais ont été
rejetés de la partie nord du bois par une contre-at-
taque.
On assure que, depuis trois semaines, les Allemands
ont envoyé 34o.ooo hommes sur le front français
(100.000 hommes de troupes fraîches, 240.000 blessés
guéris).
JUILLET 1916 23
Les Allemands disent avoir repoussé de violentes
attaques russes sur le front de Riga.
Les aviateurs anglais détruisent six avions allemands
et en perdent trois.
Les aviateurs français lancent ii5 obus sur la gare
de Metz-Sablons.
Bombes d'avions sur Suez.
Le Volksfreund de Carlsruhe revient sur l'histoire
des prétendues bombes lancées le 2 août par un avion
français et sur l'enquête du professeur Schwalbe,
concluant que l'accusation était mensongère (18 mai
igiG). Le journal allemand demande que cette affaire
soit éclaircie (Voir le Matin du 28 juillet).
Bruxelles célèbx^e la fête belge. En punition, elle est
frappée d'une amende de i million de marks.
Appel de la presse allemande :
Une offensive beaucoup plus violente qu'on ne saurait se
l'imaginer s'est déclenchée. Les armées russes reconstituées
et munies d'un nombreux matériel se sont lancées contre
notre rempart à l'est. La France, qui a fait preuve d'une
recrudescence de vie dont elle-même ne se serait pas crue
capable, a entraîné sur la Somme l'armée anglaise en des
combats où une nombreuse artillerie renforce l'infériorité
numérique des hommes. Un ouragan de fer est lancé sur
nos soldats; des troupes noires et blanches attaquent conti-
nuellement avec énergie. L'armée allemande s'est surpassée
et continuera à le faire jusqu'à la victoire. Mais notre
peuple doit se demander s'il a fait tout son devoir. Notre
confiance dans la victoire est-elle encore la même qu'au
début de la guerre? Tout découragement est une trahison,
toute plainte est un crime. Ne mettez pas en danger le salut
de la patrie par des querelles intestines. Que chacun fasse
preuve de bonne volonté et de solidarité envers son pro-
chain I
Manifeste du Comité national allemand pour une paix
avec honneur : avancement des frontières dans 1 est,
garanties dans l'ouest. Les pangermanistes condamnent
cet appel comme beaucoup trop modéré.
Le professeur Delbriick (Tag) demande que l'Alle-
magne cherche des compensations à l'est ; à l'ouest, la
garantie des sous-marins doit suffire (Voir Journal de
24 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Genève, 24 juillet). La Kreiizzeitung proteste et voit là
une tentative pour accommoder l'intérêt de l'Angleterre
au goût du peuple allemand.
Samedi 22 juillet. — Au sud-est de Tatarov, les
Autrichiens se sont retirés de la Magura sur la crête
principale des Carpathes.
Les Russes, avançant vers Erzindjan, traversent
l'Euphrate. On se bat avec acharnement vers Revanduz.
Les Turcs attaquent les Russes vers Mossoul.
L'Italie nie absolument les succès turcs annoncés en
Libye.
Douze avions français ont bombardé la gare et les
casernes de Mûllheim. Au retour, ils abattent 4 avions
allemands et en perdent 2.
Nungesser abat son dixième avion.
Malgré la fusillade, un avion italien, survolant le
château de Trente, laisse tomber une couronne en
l'honneur de Battisti et jette des proclamations dans la
campagne voisine : « L'Autriche mourra étranglée. »
On dit que 2 torpilleurs russes ont poursuivi 4 va-
peurs allemands dans les eaux suédoises.
A l'unanimité moins 8 voix, le Comité directeur du
parti socialdémocrate, réuni à Berlin, repousse tout
projet d'annexion.
L'archevêque de Cologne affirme que le Pape a plu-
sieurs fois prié les belligérants de conclure la paix.
c( Seul, dit-il, l'empereur d'Allemagne tendit la main
pour une paix juste, mais ses ennemis la repoussèrent. »
On écrit de Paris au Secolo que l'Italie manque de
gros canons et que l'Entente s'occupe de constituer une
grosse artillerie interalliée.
« Il sera permis un jour de préciser dans quelles condi-
tions l'Allemagne fit des oflres à la Suisse, et quelles offres.
Ce que l'on peut dire dès à présent, car tout le monde le
sait, c'est comment la Suisse répondit : en mobilisant avant
les belligérants eux-mêmes. » (Hauser, Revue critique, p. 62.)
Dimanche 23 juillet. — Sazonov donne sa démis-
sion pour « cause de santé » (en réalité, à cause de la
JUILLET 1916 25
question polonaise) et est remplacé par Boris Sturmer,
président du Conseil ; Khvostov est à l'Intérieur, Makarov
à la Justice.
Les Anglais reprennent Longueval. Combats acharnés
de Pozières à Guillemont.
Après quatre jours de combats sur le front de Riga,
les Russes ont progressé dans la région d'Uxhull, avec
l'assistance des cuirassés russes dans le golte de Riga.
Belfort est violemment bombardé par obus monstres
et projectiles aériens.
Le journaliste américain Wiegaud a vu Guillaume II
sur la Somme et lui a trouvé l'aspect d'un vieillard
préoccupé.
« Depuis le début de la guerre, nous avons appris bien des
choses. Nous avons appris que le peuple français, dont la
décadence nous était s;m8 cesse annoncée, a trouvé en lui
des forces de résistance qui nous imposent le respect. Les
malins qui allaient l'épétant que les Anglais se battraient
« jusqu'au dernier Belge » se taisent enfin, et c'est cela de
gagné. » (Gazette de Firincfort.)]
« Par tout ce que je vois ou entrevois, j'en arrive à conce-
voir une situation très favorable aux Alliés. » (Général de
Lacroix, Temps du 2l\.)
Un défilé historique, organisé par Miss Pankhurst, a
parcouru les rues de Londres, pour affirmer la volonté
de victoire des femmes britanniques. Des femmes à
cheval représentaient saint Michel, Jeanne d'Arc et les
divers pays alliés. Le cortège a déposé des fleurs au
pied des statues de Nelson et de Wellington (Voir
Journal de Genève du 24).
A San-Francisco, lors d'une procession en faveur de
la préparation militaire des Etats-Unis, une bombe a
fait explosion, tuant G personnes et en blessant 4o. On
croit à un attentat allemand.
Lundi 24 juillet. — Les Anglais occupent en grande
partie Pozières.
Les Français prennent une redoute à l'ouest de
Thiaumont.
Les Italiens enlèvent complètement le mont Cismon.
Zb CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Le général Danglis, ancien ministre de la Guerre,
accepte la présidence d'une ligue de réservistes véni-
zélistes.
Les Russes sont à i6 kilomètres d'Erzindjan ; les
Turcs brûlent leurs dépôts.
Le Gouvernement roumain a fermé la frontière du
côté de la Bulgarie. On prétend à Bucarest qu'il est
arrivé un deuxième transport de matériel de guerre,
venant de Russie.
Asquith demande aux Communes un nouveau crédit
de 12 milliards. Lloyd George dit que la production
des canons de gros calibre est supérieure tous les mois
au stock possédé par les Anglais avant la guerre.
Le général Jofîre et Sir Douglas Haig expriment l'un
et l'autre (Matin et Écho de Paris) leur entière con-
fiance.
Le général Alexeiev dit au correspondant du Times
que les ressources de l'Allemagne en nommes s'épuisent
et qu'il n'y a pas, à proprement parler, d'armée de
réserve. Huit divisions ont été envoyées de France sur
le front russe du sud.
Des socialistes dissidents allemands sont arrêtés k
Elberfeld.-
La Hongrie a déjà dépensé ii milliards; elle dépense
600 millions de couronnes par mois.
« Le redoublement d'attaques dont Kant est l'objet, depuis
la guerre, de la part de quelques-uns, semble provenir non
pas tant de sa qualité d'Allemand que du caractère essen-
tiellement laïc et libéral de sa pensée. C'est avant tout le
champion de l'autonomie de la conscience et de la raison que
plusieurs ne parviennent pas à admirer. » (Journal de Ge-
nève.)
Mardi 25 juillet. — Les Allemands, renforcés sur
la Somme, attaquent les Anglais.
Violent bombardement dans la région de la Laufée
(rive droite de la Meuse).
Une attaque allemande est repoussée au nord-est
d'Altkirch.
Jusqu'à présent, les Alliés ont pris dans la Somme
JUILLET 1916 27
26.000 hommes, i4o canons et plusieurs centaines de
mitrailleuses.
On affirme que les munitions russes ne sont pas
arrivées à Bucarest, mais sont restées à la frontière.
Guillaume II et Falkenliayn sont sur le front russe.
Sur la rive droite du Styr, les Russes pénètrent en
teri'itoire galicien et marchent sur Brodj-. Sur le front
de la Slonovka, affluent du Styr, ils passent sur la rive
gauche et font 4-ooo prisonniers.
Du i5au 25, les Russes, en Volhynie, ont pris il^.ooo
hommes, 4^ canons, 71 mitrailleuses. Pendant leur
dernière offensive, ils ont capturé 5.225 officiers, nombre
supérieur au chiffre total d'officiers pris par eux depuis
le début de la guerre.
Les Russes prennent Erzindjan, achevant ainsi la
conquéfe de l'Arménie.
Les Etals-Unis sont d'accord avec le Gouvernement
danois pour acheter les trois Antilles danoises moyen-
nant 125 millions.
Bombes d'avions italiens sur les jetées et hangars de
Durazzo.
La peste, le choléra et le typhus s'étendent en Syrie.
La presse allemande s'inquiète de l'attitude de la
Roumanie.
On cite à Zurich des faits précis, prouvant que des
désaccords profonds se font jour entre l'armée alle-
mande et l'armée austro-hongroise.
Le nouveau parti de l'indépendance, constitué en
Hongrie par Karolyi, réclame l'institution d'une juri-
diction internationale, avec obligation d'y avoir re-
cours.
Mercredi 26 juillet. — Les Anglais prennent
des tranchées à l'est de Pozières.
Une offensive allemande est repoussée à Kemmern
(golfe de Riga).
Des troupes turques sont arrivées en Galicie pour
soutenir les Autrichiens.
Dans la nuit du 25 au 26, nos avions bombardent les
établissementsmilitaires de Thionville.
28 CHRONOLOGIE DE LA. GUERRE
Le Dreslaa, se dirigeant vers Novorossyisk, est mis
en fuite par une escadre russe.
Tumulte dans une réunion socialiste a Francfort;
on empêche Scheidemann de parler.
F. VVeill, ex-député socialiste au Reichstag, dit au
Dailij Mail que l'atmosphère politique faisant complè-
tement défaut en Allemagne, il ne faut pas croire k la
f)ossibilité d'une révolution. Les résultats obtenus sur
es champs de bataille briseront seuls l'orgueil des
hobereaux.
Le Times confirme que le massacre de plus d'un mil-
lion d'Arméniens a eu lieu par ordre de Constantinople
et a été exécuté avec l'aide d'officiers allemands (Z'e/n/)S
du 28).
Le total des crédits de guerre votés par le Parlement
britannique s'élève à 70 milliards 5oo millions.
Les États-Unis envoient une note à l'Angleterre, pro-
testant contre l'inscription de maisons américaines sur
« la liste noire » publiée à Londres (maisons avec les-
quelles les Anglais ne doivent pas commercer).
On écrit au Daily Mail que les champs labourés par des
obus augmentent merveilleusement de force productrice,
même quand ils étaient presque stériles.
Jeudi 27 juillet. — Les Anglais chassent les Alle-
mands du bois Delville.
On signale k Amsterdam de grands mouvements de
troupes allemandes en Belgique.
Une reconnaissance russe enlève une tranchée en
Champagne près de Hauterive.
« Quand l'histoire de la grande guerre pourra être écrite,
aucun chapitre, si ce n'est celui des actions décisives, ne
prendra autant de relief que celui de la prise et de la ferme-
ture par les Italiens de la muraille des Alpes. » (Hilaire Belloc,
Land and Water, p. 8.)
Les Serbes attaquent les Bulgares en territoire grec,
au nord de Vodena.
Famine et choléra à Constantinople.
Les Russes franchissent la Boldourovka, affluent du
JUILLET 1916 29
Styr(2.5oo prisonniers). Les Autrichiens évacuent Rad-
zivlov.
Une violente offensive turque vers Mossoul est
repoussée.
Le chérif Je La Mecque a pris Yambo, avec toute la
garnison turque.
Bombes allemandes sur Crépy-en-Valois ; bombes
autrichiennes sur Bari, Molfetta, Otrante, Mola di Bari.
Les Allemands bombardent la station aérienne russe de
l'île d'Oesel.
Un groupe d'intellectuels hollandais adresse aux pays
neutres un appel relatif au sort de la Belgique; il s'agit
de soutenir ceux qui, en Allemagne, combattent les pro-
jets d'annexion.
L'Angleterre a acheté toute la récolte des pommes de
terre en Hollande.
Les blés de Bohême ont été très éprouvés par la
grêle.
Les Allemands jugent et fusillent Fryatt, capitaine
de paquebot, pour avoir essayé de couler un sous-marin
le 28 mars.
« Rendre impossible pour toujours une pareille tuerie ! La
rendre impossible en instituant une justice internationale
(jui aura, pour faire exécuter ses arrêts, la police interna-
tionale constituée par l'armée des Alliés^ par l'armée du droit !
Dans cette milice [sainte, le peuple allemand aura sa place,
quand il en sera digne. » (G. Hervé, La Victoire.')
Vendredi 28 juillet. — Les tentatives allemandes
pour reprendre le bois Delville sont repoussées. Les
Anglais progressent au nord et au nord-est de Pozières,
malgré une résistance acharnée, et occupent les der-
nières positions fortifiées de Longueval.
Le nombre des déserteurs allemands en Hollande
s'accroît ; on signale un poste allemand de 1 1 hommes
qui s'est rendu avec un sous-officier, titulaire de la croix
de fer.
Les Français repoussent deux attaques allemandes
au sud du col de Sainte-lMarie (Vosges).
Les Russes amènent des renforts dans le secteur de
Riga.
30 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
A l'ouest de Lutsk, ils enfoncent le front austro-alle-
mand. Après une bataille acharnée , ils occupent
Brodj. Ce jour, ils ont pris 20.5oo hommes et 55 ca-
nons.
Le Sénat américain a voté i milliard 56o millions
pour accroître la marine et l'armée.
Des sous-marins allemands ont coulé huit bateaux
de pêche dans la mer du Nord.
Le Temps publie une lettre de Lille , datée du
3o avril, relatant d'abominables enlèvements de jeunes
gens, envoyés au loin pour cultiver la terre ; des Alle-
mands eux-mêmes se montraient indignés de la besogne
infâme qu'on leur imposait. Le Gouvernement français
proteste contre ces déportations de civils {\o\v\q Matin
du 29).
On assure que 483 millions de marks ont été payés
pour la remise en état du territoire de la Prusse Orien-
tale occupé temporairement par les Russes.
Nicolas de Grèce est parti de Petrograd pour le
quartier général russe, où il doit être reçu par le Tsar.
Les Etats Scandinaves ont protesté contre l'abrogation
de la Déclaration de Londres.
On annonce qu'un maire bavarois a refusé des cartes
de viande et de pain aux Prussiens de passage.
Kitchener proposait d'exclure les Allemands de la Grande-
Bretagne et de ses colonies pendant vingt et un ans. Sir
G. Forster, ministre canadien, propose aussi de mettre l'Al-
lemagne en quarantaine pendant une génération. « Je ne
suis pas, dit-il, un apôtre de la haine, mais j'ai de la mémoire. »
{DaihjMail, 3i juillet.)
Samedi 29 juillet. — Les Anglais pénètrent dans
les tranchées allemandes au sud d'Ypres et dans le
saillant de Loos; ils repoussent deux coups de main
allemands vers la redoute Hohenzollern.
Les Autrichiens eni^ôlent de force les Serbes valides
pour les envoyer en Galicie; ils abattent des forêts
en Serbie.
Le choléra étant dans l'armée bulgare, la Grèce
prend des précautions à la frontière.
JUILLET 1916 31
a Quand oa publiera le traité d'alliance conclu après la
guerre balkanique, on constatera que la Grèce s'est couverte
de honte. Il nous eût été possible de sauver les Serbes, car,
avec le concours des Alliés, nous aurions pu écraser la Bul-
garie et empêcher la jonction de ses armées avec celles de
l'Europe centrale. » (^Kijrix, journal de Venizelos.)
Les Russes rompent de nouveau le front ennemi dans
la direction de Kovel.
Progrès russes à l'est et au sud d'Erzindjan.
Douze dirigeables lancent 82 bombes sur la côte
orientale de l'Angleterre ; pas de victimes.
Guynemer abat son onzième avion.
La Cour fédérale a décidé que VAppam n'est pas
prise de guerre et doit être rendu aux autorités britan-
niques.
On a appris à Londres que l'assassinat juridique du
capitaine Fryatt a été sanctionné par l'Empereur. On
demande que les assassins soient jugés k leur tour.
Le Daily Mail suggère la confiscation des biens des
Allemands en Angleterre. Les appels k la décence et à
l'humanité sont inutiles, ces sentiments étant inconnus
des Huns. On pourrait aussi bien envoyer des billets
doux à un tigre.
Les États-Unis publient une note déclarant que l'Alle-
magne a refusé les propositions de l'Angleterre et de la
France de laisser passer des vivres américains destinés
à la Pologne.
Le Journal de Genève dit qu'en Allemagne on com-
mence à croire que l'heure de la Roumanie a sonné.
Une note officieuse dit qu'il y a 3o divisions turques
dans le Caucase, 8 en Arabie et en Syrie, 10 dans le
reste de l'Empire, en tout 48- Les ressoui'ces en hommes
paraissent épuisées.
Dimanche 30 juillet. — L'ofïensive française
reprend au nord de la Somme ; on enlève 3. 800 mètres
de tranchées vers Maurepas-Monacu, tandis que les
Anglais avancent à l'est du bois Delville.
Violente attaque autrichienne repoussée dans la zone
de Tofana.
Premier débarquement de troupes russes à Salonique.
32 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Depuis huit semaines, les Russes ont fait 3oo.ooo pri-
sonniers.
On prétend qu'une forte armée russe est concentrée
en Bessarabie, prête à attaquer la Bulgarie en passant
par la Roumanie.
On annonce que les Français sont pourvus de fusils-
mitrailleuses.
Les Allemands ont, dit-on, 122 divisions sur le front
anglo-français ; ils ont concentré 3oo batteries sur la
Somme.
A New- York, cent wagons de munitions sautent dans
les docks de Leighvalley ; nombreux morts, 126 mil-
lions de dégâts.
Commémoration de la mort de Jaurès au Trocadéro. Van-
dervelde dit : « Je n'ai, nous n'avons qu'une crainte : ce n'est
pas que la victoire nous échappe, mais bien que notre propre
victoire nous domine. Il y a quelque part chez Nietzsche, le
grand Allemand qui, plus que personne, détesta le milita-
risme prussien^ un mot admirable : « Celui qui lutte contre
« des monstres doit prendre garde de ne pas devenir monstre
« lui-même. »
Des professeurs de l'Université de Berlin, entre autres
Ed. Meyer et Wilamowitz, adressent un appel au peuple
allemand, affirmant le pacifisme de l'Allemagne, mais deman-
dant que la paix future soit marquée par un accroissement
de puissance, une extension du domaine allemand.
La Gazette de Francfort dit que la situation des Empires
alliés serait très grave s'ils ne pouvaient compter sur une
grosse indemnité de guerre.
Le Pape a reçu une délégation de jeunes gens de
Rome ; le Temps écrit :
« Le point de vue pontifical reste tel qu'on l'a connu depuis
deux ans : gémir, prier, ne pas juger... Le souverain pon-
tife est neutre, ce qui convient mal à un souverain spirituel.
Benoît XV doit se demander si, par sa politique présente, il
ne prépare pas des églises nationales. La neutralité du Pape
est une défaite de la Papauté. »
Une ligue dite League of Britons s'est formée dans
le dessein de faire juger le Kaiser et ses complices pour
l'assassinat de Fryatt et leurs autres crimes.
Indignés de l'exécution de Fryatt, des habitants de
JUILLET 1916 33
Rotterdam manifestent devant le consul allemand en
criant : « A bas l'Allemagne ! »
« L'Empire de refficacité a commencé la guerre du terro-
risme le i^' août igiA- I-'C i^'' août igiS, les perspectives
de la liberté et de la démocratie étaient très sombres. La
seconde année se terminera mardi ; Taube paraît. » {New-York
limes.)
Lundi 31 juillet. — Proclamation de Guillaume II
et rescrit de François-Joseph. Guillaume fait observer
que la puissance et la volonté de l'ennemi ne sont pas
encore Drisées.
Les Anglais repoussent une attaque sur Bazentin-le-
Petit.
La canonnade augmente sur la rive droite de la
Meuse.
Le ministre d'Allemagne fait une démarche commi--
natoire à Bucarest « pour arrêter le Gouvernement rou-
main avant qu'il fasse un saut dans l'abîme au fond
duquel deux rois balkaniques reposent, les os brisés ».
(Journal de Genève du 2 août, d'après les Dernières
Nouvelles de Munich.)
On s'inquiète, à Bucarest, de la propagande anti-
roumaine faite par les Bulgares dans la Dobrudja.
Les Russes font prisonnier tout un régiment hon-
grois sur le Stokhod. Ils franchissent à la nage la
rivière Koropetz.
Des avions anglais lancent 7 tonnes de projectiles
sur les lignes de communication et les cantonnements
allemands.
La passe du Sund ayant été fermée par la Suède,
des navires anglais sont embouteillés dans la Baltique.
Au Parlement anglais, à propos de l'assassinat de
Frjatt, Carson demande le vote d'une loi déclarant que
le peuple allemand ne sera pas admis dans la commu-
nauté des nations avant la réparation de ses crimes.
Les perles prussiennes atteignent 2.844-ooo hommes,
les pertes allemandes 3. 1 53. 000, dont 800.000 tués,
890.000 disparus, 1.970.000 blessés (jusqu'au i" juil-
let).
128, CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 3
34 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
AOUT 1916
Mardi i^^ août. — Violentes attaques allemandes
à l'ouest et au sud de Thiaumont, ainsi que sur le front
Vaux-Chapitre — Le Chénois.
L'insurrection s'aggrave en Albanie, par suite des
attentats des soldats bulgares contre les femmes.
Bataille furieuse sur le Stokhod.
La cession des Antilles aux États-Unis rencontre
une forte opposition au Danemark.
Hughes, candidat à la présidence des États-Unis,
s'élève contre les intrigues étrangères sur le sol de
l'Amérique et demande des mesures énergiques pour
les empêcher.
Trente-trois combats aériens sur le front de la
Somme; i5 appareils allemands sont touchés.
Dans la nuit du 3i, sept dirigeables ont jeté 60 bom-
bes sur sept comtés anglais de l'est et du sud-est, sans
faire de victimes ; ils ont aussi jeté des torpilles
aériennes (82= raid).
Vin jt-quatre avions italiens bombardent les bâtiments
militaires de Fiume et de Volosca.
Le sous-marin commercial Deutschland a quitté les
États-Unis, avec une cargaison de nickel, de caout-
chouc et d'or.
Par suite de la guerre sous-marine, les Alliés et les
neutres ont perdu au mois de juillet 98.000 tonnes.
Toutes les frontières de l'Allemagne sont fermées
jusqu'à nouvel ordre, même du côté Scandinave.
L'Italie dénonce le traité de commerce qui, si^né en
1891 et renouvelé en 1904, la rendait tributaire de
l'Allemagne.
Le président Poincaré adresse une lettre aux soldats
de France :
« Gloire à Verdun, qui a préparé l'action commune des
AOUT 1916 35
années alliées ! Gloire à vous, mes amis, qui avez sauvé la
France et vengé le droit insulté ! »
A l'occasion du deuxième anniversaire de la déclara-
tion de gueiTe à la Russie, Donnay écrit dans le
Figaro :
« Il fallait peut-être que Guillaume II déchaînât cette guerre
horrible pour inspirer au monde une définitive horreur de la
guerre. Une telle guerre avance sans doute l'ère de bonheur
et de paix que les hommes de bonne volonté espèrent depuis
des siècles. Après ce tremblement de la civilisation, ces
hommes-là pourront prêcher par toute la terre la douceur et
la fraternité avec l'espoir d'être entendus. »
« Le traité qu'on signera en 191 7 ne sera pas un traité ordi-
naire. On a dit qu'il s'agira d'arracher les dents à l'Alle-
magne; c'est vrai, ne l'oublions pas. Une Allemagne .vaincue,
mais capable de préparer et de faire la guerre, serait la
condamnation des Alliés et un outrage à leurs morts. »
(Temps.)
Les journaux allemands consacrent des articles au début
de la troisième année de la guerre et disent qu'il faut tenir.
« Nous n'avons pas de pitié à attendre », écrit la Gazette de
Cologne.
Il y a 4.002 usines de munitions contrôlées en Angle-
terre.
Dans le Mercure, Jules Chopin prétend savoir que le com-
plot de Serajevo fut tramé par l'archiduc François-Ferdinand
lui-même; il voulait 0 sa guerre » et il avait reçu carte
blanche de Guillaume II à Konopischt. Le premier attentat,
petit projectile à détonation faible, fut l'œuvre de Cabri-
novitch, fils d'un mouchard autrichien. C'est cet attentat
qui devait être exploité. Le second fut commis par Prinkip,
tout jeune homme, qui tua le couple impérial à coups de
revolver; cet attentat, fruit du fanatisme, ne pouvait être
Prévu, l'auto du prince ayant passé par un endroit où on ne
attendait pas. L'archiduc, organisateur d'un complot man-
qué, fut victime du fanatisme d'un isolé (Cf. Temps du 2).
« Le dumping peut se retourner contre le pays qui le pra-
tique et favoriser au contraire l'industrie du pays importa-
teur... Quand la Conférence économique a décidé d'adopter
un régime spécial pour permettre de lutter contre toute ten-
tative de dumping, elle a imposé aux plénipotentiaires
futurs une tâche plus difficile qu'on ne croit. » (Ch. Gide,
L'Emancipation y p. 107.)
36 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Mercredi 2 août. — Le roi de Monténégro rend
visite au Président de la République.
Les Allemands ont un peu progressé au bois de Vaux-
Chapitre et au Chénois; les Français ont avancé sérieu-
sement au sud de Fleury et fait 700 prisonniers.
Les Allemands attaquent avec des gaz près de Smor-
goni, mais sont repoussés.
Le colonel Feyler écrit :
« Quelqu'un ment de nouveau. Est-ce Petrograd en annon-
çant les victoires de Lutsk et de Brody ? Est-ce Vienne et
Berlin en les contestant? »,
Des avions alliés bombardent un aérodrome et des
dépôts de munitions dans la région de Gand.
Le grand cuirassé italien Léo/zarc^c^e Fmc/ est détruit
par un incendie et une explosion; 200 morts. On croit
à un crime.
D'après certains avis, le Bremen aurait été pris dans
les filets de la Manche (New-York Herald, i^' oct.
Un submersible italien torpille un contre-torpilleur
autrichien dans l'Adriatique.
De nouvelles troupes russes ont débarqué à Brest.
L'encaisse du Trésor public à Washington atteint
près de 12 milliards.
On publie à Londres des documents officiels sur les
atrocités commises en Afrique par les Allemands : tor-
tures infligées aux indigènes, puits empoisonnés avec
de l'arsenic (Sud-Ouest africain).
Le Gouvernement français distribue aux neutres un
recueil de documents sur la conduite des autorités alle-
mauides dans les départements occupés.
Un décret du Conseil fédéral allemand autorise le
Chancelier à ordonner la liquidation forcée des entre-
prises dont le capital appartient en majorité à des
ressortissants britanniques.
Th. WoliT écrit dajis le Berliner Tageblatt :
« Après que la terreur des événements aura pour toujours
effacé le mot de poésie de la guerre, il sera nécessaire qu'on
mette fin à une théorie comme celle de la guerre inévitable. »
Le groupe hongrois indépendant (Karolyi) réclame
AOUT 1916 37
la constitution d'une armée hongroise séparée, réservée
à la défense du territoire national.
Parlant à l'ouverture de la session d'été à Cambridge,
Lord Robert Cecil a dit :
« Les hommes d'Etat d'Allemagne sont des menteurs, les
officiers des brutes, les marchands des fripons. »
« On ne pouvait pas se donner tout de suite les canons qui
manquaient ; mais tout de suite on pouvait se donner la force
d'àme qu'il fallait pour tenir, en attendant qu'on eût aussi les
canons. » (Bergson, Figaro.)
Jeudi 3 août. — Violents combats sur le front
Thiaumont — Fleury. Les Allemands reprennent le sud
de Fleury; nous'^ prenons Thiaumont, mais devons
l'évacuer sous un bombardement intense.
La Epoca de Bucarest publie en fac-similé une lettre
adressée à Marghiloman par un député autrichien, annon-
çant qu'il avait transmis sa lettre au comte Tisza. Dans cette
lettre il est dit que Marghiloman était « beaucoup plus que
les dieux en faveur de l'Autriche » et que Marghiloman et
Tisza se préparaient à combattre l'ennemi commun. Cette
publication crée une grande sensation.
Chute de grêle dans la région de Larissa, détruisant
les oliviers et les plants de tabac.
Dousmanis a été mis en congé par Zaïmis. Il est
accusé d'avoir remis aux Bulgares le fort Rupel à l'insu
du roi.
Hindenburg est nommé généralissime sur le front
russe, où la lutte continue avec acharnement sur le
Stokhod. Les Russes ont dû abandonner Rudka-Mirnis-
kaya sur le Stavok, affluent de gauche du Stokhod,
après avoir enlevé ce village avec 6oo prisonniers.
Guynemer abat son douzième avion.
Nouveau raid de dirigeables sur l'est de l'Angleterre,
dans la nuit du 2 au 3; peu de dommages.
Au Parlement, Pemberton-Billing demande des
représailles par la voie des airs.
C. von Wiegand dit que deux des dirigeables qui ont
survolé l'Angleterre font 190 kilomètres à l'heure et
sont d'une grandeur sans précédent.
38 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
La Hollande se plaint d'être survolée sans cesse par
des dirigeables allemands.
Une poudrière allennande fait explosion à Givet
(4o morts).
Roger Gasement a été exécuté, après avoir reconnu
que sa condamnation était juste.
A. Pollen écrit dans Land and Water (p. 2) :
« Excepté le cannibalisme, il n'y a pas de crime contre
l'humanité que les Teutons n'aient commis depuis deux ans.
Le terrorisme de l'Allemagne a pour objet d'associer le
peuple entier à la dynastie, afin qu'il se défende jusqu'au
bout avec elle, au lieu de chercher son salut en la rejetant. »
« Nous n'entendons pas faire de la paix une trêve entre
deux carnages. Mais on ne négocie pas avec celui qui a
prémédité, voulu, commandé tous ces crimes. On le juge. »
(Polybe, Figaro.)
« On ne parlera plus chez nous de la dégénérescence du
peuple français. Dans les peuples, comme dans chaque orga-
nisme, vit une force de renouvellement qui en France aussi
s'est conservée, malgré tous les signes de décadence. Deux
ans de guerre nous ont appris combien reste dangereux cet
irréconciliable ennemi. Une autre surprise de cette guerre est
qu'elle ait amené l'Angleterre au changement le plus profond
de son histoire moderne, à l'introduction du service obliga-
toire. Un jugement équitable reconnaîtra la grandeur de ce
sacrific'e, que les Anglais eux-mêmes n'avaient jamais rêvé.
Rien ne montre mieux combien est sérieux, chez nos enne-
mis, le dessein de nous anéantir. » {Gazette de Cologne.)
Vendredi 4 août. ■ — Les Anglais, au nord de
Pozières, ont pris sur un front de 2.000 mètres la posi-
tion principale allemande de deuxième ligne et fait
plusieurs centaines de prisonniers.
Pour la seconde fois, en douze heures, les Français
ont pris Thiaumont et Fleury (en grande partie).
Commencement de l'offensive italienne sur l'Isonzo.
Une ligne de tranchées est enlevée a l'est deMonfalcone.
La Roumanie est disposée à entrer en campagne. Le
Roi et Bratiano quittent Bucarest pour ne pas alarmer
l'opinion.
Violents combats sur le Sereth; les Russes passent
sur la rive droite vei\s Peniaki, mais perdent du tei'-
rain au sud-est de Kuty.
AOUT 1916 39
On dit que les autorités et la population civile
évacuent Lemberg.
Moraht {Berliner Tageblatt) déclare que les Alle-
mands aiment mieux reculer graduellement sur le front
oriental et renoncer ainsi aux applaudissements des
lecteurs des communiqués.
Jusqu'à ce jour, les Russes ont pris aux Autrichiens
35o.ooo hommes, 7.100 officiers, 5o4 canons (dont
5o lourds) et 1.200 mitrailleuses.
Dans la nuit du 3 au 4> i4-ooo Turcs attaquent
Romani à i4 kilomètres de Port-Saïd et perdent, par
une contre-attaque (le 5), 2.600 prisonniers et 4 canons.
Attaque de dirigeables sur Sveaborg.
Un sous-marin aux couleurs autrichiennes a coulé
en Méditerranée le paquebot italien Letimbro et tiré
sur les embarcations de sauvetage. De 178 personnes
à bord, il n'y a que 28 survivants. Le crime est aussi
horrible que celui du Lusitania.
A partir de ce jour, la vente de la viande est inter-
dite en Russie pendant quatre jours de la semaine.
Kautsky, dans le Vorwârts, propose de réunir une
assemblée des délégués du socialisme international pour
élaborer un programme de paix.
Le Journal de Genève résume un livre de Chéradame, Le
Plan pangermaniste, d'après lequel la « paix blanche »
serait pour les Alliés un piège mortel. Maîtresse de l'Au-
triche, de la Bulgarie, de la Turquie, l'Allemagne, aurait
formidablement accru sa puissance, tandis que les Etats de
l'Entente seraient dans une situation financière presque
désespérée.
Dans 3.000 réunions convoquées sur tous les points de
l'Empire britannique, en mémoire du troisième anniversaire
de la guerre, on a voté un ordre du jour affirmant la volonté
de soutenir la lutte à tout prix jusqu'à la victoire finale.
« Nous voulons, a écrit le général Haig, une paix triom-
phante. »
Parlant à Queen's Hall, Asquith a pris l'engagement
de punir les auteurs des atrocités allemandes.
Vandervelde dit que la Belgique, ne pouvant arrêter
le train allemand, a été du moins la pierre qui l'a fait
dérailler.
40 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Samedi 5 août. — Progrès anglais à l'ouest de
Pozières.
Malgré des contre-attaques, nous gardons Thiaumont
et une grande partie de Fleury. Deux puissantes atta-
ques sur le bois de Vaux-Chapitre sont repoussées.
L'Italie accepte les boy-scouts comme estafettes dans
les services de l'arrière.
A la suite d'incidents de frontière, les rapports bul-
garo-roumaius sont tendus.
Les Russes rencontrent une vive résistance dans la
boucle du Stokhod, à l'est de Kolki et k l'ouest de
Kimpolung dans les Carpathes. Au sud de Brody, ils font
1.200 prisonniers.
Près de Lissa, un dirigeable italien prend feu et
tombe à la mer carbonisé.
Tirpitz adresse une lettre ouverte à la Gazette de la
Croix, demandant la reprise de la guerre sous-marine
à outrance.
Les États-Unis interrogent l'Allemagne sur le torpil-
lage du Letimbro.
JofTre dit à des correspondants américains que les
effectifs français sur le front sont supérieurs à ceux du
début de la guerre.
Depuis le 4 juin, sur les fronts franco-anglais et russe,
les Austro-Allemands ont perdu 38o.ooo prisonniers,
870.000 tués et blessés, soit 760.000 hommes, dont
600.000 définitivement hors de combat, plus 600 canons
et i.5oo mitrailleuses.
Les Etats-Unis sont menacés d'une grève générale de
transports.
On raconte à Berne que, l'empereur Guillaume ayant
demandé à la supérieure des Bénédictines de Namur com-
ment il pourrait lui être agréable, celle-ci a répondu : « Je
ne veux rien devoir aux oppresseurs de mon pays. »
Dimanche 6 août. — Violentes attaques alle-
mandes, avec liquides enflammés, sur les positions
conquises par les Anglais au nord-ouest de Pozières.
Grande activité de l'artillerie vers Carency et Loos.
Les Français repoussent des attaques sur Thiaumont
et le bois de Vaux-Chapitre.
AOUT 1916 41
On affirme à Rome ([ii'il existe à Athènes des preuves
écrites de la trahison de Dousmanis (livraison du fort
Rupel aux Bulgares).
Les Dernières Nouvelles de Munich disent tenir de
source bulgare la teneur d'une convention militaire
entre la Roumanie et la Russie.
Victoire russe au sud de Brody, sur les rivières Gra-
berka et Sereth. Les Russes prennent six villages et
font 3.100 prisonniers. Du 4 au 6, ils ont pris 8.600
hommes, 4 canons et 19 mitrailleuses.
Pressés par les Turcs, les Russes se replient à l'est
de Kirmanshah. Les Turcs, aidés par les Kurdes, atta-
quent violemment dans la région de Bitlis,
Lundi 7 août. — Les Français prennent une ligne
de tranchées entre le bois de Hem et la rivière, à 1 est
de la ferme Monacu ; ils progressent au sud de Thiau-
mont et dans l'ouest de Fleury.
L'offensive italienne à l'est de Monfalcone se poursuit;
le 6 et le 7, les Italiens ont pris 8.000 hommes, 11 ca-
nons et une centaine de mitrailleuses. Des incendies se
sont déclarés à Gorizia. Pendant l'action, les torpilleurs
italiens ont bombardé la côte entre Duino et Mira-
mar.
Prenant l'offensive sur un front de 25 kilomètres au
sud du Dniester, les Russes ont pris Tlumacz; une
division russe a capturé 2.000 Allemands et beaucoup
de canons. Les Russes ont employé des obus qui anes-
thésiaient les artilleurs ennemis.
Un avion lance 4 bombes sur Nancy et blesse
5 civils.
Le Gouvernement suédois proteste contre les torpil-
lages répétés de navires suédois par les Allemands.
Le dépôt d'artillerie de Rothenstein (Prusse Orien-
tale) fait explosion (60 victimes).
Au cours d'une séance solennelle, les Chambres
portugaises sont informées que la Grande-Bretagne
accepte l'offre d'une armée portugaise et spécifie son
concours financier.
A la majorité de 1.824 voix contre 676, le Conseil
42 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
national du parti socialiste s'est prononcé contre la
reprise immédiate des relations internationales.
Manifeste des intellectuels argentins en faveur des
Alliés (texte dans le Temps, i4 août).
Llyod George dit aux troupes canadiennes que le
Canada a envoyé en Europe autant d'hommes que l'An-
gleterre en a envoyé en France en 1914- H dit qu'à la
ataille d'Ypres le Canada a sauvé Calais.
On dit à Rome que le Pape a protesté auprès de
Guillaume II contre les enlèvements de civils opérés
dans le nord.
« A l'abri de tranchées douanières abondamment garnies de
tarifs protecteurs, le monde civilisé pourra réorganiser son
industrie et se défendre contre le cambriolage industriel pré-
médité par les Allemands. » (Houllevigue, Temps.')
Mardi 8 août. — Progrès français, le 7 et le 8, au
nord de la Somme, sur un front de 6 kilomètres et une
profondeur de 3oo-5oo mètres.
Les Allemands ont repris Thiaumont, mais ont été
arrêtés le long de la route de Fleury et à Fleury
même. Les Français ont ensuite repris ce qu'ils avaient
perdu au nord-ouest et au sud de Thiaumont et
pénétré à nouveau dans l'ouvrage. Sur le front Vaux-
Chapitre — Le Chénois, nous avons pris deux lignes de
tranchées.
Les Serbes ont repris aux Bulgares les positions
avancées que ceux-ci avaient occupées lors de la
retraite des Grecs.
Les Russes occupent Tysmenitza, prennent 7.600
hommes, 5 canons, 63 mitrailleuses et arrivent aux
portes de Stanislau.
Washburn, correspondant du Times sur le front
russe, écrit que les Allemands peuvent être avalés
bouchée par bouchée, mais qu'il ne peut être question
de les balayer comme le furent les Autrichiens.
Dans le Caucase, les Russes reprennent l'offensive ;
combats acharnés au nord de la licfne Mush — Bitlis.
Dans la nuit de mardi à mercredi, dix dirigeables lan-
cent 160 bombes sur l'Angleterre (6 morts, 12 blessés).
AOUT 1916 43
La Gazette de Lausanne appelle Briand « le grand
chef civil de la Quadruple Entente » et lui attribue
l'honneur d'avoir enfin organisé le front unique.
Meeting socialiste à Leipzig ; le député Geyer
explique la cherté par l'influence des agrariens et
demande une paix sans annexion ; le député Libinski
dit que l'Allemagne a fait la guerre par soif de
conquêtes (Voir L' Information du i3).
Le cardinal Hartmann a répondu à la protestation
du Pape au sujet des déportés du Nord, en alléguant
qu'il s agit de remédier aux difficultés d'alimenter la
population ; les déportés sont occupés aux récoltes et
seront ensuite renvoyés dans leurs foyers.
La Turquie emprunte 5oo millions à l'Allemagne.
Elle réquisitionne les femmes des musulmans entre
dix-huit et trente-cinq ans, pour remplacer les fonc-
tionnaires civils appelés sous les drapeaux.
Mercredi 9 août. — Attaque allemande avec gaz
toxiques sur le saillant d'Ypres.
Au nord de la Somme, nous reprenons une tranchée
perdue du bois de Hem.
Les Allemands reprennent pied à Thiaumont; ils
attaquent sans succès au nord-ouest d'Altkirch.
Ayant passé l'Isonzo dans la nuit de mardi à mer-
crecfi, les Italiens sont entrés mercredi matin àGorizia;
ils ont repoussé les contre-attaques autrichiennes sur
le Carso, entre le Mont-Saint-Michel et San-Martino.
Rome pavoise.
Les Français ont occupé la gare de Doiran.
Une grave explosion se produit dans la poudrerie et
fabrique d'armes de Dudest, près de Bucarest ; dégâts
très importants (62 tués, 108 blessés).
Après des combats acharnés, les Russes franchissent
le Koropetz et s'établissent sur la rive gauche.
Des hydravions allemands bombardent des monitors
anglais sur les côtes de Flandre et les stations
aériennes russes de l'île d'Oesel.
Des aéroplanes de la marine anglaise bombardent
les hangars de dirigeables d'Evere, près de Bruxelles.
44 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Des avions alliés bombai^dent les ouvrages de
Namur.
Dans la nuit du 9, des avions autrichiens tuent deux
personnes à Venise et endommagent gravement Santa
Maria Formosa.
L'Allemagne ayant interdit le trafic dans le golfe de
Bothnie, nombre de navires suédois ont été torpillés.
Réunion du Conseil fédéral à Berlin. Le Chancelier
explique que la guerre sous-marine à outrance entraî-
nerait la rupture avec les Etats-Unis et que d'ailleurs
on a reconnu l'inefficacité de ce système pour affamer
l'Angleterre.
Un ordre (secret) de la I""^ armée allemande fait
connaître que beaucoup de pièces éclatent et qu'une
augmentation du ravitaillement en canons et en obus
n'est, pour le moment, pas possible {Temps du 2 nov.).
Les négociations économiques des délégués suisses
avec l'Entente n'ont pas abouti.
Le prix des vivres, depuis le début de la guerre, a
augmenté en Angleterre de 65 °/o, celui des autres
objets nécessaires de 4o°/o-
On fait observer que Guillaume I^f, le 18 juin 1866, déclara,
dans un manifeste, que la Prusse faisait la guerre à regret
et combattait pour son existence, alors que Moltke, dans son
ouvrage sur la guerre franco-allemande, dit que la guerre
de 1866 n'a pas eu lieu parce que la Prusse était menacée,
ni pour obéir à l'opinion, mais pour l'établissement de l'hégé-
monie prussienne en 'Allemagne. Les mêmes mensonges se
répètent à cinquante ans de distance (Temps).
Jeudi iO août. — Le mauvais temps suspend l'ac-
tivité sur le front français.
Les Italiens passent l'Isonzo ; leur cavalerie poursuit
les Autrichiens. Sur le plateau du Carso, ils prennent
Boschini.
On crie k Milan : a A bas les neutralistes ! Guerre à
l'Allemagne! »
Les Russes prennent Stanislau et Delatyn (14.000
prisonniers). Ils occupent Monasteriska.
En Perse, sous la pression des Turcs, les Russes
évacuent Hamadan.
AOUT 1916 45
La flotte allemande sort du canal de Kiel et paraît
dans le Petit Belt.
Les journaux conservateurs approuvent Tirpitz d'avoir
dit que l'Allemagne a besoin de la côte de Flandre
pour avoir une position solide contre l'anglo-américa-
nisme (sic).
Lord Grey remet à l'Allemagne, par l'entremise des
États-Unis, une protestation formelle contre le meurtre
juridique de Fryatt.
Un décret italien interdit tout commerce avec les
ennemis des Alliés et de l'Italie.
Souday parle, dans le Temps, d'un célèbre romancier de
rAcadémie Française qui aurait écrit, peu de temps avant
la guerre :^ « Quatre barrières nous séparent de la barbarie :
le grand Etat-major allemand, la Chambre des Lords, l'Ins-
titut de France et le Vatican. » Le même psychologue est
aujourd'hui à la tète de ceux qui veulent noter d'infamie
tout ce qui a été allemand et qui accusent de trahison les
admirateurs de Goethe, de Kant et de Wagner. « Est fran-
çais tout ce qui leur agrée, est boche tout ce qui les gêne. »
Vendredi il août. — Les Français prennent au
nord de la Somme plusieurs tranchées, une carrière
fortifiée et deux petits bois.
Les Italiens occupent le Garso jusqu'à Doberdo et
avancent au sud de Gorizia.
Les Serbes ont pénétré dans l'ancien territoire serbe
le jour même de la prise de Gorizia.
Une division italienne arrive à Salonique.
Du 4 au 1 2 août, les Russes ont pris 36o.ooo hommes,
4o5 canons, 1.326 mitrailleuses.
Un sous-marin nommé Bremen aurait été capturé par
un bateau-patrouille anglais.
On annonce que le musée de Péronne a été détruit
(Temps du 18).
Diverses influences s'employant en France à plaider
la cause de l'Autriche, le Matin écrit : « Une guerre de
libération et de justice qui respecterait les Habsbourg
serait une comédie. » (Voir aussi le Temps du 11.)
Samedi 12 août. — Les Français attaquent la
46 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
troisième position allemande au nord de la Somme,
sur un front de 6 kilomètres (Hardecourt à Bascourt) ;
ils prennent une partie de Maurepas (i.ooo prisonniers,
3o mitrailleuses).
Duel d'artillerie intense dans la région Fleury — Vaux-
Chapitre.
Les Italiens prennent Oppachiasella sur le Cai'so,
mais rencontrent une très forte résistance à l'est de
Gorizia. A la lisière nord du Carso, ils prennent la
hauteur de Nad-Logem (i.4oo prisonniers).
Des convois de munitions venant de Russie arrivent
à Jassy. On dit que les Russes concentrent des troupes
en Bessarabie.
Les Russes sont maîtres de la ligne de la Strypa et
prennent Nadvornaïa.
Dans la nuit du 12-1 3, bombes sur Metz-Sablons et
les casernes de Metz.
Des avions autrichiens détruisent la coupole dç San
Pietro di Gastello k Venise.
U Humanité résume un article de Bernstein, reconnaissant
que la guerre a été déclarée par l'Allemagne à la France
pacifique.
Sir Edw. Carson a déclaré que l'Allemand est un barbare
en paix comme en guerre ; il demande que les Alliés fassent
savoir au peuple allemand que, même après la paix, il n'y
aura pas de relations diplomatiques avant que les Allemands
eux-mêmes n'aient châtié ceux qui ont violé les lois interna-
tionales {Matin). Polybe {Fir/aro) revient sur l'idée que les
puissances de l'Entente devraient déclarer qu'elles ne traite-
ront pas avec Guillaume II, seul responsable de la guerre.
« Il s'agit de mettre l'Allemagne devant la vérité des choses.
Il faut faire à l'Allemagne une immense opération de la
cataracte. »
Même opinion dans la Liberté (du i3) : « Accusé Hohen-
zoUern, levez-vous ! Quel épilogue du grand crime ! quelle
préface pour les temps nouveaux ! » (Berthoulat.)
« La Turquie, l'Autriche et l'Allemagne reposent sur la
même conception. Elles représentent le mépris de la natio-
nalité et de la liberté. C'est pour étendre cette conception
à des victimes nouvelles qu'elles ont voulu et déchaîné la
guerre. Il nous appartient de nous rappeler pourquoi elles se
battent et pourquoi nous nous battons. » {Temps.')
AOUT 1916 47
Dimanche 13 août. — Du 6 au i3, au sud de la
Somme, les Français ont pris 2.000 hommes et 70 mi-
trailleuses.
4 obus de gros calibre sur Nancy.
Depuis le 6 août, les Italiens ont pris i5.4oo hommes
et 16 canons.
Cadorna ordonne de passer par les armes tous les
Autrichiens qui seraient porteurs de balles explosives
ou habillés d'uniformes italiens.
Les Russes prennent Podhaïtza sur le Koropetz et
Mariampol sur le Dniester.
La cavalerie anglaise a refoulé les Turcs à 80 kilo-
mètres du canal de Suez (5.5oo prisonniers, 4 canons,
1 million de cartouches).
Bombes d'avions sur l'hôpital civil de Reims, qui
est détruit (détails dans le Temps du 18;.
On lit dans VEvening Sun (iNew-York) à propos des
massacres d'Arménie et de Syrie :
«!Nul n'hésite à'reconnaître le droit que la Turquie a con-
quis par sa brutalité et qui est le droit à rextiaction. »
Le Temps révèle, d'après von Hûgel, que l'interven-
tion de la Bavière à côté de la Prusse, le ig juillet 1870,
fut obtenue par l'assurance mensongère que les Fran-
çais avaient envahi le Palatinat.
Lundi 14 août. — Progrès français au nord de la
chapelle de Sainte-Fine (Verdun).
Entre le Sereth supérieur et la Strjpa, les Russes
sont arrêtés par de violents feux d'artillerie. On affirme
que, pour défendre Kovel, les Allemands, depuis le
5 juin, ont enlevé 28 divisions à leurs autres fronts.
Les Russes occupent le défilé de Jablonitza dans les
Carpathes boisées.
Longs conseils des ministres à Vienne et à Budaj)est.
Le Temps publie le texte du traité entre la Serbie et
la Grèce ; on voit que la Grèce s'était engagée sans
réserve à aider la Serbie, comme la Sex'bie à aider la
Grèce. Le déshonneur de ce dernier pays est complet.
« La situation en août 1916 est autant à l'avantage des
48 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Alliés que celle d'août 1916 Tétait au profit des Impériaux. »
(Général Malletei-re.)
« L'Allemaqne doit être vaincue, si nous voulons retirer le
prix de nos victoires. » (Popolo d'Italia.')
« L'humanité doit avoir sa police et la science doit fournir
à cette police, à elle seule, les moyens de tenir en respect
les nations de proie, les bandits et pirates internationaux, »
(S. Reinach, Journal de Genève.)
Mardi 15 août. — Burian, ministre des Affaires
étrangères d'Autriche, est remplacé par Andrassy.
Les Anglais reprennent, entre Thiepval et Pozières,
des tranchées perdues le i3.
A l'ouest de Grado et de Recinka, les Italiens font
1.400 prisonniers.
On dit que i5o.ooo personnes sont mortes de faim en
Albanie, où la révolte s'étend.
Des ulémas hostiles aux Jeunes-Turcs sont exécutés à
Constantinople.
Sur le front russe, on croit à une contre-oftensive ;
les Autrichiens attaquent avec violence vers Kirilibaba
et Kapul.
L'offensive turque a fait des progrès en Asie ; les
Turcs ont réoccupé Mush, Bitlis, Revenduz ; les
Russes ont évacué Kirmanshah après Hamadan.
Depuis le 4 niai, date de l'engagement pris par
l'Allemagne envers les Etats-Unis, 4 navires marchands
anglais et 3 neutres ont été coulés sans avertissement.
On saisit en Allemagne des pamphlets réclamant la
paix. Des troubles auraient eu lieu à Berlin.
A Dresde, devant 6.000 socialistes, Scheidemann
développe les idées du Chancelier sur la « carte de
guerre ».
Une ligue de neutres est créée à La Haye.
L'Angleterre produit aujourd'hui en quatre jours
autant de munitions pour obusiers qu'elle en a pro-
duit en un an, de 1914 à 1910. La fabrication des gros
canons donne chaque mois deux fois autant d'unités
qu'il en existait, pour le service de terre, lors de la
création du service des munitions (E. S. Montagu aux
Communes).
AOUT 1916 49
Mercredi 16 août. — Les Français progressent
sur la Somme, au nord et au sud de Maurepas et de
Belloy-en-Santerre.
Les Dernières Nouvelles de Munich disent que « la
situation en Roumanie est grave pour les puissances
centrales ».
Tremblement de terre en Italie ; les dégâts sont
sérieux à Rimini.
L'offensive allemande se poursuit entre Brzezany et
le confluent de la Zlota-Lipa et du Dniester.
Constatant que les Allemands ont torpillé 4 navires
grecs valant 35 millions, la Nea Hellas demande la
confiscation des navires allemands réfugiés dans les
ports grecs.
D'après le bureau Veritas, la navigation commer-
ciale a perdu, depuis le début de la guerre, plus de
6 "/o de son tonnage, soit 1.470 navires (3. 325. 000 ton-
nes). Les Anglais ont perdu i.45o.ooo tonnes, les
Français i48.ooo, les Portugais 623 ; l'Allemagne a
perdu 1. 107. 000 tonnes.
Le Landsthing danois a repoussé le projet de vente
des Antilles danoises.
Parlant k Tacoma, le candidat Hughes déclare qu'il
ne reculerait pas devant la guerre si elle était néces-
saire pour la protection des citoyens américains.
« L'armée italienne fait sienne cette devise qui est égale-
ment celle de l'Europe civilisée : Delenda Austria. » (Temps.)
Répondant à Sir Ed. Carson, Asquith dit aux Communes
que le Gouvernement anglais n'admettrait pas la reprise de
relations diplomatiques avec l'Allemagne après la guerre
tant que réparation n'aurait pas été obtenue pour le meurtre
de Fryatt. Le Daily Graphie fait observer que la seule répa-
ration possible est l'exécution des assassins. Le Daily Tele-
graph demande qu'on dresse la liste des coupables.
Jeudi il août. — De violentes attaques allemandes
sur les positions anglaises de la Somme sont repous-
sées.
Les Français enlèvent une grande partie de Fleury
et progressent vers Thiaumont.
128. CHRONOLOGIE DE LA GUERRE A
50 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Les Bulgares attaquent les Serbes et occupent
Florina.
Un accord secret est signé entre la Roumanie et
l'Entente.
On signale d'énormes concentrations de matériel
allemand (artillerie, avions, pontons) à la frontière rou-
maine, près de Lom Palanka.
Kouropatkine est nommé gouverneur du Turkestan
et Roussky commandant des armées russes du nord.
Guynemer abat son i3® avion.
Le Gouvernement anglais interdit toute exportation
en Suède de marchandises dont la destination ne lui
serait pas connue. C'est la réponse à la loi suédoise du
17 avril 1916, défendant aux importateurs de renseigner
la Grande-Bretagne sur la destination des marchandises.
Washington informe Berlin que la parole d'officiers
allemands ne sera plus acceptée, plusieurs officiers de
croiseurs auxiliaires, internés sur parole aux Etats-
Unis, s'étant évadés.
A la Chambre hongroise, Polenyi a reproché au
Gouvernement d'avoir permis la nomination de Hinden-
burg au commandement en chef de l'armée hongroise.
Les attaques contre les généraux autrichiens ont été
applaudies.
Repington (Times) prétend qu'avec les classes 19 17-
18, les récupérés et les ouvriers remplacés par des
Belges, Polonais, etc., l'Allemagne disposera encore de
2 millions d'hommes pour maintenir ses effectifs.
Un neutre, qui affirme avoir été reçu à Berlin par Guil-
laume II, dit que l'Empereur se défend toujours d'être res-
ponsable de la guerre. « J'affirme que j'ai toujours agi de
bonne foi et que j'ai ardemment voulu conserver la paix,
même quand la guerre était inévitable. » Il a reproché aux
neutres de parler toujours du militarisme allemand, mais
jamais du despotisme russe et des rêves de revanche fran-
çaise. Il a parlé aussi de la perfidie anglaise; le ^(/o/'/ijVîi/Pojf^
se demande à quels engagements il a pu faire allusion. Le
New-York Globe dit que les incessantes protestations de
l'Empereur trahissent un trouble de conscience et qu'il se
réfère toujours à l'état de choses antérieur à la guerre, se
taisant sur les événements de la dernière semaine (Voir le
Temps du 18).
AOUT 1916 51
Vendredi 18 août. — Sauf sur un point au nord
de Maurepas, de violentes attaques allemandes au nord
de la Somme sont repoussées.
Les Français reprennent tout Fleury et deux redoutes
au nord-ouest de Thiaumont.
Les Italiens prennent le sommet du Cauriol.
Les Bulgares prennent Demirhissar, repoussent les
Serbes près de Florina et occupent les stations de
Banitza et d'Ekchisou sur le chemin de fer de Salo-
nique.
Fortifiés par des contingents turcs, les Autrichiens
font reculer les Russes dans la région de Kirilibaba;
mais les Russes progressent sur le Stokhod et prennent
Toboly.
La Gazette populaire de Cologne dit que la nomina-
tion de Hindenburg au commandement suprême sur
le front russe a déjà agi comme une contre-offensive.
Le Journal de Genève insiste sur le repli des Russes
en Arménie, résultat d'un grand efTort des Turcs, char-
gés par l'Allemagne de conserver la barrière du Taurus
arménien qui couvre la vallée du Tigre, les communica-
tions avec Bagdad et la ligne future du chemin de fer.
Guynemer abat son i4* avion.
Pour la première fois on parle de dirigeables rigides
anglais, plus rapides et moins encombrants que les
dirigeables allemands.
Le Frànkischer Kurier écrit : « Nous tuerons autant
de Fryatt que nous pourrons en attraper. La fureur
anglaise fait notre joie. »
La Zukunft a été saisie en Autriche parce que
Harden y a publié les textes relatifs à l'ultimatum à la
Serbie et la réponse serbe.
Suivant un statisticien danois, les Allemands ont perdu
3.154.000 hommes, dont 4? °\o légèrement blessés; mais il
faut y ajouter 2.5oo.ooo malades (?). Il y aurait 6f>5.ooo inva-
lides de guerre en Allemagne.
Samedi 19 août. — Les Anglais ont pris le sud-est
de Thiepval et la hauteur qui domine le village. Ils
tiennent la station et la carrière de Guillemont.
52 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Violentes et vaines attaques allemandes pour repren-
dre Fleury et au nord-ouest de Thiaumont.
Les Bulgares passent le Nestos et envoient des pa-
trouilles vers Cavalla ; avec la complicité des Grecs, ils
occupent deux forts dans la région de la Struma.
Alors que la presse russe se montre énervée des ter-
giversations de la Roumanie, les Dernières Nouvelles
de Munich insistent sur l'hostilité croissante de ce pays.
Les ambassadeurs des puissances centrales ont avisé
Bucarest que le droit de passage accordé aux Russes
était incompatible avec la neutralité.
Le sultan du Darfour a été déposé par l'Angleterre ;
le pays est confié aux autorités anglo-égyptiennes.
Du 17 au 19, violent bombardement d'Arras ; dégâts
importants.
La flotte allemande étant sortie est avisée de l'ap-
proche de la flotte anglaise et regagne ses bases. Les
Anglais ont perdu deux croiseurs légers, les Allemands
deux sous-marins (?).
Un sous-marin anglais torpille, sans le couler, le
cuirassé Wesip/talen.
On dit à New-York que l'empereur d'Autriche aurait écrit
il y a ua mois à Guillaume pour lui demander d'importants
secours, sans quoi il devrait faire la paix avant l'hiver.
La Gazette de Francfort se moque de ceux qui disent :,
« L'argent dépensé par l'Allemagne reste dans le pays. »
Cet argent ne reste pas, car les obus éclatent, les canons
sont usés, les automobiles réduites à l'état de ferraille, les
uniformes mis en lambeaux. En réalité, ce qui demeure, ce
sont les dettes. Aux 3o milliards de dettes d'avant la guerre
s'en ajoutent déjà 43; il faudra, pour les intérêts seuls,
sans compter l'amortissement, 2 milliards et demi de marks
par an. »
Dimanche 20 août. — Entrée triomphale du roi
d'Italie à Gorizia.
Les troupes germano-bulgares ont pénétré en Grèce;
les troupes grecques reculent par ordre, sans résister.
Les Russes annoncent qu'ils ont fait devant Riga des
prisonniers bulgares. Toutun corps d'armée bulgare a été
réparti entre les armées Pflanzer, Linsingen et Below.
AOUT 1916 53
Après une lutte très vive , les Anglais occupent
Kidete (Afrique orientale allemande).
Un Allemand écrit de Saint- Quentin {Temps du
35 septembre) que l'armée allemande, depuis le 2 1 juin,
perd 8.000 à 10.000 hommes par jour.
Lord NorthclitFe déclare, à Rome, que l'Angleterre
ne fera pas la paix avant d'avoir Guillaume II entre
ses mains.
Rockefeller donne un million pour hospitaliser en
Suisse i.5oo enfants belges, polonais et serbes.
Discours de Llojd George :
« L'Angleterre est entrée en guerre, non par sa faute, mais
f)arce que son honneur était profondément engagé... Il nous
aut une victoire telle qu'elle avertisse tous les rois et leurs
conseillers que la conscience des nations civilisées leur
demandera compte de leurs méfaits contre le droit des gens
et l'honneur. Il nous faut donc une victoire complète, que les
professeurs allemands ne puissent pas dénaturer aux yeux
d'un peuple crédule. Sinon, nos sacrifices auront été vains et
il faudra les renouveler sur une échelle plus vaste, plus
sombre, plus sanglante. Finissons-en avec la guerre aujour-
d'hui, et pour toujours. »
Lundi 21 août. — On calcule, à Bucarest, que les
Bulgares ont 12 divisions et 072 canons.
Parlant de la Roumanie, la Gazette de Cologne dit
que les Empires centraux pouvaient espérer le concours
roumain quand ils escomptaient la victoire, mais que
maintenant ils n'ont plus rien à attendre de ce côté. C'est
la première fois qu'un journal allemand avoue indirecte-
ment que les Empires ne comptent plus sur la victoire.
Succès russe à l'ouest du lac de Van.
Le correspondant berlinois du World parle de
(( Titans superzeppelins » qui seraient destinés à dé-
truire Londres.
On assure à Nev^^-York que tout sous-marin signalé
dans les eaux britanniques peut être pris ou coulé en
vingt-cinq minutes au moyen d'un piège d'acier.
Explosion d'une usine de munitions dans le Yorkshire;
20 morts.
Le Berliner Tageblatt est autorisé à rc[)araître, mais
54 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
à la condition que le directeur Théodore Wolfï n'y
écrive plus.
Fondation d'une Ligue de l'Europe centrale, ayant
pour but de constituer une Europe centrale fédérative ;
le manifeste est signé de nombreux députés et profes-
seurs badois.
La récolte hongroise en blé et en orge est mauvaise.
Asquith, interrogé aux Communes, nie que l'Allema-
gne ait jamais fait des propositions de paix; il n'y a eu
que des articles de journaux.
« Que l'Allemagne, trouvant contre elle quatre grandes
puissances, supérieures par le nombre des hommes et la
quantité des ressources, maîtresses de la mer, puisse, au bout
de vingt-cinq mois, défendre encore les positions qu'elle
occupe chez ses adversaires, c'est un grand enseignement
d'humilité pour ceux qui ont eu charge de nos destinées. »
(Temps.) I
I
Mardi 22 août. — Progrès anglais vers Thicpval,!
Pozières, Martinpuich.
Nous perdons, au sud de la Somme, quelques élé-j
ment de tranchées pris la veille. j
Progrès français entre Fleury et Thiaumont (200 pri-'
sonniers). 1
Sur le front de Salonique, les Alliés avancent au!
centre, tandis que les Bulgares progressent aux ailes. \
Le roi de Roumanie, revenu de Sinaïa, reçoit à Bu-
carest les ambassadeurs d'Allemagne et d'Autriche.
Les Anglais ont pris Kilossa (Afrique orientale allc-i
mande).
On dit à Londres que les Allemands ont perdu
35 dirigeables.
Churchill dit aux Communes : « Ce serait folie de
ne pas établir un plan en vue d'une longue durée de la
guerre. » Lloyd George dit que la victoire est en vue,
mais qu'elle n'est pas proche.
Le Times publie une lettre du directeur de la Deutsche
Bank à son neveu. L'Allemagne ne peut compter sur aucune
pitié; on projette de la morceler, de lui faire payer une
indemnité de i5 milliards de livres anglaises. Ne point
AOUT 1916 55
vaincre, c'est, pour elle, la ruine complète. Aussi doit-elle
résister jusqu'au dernier homme, au dernier sou.
1.700 Chinois sont arrivés en France pour travailler
aux munitions.
René Pichon écrit dans VŒiivre :
« Je m'adresse, de toute mon àme, aux publicistes catho-
liques et je leur dis : « De grâce, dans l'intérêt de la cause
qui vous est chère et pour laquelle j'ai un infini respect, ne
donnez pas à penser qu'on ne peut être catholique sans
aimer l'Autriche ! Ne répétez pas chaque jour qu'elle est
catholique ; vous finiriez par rendre anticléricaux ceux qui
ont le moins envie de l'être. »
Un soldat de la Garde allemande a écrit sur son
carnet {Temps du 26 septembre) :
« Si cette saloperie pouvait bientôt finir ! Mais il serait plus
facile d'inculquer le bon sens à un âne qu'à l'humanité. »
Mercredi 23 août. — Attaques allemandes re-
poussées au sud de la Somme et en Champagne.
Violent bombardement des positions reconquises par
nous entre Fleury et Thiaumont.
Von Below (quartier général de Cambrai) écrit que
les pertes d'hommes sont telles qu'il ne faut jamais
contre-attaquer sans ordre formel.
L'offensive bulgare est enrayée sur la Struma et vers
le lac d'Ostrovo.
Les Bulgares ayant attaqué le fort grec de Startila, le
colonel Chagas et la garnison ont opposé une vive
résistance.
UEmbros (gounariste) dit que, si l'Entente l'emporte, elle
écrasera les Bulgares et ménagera la Grèce ; si l'Allemagne
l'emporte, la Grèce a la parole de l'Empereur qu'elle ne sera
pas amoindrie. Conclusion : ne pas bouger.
L'offensive turque en Perse et dans le Caucase est
brisée. Les Russes, près de Rayât (direction de
Mossoul), cernent et prennent un régiment turc (2.800
hommes, 3 canons).
Un dirigeable lance des bombes incendiaires, sans
faire de dégâts, sur la côte est d'Angleterre.
56 CHRONOLOGIE CE LA GUERRE
« Instrumeot d'observation pour la guerre maritime, le
dirigeable doit être utilisé; instrument d'attaque, il est
inutile. ^^ {New-York Herald.)
On annonce officiellement que le Deutschland est
arrivé à l'embouchure du Weser après vingt-deux jours
de traversée.
En appel, la peine de Liebknecht est aggravée
(quatre ans et un mois de travaux forcés, six ans de
privation des droits civils).
La Russie a commandé dans le Yorkshire, pour le
printemps de 191 7, 2 millions de mètres de drap.
A la suite de la note fi^ançaise sur les déportations
dans le Nord, le roi d'Espagne a convoqué d'urgence
un conseil des ministres à Saint-Sébastien ; il a été
décidé de procéder à une enquête.
Les pertes prussiennes avouées atteignent 2.990.000
hommes.
Jeudi 24 août. — Les Anglais repoussent une
violente attaque allemande et prennent 4oo mètres
de tranchées vers Thiepval.
Les Français enlèvent Maurepas (200 prisonniers,
10 mitrailleuses). Lutte d'artillerie dans les secteurs
d'Estrées et de Lihons. Une tentative allemande sur
Fleury est repoussée.
Les Serbes livrent bataille au nord du lac d'Ostrovo.
Les Bulgares bombardent Sérès et le fort grec de
Krushevo, qui refuse de se rendre.
A une délégation de i5o personnes, venues pour
prier Venizelos de sauver la Grèce, il a répondu :
« Une chance de salut nous reste, c'est de nous réfugier
dans les bras de l'Entente. Notre constitution nous
donne le droit de manifester notre volonté : organisons
une manifestation et que ceux qui nous gouvernent
entendent le peuple proclamer que la nation grecque
ne veut pas mourir. »
Le roi de Roumanie aurait refusé de recevoir le duc
Albert de Mecklembourg, que Guillaume II proposait
de lui envoyer comme ambassadeur extraordinaire.
L'Adeveral dit qu'au dernier conseil de la Couronne il a
AOUT 1916 57
été décidé que, la Roumanie ne pouvait marcher derrière
la Bulgarie.
On signale des troupes turques sur l'Isonzo et sur la
Zlota-Lipa.
Les Russes reprennent Mush.
Dans la nuit de jeudi à vendredi, 36^ raid de diri-
geables sur les côtes sud et sud-est de l'Angleterre ;
quelques bombes tuent i6 personnes et en blessent
28 dans les faubourgs de Londres. « Attaque sur la
place forte de Londres », dit une dépêche allemande
de ce jour.
La Kôlnische Volkszeitung proclame que « l'avenir
de l'Allemagne est sous les eaux ».
Les Allemands accaparent la monnaie de cuivre en
Suède et en Danemark.
On apprend à Londres que 12.000 Arméniens ont été
massacres par les Turcs dans le Taurus.
Le député Rakovsky dit à la Chambre hongroise :
«: Les derniers moments de notre existence politique
approchent. » Puis il déclare que les Hongrois sont prêts
à lutter jusqu'au dernier homme.
Dans un document saisi plus tard {Matin, 21 sep-
tembre), Falkenhayn dit que la consommation des
canons et des munitions excède considérablement la
production et qu'il faut économiser le matériel.
La Morgen-Post de Berlin proteste contre Bureaucra-
ticas {M. Lebareau).
« Nous avons une religion que tous les Français proclament
et pratiquent, dont ils sont les fidèles exaltés ou les martyrs :
la religion de l'indépendance nationale, le culte de la patrie. »
{Temps.)
Vendredi 25 août. — La Garde prussienne attaque
au sud de Thiepval et est repoussée avec pertes.
A Maurepas, nous avons capturé 600 hommes et
18 mitrailleuses.
Une violente attaque allemande est arrêtée à l'ouest
de Tahure.
Le Temps (du 26) publie le carnet d'un officier allemand
sur la Somme où il est dit que les Français sont « maîtres
58 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
de l'air », que les aviateurs allemands, en moyenne, ne valent
pas les Français et les Anglais. Le 8 août, il se plaint vive-
ment des déserteurs et des faux malades.
L'Autriche accuse l'Italie d'avoir bombardé sans
raison la basilique de Parenzo.
Les Italiens occupent Palermo et Kalarat en Albanie.
Les Anglais bombardent les forts de Gavalla, occupés
par les Bulgares.
A la suite d'une démonstration à Athènes, le ministre
de Bulgarie menace de partir.
Plus de 600 Grecs se sont engagés à Salonique pour
défendre le pays contre les Bulgares ; la plupart sont
des soldats démobilisés.
La Patris attaque vivement l'Etat-major grec et lui
demande de faire place à d'autres.
Les Allemands ont amené 200 canons et 70.000
hommes de renfort devant Kovel.
On dit à Petrograd que les pertes, depuis le mois de
juin, sont inférieures de 30 % à celles qu'on avait
prévues et que la Russie pourrait faire des pertes
égales pendant trois ans sans risquer de manquer de
soldats.
Les Turcs évacuent Bitlis.
Graves désordres entre la troupe et la population
en Catalogne.
Le grand chérif de La Mecque publie une procla-
mation au monde musulman pour expliquer sa rébel-
lion contre la Turquie (Temps du 26). Il reproche entre
autres aux Jeunes Turcs d'avoir détruit le tombeau
d'Abd-el-Kader et d'avoir bombardé la Pierre Noire.
On signale, en Allemagne, l'apparition de dirigeables
anglais dans la mer du Nord.
Bombes d'avions anglais sur les hangars de diri-
geables près de Namur.
Nungesser descend son onzième adversaire.
L'Allemagne a pavoisé en l'honneur du sous-marin
commercial Deatschland ; l'ambassadeur des Etats-Unis
a félicité le Sénat de la ville de Brème.
Le Journal de Genève publie le texte de la pétition
AOUT 1916 59
socialiste allemande pour la paix, protestant à la fois
contre les annexions et contre la paix à tout prix.
Les États-Unis s'inquiètent du manifeste de Tirpitz
réclamant la reprise de la guerre sous-marine à ou-
trance ; on se demande s'il sera désavoué.
Plus de 25o.ooo Galiciens de Bukovine, réfugiés en
Autriche, y compliquent le problème de l'alimentation.
Repington dit que les canons lourds nécessaires à
l'armée anglaise ne seront achevés qu'au début de
l'hiver. Au point de vue des effectifs, il estime les
réserves anglaises à 3. 800.000 hommes.
VOsservatore romano nie que Pie X, à la veille de
la guerre, ait adressé à François-Joseph une lettre qui
aurait été interceptée.
Samedi 26 août. — Les Bulgares occupent Drama
et trois fortins grecs, après un combat qui a coûté aux
Grecs quelques morts.
En réponse à des allégations de journaux allemands,
on fait connaître que les indisponibles de l'armée d'O-
rient atteignent à peine 3i pour i.ooo. Il n'y a pas eu
un seul cas de typhus.
« L'Hcllade refuse de faire le sacrifice définitif de son hon-
neur et de son avenir pour être agréable au beau-frère de son
souverain. » (Temps.)
La Roumanie mobilise ses réserves; la Banque Na-
tionale émet pour 83 millions de petits billets.
Les Russes de Bessarabie commencent à franchir le
Danube ; ils sont accompagnés de troupes serbes cons-
tituées de réfugiés en Roumanie et de volontaires
venus d'Amérique.
Harden écrit : « Avec qui ira la Roumanie? Avec le
vainqueur, car lui seul a raison. »
Un important article du Journal de Genève, de
source roumaine, explique que la Roumanie n'aurait
pu s'engager plus tôt dans la lutte sans y risquer un
désastre, car elle manquait totalement de gros canons
et de munitions.
60 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Les Anglais occupent M'govo (Afrique orientale
allemande).
Le manifeste du Comité indépendant pour une paix alle-
mande, présidé par l'historien D. Schaefer (Journal de Ge-
nève du 28), demande l'annexion des pays russes entre la mer
Baltique et les marais de V'olhynie, le protectorat sur la
Belgique, etc. Le professeur Wundt est un des signataires.
Le palais de Venise à Rome, siège de l'ambassade
d'Autriche, est ajouté par décret au domaine national
italien.
Dimanche 21 août. — L'Italie prie la Suisse d'a-
vertir l'Allemagne qu'elle se considère, depuis le 28,
en état de guerre avec elle.
« La déclaration de guerre de l'Italie est à la fois un acte de
sincérité et d'opportunité. Elle consacre l'union et la soli-
darité qui existent entre les Alliés; elle 'souligne la portée
de la participation italienne àla campagne des Balkans. »
{Tribuna.)
La Roumanie, à la suite d'un conseil tenu le matin,
déclare la guerre à l'Autriche ; dans le texte remis k la
chancellerie, elle rappelle que la Roumanie avait
adhéré à la Triple Alliance défensive, mais s'était
trouvée dégagée par le caractère offensif de la guerre
de igiA- « Je me suis vaincu moi-même », a dit le roi
de Roumanie. Sur quoi Carp a dit qu'il souhaitait la
défaite de la Roumanie; le Roi lui a serré la main,
exprimant ses condoléances.
Attaques allemandes repoussées sur le bois de Vaux-
Chapitre et à la Croix-Saint-Jean (forêt d'Apremont).
Progrès de l'offensive serbe du côté de Vetrenik ; de
violentes attaques bulgares sont repoussées sur la route
d'Ostrovo.
Un Te Deum est célébré à Varna pour l'occupation de
Florina, Demirhissar et Sérès.
5o,ooo personnes parcourent Athènes, acclamant
Venizelos et les Alliés.
Par décret royal, Dousmanis et Metaxas, chef et
sous-chef de l'État-major, sont relevés de leurs fonc-
tions ; Moschopoulos est nommé chef de l'Etat-major.
AOUT 1916 61
Le soir, les troupes roumaines entrent en Hongrie.
Depuis le début de la guerre mondiale, près de
700.000 hommes ont passé sous les drapeaux en Rou-
manie.
Bombes d'avions sur Gand, faisant sauter les dépôts
de munitions.
Des hydravions russes bombardent le port de Varna.
On apprend que l'officier qui commandait le sous-
marin qui torpilla le Lusitania, Max Valentiner, a
reçu de nombreuses décorations.
L'Italie interdit l'exportation du fromage et des
figues.
Le colonel Fejler estime que l'armée allemande doit
choisir entre l'obligation de raccourcir ses fronts ou de
forcer la victoire au moyen d'une tentative désespérée.
« Le principal mérite delà Somme est d'avoir démontré que
les ennemis n'ont plus de réserves pour entretenir, sur ce
front, deux secteurs actifs. La Picardie a instantanément tari
Verdun. C'est là qu'est la victoire et la promesse de vic-
toires, et non dans les kilomètres gagnés. » (W. M., Journal
de Genève.)
Contrairement au démenti publié la veille par VOsserva-
tore romano, un prélat de l'entourage de Pie X communique
de nouveaux détails à la Iribiina {Temps du 28). Dès que
l'ultimatum à la Serbie fut connu, Pie X fit appeler l'ambas-
sadeur d'Autriche au Vatican et lui dit : a Je veux conti-
nuer à croire que votre Gouvernement ne vise pas à déchaî-
ner une guerre mondiale. L'Empereur approche de son jour
suprême ; il ne va pas tacher de sang la fin de sa vie. »
L'ambassadeur répondit par des phrases banales et embar-
rassées, faisant entendre que la situation était grave. Le Pape
envoya au nonce de Vienne l'ordre de voir François-Joseph.
Ce prélat passa une journée entière dans l'antichambre, s'en-
tretenant avec de nombreux aides de camp et officiers qui
entraient et sortaient du cabinet impérial, mais ne fut point
reçu. Les dépèches qu'il adressa à ce sujet au Vatican
furent interceptées. II ne parvint à annoncer la déclaration
de guerre que par le mot Janus, dont la censure ne comprit
pas le sens. Lorsque l'ambassadeur autrichien vint annoncer
au Pape le fait accompli et demander, au nom de François-
Joseph, la bénédiction pour les armées autrichiennes. Pie X
répondit sévèrement : « Dites à l'Empereur que je ne saurais
bénir, ni la guerre ni ceux qui l'ont voulue. » Et comme
62 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
l'ambassadeur insistait pour obtenir au moins une bénédic-
tion spéciale pour TEmpereur, le Pape déclara : « Je ne pour-
rai que prier Dieu qu'il lui pardonne. »
Lundi 28 août. — A la suite d'une réunion du
Conseil fédéral, l'Allemagne déclare la ouerre à la
Roumanie, attendu que celle-ci a déclaré la guerre à
l'Autriche et violé les traités conclus avec les Empires
centraux. C'est la trente et unième déclaration de
guerre; il y a actuellement i4 belligérants, lo d'un
côté, 4 de l'autre.
Contre-manifestation antivénizéliste k Athènes; quel-
ques cris de c( Vive la Bulgarie ! »
Trois colonels grecs de l'xLtat-major donnent leur
démission.
Le roi de Grèce subit une petite opération et ne
reçoit personne.
« En Grèce, il n'y a que les militaristes qui ne veulent pas
agir en militaires. » {New-York Herald.)
Les Autrichiens évacuent Brasso (Transylvanie).
La flotte russe est à Constantza ; les monitors austro-
hongrois tirent sur Turnu-Severin et Giurgevo.
Une grande fabrique de poudre saute au Canada.
« L'Orient devient le foyer principal du conflit européen.
La paix peut s'obtenir à Vienne, à défaut de Berlin. « (Rous-
sel, Liberté.)
Mardi 29 août. — Depuis le i^"" juillet, les Anglais
ont pris 1 5.470 hommes, 86 canons, 166 mitrailleuses.
On a trouvé sur un prisonnier allemand de la
Somme un ordre adressé aux soldats du XIII* corps,
leur enjoignant de ne plus faire de prisonniers (Li-
berté du 3o).
Le roi de Bulgarie est parti pour Vienne.
On apprend que les Bulgares ont massacré des pri-
sonniers serbes par sections entières, ainsi que des
femmes et des enfants. Des prisonniers bulgares ont
dit : « Notre Tsar lui-même a donné l'ordre que tout le
monde soit tué, afin que la race serbe cesse d'exister. »
Le roi de Roumanie ordonne la mobilisation gêné-
AOUT 1916 63
raie. Les Roumains entrent en Hongrie par sept cols
et occupent Petroseny et Brasso (Kronstadt). Les Autri-
chiens reculent.
Bombes d'avions allemands sur Bucarest.
Falkenhayn, chef d'Etat-major général, est remplacé
par Hindenburg.
Le socialiste allemand Heilmann annonce qu'il a
découvert une maladie nouvelle dite Social-cretinismus,
dont le principe serait : « Être socialiste signifie d'abord
être antirévolutionnaire. »
La foire de Leipzig, qui devait durer jusqu'au i5 sep-
tembre, a été brusquement close.
Il est démontré à l'Académie de Médecine que, seuls
de tous les belligérants, les Autrichiens ont fait usage
de balles explosibles, fabriquées par l'État et distri-
buées aux meilleurs tireurs.
La Gazette de Francfort dit que la Roumanie,
conduite par des chevaliers d'industrie et des catins,
n'a pas voulu laisser à l'Italie la gloire de rester le plus
grand filou de l'Histoire {Journal de Genève du 3i).
«c Pourquoi ne pas le dire? Des Français n'ont pas le droit
de dissimuler les mérites de la France. Ils ont le devoir, au
contraire, de rehausser par leur témoignage unanime le
prestige d'un Français que nos alliés admirent et que nos
ennemis craignent. La réputation de M. Briand fait partie du
patrimoine national. » (Jean Herbette, Echo de Paris.)
« Sept cent mille hommes au moins vont rejoindre l'armée
unique des Alliés... Nous voici à la dernière phase de la
lutte européenne. » (Petit Parisien.)
Mercredi 30 août. — La Turquie déclare la guerre
à la Roumanie.
Les Anglais émettent des gaz près d'Arras et d'Ar-
mentières.
Près de Martinpuich, un bataillon bavarois se rend
aux Anglais.
Les Italiens occupent Tepe-Leni sur la Volussa en
Albanie.
Les Autrichiens achèvent de détruire l'hôpital de la
Miséricorde à Gorizia, bombardé depuis le 22.
On constate à Salonique que les Bulgares, forts de la
64 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
connivence du Gouvernement grec, se sont emparés
de 17 forts ayant coûté plus de 100 millions, et de
100 canons. Un seul fort près de Cavalla a tenté quel-
que résistance.
Deux proclamations, l'une au peuple, l'autre à
l'armée, sont affichées sur les murs de Salonique; elles
invitent le peuple grec à prendre les armes pour
l'honneur et l'intégrité de la patrie. Le texte de l'appel
au peuple est sévère pour le Roi. Le signal du soulève-
ment est donné par le 12' régiment d'infanterie; le
chef du mouvement est le colonel Zimbrakakis, qui a
dit : c( L'arbre planté par Schenk sera déraciné. »
Au dire des Serbes, leurs prisonniers bulgares dé-
clarent que les Allemands et les Turcs sont des misé-
rables et qu'ils ne veulent pas se battre pour eux.
Grand Conseil de Cabinet à Sofia : il s'agit d'amuser
la Roumanie par une apparence d'hésitation. La presse
allemande fait semblant de se méfier de la Bulgarie,
qui tarde à déclarer la guerre a la Roumanie.
La New-York Tribune dit que la Roumanie vient à
l'Entente comme l'Autriche à la Coalition en 181 3.
Les R.usses occupent Rabastov sur la Bistritza et
bordent la frontière hongroise sur 20 kilomètres.
L'Italie a confisqué 36 navires allemands (142.000
tonnes).
Les édifices publics à Paris sont pavoises en l'hon-
neur de l'Italie et de la Roumanie.
Alors que beaucoup d'enfants allemands sont hospi-
talisés en Hollande, le Gouvernement allemand s'op-
pose à ce qu'on reçoive dans ce pays des enfants
français des départements envahis.
Le mark perd 25,27 ^^ Suisse, 28,16 en Hollande.
Jeudi 31 août. — Les Anglais émettent des gaz
sur le saillant d'Ypres.
Les Bulgares occupent Klissura.
Un communiqué serbe déclare que tous les succès
bulgares se limitent à l'occupation de territoires grecs
non défendus.
Le Comité de défense nationale, formé à Salonique,
AOUT 1916 65
ordonne la mobilisation générale en Macédoine. Les
troupes royalistes ont été cernées dans une caserne.
Le Gouvernement grec interdit toute manifestation
pour huit jours.
On affirme que l'armée de Sarrail compte 120.000
Français, 120.000 Anglais, iSo.ooo Serbes, 26.000 Ita-
liens et 8.000 Russes, en face de 200.000 Bulgares.
Mackensen est nommé commandant en chef des
armées austro-allemandes dans les Balkans.
Le commandant des forces russes en Roumanie
arrive à Bucarest.
Les Roumains ont avancé de 25 milles en territoire
hongrois et occupé Hermannstadt. Au cours des pre-
miers combats (3o et 3i), ils ont fait 2.000 prisonniers.
Reprise de l'offensive russe. Entre la Zlota-Lipa et le
Dniester, les Russes enfoncent le front austro-allemand
et prennent Horozanka (16.000 prisonniers, 6 canons,
55 mitrailleuses). Dans les Carpathes, les Russes
joignent les Roumains k l'ouest de Dorna-Vatra.
Au mois d'août, la guerre sous-marine a détruit
102 navires (124.000 tonnes). Les Alliés ont perdu
76 navires (96.000 tonnes). Les Italiens en ont perdu
plus que les Anglais (43. 000 tonnes) ; de tous les
neutres, les Norvégiens en ont perdu le plus.
L'Italie confisque la villa d'Esté à Tivoli.
Un correspondant du Journal est reçu par le cardinal
Gasparri. Le Pape demande la paix et reste impartial, mais
non inactif dans sa bienveillance. Le Sainl-Siège n'a pu
condamner tel ou tel belligérant sur un cas particulier, car
il n'était pas suffisamment instruit des faits; il a préféré se
tenir au-dessus de la mêlée.
Jusqu'à ce jour, les Allemands ont perdu S.SgS.ooo
hommes, dont 240.000 au mois d'août.
La Bulgarie déclare la guerre k la Roumanie.
128. CHROKOLOOIE DB LA OU«RR«
66 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
SEPTEMBRE 1916
Vendredi i" septembre. — Les Anglais ont
repris quelque terrain perdu la veille au noid-ouest du
bois Delville et repoussé une attaque sur le bois de
Ginchy. Les Allemands lancent beaucoup d'obus à gaz i
sur leurs lignes. i
Au sud d'E>strées, les Allemands reprennent quelques ':
tranchées prises par nous le 3i août.
La retraite des Bulgares opérant sur la gauche dès]
Alliés a commencé ; ils ont évacué Sorovitz.
A II heures, le sémaphore du Pirée annonce l'arrivée
de 3o navires de la flotte alliée (détails dans New-York\
Nation, 1916, II, p. 871).
Les réfugiés de la frontière roumaine encombrent
Budapest.
Des avions ennemis lancent 25 obus sur Port-Saïd.
Le commandant des armées allemandes sur la |
Somme fait l'éloge des troupes françaises, s'étonne du
manque de liaison entre les opérations françaises et
anglaises et ajoute : « L'armée anglaise est loin de
valoir les troupes françaises; les recrues de Lord Derby
sont encore moins bonnes que les soldats de Kitchener. » I
{Matin du 4.) |
Du I"" juillet au i"" septembre, la nombre des divi-
sions allemandes a passé de 181 à 2o3; mais ces divi-
sions, très fortes en artillerie, sont réduites à trois régi-
ments d'infanterie {Temps du 2 novembre).
L'Agence WoltF désavoue k moitié le manifeste de
Tirpitz, alléguant qu'il a été fabriqué a l'aide d'un télé-
gramme privé.
Contrairement à des bruits calomnieux, on assure
que tous les giands-ducs de vingt k quarante-cinq ans
servent sur le front russe.
« Ne nous laissons pas duper ; la politique bulgare rappelle
SEPTEMBRE 1916 6/
la politique socialiste des Allemands. En Bulgarie, on met
en avant les slavophiles, ([uitle à s'allier le lendemain avec
les Turcs. » {New-iork Herald.)
Samedi 2 septembre. — Violent bombardement
de nos positions entre Thiaumont, Fleurj et le bois de
Vaux-Chapitre.
Les troupes royalistes de Salonique se sont rendues;
la garnison de Vodena a fait adhésion au Comité
national
La flotte alliée a saisi, au Pirée, les navires austro-
allemands.
Le Gouvernement grec décide d'ajourner les élec-
tions.
« On ne soulève pas un peuple pour une politique d'abdi-
cation, et c'est à quoi s'efforcent les résidus de l'Etat-major
décapité. » (Temps.)
Les Bulgares sont entrés dans la ville roumaine de
Dobrich (Dobrudja).
La Gazette de Francfort parle d'écraser la Rou-
manie pour envahir ensuite la Russie méridionale.
Les Russes occupent le mont Ploska, au sud-ouest
de Rafalovka.
La nuit, trente-septième raid sur l'Angleterre; un
des dirigeables est détruit dans le district de Londres
et tombe en flammes près d'Enfîeld.
Des avions de la marine anglaise bombardent Ho-
boken, près d'Anvers.
Bombes d'avions français sur la gare de Metz-Sablon
et les établissements militaires au nord de Metz.
Le projet allemand de proclamer l'autonomie de la
Pologne ayant donné lieu à des difficultés avec l'Au-
triche, on s'étonne, à Genève et ailleurs, que la Russie
ne profite pas de cette occasion pour faire honneur aux
engagements du grand-duc Nicolas, confirmés au nom
du Tsar par Goremykine (Journal de Genève).
Wilson, dans un discours à Long-Branch, dit que les
Etats-Unis devront jouer un grand rôle dans le monde,
en appelant les nations spoliatrices à rendre compte
b» CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
de leurs actes et en contribuant à l'établissement d'une
paix dur.'.ble.
Le Conseil municipal de Berlin donne 600 millions
de mark au nouvel emprunt de guerre, qui s'ouvre
lundi.
L'Allemagne achète dans toutes les villes des bijoux
d'or.
Une fabrique de munitions saute k Aix-la-Chapelle.
Les négociations économiques de l'Allemagne avec
la Suisse ont abouti ; l'Allemagne renonce à importer
le stock accaparé par ses agents.
Harden écrit dans la Ziikanft :
« C'est notre existence qui est en jeu. Si l'eanemi nous
impose sa volonté, la Bulgarie sera écrasée, la Grèce
entraînée dans le tourbillon, la Turquie cernée, la Hongrie
démembrée, l'Allemagne traquée partout comme une bête
mauvaise. »
François-Joseph arrive k Budapest.
Le colonel suisse de Loys, auteur d'une lettre belli-
queuse publiée par la Gazette de Soleare (germano-
phile), déclare que c'était une missive privée, publiée
sans son autorisation. Son fils s'engage aussitôt dans
l'armée française.
Il neige dans les Pyrénées oiuentales.
Dimanche 3 septembre. — Les Anglais prennent
Guillemont et une partie de Ginchy, avançant leur front
de 5oo mètres.
Au nord de la Somme, attaquant sur un front de 6 ki-
lomètres, les Français prennent Forest et Cléry-sur-
Somme (2.000 prisonniers, 1 4 canons, 5o mitrailleuses).
Sur la rive droite de la Meuse, les Allemands pren-
nent un saillant à Vaux-Chapitre, mais perdent du
terrain k l'est et au nord-ouest de Fleury (3oo prison-
niers).
Il est établi que les journées de Gorizia et du Carso
ont valu aux Italiens 19.000 prisonniers, 3o canons
92 mitrailleuses, 5 millions de cartouches.
Les Serbes repoussent une attaque bulgare à l'ouest
du lac d'Ostrovo.
I
SEPTSMBHE 1916 69
Les Bulgares, qui avaient occupé Kastoria, en sont
chassés.
On ne doute pas à Salonique de la trahison de l'Etat-
major grec. En plus de six forteresses de la frontière,
onze forts de la défense de Cavalla ont été livrés aux Bul-
gares.
Les Alliés demandent k la Grèce : i° d'exercer à sa
place le contrôle postal et télégraphique; 2° l'éloigne-
ment de Schenk et autres agents étrangers; 3° des
mesures contre les Grecs coupables d'espionnage et de
corruption.
Le roi de Roumanie entre à Brasso.
Les Roumains prennent en Hongrie 3oo wagons et un
hôpital de campagne.
Les Bulgares attaquent Tutrakan (Turtukaï) et sont
d'abord tenus en échec.
Les Russes traversent la Ceniovka (affluent de la
Zlota-Lipa) pi'ès de Prezcjany et font 2.700 prisonniers;
ils progressent aussi dans les Garpathes. Du 3i août au
3 septembre, Broussilov a pris 20.000 hommes,
12 canons, 71 mitrailleuses.
Les Anglais bombardent par avions l'aérodrome de
Ghistelles.
Pendant la nuit, deuxième incursion d'avions sur
Bucarest.
Wilson dit à Shadow Lawn :
« Aucune nation ne doit désormais rester neutre en pré-
sence d'un attentat voulu à la paix du monde. Les nations
doivent s'unir pour garantir conjointement que toute tenta-
tive de troubler la paix du monde doit être d'abord soumise
au tribunal de l'opinion universelle. Une nouvelle atmo-
sphère de justice et de bonne volonté doit être créée par des
méthodes nouvelles. »
Il y aura désormais, en Autriche, un troisième jour
sans viande.
Dix jours d'arrêts sont infligés au colonel de Loys.
Le Temps écrit, à propos de l'entrevue du cardinal
Gasparri :
ce Rappeler à tous les belligérants l'observation des lois de
ia guerre, c'est confondre dans une même leçon, qui confi-
70 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
nerait bien vite à l'injustice, ceux qui les ont violées dès le
début et ceux tjui ont conscience de n'y avoir point manqué...
On eût rêvé — • était-ce donc un rêve ohiméricjue? —
d'une papauté qui, se souvenant qu'elle est la plus haute
puissance morale du monde, aurait laissé entendre la voix
éternelle du droit. »
« Dans l'Europe entière, le philhellénisme est grièvement
blessé, s'il n'est pas mort. » (Journal de Genève.)
« Le Figaro pense que l'idée d'exclure pour dix ans la
marine allemande du canal de Suez mérite d'être étudiée.
Il n'est pas nécessaire de l'étudier longtemps pour en
découvrir l'ineptie. » (New-York Herald.)
Lundi 4 septembre. — Au prix de violents com-
bats, les Anglais prennent Guillemont, mais doivent
céder une partie de Ginchy,
Depuis le début de leur offensive, les Anglais ont fait
17.000 prisonniers.
Au nord de la Somme, nouveaux progrès français ;
au sud, nous prenons Sojécourt et Chilly (2.700 pri-
sonniers).
Une violente attaque allemande enlève un fortin de
la route de Vaux ; nous le reprenons (5oo prisonniers).
Le roi de Monténégro visite le front italien avec le
roi d'Italie.
Des patrouilles bulgares pénètrent dans Cavalla.
La Grèce accepte les demandes de l'Entente, qui
contrôle depuis la veille les postes et télégraphes.
On prétend que le roi de Grèce aurait déclaré aux
ministres de l'Entente qu'à la suite de l'intervention
roumaine, il était disposé à examiner à nouveau la
politique grecque.
Se disant malade, le Roi refuse de recevoir la délé-
gation vénizéliste, qui dépose son mandat.
« Nous avons accumulé à l'égard de la Grèce et de sa
dynastie les actes de bienveillance et de temporisation. On
ne saura que plus tard dans quelle mesure notre patience
a gêné notre organisation militaire à Salonique. » (Temps.)
Les Roumains sont entrés à Hermannstadt (Sibiu),
évacué par les Autrichiens, qui ont aussi évacué Orsova
et Herkulcsbad.
SEPTEMBRE 1916 71
La cavalerie russe se heurte k la cavalerie bulgare
dans la Dobrudja.
Nouvelle attaque des Germano-Bulgares sur Tu-
trakan.
Dar-es-Salaam, capitale de la dernière colonie alle-
mande en Afrique, s'est rendu aux Anglais.
Un deuxième dirigeable allemand, endommagé par
le feu anglais, est tombé en mer. 5oo.ooo personnes
ont visité la carcasse du dirigeable abattu k Enfield.
« Plus rAllemagne approchera de la défaite, plus elle
commetlra de pillages et d'assassinats. Nous devons donc
nous attendre à de nouveaux raids; mais le temps est passé
où cela pouvait priver les plus nerveux d'une heure de
sommeil. » {Daily TelegrapJi.)
Vingt bombes d'avions sur Venise ; dégâts insigni-
fiants.
Des avions allemands bombardent les positions rou-
maines en Dobrudja et la gare de Constantza.
L'Angleterre, ayant perdu 8 contre-tor[)illeurs dans la
bataille du Skageiiak. en a lancé i5 nouveaux en une
seule semaine. On parle de bâtiments d'un nouveau
modèle en construction.
Le change allemand, qui perdait i5,02 à New-Yoïk
fin juin 1915, y perd aujourd'hui 26,81 (à Amsterdam,
29)-
L'Agence Wolff, démentant les nouvelles d'émeutes
en Allemagne, dit que personne n'a été tué jusqu'à
présent à cause des difficultés de ravitaillement.
A Milan, en commémoration de la bataille de la
Marne, Ferrero dit que la France a sauvé l'Europe, en
donnant aux Alliés le temps de s'organiser contre l'en-
nemi commun.
Mardi 5 septembre. — Les Anglais avancent à
l'est de Guillemoiit et prennent le bois de Leuze.
Depuis le 3, ils ont fait i.ooo prisonniers; ds tiennent
toute la deuxième ligne allemande de la ferme de
Mouquet à Salsemont.
Au nord de la S.imme, malgré le mauvais temps,
nous enlevons Ommiécourt ; au sud, nous repoussons
72 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
des attaques acharnées et atteignons les lisières du parc
de Deniécourt. Depuis le 3 septembre, nous avons
capturé sur la Somme 6.65o hommes, 36 canons et un
dépôt d'obus de i5o. La route de Péronne à Bapaume
est sous notre feu.
Premières neiges sur le front italien.
Violentes actions d'artillerie sur le front de la Struma
et du lac Doiran.
Les Roumains disent que les attaques sur Tutrakan
ont faibli.
La Roumanie met sous séquestre plus d'un milliard
de capitaux allemands.
Bombes d'avions sur Bucarest, Ploesti, Gonstantza,
etc. Les Roumains vont réunir des notables allemands
dans les immeubles du centre de Bucarest.
Un incendie détruit la fabrique d'avions d'Adlershof.
Guynemer abat son quinzième adversaire.
Bombes anglaises sur l'aérodrome turc d'El-Arish.
On croit que les sous-marins allemands ont une base
aux îles Baléares.
Dans le Vorcoârts , le député socialiste Haenisch
s'associe à 1' « annexionisme modéré » de Bethmann-
Hollweg, exposé dans le discours du g décembre.
Séance orageuse à la (]hambre hongroise ; Tisza est
accueilli aux cris de : Démission !
Le colonel suisse de Lojs est réprimandé pour sa
lettre imprimée dans la Gazette de Soleiire.
Mercredi 6 septembre. — Au sud de la Somme,
nous prenons une partie de Berny-en-Santerre et le
nord ae Vermandovillers ; notre ligne borde Chaulnes
et la voie de Chaulnes à Roye.
Une attaque sur les organisations allemandes des
bois de Vaux, du Chapitre et du Chénois enlève, sur
i.5oo mètres, toute la ligne des premières tranchées
(200 prisonniers).
La Grèce rappelle cinq classes.
On assure (mensongèrcment) que Zaïmis, au nom du
Roi, aurait renoncé à la diplomatie secrète, constituée
par la Cour en dehoi^s de la diplomatie officielle.
SEPTEMBRE 1916 73
Le colonel Christodoulos, avec deux régiments, arrive
à Cavalla et somme les Bulgares d'évacuer les forts. Il
occupe les hauteurs autour de la ville.
Les AuLrichieus évacuent la région Olak-Toplitza en
Transylvanie.
Les Germano-Bulgares prennent Tutrakan (Turtukaï),
tête de pont sur la rive droite du Danube dans la
Dobrudja, à la suite d'une bataille de quatre jours et
d'un bombardement avec de la très grosse artillerie.
On parle de 26.000 prisonniers roumains.
Au nord de Dvinsk, les Russes traversent la Zapa-
dinaja-Dvina et refoulent les Allemands.
Combats violents vers Brzezany et Halicz. Les Russes
traversent la Marainka, aftluentde la Gnita-Lipa. Halicz,
bombardé, est en flammes. Dans la région de cette
ville, les Russes ont capturé 5. 600 prisonniers, dont
3.000 Allemands et 690 Turcs.
On assure que les derniers civils ont quitté Lemberg.
Les premières automobiles circulent sur la voie Pe-
trograd — Arkhangel .
Un aviateur anglais coule un sous-marin dans le port
de Zeebrugge et rentre à Dunkerque.
Une flotte de 3o à l{0 vapeurs japonais fait le service
de Seattle et Tacoma à Vladivostok.
La Gazette du Rhin et de Westphalie parle d'enlever
à la France ses régions minières du nord et de l'est,
dont on expulserait la population, et d'imposer Caillaux
à la France comme premier ministre (!).
Les articles de Reventlow dans la Tageszeilung sont
supprimés par la censure préventive.
Première séance secrète du Parlement hongrois.
A la suite de longues négociations, les soldats fran-
çais des camps dits de représailles en Pologne et en
Gourlande sont transférés dans des camps ordinaires.
Le colonel Feyler écrit {Journal de Genève) :
« La partie reste formidable. Les Empires du Centre béné-
ficient de l'unité de commandement que n'ont pas su se
donner leurs adversaires. Mais la Quadruple Entente dis-
pose d'autres cléments de supériorité. »
« L'Allemagne sait qu'elle ne peut battre les Alliés ; mais
74 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
elle continuera à lutter désespérément pour sauver le trône
des Hohonzollern et la roule de l'KsI (Berlin-Bagdad),
aclueilement entre ses mains. Si les Alliés occupent cette
roule, l'Allemagne saura qu'elle a pcr.lu sdu grand objectif
et la durée de la guerre sera abrégée. » (^Daily Mail.)
Jeudi 7 septembre. — De violentes contre-attaques
allemandes sont repoussées au nord de la Somme
(200 prisonniers).
Schenk a été prié de quitter la Grèce; il est parti
pour Cavalla.
Le Temps et d'au'res journaux continuent k s'étonner
de l'inaction du front de Salonique, alors que les Bul-
gares attaquent la Roumanie par le sud, à peu de dis-
tance de Bucarest.
Les Russo-Roumains, attaquant dans la région de
Dobritch, trouvent devant eux des Germano-Bulgares et
des Turcs. Combats acharnés du 5 au 7.
On dit que les Roumains, en retraite dans la Do-
brudja, incendient les récoltes.
Un dirigeable italien fait sauter une poudrière autri-
chienne avec 4-000 tonnes d'explosifs à Lussin-Piccolo.
Des torpilleurs russes bombardent le port bulgare de
Ballchik et coulent 21 barques.
La flotte alliée bombarde les forts de Cavalla.
L'Italie a saisi pour 6 millions de propriétés alle-
mandes à San Remo.
Milioukov dit que la dislocation de l'Autriche est
une nécessité historique.
Ballin dit à l'Américain K. von Wiegand : « Tenir,
endurer et se taire, tel est notre mot d'ordre. »
L'abbé Wetterlé écrit dans le Matin :
« Avant de proclamer la paix universelle et durable, il est
absolument nécessaire de mettre la camisole de force à
ceux qui se déclarent prêts à constamment la menacer. Les
honnêtes gens ne .seront tranquilles (jue quand on aura mis
à l'ombre les détrousseurs de grands chemins. N'oilà pour-
quoi l'Empire créé à Versailles doit disparaître. »
Vendredi 8 septembre. — Dans la nuit de ven-
SEPTEMBRE 1916 75
dredi à samedi, violentes attaques jiHemandes sur le
front de la Somme, quatre fois ropoussées.
Depuis le 3, nous avons fait 7.700 prisonniers au
nord de la Somme.
Une attaque allemande vers Vaux-Chapitre et Le
Chénois est rejetée après quelques progrès.
Les Bulgares occupent Silistrie.
Hiudenburg félicite le général bulgare Jekol pour la
prise de Tutrakan.
Les Roumains bombardent Vidin, Lom Palanka et
Rahovo sur le Danube.
Les Russes enlèvent une série de hauteurs dans les
Carpathes boisées (ôoo prisonniers).
Les Autrichiens font sauter le grand pont du Dniester
devant Halicz.
Combats acharnés dans la région d'Oghut (Mésopo-
tamie).
Un décret interdit l'usage de l'allemand dans les
établissements scolaires russes à partir de la prochaine
année scolaire.
Le Sénat américain ratifie le projet d'achat des
Antilles danoises.
Ribot déclare que le total des crédits depuis le début
de la guerre a atteint 60 milliards, et demande 8 mil-
liards 347 millions pour le dernier trimestre de 19 16.
Lloyd George, dans les casemates de Verdun, fait
aux officiers qui le reçoivent un discours touchant :
« Le souvenir de la victorieuse résistance de VerJun sera
immortel, parce que Verdun a sauvé non seulement la
France, mais notre grande cause commune et l'humanité
tout entière. Sur les hauteurs qui entourent cette vieille
citadelle, la puissance malfaisante de l'ennemi est venue se
briser, comme une mer furieuse sur un roc de granit. Elles
ont dompté la tempête qui menaçait le monde. Pour moi, je
me sens remué profondément en touchant ce sol sacré. Je
ne parle pas en mon nom seul et je vous apporte l'admira-
tion émue de mon pays et du grand Empire dont je suis
ici le représentant. Ils s'inclinent avec moi devant le sacri-
fice et devant la gloire. Une fois de plus, pour la défense
des grandes causes auxquelles son avenir même est attaché,
l'humanité sp tourne vers la France. «
76 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Samedi 9 septembre. — Les Anglais, attaquant
sur un (Vont de 6 kilomètres, prennent tout le village
de Ginchy et progressent au nord-est de Pozières.
A l'est de Fleury, nous prenons un système de tran-
chées, avec 200 prisonniers.
Les Autrichiens bombardent Gorizia avec des obus
de 3o5, détruisant l'église, le thràtre et l'hôpital.
La garnison de Verria se révolte contre le Gouverne-
ment d'Athènes et se déclare prête à lutter aux côtés
de l'Entente.
Schenk, en quittant Athènes, a dit que l'organisa-
tion créée par lui survivrait à son départ.
Le soir, à Athènes, une trentaine d'individus ont
pénétré dans le jardin de la légation de France,
criant : a Vive le Roi ! A bas la France ! A bas l'Angle-
terre ! )) Ils ont tiré des coups de revolver en l'air,
puis ont pris la fuite, Zaïmis a présenté aussitôt des
excuses à la légation.
Le roi Constantin, qui a refusé de recevoir la délé-
gation vénizéliste, a reçu en audience les officiers qui
furent désarmés à Salonique par le Comité de défense
nationale.
Les Roumains avancent dans la vallée du Marcs et
occupent Czik-Szerada.
Rratiano télégraphie à Venizelos, exprimant l'espoir
de voir se renouer la fraternité d'armes entre la Rou-
manie et la Grèce.
Le tsar Ferdinand, avec le prince héritier, est au
quartier général allemand.
On dit que 5ii usines de munitions fonctionnent en
Roumanie.
Dans les Carpathes, au sud de Dorna-Vatra, les
Russes ont pris contact avec les Roumains.
Les Autrichiens reculent au sud-ouest de Kimpolung.
Quatre bombes d'avions sur Bclfort.
Bombes d'avions sur Cavalla.
Troubles à Hambourg; on pille des magasins aux
cris de « A bas la guerre ! A bas les bourreaux du
peuple! » Il y a déjà eu des troubles le 19 août et le
12 septembre (Voir le Matin du 17 décembre).
SEPTEMBRE 1916 77
On commente {Temps du 20) l'affirmation de Tisza
au Parlement hongrois, disant que les offres de com-
pensations territoriales faites à l'Italie par l'Autriche
en igi5 n'étaient pas sérieuses et avaient pour but de
gagner du temps. — Dans la même séance, Tisza a dit
qu il avait confiance dans la protection du Dieu des
Magyars.
Un comité s'est constitué à SchafThouse sous le nom
de c( Comité allemand pour la conclusion d'une paix
durable et pour l'entente entre les peuples ».
Le général Malleterre écrit dans la France mili-
taire : « Le nœud gordien de la guerre est à Sofia et à
Gonstantinople. »
L'Association britannique, réunie à Newcastle, a
demandé l'adoption immédiate du système métrique et
décimal.
Dimanche 10 septembre. — Progrès anglais
entre Neuville-Saint-Vaast et le canal de La Bassée.
Dans la nuit, au sud de la Somme, cinq attaques
allemandes avec jets de flammes sont repoussées avec
pertes.
A la suite de l'attentat du g, l'Entente adresse une
note collective au Gouvernement grec, demandant la
punition des coupables et des autorités restées indilTé-
rentes, ainsi que la dissolution de la Ligue des réser-
vistes et la clôture de leurs lieux de réunion. Zaïmis
accepte ces conditions. Un détachement de 25 marins
du Bruix vient assurer la garde de la légation fran-
çaise.
Dans la nuit, ultimatum bulgare à Ghristodoulos, qui
commande k Gavalla. Le colonel grec, avec ses i.5oo
hommes, part pour Thasos. Les avions bulgares sur-
volent Gavalla, où pénètrent les comitadjis. Beaucoup
de Grecs se réfugient k Thasos.
Les Anglais franchissent la Struma et attaquent les
Bulgares.
Un journal vénizéliste révèle que le 24 septembre
191 5, deux jours avant la mobilisation grecque, les
Epipires du Centre ont pi'oposé à Venizelos la prési-
78 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
dence du conseil à vie et des morceaux de la Serbie
s'il laissait l'Autriche c'craser Taliiée de la Grèce. Veni-
zelos refusa.
Des avions français bombardent la poudrière de Rott-
weil, les usines militaires au sud de Bruges, les
dépôts au nord de Sommepy et l'aérodrome de Sarre-
bourg.
Un grand hangar de dirigeables a été détruit par un
incendie près de Francfort ; des dirigeables et i5 avions
ont été brûlés.
Premières neiges dans les Alpes de Suisse.
Maura, prenant la parole près de Bilbao, déclare que
l'Espagne doit sortir de son isolement et éviter de se
créer des difficultés avec la France et l'Angleterre.
« Il viendra un jour où personne, aux Etats-Unis, ne vou-
dra avoir été progermain. » {i\ew-York Herald.)
Lazare Weiller écrit au Temps que les Allemands
en Suisse savent ce qui s'est dit dans les comités
secrets de la Chambre française.
On célèbre à Meaux le deuxième anniversaire de la
bataille de la Marne.
« Que l'armée turque serve à maintenir la puissance des
chrétiens en Orient et des Bulgares dans les Balkans, c'est
un spectacle peu banal. La Turquie ne se résigne à
démentir ainsi son passé que parce que sa propre existence j
est en jeu. » {Temps.)
Le total avoué des pertes allemandes, non compris la
marine et les colonies, atteint 8.876.000 hommes,
dont 882.000 morts, 1 65. 000 prisonniers.
Lundi 11 septembre. — On saisit à Rome un
manifeste antimilitariste venu de Zurich et adressé
aux soldats du front; plusieurs socialistes sont arrêtés.
Progrès anglais sur la Struma. A l'ouest du Vardar,
progrès des Alliés sur 3 kilomètres de long et 8 kilo-
mètres de profondeur.
Les journaux antivénizélistes laissent entendre que
l'attentat du 9 a été organisé parles partisans de Veni-
zelos.
Le Popolo d'Italia dit que l'armée grecque n'accroî-
SEPTEMBRE 1910 79
trait pas les forces alliées, mais j apporterait un élé-
ment de trouble et de méfiance.
Les Roumains ont occupé 12.000 kilomètres carrés
en Transylvanie.
Il y a 10 divisions bulgares sur le front de Macé-
doine, I à Monastir, i à Guevgheli. Sur la frontière
roumaine, il y a 4 divisions bulgares, renforcées de
Turcs et d'Allemands.
Les Russes, dans les Carpathes boisées, enlèvent le
mont Kapul (goo prisonniers).
La neige tombe dans le Caucase.
Attaqués par des irréguliers turcs près de Nasirieh
(Euphrate), les Anglais leur infligent de grosses pertes.
Les Belges ont pris Tabora, prmcipale citadelle alle-
mande dans l'Afrique Orientale.
Réunion du Parlement serbe à Corfou.
Romanonès se déclare d'accord avec Maura touchant
la politique de l'Espagne (on ne comprend pas au juste
ce qu'ils veulent dire).
Le prince héritier de Bavière dit que les forces
de l'Entente s'épuisent contre les positions allemandes
qui sont imprenables.
Le mark perd 28,87 en Hollande, le franc i3.
Mardi 12 septembre. — Les Français attaquent
au nord de la Somme sur un front de 6 kilomètres. En
une demi-heure toute la première ligne allemande est
enlevée (i.5oo prisonniers). La nuit et le lendemain
matin, les Français enlèvent Bouchavesnes et pro-
gressent de 600 mètres au delà de la route Péronne —
Béthune. C'est la dernière ligne de la position alle-
mande primitive sur la Somme.
Les Bulgares occupent Cavalla au nom du tsar de
Bulgarie. Le général grec Hadjopoulos trahit et livre
10.000 soldats grecs aux Bulgares. Ceux-ci, à la prière
du traître, les remettent aux Allemands, pour être in-
ternés agréablement en Allemagne.
« La perpétuelle récidive, qui caractérise la politique hellé-
nique, nous apparaît comme la condamnHtion de celle où
nous nous obstinons. Il est temps d'en flnir. Notre philhel-
80 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
lénisme n'est pas plus inépuisable que notre patience. »
(Temps.)
Le ministère Zaïmis donne sa démission.
En Transylvanie, des troupes allemandes entrent en
contact avec les Roumains dans le oecteur de Her-
mannstadt et au sud-est de Hastzeg.
Les Bulgares ayant attaqué les Roumains à Lipnitza
(i5 kilomètres à l'est de Silistrit)sont battus et perdent
8 canons.
La navigetion des navires ennemis sur le Danube est
arrêtée. Les Roumains ont occupé l'île d'Ada-Kaleh en
face d'Orsova.
Dans un article officieux sur la situation dans les
Balkans, la Gazette de Francfort engage le roi de Bul-
garie à retourner dans son pays et oppose ses hésita-
tions au c( talent napoléonien » d'Enver.
Les Austro-Allemands refoulent les Russes au sud
du Dniester et poussent jusqu'à la Bistritza, où le feu
russe les arrête. Les attaques russes dans les Carpathes
se heurtent à une résistance acharnée.
Bombes d'avions autrichiens sur Piatra.
On assure que le Bremen, frère du Dentschland, a
coulé dans l'Atlantique.
Ribot dépose le projet d'un deuxième emprunt
à5°/o.
Lord Montagu, parlant à Edimbourg, dit que l'An-
gleterre n'est plus une île, qu'il lui faudra après la
guerre 20.000 avions coûtant 875 millions, servis par
160.000 officiers et soldats.
Les Allemands se sont emparés de 760 millions k la
Banque de Belgique et les ont transférés à Berlin pour
alimenter le nouvel emprunt. Un des administrateurs,
ayant protesté, a été mis en prison à Aix-la-Chapelle.
Mercredi 13 septembre. — Mardi et mercredi,
les Français, repoussant d'énergiques attaques alle-
mandes sur la Somme, prennent 2.800 hommes, 10 ca-
nons et 4o mitrailleuses.
Les Allemands ont ramené sur la Somme une division
de Verdun.
SEPTEMBRE 1916 81
Vaines attaques allemandes k l'est de Fleurj.
Offensive alliée sur le front de Salonique. Les An-
rjlais prennent Matchukovo sur la rive gauche du
Vardar. Sur la rive droite, les Français avancent de
800 mètres sur i.5oo de front. Les Serbes, à l'ouest
du lac d'Ostrovo, poursuivent les Bulgares sur i5 kilo-
mètres.
1.700 réfugiés de Cavalla arrivent au Pirée. Le co-
lonel Christodoulos arrive à Salonique.
Bombes d'avions italiens sur les hangars d'hydro-
avions près de Trieste.
Bombes autrichiennes sur Venise ; peu de dégâts.
Quatre avions français bombardent Sofia; l'un d'eux
atterrit à Bucarest.
Fejler dit que les Alliés semblent avoir gagné d'une
manière incontestable la maîtrise de l'air. La Gazette
de Francfort se plaint de l'infériorité des Allemands à
cet égard.
Le Président Poincaré confère à la ville de Verdun
les décorations que lui ont décernées les Alliés.
La Gazette de l'Allemagne du Nord envisage la pos-
sibilité d'une retraite allemande sur de nouvelles
lignes.
Jeudi 14 septembre. — Au nord de la Somme,
nous poussons jusqu'aux lisières de Rancourt.
Les Allemands attaquent vainement à l'ouest de la
route de Vaux.
Victoire des Serbes à Gornitchevo (20 canons,
5o fourgons de munitions).
Les Bulgares ont confisqué à Cavalla pour des mil-
lions de tabac et d'autres denrées; le tout a été envoyé
à Sofia.
Les réfugiés de Thasos supplient Venizelos de les
faire recueillir par des navires de guerre.
Hestia : « Jamais la Grèce n'a subi pareil désastre sans
opposer de résistance. Jamais on a'avail vu ses armées s'en-
fuir et quitter leurs casernes en livrant la population à l'en-
vahisseur. Et cependant on n'a pas le courage d'accuser
ces malheureux: soldats, qui se conformeal à des ordres
128. CHRONOLOGIE DE I.A GUERRE 6
82 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
reçus de ceux pour qui, depuis dix-huit mois, les Germano-
Bulgares sont nos amis, les Franco-Anglais nos ennemis. »
Vifs combats à Haslzeg en Transylvanie.
Après une bataille de deux jours dans la Dobrudja,
les Russo-Roumains battent en retraite ; l'ennemi compte
90.000 hommes, avec une très puissante artillerie.
Les Bulgares adressent une protestation aux neutres,
alléguant que les Roumains, en se retirant, incendient
des villages bulgares de la Dobrudja {Journal de Ge-
nève du 17).
Repington pense que Hindenburg veut mettre la
Roumanie hors de cause en l'attaquant avec 3o divisions
prises sur les autres fronts.
Il neige sur le littoral de la Mer Noire. Les Kurdes
attaquent les Russes au sud-ouest de Kighi.
Une bombe d'avion endommage l'église SS. Giovanni
et Paolo à Venise.
La France proteste à Stockholm contre l'ordonnance
du ig juillet qui réserve aux navires suédois la seule
route sûre entre la mer du Nord et la Baltique, favori-
sant ainsi la marine allemande.
Déclaration du Gouvernement français aux Chambres.
L'action se développe sur le front d'Orient; la France
et les Alliés ne se laisseront pas arrêter par les menées
de leurs ennemis et des complices de ceux-ci, dans
l'intérêt même de la Grèce. Bien que toutes les espé-
rances soient désormais permises, il faut redoubler
d'efforts, sans excès d'optimisme. L'ennemi est encore
puissant ; il se défendra jusqu'au bout. L'union seule
nous vaudra la victoire et une paix durable, garantie
contre tout retour de violence par des sanctions interna-
tionales.
Depuis le début de l'offensive de juillet, les Alliés
ont capturé 54.ooo hommes, 260 canons, 64? mitrail-
leuses.
La Nouvelle Presse libre se plaint que, sur le front
occidental, les Alliés fassent une guerre d'extermina-
tion, ayant pour seul objet de tuer le plus grand
nombre possible d'Allemands.
Neige dans les Pyrénées.
SEPTEMBRE 1916 83
Vendredi 15 septembre. — Attaque anglaise sur
la Somme, avec des camions cuirassés appelés tanks
(Voir la Liberté du 17). Prise de Courcelette, Martin-
puich et Fiers (2.5oo prisonniers). Un ordre secret,
trouvé sur un commandant allemand, reconnaît que les
nouveaux engins sont c( aussi cruels qu'efficaces ». Les
Anglais se sont aussi servis d'avions cuirassés, volant
bas sur les tranchées.
Avance française au nord de la ferme Le Priez ; vifs
combats à l'est de la route de Béthune et au nord
de Bouchavesnes. Au sud de la Somme, progrès à l'est
de Deniécourt et au nord-est de Berny (4oo prison-
niers).
Les Italiens enlèvent les hauteurs de San Grado sur
le Carso (2.1 17 prisonniers).
Le Gouvernement italien séquestre des millions
d'œufs, soi-disant destinés à la Suisse.
Dimitracopoulos, chargé de former un ministère, y
renonce. L'état apparent de la Grèce est le gâchis.
Télégraphiant k l'Impératrice, Guillaume II dit avoir
été informé par Mackensen de la victoire décisive rem-
portée par les Allemands, Bulgares et Turcs dans la
Dobrudja. Explosion de joie dans la presse allemande.
Les Russes attaquent vivement en Galicie.
De nombreux avions allemands sont abattus sur les
fronts anglais et français. Guynemer abat son 16^ avion,
Nuugesser son 12^.
Depuis le début de septembre, la Norvège a perdu
12 vapeurs, dont un de 12.000 tonnes, victimes de sous-
marins allemands.
Tittoni, dans la Nuova Antologia, démontre que la
crise de 1914 n'a fait que répéter celle de 1909, avec cette
différence qu'en 1909 l'Autriche accepta la médiation des
puissances, ce que l'Allemagne empêcha en 1914-
On assure k Genève que les autorités m ilitaii-es autri-
chiennes de Serbie déportent les femmes et les jeunes
filles pour les faire travailler aux champs et aux usines
en Autriche, ou comme domestiques d'officiers.
On fait observer en Italie qu'une publication officielle
allemande (21 juin et 6 juillet) reconnaît que des offi-
84 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
ciers allemands ont servi par ordre dans les rangs turcs
pendant la guerre de Libye.
A la suite de conférences au grand quartier général
allemand, Hindenburg est nommé au commandement
sur tous les fronts.
Le Gouvernement turc rappelle du front les soldats
arabes et les désarme.
Lazare Weiller, écrivant de Suisse au Temps, de-
mande que les Alliés rassurent le peuple allemand sur
leurs revendications territoriales et proclament bien
haut qu'ils n'appartiennent pas à l'école de Bismarck;
il demande aussi qu'il soit tenu compte des légitimes
inquiétudes des Polonais.
Samedi 16 septembre. — Nouveau .x progrès
anglais au sud de l'Ancre (1.700 prisonniers). Le soir,
aux abords de Thiepval, les Anglais s'emparent des
tranchées fortifiées dites du Danube.
Les Italiens font 600 prisonniers sur le Carso.
Les Serbes, poursuivront les Bulgares, franchissent
le Brod à 10 kilomètres nord-est de Florina; ils ont
pris jusqu'à présent '62 canons.
Mmistère Calogeropoulos à Athènes (groupe Theo-
tokis).
Il se confirme que les Grecs ont abandonné à Cavalla
5o canons, 4o.ooo fusils et d'énormes quantités de
munitions.
Les démobihsés de Crète ont adhéré au mouvement
révolutionnaire.
Le colonel Christodoulos et ses 2.000 hommes ont
été reçus à Salonique par les officiers grecs libéraux.
Georges Mêlas, ancien secrétaire du roi Constantin,
écrit a Streit qu'il lui envoie des soufflets et le provoque
en duel.
« Un corps d'armée entier a été emmené en Allemagne
comme otage. Cet épi'^ode, qui laissera une tache inelTaçaDle
sur l'honneur de l'armée grecque, demande une explication. »
(7 /m es.)
« On se demande par quelles mesures les puissances de
l'Entente vont répondre au passage du 4^ corps hellénique
dans le camp allemand. » (Journal de Genève.)
SEPTEMBRE 191 fi 85
Les Roumains ont franchi l'Oltu, entre Hermannstadt
et Kronstadt, mais ont ensuite dû reculer.
En Dobrudja, les Russo-Roumains se sont établis sur
la ligne Razova — Tuzla.
La Gazette de Cologne déclare que l'Allemagne est
sur le point de perdre sa dernière colonie (Afrique
Orientale).
Bombes d'avions sur Constantza.
La Suède répond k l'Entente par une note assez
sèche, protestant qu'elle n'a jamais manqué aux
devoirs de la neutralité.
Le Journal officiel promulgue une loi concernant
l'émission d'un emprunt en rentes 5 °/o.
Troubles à Chemnitz ; 4o tués.
Le correspondant de l'agence Reuter écrit du front
anglais :
« Pour vous montrer refficacité dos nouvelles autos blin-
dées, voici un iiicident. Une raffinerie était transformée en
nid de mitrailleuses. L'auto s'avança, fjrondant, jusqu'à
l'entrée et fil sauter la porte barricadée, dispersant les sacs
de sable, et se trouva au milieu des mitrailleurs. Quelques
minutes plus tard, tout était silencieux et notre infanterie
prenait possession de la raffinerie sans être inquiétée. Pen-
dant ce temps, l'auto se remettait en marche pour continuer
plus loin son carnage. »
Dimanche il septembre. — Au nord de la
Somme, les Français prennent Vermandovillers et
Bernj, repoussant de très violentes contre-attaques à
l'est de Berny et au sud de Deniécourt (1.200 pri-
sonniers).
Du i""" juillet au 17 septembre, les Français ont fait
35.000 prisonniers sur la Somme, capturé i44 canons
et 5oo mitrailleuses. Les Allemands ont engagé 3i2 ba-
taillons contre les Français, 3 10 contre les Anglais.
« Décidément, les Allemands n'arrivent pas à se ressaisir
sur la Somme. Presque chaque jour, ils prononcent un nou-
veau recul, et l'apparence d'abandon où les trouve la sou-
daineté des élans de leurs adversaires, le nombre des pri-
sonniers qu'ils laissent à cliaque affaire entre leurs mains
produisent l'impression de gens désarçonnés. «(Feyler.)
86 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
D'Annunzio, rétabli, reprend son service d'officier
aviateur.
On s'accorde à voir, dans le nouveau cabinet grec,
l'instrument de la politique occulte du Roi.
La presse grecque publie le texte d'une convention
entre la Grèce, l'Allemagne et la Bulgarie, garantissant
l'évacuation du territoire grec par les Germano-Bul-
gares dès que la situation le permettra et s'engageantà
indemniser les habitants lésés.
Barthou, à la Sorbonne, rappelle, à propos de la
Grèce, les mots de Démosthène : « Pour l'homme libre,
la nécessité la plus pressante, la contrainte la plus
terrible, c'est le déshonneur de la patrie. y>
Nouvelle offensive russe. Au sud de Brzezany, sur la
ZIota-Lipa, les Russes font 54o prisonniers ; il en font
3.200 devant Halicz.
Des avions de l'Entente bombardent l'aérodrome de
Saint-Denis, près de Gand.
Le sous-marin Foucault est coulé dans l'Adriatique
par des bombes d'hydravions autrichiens ; l'équipage
est sauvé.
Depuis le début de la guerre, l'Angleterre a construit
une flotte nouvelle égale à toute la flotte allemande.
« Nous avons parmi nous bon nombre de bavards qui
veulent que l'Allemagne ne soit pas humiliée, qui se croient
intellectuellement supérieurs quand ils affirment que l'armée
du Kaiser n'a pas violé les lois de la guerre. Les témoi-
gnages, appuyés de serments, des gens les plus honorables
sont sans efTet sur ces sentimentaux. Les horreurs de la
Belgique les laissent doucement incrédules. Ils haussent les
épaules avec scepticisme quand on leur dit que les jeunes
femmes de Lille et de Roubaix ont été arrachées à leurs
foyers et envoyées dans les usines de l'Allemagne. Pendant
tout le cours de la guerre, ces insolents doufeurs ont été les
auxiliaires de nos ennemis. Après la victoire, ils crieront
bien haut que le temps est venu de s'embrasser et d'être
de bons amis. L'envie de gagner de l'argent sera alors
un aussi grand danger pour nous que la sentimentalité. »
{Dai/i/ Mail.)
On commente à Rome le rappel des deux nonces de
Vienne et de Munich, élevés au cardinalat.
SEPTEMBRE 1216 87
Depuis le 21 février, les Allemands ont perdu 740.000
hommes, les Autrichiens 900.000 (dont 420.000 prisonniers).
Il reste aux Allemands S millions de combattants sur les
fronts et environ 900.000 hommes dans les dépôts (classe
1918, convalescents, récupérés). Il reste aux Autrichiens
2.800.000 hommes sur le front, qui est de i.5oo kilomètres.
La réserve austro-allemande consiste en 4oo-ooo Bulgares
et 400.000 Turcs, soit 800.000 hommes. » (Liberté.)
A New- York, dans les cercles pro-alliés, on appelle
les Hohenzollern Han-Zollerns.
Lundi 18 septembre. — Au sud de l'Ancre, les
Anglais enlèvent l'ouvrage dit Quadrilatère.
Les Français prennent Deniécourt et poussent vers
Ablaincourt. Cinq attaques allemandes en Champagne
(Som:nepy), notamment dans le secteur russe, sont
repoussées. Il pleut continuellement.
Les Alliés prennent Florina, après une bataille qui a
duré le 17 et toute la nuit; les Bulgares refluent sur
Monaslir. Les Serbes enlèvent la première ligne bul-
gare sur le Kaimakalan.
Dans une lettre publique, l'ancien ministre Philaretos
adjure le Roi de chasser les Bulgares ou de quitter le
trône.
Les Roumains, défaits à l'est de Hastzeg, battent en
retraite.
En Dobrudja, les Bulgares occupent Sotulu, Chiol
et Vasolui, prenant 5 canons.
Les Allemands prennent pied sur la rive orientale du
Stokhod, après avoir refoulé les Russes (3. 000 pri-
sonniers).
Le général de Lacroix (Temps) met les Alliés en
garde contre la dispersion de leurs elForts et dit que la
Bulgarie devrait être abattue avant tout.
On annonce la constitution d'une ligue des femmes
allemandes pour la paix, qui exige l'égalité des droits
politiques pour les femmes.
« Nous n'avons rien à espérer ni de l'Autriche, ni de la
Bulgarie, ni de la Turquie, ni de la Grèce, et ces quatre
pays n'ont rien à espérer de nous. Les problèmes adriati-
O» CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
ques, balkaniques et d'Asie Mineure en sont heureusement
simplifiés. » {Temps.)
Le 3 °/o français et à 03, le 5 °/o à 90.
Répondant au patriarche de Venise, le Pape déplore
les bombardements dont a soufiert cette ville, mais
n'ajoute pas un mot de blâme pour l'Autriche.
Graves inondations en Bohême.
Mardi 19 septembre. — Par leur succès sur le
Kaimakalan, les Serbes sont rentrés en Serbie.
La garnison de Volo s'est révoltée contre le Gouver-
nement royal. A Kosani en Epire, les troupes et la
population ont chassé les autorités.
Recevant à Tatoï un corespondant de la Presse
associée, le roi de Grèce, toujours malade, s'est plaint
que le monde ne comprît pas son attitude, dictée
surtout par le souci d'un million de Grecs vivant
en Turquie. Mais il admet que l'intervention de la
Roumanie a modifié la situation. « L'heure a sonné et
il faut que l'âme de l'Heliade dicte l'avenir de notre
pays. » (Temps du 2 3.)
Combats vers Enigea, à 3o kilomètres au sud de la
voie Constantza-Cernavoda. Les Russo-Roumains ont
été renforcés.
Des attaques allemandes sur la Narajuvka obtiennent
quelque succès ; l'offensive russe est momentanément
arrêtée.
Le Gouvernement belge a protesté auprès du Gou-
vernement hollandais contre la saisie du milliard de la
Banque nationale de Belgique, en violation des articles
43, 46 et 47 des conventions de La Haye.
A la Chambre, Brijuid, répondant à un député qui
demande l'ouverture de négociations, repousse toute
idée d'une paix prématurée, qui serait humiliante.
L'affichage de son discours est ordonné par 421 voix
contre 26.
Mercredi 20 septembre. — Au nord de la Somme,
très forte attaque allemande sur un front de 5 kilo-
mètres, de 9 heures du malin à la nuit. On dit que les
SF.PTEMBUK 191 G 89
Allemands, partout repousses, ont eu 3o ooo hommes
hors de combat; ils ont amené au moins six divisions.
Les Français prennent deux éléments de tranchées
au sud de Thiaumont et avancent dans le bois de Vaux-
Chapitre.
La pluie et la neige arrêtent les opérations italiennes.
Entre le lac de Doiran et la Strurna, les Italiens,
attaqués par de grosses forces bulgares, ont évacué
quelques villages.
L'Entente n'est pas entrée en relation avec le nou-
veau ministère grec.
Le Gouvernement grec réclame à l'Allemagne la
restitution des troupes livrées par Hadjopoulos, qui a
agi proprio motu, alors que le Gouvernement lui
ordonnait de gaqner Volo.
Le tribunal révolutionnaire de Salonique a tenu sa
première séance et condamné k la prison un avocat qui
avait injurié la Ligue de Défense nationale.
La bataille de la Dobrudja, commencée le 16, s'est
terminée par la retraite des Allemands, Bulgares et
Turcs, qui se replient vers le sud, incendiant les
villages.
Commencement de la grande offensive allemande
contre l'ouest de la Roumanie.
Hindenburg a relevé de leurs commandements trois
archiducs.
« Les Allemands occupent en Russie une ligne allant delà
région de Rig.i jus |u'à flaliiz. Au sud de Halicz, il existe
une brèche occupée par les Russes. Plus au sud, les armées
austro-hongroises se sont concentrées pour défendre la Hon-
grie. » {Times.)
Deux aviateurs français ont rapporté à Salonique le
courrier de Bucarest.
La flotte alliée bloque les côtes bulgares.
Les armateurs espagnols ont protesté, auprès du
comte de Bomanonès, contre le torpillage de navires
espagnols, menace au ravitaillement du pays.
On écrit de Paris au Journal de Genève (26) : « La
paix, tout le monde la désire, mais personne ne la
veut. »
90 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
« Des troupes pour les armées d'Orient ! Voilà ce qu'il
faut demander aujourd'hui à celles des nations alliées qui
disposent de réserves d'hommes abondantes ! » (^Information.)
Dans un violent discours contre l'Angleterre, le roi
de Wurtemberg dit que chaque dirigeable qui menace
Londres de destruction est un instrument de la justice
divine.
Guillaume II semble marquer la fin de l'offensive
contre Verdun en donnant au Kronprinz la décoration
Pour le Mérite.
On se préoccupe, en Angleterre, de l'entretien des
effectifs sur le front ; il paraît que le nombre d'hommes
exemptés par des ministères et des tribunaux atteint
1.600.000.
Le rem/js (21) rappelle qu'un Français, nommé Balbi,
soumit à Napoléon III en 1860 le plan d'un engin
dénommé forteresse mobile, sorte de tour roulante mue
par la vapeur; ce serait la première idée des tanks.
Le Journal officiel du Brésil publie le discours de
Ruy Barbosa en faveur des Alliés, la Ctiambre ayant
décidé de l'insérer à son procès-verbal.
Jeudi 2i septembre. — Un ordre allemand com-
mande de reprendre à tout prix la position de Lesbœufs.
Progrès anglais au sud de l'Ancre, entre Fiers et
Martinpuich. Raid heureux dans les tranchées alle-
mandes au sud d'Arras.
Après sept jours de travaux à Corfou, la Skuptchina
serbe vote un ordre du jour déclarant qu'elle reste
fidèle aux exigences nationales. « Le trésor le plus
grand, l'honneur de la nation, est demeuré intact. »
Un bataillon de l'armée nationale grecque de Salo-
nique part pour le front.
On affirme que Zaïmis a démissionné parce qu'il
refusait de recevoir les officiers revenus de Salonique
et avait détourné le Roi de les recevoir ; le Roi les reçut
et les harangua.
On arrête, à Athènes, l'attaché militaire roumain,
accusé d'avoir été un des informateurs des sous-marins
allemands.
SEPTEMBRE 1916 91
Les journaux vénizélistes mettent en garde contre
la fourberie qui consiste, pour gagner du temps, à
prétendre qu'on examine à nouveau la situation.
Venizelos dit à un rédacteur du Journal : « Si le
Gouvernement a méconnu ses devoirs envers la nation,
celle-ci doit prendre en main elle-même la défense de
ses intérêts. 5)
Le chérif de La Mecque télégraphie au Président de
la République, le remerciant de lui avoir envoyé une
mission civile et militaire franco-musulmane.
Bombes d'avions sur Cernavoda.
« Nous nous rappelons que l'Europe de i8i5 a refusé de
traiter avec Napoléon et sa dynastie, et nous essaierons de
montrer que la République Française n'est pas plus timide
contre les princes que l'Autriche de Metternich. » {Temps.)
« Nous avons mis les mains à la charrue et nous ne recule-
rons pas. Pourquoi le ferions-nous? Nous avons calculé ce
que cela coûtera et sommes prêts à supporter la dépense. »
{Land and Water.')
Le Temps s'inquiète de la balance du commerce, très
défavorable à la France; au mois d'août, les entrées ont
dépassé les sorties de 838 millions; pour les huit pre-
miers mois de 1916, il y a un déficit de 4-254 mil-
lions. Il faut que le public et l'administration de la
Guerre réduisent leurs achats au dehors.
Ouverture de la Conférence impériale socialiste à
Berlin.
Un comité s'est constitué à Barcelone pour créer une
association en faveur de l'Entente.
Vendredi 22 septembre. — Avance anglaise au
sud de l'Ancre, à l'est de Courcelette. Une attaque alle-
mande sur la ferme du Mouquet est repoussée.
Cessant leur retraite, les Bulgares se fortifient en
Dobrudja ; sur leur droite, ils ont reculé de 26 kilo-
mètres.
La Patris proteste contre un discours récent du roi
de Grèce aux recrues ; il a semblé dire que l'armée, au
service personnel du souverain, lui devait une obéis-
sance aveugle. Cela est contraire à la constitution
grecque.
92 cnnoNOLOGiE de la guerre
Quelques députés gounaristes font scission et se
joignent aux députés macédoniens.
Les Allemands disent avoir pris le défilé de Vulkan
en Transylvanie.
Les aviateurs français livrent 56 combats sur le front
de la Somme, abattant 4 avions allemands et en désem-
farant 4- L'adjudant Dorme a abattu son ii^ avion,
adjudant Lenoir son lo*.
Bombes d'avions sur les établissements militaires de
Ludv.'igshafen et de Mannheim.
Un dirigeable paraît sur Calais, mais est repoussé
par l'artillerie aérienne.
On assure que depuis le début de la guerre l'Alle-
magne a mobilisé lo millions d'hommes et en a envoyé
7 millions au front.
La réunion des armateurs de Hambourg déclare que
l'Allemagne a besoin d'étendre ses côtes vers l'ouest et
que, pour arrivera ce résultat, elle doit combattre l'An-
gleterre sans égards aucuns.
La Gazette ae Francfort publie un long article mili-
taire, préparant à son tour l'opinion à un raccourcisse-
ment du front occidental.
Il neige au Plomb du Cantal.
Samedi 23 septembre. — Trente obus sur Reims ;
dégâts importants.
JtLntre l'Avisio et le mont Cismon, les Italiens pren-
nent d'assaut le sommet du mont Cardinal (2.465
mètres); l'explosion d'une mine leur fait perdre ensuite
un peu de terrain.
On apprend à Athènes que les Bulgares en retraite
ont emmené une compagnie grecque de Florina. Le
Gouvernement grec fait semblant de réclamer ses
troupes.
Les Russes brisent des attaques allemandes sur lei
Sereth et font i.5oo prisonniers. '
Dans la nuit de samedi à dimanche, 38^ raid de
dirigeables sur l'est et le sud-est de l'Angleterre. Deux
dirigeables ont été abattus; l'équipage de l'un d'eux
est prisonnier; 3o Anglais ont été tués, iio blessés.
SEPTEMBRE 1916 93
Guynemer descend son i8= avion. Les Allemands, sur
le front de la Somme, perdent à ce jour 82 avions.
Bombes d'avions français sur Essen (détails dans le
Temps du 2 octobre).
Gérard, ambassadeur des États-Unis, questionne
Bethmann-Hollweg au sujet des projets prêtés à l'Alle-
magne d'aggraver la guerre sous-marine.
La Strassburger Pont déplore l'infériorité numérique
des Allemands sur le front anglo-français et la néces-
sité où ils sont de garnir le front oriental.
La conférence des trois pays Scandinaves prend fin
par une déclaration collective de neutralité.
La Chambre argentine vote à l'unanimité une pen-
sion au poète Almafuerte, auteur d'un poème contre
l'empereur allemand.
On fête au Portugal la mise en vigueur du traité de
commerce anglo-portugais.
La campagne contre le Chancelier se dessine en Alle-
magne; les pangermanistes veulent le renverser. La
publication d'une correspondance entre Tirpitz et Beth-
mann a augmenté la tension. Il s'agit surtout de la
guerre sous-marine à outrance.
On rapporte le mot de Broussilov : « La victoire,
déjà certame, est devenue comme palpable. »
Dimanche 24 septembre. — Bombardement
intense sur le front franco-anglais.
Dans la nuit, Venizelos quitte Athènes ; l'amiral
Coundouriotis, ancien ministre de la Marine, part pour
Salonique, après avoir fait parvenir au Roi sa démission
d'aide de camp général. La plupart des officiers de
marine stationnés à Phalère se sont joints à lui. Le Roi
reste à Tatoï ; il licencie une partie de sa garde Cretoise.
Les Français bombardent Doiran et progressent au
nord de Florina ; les Serbes avancent au nord de Kru-
sograd. On insiste sur les difficultés de la campagne
macédonienne; les Bulgares occupent des positions très
fortes et le ravitaillement des Alliés est laborieux.
Le neveu du îMikado, prince Kanin, est au quartier
général russe.
94 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Les forts de Taïf se sont rendus aux Arabes (1.800
hommes, 9 canons).
Du i^^ juin au 24 septembre, les Allemands ont
coulé 260 navires, dont 73 anglais, 128 alliés, 66 neu-
tres; i5 ont été coulés sans avertissement.
La conférence du parti social-démocrate vote à une
grande majorité une motion affirmant la résolution du
parti de sauver l'Allemagne du démembrement et de la
servitude économique. On demande une paix qui
garantisse l'indépendance, l'intégrité et la liberté du
dévelrppement économique de l'Allemagne.
La Gazette de l'Allemagne du Nord, commentant un
article de la National Review sur les conditions de paix
de l'Angleterre, en tire la conséquence que la guerre
actuelle est, pour l'Allemagne, une vraie guerre défen-
sive {Journal de Genève, 26 septembre).
Le Temps dit que la fortune de l'Allemagne, ayant
été évaluée à 4oo milliards par Helfferich (191 3), il en
restera toujours assez pour rembourser en partie les
emprunts de guerre français.
Ù Observer demande que l'Angleterre lève encore un
million de soldats pour « relever les vaillants Français
qui ont supporté la plus grande partie du fardeau ».
« Il faut débloquer la Russie par les Balkans et les Dar-
danelles, ce qui revient à dire qu'il faut environ Soo.ooo
Roumains et Soo.ooo Russes sur le bas Danube et donner
5oo.ooo combattants à Sarrail. Les germanophiles suédois
ont bouché le Sund, raison de plus pour déboucher les
Dardanelles. » (Hervé, La Victoire.)
L'ambassadeur du Japon à Rome a dit que la produc-
tion japonaise en canons et munitions n'est pas infé-
rieure aujourd'hui à celle de l'Allemagne. Le Japon est
devenu une vaste usine travaillant pour la Russie.
Lundi 25 septembre. — Reprise de la bataille de
la Somme. Au nord-est de Combles, nous progressons
et prenons Rancourt ; progrès à l'est de la route de
Bétnune (4oo prisonniers). Les Anglais, entre Combles
et Martinpuich, enlèvent les positions allemandes sur
9.600 mètres et 1.800 de profondeur, prenant Morval,
SEPTEMBRE 1916 95
Lesbœufs et plusieurs lignes de tranchées. Combles est
complètement bloqué.
Dans la nuit du 26 au 26, les Français prennent Fré-
gicourt ; ils pénètrent dans le cimetière de Combles et
repoussent les contre-attaques entre la route de Béthune
et la Somme (800 prisonniers).
Une forte attaque allemande est repoussée entre
Thiaumont et Fleury,
Le correspondant de Reuter parle de 1' « eflondre-
ment de la résistance allemande » constatée dans la
journée du 26.
Une attaque bulgare à l'est de Florina est repoussée
avec de grandes pertes.
Constantin rentre à Athènes et appelle aussitôt le
président du Conseil et le ministre de la Marine.
La demande faite par la Grèce à Berlin, pour obtenir
qu'on lui rende les troupes prises à Cavalla, est consi-
dérée à Londres et ailleurs comme une comédie destinée
à gagner du temps.
Au petit jour, Venizelos et Coundouriotis s'embarquent
à Phalère.
Les Autrichiens évacuent le défilé de Vulkan.
Premier train direct de Bucarest pour Brasso.
Dans la nuit de lundi à mardi, trente-neuvième raid
de dirigeables sur les comtés nord-est et sud de l'An-
gleterre (36 victimes).
Les avions français descendent 9 avions ennemis sur
la Somme.
Bombes d'avions français sur les usines de Dillingen,
Sarrelouis, Rombach.
Cinq avions allemands tuent 60 personnes, surtout des
femmes et des enfants, à Bucarest.
Des torpilleurs et monitors anglais bombardent la
côte belge.
Le baron de Zedlitz, chef du parti conservateur au
Reichstag, se prononce contre la guerre sous-marine à
outrance, qui vaudrait a l'Allemagne l'inimitié des
États-Unis et des autres neutres. Il se sépare ainsi des
Tirpitziens.
On annonce que le Vatican a protesté contre la saisie
96 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
du Palais de Venise par l'Italie, ce palais étant la rési-
dence habituelle de l'ambassadeur de S. M. Aposto-
lique près du Saint-Siège (Temps du 26).
Les Allemands vantent l'héroïsme de leur résistance
(( à la mise en œuvre gigantesque préparée pour nos
ennemis par l'industrie du monde entier ».
Mardi 26 septembre. — Les Anglais prennent
Guidecourt, Thiepval et une redoute puissamment
organisée. Depuis quarante-huit heures, ils ont fait
4.000 prisonniers. On dit que le tank « Crème de
Menthe » a contribué à la prise du château de Thiepval.
Au nord de la Somme, les Alliés s'emparent de
Combles, avec un grand butin. Les Français ont pro-
gressé ensuite au nord de Frégicourt (1.200 prison-
niers, 3o mitrailleuses).
Les Bulgares attaquent en force les positions serbes
du Kaimakalan : ils reprennent seulement quelques
tranchées.
Le général Moschopoulos, chef d'État-major, donne
sa démission et se joint aux patriotes.
Venizelos est reçu avec enthousiasme à La Canée, dont
la garnison se déclare en faveur de la révolution.
Le mouvement natioual s'étend en Macédoine et
dans les îles.
Par une marche dans \p dos des Roumains, les Austro-
Allemands occupent le délilé de la Tour Mouge.
Nungesser abat son dix-septième avion.
Les avions italiens bombardent Durazzo.
Gérard quitte Berlin, se rendant aux Etats-Unis.
La pétition allemande pour la paix, mise en circula-
tion par la Sozialdemocratic, a recueilli plus de 100.000
signatures.
Le cardinal Gasparri écrit au capitaine Maire, en
réponse à une supplique, que le Pape a pris en main la
cause des familles du Nord, démembrées par la dépor-
tation des leurs en Allemagne.
La classe autrichienne de 191 7 (820.000 hommes) est
partie pour le front.
Mercredi 27 septembre. — Les Allemands contre-
SEPTEMBRE 191G 97
attaquent violemment au nord de la Somme; les Fran-
çais s'élancent au devant des vagues d'assaut ennemies
et les refoulent (200 prisonniers, 8 miti-ailleuses). Les
Anglais progressent au nord de Fiers et au nord-est de
Thiepval.
Une forte attaque allemande est repoussée sur le front
Thiaumoat — Fleur3^
Venizelos et Coundouriotis constituent en Crète un
gouvernement provisoire, exprimant encore l'espoir
que le Roi finira par se mettre lui-même à la tête du
mouvement national.
La villa de la princesse Ypsilanti (Hongroise) à
Athènes est un foyer d'intrigues dont Streit et Dousma-
nis sont les agents.
Petit vocabulaire grec imprimé en Italie : Grec. Une langue
morte qu'on lit encore à la confusion des vivants. — Gouver-
nement. La légation allemande. — Armée. Des troupes qui
mettent bas les armes. — Neutralité. Au plus offrant. —
Alliance. Un piège. — Alliés. Le parti qu'on livre à l'en-
nemi. — Ennemi héréditaire. Le parti auquel on ouvre les
portes. — Peuple. Un animal domestique. — Traditions glo-
rieuses. Un cadavre embaumé pour touristes. — Roi. L'époux
de la reine. — Reine. La sœur du Kaiser. — Dynastie. Mai-
son de commerce, représentant l'Allemagne {New-York Na-
tion, 2 nov. 1916, p. A'-'J)-
Combats acharnés en Volhynie ; les Austro-Allemands
multiplient leurs contre-attaques.
L'Allemagne refuse de reconnaître le nouveau nonce
de Munich, Ms' Pacetti.
Un arrêté du gouverneur général, commandant l'ar-
rondissement de Tournai, transfère le siège du com-
mandement à Ath, à 3o kilomètres plus au nord et
en arrière (Journal de Genève, 22 octobre).
Jeudi 28 septembre. — Les Anglais prennent, avec
600 prisonniers, la plus grande partie de la redoute dite
des Souabes, au, nord de Thiepval.
Le croiseur grec Hydra a rejoint la flotte alliée à
Salonique.
Les Serbes repoussent de nouvelles attaques bulgares
sur le Kaimakalan et dans la région de Brod.
128. CHRONOLOGIE DB I.A GUERRE 7
98 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Des officiers autrichiens prisonniers ont dit aux Rou-
mains : « Si vous aviez notre artillerie pour opérer
avec l'infanterie que vous avez, vous seriez bientôt à
Berlin. »
L'ofTensive de Broussilov a donné en tout 420.000
prisonniers, 600 canons, 2.5oo mitrailleuses, lance-
bombes et lance-mines.
Bombes d'avions alliés sur iMonastir.
Les marins espagnols refusent de prendre la mer à
moins que leur Gouvernement ne les protège contre les
sous-marins allemands.
Grand discours de Bethmann-Hollweg au Reichstag. Il
dit que. celui qui nfuserait d'agir contre l'Angleterre avec tous
les moyens possibles et efficaces mériterait d'être pendu.
L'Allemagne tient sur tous ses fronts et se défendra jus-
qu'au bout, car elle sait qu'elle lutte pour son existence
contre l'Angleterre qui veut sa ruine complète. On remanjuc
que, dans ce discours, il n'est pas question des buis de la
guerre ni de paix avec honneur; c'est un discours de défen-
sive. « L'Allemagne, dès le début, a lutté pour son existence
et sa liberté. C'est pourquoi elle a fait les premières ouver-
tures pour la paix. Mais elle ne peut les réitérer actuelle-
ment, vu l'attitude de ses ennemis. » Bethmann a reconnu
que la Roumanie n'était pas partie en guerre avec l'Alle-
magne en 1914 parce que le traité secret ne la liait qu'au
cas d'une attaque contre ce pays.
Le Reichstag s'est ajourné au 5 octobre.
A la Chambre hongroise, on a dit qu'il manquait à
l'Autriche-Hongrie un cinquième des vivres nécessaires
à la consommation ordinaire.
Lloyd George dit ]: « La Grande-Bretagne a seule-
ment commencé à combattre. L'Empire britannique a
fait le sacrifice de milliers de ses meilleures vies pour
assurer à la civilisation l'immunité future. Ce sacrifice
est trop grand pour avoir été fait en vain. »
Il est établi k Nev^^-York que le consulat d'Autriche a
rapatrié de nombreux réservistes autrichiens, grâce à
des passeports achetés à des citoyens suisses.
Le ministère de la Guerre français demande le recen-
sement de la classe 19 18.
Le Lokal-Anseiger prétend que les tanks anglais
SEPTEMBRE 1916 99
sont une invention allemande d'il y a deux ans, due à
Goebai, ingénieur à Kœnigsberg.
Le Conseil fédéral suisse s'est mis d'accord avec l'Al-
lemagne sur la question des exportations et des com-
pensations.
P. Seippel (Journal de Genève) analyse un volume de
F.-W. Foersler, professeur à Munich, La Jeunesse allemande
et la Guerre mondiale. Foersler se déclare pour le principe
fédéralif qui seul peut mettre fin à l'anarchie internatiouale
et fonder le règne du droit. « Que nous sommes loin du
Not kennt kein Gebot ! »
Land and Water : a L'Empereur est-il le vrai chef de son
peuple, ou seulement le prisonnier couronné d'un parti qui
le pousse en avant ? »
Vendredi 29 septembre. — Du 27 au 29, les
Austro-Allemands ont essayé d'envelopper la 1" armée
roumaine vers Hermannstadt ; cette armée a réussi
à se replier vers le sud, mais en perdant 3. 000 prison-
niers et i3 canons. Les Bavarois ont pris le col de la
Tour Rouge.
Les États-Unis vont reprendre, à Berlin, l'afFaire du
Lusitania (réponse officielle aux bruits de guerre sous-
marine intensifiée).
De grands sous-marins allemands coulent des
navires sur la route d'Arkhangel.
Une flottille austro-hongroise détruit des bateaux
roumains dans le port danubien de Corabia.
Le comte Karolyi dépose une motion demandant qu'une
adresse soit envoyée à l'Empereur-Roi pour dire que la nation
n'a pas confiance dans le Gouvernement. La Hongrie ignore
les buts de la guerre et les conditions essentielles de la paix.
L'adresse demande une paix assurant l'intégrité de la mo-
narchie et l'établissement en Europe d'un régime de paix
fondé sur le désarmement général,
« Une série d'Etats neutres, ces jours-ci, se sont officielle-
ment occupés d'une action en faveur de la paix... Tous les
pays ont répondu jusqu'ici qu'ils ne pouvaient rien, d (Journal
de Genève.)
Bissolati a dit à un correspondant du Matin que
l'Italie voulait l'entente avec les Slaves du sud. « Nous
ne laisserons pas créer d'irrédentisme contre nous. »
400 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
c< Il faut que les peuples alliés sachent comment l'internatio-
nalisme révolutionnaire se propose de fausser leur victoire et
de briser leur effort au profit d'une paix boiteuse, qui ne sau-
rait être qu'une paix allemande. » (Temps.)
Campolonghi (Petit Parisien) et Roussel (Liberté)
demandent que les Âllié.s constituent une masse de
manœuvre pouvant être portée sur tel point où elle serait
nécessaire.
Walter Long, ministre des Travaux publics, dit à
Glasgow :
« Cette guerre n'a pas pour but une simple répartition de
territoires ou d'indemnités : elle prendra fin seulement quand
nous aurons solidement établi les fondations d'un monde
pacifique. »
Samedi 30 septembre. — Les Anglais exécutent
des coups de main sur le front d'Ypres à Neuve-Cha-
pelle et ramènent de nombreux prisonniers.
Du i^r juillet au 3o septembre, les Anglais ont pris sur la
Somme 29 canons lourds, 22 canons de campagne, io3 en-
gins de tranchées et 897 mitrailleuses.
Les Anglais prennent deux villages sur la rive
gauche delà Struma (200 prisonniers).
Les Serbes prennent ime batterie bulgare dans la
région de Kaimakalan.
Nauplie odhère au mouvement national, ainsi que
presque toutes les îles.
Le Comité national de Salonique adhère au Gouver-
nement provisoire Cretois.
Le général Sotiris, nommé chef d'état-major à
Athènes, refuse ce poste.
Le général Danglis arrive à La Canée et complète
(avec Venizelos et Coundouriotis-)le Gouvernement pro-
visoire.
807 officiers grecs ont adhéré au mouvement natio-
nal.
Les ligues de réservistes continuent de commettre
des excès contre les libéraux et sont soutenues par la
Cour.
Les Russes reprennent j'ofifensive dans la région
SEPTEMBRE 1916 101
Brody — Krasne (2.000 prisonniers) et progressent au
sud de Brzezan}' (2.400 prisonniers).
Nouveau raid de dirigeables vers Londres; l'un
d'eux est abattu en flammes près de la ville.
Un avion français, venant du lac d'Ostrovo, arrive à
Bucarest après avoir lancé six bombes sur Sofia.
La flotte alliée bombarde Cavalla et les villages voi-
sins.
Un télégramme officieux a été expédié en Amérique,
disant que le Gouvernement impérial n'a pris aucune
décision nouvelle touchant la guerre sous-marine et
que l'Allemagne ne considère pas comme une violation
de la neutralité les engagements d'Américains dans
les armées alliées.
Jusqu'à cette date, le tonnage anglais a perdu un peu
plus de 2,5 °/o.
La guerre sous-marine en septembre a détruit
i4i navires alliés et 89 neutres, au total 180 navires
(254.000 tonnes).
Depuis le début de la guerre, la Suède a perdu
G6 navires et 222 marins.
« L'Allemagne se défend contre ceux qu'elle a attaqués et
qui ont eu le mauvais goùl de résister. Voilà le fond du discours
du Cbancelier. Ce mensonge essentiel, qui ne peut tromper
personne, même en Allemagne, est un mensonge désespéré. »
{Temps.)
Sous ce titre : Les Menteurs démasqués, le Temps énu-
mère trois mensonges allemands du 2 aotit : i» les bombes
jetées par un avion ou un dirigeable français; 2° la marche
des troupes françaises sur le Luxembourg ; 3° l'intention de
la France de marcher sur la Meuse par Namur (ullimaiam du
2 août à la Belgique). Le Temps oublie le mensonge de la
marche des cosaques sur Johannisburg, qui, télégraphié le 2
à Bruxelles, fut donné sous réserve dans des journaux fran-
çais du 3 août.
Un annonce que Tirpitz vient s'installer de nouveau
à Berlin.
« Les Papes, à Rome et à Washington, ont, par leur pru-
dence, sacrifié l'occasion la plus décisive qui ait jamais été
offerte à un pouvoir moral d'établir sa suprématie. Ils ne
peuvent être surpris si les nations, venues courageusement
102 CHROMOLOGIE DE LA GUERRE
au secours du droit, les regardent aujourd'hui avec indiffé-
reoce. » {New-York Herald.)
Le Journal de Genève dit que la Russie a 2 millions
d'hommes sur les fronts et 8 millions dans les dépôts.
Elle pourrait garnir de soldats les fronts de tous les
Alliés, si elle avait des armes à leur donner.
Le nombre des établissements contrôlés qui fabri-
quent des munitions en AngleteiTe atteint 4-3i9.
Jour de 26 heures en France, l'heure normale devant
être reprise le lendemain.
Les pertes allemandes en octobre atteignent 1 99.000
hommes.
OCTOBRE 1916 103
OCTOBRE 1916
Dimanche 1"' octobre. — Les Anglais enlèvent
Caucourt-l'Abbaye et le flanc de la butte de Warlen-
court, avec le concours des tanks.
Le prince héritier de Bavière déclare au Berliner Tageblatt
que les tanks sont sans valeur et que le premier entré ea
ieu a été détruit par l'artillerie.
Des coups de main allemands en Champagne sont
repoussés.
Les Serbes ont progressé de 2 kilomètres au nord
de Kaimakalan et repris 2 canons qu'ils avaient perdus
les 28 et 29 septembre. Ils occupent Kotchovei.
Les réservistes manifestent bruyamment au Pirée
contre les volontaires qui s'embarquent pour Salo-
nique.
Les Russes, à l'ouest de Brzezany, font 1.600 prison-
niers, parmi lesquels des Turcs.
Un négus d'Abyssinie, qui intriguait en faveur de
l'Allemagne, est déposé.
Dans la nuit de dimanche à lundi, 89' raid sur l'An-
gleterre (10 dirigeables); l'un d'eux est abattu au
nord de Londres.
De nombreuses lettres aux journaux anglais récla-
ment des représailles aériennes contre les villes du
Rhin.
Protopopov remplace Khvostov à l'Intérieur. C'est la
première fois qu'un ministre russe est choisi au titre
parlementaire et en dehors du monde administratif.
Protopopov faisait partie de la délégation russe venue
récemment à Paris.
On publie le résultat du recensement russe de 1916 :
182 millions d'habitants, soit 42 "/o d'augmentation
depuis 1897,
« Nous serons disposés à prêter une oreille bienveillante dès
104 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
que Berlin fera une offre capable de fournir une base à une
paix durable el à l'établissemenl d'un régime de droit public. »
(Athenaeiim.)
« Les Etats-Unis semblent avoir accumulé en peu de temps
la richesse du monde. Il faudra qu'ils apprennent à la placer
en grande partie hors de chez eux. » (James lîyde, Le Parle-
ment et l'Opinion.')
P Lundi 2 octobre. — Une violente offensive alle-
mande reprend pied à Eaucourt-l'Abbaye sur le front
anglais.
Les Italiens occupent Sanli Quaranta, Argyrocastro
et une partie de l'Épire.
Les Bulgares abandonnent leurs positions sur le
Brod et reculent vers le nord.
En même temps que les Russo-Roumains attaquent
dans la Dobrudja (7 canons, i.ooo prisonniers), des
forces roumaines ont franchi le Danube entre Rout-
schouk et Tutrakan (le i^""); mais les monitors autri-
chiens détruisent un pont de bateaux jeté par les Rou-
mains sur le Danube et mettent les Roumains en péril.
Torpillé, le patrouilleur français RIgel se défend à
coups de canon et, quoique deux fois atteint, continue
à flotter.
A l'occasion du soixante-dixième anniversaire de Hinden-
burg, Guillaume II, à un dîner du quartier général, porte un
toast au généralissime allemand.
On publie à New-York un entretien d'un journaliste
américain sur le Kronprinz qui déplore la guerre, mais
ne voit pas d'espoir de paix prochaine, la raison ayant
quitté la terre (Temps du 4)-
« Thiepval — Combles restera le mot de ralliement de l'En-
tente franco-britannique. » (Note officieuse dans le Temps.')
Raymond Malan, de Pau, caporal fourrier au 18^ d'infan-
terie, disparu le 17 septembrp 1914- a été retrouvé en Alle-
magne, où il est prisonnier (Temps du 3).
Mardis octobre. — Progrès français au nord de
Rancourt (120 prisonniers).
Les Roumains qui avaient franchi le Danube sont
pris entre deux colonnes narties de Routschouk et de
il
à
OCTOBRE 1916 105
Tutrakan ; par suite de la rupture du pont de bateaux,
ils éprouvent de grosses pertes.
Des monitors russes bombardent l'aile gauche bul-
gare eu amont de Cernavoda.
Des attaques ennemies sont repoussées à Orsova.
Les Roumains détruisent les charbonnages de Pe-
troseny et abandonnent la ville.
Le général von Zauberzweig publie une ordonnance à
Bruxelles : « Quicontiue, par manque d'ouvrage, est forcé
de recourir à l'assistance, peut être contraint au travail,
même en doiiors de son domicile. » (Journal de Genève,
26 novembre.)
Lord Bryce éci^it dans le Manchester Guardian :
« Cette guerre aura été soutenue en vain, avec toutes les
souQ'rances qu'elle entraîne, si les nations doivent retomber
dans un état continuel d'inquiétude, de suspicion et d'hosti-
lité, écrasées, en outre, par le poids effroyable des arme-
ments. Espérons que l'appel de l'Amérique encouragera les
hommes d'État d'Europe et obtiendra d'eux une sympathique
réponse. »
La Staats-Zeitang de New-York dit que le vote des
Germano-Américains sera américain, mais ne sei^a
pas pro-britisch-Wilsonistisch.
Mercredi 4 octobre. — Les Anglais reprennent
tout Caucourt.
Les Serbes ont repris 280 kilomètres carrés de leur
pays. Les Bulgares, abandonnant la ligne Florina —
Kaimakalan, se retirent vers le nord.
Le ministère grec a doni^é sa démission, n'ayant pu
prendre contact avec la diplomatie alliée.
Venizelos et ses collègues du Gouvernement provi-
soire quittent la Crète et établissent le siège du Gouver-
nement à Samos.
h' Universal déclare qu'après la paix il n'y aura plus
de place en Roumanie pour les Allemands, dont les
avions ont assassiné tant d'innocents à Bucarest.
Le Gallia, croiseur auxiliaire, portant 2.000 Fran-
çais et Serbes, est torpillé en Méditerranée; 1.862
sauvés.
106 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Le Gouvernement espagnol a été informé par l'Alle-
magne que les déportés français du Nord seront ra-
menés chez eux dès la fin de la récolte.
Un mémoire extrêmement hostile à Bethmann a été
envoyé aux députés allemands par un groupe de dé-
putés conservateurs et nationaux-libéraux. On l'accuse,
entre autres, d'avoir confessé les torts allemands à
l'égard de la Belgique, a parole contraire à la vérité et
si nuisible qu'elle n'aurait jamais dû être prononcée
que par un ennemi ». On demande que le Chancelier
soit remplacé par Tirpitz. Un des signataires de ce
factum est Haeckel.
« La nation allemande s'est refondue aux dix-neuvième et
vingtième siècles dans le creuset d'une orçjanisation étatiste
qui a enlevé aux Allemands le sens individuel et la con-
science personnelle pour les remplacer par la raison d'État.
Le sens collectif a chassé les autres sentiments. L'Allemand
est un faible qui tire son âme guerrière de l'Empire. La paix
ne sera assurée que si les Alliés détruisent l'unité allemande. »
(F. Van de Vorst, cité par le N'élu- Vork Herald.)
Le Times commente les déclarations du Krpnprinz :
o Avec une audacieuse hypocrisie, le Kronprinz, au cours
d'une entrevue à l'usage des Américains, s'est écrié, lar-
moyant : « Combien est regrettable toute cette terrible des-
truction de vies humaines ! Existe-t-il un général, un soldat
allemand, qui ne déplore les affreuses nécessités que lui
impose cette lutte ?»
Le Kronprinz est chef de famille ; il a une femme et des
enfants et « ce n'est pas un bonheur pour lui », a-t-il dit,
« d'envisager l'hypothèse de passer un troisième hiver en
campagne ».
Est-ce que le prince s'imagine que l'inconvénient qui le
menace comme père de famille est inconnu du public des
Etats-Unis ? Peut-il supposer que ses déclarations belli-
queuses, depuis l'incident de Saverne jusqu'à ces dernières
semaines, aient été oubliées ? Est-ce que son mépris pour
l'opinion américaine est si kolossal et si aveugle ?
Tout en rendant l'Angleterre responsable de la continua-
tion de la guerre, le prince a quelques bonnes paroles pour
elle. Il dit qu'il croit avoir encore « de nombreux amis en
Angleterre ». Son Altesse se trompe ; elle n'a plus d'amis
ici, sinon dans la partie du pays occupée par des camps d'in-
ternement.
OCTOBRE 1916 107
« Il est regrettable, a dit encore le Kronprinz, que tous les
Anglais et tous les Allemands, même s'ils sont ennemis, ne
puissent pas être des genllernen et des sporfsmen. » Nous
pensons, nous, que même un prince de Hohenzollern ne
peut pas être tout à la fois, et nous craignons bien qu'il ne
soit hors de ses moyens de pouvoir se dire gentleman et
sportsman. Les Anglais sont bien gentlemen; ils ne s'en
déclarent pas moins résolus à faire en sorte que le faible ne
soit pas piétiné sans défense et soumis à des tortures, que
l'innocent ne soit pas assailli et vole, même par des larrons
et des fripons de sang impérial, sans qu'un châtiment mérité
soit infligé au coupable et que l'humanité apprenne qu'il
existe un Dieu au ciel et une justice sur la terre. »
Jeudi 5 octobre. — Les Anglais émettent des gaz
à l'est de Loos et d'Armentières.
Progrès français au noi^d de la Somme, à l'est de
Morvai (g canons).
Les Allemands bombardent la côte du Poivre et le
bois de la Laufée.
Attaqués par des forces supérieures dans la région
Fogaras — Vladeni, les Roumains battent en retraite.
L'offensive roumaine en Transylvanie a pris fin.
Les Roumains se sont repliés sur la rive droite du
Danube.
Violente bataille dans la Dobrudja ; les Russo-Rou-
mains prennent i3 canons.
Combats acharnés du Stokhod au Dniester; les
Russes attaquent.
Des avions bombardent Zeebrugge.
Un Cunard de 18.000 tonnes, hranconia, acquis par
le Gouvernement anglais, est coulé en Médileri^anée :
12 noyés.
Vendredi 6 octobre. — Avance anglaise ; prise
de Le Sars (5oo prisonniers).
On publie {Matin du 7) un rapport du général von Arnim,
commandant le !=■■ corps, qui reconnaît la supériorité de
l'artillerie et de l'aviation anglaises, ainsi que les grands
progrès de l'infanterie.
Avance française au nord de la Sommn, au nord-est
de Morvai (4oo prisonniers).
108 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Les Italiens prennent un sommet de 2.456 mètres
dans le massif de Busa-Alta.
Les Serbes s'emparent des positions bulgares au
nord de Pojaz et s'établissent à Dobré-Poliei.
Malgré un retour offensif des Bulgares surlaStruma,
les Anglais occupent Revoljen. Les Italiens attaquent
vers Dukhovo, les Français occupent German sur le lac
Presta.
Le Conseil général d'Union et Progrès, à Constanti-
nople, se prononce pour la guerre à outrance.
Trois navires norvégiens sont coulés dans l'Océan
arctique.
Samedi 7 octobre. — Les Alliés informent la
Grèce que la transmission des dépêches chiffrées est in-
terdite (mais la Cour communique avec Berlin par
sans fil).
25 bombes d'avions sur Belfort.
Un grand navire autrichien saute dans le port de
Pola.
VC/-53se montre àNewport (États-Unis) et en repart
quelques heures après.
La Zukanft est interdite à nouveau à cause d'ar-
ticles (qui ne sont pas de Harden) avouant et accusant
la politique agressive de l'Allemagne.
Dimanche 8 octobre. - Attaques allemandes
repoussées à l'ouest de Saillj-Sallisel.
Les Serbes occupent le sommet de Dobropolye ; les
Français occupent Kisovo.
Spiridon Lambros, ancien professeur du Roi et philo-
logue connu, forme un ministère.
Venizclos et ses deux collègues sont reçus avec
enthousiasme à Mytilène.
Les Roumains ont évacue Brasso et concentrent leurs
efforts sur la défense des cols de Transylvanie, où les
Allemands de Falkenhayn les .attaquent avec violence
(170.000 hommes et une très forte artill^^rie).
On signale beaucoup de déserteurs sur le front russe
du Caucase.
OCTOBRE 1916 109
L'U-53, sorti de Newport, coule cinq uavires non
américains sur les côtes des Etats-Unis, Émotion et
forte baisse k la Bourse de New-York.
L'emprunt allemand a donné lo milliards et demi
de marks, dont 3 d'argent noiiveau (?).
Le New-York Times publie un article très vif contre Tan-
tisémitisine officiel en Russie, qui sert souvent de masque à
des agissements dirigés contre le pays lui-même et destines
à le compromettre aux yeux des neutres.
Lundi 9 octobre. — Coup de main anglais au
sud-est de Givenchy.
Les Allemands bombardent les environs de Lihons
avec des obus lacrymogènes.
Au sud de la Somme, progrès français dans le bois
de Chaulnes et vers Ablaincourt ('i.25o prisonniers).
Retraite des Bulgares sur la Struma ; combats
acharnés dans la boucle de la Tcherna.
Le Gouvernement provisoire grec réside h Salonique.
Les Roumains, vu l'infériorité de leur armement,
sont fortement pressés à la frontière de Transylvanie.
On compte en Italie 1.700 usines de guerre, avec
425.000 ouvriers.
Mardi iO octobre. — Sur le Garso, entre Vipaco
et la cote 208, les Italiens enfoncent les Autrichiens et
font 6.000 prisonniers.
A l'aile gauche, les Bulgares renforcés contiennent
les Serbes. Les Anglais occupent Topolova et Prosenik.
Ils franchissent la voie ferrée de Demir-Hissar.
Constitution du Cabinet Lambros.
Le roi Ferdinand déclare que la Roumanie luttera
jusqu'au bout, mais qu'elle prie le Ciel que les Alliés
ne l'oublient pas dans la dure épreuve qu'elle subit à
côté d'eux.
Ce jour, 78 combats aériens; Lorrach, Colmar et
Mùllheim reçoivent des bombes.
Norman Hapgood affirme qu'un discours prononcé le 9 par
le candidat Hughes à Philadelphie a été écrit de concert avec
Victor Ridder, directeur de la N'eu'-Yor/c Staats-Zeitiing.
Cela est aussitôt démenti.
110 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Mercredi 11 octobre. — Consolidation des gains
français sur la Somme (i.^oo prisonniers).
Les Italiens, depuis le 16 août, ont fait Si.ooo pri-
sonniers.
Les Serbes, repoussant de violentes contre-attaques,
prennent pied à lîrod.
Le communiqué officiel russe du 12 déclare qu'une
escadrille ennemie a jeté sur Constantza des bombes
empoisonnées avec des bacilles du choléra.
Au Reichstag, Scheideraann, socialiste officiel^ fait des
avances à la France, et Je proclame que nous voulons la
paix. Tous les peuples sont las d'être menés à la ruine. Il
faut que les Français sachent qu'ils peuvent obtenir la paix
et la délivrance de leur pays sans verser une goutte de sang
de plus. Ce qui est français doit rester français, ce qui est
belge ne cessera pas d'être belge ; ce qui est allemand doit
demeurer allemand. » Là-dessus, le comte Wcstarp a pro-
testé au sujet de la Belgique : « Ce que nous avons conquis
par notre sang, nous le garderons, pour autant cjue cela est
nécessaire à l'avenir du peuple allemand. » Bassermann dit :
« C'est tout à fait à tort ijue Scheidemann interprèle les dis-
cours de Bethmann-Hollweg comme contraires à toute
annexion. Il n'a jamais rien dit de tel. » Le Chancelier garde
le silence (Journal de Genève, i8 octobre).
Jeudi 12 octobre. — Raids anglais vers Ypres et
Armentières.
Le Gouvernement grec accepte un nouvel ultimatum
de l'Entente, impliquant le désarmement des trois
grands cuirassés grecs, l'occupation des batteries qui
commandent la rade de Salamine, etc. Les Alliés
f>rennent possession de la flotte grecque et désarment
es trois grands navires. Lambros ordonne aux ligues
de réservistes de se dissoudre.
Venizelos déclare à Ward Price que le roi Cons-
tantin est sorti des limites tracées par la Constitution.
4o avions alliés bombardent les usines Mauser à
Oberndorf sur le Neckar et abattent 6 avions alle-
mands qui les défendaient.
On décide la création d'un office de vivres en
Autriche.
I
OCTOBRE 19i6 111
Vendredi 13 octobre. — Coups de main anglais
au nord-est d'Ypres et au sud-ouest de Hulluch.
Venizelos constitue un cabinet à Salonique. Le Gou-
vernement publie un Journal officiel.
Lloyd George dit aux Communes que les Alliés feront
tous leurs efforts pour empêcher l'écrasement de la
Roumanie, objectif actuel de l'Allemagne.
Le grand iudustriel Aug. Thyssen déclare que l'Alle-
magne tiendra les promesses faites aux Etals-Unis.
Les Allemands remplacent par des femmes beaucoup
d'ouvriers d'usines et de cheminots.
L L'Allemagne a dépensé jusqu'à présent 80 milliards.
Samedi ié octobre. — Au sud de la Somme, les
Allemands ont repris, puis reperdu une partie d'x\blain-
court.
Les Autrichiens, sur le Carso, ont perdu en deux jours
35.000 hommes.
Les marins français occupent les îlots du golfe de
Salamine. La ligne Athènes — Larissa est remise aux
Alliés, ainsi que la gare d'Athènes, d'où de nouveaux
convois de munitions allaient partir pour Larissa. Le
Gouvernement grec a concentré des troupes en Thes-
salie pour agir, le moment venu, contre les Alliés.
Par suite des pluies, toute la région de Riga est sous
l'eau.
Un sous-marin russe, près du Bosphore, capture
un transport turc de 6.000 tonnes et le ramène à Sébas-
topol.
4.100.000 Allemands sont employés, dit-on, dans
l'industrie et les transports.
On parle d'une grave révolte dans une fabrique
d'armes en Autriche.
Reuss {Revue critique, p. 25o) s'élève contre toute
idée d'annexioD de la rive gauche du Rhin. « La politique
d'annexion violente, outre qu'elle serait un démenti san-
glant à tous nos principes, si haut proclamés, si coura-
geusement soutenus jusqu'à ce jour, nous priverait bien
vite et à boa droit des sympathies de l'Europe. Et qui donc
oserait assumer relîrayante responsabilité d'introduire, viru«
112 CHROWOLOGIE DE LA GUEnRK
déformant, quatre à cinij millions de Germains en bloc dans
le sein de la nation française? »
Dans le Socialiste belge, paraissant en Hollande,
Vandervelde publie in extenso son discours de Rouen
(27 mai), où il demande l'interdiction internationale
des engins destinés au meurtre collectif.
Dimanche 15 octobre. — Les Français prennent
Sailly-Sallisel.
Bagarre à Athènes ; un vénizéliste est assassiné.
Dans une communication contre laquelle s'est immé-
diatement élevé Reventlow, Hindenburg a déconseillé
la guerre sous-marine à outrance.
Les commerçants allemands en Belgique ont été
avisés de se tenir prêts à quitter le pays d'ici le 21 dé-
cembre.
Réouverture de l'Université de Gand, entièrement
flamingante, avec le concours de quelques professeurs
hollandais que leurs compatriotes méprisent et dé-
savouent (Voir i\e/o-York Nation, 1916, II, p. 870).
On publie la réponse anglo-française à la note amé-
ricaine du 24 mai. Les Alliés font observer qu'ils res-
pectent les courriers postaux, mais non la contrebande
que portent ces courriers; ils ajoutent que le seul effet
de leur intervention est de retarder l'arrivée des cour-
riers, taudis que les sous-marins allemands les envoient
au fond de l'eau.
a II y aurait une punition qu'on serait heureux de voir
infliger aux Allemands : qu'on s'empare de leurs bibliothè-
ques, de leurs collections, de tout leur outillage scientifique...
Ainsi seront-ils châtiés de leurs crimes, non seulement
contre l'humanité, mais contre la science. » {Éclair de Mont-
pellier.)
Lundi 16 octobre. — Commencement d'une
attaque générale des positions bulgares devant Mo-
nastir.
Après que le roi Constantin eut harangué les équipes
débarquées des navires grecs, des bagarres se produi-
sirent à Athènes; des marins français et italiens avec
mitrailleuses ont été envoyés dans la capitale.
OCTOBRE 1916 113
Au sud-ouest de Dorna-Vatra, une puissante attaque
austro-allemande pénètre en territoire roumain.
« La frontière roumaine du nord demeure le point faible du
front des Alliés. » {Times.)
« On n'a pas exagéré les dangers qu'ont courus le roi Fer-
dinand et ses armées. » {Dailij News.)
Les Russes repoussent, le i5 et le i6, de violentes
attaques turques et kurdes au sud-est d'Erzindjan.
Le mark est tombé à g i ,5o (Genève), lacouronne à 62.
On annonce que le Japon a décidé d'adopter l'al-
phabet latin.
Mardi 17 octobre. — Les Français continuent k
progresser à Sailly-Sallisel, repoussant des contre-
attaques.
Les Italiens prennent le sommet du Pasubio.
Les Serbes enlèvent entièrement Brod.
Les Français gagnent 4oo mètres sur la rive droite
du Vardar.
La police athénienne a été remplacée par des marins
alliés.
De nouvelles troupes italiennes arrivent à Salonique.
Une mission française (général Berthelot) arrive à
Bucarest.
A la frontière de Transylvanie, les Allemands ont
atteint Agas (i5 kilomètres au delà de la frontière rou-
maine), d'où ils menacent, a 70 kilomètres, la ligne de
communication de la Bukovine et de la Russie avec
Bucarest.
Des attaques violentes sont repoussées par les Russes
près de Dorna-Vatra. II neige dans les Carpathes.
Il se confirme que la récolte de pommes de terre en
Allemagne est très mauvaise.
Les industriels américains ont refusé d'acheter aux
prix demandés les 107 tonnes de matières colorantes
apportées par le Deutschland.
Le Gouvernement américain a pris sous son contrôle
le poste de télégraphie sans fil du New-York Herald,
qui avait avisé les navires de l'Atlantique de la présence
de sous-marins allemands.
128. CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 8
114 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Mercredi 18 octobre. — Les Français achèvent la
prise de Saillj-Sallisel et dominent ainsi la route de
Péronne à Bapaume. Les Allemands attaquent en vain à
l'est de Berny-en-Santerre, entre Chaulnes et Péronne.
Dans la boucle de la Somme, entre Biaches et Maison-
nette, nous enlevons toute une ligne de tranchées.
Le Kaiser et le Kronprinz ont passé à Vouzicrs.
Succès serbe sur la rive gauche de la Tcherna, au
nord de Brod ; prise de Veliselo (3 canons).
La roi Constantin, qui veut quitter Athènes, en est
empêché, dit-on, par Lambros.
La ligue des réservistes et des gens soudoyés mani-
festent à Athènes contre l'Entente. On répand le bruit
qu'une escadre américaine est en route pour protéger la
Grèce, que i5o.ooo Turcs marchent sur Salonique. On
crie dans les rues : « Vivent les Bulgares, les Turcs,
l'Allemagne ! y>
Les Roumains ont repoussé l'ennemi au delà de la
frontière à Prédéal (900 prisonniers). Combats très vio-
lents dans la vallée de l'Oltu.
Vingt et uu navires américains, chargés de muni-
tions, arrivent à Arkhangol.
La Norvège, à l'exemple de la Suède, interdit à tous
les sous-marins de guerre l'accès de ses eaux côtières.
Les Communes repoussent, par 3o3 voix contre 106,
une motion de John Redmond demandant la levée de
l'état de siège en Irlande, la libération des prisonniers
et l'application immédiate du Home Piule.
L'Angleterre envoie de l'acier aux ateliers de ma-
chines-outils en Suisse, afin de permettre à l'industrie
suisse de continuer à travailler pour l'Entente.
Le Vorivârts cesse d'être l'organe du parti socia-
liste allemand pour passer aux mains de Scheidemann
et des a camarades de l'antichambre » (Temps du 21).
« L'Allemagne savait bien que, pour allumer la guerre, il
suffit d'être seul à la vouloir ; elle apprend avec surprise
que pour faire la paix il faut être deux. » (Journal de
Genève.)
Conseil do guerre anglo-français à BouFogne, pour
aviser à la situation en Orient.
OCTOBRE 1916 115
Jeudi 19 octobre. — Les Allemands disent avoir
détruit 3 tanks, mais ils n'en ont pas pris un seul.
Luttes acharnées sur le Pasubio ; les Italiens gardent
leurs positions.
Oliensive turco-allemande sur tout le front de la
Dobrudja. Les Roumains cèdent à l'aile gauche (i.ooo
prisonniers).
Les Austro-Allemands attaquent avec fureur au nord
de Dorna-Vatra.
L'Allemagne proteste contre la note de la Norvège et
demande l'accès des côtes norvégiennes pour ses sous-
inarins.
Le Gunard Alaanîa (i3.ooo tonnes) a été coulé.
Bethmaun et Jagow se rencontrent avec Burian au
gi'and quartier général allemand.
« La campagne de Hughes a causé un profond désappointe-
ment à ses partisans. Il a laissé le pays froid. Ceux qui
désormais voteront pour lui le feront sans une étincelle d'en-
thousiasme. » (New-York Nation.)
Vendredi 20 octobre. — Des troupes allemandes
apparaissent sur le front bulgare en face des Serbes.
Les Bulgares ont des canons de 2^40 et de 3o5 ; ils sont
très fortement retranchés.
La presse athénienne est soumise à la censure fran-
çaise (?).
Les Allemands font de grands efforts sur la route de
Campolung; les Roumains, qui ont reculé, se défen-
dent dans le défilé de Brau.
Les Bulgares, très éprouvés le 18 et le 19 (7 canons,
i.ooo prisonniers), sont renforcés par des Allemands.
Les Allemands prennent Tuzla en Dobrudja et bom-
bardent Constantza.
On calcule que l'ennemi possède environ Sao.ooo
hommes sur les fronts de Salonique et de Roumanie.
7 avions allemands sont abattus sur la Somme.
Par suite d'un incendie qui atteignit les soutes à
munitions, le superdreadnought russe Inipératrice~
Marie coule en rade de Sébastopol (200 victimes). On
espère que le vaisseau pourra êti^e renfloué.
116 CHRONOLOGIE PE LA GUERRE
Hammann, chef du service de la presse aux Affaires
étrangères à Berlin, donne sa démission.
« Rappelons-nous toujours l'hisloire des bandits en auto, le
dernier des grands faits divers d'avant-guerre : barricadés
dans leur retraite, cernés par la police, ils avaient encore la
menace à la bouche et se vantaient de détruire la société.
L'Allemagne se flatte toujours de détruire l'ordre européen,
et la force seule peut briser son dessein.. » (Temps.)
Samedi 21 octobre. — De violentes attaques alle-
mandes sur Sailly sont brisées. Au nord de la Somme,
les Allemands prennent pied dans quelques éléments
avancés au nord du bois Biaise. Les Français avancent
dans la région de Ghaulnes. Les Anglais, progres-
sant de 3oo-5oo mètres, prennent les tranchées dites
Stiiffei Regina (i.ooo prisonniers, Fo mitrailleuses).
Le mauvais temps arrête les progrès serbes devant
Monastir.
Depuis cinq jours, prenant l'offensive sur Bucarest,
Falkenhayn attaque au sud de Hermannstadt et de
Kronstadt vers Campolung, où se livre une violente
bataille; le i8, les Roumains ont reculé jusqu'à
Dragoslavele, où ils se maintiennent.
Nouveau recul russo-roumain dans la Dobrudja. Les
Allemands sont à 17 kilomètres du chemin de fer de
Constantza.
Wiegand, correspondant du World de New-York
(germanophile), télégraphie du front allemand de Tran-
.sylvanie qu'à la désorganisation des jours précédents
a succédé chez les Roumains une volonté de résistance
absolue.
jtichec d'une puissante attaque autrichienne k l'est de
Kirilibaba ; un régiment est anéanti.
La presse norvégienne s'insurge contre la protestation
allemande et fait remarquer que l'Allemagne n'a rien
dit lorsque la Suède a pris une décision toute sem-
blable à celle de la Norvège.
Le premier ministre autrichien, Stûrgkh, est assas-
siné par le socialiste Friedrich Adler, membre du
parti allemand de Bohême.
Harden publie, dans la Zukunft, un singulier
OCTOBRE 1916 117
article contre le militarisme prussien {Journal de
Genève, 3i octobre) : « La France porte le fardeau
terrible de ses sacrifices avec la dignité solennelle des
héros de Corneille, mais elle n'est pas indifférente aux
applaudissements du monde. » Autrefois impérialiste à
outrance, Harden se fait l'apôtre de la démocratie, des
traités internationaux et même du désarmement.
Ghenadiev, ancien ministre bulgare, est condamné k
dix ans de travaux forcés pour haute trahison.
Une délégation d'académiciens espagnols arrive à
Paris.
Dimanche 22 octobre. — De fortes attaques bul-
gares sont repoussées par les Serbes.
Le Cabinet de Salonique prête serment au triumvirat
« qui représente l'honneur et l'avenir de l'hellénisme »
(Temps du 24).
Le Gouvernement de Salonique somme la Bulgarie
d'évacuer la Macédoine orientale.
Les Allemands occupent Constantza. Le 21 et le 22,
ils ont pris 7.000 hommes et 12 canons (y compris le
butin de Constantza).
Ferdinand de Roumanie publie un ordre du jour :
« Qu'aucune unité ne recule ; que toute position per-
due soit immédiatement attaquée et reprise ; que les
montagnes qui, depuis des milliers d'années, sont la
force et le bouclier de notre race, deviennent un mur
infranchissable. »
Les Russes ont progressé jusqu'à 5 kilomètres au
nord de Halicz.
Un aéroplane allemand bombarde Sheerness et est
détruit par un avion naval anglais.
Suivant les calculs faits à Rome, l'Autriche a levé
7.400.000 hommes et en a perdu 4- 100.000. Il lui reste
3 millions d'hommes sur les fronts et à l'intérieur,
Soo.ooo mobilisés dans les dépôts.
Lundi 23 octobre. — Les Allemands annoncent
que les Anglais ont perdu neuf /an/vs, détruits par l'ar-
tillerie.
118 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Les Italiens occupent, en Épire, la ville d'Erseka et
Irente-six villages du canton de Delvino.
La population du Pirée adresse une lettre à l'amiral
Dartige du Fournet, exprimant sa reconnaissance et
protestant contre les agitateurs.
Dix officiers et 5oo volontaires quittent Athènes pour
Salonique.
L'Agence Wolfî dit que les succès allemands en Do-
brudja sont dus à la concentration par surprise d'une
très forte artillerie lourde.
Les Allemands occupent Cernavoda. L'aile gauche
roumaine recule vers Karamurat.
Les Roumains attaquent avec succès dans la vallée
de rOltu (3io prisonniers, lo mitrailleuses). Violents
combats à Predéal et dans la région de Dragoslavele.
Un avion allemand lance des bombes sur Margate.
Parti de Smyrne, un avion allemand jette des bombes
sur Chio.
Lord Grey, dans un banquet de l'Association de la Presse
étrangère, insiste sur l'afjrcssion non motivée de "l'Alle-
magne et conclut qu'il faut mettre, hors d'état de nuire la
nation coupable des « crimes d'anarchie les plus atroces que
le monde ait jamais vus «. Il ajoute : « S'il doit y avoir
encore dos guerres, que les règles de la guerre soient désor-
mais observées et que la science ne soit pas appliquée à la
destruction de l'humanité. »
[Cela ne peut signifier qu'une chose : la prohibition des
engins de meurtre collectif.]
Mardi 24 octobre. — Après une intense prépara-
tion d'artillerie, où les nouveaux mortiers de 870 et de
400 entrent en action, les Français attaquent sur la rive
droite de la Meuse (front de 7 kilomètres). La ligne
ennemie est brisée partout, sur une profondeur qui,
au centre, atteint 3 kilomètres. Le village et le fort de
Douaumont, la batterie de Damloup, la ferme et l'ou-
vrage de Thiaumont, les carrières d'Haudromont sont
repris (3.5oo prisonniers).
Au sud de Brasso, les Allemands ont atteint Pre-
déal,
Les Bulgares sont à Cernavoda. La cavalerie ger-
OCTOBRE 1916 119
maiio-turque atteint la région de Karamuiat. ivledjidié
et Rasova sont aux mains de l'ennemi.
Les légions polonaises des armées austro-allemandes
sont envoyées à l'arrière.
La côte sud de la Norvège est bloquée par cinq sous-
marins allemands qui coulent tous les bateaux qu'ils
aperçoivent. Sept navires norvégiens ont été détruits
et deux ont été pris.
On croit, à New-York, que des sous-marins alle-
mands se cachent au large des côtes des États-Unis.
La Gazette de la Croix propose d'attribuer au Pape,
avec le Vatican, une bande de terre allant rejoindre la
mer à Fiumicino.
Réception des délégués espagnols à l'Hôtel de Ville
et à la Société des gens de lettres, où Pierre Mille a fait
observer que le Ci a a. été naturalisé français et que Git
Blas, œuvre véritablement espagnole, a été écrit en
France.
Mercredi 25 octobre. — Une contre-attaque alle-
mande sur la batterie do Damloup est repoussée. Le
colonel commandant Douaumont est prisonnier.
Pour se venger de la reprise de Douaumont, les Alle-
mands lancent 6oo obus siir Reims.
Les Autrichiens bombardent Gorizia.
On dit en Italie que l'Autriche-Hongrie a doublé son
artillerie légère.
La cavalerie de l'armée de Salonique est entrée en
liaison avec la cavalerie italienne do Valona.
L'offensive ennemie s'arrête dans la Dobrudja.
A l'ouest de la Moldavie, les Pioumains réagissent
avec succès, mais ils sont toujours pressés dans les
vallées de Predeal et de Jiu.
Les Russes prennent Bidjar en Perse, au nord
d'Hamadan.
On s'irrite en Suècre de la guerre impitoyable faite
par les sous-marins allemands aux navires norvégiens.
Grâce k un pont de 2.5oo mètres construit sur
l'Amour, Vladivostok est réuni à la Russie par deux
voies, celle de l'Amour et celle de Mandchoune.
120 CHRONOLOGIE DF LA GUERRE
Des cartes de poisson sont instituées à Berlin.
A la séance des cinq Académies, Desnhanel définit
ainsi les devoirs de la France : « Rester unis; mieux
connaître l'Allemagne; faire mieux connaître la France;
ne pas oublier; prévoir. »
Un groupe d'Américains, actuellement en Europe,
adresse un appel Uux Etats-Unis, les exhortant à aban-
donner leur neutralité et à faire revivre les traditions
d'honneur et d'action qui ont fait la grandeur du peuple
américain (texte dans le New-York Herald).
Jeudi 26 octobre. — Trois contre-attaques sur Hau-
dromont et Douaumont sont repoussées Le chiffre de
nos prisonniers valides atteint 4-5oo. Progrès à l'est du
bois Fumin et au nord du Chénois.
On déclare que l'offensive de la Somme, en cent
quinze jours, nous a coûté des pertes inférieures de près
de moitié k celles que nous avaient infligées en vingt
jours les offensives de l'automne dernier en Cham-
pagne. C'est qu'on apprend à faire la guerre et à se
servir de l'ai^tillerie lourde.
Les Français occupent sans résistance Koritza.
Les Roumains repoussent les Allemands au sud de
Predeal et se défendent au sud du défilé de Jiu. Dans
la Dobrudja, retraite vers la région des collines au
nord. On annonce l'arrivée de renforts russes. Le pont
de Cernavoda est coupé (une arche détruite).
Quatre avions anglais, venant d'Imbros, atterrissent
k Bucarest.
La nuit, dix destroyers allemands attaquent les
transports de la Manche et coulent un paquebot vide,
The Queen. Deux destroyers allemands sont coulés ;
un des destroyers anglais manque et un autre, avarié
par une torpille, s'est échoué.
Au cours du mois d'octobre, les Allemands ont déjk
coulé pour 25 millions de navires norvégiens.
On apprend k New^-York que les sous-marins alle-
mands opérant dans l'Atlemlique ont été en communi-
cation avec un navire interné du Lloyd allemand.
OCTOBRE 1916 121
Von Kôrber succède à Stiirgkh à la présidence du
ministère autrichien.
On dit k Petrograd qu'il y a, sur la partie sud du
front russe, 28 divisions allemandes, 35 autrichiennes,
3 turques et 10 divisions de cavalerie, soit 60 divisions.
Wilson, parlant à Cincinnati, préconise une ligue des
nations pour empêcher la guerre et dit que celle-ci est
la dernière guerre mondiale d'où les États-Unis pour-
ront se tenir à l'écart.
Schwab et Rockefeller ont pris l'initiative d'une
souscription, destinée à recueillir 65o millions pour les
orphelins français de la guerre.
Gottheim, député progressiste, écrit dans le Berliner
Tageblatt :
« Notre tâche doit être de renforcer à l'étranger les courants
pacifistes pour déterminer la conviction que nous ne voulons
annexer ni la Belgique ni les territoires français; ces terri-
toires constituent pour nous seulement un gage, destiné à
être rendu contre des compensations. »
« L'Allemagne n'est pas encore à terre : ne vendons pas sa
peau. Elle a su, dans les dernières semaines, utiliser à mer-
veille sa position centrale et elle nous donne, en Orient, de
sérieuses inquiétudes. Elle est un adversaire redoutable et
puissant. Il n'en est que plus curieux de voir son moral si
instable, ses partis si divisés, son Gouvernement si discuté. »
{Temps.)
Vendredi 27 octobre. — Bombardement continu
sur Haudromont, Douaumont etDamloup. Une attaque
sur Douaumont est arrêtée. Nous enlevons une car-
rière au nord-est de Douaumont.
Encore un millier d'obus sur Reims,
Bagarres à Athènes; des vénizélistes sont maltraités.
L'anarchiste italien Paputo, arrêté à Athènes, a
avoué qu'il avait accepté la mission d'assassiner Veni-
zelos.
Les Roumains résistent dans la vallée du Trotus,
dans celle de l'Uzu, vers Dragoslavele et dans la val-
lée de Jiu, faisant près de 2.000 piMsonniers. Mais une
contre-attaque roumaine dans la vallée de Prahova a
été brisée avec pertes.
122 CHRONOLOGIE PE LA GUERRE
On mande au Temps (du 28) que l'antigermanisme, à Bu-
carest, a gagné jusqu'aux anciennes feuilles germanophiles.
Tous les journaux demandent, pour l'avenir, la mise en
quarantaine des Allemands.
Le ras Michael (germanophile) est battu par l'armée
gouvernementale du Choa.
L'activité des sous-marins allemands est plus grande
que jamais ; les marines alliées et neutres éprouvent des
pertes graves (près de 10.000 tonnes par jour).
Samedi 28 octobre. — La résistance roumaine se
renforce dans la vallée de Prahova. Dans la vallée de
Jiu, les Roumains capturent deux batteries d'obusiers
et 5oo prisonniers.
Une forte offensive allemande est repoussée sur le
front de Riga.
L'aviateur allemand Boelke, qui passait pour avoir
descendu 4o avions, est tué dans une collision aérienne.
Depuis vingt-quatre heures, 9 navires norvégiens ont
été coulés.
On dit à Rome qu'en avril 19 17 les troupes russes
de choc seront deux fois et demie plus nombreuses qu'en
décembre 1910.
Le ministre des Affaires étrangères de Suède dit à un
correspondant anglais que tout ce que la Suède exporte
en Allemagne ne permettrait pas à celle-ci de faire la
guerre un jour de plus.
Hindenburg a passé la journée à Potsdam chez l'Em-
pereur.
Au Reichstag, le vice-chancelier Helfferich a étél
vivement attaqué par les socialistes, la gauche et lesj
nationaux libéraux. Dittmann a révélé que Rosajj
Luxemburg était enfermée avec des prostituées. Par-
tant des abus de l'état de siège, il a dit : «c La bassessi
le l'infamie célèbrent actuellement de véritable
orgies. Ceux qui sont mis en état d'arrestation pré-
ventive sont enterrés vivants. î> Helfferich a promi
une enquête.
E. Bernstein a prononcé un discours qui fait sensatioj
(publié dans le Vorwarls) :
U
OCTOBRE 1916 123
« Quelle est la faute initiale de la politique allemande?
Qu'est-ce qui anime contre nous les Gouvernements et les
peuples? C'est la méfiance (jue nous inspirons... Si l'on croit
qu'en jetant des bombes sur des villes ouvertes on forcera
les peuples à faire la paix, on se trompe étrangement.
Sophocle a dit dans VAJaj; : « On doit faire la guerre
à l'ennemi de façon qu'il puisse redevenir notre ami. »
« Aujourd'hui, on ne s'inquiète plus de ce principe. Il y a
déjà plus de 4-5oo.ooo morls, 3.5oo.ooo mutilés, ii mil-
lions de blessés. Pour mettre fin à cet assassinat de l'huma-
nité, on devrait déclarer, du côté allemand, que nous,
sommes prêts à un armistice, comme un acheminement à
un congrès européen ou universel, qui rétablirait la paix sur
la base du droit des peuples. «
Bernstein lit ensuite une déclaration au nom de
l'Union socialiste du travail (socialistes dissidents) :
« Nous sommes contre cette guerre comme contre toutes les
guerres, qui ont pour cause les intérêts de la classe diri-
geante et possédante. Dans aucun pays, la classe ouvrière
ne l'a voulue ; dans la Sozial-Demokratie, on l'a combattue
jusqu'à la dernière heure avec passion... Aucune des
raisons qu'on invoque pour continuer la guerre ne peut être
reconnue par nous comme valable. Nous voulons qu'à la
place de la force des armes, on établisse, comme base des
rapports entre les nations, le droit démocratique des peuples
(le disposer d'eux-mêmes, l'arbitrage international qui mette
fin à 1 ère des guerres et exige le désarmement universel. Les
peuples souhaitent la paix, mais ils veulent que la paix les
délivre du cauchemar du militarisme qui menace constam-
ment la sécurité et le bien-être. Le programme de paix qui
tiendrait compte de ces principes serait salué de tous avec
enthousiasme. La politique conduite par la pensée de la
solidarité internationale des classes ouvrières est la seule
capable de réunir les travailleurs du monde entier en un
immense parti de la paix. «
Dimanche 29 octobre. — Progrès français au
nord-ouest de Saillj — Sallisel. Au sud de la Somme,
les Allemands pénètrent dans la ferme de la Maison-
nette.
Le bombardement incessant de Reims fait des vic-
times parmi la population.
124 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Les Autrichiens ont renforcé de 60 bataillons leurs
lignes du Carso.
Pour montrer sa bonne foi à l'Entente, le roi de
Grèce rappelle dans le Péloponèse une partie des
troupes de Thessalie et d'Épire. Le déplacement doit
commencer le 3 novembre (comédie).
La Patris public des documents prouvant que la
livraison des forts de Rupel et de Faïa-Petra aux Bul-
gares a été concertée entre le Gouvernement de
hkouloudis et Berlin.
Beaucoup d'avions alliés sont arrivés à Bucarest.
Un vapeur grec se rendant k Salonique avec 3oo volon-j
taires a été torpillé sans avertissement (5o victimes);
en réponse, les corporations du Pirée déclarent la grève
générale.
Le ministre Bissolati fait un important discours à
Crémone : itre
« La victoire ne pourra être que dans la reprise de nos
terres, la reconstitution de la Belgique, la restitution à la
France de tous les territoires français, la réintégration de
la Serbie et la délivrance des Roumains du joug hongrois.
Tout cela est dans la victoire, mais la victoire n'est pas
toute en cela. Elle est aussi dans la déli%Tance de l'Europe
et du monde du cauchemar de nouvelles embûches, de
nouveaux assauts, et elle ne sera pas atteinte si ceux qui
ont attenté à la paix du monde ne sont pas mis dans l'im-
possibilité de renouveler leur attentat. Nous ne voulons pas,
à notre tour, attenter à l'existence et à l'indépendance du
peuple germanique. Au contraire, nous voulons le délivrer
de ses ivresses meurtrières et de la domination de ceux qui
l'ont enivré pour en faire l'instrument de leurs desseins
criminels. Nous voulons espérer que nos coups ébranle-
ront le militarisme prussien : la voix de Liebknecht, aujour-
d'hui étouffée dans une prison, deviendra la voix de tout l
peuple allemand. Mais de ce militarisme barbare, qui a é
te centre de l'horrible conjuration contre la paix, il faut'
briser l'arme dans la poignée ; cette arme, c'est l'Empire
austro-hongrois. Tant qu'existera cette monstrueuse agréga-
tion, qui est la négation et l'oppression de toutes les nationa-
lités, sauf celles des Allemands et des Magyars, l'Allemagne '.
impériale pourra toujours s'en faire une arme et s'appuyer ï
sur son énorme puissance pour prendre une revanche. Il ft
1
OCTOBRE 1916 125
faut que ce monstre à plusieurs tètes soit tué... Jusqu'à ce
que ce but soit atteint, parler de paix est servir de la pire
façon la cause de la paix. Ceux qui parlent de paix en ce
moment ne veulent pas la paix, mais un armistice en faveur
de l'Allemagne et de l'Autriche... Nous combattrons jusqu'à
ce que lÉtat autrichien ait été dissous. Si les nations se
promettent de combattre et de résister jusqu'à que ce but
soit atteint, la commémoration du martyre de Battisti peut
devenir, dès à présent, la célébration de la victoire. »
Les vingt-huit présidents des bureaux de zemstvos
réunis à Moscou protestent contre « la main inconnue
3ui dirige secrètement les affaires de la nation » {Temps
u 3 janvier 1917). Milioukov avait déjà fait allusion à
cet état de choses dans un discours du i3 juillet 1916
à la Douma.
Lundi 30 octobre. — Les royalistes grecs inter-
i prêtent comme une victoire la décision attribuée à
la Conférence des Alliés à Boulogne de ne pas recon-
naître formellement le Gouvernement de Salonique. Le
Daily Telegraph dit que le fond de la politique, dans
la Vieille-Grèce, est uniquement la peur de se battre,
la couardise. (Ce défaut a été de tout temps celui des
Grecs, sans quoi ils n'auraient pas célébré tant d'actes
individuels d'héroïsme comme il s'en produit tous les
jours et sur tous les fronts dans la guerre actuelle.)
Combats acharnés sur la rive gauche de l'Oltu. Les
Roumains progressent dans la vallée de Jiu.
La ligne actuelle, dans la Dobrudja, court à 60 kilo-
mètres au nord du chemin de fer de Constantza.
On se montre assez rassuré à Bucarest par les der-
iniers succès roumains dans la vallée de Jiu et à Dra-
goslavele, où i.5oo Allemands ont été faits prisonniers.
Une lettre trouvée sur un sous-offîcier allemand atteste
la gravité des pertes.
Bratiano dit que la Roumanie a assez d'hommes,
mais qu'elle demande des canons et des munitions.
Des prisonniers allemands déclarent que l'armée a
l'ordre d'avancer à tout prix en Roumanie afin de cap-
turer les stocks de céréales dont le besoin se fait sentir
)lus que jamais.
126 CHRONOLOGIE DE I.A GUERRE
Pluies et neiges clans les Carpathes.
Devant Le Havre, un navire-hôpital anglais touche
une mine et coule; quelques victimes. Le bateau a été
échoué à Octeville.
Des Américains étaient à bord ùu vapeur anglais
Marina, coulé sans avertissement le 28 ; six Améri-
cains auraient été tués. Ce navire n'était pas affrété par
l'amirauté anglaise ; il allait d'Europe en Amérique.
On attache de l'importance en Allemagne à un
conseil qui a eu lieu entre l'Empereur, Bethmann,
Heifferich et d'autres hauts personnages et qui a duré
plus de deux heures.
« Tisza à Budapest et Kœrber à Vienne, c'est l'attelage
idéal qui livrera sans réserve le brillant second à la direction
de son patron... Ces deux valets de l'Allemagne seront les
liquidateurs de l'Autriche-Hongrie. » (Temps.')
Le général Mallelerre estime qu'une des conditions de
la paix devrait être que les armées allemandes ne
pussent dépasser la ligne du Rhin.
« Aujourd'hui des millions de jeunes gens grandissent,
même aux Etats-Unis, aux yeux desquels l'Allemand n'est
pas un être humain, mais une bête sauvage, dont l'àme s'est
exprimée par Louvain, Reims et \t Liisitania. Qui peut croire
que la lin de la guerre déracinera cette opinion dans l'es-
prit de la génération qui commence ? Le terrorisme allemand
n'a accompli qu'une chose : il a creusé un abîme entre l'Al-
lemagne et le reste de Thumanité. » {New-York Tribune; cf.
Daily Mail du 3i.)
La question du service obligatoire en Australie a
donné lieu à un re^rendum; les catholiques et les
Irlandais ayant volé non, il y a une majorité hostile
(1.016.000 contre 919.000).
Depuis le début de la guerre, il est rentré à la
Banque de France i milliard 800 millions d'or.
Mardi 31 octobre. \ — Les Anglais repoussent les
Bulgares sur la rive gauche de la Struma (3i5 prison-
niers) et prennent Barakli-Dzuma.
Les relations de l'Entente avec le roi de Grèce se
sont améliorées ; on fait courir à tort le bruit que les
relations avec Venizelos se seraient refroidies.
OCTOBRE 1916 127
L'attaque allemande, re poussée dans la vallée de
Jiu, progresse dans celle de l'Ollu.
Les Roumains ont 22.000 prisonniers allemands.
Du I" au 3 1 octobre, ils ont capturé 5. 800 hommes,
25 canons, 88 mitrailleuses, 2.000 tentes.
Les Turcs ont repris Bidjar, au nord-ouest de
Ha ma dan.
Quatorze avions autrichiens ont bombardé les gares
autrichiennes du Garso.
Un vapeur grec allant à Chypre pour y embarquer
des troupes a été torpillé.
Le ministre de l'instruction publique prend posses-
sion du Palais de Venise à Rome.
Brandès a dit à Copenhague : « Cette guerre ne sera
pas la dernière ; la guerre est éternelle comme la sottise
dès hommes. »
Le candidat Hughes, interrogé à Colombus(Indiana),
a déclaré que, s'il était élu, il maintiendrait le droit
des Américains de voyager où bon leur semble et d'ex-
pédier les marchandises commandées.
Les Anglais, sur tous les fronts, ont perdu en octobre
107.000 hommes, en septembre 119.000, en août i3o.ooo.La
proportion des officiers approche de 5,5 °jo.
Du i^"" juillet au i«f novembre, les troupes franco-britan-
niques, sur la Somme, ont capturé 78.000 hommes, 178 ca-
nons de campagne, i3o canons lourds, 2i5 mortiers de tran-
chées, 981 mitrailleuses. La part des Français est de 4i-5oo
prisonniers, 77 canons de campagne, 101 canons lourds,
io4 mortiers, 535 mitrailleuses. Les perles totales des Alle-
mands, qui ont amené i35 divisions, sont estimées à 690.000
hommes, dont i4o.ooo morts (Land and Water, i4 dé-
cembre).
128 CHRONOLOGIE DE I.A GUERRE
NOVEMBRK 1916
Mercredi 1" novembre. — Progrès français au
nord-est de Lesbœut's et au sud-est de Sallisel.
Depuis le 24 octobre, nous avons pris devant Verdun 6.0 ii
hommes, i5 canons, i44 mitrailleuses.
A Athènes, les funérailles des victimes du bateau
Angheliki, torpillé, donnent lieu à une vive démonstra-
tion anti-allemande.
Une bataille acharnée se livre au sud du chemin de
fer de Brzezany à Rohatjn. Les Russes ont dû reculer
au centre. Ils ont perdu quelque terrain à l'ouest du
mont Kapul et des tranchées avancées sur la rive ouest
du Stokhod.
Il se confirme que le ras Michael a été fait prisonnier.
Le sous-marin de commerce Deutschland, parti de
Brème le 10, arrive à New-London (Connecticut).
La guerre sous-marine, en octobre, a donné des
résultats élevés : i45 navires, 206.000 tonnes. Il y a
plus de bateaux neutres coulés que de belligérants.
On publie des propos tenus par Hindeuburg à un
journaliste (Journal de Genève) :
« Les nouvelles armées russes ne sont pas meilleures que
les anciennes ; seule l'artillerie a progressé, mais les Russes
commencent à manquer de munitions. On ne songe pas à
raccourcir le front d'Occident, qui est inexpugnable. Les Fran-
çais s'exterminent eux-mêmes par leur ténacité. Les Anglais
obligent les Français à se faire massacrer pour eux. Jamais
l'Angleterre n'est venue seule à bout d'un ennemi puissant. »
80.000 personnes ont manifesté à Dresde, demandant
du pain et la paix.
Lord Roseberry déclare, à Edimbourg, que, dans cer-
tains milieux irresponsables, on se livre à des bavar-
dages sur une paix très prochaine :
« Dieu merci, il n'est pas un ministre assez lâche, assez
aveugle ou imbécile pour adhérer à une paix de ce genre.
NOVEMIJRE 1910 129
« Par centaines de mille hommes, notre sang a coulé à plein
flot. Nous dépensons par jour plus de i25 millions. Nous
continuerons notre tâche tant qu'il faudra pour abaisser la
Prusse, cette puissance diabolique, au point où elle était
dans le passé.
« Nous combattons pour la Suède, pour la Norvège, pour le
Danemark, pour la Hollande, pour la Belgique, cinq petites
puissances qui, toutes les cinq, ont été outragées par la puis-
sance germanique.
« Pour l'Aniérique aussi, nous luttons et, si nous étions
vaincus, les Etats-Unis seraient les premiers à souffrir de la
Prusse, cette nation agressive et sans scrupules.
« Nous résistons inébranlablement à nos ennemis, déter-
minés à vaincre. Nous aimerions mieux être morts que vaincus,
mais nous n'avons aucun doute de notre victoire prochaine et
définitive. »
F. Buisson dit, au Congrès de la Ligue des Droits de
l'homme :
« Il n'y a de salut pour l'humanité que si, à la fin de la
guerre, il y a un vainqueur, que si ce vainqueur fait la paix,
non pour son peuple, mais pour tous les peuples. Nous ne
ferons que réaliser ainsi les vœux exprimés par les Gou-
vernements alliés et votés, à La Haye, il y a dix ans. »
Le Correspondant reproduit une série de lettres de
prisonniers français envoyés dans des camps de repré-
sailles, qui constituent un terrible acte d'accusation
contre la barbarie allemande.
Un ukase ordonne un emprunt de 3 millions .de
roubles à 5,5o °/o, remboursable en dix ans.
Les paris sont à lo contre 7 en faveur de Hughes.
Jeudi 2 novembre. — Sous la violence du feu
français, les Allemands ont évacué pendant la nuit le
fort de Vaux, que nous avons occupé sans pertes (il
était miné, mais on s'en est aperçu à temps). La cein-
ture des forts extérieurs de Verdun est maintenant
rétablie en entier.
Attaque italienne à l'est de Gorizia et progrès sen-
sibles. Sur le Carso, prise des hauteurs ofe Veliki
(4.400 prisonniers).
Les journaux allemands disent que les Roumains
128. CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 9
130 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
défendront seuls les passages de Transylvanie, les
Russes conduisant la guerre en Dobrudja.
En Hongrie, on reconnaît que les Roumains ont
appris à résister.
Le I" et le 2, une escadrille italienne pénètre dans
la rade de Fasana au-devant de Pola.
Les Allemands prétendent forcer les neutres à faire
convoyer leurs cargos par des navires de guerre.
Un vapeur hollandais, pris la veille par les Alle-
mands, a été délivré par des contre-torpilleurs anglais
qui ont mis en fuite les contre-torpilleurs allemands.
Au Baltic Club, à Londres, les armateurs ont décidé,
à l'unanimité, qu'avant toute discussion des conditions
de la paix, l'Angleterre devra recouvrer, tonne pour
tonne, l'équivalent de ses navires coulés.
Bernstorff propose aux Etats-Unis l'établissement
d'un service postal par sous-marins entre l'Allemagne
et l'Amérique.
On affirme que les Allemands ont réquisitionné
toutes les mines de Westphalie et qu'ils vont imposer
le travail forcé aux Belges pour remplacer leur main-
d'œuvre industrielle, qui doit être militarisée.
La disette de pommes de terre crée une situation
menaçante en Allemagne.
A Zurich, le mark est à go, la couronne k 55,25.
A New-London, un marin du Deiitschland , descendu
k terre, a tué un garçon de café qui voulait protéger
une femme. La police demande qu'on lui remette le
coupable et son compagnon.
Divers journaux allemands souhaitent maintenant
l'élection de Wilson, (( le moins mauvais candidat ».
« Une fois la tension diminuée, nos esprits sont libres de
réfléchir à l'effroyable sacrifice de vies, à l'inexprimable
désolalion qui a envahi des millions de demeures. Ne som-
mes-nous pas en droit d'attendre qu'en Allemagne, non
moins qu'en Angleterre et en France, la voix de la nation se
fasse entendre dans ce cri impérieux et universel : Plus
jamais! « {N^ew-York Nation.)
Vendredi 3 novembre. — Le Beobachter de
NOVEMBRE 1916 131
Stuttgart fait observer que le front de Verdun est
maintenant ramené aux positions d'avant le mois
d'avril. « Tous les flots de sang qui ont coulé depuis
ont coiilé inutilement. »
Rome pavoise à la nouvelle de la prise de la colline
de Veliki-Hribach par les Italiens (7.000 prisonniers,
2 batteries complètes). La cavalerie italienne est à
18 kilomètres de Trieste.
Cent bataillons autrichiens sont engagés sur le
Carso.
On signale un conflit entre troupes grecques natio-
nales et royalistes vers Ekaterini.
Les Allemands tiennent dans la vallée de Prédéal et
au sud-est du col de la Tour Uougc, mais ils battent en
retraite et perdent des canons dans la vallée de Jiu
(435 hommes, 4 canons, 20 mitrailleuses).
Les Russes ont chassé l'ennemi des tranchées qu'il
occupait sur la rive ouest du Stokhod.
Dans la nuit du 2 au 3, raid de la flottille allemande
de Zeebrugge ; elle échappe au feu de quatre croiseurs
anglais.
Le Gouvernement canadien déclare que des agents
allemands ont tenté d'introduire la fièvre aphteuse
dans le bétail de la colonie, en offrant du bouillon de
culture à des émigrants suisses.
On dit que les Allemands, dans la fabrication des
explosifs, remplacent depuis longtemps le coton par la
cellulose et la pâte de bois; ces matières ayant donné
des mécomptes, ils se servent de fécule de pomme de
terre, ce qui aggrave la disette.
Le nouveau ministre de la Guerre allemand, von
Stein, débutant au Reichstag, dit que l'Allemagne doit
faire un grand effort pour égaler et même dépasser les
ressources ennemies en matériel et que ce sera là la
tâche des mois à venir.
Batocki affirme, à la même séance, que l'Alle-
magne, au prix de quelques privations, peut tenir jus-
qu'à la récolte.
La Liberté signale un soldat disparu le 26 septembre
1914 au Transloy qui vient d'être retrouvé en Allemagne au
132 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
camp de Senne. Un soldat évadé d'un camp de la Meuse dit
qu'il y avait avec lui des prisonniers valides auxquels il était
défendu d'écrire.
Samedi 4 novembre. — Une attaque allemande
est brisée au nord de la Somme.
Nous avons progressé jusqu'à l'église de Vaux et
occupé le village de Damloup.
On constate que la reprise du fort de Vaux, qui a
<i renoué la ceinture de Verdun » (Polybe, Figaro), est
la première victoire de cette guerre due uniquement à
l'artillerie.
Les Italiens avancent encore d'un kilomètre sur le
Carso. En trois jours, ils ont gagné 3 kilomètres en pro-
fondeur sur 5 1/2 de largeur. Ils ont pris g. 000 hommes,
10 obusiers de io5 et de nombreuses mitrailleuses. Les
Auti'ichiens, dont les bataillons sont réduits à 600 hom-
mes, appellent des secours des fronts russe et roumain.
Des monitors austro-hongrois ont débarqué des
contingents dans l'île de Dinglu et sur la rive rou-
maine du Danube ; ces troupes se sont emparées de
2 canons et de 4 wagons de munitions.
Les Austro-Allemands ont repris le mont Rosca et
progressé au nord-ouest d'Aruga (sud du défilé de Pré-
déal). En l'evanche, ils ont été rejetés au delà du défilé
de Vulkan.
Les Turcs ont été repoussés k Sultanabad.
Au cours d'une violente tempête, 2 navires anglais
entrent en collision dans la mer d'Irlande (92 noyés).
La Norvège répond à l'Allemagne et maintient son
droit d'interdire ses côtes aux sous-marins.
L'appel de Liebknecht est rejeté.
C'est sur l'ordre de l'Empereur que le Reichstag a
été ajourné au i4 février. La commission du budget
continuera à siéger, mais à huis clos. Bethmann n'a
pas fait au Reichstag le discours attendu.
On dit à Zurich que les usines Krupp occupent
100.000 hommes; on y fabrique i.5oo.ooo obus par
mois. On ajoute (Liberté du 6) qu'on y a achevé un
canon de marine de 38 qui porte à 4o kilomètres.
NOVEMBRE 1916 133
« Cette guerre nous place daus uue situatiou telle que nous
ne pouvons pas espérer nous relever économiquement si
nous ne remplaçons pas les bras qui nous manquent par
des machines. » (M. Ajam, à propos de la motoculture.)
En Italie, recrudescence de la campagne neutralisle,
conduite par les socialistes officiels et les cléricaux
{Temps du 5). L'Osservatore romano déclare que c'est
une injustice de combattre avec acharnement, de
chercher à écraser l'ennemi.
Le maréchal French, parlant à Wolverhampton, dit
qu'une invasion de l'Angleterre n'est pas impossible.
Un Serbe écrit au Journal de Genève pour demander
que les Alliés ménagent les derniers restes de l'armée
serbe.
Roosevelt, au théâtre national de New-York, pro-
nonce un violent réquisitoire contre la politique étran-
gère de Wilson :
« J'accuse le Président Wilson d'avoir laissé traîner dans la
boue ce que nous avons de plus sacré dans notre passé. Je
raccuse d'avoir recouvert sa crainte de défendre le droit du
voile de la rhétorique. Je l'accuse d'avoir bandé les yeux au
peuple américain. M. Wilson n'a pas su demander des
comptes à l'Allemagne, qui le méprise. Si nous élisons
M. Wilson, il sera notifié au monde que nous ne sommes
plus qu'une nation sordide, prête à accepter toutes les
insultes, à accepter l'assassinat de ses femmes et de ses
enfants, pourvu qu'elle gagne des dollars. »
Dimanche 5 novembre. — Au nom des empe-
reurs d'Allemagne et d'Autriche, une proclamation
faite k Varsovie par le gouverneur allemand, k Lublin
par le gouverneur austro-hongrois, crée un Etat auto-
nome polonais sous la forme d'une monarchie hérédi-
taire constitutionnelle. Les frontières ne sont pas indi-
quées ; le régime est une sorte de condoniiniuni,
l'armée étant dans la dépendance des puissances pro-
tectrices.
L'empereur d'Autriche écrit k Kôrljer pour lui
annoncer son intention de conférer l'autonomie à la
Galicie lorsque le nouvel État polonais aura été
établi.
134 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Un communiqué allemand dit que les Anglais ont
éprouvé ce jour « des pertes énormes » ; un commu-
niqué anglais du lo assure que cela est de pure inven-
tion.
Au nord de la Somme, progrès vers Le Translojs
nous prenons la plus grande partie de Sallisel
(522 prisonniers), tandis que les Anglais avancent entre
l'Ancre et Le Transloy.
Depuis le 6 août, dans la région du Pasubio, les
Italiens ont fait 4o-363 prisonniers.
D'Annunzio est promu au grade de capitaine.
On a découvert au Pirée une organisation d'espion-
nage et de ravitaillement des sous-marins allemands,
dirigée par un député gounariste.
Les Russes ont gagné 2 kilomètres au sud de Dorna-
Vatra.
On prétend (Liberté du 6) que l'Allemagne deman-
derait un armistice avant le i^"" janvier pour être mieux
pourvue de troupes et de munitions au printemps de
Lundi 6 novembre. — Une attaqtie allemande a
regagné un peu de terrain au sud-ouest du bois de
Saint-Pierre-Vaast et a Sallisel.
Bombardement intense de la région de Damloup. Le
ministre de la Guerre, général Roques, parti de Paris
le 28 octobre, est arrivé à Salonique.
Mackensen, sous la pression des Russes, a reculé de
20 kilomètres dans la I3obrudja.
Les Allemands enlèvent les hauteurs au nord de
Spini, à 20 kilomètres en territoire roumain. Ils pro-
gressent au sud du col de Vulkan. L'avance roumaine
dans la vallée de Jiu est arrêtée.
Au Darfour, le chef de la rébellion, Ali Dinar, est tué.
Un sous-marin anglais a torpillé deux cuirassés alle-
mands sur la côte du Jutland.
Le paquebot Arabia, chargé de caoutchouc, est tor-
pillé. Les 721 personnes a bord sont sauvées.
Alors que l'Humanité qualifie d'infâme l'entreprise
des Empires centraux contre la Pologne, le Vorioâfts
NOVEMBRE 1916 135
écrit que la Sozial-Deniokratie allemande veut une
libre Pologne comme elle veut une libre Allemagne.
Le Times dit que la Pologne indépendante n'a été
créée que pour fournir aux armées austro-allemandes
700.000 recrues, sous une couleur de légalité.
Mardi 7 novembre. — Au sud de la Somme,
malgré une pluie violente, nous enlevons les positions
ennemies depuis le bois de Chaulnes jusqu'au site de
la sucrerie d'Ablaincourt, occupant complètement
Ablaincourt et Pressoir (5oo prisonniers). Le sol était
un vrai cloaque (Voir la Liberté du lo).
Joffre et Cadorna se rencontrent à Saint-Michel-de-
Maurienne.
Des détachements alliés ont occupé l'île et l'arsenal
de Leros, l'île Kyra, l'arsenal et l'installation des sous-
marins grecs. L'escadre légère grecque a arboré le
pavillon français.
Le Carrière délia Sera publie une lettre d'Athènes
disant que les Grecs n'ont jamais voulu faire la guerre,
qu'ils ne la veulent pas, que le Gouvernement de Salo-
nique n'a pu réunir plus de 2.000 hommes, tandis
qu'au moins 3o.ooo hommes en âge de combattre ont
émigré récemment en Amérique (ces chiffres ont été
aussitôt contestés).
Nouvelle offensive allemande dans la vallée de Jiu.
Le succès russe s'accentue au sud de Dorna-Vatra
(800 prisonniers).
Dans la nuit du 6 au 7, les avions français bombar-
dent l'aérodrome de Frescaty et la gare militaire de
Chambley.
Une escadrille italo-française bombarde Parenzo et
Città-Nuova en Istrie.
Le cardinal Mercier adresse au monde civilisé une
protestation contre la déportation de Belges en Alle-
magne.
Le gouverneur von Beseler ordonne à la population
polonaise du royaume de Pologne d'accepter, sous peine
de prison, le travail offert par les autorités allemandes.
Le total des pertes prussiennes atteint 8.359.000.
136 CHRONOLOGIE DE LA GUEBRE
On annonce à tort l'élection de Hughes, e C'est la
vengeance de l'honneur national », dit Roosevelt.
Mais on s'aperçoit bientôt que le résultat est douteux.
Mercredi 8 novembre. — Lutte d'artillerie très
vive au sud de la Somme et dans les régions de Darft-
loup et de Douaumont.
Des régiments autrichiens sont rappelés du front
roumain contre les Italiens et remplacés par des Turcs.
Trois attaques bulgares sont repoussées dans la
boucle de la Cerna.
Le premier contingent de Grecs de Paris, enrôlés
dans l'armée nationale, part pour Salonique.
Dans la vallée de l'Oltu, au sud de la Tour Rouge,
les Allemands ont avancé jusqu'à 26 kilomètres de la
passe.
Les Russo-Roumains ont repris Harsova, regagnant,
en quatre jours d'offensive, 45 kilomètres vers le sud.
Les Rulgares, en se retirant, ont brûlé Hai^sova et
Topai. En face de Cernavoda, les Russes ont repris le
village de Dounarev, que les Allemands avaient occupé
après avoir passé le fleuve. Le grand pont n'est qu'en-
dommagé, non détruit.
Au sud-est de Dorna-Vatra, les Russes avancent en
territoire hongrois ; ils atteignent la vallée de la Ristri-
ciora.
Le vapeur américain Coliimbia est coulé près du cap
Finisterre (Espagne).
Il est avéré que les Allemands déportent en Alle-
magne, pour les occuper dans leurs usines comme des
esclaves, des milliers d'ouvriers belges {Temps du 10).
«A défaut d'Allemands ea suffisance, l'Etat-major impérial
a recours aux Bulgares et aux Turcs. Âlais les Roumains ont
fait la contre-partie. Sur quoi l'Etat-major impérial prépare
le recrutement des Polonais. Depuis quelques mois il est
entré dans la période des expédients. Ceux-ci peuvent lui
rendre pendant un temps le secours de l'arithmétique. La
question est de savoir s'ils lui rendront l'aulre élément, la
résistance morale, car elle-même paraît en déclin. «(Colonel
Feyler, Journal de Genève).
NOVEMBRE 1916 137
Jeudi 9 novembre . — Progrès allemands dans la
vallée du Buzeu.
Après avoir subi sept attaques, les Russes reculent
aurfud de Dorna-Vatra.
Soixante-dix-sept combats d'avions; une dizaine d'a-
vions allemands sont descendus. Les avions français
bombardent plusieurs cantonnements ennemis.
Bethmann-HoUweg fait un grand discours, en réponse
à Lord Grey, devant la Commission du budget, a huis
clos. Il maintient que la cause déterminante de la
guerre a été la mobilisation russe, mais que la cause
profonde est la politique d'encerclement et de boy-
cottage pratiquée par l'Angleterre contre l'Allemagne.
Il ne croit pas à l'efficacité d'institutions internationales
pour conserver la paix, mais compte pour cela sur la
volonté des peuples, décidés a ne pas subir de nouveau
une pareille catastrophe. « L'Allemagne a été prête de
tout temps à se joindre à la ligue des peuples et même
à se placer à la tête d'une telle ligue pour punir ceux
qui prétendent troubler la paix. » . ^^
Bethmann a déclaré qu'il n'a jamais indiqué l'an-
nexion de la Belgique comme étant dans les intentions
de l'Allemagne.
Tout ce discours paraît destiné aux neutres plus qu'aux
belligérants.
Broussilov, parlant au correspondant du Times, dit
que la victoire est certaine, parce que la Russie pos-
sédera l'an prochain une armée excellente. Il ajoute
que 99 °/o de la population russe veulent la guerre
jusqu'à la victoire définitive, a Nos ennemis doivent
apercevoir devant eux le spectre de plus en plus proche
de la ruine complète. »
Un nouveau Livre Bleu serbe atteste l'infamie des
procédés autrichiens et bulgares en Serbie. Les hommes
sont déportés, enrôlés de force dans l'armée bulgare,
etc. (Voir le Temps du ii).
Le Journal de Genève fait observer que la « grande
mystification polonaise » réduit à néant les bruits per-
sistants d'une paix séparée avec la Russie. Un Polonais
influent aurait dit : a Si l'Entente offre mieux que ne
138 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
prometlent les Impériaux, le recrutement donnera des
résultats dérisoires. Mais, pour Dieu, qu'elle parle!
C'est son silence qui perd tout. »
Le prix Nobel de littérature a été décerné à Romain
Rolland.
Asquith dit au banquet du Lord-maire :
« Je déclare très franchement que nous sommes en sym-
pathie cordiale avec le grand patriote grec Venizelos...
Les Alliés désirent la paix, mais à la condition que la guerre
n'aura pas été faite en vain. La paix doit être telle qu'elle
puisse servir de fondation sûre et stable pour la sécurité des
faibles, pour les libertés de l'Europe et pour l'avenir libre
du monde. »
Il se confirme que Wilson a été réélu.
Ribot a fait connaître que l'emprunt français a donné
1 1 milliards et demi, dont 55 °/o d'argent frais.
Vendredi 10 novembre. — Les Anglais avancent
de i.ooo mètres à l'ouest de la tranchée dite Regina.
Les troupes serbes, attaquant sur la Cerna, enlèvent
les positions de Kuke (6oo prisonniers).
Les officiers grecs ont fait remise aux officiers fran-
çais des munitions de la flotte.
Le ministre d'Allemagne à Athènes remet une note
au Gouvernement grec : l'Allemagne considérerait la
Grèce comme sortant de la neutralité si elle livrait
à l'Entente le matériel de guerre que celle-ci réclame
(démarche concertée entre Berlin et le Roi).
Progrès roumains sur la rive gauche de l'OItu; les
Roumains repoussent une tentative de débarquement à
l'embouchure de cette rivière.
Les Russes reprennent des tranchées perdues au sud
de Dorna-Vatra.
Le chéri f Hussein publie k La Mecque un manifeste
hostile aux Turcs et surtout aux unionistes.
Bataille aérienne entre 3o avions anglais et 3o à 4o
avions allemands, dont 6 sont obligés d'atterrir.
Des avions anglais bombardent les aciéries de Folk-
lingen au nord-ouest de Sarrebruck et descendent
3 avions allemands. Les avions français bombardent
les mêmes usines.
NOVEMBRE 1916 139
Giiynemer abat son 21^ avion.
Bombes d'avions sur la gare d'Offenburg (Rhin).
Dans la nuit du 10 au 11, bombes d'avions alle-
mands sur Amiens : g morts, 27 fclessés.
La flotte russe bombarde Constantza.
Guillaume II vient à Bruges et y est reçu toutes
fenêtres fermées.
On assure que 21.600 Anversois ont été déportés en
Allemagne. On parle d'une révolte sanglante à Bru-
xelles, provoquée par les enrôlements forcés d'ouvriers.
Un million huit cent cinquante mille hommes et
400.000 femmes travaillent aux munitions en Angleterre.
La Russie appelle la classe 19 18.
Radoslavov a dit : « Tous les territoires arrosés de
sang bulgare sont terres bulgares. »
Scheidemann, dans une conférence à Berlin, dit que
Bethmann ne peut en dire plus qu'il n'a fait devant la Com-
mission du budfjet; il ne peut pourtant pas mendier! En
Allemagne, les particuliers font des projets de conquêtes,
mais le Gouvernement fait des propositions de paix; c'est
tout le contraire chez les ennemis {Journal de Genève,
20 novembre).
« Pas de paix durable sans l'affaiblissement de la Prusse ;
pas d'affaiblissement de la Prusse sans la reconstitution de la
Pologne unie : tels sont les termes de l'équation. » (Temps.)
Wilson est définitivement élu à une faible majorité.
Samedi 11 novembre. — Les Français, au nord
de la Somme, i^eprennent en majeure partie Sallisel.
Les Serbes prennent le village de Polok (i.ooo pri-
sonniers, 8 obusiers).
Un officier de la marine grecque révèle qu'en août
1916 le Gouvernement de Gounaris ravitaillait les
sous-marins allemands.
Combats violents dans Orsova.
Les Roumains reculent dans la vallée de Jiu, mais
résistent ailleurs.
Nouveau recul russe au nord de Halicz.
Des avions anglais bombardent les abris sous-marins
d'Ostende et de Zeebrugge.
140 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Des avions autrichiens, à Padoue, tuent 90 femmes
et enfants dans une seule maison.
L'Allemagne est mécontente de la réponse de la
Norvège ; les torpillages continuent.
La « tenue de soirée » est interdite à Paris dans les
théâtres subventionnés.
Dimanche 12 novembre. — Au nord de la
Somme, nous achevons de prendre Sallisel (220 hom-
mes, 8 mitrailleuses).
On signale de grands mouvements de troupes autri-
chiennes dans le Trentin.
Les Serbes, dans la boucle de la Cerna, prennent
Iven et obligent les Bulgares à se replier de 3 kilo-
mètres vers le nord. Plus à l'ouest, ils ont progressé
au nord de Veliselo (i.ooo. prisonniers, 16 canons).
Depuis le 12 septembre, les Germano-Bulgares ont
laissé aux Alliés 6.000 prisonniers, 72 canons,
.5o mitrailleuses. Le massif de Kuke, le plus puis-
.sant après le Kaimakalan, a été pris avec toute l'artil-
lerie qui le défendait.
Le roi de Serbie arrive inopinément h Athènes.
Le ministre russe à Athènes reçoit à dîner le roi
Constantin ; les ministres de l'Entente paraissent à la
soirée.
Les Roumains reculent sur la rive droite de l'Oltu.
Violents combats dans la vallée de Jiu.
Au Mexique, le bandit Villa prend Chihuahua.
La presse allemande, par ordre, menace la Norvège.
A Cardifî, la foule empêche Ramsay Macdonald de
parler pour la paix.
Pour activer la production du matériel de guerre en
Allemagne, il a été formé un syndicat général de
l'acier.
Deux cents Français et Françaises, occupant des
situations élevées, ont été déportés du département du
Nord vers un camp de représailles.
Le marquis de Polavieja, dans un nouveau journal
germanophile, La Nacion, attaque vivement le ministre
Romanonès.
NOVEMBRE 191G 141
Suivant Ghekri Ganem, iSo.ooo Syriens seraient
iléjk morts de faim.
Lundi 13 novembre. — Attaque anglaise sur les
deux rives de l'Ancre. Après une bataille de dix heures,
où 6 divisions se sont heurtées (Voir Liberté du i6),
les Anglais prennent Saint-Pierre-Divion et Beaumont-
Hamel (4.ooo prisonniers).
On a découvert, à la préfecture de Florina, des ins-
truments d'optique k l'aide desquels le préfet commu-
niquait avec les Bulgares, qu'il ravitaillait d'ailleurs à
son profit personnel.
Le général Roques, ministre de la Guerre, arrive à
Athènes.
Le général bulgare Schekof dit à VAz Est que la
possession de Monastir est assurée aux Bulgares.
Les Roumains ont dû céder du terrain à l'aile
gauche vers Dragoslavele et sur la rive droite de l'Oltu.
Les Allemands ont pris Bombesti et Candesti ; ils
avancent vers Campolung.
Continuation de violentes attaques allemandes sur la
Bistriciora.
On dit à Petrograd qu'une partie de l'armée du
Caucase va être amenée sur le front roumain (?).
Seize avions français bombardent les hauts fourneaux
de Saint-Ingbert, au nord-est de Sarrebrûck.
Dans la nuit du 12 au i3, bombes d'avions alle-
mands sur Belfort.
Un avion ennemi lance des bombes sur Le Caire.
On signale dans la mer du Nord des sous-marins
monstres, plus grands que les navires qu'ils visitent ou
qu'ils torpillent.
On parle en Allemagne de la convocation imminente
du Reichstag et du dépôt d'une loi sur le service civil
obligatoire.
Le Vonvàrts dit que les soldats allemands ne doi-
vent pas se faire tuer pour que l'Autriche puisse
annexer la Serbie.
En présence de la crise des transports en France
142 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
(ports embouteillés, arrivages insuffisants de charbon),
Claveille, ancien directeur des chemins de fer de l'ritat,
sera mis à la tête de tout le service des voies.
Mardi i4 novembre. — loo obus allemands sur
Furnes ; gros dégâts matériels.
Les Anglais prennent Beaucourt-sur-Ancre ; ils ont
plus de 5,000 prisonniers.
Au sud de la Somme, forte attaque allemande vers
Ablaincourt et Pressoir, repoussée sauf sur un point
à l'est de Pressoir.
Offensive autrichienne devant Gorizia.
Dans la boucle de la Tcherna, les Serbes dépassent
Tepanci et sont à 6 kilomètres de Monastir (le i3 et le
i4, i.ooo prisonniers, dont 6oo Allemands).
D'après les déclarations faites au Parlement anglais,
les Alliés continuent à traiter avec le Gouvernement du
roi de Grèce comme le seul existant, mais reconnaissent
le pouvoir de fait de Venizelos et lui en ont donné noti-
fication.
Les Roumains sont repoussés a Tirgu-Jiu, au sud de
la passe de Vulkan.
On assure que l'Allemagne et l'Autriche ont reconnu
la Dobrudja comme territoire bulgare.
Les Russes ont franchi le Danube sur -deux points
au sud de Cernavoda; la flotte russe bombarde Cons-
tantza. L'artillerie russo-roumaine jette des bombes sur
Tutrakan et sur Silistrie.
Prenant l'offensive, les Russes ont délogé l'ennemi
de la rive orientale de la Narayuka, au nord de Sla-
ve ntyn.
Les Carpathes boisées sont sous la neige.
Les Anglais infligent des pertes à une tribu afghane
de la vallée de Caboul en la bombardant à l'aide
d'avions. C'est la première fois que ces engins sont
employés en Inde.
Les Allemands coulent quatre navires norvégiens. Un
torpilleur norvégien canonne un bateau de guerre alle-
mand qui refusait de rentrer ses appareils de télé-
NOVEMBRE 1916 1 i3
graphie sans fil dans les eaux norvégiennes. La presse
allemande menace à la fois la Norvège et la Hollande.
« Au rebours de tant d'autres neutres^ la Norvège n'a pas
prolesté, elle a agi. C'est ce que l'Allemagne n'a voulu tolé-
rer à aucun prix. » (.Journal de Genève.)
Hindenburg écrit au Chancelier pour se plaindre que
les ouvriers allemands manquent de graisse ; il déclare
qu'ils ne peuvent travailler sans être suffisamment
nourris.
La session de la Douma est reprise. Le président
Rodzianko dit que la Russie ne trahira pas ses amis,
qu'elle repousse avec indignation toute idée de paix
séparée. Le leader des groupes polonais lit une décla-
ration protestant contre l'acte des Empires centraux,
qui accentue le partage de la Pologne et cherche à jus-
tifier un recrutement révoltant.
Repington prétend que l'Allemagne a 2 millions d'hommes
de réserves qui pourront boucher les vides de ses 4-5oo.ooo
hommes sur le front jusqu'à l'automne de 191 7.
On dit à Zurich que l'Allemagne a fermé les classes
supérieures des écoles pour employer les grands
élèves aux munitions et aux travaux des champs.
Le cardinal Gasparri télégraphie à l'évéque de Padoue
que le Saint-Père déplore et blâme les bombardements
aériens de villes ouvertes.
Les vVllemands parcourent les rues de Bruxelles
dans des automobiles munies de mitrailleuses, pour
intimider la population. Ils démentent d'ailleurs que
des troubles graves se soient produits.
Mercredi 15 novembre. — Au prix d'attaques
violentes, les Allemands ont gagné un peu de terrain
au bois de Saint-Pierre-Vaast et à l'est de Pressoir.
Mais ces gains ne sont nullement en rapport avec
leurs efforts très considérables et leurs pertes.
Les Italiens regagnent du terrain perdu devant
Gorizia.
A l'ouest de la Tcherna, les Bulgares battent en
retraite ; Français et Russes ont atteint la rive droite de
la Vico (5oo prisonniers).
144 CHRONOLOGIE DE I A GUERRE
Le général Roques a passé une heure chez le roi
Constantin.
Lord Cecil a dit aux Communes que les Alliés ont
avancé lo millions au Gouvernement de Venizelos.
Nouveau recul roumain dans les vallées de l'Oltu et de
Jiu. Obus allemands sur Sinaïa.
Les Russes prennent une colline fortifiée au sud-est
de Tulgyes.
Nouveau bombardement aérien d'Ostende et de Zee-
brugge ; on a constaté un grand incendie à Ostende.
La Douma et le Conseil de l'Empire protestent contre
le nouveau partage de la Pologne et affirment leur
fidélité aux principes posés par la proclamation du
grand-duc Nicolas. Les ambassadeurs et ministres de
Russie sont chargés de dénoncer aux gouvernements
neutres et alliés l'attentat international que constitue le
recrutement forcé des Polonais sujets russes. En même
temps, pour la troisième fois, le Gouvernement impé-
rial proclame le principe de la reconstitution de la
Pologne entière, englobant tous les territoires polonais,
dans des conditions d'autonomie qui seront précisées.
Ainsi la Russie se place sur le terrain de l'unité de la
Pologne, tandis que les Empires centraux se main-
tiennent sur celui du partage {Temps du 17).
Au cours de la séance de la Douma, Milioukov
attaqua vivement Sturmer, l'accusant (entre autres)
de préparer une paix séparée. Il lut des exti'aits de
journaux allemands qui semblent compter, à cet effet,
sur l'influence de très hauts personnages. L'assemblée
se sépara très houleuse; on prête à Sturmer le projet
de faire arrêter Milioukov.
Scheidemann fait télégraphier en Amérique, par un
correspondant de journal, un exposé de ses idées
pacifiques, et demande que Wilson prenne l'initiative
de proposer un armistice avant Noël (texte dans le
Temps du 17).
Buriaa arrive à Berlin et voit Guillaume II pendant
une heure.
M. de Tchirsky, ambassadeur d'Allemagne, meurt k
Vienne.
NOVEEBRE 1916 145
On affirme que 800 médecins allemands surveillent,
en Autriche, les conseils de revision et de réforme.
« L'Allemagne a aujourd'hui deux fois plus de canons de
campagne et huit fois plus de canons lourds qu'au début de
la guerre. » {Temps.)
Les autorités autrichiennes ont interdit au professeur
Foerster (de Munich) de faire une conférence à Vienne.
On assure qu'à cette date 100.000 Belges ont déjà
été déportés en Allemagne.
La New-York Tribune écrit :
« Il n'est pas surprenant que la nation qui assassine des
femmes et des enfants belges réduise maintenant les hommes
en esclavage. La véritable signification de cet épisode belge,
c'est qu'il ne peut y avoir de paix tant que l'esprit respon-
sable de ce crime dominera l'Allemagne. L'Europe ne peut
pas faire la paix avec le gouvernement d'assassinat qui règne
à Berlin. La Belgique est comme le sable de la mer où, à
tout jamais, on verra imprimée la trace des sabots de la
brute allemande. »
Wilson a fait savoir à Berlin que les déportations
belges produisaient un effet fâcheux sur l'opinion amé-
ricaine, très favorable à la Belgique.
Aux Communes, Lord Robert Cecil déclare que ces
déportations constituent un crime sans pareil, même
parmi les crimes allemands.
Le percement du Taurus sur la ligne de Bagdad a été
achevé ce jour (?)
Une lettre au Temps établit que dès avant le 3o juil-
let 1914. certainement dès le 26 ou le 26, les Allemands
de la région de Morhange savaient que la guerre était
décidée.
A Paris, depuis ce jour, les magasins doivent fermer à
6 heures, les restaurants à g'^So.
Jeudi 16 novembre. — Incursion belge dans les
tranchées allemandes de Dixmude.
Depuis lundi, les Anglais ont fait 6.678 prisonniers.
Une division, qui n'a perdu que A5o hommes, en a pris
i.ooo.
Une contre-attaque allemande a repris du terrain à
l'est de la butte de Warlencourt.
128. CHRONOLOGIE DK I.A GUERRE 10
146 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Au prix d'une lutte très dure, nous avons repris Pres-
soir.
La Bulgarie, à l'instigation de l'Allemagne, enrôle de
force les Serbes et les Roumains de Macédoine.
Contrairement à la presse Italienne, le Journal de
Genève affirme que l'armée de Venizelos compte plus
de 20.000 hommes, avec plus de 1.700 officiers.
L'amiral Dartige du Fournet, commandant de l'es-
cadre alliée, est l'objet de manifestations enthousiastes
à Athènes.
Dans la vallée de Jiu, les Roumains ont dû reculer
jusqu'à la limite de la zone montagneuse.
Bombardement aérien des usines d'Esch sur l'Aizette
(Luxembourg).
On signale des sous-marins allemands dans le golfe
du Mexique, menaçant le transport du pétrole.
Dorme abat son 16^ avion.
Les Dernières Nouvelles de Munich publient un article
annonçant l'extension du service obligatoire à tous les
civils âgés de moins de soixante ans.
« Guillaume organise l'Allemagne sur le plan dressé par
Karl Marx. La raobilisatiou civile comporte la socialisation
des moyens de production. » (Latapie, Liberté.)
Le recrutement polonais commence le 22. On annonce
que les recrues seront versées dans l'armée allemande.
Bethmann-Hollweg a dit k la Commission du Reichstag
que les promesses de l'Allemagne à la Pologne étaient
conditionnelles et que, si le recrutement n'est pas satis-
faisant, l'Empereur annulera l'engagement pris de créer
un royaume de Pologne.
Apponyl dit à un journaliste américain qu'on approche de
la paix, fondée sur le droit de chaque nation de vivre, et il
espère que Wilson jouera le rôle de médiateur. « Il ne nous
reste plus qu'à châtier la Roumanie. Cette tâche accomplie,
la dernière carte des partisans de la guerre sera jouée. » En
même temps, Radoslavov dit à la Nouvelle Presse Libre que
la paix viendra d'Orient; il s'étonne que l'Amérique ait
encore si peu fait « pour mettre l'Europe à la raison ».
Briand et Asquith ont télégraphié à Sturmer pour
NOVEMBRE 1916 147
féliciter la Russie de sa déclaration au sujet de la
Pologne : « L'union restauré^ de la Pologne cons-
tituera un élément primordial du futur équilibre euro-
péen. » Cela veut dire, remarque le Temps, que le
Mitteleuropa, au lieu d'être organisé par la Prusse
contre l'Europe, le sera par l'Europe contre la Prusse.
Conférence des Alliés au ministère des Affaires étran-
gères à Paris et au grand quartier général.
H. Sienkewicz est mort à Vevey.
Vendredi 17 novembre. — Les Italiens arrêtent
de violentes attaques autrichiennes.
On assure que la population civile a évacué Trieste,
Les Serbes reprennent, avec un butin considérable,
la cote I2I2, que les Allemands avaient reprise le i6.
Depuis le lo, ils ont capturé 3.900 hommes, dont i.ooo
Allemands, 8 canons lourds, 16 canons de campagne.
Depuis le i4 septembre, ils ont pris 71 pièces.
Les Bulgares ont commencé à employer la grosse
artillerie grecque prise par eux à Cavalla, Drama et
Rupel.
L'Allemagne refuse de rendre à la Grèce les troupes
grecques internées.
Des documents publiés à Salonique prouvent que
chaque membre de la Ligue des Réservistes reçoit de
l'Allemagne 180 drachmes par mois.
Progrès allemands dans les vallées de l'Oltu et de
Jiu ; les Roumains rétrogradent au sud de Tirgu-Jiu,
écrasés par la grosse artillerie allemande.
Deux nouvelles divisions allemandes, dont l'une
venant de Dvinsk, opèrent dans la vallée de Jiu.
A la Douma, les ministres de la Guerre et de la
Marine viennent serrer la main de Milioukov, au milieu
d'une ovation formidable. Ils le félicitent d'avoir
demandé, au nom du pays tout entier, la guerre jus-
qu'à la victoire. C'est un coup droit porté à bturmer.
On affirme qu'une îigitation anti-française se mani-
feste en Chine.
En représailles du bombardement d'Amiens, un avion
français jette des bombes sur la gare de Munich et,
148 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
franchissant les Alpes, descend près de Venise (700 ki-
lomètres.) ,
Le Deiitschland , parti de New-London à i''3o du
matin, coule son remorqueur, noyant 7 marins améri-
cains ; il a dû rentrer au port k 5*^ i5.
Nouveau raid anglais sur Ostende et Zeebrugge.
Par un télégi'amme à l'ambassadeur de Russie à
Paris, le Gouvernement russe proteste formellement
contre tous les bruits de paix séparée.
Le ministre de Belgique à La Haye dit que 800.000
Belges ont été déportés ; les Allemands ont annoncé
qu'ils en déporteraient 35o.ooo.
On télégraphie de Washington que le Gouvernement
est très ému de la recrudescence de la campagne sous-
marine et que la patience du ministère Wilson a des
limites. On dit aussi que Wilson veut protester contre
le bombardement de Padoue.
Quelques socialistes allemands protestent contre
toute loi qui rendrait le travail obligatoire.
D'après le Bulletin municipal de Milan, le coût de la vie a
augmenté en Italie de 3o °/o, en Autriche de i48 °/o, en Alle-
magne de 117 0/0, en Angleterre de 65 °/o, en France de
34 °/o, en Norvège de 71 °\o, en Suisse de 4o °lo, en Dane-
mark de 46 °/o-
Sur le front franco-anglais (64o kilomètres), les Allemands
ont 129 divisions. Sur le front oriental (1.887 kilomètres), les
Austro-Allemands ont io3 divisions; sur le front italien
(480 kilomètres), 82 divisions, et 40 divisions sur d'autres
fronts. Les Allemands, outre 129 divisions en Belgique et
en France, en ont 65 sur le front russe, 12 sur le front rou-
main. Au total, l'ennemi dispose de 3o6 divisions, comptant
au plus 4-6oo.ooo hommes {Journal).
Samedi 18 novembre. — Les Anglais avancent
sur la rive gauche de l'Ancre (750 prisonniers).
Après trois jours de combats acharnés, les Roumains
subissent un grave revers au sud de Tirgu-Jiu et battent
en retraite vers Craïova. L'ennemi, débouchant dans
la plaine valaque, atteint la route d'Orsova à Craïova.
Depuis le i" novembre, les Allemands ont capturé
20.000 hommes, 26 canons et 72 mitrailleuses.
NOVEMBRE 1916 149
Le Times dit que les troupes russes aftluent en Rou-
manie, mais elles paraissent y arriver trop tard.
Repington estime que l'attaque allemande contre la Vala-
chie est faite par 24 divisions, qui seront portées à 3o. « Il n'y
a rien, dit-il, dans ces chiffres qui doive causer de l'inquié-
tude. » Mais l'inégalité est extrême en ce qui concerne
l'armement et les munitions.
Le Gouvernement roumain nie d'une façon absolue
que la population civile roumaine participe aux com-
bats. Le but de l'assertion contraire (allemonde) est
d'autoriser les massacres et les pillages.
Les Russes ont abattu, sur leur front sud-ouest, un
grand dirigeable, portant 26 hommes, 3 canons,
2 mitrailleuses et 3oo kilos d'explosifs.
Les armateurs du remorqueur coulé par le Deulsch-
land demandent 12.000 dollars de dommages.
L'armée nationale grecque, coopérant avec les An-
glais, a déjà fait 4oo prisonniers bulgares et perdu
70 tués.
Premier train sur le chemin de fer de la côte mour-
mane, toujours libre de glaces.
La Gennania condamne la campagne pacifiste de
Scheidemann.
Un ordre du ministère du Commerce d'Autriche aux
chambres de Commerce prescrit que l'allemand sera
désormais la langue commerciale officielle de tout
l'Empire.
La Gazette de Cologne donne k prévoir que l'Alle-
magne, dans la guerre sous-marine, va répudier ses
engagements envers les Etats-Unis.
La réponse de Lord Grey aux Etats-Unis sur la
question des listes noires a produit une bonne impres-
sion sur le public.
Un Ordre en Conseil fixe les règles qui présideront au
contrôle des vivres en Grande-Bretagne.
On assure que le Vatican et les neutres ont refusé de
reconnaître l'Etat polonais avant la fin de la guerre.
La France, l'Angleterre et l'Italie remettent aux
neutres une protestation contre la déclaration austro-
allemande relative à la Pologne. Ce n'est pas seulement
150 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
un acte nul, mais une nouvelle marque de mépris à
l'égard des principes sur lesquels repose l'existence de
la société des Etats civilisés.
La Hollande, à son tour, fait des observations à
Berlin sur la violation de la Convention de La Haye
par la déportation de civils belges.
Hauser (Revue critique, p. 828) proteste contre les projets
d'annexion de la rive gauche du Rhin, mais écrit : « Ce
n'est pas seulement Liidwigshafen ou Cologne, c'est Essen et
Dùsseldorf qu'il faut mettre hors d'état de nuire, qu'il faut
ramener à leur rôle d'ouvriers de la civilisation industrielle. »
[Comment cela, sinon par la prohibition internationale, inter-
nationalement contrôlée, de la fabrication des engins de des-
truction collective ?J
Dimanche 19 novembre. — Les Anglais, depuis
le i3, ont fait 7.000 prisonniers.
L'ne violente attaque autrichienne est repoussée sur
le Carso ; une seule tranchée italienne est perdue.
Ce matin à 8 heures, jour anniversaire de la prise de
Monastir par les Serbes en 1912, les troupes de l'armée
d'Orient sont entrées dans la ville évacuée. Monastir
avait été pris par les Bulgares le 2 décembre 191 5. On
a pu arrêter les incendies allumés par les Bulgares à
Monastir. Poursuivant leurs succès, les Alliés ont occupé
Kerklina, à 2 kilomètres au nord de la ville, et atteint
Karaman.
Des troupes italiennes, engagées entre la plaine de
la Cerna et le lac Prespa, ont avancé le long des
pentes est du mont Baba (200 prisonniers).
Des réservistes à la solde de l'Allemagne terrorisent
les vénizélistes à Larissa et boycottent les commerçants
patriotes.
Le clergé polonais s'oppose unanimement au projet
allemand de lever une armée polonaise.
La Suisse a refusé de reconnaître le royaume de
Pologne.
Cent cinquante mille Suisses adressent au Conseil
fédéral une protestation contre les déportations de
fcivils en Belgique.
La Turquie fait savoir a ses alliés et aux neutres
?fOVEMBRE 1916 151
qu'elle considère comme nuls les traités de Paris (i856)
et de Berlin (1878) (V'oir Journal dé Genève, 21 no-
vembre).
On dit que le Gouvernement allemand va interdire
l'emploi de domestiques, réduire 'le trafic postal et la
circulation des trains.
A l'Académie Sainte-Cécile à Rome, l'orchestre ayant
commencé la marche funèbre de Siegfried, un spectateur
cria : « C'est pour les victimes de Padoue ! » Il fallut inter-
rompre le concert; le chef d'orchestre fit exécuter la marche
royale.
Une note officieuse russe déclare que la Bulgarie
sera châtiée, mais que la population sans défense sera
épargnée.
Le général Roques, venant de Salonique, arrive à
Rome et part pour le front italien.
Claveille est nommé directeur général des Transports
et Importations.
« Il faut mobiliser encore i million d'hommes, afin d'occu-
per une grande partie du front français. La France a porlé
le poids des deux premières années de la guerre; l'Angle-
terre doit en porter le poids jusqu'à la fin. » (Observer.)
Lundi 20 novembre. — Très vives actions d'artil-
lerie vers Sallisel et Douaumont. La ligne anglaise
est violemment bombardée au sud-ouest de Grand-
court.
Au nord de Monastir, les arrière-gardes ennemies,
appuyées par une forte artillerie, sont pressées par les
Alliés. Les Italiens repoussent de fortes attaques au
sud-ouest de Monastir.
A la suite de la chute de Monastir, les Autrichiens
rétrogradent en Albanie.
« La progression allemande en Roumanie est le revers de la
médaille que vient de frapper l'armée de Sarrail. » (Temps.")
Nouveau bombardement aérien de Bucarest.
On calcule à New-York que, pendant les vingt-sept
premiers mois de la guerre, les belligérants ont coulé
1.820 bateaux (2.829.000 tonnes).
Discussion de la question polonaise à la Chambre des
152 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Députés de Prusse. Le ministre de l'Intérieur déclare que
pas un pouce de terre prussienne ne sera détaché de l'Alle-
magne. Le socialiste Strôbel dit que la prétendue libération
de la Pologne n'est qu'une annexion et réclame la paix. La
motion conservatrice et nationale-libérale est votée par
i8o voix contre io4.
La Leipziger Allgemeine Zeitung dit qu'il est
nécessaire à l'existence de l'Allemagne que ni la Bel-
gique ni la Serbie ne soient rétablies.
Mardi 21 novembre. — François-Joseph est
mort.
« Cette mort marque la fln d'un règne détestable. Soixante-
huit ans d'histoire, commencée dans la guerre intérieure,
finie dans la guerre étrangère, voilà l'œuvre de François-
Joseph. » (Temps du 23.)
L'Agence Wolff dit que la bataille de la Somme est
arrivée à un point mort.
Les Français ont enlevé Dobromir, les Serbes Para-
lovo (3oo prisonniers). Les Italiens progressent à l'ouest
de Monastir. Les Bulgares ont reçu des renforts alle-
mands.
Les Alliés établissent une zone neutre de 5 kilo-
mètres entre les troupes royales de Grèce et les troupes
nationales. La zone neutre sera occupée par les Fran-
çais et soumise à l'état de siège.
A la demande de l'amiral Dartige, les ministres des
puissances alliées ont quitté Athènes.
Un article du Temps relatif au roi Constantin est mutilé
par la censure ; mais la presse anglaise expose librement le
rôle plus que louche de ce souverain.
Les Allemands ont pris Craïova, faisant un butin de
3oo wagons.
« Les armées de Hindenburg descendent vers le sud contre
la Roumanie et peut-être plus loin encore, jusqu'à la Macé-
doine. Les armées russes descendent également vers le sud,
mais, pour mille raisons, elles vont moins vite. » (Temps.)
On apprend à Washington que Villa a massacré
5o étrangers, dont 6 Américains.
Le navire-hôpital Britannic (de 5o.ooo tonnes) est
NOVEMBRE 1916 153
coulé dans le canal de Zea ; 56 victimes. C'était le plus
grand vapeur h flot ( White Star).
Le Deiitschland, après avoir donné caution, a quitté
New-London.
Jagow, secrétaire aux Affaires étrangères, démis-
sionne, alléguant des raisons de santé.
Les journaux allemands sont autorisés à discuter les
bases de la paix future.
Séance orageuse à la Chambre française au sujet du
recensement de la classe 1918, qui est voté par 45o voix
Contre 38 à la suite d'un comité secret. Albert Favre a
déclaré que la France a levé i homme sur 6, l'Angleterre i
sur 10, l'Italie i sur 11 et la Russie i sur 20.
Le mark perd 3o,2i en Suisse, le franc 11, 35.
Mercredi 22 novembre. — Le nouvel empereur
d'Autriche, Charles P'' (il avait d'abord voulu s'appeler
Charles VllI), prend la direction des affaires.
Combats acharnés au nord et à l'est de Monastir.
Les Serbes prennent Rapès.
Dix Cretois de la Garde royale partent pour Salo-
nique.
Raid d'avions anglais sur Zeebrugge.
Guynemer abat son 22^ avion.
Le Daily Mail dit que l'Angleterre doit briser le
biccus sous-marin ou être brisée par lui.
« Homme sans cœur, roi saus honneur, François-Joseph
emporte dans sa tombe un morceau du principe qu'il incar-
nait. » (Latapie, Liberté.)
On déclare en Russie qu'entre le i*"" octobre et la fin
de l'année, l'armée russe s'augmentera de i.5oo.ooo
recrues.
« La Suisse est prise entre deux adversaires qui se battent à
mort. Et comme ils se montrent chaque jour plus acharnés,
la situation devient aussi plus difficile. Quoi qu'elle fasse,
elle éveille leur défiance et leurs soupçons. » (Journal de
Genève.)
Jeudi 23 novembre. — Proclamation de l'empe-
reur Charles. Il fera tout en son pouvoir pour rétablir
154 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
la paix assurant l'existence et le développement de la
monarchie, mais poursuivra la lutte jusqu'à ce qu'il
l'obtienne.
Cinq nouvelles divisions autrichiennes sont arrivées
dans le Trentin.
Le prince héritier de Serbie et le général Sarrail
font leur entrée solennelle à Monastir, où se sont ins-
tallées les autorités serbes. La Serbie libérée mesure
actuellement 1.200 kilomètres carrés.
Les communications entre Valona et le secteur de la
Tcherna sont assurées par la police italienne; la po-
pulation a contribué à la construction des routes.
L'amiral Dartige avise les consuls et directeurs
d'écoles des puissances hostiles d'avoir à quitter
Athènes avec leur personnel.
Venizelos proteste contre le régime de terreur établi
par les tribunaux royaux en Thessalie. Quatorze habi-
tants de Grevena ont été jetés en prison, sous l'inculpa-
tion de haute trahison, pour avoir exprimé l'intention
de se joindre au mouvement national.
Les Bulgares passent le Danube vers Zimnicea et
marchent vers Bucarest. Les Austro-Allemands pren-
nent Orsova et Turnu-Severin, menaçant d'envelopper
les troupes roumaines de cette région. Les Roumains
reculent sur l'Oltu. L'avance russo-roumaine en Do-
brudja perd toute importance par suite de ces fâcheux
événements. Le Temps écrit que l'on ne peut plus comp-
ter que sur les Russes pour sauver la Roumanie.
On dit à Petrograd que les Turcs ont massacré les
six mille Arméniens de Sivas.
Un second navire-hôpital anglais, le Braemar-Castle,
est coulé dans le canal de Mykonos ; peu de victimes.
Le chargé d'affaires des États-Unis à Berlin présente
au ministère allemand des Affaires étrangères une
demande d'enquête au sujet de quatre vapeurs récem-
ment coulés sans avertissement.
Vendredi 24 novembre. — Frappé d'une disgrâce
trop longtemps attendue, Sturmer est remplacé par
NOVEMBRE 1916 155
l'énergique Trepov, ministre des Voies et Communica-
tions, et reçoit un titre de cour.
Violente lutte d'artillerie sur les deux fronts de la
Somme, s'étendant aux environs d'Armentières et
d'Ypres et même au front belge.
Le Gouvernement de Salonique déclare la guerre à
la Bulgarie et à l'Allemagne, pour assurer aux volon-
taires grecs la qualité de belligérants.
Les Roumains reculent sur la rive gauche de l'Ol-
tetza, affluent de l'Oltu. Près de Gigen, de Lom et de
Vidin, les Bulgares occupent les îles du Danube. Les
troupes de Mackensen ont aussi passé le fleuve sur
plusieurs points.
Les Allemands télégraphient aux Etats-Unis : « Falken-
hayn s'avance en Yalachie, grenier de la Roumanie ; la pos-
session du chemin de fer de Craiova à Orsova et Temesvar
lui servira à transporter le blé roumain en Allemagne;
Sarrail n'y pourra rien. » Mais il est avéré que les Roumains,
en se retirant, détruisent une grande partie des stocks de blé.
Des avions anglais bombardent les hauts fourneaux
de Dillingen.
Dans la nuit du 28 au 24, raid de 6 destroyers alle-
mands vers l'Angleterre ; ils tirent douze coups sans
effet et reprennent le large.
Zimmermann remplace Jagow aux Affaires étran-
gères.
Un radio adressé de Berlin à Washington parle delà
tension survenue entre les deux Gouvernements par
suite des réclamations des État.s-Unis au sujet de la
guerre sous-marine.
On assure que l'Angleterre, se suffisant à elle-même,
a retiré des commandes de munitions faites aux États-
Unis.
Le Pape télégraphie à la reine de Roumanie pour
exprimer sa réprobation au sujet du bombardement
aérien du palais royal, alors heureusement vide.
Le Neio-York Times commence la publication d'une
série d'articles, demandant qu'on mette fin au conflit
fiar un règlement international auquel prendraient part
es États-l'iiis.
156 CHRONOLOGIE DE L\ GUERRE
Samedi 25 novembre. — Les Roumains défen-
dent la rive orientale de l'Oltu. Les Allemands ont
atteint la région entre Slatina et Dragasani. Dix batail-
lons roumains, à peu près cernés, se défendent dans
les montagnes boisées au nord de Turnu-Severin.
Un décret espagnol prohibe l'exportation des den-
rées alimentaires.
Le général Alexeiev, chef d'État-major, prend un
congé de santé (?) de deux mois.
Une revue américaine, The New Republic, publie
un article demandant que les belligérants précisent
leurs buts de guerre. « Si cette gueiTe doit vraiment
avoir pour effet une entente contre la guerre, cette
moisson doit être rentrée sans délai. Les belligérants
risquent de perdre tout point de contact ; c'est au Gou-
vernement américain à le rétablir. » Cet article est le
canevas de la note envoyée le mois suivant par Wilson
{New-York Herald, 27 décembre).
Dimanche 26 novembre. — Au nord de Monastir,
les Français et les Serbes prennent la cote io5o et
brisent de violentes attaques.
Les Roumains ont abandonné la ligne de l'Oltu et
reculent sans combattre.
Mackensen et Falkenhayn se sont rejoints vers
Alexandria et marchent sur Rucarest. Comme Mac-
kensen a dégarni la Dobrudja, les Russes y progres-
sent.
Un sous-mai'in allemand, au nord-ouest de Lisbonne,
torpille le cuirassé Sujfren, qui est perdu corps et
biens.
Le Journal de Genève demande que la Suisse pro-
teste auprès de l'Allemagne contre les déportations
belges. « Un envoyé suisse auprès de Louis XIV, en se
présentant au monarque, lui rappela qu'il y a un Dieu
au-dessus des rois. »
Lundi 27 novembre. — La situation des Rou-
mains est très somîire. Les Allemands marchent sur
Curtea, menaçant de tourner les défenses de Campo-
NOVEMBRE 1916 157
Iiing et de Dragoslavele. Mackensen a atteint Rosu sur
la Vedea, à 80 kilomètres de Bucarest.
« Les faits ont pris un caractère de gravité que les plus
optimistes auraient peine à contester... On attend une
bataille de la Marne. Mais la bataille de la Marne a été dé-
terminée par une intervention latérale; nous ne pouvons
dire encore si celte intervention est proche, ni le point sur
lequel elle doit s'exécuter. » (Rousset, Liberté.)
Du 25 au 27. les Russes battent les Turcs et les
rejettent sur la rive gauche du Kara-Sou (Perse), pre-
nant 2 canons.
Les Turcs ont occupé deux villages à 10 kilomètres
au sud de Van.
Entre 10 et 11 heures, des dirigeables survolent les
comtés de York et de Durham ainsi que les comtés
centraux du nord. Deux sont abattus (4 1^ raid).
Le Karnak (Messageries Maritimes) est coulé sans
avertissement; les passagers sont saufs.
L'empereur Charles a gracié le député tchèque
D"^ Kramarz et ses coaccusés, condamnés à mort.
Depuis le i5, à Metz et à Strasbourg, tous les hom-
mes de dix-sept à soixante ans ont dû s'enrôler pour la
fabrication des munitions.
Le poète belge Emile Verhaeren, revenant de faire
une conférence à Rouen, monte dans un train en
marche, tombe et est broyé.
Mardi 28 novembre. — Violent bombardement
des lignes anglaises au nord d'Ypres.
Obus autrichiens sur Gorizia.
Progrès des Serbes et des Français à l'est et au nord-
ouest de Monastir ; mais la résistance bulgare devient
toujours plus énergique.
A la suite du refus du Gouvernement d'Athènes
(fondé sur l'état de l'opinion !) de remettre à l'Entente
des armes et des munitions équivalentes à celles qui ont
été livrées aux Bulgares, l'amiral Dartige a réitéré sa
demande sous forme d'ultimatum et interdit tout trans-
port de matériel en dehors d'Athènes.
La Chambre des Communes, dans les questions
158 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
posées aux ministres, s'est montrée très mal disposée
pour le Gouvernement du roi de Grèce.
Les Bulgares occupent Giurgevo. Le Gouvernement
roumain et les légations se transportent à Jassy.
Les Russes attaquent et progressent à l'est de Kirili-
baba (700 prisonniers).
Les Portugais, attaqués par 2.000 Allemands au
Mozambique, ont dû évacuer un fortin.
Dans la journée (pour la première fois) un avion
allemand survole Londres et blesse neuf personnes ;
cet avion est descendu au retour près de Dunkerque.
Un grand sous-marin allemand attaque les chalutiers
de la Manche et en coule trois.
Arrivé le matin à Vienne, Guillaume II a prié près
du cercueil de François-Joseph et a quitté la ville le
soir, souffrant d'un refroidissement (ou pour une cause
politique). Il n'assistera pas aux obsèques.
Les Dernières Nouvelles de Munich publient un long
article sur les buts allemands delà guerre : Gourlande,
partie de la Belgique avec Ostende, bassin de Briey.
La Chambre française se réunit poiir la seconde fois
en comité secret.
Mercredi 29 novembre. — Les Bulgares ont
repris quelques tranchées au nord-ouest de Grunitza,
mais ont été repoussés ailleurs.
Les Allemands ont pris Pitesti en Roumanie. Des
combats violents se livrent dans les vallées de Buzeu
et de Prahova, ainsi que sur le Glavaciocu, affluent de
l'Arges (sud de Bucarest). Les journaux autrichiens
annoncent l'arrivée de contingents russes devant Bu-
carest ; on prétend aussi que le grand-duc Nicolas prend
le commandement de i3 corps destinés à secourir la
Roumanie.
Les Russes prennent le mont Koura-Roukaka dans
les Carpathes boisées et progressent (est de Kirilibaba).
Les Etats-Unis protestent à Berlin, « amicalement,
mais solennellement », contre la déportation des Belges.
Le cardinal Mercier vient de démontrer que ces dépor-
tations sont purement arbitraires et que, contrairement
NOVEMBRE 1916 159
aux assertions allemandes, on ne déporte nullement les
chômeurs.
Au Reichstag, le Chancelier et le ministre de la
Guerre exposent le projet de mobilisation des civils.
Le Chancelier affirme de nouveau que l'Allemagne est
prête à une paix assurant son existence et son avenir,
mais que ses ennemis, supérieurs en nombre, recevant
des munitions du monde entier, ne veulent pas encore
entendre parler de paix.
Trepov télégraphie aux ministres de l'Entente pour
affirmer la volonté russe de lutter jusqu'à la victoire.
L'amiral Jellicoe est nommé Lord naval et remplacé
par l'amiral Beatty au commandement de la grande
flotte anglaise.
Vandervelde fait appel aux socialistes du monde
entier, en vue d'une protestation universelle contre les
déportations en masse de Belges.
Jeudi 30 novembre. — Le Kronprinz abandonne
le commandement de l'armée de Verdun (ordre du jour
publié dans le Matin du 26 décembre).
Combats violents en avant de Monastir vers Gru-
nitza. Le colonel Popovitch est tué.
Lîn transport amène au Pirée i.5oo soldats alliés.
Le soir, les troupes royalistes et des apaches sou-
doyés commencent à s'agiter dans Athènes.
Les Allemands mettent en position leur artillerie
contre les forts de Bucarest.
Les Russes attaquent l'aile gauche bulgare dans la
Dobrudja et perdent 2 automobiles blindées. Ils atta-
quent aussi avec violence sur la frontière moldave.
Il est avéré que les Bulgares distribuent des balles
dum-dum.
D'après Repington, les Roumains disposeraient de
20 divisions contre i5, mais leur artillerie est très
faible. Il se confirme que Mackensen a essuyé de
grandes pertes au passage du Danube.
Violemment contre-attaques, les Russes ont dû
évacuer le mont Koura-Roukaka (près de Kirilibaba).
Les fils d'Ali Dinar, ex-sultan du Darfour, ayant fait
160 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
leur soumission, la révolte est considérée comme finie.
On a découvert k Samos une station de ravitaillement
pour sous-marins.
Pendant le mois de novembre, la Norvège a perdu
19 navires (33. 000 tonnes).
Funérailles de François-Joseph à Vienne ; le Kron-
prinz allemand y assiste.
Le Reichstag vote en première lecture la loi de la
levée en masse civile.
« ABn de n'avoir à craindre aucune surprise des masses, le
Gouvernement allemand les confond, sans distinction d'âge
ni de sexe, dans son immense organisation militaire. »
{Temps.)
Bethmann-Hollweg, parlant à un journaliste améri-
cain, dit que l'Allemagne est d'accord avec Asquith et
Wilson pour la réorganisation de la société des nations.
Puisqu'on est d'accord en théorie, pourquoi ne pas
s'entendre en pratique ? L'Amérique aurait un beau
rôle à jouer.
On fait observer {Temps du i"" décembre) qu'alors
que Scheidemann et d'autres font mine de demander
une paix blanche, les journaux allemands les plus
influents continuent à réclamer Liège, Naraur, Os-
tende et Briey, « un don de la nature auquel nous ne
pouvons renoncer ».
La Turquie retire lautorisation donnée à des cen-
taines d'Américains de quitter la Syrie par Jaffa.
Lansing dit que Wilson ne donnera jamais son consen-
tement à une loi interdisant des exportations pour les
Alliés.
L'Angleterre refuse le sauf-conduit demandé par les
États-Unis pour le nouvel ambassadeur d'Autriche à
Washington.
Les germanophiles d'Espagne invitent le Pape à
quitter le Vatican pour l'Escurial.
On parle en Hollande d'une sanglante révolte à Anvers.
A la clôture du congrès biennal des évêques améri-
cains, l'opinion a été exprimée que l'Amérique devrait
sortir de sa neutralité pour combattre le crime et la •
barbarie, ce qui serait du véritable patriotisme.
DÉCEMBRE 1916 161
DECEMBRE 1916
Vendredi 1" décembre. — Les Serbes repoussent
une attaque violeute au nord de Grunitza.
Guet-apens athénien. Des mai-ins allies s'étant rendus
a Athènes sont assaillis traîtreusement au Zappeion et
ailleurs; des canons et des mitrailleuses dissimulés en
tuent et en blessent i3/i (Français et Anglais). L'amiral
Dartige, cerné avec quelques hommes, est obligé de
parlementer. Vers 6 heures, des obus sont tirés du
Pirée vers le palais royal, où le Roi est en conférence
avec les ministres de l'Entente. Les Alliés évacuent
Athènes, reprenant ceux des leurs qui ont été faits
prisonniers; la ville reste au pouvoir du Roi, de ses
ministres et des réservistes.
Les Roumains sont i^efoulés jusqu'à la rivière Arges,
mais repoussent les Bulgares au sud de Bucarest.
Les Russes prennent la portée est du pont de Cerna-
voda.
Une nouvelle offensive des Russes les ramène à Kiri-
libaba(i.ooo prisonniers) et leur rend la première ligne
à l'ouest de Kimpolung (5oo prisonniers).
Lloyd George demande à Asquith de constituer un
comité de la guerre composé de quatre membres seule-
ment. Asquith n'est pas lavorablc à ce projet.
Pour mettre fin aux difficultés ouvrières dans le pays
de Galles, le Gouvernement anglais place les mines
de celte région sous son contrôle direct.
Le grand-duc Boris, envoyé du Tsar, arrive à Téhéran.
Goyau, dans la Revue des Deux Mondes, étudie la
conduite du clergé français pendant la guerre ; un tiers
de ses membres a été mobilisé.
Les pertes allemandes atteignent 3.94''^-ooo hommes
(sans les malades).
Une nouvelle estimation porte à 3i4 le nombre des
128. CHRONOLOOIK DE LA GUERRE 11
162 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
divisions ennemies. Sur le front roumain, il y en aurait
29, dont 12 allemandes, 11 autrichiennes, [\ bulgares,
2 turques. 11 y a 128 divisions allemandes sur le front
occidental; 108 (dont 65 allemandes et 2 turques) sur
le front russe ; 89 (autrichiennes) sur les fronts d'Italie
et d'Albanie.
Samedi 2 décembre. — Gros obus sur Nancy.
Les Serbes enlèvent des hauteurs au nord de Grunitza.
Lambros a dit, la veille au soir : « Nous allons pro-
céder à une petite opération intérieure, qui ne concerne
pas les étrangers. » Cette opération, dite Vêpres athé-
niennes ou Saint-Barthélémy vénizéliste, a duré toute
la journée; des violences ont été commises par les
apaches contre les vénizélistes, et leurs biens mis au
pillage. Beaucoup d'hommes de la plus haute distinc-
tion ont été traînés à travers les rues et jetés en prison.
La fusillade a duré toute l'après-midi. Un inconnu a
noué un mouchoir autour des yeux de la statue de
Byron (Voir, sur ces incidents. Journal de Genève,
21 janvier 191 7).
Embargo a été mis sur les navires grecs dans les
ports alliés. Le ministre de Grèce a Paris a télégraphié
sa démission au Gouvernement royal.
2.000 soldats grecs ont prêté serment à Lesbos au
Gouvernement national.
Une bataille dans la vallée de l'Arges se poursuit au dé-
savantage des Roumains. Les liusso-Roumaius gagnent
du terrain au sud de Bucharest et prennent 20 canons;
mais c'est un succès éphémère. Sur le front de Tran-
sylvanie, les Russes prennent Sulta (800 prisonniers).
Une conversation de Hindenburg avec un journaliste
pi'ouve que l'armée allemande de Roumanie est formée
d'i.mités retirées des tranchées sur les autres fronts.
Reprise de la séance de la Douma. L'extrême droite
attaque Trepov, l'accusant d'avoir l'ait partie du minis-
tère Sturmer; il se défend par un discours où il rejette
toute idée de paix séparée ou prématurée. La Russie
mènera la guerre jusqu'à la fin ; elle brisera pour tou-
jours le joug allemand ; mais il faut encore d'immenses
DÉCEMBRE 1916 163
efforts. La lutte contre l'Allemagne ne doit pas seule-
nieut être militaire, mais politique et sociale. Il faut
reconstituer la Pologne libre dans ses frontières ethno-
graphiques et dans une union définitive avec la Russie.
11 faut à la Russie les clefs du Bosphore et Constan-
tijiople, suivant les arrangements conclus avec les
Alliés en 191 5, avec liberté de navigation pour le
pavillon roumain. « La victoire finale est à nous;
marchons unis au-devant do la victoire! »
Dans la même séance, réaction violente contre le
mini.stère Sturmer, on attaque aussi Protopopov, traité
de germanophile ; Pourichkevitch (extrême droite) ad-
jure les ministres de dessiller les yeux du Tsar, afin
de ne pas permettre que les destinées du pays soient
dirigées par des gens à la solde de l'Allemagne.
Commencement d'un recensement général en Alle-
magne.
L'Allemagne, comme la France et peut-être davan-
tage, souffre d'une crise de transports, due à la néces-
sité de tout transporter par voie de terre ; il en résulte
une ".rise du charbon qui, malgré l'abondance du com-
bustible, pèse sur toutes les industries (Voir les détails
donnés dans le Temps, 27 décembre).
Le Reichstag adopte en troisième lecture la loi de la
levée en masse ; seuls les socialistes dissidents ont vote
contre.
Harden (Zukiinff) dit que Jagow a toujours été
opposé à la guerre sous-marine sans restriction, comme
k la déportation des Français et des Belges ; aussi a-t-il
dû se retirer.
Lettre d'une lectrice à la Liberté :
« Un vent veau on ne sait d'oij, et qui pue l'Allemagne, un
vent asphyxiant, démoralisant^ souffle depuis quelques jours.
On se tâte, on s'énerve, on dit : Ça ne va pas. »
Dimanche 3 décembre. — Coup de main anglais
à l'est d'Ypres. Grande activité des artilleries dans cette
région.
Les Italiens gagnent 3oo mètres sur le Garso.
Beaucoup de vénizélistes sont enfermés dans la
164 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
prison Aweroff à Athènes. Le général Dousmanis et le
colonel Metaxas. dont l'Entente avait obtenu l'éloigne-
ment, ont repris leurs fonctions à la tète de l'Etat-major.
Le Gouvernement grec offre à l'Entente 6 batteries de
montagne; mais, après le guet-apens du i*"" décembre,
les ministres alliés déclarent qu'il ne s'agit plus d'une
remise de matériel.
Les Allemands ont gagné la bataille de l'Arges,
prenant 8.000 hommes et 35 canons. Ils avancent au
sud de Bucarest. Les troupes roumaines sont mena-
cées d'encerclement.
Il est avéré que des agents allemands ont répandu
les microbes de la morve et du charbon parmi les ani-
maux de l'armée roumaine {Temps du G).
Le général Blume (Tagesceitiing) demande l'annexion
de la Valachie aux Empires centraux.
Les Russes reperdent deux hauteurs au nord du
Trotus. Dans les Carpathes boisées, ils emportent une
colline a 3 kilomètres sud-ouest de Yablonitza.
Les Carranzistes reprennent Chihuahua (Mexique).
Des sous-marins allemands, entrant dans le port de
Funchal (Madère), torpillent un transport français et un
cargo anglais. Après le torpillage, les sous-marins ont
canonné la ville, mais ont été mis en fuite par les
batteries de terre.
L'empereur Charles prend le commandement suprême
des armées autrichiennes.
Llovd George offre sa démission àAsquith.
Les ouvriers belges restés dans les provinces occu-
pées adressent un émouvant appel aux ouvriers du
monde entier (Temps du 6).
Maurice Barres dit, à l'anniversaire de la bataille de
Champigny :
(' La caractéristique de cet automne est la présence de
l'armée allemande en notables proportions sur tous les
fronts, sauf l'italien ; de plus en plus s'avère l'incapacité de
l'Allemagne à se suffire... Ce qui reste à parfaire, c'est la
mise en commun des hommes, aussi bien que du matériel. »
Wilsona pris la parole à une fête franco-américaine,
la première fois depuis son élection :
DÉCEMBRE 1916 165
« La liberté seule peut apporter la paix au monde. La paix
sera impossible tant que la destinée des hommes sera déter-
minée par de petits groupes de personnes qui peuvent
imposer leur volonté à tous. »
L'ambassadeur de France a été l'hôte de Wil.son
sur le Mayjlower ; la statue de Bartholdi était illuminée.
Lundi 4 décembre. — Uu violent coup de main
au sud de Loos est repoussé par les Anglais.
Sur le iront de Macédoine, les Alliés ont pris
5 canons et 3 obusiers.
Le Gouvernement de Salonique proteste contre l'at-
tentat commis à Athènes par les troupes royales. Plu-
sieurs ministres et consuls de Grèce à l'étranger
donnent leur démission.
Les Russes perdent des tranchées au sud de Voro-
nejka (Carpathes boisées).
Nunqesser abat son 20* avion.
On signale, dans le nord de l'Atlantique, un corsaii^e
allemand maquillé en cargo.
La proposition de Lloydf George en vue de la forma-
tion d'un conseil de guerre restreint paraît devoir être
acceptée.
Le ministre des Affaires étrangères de Hollande dit
que des représentations écrites ont été envoyées à
1 Allemagne au sujet de la déportation des Belges.
Le Vorwârts dit que l'Allemagne ne réussira pas
à vaincre ses ennemis assez complètement pour leur
dicter les conditions delà paix; mais elle peut et doit
empêcher la défaite allemande, en maintenant la fabri-
cation des munitions k la hauteur de celle de ses adver-
saires.
Le Pape, dans un consistoire, proteste discrètement
contre les déportations de citoyens pacifiques, les
incursions aériennes sur des villes ouvertes et toutes
les horreurs commises sur terre et sur mer.
Mardi 5 décembre. — Vaine attaque allemande
sur le village de Vaux.
La terreur règne à Athènes; les communications
166 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
avec Salouique sont intciTumpues. A Janina et k
Larissa, les réservistes se livrent à des violences contre
les vénizélistes.
Les Allemands occupent Sinaïa et demandent la
reddition de Bucarest dans les vingt-quatre heures.
Les troupes roumaines qui défendaient Orsova,
s'étant glissées le long du Danube, ont tenté de forcer
le passage de l'Oltu ; elles ont perdu i .600 prisonniers
et 4 canons et sont désormais cernées.
La Suède réclame de l'Allemagne la libération du
navire Reserv, saisi avec sa cargaison.
Kôrber, premier ministre autrichien, dit au jour-
naliste américain Wiegand que l'Amérique ne doit pas
seulement contribuer k la conclusion de la paix, mais
résoudre le problème de la pacification universelle.
Les journaux allemands aifîrment de nouveau (par
ordre) leurs appétits annexionistes, alléguant que les
pays allemands doivent pourvoir à leur défense en vue
d'une guerre future.
L'Auto publie une lettre d'an évadé d'Allemagne, réfugié
en Suisse. Des officiers allemands disent que l'Allemagne
lancera, avant le printemps, 2 millions d'hommes contre
Verdun, pour en finir avec la France ; ils appellent cela le
Teufelsdrong /lach Paris.
Le Cabinet Asquith est démissionnaire.
Le chancelier de l'Echiquier annonce aux Communes
qu'un accord a été conclu pour l'émission de 100 mil-
lions de yen de bons du Trésor anglais au Japon, afin
de faciliter les règlements anglais aux États-Unis.
Dépenses de guerre anglaises : en 1914-1910, 9 mil-
liards 5o millions; igiô-igiG. 35 milliards 5oo mil-
lions; 1916-1917, 43 milliards 750 millions. Total :
go milliards.
Le Board of Trade publie un ordre restreignant le
luxe des repas à partir du 18 décembre.
Rodzianko, président de la Douma, insulté par un
membre de l'extrême droite, donne sa démission, mais
est réélu aussitôt par sôô voix contre 26.
Enver aurait dit au Parlement ottoman que l'offensive
sur rr_,g\^te n'était pas abandonnée.
DÉCEMBRE 1916 167
L'agent commercial de l'ambassade russe à New-
Vork dépose une plainte au sujet d'une grande explosion
qui a fait i.ooo victimes dans le port d'Arkhangel ; elle
a été causée par des bombes, qui, à New- York, avaient
été traîtreusement mêlées à la cargaison.
Les Alliés protestent solennellement contre la dépor-
tation des Belges.
Le général Malleterre écrit :
« Une chance reste encore à Hindenburg : c'est de ne pas
trouver contre lui une volonté unique, capable de coor-
donner les eiîorts des Alliés. »
Le mark tombe à 82 en Suisse.
Mercredi 6 décembre. — Le Roi a chargé LIojd
George de former un cabinet. On crie : « Vive Lloyd
George ! » dans les rues de Londres.
Très vive attaque allemande sur les pentes est de la
cote 3o4 ; nous perdons quelques éléments avancés.
Les Serbes enlèvent des hauteurs fortifiées au nord-
est de Boudimirca et font beaucoup de prisonniers.
Les étrangers quittent Athènes pour le Pirée.
Le drapeau des Etats-Unis protège l'Ecole française,
qui a reçu un certain nombre de balles le i^' décembre.
Une note du Foreign Office affirme que des actes de
violence très graves ont été commis à Athènes par les
troupes royalistes et par la foule.
Bucarest, non défendu, est occupé par les Alle-
mands, Bulgares et Turcs. Ceux-ci s'emparent des
canons que les Roumains leur avaient pris à Plevna
pour les expédier comme trophées a Constantinople.
Les Autrichiens prennent Ploesci. La retraite roumaine
s'est poursuivie en bon ordre ; tout l'armement des
forts de Bucarest avait été retiré.
Les Allemands prennent Campina, centre du site
pétrolifère le plus important, mais y trouvent tout en
feu.
Une attaque russe fait reculer les Autrichiens dans la
vallée du Trotus.
On assure que le vapeur américain John-Lambert
a été coulé sans avertissement le 21 novembre et que
168 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
douze coups de canon ont été tirés sur les canots de
sauvetage.
Par ordre impérial « toutes les cloches d'Allemagne
sonnent pour célébrer les victoires de Roumanie et
portent un peu partout des espérances de paix ». (Télé-
gramme de Berlin en Hollande.)
Au grand quartier général allemand, longue confé-
rence entre les deux empereurs, Hindenburg et des
généraux autrichiens.
Rodzianko, président de la Douma, reçoit la plaque
de grand-officier de la Légion d'honneur.
La Chambre italienne a ajourné à six mois une
motion socialiste en faveur de la paix. Boselli a dit :
« Plus souverainement encore que les traités signés,
l'alliance des âmes nous lie. »
Imposant la barrette aux nouveaux cardinaux fran-
çais, le Pape a dit que dans sa poitrine brûlait toujours
une flamme ardente pour la patrie de Clovis, de saint
Louis et de Jeanne d'Arc ; il a ajouté : Utinam reno-
ventur gesta Dei per Francos ! déclaration peu équi-
voque de sympathie qui a fait sensation ^
Lavisse {Petit Parisieji) trouve qu'on parle trop et
demande, comme d'autres publicistes, la concentration du
pouvoir d'agir. Des opinions analogues se font jour en
Angleterre ; on fait contraster la promptitude du Reichstag
avec les atermoiements des Parlements alliés.
Jeudi 7 décembre. — Dans le secteur du Mort-
Homme, nous reprenons une partie des tranchées
perdues le 6.
Énormes chutes de neige sur le front italien.
Combats très vifs sur le front serbe ; l'ennemi a été
sérieusement renforcé.
Les ministres des pays neutres protestent à Athènes
contre les scènes du i^"" et du 2 décembre. Le roi
George se dit malade.
Des drapeaux sont distribués aux troupes grecques
de Salonique.
Les restes de la division roumaine d'Orsova (8.000
hommes) ont dû se rendre aux Autrichiens après quinze
jours de résistance.
DÉCEMBRE 1916 169
L'armée roumaine de Prédéal, battant en retraite, a
été en partie encerclée (lo.ooo prisonniers).
L'entrée en campagne de la Roumanie avait fait naître
des espérances qui semblaient légitimes et que l'énergie de
fer déployée par Hindenburg anéantit. C'est une déception
que les discours officiels n'arriveront pas à dissimuler. »
{Journal de Genève).
Le communiqué russe dit que le front de Golubitza
a été bombardé par l'ennemi « avec des mines ayant
un c(rand effet destructif ».
L'Allemagne, répondant aux Etats-Unis, allègue que
la destruction de VArabia, le 6 novembre, a été le
résultat d'une erreur du sous-marin : elle offre une
indemnité.
Strôbel dit au Landtag de Prusse que la majorité du
peuple allemand est menacée de mourir de faim (Temjos
du i4)-
La récolte en Autriche ayant été mauvaise, le ravi-
taillement de Vienne est très difficile.
Michaelis, sous-secrétaire d'Etat au ministère de
l'Intérieur d'Allemagne, dit, dans une conférence, que
les impôts après la guerre seront quatre ou cinq fois
plus lourds qu'en igi4 et que le contrôle alimentaire du
Gouvernement devra se prolonger longtemps après la
fin des hostilités.
La Russie a levé dans le Turkestan 12.000 hommes
pour travailler aux mines de charbon et aux fabriques
de munitions du sud de la Russie.
Le Brooklyn Eagle écrit, à propos de la déportation
des Belges :
« L'Allemagne apparaît une fois de plus comme un bandit
parmi les nations. Seul, un gouvernement fou de désespoir
a pu concevoir l'idée d'ajouter cet ultime outrage à la série
d'atrocités qui l'a exclu de la société des nations civilisées. »
Après dix jours de comité secret, la Chambre française
a émis un vote de confiance par 344 voix contre 160.
Le mark est à 79 à Genève, la couronne à 49>75-
Vendredi 8 décembre. — Lloyd George devient
premier ministre avec Bonar Law, Lord Derby, Lord
170 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Milner, Lord Curzon, Lord Selborne, etc. Il y a un
comité de guerre de cinq membres.
Attaque ennemie en forêt d'Apremont, repoussée
après quelques progrès.
Le Journal officiel notifie le blocus de la Grèce,
déjà existant de fait.
Le général Dousmanis active la mobilisation grecque
vers Larissa. Des tranchées sont creusées autour
d'Athènes.
Les Bulgares ont franchi le Danube à Tutrakan.
Les Russes, en Moldavie, couvrent la retraite de la
principale armée roumaine.
A Valeputna, à i5 kilomètres au nord de Dorna-
Vatra, les Russes attaquent et font 5oo prisonniers. Ils
avancent sur les rives de la Tcherbaniache, affluent de
droite du Trotus.
On parle d'autos blindées allemandes qui ont rendu
des services contre les Roumains.
UInvalide russe dit qu'il faut à tout prix déloger
les Allemands de Roumanie pour les empêcher d'y
faire la prochaine récolte.
Le front roumain se trouvant réduit de 800 à
200 kilomètres, des forces austro-allemandes vont
devenir libres.
Une note officieuse de Berlin dit que le sort de la
Roumanie peut être considéré comme réglé, le reste
du pays étant plutôt territoire russe. Cette note fait
croire que les Allemands veulent se retourner contre
le front de Monastir ou contre le front italien.
On annonce la disparition du Suffren (12.700 ton-
nes, 670 hommes) (Voir plus haut, 26 novembre).
Le Caledonia (9.220 tonnes) a été coulé.
Au Conseil municipal de Vienne, on dit que la ville
est en état de famine et on attaque violemment la
Hongrie.
Une explosion d'une usine de munitions dans la
province d'Alessandria fait 5o victimes.
« Quand on écoute les conversations qui se tiennent un peu
partout, on a l'impression que l'heure est grise. Quelques
centaines de personnes assez répandues broient du noir. »
(Jemps.')
DÉCEMBRE 1916 171
Samedi 9 décembre. — Violent bombardement
sur la digue de l'Yser et le secteur devant Dixmude.
Coups de main anglais vers Neuville-Saint- Vaast et
Souchez.
Violentes actions d'artillerie du lac de Doiran à Mo-
nastir.
Il y a 20.000 hommes de troupes royalistes autour
d'Athènes.
La presse gouvernementale d'Athènes, qui paraît
seule, reconnaît que 1.600 vénizélistes ont été arrêtés,
le maire d'Athènes et 188 autres personnes incarcérés,
sous l'inculpation de trahison et d'intention de meurtre.
Le Temps publie un article — enfin non censuré —
sur les affaires de Grèce : « La vraie Grèce n'est pas à
Athènes; elle est à Salonique. »
L'offensive roumaine sur la chaussée Buzeu-Ploesci,
d'abord heureuse, a été refoulée. La retraite générale
s'accentue. Les Bulgares s'emparent du pont de Cer-
navoda et passent le Danube. Les Allemands ont imposé
de lourdes contributions à Craïova et à Bucarest.
On affirme k Petrograd que les Allemands ont fait
peu de butin utilisable en Valachie. Depuis le i'^'" dé-
cembre, ils ont capturé 70.000 hommes, i84 canons,
120 mitrailleuses; mais le gros de l'armée roumaine
est sauvé.
Les Turcs regagnent du terrain vers Hamadan.
Une vive agitation règne en Espagne à cause du
blocus des Canaries par les sous-marins allemands.
Les Etats-Unis n'acceptent pas les explications de
l'Allemagne sur le cas du Marina.
Kurt Éisner, ancien rédacteur du Vorwàrts, révèle
que la Volksstimme de Chemnitz a annoncé la mobi-
lisation allemande dès le 28 juillet, et qu'elle en tenait
la nouvelle de très haute source (Voir le Temps du 12).
De jeudi à samedi, graves émeutes à Hambourg; on
parle de i.ooo tués et blessés, sur 20.000 manifestants.
De grands mouvements de troupes allemandes sont
signalés en Belgique. Hindenburg aurait annoncé son
intention d'atteindre Odessa ; beaucoup d'écrivains
militaires prévoient plutôt une offensive contre l'armée
172 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
de Sanail ; d'autres croient à une attaque sur le front
anglo-français.
Scheidemann et d'autres socialistes allemands arri-
vent à La Haye pour conférer avec des socialistes hol-
landais, qui annoncent un meeting de protestation
contre les déportations belges. Scheidemann, qui est
l'homme de Bethmann-Hollweg, feint de blâmer ces
déportations.
On dit que l'Allemagne a demandé des explications
au Pape sur les paroles qu'il a prononcées dans le der-
nier consistoire.
L'impératrice Zita (d'origine française) semble
prendre une part active au Gouvernement autrichien.
Le Conseil d'Empire à Petrograd vote une résolution
demandant la coopération du Gouvernement avec les
institutions législatives et la destruction des influences
clandestines et irresponsables. Ce vote est très com-
menté.
Protopopov, ministre de l'Intérieur, est gravement
malade.
Le général Wood a dit que a la guerre approche
pour les États-Unis, aussi certainement qu'il y a un
Dieu au ciel ».
Une note officieuse de Washingtoa repousse toute
idée de médiation, comme pouvant nuire à la cause de
la paix.
A Liverpool, grève des ouvriers de chaudières.
Dimanche iO décembre. — La neige arrête les
opérations au nord de Monastir.
La Crète proclame la déchéance de Constantin.
Le roi de Grèce a reçu le ministre d'Angleterre ; il
propose de retirer 3 régiments de Thessalie et de confier
à des torpilleurs français la garde du canal de Corinthe.
« Les événements d'Athènes s'alignent sur ceux de Rouma-
nie. Le roi des Hellènes a bénéficié jusqu'au bout d'une
patience évangélique. C'était la diplomatie des petits pa-
quets. » (Journal de Genève.)
Les Austro-Hongrois passent la Jalomitza, au nord-
est de Bucarest.
^i
DÉCEMBRE 1916 173
Les Roumains regagnent du terrain sur la chaussée
Ploesti — Muzileu.
Les Bulgares, sur la rive roumaine du Danube,
prennent Calarasi et la tête de pont en face de Cerna-
voda.
Les Allemands construisent à la hâte des ouvrages
fortifiés dans les régions de Craïova et de Giurgevo.
Il est avéré que l'armée allemande de Roumanie a été
formée de i4 divisions du front occidental, i de Macédoine et
i8 du front russe.
On dit, à Berlin, que le butin fait en Roumanie
s'élève à i4o.ooo prisonniers et 5oo canons (chiffres
suspects).
Les Français abattent 4 avions allemands et bom-
bardent des dépôts de munitions au nord de Verdun.
Le Deutschland serait revenu à Brème.
Le cabinet réduit de Llovd George comprend, en
dehors de lui, Bonar Law, Curzon, Milner et Henderson.
A Québec, dans un grand meeting, Sir W. Laurier
a exhorté les Canadiens français h s'engager (leur
clergé ne les y pousse pas, craignant pour eux le
contact de milieux intellectuels plus évolués).
« On parlait autrefois de l'hypocrisie anglaise, mais on trou-
verait difficilement dans les annales du monde une hypo-
crisie pareille à celle de l'Allemagne. Il faut que le monde
abatte l'esprit de l'Allemagne, ou soit abattu par lui. » {Globe
de New-York.)
Edison, parlant à un journaliste, s'étonne qu'on n'ait
f)as perfectionné l'emploi du microphone pour écarter
c danger des sous-marins. Il dit aussi :
« Pour moi, cette guerre a prouvé que la France est l'éten-
dard du monde. La destruction de la France serait le pire
désastre que pourrait subir le monde d'aujourd'hui. »
Depuis le début de la guerre, l'Allemagne a perdu
102 navires (4o2.ooo tonnes); on lui en a pris 207
(807.000 tonnes); il en reste 621 (2.34i.ooo tonnes)
dans les ports neutres ; 490 vapeurs (2.410.000 tonnes)
sont à l'ancre en Allemagne. En résumé, 7 1/2 °/o du
tonnage est détruit, 14,7 % est saisi, 4o °/o est immo-
bilisé.
174 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Le Temps paraît avec deux articles entièrement cen-
surés, ce qui soulève des protestations.
A propos de la force d'inertie des bureaux, on commente
ces paroles de Clemenceau : « On n'est pas trahi par des
traîtres, mais par des brave gens qui croient avoir rempli
tout leur devoir quand ils ont classé un dossier, arrêté une
initiative dans son essor, accablé une idée juste sous le
poids des observations réglementaires, contrarié tous les
eflbrts par l'amas des papiers et des procédures. Voilà les
traîtres, inconscients et souvent plus redoutables, puisqu'on
ne se méfie pas de leur zèle. »
Lundi 11 décembre. — Une violente attaque au
nord de Lassigny est repoussée. L'action a été très
chaude (voir Liberté du i5).
Luttes d'artillerie intenses au nord-ouest de Reims
(Ville-au-Bois) et vers Douaumont.
Le Gouvernement grec, par son chargé d'affaires à
Paris, présente des excuses au sujet des événements du
i'^'' décembre.
On publie à Athènes une lettre séditieuse de Veni-
zelos au général Korakas ; c'est un faux impudent
(Journal de Genève du i3 et Temps du i6).
Les colonies française et anglaise de Volo se trans-
portent à Salonique.
Le vice-amiral Gauchet remplace Uartige au com-
mandement des escadres.
Le général de Lacroix écrit clans le Temps :
« Constantin est un militaire; il a été le camarade de
Falkenhayn à l'Académie de Guerre de Berlin. Il peut avoir
la tentation de faire son petit stratège allemand, quelque
part sur le théâtre d'opérations d'Orient. »
Progressant en Valachie, l'ennemi prend Urziceni et
Mezilu ; depuis 3 jours, il a fait lo.ooo prisonniers.
On apprend que les Turcs massacrent les Nestoriens
à Mardiue (Mésopotamie).
Piaids aériens sur Zeebrugge et d'autres villes belges.
Le cuirassé Regina Margherita heurte deux mines et
coule (700 victimes).
Au sud-est de Pantellaria, un sous-marin coule le
transport français Magellan (6.027 tonnes).
DÉCEMBRE 1916 175
Lloyd George télégraphie à Briand que l'Angleterre
poursuivra la guerre avec une inflexible détermination ;
Briaad lui répond que ces sentiments sont ceux de la
France, qui veut « la victoire et une paix durable ».
Des femmes serbes dénoncent aux femmes anglaises
l'infâme déportation de femmes et de jeunes filles en
Autriche. « Ce que les Turcs n'ont pas osé, les Autri-
chiens le font. »
Les journaux allemands accusent ua état de disette de
plus en plus fâcheux. Le Vorioarls déclare que cela ne
peut continuer ainsi. Il publie un tableau de raugmentation
du prix des vivres à Berlin, depuis le début de la guerre, à
savoir :
Pain de froment, 42°/o; pain de seigle, 270/0; farine de
froment, 47°/o; farine de seigle, i4°/o) beurre, ii4°/o;
lard, 3oo°/o; sucre, 27 0/0; café, i38°/o; œufs, 226 °/o; lait,
33 o/o," vi. ndedebœuf, 23o °/o ; mouton, 1800/0; veau, 170 "/o;
porc, ii4°/o; jambon, 188 °/o; pommes de terre, 5o 0/0 ;
riz, 427 °/o.
Il faut souligner dans ce tableau l'augmentation énorme
sur le lard (3oo 0/0), sur les œufs (226 °/o), sur les différentes
sortes de viande et sur le jambon.
Tous les journaux signalent que les vivres qui se font le
plus rares sont surtout les pommes de terre et la viande.
La quantité d'orge allouée actuellement aux brasseries,
bien que diminuée de 4o °/o, va être encore restreinte.
La Gazette populaire de Leipzig déclare que le nombre
des personnes qui se présentent à Berlin aux cuisines com-
munales pour recevoir un repas de midi augmente continuelle-
ment et dans une forte mesure. La semaine dernière, 20.000
nouveaux clients se sont présentés. Ce fait est dû surtout à
la pénurie des pommes de terre et de la graisse.
Un consortium de 91 banques belges averse au Gou-
vernement allemand 3oo millions, comme contribution
de guerre pendant six mois.
Les États-Unis renouvellent à Berlin leur protestation
contre les déportations belges.
Scène violente à la Chambre française ; un député
(Brizon) est exclu à titre temporaire pour paroles
jugées antipatriotiques.
Mardi 12 décembre . — Bethmann-Hollweg remet
176 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
aux rcprcscntaRts des États-Unis, de l'Espagne et de
la Suisse une note qu'il lit et commente ensuite au
Reichstag. Les quatre puissances proposent l'ouverture
de négociations pour la paix, mais n'en précisent la
nature par aucun détail. Au Reichstag, la déclaration
se termine par ces mots : « Si la lutte continue, les
quatre puissances déclinent formellement toute respon-
sabilité devant l'humanité et devant l'histoire. Dans une
heure solennelle nous avons pris une décision solen-
nelle. Dieu sera juge. Nous sommes prêts à la lutte;
nous sommes prêts à la paix. » Le Reichstag ayant
été convoqué à la hâte pour ce jour, les Allemands
croyaient qu'il y serait question de paix. Bethmann
avait dit : « Pour la première fois depuis le commen-
cement de la guerre, une lumière va poindre, celle de
la paix. y>
Alors que Bassermann voulait ouvrir une discussion
à la suite de la communication du Chancelier, Spahn
a proposé au Reichstag de s'ajourner, ce qui a été
voté.
« Conseiller de faire la paix alors que les forces de l'ennemi
restent constituées, c'est une trahison envers les morts et
une insulte aux vivants. » (Morninr/ Post.) Ce thème est déve-
loppé par presque tous les journaux d3 l'Entente, qui font
remarquer combien la proposition allemande éveille la mé-
fiance par l'imprécision verbeuse où elle se complaît.
La Gazette de Voss demande que la Belgique n'ait plus
ni diplomatie ni armée. La Gazette de Cologne dit que les
grands industriels réclament Briey, les bassins houillers du
nord de la France et les territoires miniers de la Russie
occupée.
Guillaume II a adressé des ordres du jour à l'armée
et à la marine pour les informer qu'il proposait la
paix.
Après la Crète. Chio a proclamé la déchéance de
Constantin.
Continuant leur avance vers Buzeu, les Allemands
font 4-000 prisonniers dans cette région et dans la
montagne.
La cavalerie russe entre en contact avec l'ennemi
dans la région de Buzeu.
DÉCEMBRE 1916 177
Les Russes prennent une ligne de tranchées au sud
de la vallée du Trotus.
Il n'y a plus d'œufs à Berlin. Toute la choucroute est
réquisitionnée pour l'armée.
Guillaume II passe quelques heures à Munich et y
dîne sans viande.
On écrit de Schaffhouse que les rapports de la Ba-
vière avec l'Empire sont froids. La Bavière n'a pas fait
sonner les cloches et n'a pas pavoisé en l'honneur des
victoires en Roumanie {Journal de Genève, i5 dé-
cembre).
Le ministère français se reconstitue avec moins de
membres. Le général Lyautey est à la guerre, Herriot
(maire de Lyon) aux transports et ravitaillements. Le
général Nivelle est nommé commandant en chef des
armées du nord et du nord-est, en remplacement du
général Joffre, qui devient conseiller militaire du Gou-
vernement.
La Commission du Budget refuse de supprimer la
censure, mais condamne comme illégale la censure
politique et refuse de la subventionner.
En Angleterre, tous les hommes en âge de servir
vont être remplacés dans les bureaux.
Le parti national irlandais décide de soutenir vigou-
reusement la guerre, mais repousse la conscription.
On publie ime conversation de Hindenburg avec Wie-
gand. Il dit que l'artillerie des puissances centrales sera,
au printemps, beaucoup plus forte que celle de l'En-
tente et que les AlKés ont surtout péché par manque
d'unité et de direction.
A la Chambre hongroise, Batthyani, vice-président
du groupe de l'indépendance, demande à l'Autriche de
notifier à ses alliés qu'elle ne veut pas continuer la
guerre pour leur assurer des gains territoriaux. Karolyi
attaque aussi l'Allemagne, qui aurait lancé l'Autriche
dans la guerre pour détruire la suprématie britannique
{Journal de Genève, 3o décembre).
Le Basler Anzeiger se fait l'écho d'un bruit suivant
lequel le Japon se séparerait de l'Entente. L'ambassade
du Japon à Paris oppose k ces dires un démenti éner-
128. CHRONOLOGIE DE LA GUERRE 12
178 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
gique, rappelant que le Japon a adhéré au traité de
Londres.
Mercredi 13 décembre. — Un torpilleur français,
arrivé à Gorinthe, contrôle les transports militaires
grecs.
« Constantin tâche pour un moment de remettre le masque
qu'il s'était trop pressé de lever. » (Temps.)
Les Allemands disent avoir fait 160.000 prisonniers
roumains.
Les Russes bombardent la ville hongroise de Koro-
sinczo (Carpathes boisées).
Des désordres éclatent en Portugal, mais sont immé-
diatement réprimés.
La flotte russe bombarde le port bulgare de Bal-
tchik.
- On apprend le torpillage des paquebots Algérie
(19 victimes, dont 4 passagers) et Sinaï.
Une émotion intense règne à Berlin ; on attend dans
la neige les premières réponses de la presse de l'En-
tente aux ouvertures allemandes.
Il est avéré que l'Allemagne n'a pas formulé de pro-
positions de paix, mais les réserve pour des négocia-
tions éventuelles.
La note adressée par l'Allemagne au Pape est un peu
différente de celle qui a été envoyée aux autres puis-
sances (texte dans le Temps du i4)-
Briand dit k la Chambre : a Ce sont des paroles de
paix solennelles, mais vagues, pour troubler les cons-
ciences. )) Les déclarations de Briand sont approuvées
par 824 voix contre i65.
Interrogé à la Chambre italienne, Sonnino a dit que
les Alliés agiraient toujours de concert.
Les journaux français sont unanimes k voir un piège
et un aveu de détresse dans la manœuvre allemande.
On assure k Rotterdam que la note allemande a été
rédigée par Guillaume II lui-même, après une conférence
au grand quartier général.
Le Messagero écrit : « Une paix qui ramènerait l'Europe
au statu quo ante serait un crime de lèse-humanité. »
DÉCEMBRE 1916 179
Le Times dit que rAllemagne veut éprouver la cohésion
des Alliés, mais que ses soullrances économiques sont une
des raisons de son attitude.
Le Secolo dit que l'Entente ne sera pas dupe et qu'elle
continuera à fabriquer des armes et des munitions, pour
obliger les empires centraux à demander sérieusement la
paix.
Morning Post : « Les propositions de paix allemande
sont une tentative rusée et désespérée pour éviter le châti-
ment réservé à l'échec militaire. L'Allemagne a déjà de-
mandé un armistice en septembre dernier, après ses
défaites sur la Somme et à Verdun, mais la demande a été
rejetée. Faisant de nécessité vertu, maintenant qu'elle sait
avoir atteint son apogée et devoir décliner désormais, elle
propose ingénuement de négocier la paix. »
Dailij Clu onicle : « L'Allemagne peut avoir la paix si elle
la désire, mais à nos conditions... Nous avons toujours de-
mandé et nous demanderons encore le désarmement de la
machine de guerre prussienne, la reddition ou la destruction
de sa marine et de la totalité de son artillerie. Le cauche-
mar d'une nouvelle concurrence des armements ne peut
autrement être évité. »
Daily lelegraph : « L'Allemagne ne cherche pas à nous
persuader, mais à faire impression sur les neutres. »
Nouvelle Gazette de Zurich : « Avant tout, c'est^ aux
neutres à faire entendre leur voix. C'est l'attitude des Etats-
Unis qui sera déterminante. »
Jules Andrassy écrit dans le Pesti Naplo : « Nous n'avons
aucune raison de cacher que nous sommes prêts à faire la
paix. Si cette tentative ne donne aucun résultat, elle aura
pour conséquence de renforcer notre fermeté. »
Groener, directeur de l'Office de guerre allemand, dit au
correspondant du New-York Times que l'/^'.lemagne est
décidée à doubler la production des canons et des obus.
« Au printemps, nous marcherons à toute vnpeur. »
Les agents allemands en Hollande menacent l'Angleterre
d'une guerre sans merci, de /joo sous-marins, de bombes
chargées de microbes, etc.
Dans le Journal de Goslar, le prince Otto de Salm
réclame pour l'Allemagne « les anciens territoires allemands
désignés sous le nom de Belgique » et les districts miniers
de la France, sans quoi la déchéance de l'Allemagne serait
signée.
Le comité de guerre français est constitué : Briand,
180 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Ribot, Lyautey, Lacaze, Thomas. Le général en chef
pourra assister aux délibérations.
Le Cabinet autrichien donne sa démission.
Guillaume II passe une revue à Habsheini, puis se
rond a Colmar.
L'Allemagne réquisitionne en Belgique tous les objets
de métal, sauf les œuvres d'art et ceux qui appartien-
nent à des églises ou des hôpitaux.
Le Journal de Genève, dans un article remarqué,
met la Suisse en méfiance contre une violation possible
de ses frontières (Voir le Temps du i8).
Une explosion détruit onze ateliers de la pyrotechnie
de Felixdorf (Basse-Autriche ).
Romanonès interdit, d'ailleurs de façon tout ai-
mable, une conférence que Maeterlinck devait faire à la
Maison du Peuple de Madrid.
Les Etats-Unis insistent de nouveau pour qu'un sauf-
conduit soit accordé au nouvel ambassadeur d'Au-
triche, ajoutant que le déplacement de l'ambassadeur
est un droit diplomatique des États-Unis.
L'Allemagne répond aux États-Unis au sujet des dé-
portations belges ; elle prétend agir par humanité !
Jeudi li décembre. — Lutte d'artillerie intense
vers Steenstraate.
Un coup de main allemand au sud de Saint-Éloi est
repoussé.
Violent bombardement de Monastir ; dégâts et vic-
times civiles.
Combats intenses au nord de I^udimirca (front de
Serbie).
Les Alliés remettent un nouvel ultimatum à la Grèce
exigeant l'exécution immédiate des déplacements d«
troupes et du matériel de guerre, qui devra commencer
dans les vingt-quatre heures. Le blocus sera maintenu
jusqu'à réparation des injures faites aux Alliés.
Les Allemands dépassent la Jalomitza. Buzeu tombe
entre leurs mains (4-ooo prisonniers). Ils sont maîtres
de la moitié de la Roumanie (65. ooo kilomètres carrés).
DÉCEMBRE 1916 181
Les Piusses reculent dans la Dobrudja pour s'aligner
avec la retraite roumaine.
Les Austro-Allemands attaquent avec violence sur
tout le sud du front russe.
Les Anglais progressent sur le Tigre vers Sannayat.
Une escadrille anglaise bombarde le pont de Kuleli-
Bourgas, au sud d'Andrinople.
Le Caledonia touche une mine flottante près de
Marseille, mais peut être ramené à quai.
Le Westminster est coulé sans avertissement; l'équi-
page, réfugié dans les chaloupes, est canonné. L'ami-
rauté anglaise, dans une note du 29, accuse les Alle-
mands d'assa?sinat.
Un voilier français est coulé près des Canaries.
Dudley Kidd {Land and Water, p. 10), propose de
protéger les navires contre les sous-marins par des
nuages de fumée.
Tisza a insinué, dans son discours, que l'initiative des
propositions de paix venait de l'Autriche (Journal de
Genève, i5 décembre).
Hindenburg et le Chancelier se congratulent à propos
de la démarche pacifique et terminent en menaçant
l'Entente. Toute la presse, depuis le 12, obéissant à un
mot d'ordre, mêle des menaces à l'offre de négocier.
Une note officieuse russe dit que le manque de sin-
cérité et le but de la proposition allemande sont égale-
ment évidents. « Nos ennemis ne peuvent ignorer qu'il
n'existe aucun terrain favorable pour des pourparlers
de paix. La paix offerte par l'Allemagne est un piège. »
Bonar Law, sur le même sujet, dit aux Communes :
« Les Alliés exigent des réparations suffisantes pour le
passé et une sécurité suffisante pour l'avenir. » Il a de-
mandé 10 milliards de nouveaux crédits et l'augmenta-
tion des effectifs de l'armée à 5 millions d'hommes.
« Il n'y a pas d'exemple, a-l-on dit, qu'un belligérant se
disant vaia(|ueur propose la paix à son adversaire. Si, il y
en a un, un seul : celui de Napoléon qui, arrive à Moscou,
fit des offres de paix à l'empereur Alexandre. » {Liberté.)
« Les Allemands ont une confiance inépuisable dans la
182 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
sottise des peuples étrangers. Ils viennent de le prouver une
fois de plus. » {Temps.)
« On aurait tort de considérer la démarche allemande
comme une preuve que l'Empire se sent à bout de forces; il
juge seulement l'heure exceptionnellement propice pour
cueillir les fruits de sa formidable entreprise guerrière. »
(Journal de Genèoe.)
Le New-York Times insiste sur l'état déplorable de l'Alle-
magne : le pays est à la veille de la famine, la situation finan-
cière est très grave.
Le New-York World se méfie de la sincérité allemande.
« On ne fait aucune prédiction avec autant de confiance
que celle-ci : l'an prochain, l'Allemagne et ses alliés seront,
pour l'artiHeric, dans un considérable état d'infériorité sur
tous les champs de bataille. » {New-Yoric American.')
Bernstorfl' ayant dit à New-York que l'Allemagne deman-
dait l'annexion de la Serbie par l'Autriche, il constata que
l'effet de ses paroles était fâcheux et se hâta d'ajouter que
les propositions allemandes n'étaient pas définitives.
La Vossische Zcitiing, la Germania, la Post et d'autres
feuilles disent qu'eu cas de continuation de la guerre, l'Alle-
magne ne distinguera plus entre les ennemis et les neutres.
La Hollande se sent menacée et se prépare à la résistance.
Guillaume II, accompagné du Kronprinz, se rend à
Strasbourg et passe une revue près de Morhange.
Pokrovsky est nommé ministre des Affaires étran-
gères en Russie.
L'empereur Charles confie à Spitzmuller (germa-
nophile) la formation d'un ministère.
La Chambre française ayant décidé de ramener la
censure à son rôle militaire et diplomiitique, Ribot
déclare qu'on ne tolérera plus les attaques contre les
institutions légales du pays.
Le plébiscite danois a donné 284.000 voix pour la
vente des Antilles et 1 58. 000 contre.
Le grand sculpteur Antonin Mercié est mort.
Vendredi 15 décembre. —Depuis le i3, les Fran-
çais préparaient une attaque devant Verdun, où Douau-
mont était trop exposé au feu. Cette attaque a lieu
entre la Meuse et la Woëvre, sur un front de 10 kilo-
mètres. Le front ennemi est enfoncé sur une profondeur
DÉCEMBRE 1916 183
de 3 kilomètres; nous avons pris Vacherauville, Louve-
mout, Hardaumont, au prix de pertes légères (7.600
prisonniers, 5o canons) (Voir Liberté, 1 3 janvier 191 7).
Syra et Lesbos ont proclamé la déchéance de Cons-
tantin.
Nouvelle avance allemande au nord et k l'est de
Buzeu ainsi qu'au nord de la Jalomitza (2.000 prison-
niers).
Les Russes se replient vers le nord de la Dobrudja.
On dit à Amsterdam que des sous-marins allemands
se déguisent en voiliers de commerce.
Important discours de Pokrovsky, le nouveau ministre
des Affaires étrangères, à la Douma ; celle-ci s'associe
unanimement « au refus catégorique des gouvernements
alliés d'entamer, dans les conditions actuelles, des
négociations de paix » et dénonce a l'acte hypocrite
qui ne compte pas sur un succès pratique, mais cherche
à rejeter sur d'autres les responsabilités, pour se dis-
culper devant l'opinion allemande ».
Le ministre anglais Henderson (travailliste) dit que
la paix ne peut être assurée que par des sacrifices nou-
veaux.
« Les Empires centraux, qui ont été les agresseurs, ont
vaincu, sans les détruire entièrement, les petites armées et
trouvent devant eux les grandes. ))(Feyler,/o«7'«u/(/e(îe«èye.)
« Ceux qui se déclarent vainqueurs ont offert la paix à une
Russie qui a des millions d'hommes de réserve, à une
Angleterre qui possède une armée qui n'est pas encore entrée
eu action, une flotte qui domine la mer et une production de
canons et de munitions qui peut égaler celle de l'Allemagne,
à une France dont le courage et la résistance émerveillent
le monde, à une Italie, jeune organisme militaire en conti-
nuelle augmentation. Notre foi dans la victoire s'alimente de
ces réalites. » {Giornale d'Italia, organe de Sonnino.)
La Stainpa (Giolitti) dit qu'il est inutile de discuter la
valeur de propositions dont on ne connaît rien.
« La paix ! Voilà un nouveau projectile que nous envoie
notre adversaire, conscient de l'épuisement de ses autres
ressources. » (Rieich.)
« La question alimentaire est vraiment la partie faible
de l'armature allemande... Accentuons le blocus. > (Thierry,
Matin.)
184 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
On dit à Rotterdam qu'il y a 5o.ooo hommes à
Glèves, i5o.ooo à Wesel.
Von Stein, ministre de la Guerre, est nommé com-
mandant eu chef de toutes les troupes stationnées en
Allemagne (dictature militaire).
VVilson serait décidé à ne plus admettre d' « erreurs »
des sous-marins allemands et à considérer toute nou-
velle (( erreur » comme une insulte voulue.
Avant de remettre la note allemande aux Alliés,
Lansing a questionné les représentants des États-Unis
sur le but de cette note. On affirme que la transmission
sera faite sans le moindre commentaire.
L'Entente accorde le sauf-conduit de Tarnovsky, am-
bassadeur d'Autriche aux États-Unis.
1.298 péniches sont arrêtées à Rouen.
Samedi 16 décembre. — Poursuivant leurs succès,
les Français progressent dans le village de Caurières
et enlèvent Bezonvaux. Une violente attaque allemande
sur la côte du Poivre est repoussée. Le nombre des
prisonniers dépasse 9.000; 81 canons ennemis ont été
pris ou détruits. Notre ligne au nord de Verdun do-
mine maintenant les positions allemandes.
A l'annonce de cette victoire, toute la Chambre
italienne se lève et applaudit.
« Le beau succès français 'de Verdun est la meilleure ré-
ponse aux offres de pai.x de l'Allemagne. » (Dailt/ Mail).
Ce jour commence le transfert des troupes grecques
de Thessalie en Morée, la Grèce ayant fait mine d'ac-
cepter l'ultimatum des Alliés.
Le Gouvernement de Salonique occupe l'île de Syra.
Samos proclame la déchéance de Constantin.
Fougères, directeur de l'Ecole d'Athènes, publie dans le
Matin un récit de la « Saint-Barthélémy vénizéliste » (3o nov.-
i«r déc. 19 16). L'Ecole française a été confiée à la garde de
l'Ecole américaine, qui y a hissé le drapeau de l'Union.
« C'est au roi Constantin et à ses mauvais bergers qu'il faut
faire remonter la responsabilité de ces infamies. »
Les Allemands forcent le passage du Buzeu (i.5oo
pri.sonniers).
DÉCEMBRE 1916 185
On reconnaît que la situation des armées russo-rou-
maine est grave, leur seule ligne de retraite étant en
direction du Sereth (Temps).
Les Allemands attaquent violemment dans la direc-
tion de Kovel et prt-nnent quelques tranchées russes.
Les navires norvégiens cessent tout trafic avec les
ports allemands.
D'après les correspondants américains, les Allemands
comptent passer de Roumanie en Russie pour obliger
ce pays a taire la paix. Hindenburg aurait dit : « Il n'y
aura pas de quartiers d'hiver cette année; on ne -don-
nera pas à la Russie le temps de se remettre. »
Dans une brochure intitulée Buts de guerre, le parti na-
tional-libéral demande l'annexion de Belfort, Briey, Longwy ;
la germanisation des chemins de fer belges et luxembourgeois ;
des stations de charbon sur les grandes routes de l'Océan;
un royaume de Pologne sous la dépendance de l'Allemagne ;
l'annexion de la Lithuanie et de la Courlande ; la constitution
d'une grande Bnlgarie ; l'annexion delà Serbie à l'Autriche;
l'Arménie et l'Egypte garanties à la Turquie (^Information
du i8).
En revanche, le Journal de Genève annonce « de source
bien informée » que l'Allemagne ne veut pas dicter une paix
« allemande », mais désire trouver une solution qui satis-
fasse les deux partis.
La Gazette de Cologne attaque vivement Wilson h
cause de son attitude dans l'affaii^e des déportations
belges. Elle dénie au président le droit de se poser en
moraliste et de juger les actes des belligérants.
La première application de la « mobilisation civile »
(hommes de seize à soixante ans) a eu lieu à Magde-
bourg.
Le gaz est supprimé à Leipzig, à cause du manque
de charbon.
On prétend en Suisse que l'idée de proposer la paix
est venue de l'empereur d'Autriche, auquel elle aurait
été suggérée par une lettre privée du Pape.
Kokstein, dictateur des vivres en Autriche, donne sa
démission.
Le typhus sévit à Fiunie.
186 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Au nom des Chambres belges, Goblct d'Alviella et Schol-
laert adressent une protestation émue aux Parlements des
pays neutres, leur demandant si les nations fortunées, restées
en dehors de cette terrible guerre, ne comprendront pas
qu'aujourd'hui tous les peuples sont solidaires et que les
nouveaux procédés esclavagistes de l'Allemagne les menacent
eux-mêmes.
Wetterlé écrit dans la Liberté :
« Il n'y a qu'une formule de paix durable : la déchéance de
l'Empire créé dans la galerie des glaces de Versailles en
187 1. Tout arrangement qui laisserait subsister l'Empire
de proie, renfermerait en lui-même le germe de conûits
encore plus sanglants. L'Allemagne ne veut la paix aujour-
d'hui que pour mieux préparer la guerre de demain. »
On télégraphie du front anglais :
L'armée britannique ne veut pas avoir vécu pendant deux
auj? sur la défensive, et, lorsque enfin elle a accru ses forces,
être privée de la chance d'écraser son adversaire.
Presque seule des journaux italiens, la Trlbuna dit
que les Alliés doivent demander à connaître et discuter
les conditions allemandes de la paix.
On annonce que deux divisions portugaises vont
arriver en France.
Note officieuse de Petrograd :
« Il est absurde de parler actuellement du manque de mu-
nitions dans l'armée russe. » La même note dément, à ren-
contre des journaux hollandais, l'existence de dissentiments
entre la Russie et la Roumanie.
Dimanche il décembre. — Une violente offen-
sive allemande devant Verdun a échoué ; les assaillants
n'ont pris pied qu'à la fersne des Chambrettes.
En ce jour, les obus bulgares ont détruit 100 mai-
sons et tué 20 civils à Monastir.
Lemnos a proclamé la déchéance de Constantin.
On lit dans le Journal de Genève :
« La menace grecque devient extrêmement grave. La situa-
tion de l'armée de Sarrail est, depuis la défaite roumaine, le
côté le plus sombre de la situation militaire. Que sera-ce si
elle doit se défendre aussi par derrière ? »
DÉCEMBRE 1916 187
Le Popolo d'Ilalia attribue les revers de la Rou-
manie au manque de ravitaillement, causé par l'activité
des sous-marins allemands dans la mer Arctique. Le
journal demande l'occupation du chemin de fer Patras-
Salonique, qui permettrait de ravitailler les Alliés par
voie de terre.
Les Russes ont reculé en Dobrudja jusqu'à la région
boisée-
Dans la région de Drama, deux avions anglais com-
battent deux avions allemands et en abattent un.
On écrit d'Amsterdam au Dailij Mail que les propo-
sitions de paix de l'Allemagne ont suivi de vingt-
quatre heures de graves déclarations de Ratocki. La
récolte des pommes de terre a donné 20 millions de
tonnes, au lieu de 5o millions en igiS; il restait, l'an
dernier, un disponible de 4o millions de tonnes, alors
qu'il n'y en a, cette année, que iG, de qualité inférieure.
La récolte de blé a été en déficit de i.5oo.ooo tonnes
sur la normale, ne donnant que 3.5oo.ooo tonnes
de plus que l'année précédente. Les ressources de la
Rounaanie sont en grande partie réclamées par l'Au-
triche.
Delbrûck, dans le Tag, insiste sur les paroles de
Rethmann déclarant que l'Allemagne était prête à se
joindre à la ligue internationale de la paix, garantie
contre « ce fantôme que sont les prétendues aspirations
allemandes à l'hégémonie universelle ».
De sanglantes bagarres éclatent à Munich ; des bou-
tiques sont pillées.
« L'Allemagne est plus épuisée qu'on ne le croit générale-
ment; nous devons aborder l'année 1917 avec confiance. »
Général de Lacroix).
La fédération socialiste de la Seine invite les Gou-
vernements alliés à demander ses conditions de paix à
l'Allemagne.
Maurice Donnay dit à la Sorbonne :
« Il faut prendre l'engagement sacré de cultiver chez nous
la reconnaissance comme la plus belle fleur nationale. »
« L'alcool, en temps de guerre, est un produit qui doit servir
188 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
à la fabrication des explosifs plutôt qu'à l'abrutissement des
cerveaux. » {Information^)
Meeting de protestation à New- York contre les dépor-
tations beiges, James Beck prononce un violent réqui-
sitoire contre la barbarie allemande ; Elihu Root et
d'autres parlent dans le même sens. Un ordre du jour,
voté à l'unanimité, doit être remis a l'ambassadeur
d'Allemagne.
Le Brésil a protesté, auprès de l'Allemagne, contre
les déportations belges.
La presse de Buenos-Ayres est unanime à considérer
comme ridicules les propositions allemandes pour l'ou-
verture de négociations sans base.
Lundi 18 décembre. — Une attaque allemande est
repoussée au sud de la Somme.
Nous reprenons la ferme des Chambrettes.
La victoire à Verdun nous a valu 11.400 prisonniers,
ii5 canons, 107 mitrailleuses, 44 lancc-inines.
On dit qu'une soixantaine de soldats grecs ont été
fusillés pour n'avoir pas voulu tirer sur les marins
alliés. Venizelosest inculpé de haute trahison et sous le
coup d'un mandat d'arrêt.
Les Russes attaquent et progressent dans la vallée do
l'Uzu (Carpathes).
La retraite russe se prononce dans la Dobrudja. On
se bat à l'ouest de Viziru (82 kilomètres sud de Brada).
Suivant le Petit Parisien, l'armée roumaine va se
reconstituer derrière le Sereth, sous la protection d'une
nombreuse armée russe ; elle passe, dit Roussel, k l'état
de «réserve principale ».
Bratiano est à Petrograd auprès du Tsar. Sur le
front russe, le froid ayant durci les marais et gelé les
rivières, l'activité des patrouilles a repris, surtout k
l'ouest de Riga.
Le capitaine aviateur Louis de Beauchamp — auteur
des raids sur Essen et sur Munich — est tombé près de
Douaumont, frappé d'une balle au front.
L'agence Wolft fait .savoir k l'Amérique que l'opinion
DÉCEMBRE 1916 189
anglaise changerait sans doute d'attitude si l'on savait
que les Allemands sont prêts à renoncer à leurs
conquêtes, à évacuer et à indemniser la Belgique (four-
berie).
La Cour allemande annonce qu'elle ne célébrera pas
la fête de Noël.
Les rations sont encore réduites à Berlin ; mais on
pourra y manger du porc deux fois par semaine.
A. Thomas dit que les Alliés produisent 800.000 obus
par jour, les Allemands 600.000.
La Ligne des Droits de l'Homme coustale que rAllemagae
n'a pas fait de propositions de paix, mais a invité les belli-
gérants à des négociations sans base. Elle demande que l'En-
tente réponde en proclamant ce qu'elle attend de la guerre
et comment elle entend établir le régime du droit.
Sonnino, dans un discours à la Chambre, met les
Italiens en garde contre l'empoisonnement de l'opinion
publique, à laquelle travaillent les socialistes unifiés,
les Giolittlens et le Vatican {Temps du 20). « Gardons-
nous, dit-il, de faire le jeu de l'ennemi. »
Une réunion parlementaire à Rome demande l'insti-
tution immédiate d'un comité de guerre.
En Espagne, grève générale de vingt-quatre heures
pour protester contre la cherté des vivres.
S. Brice publie, dans le Journal, des détails pur la situa-
tion politique en Russie. Douma et Conseil de l'Empire sont
d'accord pour travailler ensemble, en mettant fin à l'influence
des « pouvoirs pccultes ».
Les neutres ont adressé une demande collective aux
États-Unis, les priant de prendre l'initiative d'une pro-
testation énergique contre les agissements des sous-
marins. Mais la Gazette de Cologne menace le monde
d'une guerre sous-marine sans merci et défie les Etats-
Unis de l'empêcher.
Mardi 19 décembre. — Bonar Law a déclaré aux
Communes que les Allemands, depuis le i^"" juillet, ont
perdu sur la Somme 690.000 hommes; les Allemands
répondent qu'ils en ont perdu moins de 5oo.ooo et que
76 °/o des blessés allemands reviennent au front. Lord
190 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Gurzon a affirmé — ce qui ne peut être contredit — que
les Alliés, sur la Somme, ont capturé loo.ooo prison-
niers, i5o canons lourds, 200 canons de campagne et
i.5oo mitrailleuses.
L'Entente va accréditer des diplomates auprès du
Gouvernement de Salonique.
Le Gouvernement d'Athènes remet une note à l'En-
tente, protestant contre l'occupation des îles par les
vénizélistes sous la protection des Alliés, en particulier
contre l'occupation de Syra et de Zante.
Neige et pluie sur le front de Macédoine.
La Roumanie fait savoir qu'on n'a jamais évacué la
population civile de Bucarest, cette ville n'ayant pas été
considérée comme une place forte ; mais les avions alle-
mands y ont tué plus de 2.000 civils.
Le croiseur allemand Prinz Friedrich WiUiplm a
échoué sur la côte du Cattegat.
L'ambassade des Etats-Unis donne l'assurance à l'An-
gleterre que le capitaine du Caledonia ne sera pas fu-
sillé.
On affirme en Allemagne qu'un certain nombre de
puits de pétrole roumains sont intacts.
Briand a dit au Sénat qu'il y avait i.5oo.ooo Anglais
en France.
Parlant des propositions de l'Allemagne, il a dit :
« C'est un piège et c'est une manœuvre. C'est un acte
de guerre. »
Lloyd George, débutant aux Communes, dit qu'une
suggestion allemande ne pourrait être accueillie que si
l'ennemi était prêt à consentir aux seules conditions
qui garantiraient le maintien de la paix : « Il faut que
la restitution soit complète. Il faut que la réparation
soit complète. Il faut que les garanties soient effectives. »
Pokrovsky a renouvelé, au Conseil de l'Empire, les
déclarations faites à la Douma sur les offres de paix de
l'Allemagne.
En janvier igiB, nous faisions 65. 000 obus de 75 par jour,
mais seulement i.ooo obus lourds. Six mois plus tard, ces
chiffres passaient à 70.000 et 10.000, grâce à l'emploi de la
fonte aciérée. Aujourd'hui, pour 100 obus de 76 en août
DÉCEMBRE 1916 191
1914, nous en avons 4-ooo; pour 100 obus lourds, 9.000. De
mèiiic, le nombre des canons de 76 a été multiplié par 3o,
celui des canons lourds par 24, celui des fusils par 3oo, des
mitrailleuses par 170, etc. (Temps).
Mercredi 20 décembre. — Le Gouvernement des
Etats-Unis adresse aux belligérants une note demandant
qu'ils fassent connaître leurs buts de guerre, une telle
déclaration devant permettre d'examiner s'il est pos-
sible de mettre fin à la lutte (Temps du 28). La note
spécifie que les Etats-Unis n'offrent ni la paix ni même
une médiation ; elle ajoute qu'il n'existe aucun lien
entre cette note et celle de l'Allemagne, que les Etats-
Unis se sont bornés à transmettre aux intéressés.
On dit que l'Autriclie accumule des troupes dans le
Trentin.
Toute la Serbie est mise au pillage par les Bulgares,
qui vendent publiquement le butin.
Bratiano dit que les revers roumains ont eu pour
cause l'insuffisance ou l'absence de réserves, mais que
l'armée roumaine se reconstitue, recevant de France et
d'Angleterre matériel et munitions.
Nungesser abat son 21= adversaire.
Deux sous-marins allemands sont coulés dans la baie
de Quiberon, un dans l'Adriatique.
Scheidemann a dit k La Haye que les déportations
de Belges avaient été ordonnées dans un intérêt mili-
taire par Hindenburg.
Le Gouvernement allemand fait annoncer par les
journaux que la conquête de la Valachie ne peut amé-
liorer le régime alimentaire.
Spitzmûïler est démissionnaire ; Charles I^"" fait
appeler le comte Clam-Martinitz.
A la suite des déclarations de Lord Cecil sur l'arme-
ment défensif des cargos, l'Allemagne aurait décidé
de les couler sans avertissement et de traiter leurs
équipages comme des corsaires.
On assure que la Hollande a repoussé les propositions
do l'Allemagne, lui garantissant l'immunité pour ses
navires en échange au libre passage des bouches de
l'Escaut.
192 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
La Hollande prohibe l'exportation des oies, dindons,
lapins, ainsi que du gibier.
La taxe anglaise sur les bénéfices de guerre a donné,
jusqu'en décembre, i.843.ooo.ooo de francs.
Le Conseil fédéral suisse interdit une conférence de
Tabbé Wetterlé à Genève.
On fait observer (Journal de Genève) que l'Autriche
a déjà levé les hommes de cinquante-cinq ans, alors
que la Russie n'a pas appelé ceux de quarante ans.
L'ambassadeur des Etats-Unis, William Sharp, s'est
rendu à Vitrimont près de Nancy, village que recons-
truisent à leurs frais W. Crocker, de San Francisco, et
Miss Daisy Polk, qui y a fixé sa résidence. A son
retour, il a visité la cathédrale de Reims.
Un banquier allemand de New-York, Léopold Zim-
mermann, annonce la suspension probable des hostilités
dans quatre-vingt-dix jours. Les compagnies de navi-
gation allemandes font savoir qu'elles inscrivent des
passagers pour leurs voyages d'après la guerre.
Jeudi 21 décembre. — Une note de Lansing pré-
cise le caractère de la note du président Wilson. Elle
déclare que les Etats-Unis sont très près de la guerre,
ce qui produit une panique à la Bourse de New-York ;
Lansing ajoute alors que les Etats-Unis n'ont nullement
l'intention de se départir de l^r politique de neutralité.
L'Entente envoie une nouvelle note à la Grèce for-
mulant les exigences suivantes : défense aux réservistes
de se réunir; contrôle des postes, télégraphes et che-
mins de fer; libération des vénizélistes emprisonnés;
enquête par une commission mixte sur les événements
du i^^ et du 2 décembre.
Depuis le i*"" décembre, on a arrêté à Athènes
268 vénizélistes, dont 118 sont restés en prison. Beau-
coup de vénizélistes distingués, entre autres d'anciens
ministres et des professeurs, affluent à Salonique; le
professeur Sotériadis, ami de la France, a été arrêté à
Athènes.
Les Bulgares ne cessent de bombarder Monastir et
d'y tuer de paisibles habitants.
DÉCEMBRE 1916 193
Les Russes continuent à se retirer en Dobrudja
(900 prisonniers).
La mission militaire britannique en Roumanie atteste
que les puits et raffineries de pétrole ont été détruits
en grande partie par ordre du Gouvernement roumain.
Les Anglais ont repris El Arish, qui était depuis
deux ans aux maius des Turcs.
Pendant une tempête, deux contre-torpilleurs anglais
se perdent dans la mer du Nord (55 victimes).
Les officieux allemands sont furieux des discours de
Briand et de Lloyd George. La Gazette de Cologne
menace d'une guerre sous-marine et aérienne à ou-
trance. D'autres écrivent que «. la main tendue pour la
paix va se changer en un poing bardé de fer ».
Bassermann réclame des annexions et condamne
comme des utopies les projets d'arbitrage international.
Scheidemann déclare que ceux qui, en Allemagne,
songeraient à restituer l'Alsace-Lorraine, ne seraient
pas pris au sérieux Mais BernstorfF affirme à Washing-
ton que l'Allemagne est prête à discuter la réparation
des dommages causés, ainsi que toute proposition
relative à la limitation des armements. Un haut fonc-
tionnaire de l'ambassade a dit : « Nous sommes prêts
k discuter les propositions des Alliés, même au sujet
des dommages; le coût de six mois de guerre suffirait
à payer bien des indemnités ! >) Ainsi s'affirme une fois
de plus la duplicité de l'Allemagne, soufflant à la fois
le froid et le chaud.
Gérard retourne à Berlin.
Une nouvelle maladie, née d'aliments préparés chi-
miquement, ravage la population infantile de Hambourg
et des environs ; on l'appelle le cancer de la marmelade.
Clam IMartinitz forme un ministère k Vienne.
« Quel que soit l'avenir de la Belgique au point de vue de
la prospérilc malérielle, elle est déjà devenue, dans les esprits
dos hommes, un éclatant symbole ; plus que tout autre élé-
ment d'un monde nouveau, après la paix, c'est elle qui
rendra impossible à tout jamais le renouvellement d'un
pareil crime, car le crime commis isux dépens delà Belgique
ne sera jamais oublié. » ÇYew-Vork Nation, p. 585.)
128. CHRONOLOGIE DE I.\ GUEHHE 13
194 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Les Communes votent l'incorporation d'un million
d'hommes.
Répondant à deux députés qui désirent connaître les
conditions de l'Allemagne, Bonar Law rappelle que la
guerre a été imposée au monde par l'Allemagne et que
celle-ci ne peut être convaincue que par la force des
armes. La paix n'arrivera pas sans que le plus grand
crime de l'histoire ait été puni.
Une grève (5.ooo ouvriers et ouvrières) éclate dans
les usines Panhard à Ivry.
Vendredi 22 décembre. — Bombardement conti-
nuel des nouvelles positions françaises devant Verdun.
Le transport des troupes grecques de Thessalie dans
le Péloponnèse a commencé ; mais Constantin, qui se
dit malade, laisse entendre qu'il ne pourra être conti-
nué (( qu'après la solution des événements actuels ».
Lemnos a proclamé la déchéance de Constantin et
acclamé Venizelos.
Il y a maintenant 8.076 officiers grecs l'alliés au
gouvernement national.
Le Parlement roumain s'est réuni k Jassy ; le Roi a
déclaré vouloir poursuivre la guerre jusqu'à la victoire
(discours dans le Temps du 27).
Les Bulgares prennent Tulcea, sur le bras inférieur du
Danube, interrompant tous les ti^ansports russes sur le
fleuve ; les Russes ne disposent plus que des chemins
de fer de Reni et de Jassy.
Progrès anglais sur la rive droite du Tigre vers Kut.
Des hydravions italiens bombardent le port de Pola
et rentrent indemnes.
Le Prinz Friedrich Wilhelm, échoué, a été renfloué.
Les journaux de Berlin repoussent avec humeur la
demande de Wilson, qui a causé une profonde surprise.
On remarque que les milieux commerciaux alle-
mands deviennent pacifiques.
Le Comité socialiste avait convoqué une réunion à
Leipzig avec ce programme : 0 le peuple et la paix ».
Cette réunion, qui devait demander au Gouvernement
de faire connaître ses buts de guerre, a été interdite.
DÉCEMBRE 1916 195
Un Berlinois haut placé a écrit à un ami en Suisse :
« Nous manquons absolument de tout. C'est terrible. Il est
impossible que l'Allemagne tienne encore longtemps. »
La Chambre française institue une taxe militaire et
vote l'ensemble des crédits de guerre.
Times : « Négocier avec l'agresseur se posant en vain-
queur serait un crime envers nos morts, envers les généra-
tions futures. Nous ne pouvons écouter les suggestions de
Wilson. »
Temps : « La note américaine repose sur l'axiome suivant :
Bethmann-Holwcg parle de la paix à peu près de la même
façon que les ministres de l'Entente \ il veut comme eux
assurer les droits des petits peuples ; donc, la paix doit être
possible. C'est ici qu'apparaît l'erreur fondamentale de
M. Wilson, car, pour juger ce que les deux groupes de
belligérants disent et pensent de la paix, peut-on faire
abstraction de ce fait capital, que l'un l'a délibérément rom-
pue, tandis que l'autre a tout fait pour la sauvegarder? »
George V, dans son discours du trône, dit que la
poursuite énergique de la guerre doit être l'unique
souci de l'Angleterre jusqu'à ce qu'elle ait rétabli les
droits violés par ses ennemis et fondé la sécurité de
l'Europe sur une base solide.
La Société anti-esclavagiste anglaise a envoyé une
protestation aux neutres contre les déportations des
Belges et des Français en Allemagne.
Le Landsthing, par 4o voix contre 19, approuve la
vente des Antilles danoises aux Etats-Unis.
Le général Lyautej, ministre de la Guerre^ arrive à
Paris.
Civrieux se demande {Matin) si l'Allemagne ne
médite pas de violer la neutralité de la Suisse pour
attaquer la vallée de la Saône et la région lyonnaise.
« Cette guerre sera l'églée par les nations qui possèdent
des canons, et non par celui qui défend les libertés du
monde avec une machine à écrire. » (Toronto Telegram.)
On affirme que de grandes quantités de charbon ont
été découvertes en Islande (200 millions de tonnes).
Le boycottage des marchandises allemandes s'étend
au Brésil.
196 CHRO>;OLOGIE DE LA GUERRE
Samedi 23 décembre. — Les Allemands attaquent
vers Boesiiighe ; l'artillene est très active sur le front
anglais de la Somme.
Vif bombardement au nord de Verdun.
Le roi Constantin félicite les troupes grecques qui ont
préservé l'ordre (?) le i" décembre. Il demande un sauf-
conduit iiour des médecins allemands en vue d'une opé-
ration (diplomatique?).
Les rovalistes d'Athènes appellent Venizelos \e diable
Cretois, le Satan de Saloniqae, etc.
Un officier grec qui, le i*^"" décembre, a arrêté un
secrétaire de la légation britannique, est puni de quinze
jours de prison.
La situation allemande en Valachie est devenue diffi-
cile, les routes étant transformées en marais et les Russes
faisant mine de contre-attaquer (Sfrassburf/er Posf).
Raids d'avions anglais dans la région d'El-Arish
jusqu'à Bersheba. Les Anglais font i.35o prisonniers
et prennent un nombreux matériel au sud-est d'El-
Arish.
Tous les cargos français seront désormais armés pour
la défensive.
On dit à Milan que la flotte française, depuis août
1914, s'est renforcée de 84.000 tonnes, représentées par
des cuirassés très modernes et des navires de types nou-
veaux.
Dans la nuit du 22 au 28, combat naval sans résultats
précis dans le canal d'Otrante.
Un sous-marin allemand coule un navire espagnol
qui portait du minerai de Bilbao en Angleterre. Il j a
des espions allemands dans les ports espagnols.
Alors que les journaux anglais soupçonnent la note de
Wilson de favoriser l'Allemagne, plusieurs journaux
allemands disent qu'elle est l'œuvre de l'Angleterre.
L'Allemagne ne répondra pas avant que l'Entente se soit
déclarée prête à négocier.
Une note prudente de l'agence Wolff dit qu'une
partie de la presse allemande salue avec sympathie la
note de Wilson, tandis que d'autres y voient une tenta-
tive d'aider les Anglais.
DÉCEMBUE 1916 197
La Gazette populaire de Cologne éci'it :
« Les Etats-Unis ont placé leur argent clans les affaires de
l'Entente; ils ont donc Intérêt à ce qu'elle obtienne les
meilleures conditions afin de rester solvable. Par suite, ils
ne peuvent jouer le rôle d'un médiateur impartial, abstrac-
tion faite de la personnalité du président qui va jusqu'à
menacer l'Allemagne de la guerre. »
On lit dans la Liberté :
« La note rédigée à la Maison Blanche est conçue en termes
qui obligent en quelque sorte l'Allemagne à abattre son jeu.
Or, elle n'en veut rien faire. »
En Autriche, Burian est nommé aux Finances. Hohen-
lohe est démissionnaire. Tisza est le vrai maître de l'Au-
triche-Hongrie.
Briand obtient un vote de confiance au Sénat (194
voix contre 07).
Ouverture à Paris du Congrès socialiste national.
La France interdit l'importation de l'alcool et des li-
queurs.
On rappelle de divers côtés l'offre de médiation fuite
par Napoléon ITI en i863 et la réponse ferme d'Abraham
Lincoln : le président entendait mener la guerre jusqu'à
sa conclusion logique, la victoire.
Le Conseil fécléral suisse fait savoir aux belligérants
qu'il est prêt à s'employer en faveur de la paix.
Le Libéral (Madrid) s'étonne que Wilson devienne si
subitement philanthrope après sa longue impassibilité
devant les crimes allemands en Belgique.
La guerre coûte 112 millions par jour à la Russie.
La Canada a déjà fourni 870.000 hommes et eu a
perdu 65. 000. Les usines de guerre emploient 100.000
travailleurs.
Dimanche 24 décôuibre. — Coup de main anglais
dans la région d'Hébuterne.
Une attaque allemande en Champagne est repoussée.
Les effets du blocus commencent à se faire sentir à
Athènes.
Une messe de Requiem est célébrée à l'église grecque
de Paris à la mémoire des marins victimes du guet-
193 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
apens du i*"" décembre. Le prince George de Grèce y
assiste.
Les Russes ont abandonné Isaccea et Tulcea. Les Alle-
mands accentuent leurs attaquent dans la région de
Rimnicu-Sarat.
Constitution à Jassy d'un ministère national avec de
nouveaux membres (ïake Ionesco, Istrati, etc.).
La Gazette du Rhin et de Westphalie reconnaît qu'un
officier anglais, le major Thompson, a détruit les puits
de pétrole en Roumanie.
Heurteaux abat son i4* adversaire.
Le sémaphore de Sagres (Portugal) signale un très
grand sous-marin allemand.
Le Pape, recevant le Sacré Collège, renouvelle ses
exhortations à la paix et rappelle les mots du psalmiste :
Jiistitia et pax osculatœ siint, espérant qu'ils trouveront
une nouvelle application.
L'Osservatore romano approuve la note de Wilson et
dit qu'elle vient au moment opportun.
La presse allemande, par ordre, change de ton et
ménage les Etats-Unis.
Le baron von Eckardstein, diplomate prussien, est
enfermé à la prison de Moabit pour avoir tenu dans un
cercle de Berlin des propos contre Zimmermann.
On publie {Liberté) une lettre d'un feldwebel à sa
femme; il espère que la perspective de paix tentera les
adversaires de l'Allemague; mais « il faudra pour cela
que nous soyons rais( nnables et surtout que nous ca-
chions notre véritable situation ».
On lit dans la Gazette de Francfort :
« Si nous concluons la paix, il faudra que ce soit une paix
qui, en Orient et dans les Balkans, soit fondée sur nos
victoires ; en Occident, sur une entente. La situation n'est pas
telle que nous puissions réaliser tous les buts que nous nous
sommes proposés, mais nous pouvons obtenir une paix
avantageuse. Il est inutile de répéter que l'Alsace-Lorraine
est allemande; nous n'en céderons pas un centimètre. »
La Gazette de Voss déclare que l'Allemagne n'accep-
tera jamais de siéger à une conférence où les neutres
seraient admis à prendre part.
DÉCEMBRE 1916 199
Le comte Czernin devient ministre des Affaires étran-
gères dans le Cabinet Clam-Martinitz.
Temps : « Ou la paix sera organisée contre le retour de
l'agression, ou elle ne sera pas... Pour ne pas vouloir ins-
crire dans leurs notes cette vérité morale, les Etats-Unis, la
Suisse et ceux des neutres qui prendraient à leur compte la
note américaine se condamnent d'avance à l'impuissance. »
Un traité d'exportation est signé entre l'Allemagne
et la Hollande, pour la fourniture de laitage, de viande,
d'œufs et de fruits.
Le Président de la République portugaise, B. Ma-
chado, annonce à un correspondant américain que des
contingents portugais vont être envoyés en France et en
Flandre.
L'opinion commence à reconnaître, en Angleterre,
que la note de VVilson n'est pas hostile aux Alliés.
Le général Envert, dans un ordre du jour à l'armée
russe du Nord, dit que la situation désespérée des
Allemands explique tout leur besoin de négocier.
On lit dans le New-York Times :
« L'Allemagne doit se décider si elle soumettra des condi-
tions de paix acceptables aux Alliés, ou si elle continuera la
guerre au risque d'y voir participer l'Amérique à côté des
Alliés : voilà la signification de la note du président. L'Amé-
rique étant neutre, son président ne pouvait s'adresser à
l'Allemagne seule pour lui demander ses termes de paix ;
mais c'est la réponse de l'Allemagne seule qui importe, celle
des Alliés étant connue d'avance. »
Lundi 25 décembre. — Grande activité de l'artil-
lerie sur le front britannique.
Lutte violente d'artillerie au nord de Monastir.
Une bombe fait explosion à Salonique, tuant le por-
teur ; on croit qu'il avait mission de tuer Venizelos.
A Athènes, une foule conduite par le métropolitain se
rend au Champ de Mars; chacun jette une pierre dans
un grand trou en criant anathème à Venizelos, puis on
le brûle en effigie.
Une bataille presque continue est engagée depuis les
Carpathes boisées jusqu'au Danube, au sud de Braïla.
Les Russes ont repoussé l'ennemi au nord de la vallée
200 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
de rUzu ; les Roumains ont reculé sur la Kasina, affluent
duTrotus. Les Allemands prennent d'assaut Filipesti ; ils
disent avoir fait, dans ces derniers jours, 5.5oo prison-
niers russes. En Dobrudja, les Russes ne tiennent plus
que Macin.
On calcule qu'il reste à la Roumanie à peu près
Soo.ooo hommes, dont lôo.ooo entraînés.
A Zurich, le bruit court que le Palais Royal et le
Musée de Bucarest ont été complètement pillés.
De nouveaux modèles d'avions sont signalés dans les
troupes allemandes devant Monaslir.
La Baltique et le Sund sont pleins de mines flot-
tantes.
A l'occasion de la Noël, les journaux allemands
publient des articles annonçant des événements pro-
chains qui affirmeront la supériorité des Empires cen-
traux (Temps du 27).
Les i5o kilos de pommes de terre qui devaient suffire
k chaque habitant jusq'au 19 avril doivent désormais
constituer sa provision jusqu'au 20 juillet. Les graisses,
depuis le i5, ne sont fournies qu'à raison de i25 gram-
mes par semaine.
La ligue navale adresse une supplique au Gouverne-
ment, exposant que l'existence économique de l'Alle-
magne est inconcevable si la Belgique rede\dent ce
qu'elle était avant la guerre; toute concession sur ce
point serait une défaite.
Séance tumultueuse au congrès socialiste de Paris.
Vandervelde, Henderson et Roberts affirment la néces-
sité de mener jusqu'au bout la lutte pour le droit.
Le Temps recommande à Wilson la lecture du rap-
port du docteur allemand Martin Niepage, maître supé-
rieur à l'école réale allemande d'Alep, qui a vu de près
le massacre des Arméniens, sous la direction des Alle-
mands et avec leur complicité. Les détails donnés par ce
professeur sont eff"rayants.
Le ministre anglais des colonies convoque une (< con-
férence de guerre de l'Empire » à Londres.
Les Etats-Unis invitent le Brésil à prendre part à l'ac-
tion pacifique.
DÉCEMBRE 1916 201
Dans la Staats-Zeitung de New- York, Bernstorff
publie un « nnessage de Noël » :
« L'Allemagne est prête à suivre Wilson. Elle est confiante
dans sa propre force, mais non arrogante. Elle ne réclame
pas de territoires étrangers, mais elle demande à être assu-
rée contre une attaque future et contre une alliance qui
menace la paix du monde. »
Le Correspondant définit ainsi la politique de
Wilson :
« Une politique d'impartialité en paroles et d'amitié pour les
Alliés en action. »
Von Bussche, sous-secrétaire d'Etat, donne une entrevue
pour l'Amérique. Il dit que tous les belligérants s'accordent
dans leur désir de la paix ; ils demandent aussi que les
neutres soient protégés. La note de Wilson a été accueillie
avec sympathie en Allemagne; on saura bientôt si l'Entente
refuse de causer.
Mardi 26 décembre. — Les Italiens ont gagné
3oo mètres sur le Carso.
Une note du Matin fait observer que la France seule
renforce actuellement l'armée de Salonique, qui risque
de trouver devant elle les forces rendues libres dans la
Dobrudja.
Les Roumains ont repris les hauteurs perdues dans
la vallée de la Kasina.
Au sud-ouest de Rimnicu, après cinq jours de com-
bats, les Allemands font reculer les Russes sur un front
de 17 kilomètres (depuis vendredi, 8.3oo prisonniers).
La bataille a coûté des pertes énormes aux Allemands.
Les fugitifs de Valacnie et de Moldavie encombrent
les routes vers la frontière russe et présentent un spec-
tacle désolant {Daily Mail, 3 janvier 191 7).
Pokrovsky dit aux journalistes que la Russie n'aban-
donne nullement la Roumanie ; les deux pays ne for-
ment cju'un front unique et inébranlable, tant politique
que militaire.
Heurteaux abat son 1 5"^ adversaire, Guynemer son 24*.
Des avions anglais bombardent Galata (presqu'île de
Gallipoli).
128. cuRONorOfiiE nE la guerre ♦
202 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
L'Américain K. von Wiegand, de retour à New-York,
dit que l'Allemagne est à bout de ressources alimen-
taires et désire désespérément la paix.
Max Hochschiller {Temps) écrit que la situation éco-
nomique de l'Allemagne est très grave, la crise de
transports se compliquant d'ime crise de main-d'œuvre
spécialisée.
Temps : « La note américaine a provoqué plus de trouble
aux États-Unis et en Allemagne que dans les pays de l'En-
tente. Chez les Alliés, pas un flottement, pas une hésitation.
Ils ont rendu hommage aux intentions de M. Wilson. Mais
ils ont montré fermement pourquoi sa méthode est mau- '
vaise. »
Par 423 voix contre 4?) la Douma proteste contre
l'interdiction du congrès des zernstvos k Moscou.
Pokrovsky réitère aux représentants de la presse la
volonté de la Russie de lutter jusqu'à la victoire. La
Russie apprécie hautement les motifs de Wilson, mais
partage, sur ses idées, l'opinion de la presse ru.sse. Le
ministre a ajouté que l'Entente ne tolérerait plus l'atti-
tude équivoque de la Grèce.
Une grande réunion a eu lieu h. l'Hôtel de Ville de
Petrograd. Plusieurs orateurs y ont traité du rôle de la
France dans la guérite. Milioukov a exprimé l'assurance
que les propositions de l'Allemagne ne trouveraient
aucun écno clans l'âme française.
Mercredi 21 décembre. — Joffre est élevé h. la
dignité de maréchal de France. Le dernier avait été
Mac-Mahon (f 1895).
Grande activité de l'artillerie sur le front Vacherau-
ville — Vaux.
On affirme que les transferts de troupes grecques
dans la Morée sont une comédie ; les troupes emmènent
|)eu d'aiHillerie et les régiments paraissent très ré-
duits.
Les îles de Psara et d'Imbros proclament la dé-
chéance de Constantin.
Le général de Lacroix écrit dans le Temps :
« De quelque façon qu'elle se produise, une offensive aile-
DÉCEMBRE 1916 203
mande sur Salonique serait une'^ entreprise grosse de difficul-
tés et n'aurait qu'un intérêt secondaire. «
Les Allemands sont arrêtés au sud de'^Braïla, près de
Viziru ; mais les Bulgares ont encore refoulé les Russes
en Dobrudja, au sud de Lunkavitza.
Les monitors russes, sur le Danube, bombardent
Mahmadia, Tulcea et Isaccea.
Treize avions britanniques bombardent les hauts four-
neaux de Dillingen ; des avions français bombardent
les usines de Thionville, de Briey, de Rombach, avec
la coopération de dirigeables.
Guynemer abat son aô* adversaire, Heurteaux
son i6*.
Des avions anglais détruisent le pont de Chikal à
l'est d'Adana.
Le cuirassé Gaulois est coulé entre Corfou et Salo-
nique; quatre victimes.
L'Allemagne répond à Wilson. Sa communication a
été reçue dans un esprit amical. Le Gouvernement alle-
mand, dans le sens de ses déclarations du 12 décembre,
propose la réunion immédiate des délégués des belligé-
rants dans une ville neutre. Mais son grand souci a'é-
viter des guerres futures ne peut prendre corps qu'après
la fin de la guerre présente. — La réponse autrichienne
est calquée sur celle de l'Allemagne et réitère la der-
nière réserve. — En somme, Wilson avait demandé aux
Empires centraux leurs buts de guerre ; il ne lui a pas
été répondu.
La réponse allemande a été télégraphiée aux journaux
avant d être reniise au président, ce qu'on juge peu
convenable aux Etats-Unis.
Des 4oo Belges enlevés à Arlon le 3 novembre et
envoyés à Halle (Saxe), il n'y avait pas un seul chô-
meur.
Repington {limes) insiste sur l'importance majeure
du front occidental et les facilités qu'il offre à l'emploi
des forces anglaises, énormément accrues.
Le congrès socialiste national à Paris adopte, par
33 voix contre 3, une formule patriotique :
Les socialistes des pays de l'Entente ne veulent pas l'écra-
204 CHRONOLOGIE DE^LA GUERRE
sèment de l'Allemagne, mais la libération des peuples. Dans
toute l'Europe, de l' Alsace-Lorraine aux Balkans, les popu-
lations annexées par la force doivent recouvrer le droit de
disposer d'elles-mêmes. La note des puissances centrales
n'est pas une proposition de paix. Les gouvernements de
l'Entente doivent déclarer qu'ils sont prêts à mettre fin à la
guerre sous la condition que de justes réparations soient
accordées par les Empires centraux et que soient fondées les
garanties d'une paix organisée et durable. La société des
nations, chimère d'hier, devient réalité possible de demain.
Les grandes voies de communication maritimes doivent être
internationalisées. Plus de diplomatie secrète; arbitrage obli-
gatoire ; sanctions internationales ; limitation des armements.
Le salut du monde est à ce prix.
On donne des détails (Temps du 28) sur l'immense
accroissement de la production des canons et des mu-
nitions en Angleterre.
La Suède a remis au Gouvernement anglais une note
sur la paix.
Le Gouvernement espagnol proteste a Berlin contre
la guerre sous-marine dans la mesure où, affectant la
marine marchande de l'Espagne, elle viole l'article i
de la Convention de La Haye.
Le Tsar publie un manifeste. L'Allemagne, se sen-
tant faiblir, offre d'entamer des négociations de paix.
Les Alliés, de leur côté, ne veulent entrer en pourpar-
lers qu'au moment qui leur conviendra et qui n'est pas
arrivé encore. La Russie n'a pas encore chassé l'en-
nemi ; elle n'a pas pris Constantinople et les Détroits ;
elle n'a pas créé la libre Pologne, composée de trois
parties jusqu'ici séparées. Ces choses doivent être faites
pour permettre de conclure une paix telle que les géné-
rations futures nous béniront.
On dit à Washington qu'une des raisons qui motivè-
rent l'envoi de la note Wilson est le désir du Gouverne-
ment américain d'être représenté à la conférence de
la paix et de prendre part à la discussion des conditions.
Or, la réponse de l'Allemagne refuse d'admettre les
neutres a toute délibération de ce genre.
Jeudi 28 décembre. — Les Français et les Anglais
DÉCEMBRE 1916 205
pénètrent continuellement dans les lignes allemandes
et y font des dégâts {Liberté du 2g).
Violente attaque allemande sur un front de 3 kilo-
mètres, de l'ouest de la cote 3o4 jusqu'à l'est du Mort-
Homme. Nous avons perdu une tranchée au sud du
Mort-Homme, avec quelque matériel.
Les Grecs n'ont encore transporté en Morée que
8.000 hommes et 3o canons. On assure que des officiers
reviennent en civil de Morée a Larissa.
Les Russes reculent un peu sur la frontière moldave ;
les Roumains perdent du terrain au nord et au sud de
la Kasina.
On dit à Rome que l'Autriche, en 1916, a perdu
i4 sous-marins.
L'U-46 a été coulé près de Belle-Isle par le torpilleur
Gabion.
Le vapeur anglais S. Théodore, capturé par un cor-
saire allemand, a été transformé en corsaire.
Les dépôts d'artillerie de Halberstadt, près de Dresde,
ont sauté, allumant de grands incendies.
Les groupes pangermanistes des provinces du Rhin
protestent contre l'immixtion des neutres dans les négo-
ciations relatives à la paix.
La Gazette de Co/o^ne annonce que l'Etat-maj or alle-
mand fait creuser des tranchées le long de la frontière
hollandaise pour empêcher les Anglais de violer la fron-
tière de la Hollande ( !).
L'exportation hollandaise en Allemagne a beau-
coup diminué. La Hollande a envoyé, en novembre
1916, 172.000 kilos de mouton en Angleterre et n'en a
pas envoyé du tout en Allemagne.
La Gazette de Francfort dit que l'avantage de la
conférence proposée par l'Allemagne serait de surex-
citer le désir de paix des peuples au point qu'on ne
pourrait se séparer sans arriver a un résultat.
On reconnaît, même en Allemagne, que la réponse à
la note américaine n'est qu'une fin de non-recevoir, un
refus. Seuls, les journaux autrichiens prétendent que la
Quadruple Alliance marche aujourd'hui de concert avec
Wilscn.
206 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
L'Allemagne répond à la note de la Suisse en renou-
velant la proposition d'une conférence des belligérants
seuls, et en insistant sur l'idée que l'œuvre à entre-
prendre pour empêcher les guerres futures ne pourra
être commencée qu'après la paix.
On dit que les chimistes allemands ont trouvé un
bon procédé pour extraire l'huile de la houille.
L'Union des travailleurs de Vienne, après un discours
de Victor Adler, télégraphie ses remerciements à
Wilson.
Sieghart, gouverneur du Crédit foncier autrichien,
est obligé, sur la demande de Charles I^"", de donner
sa démission.
L'Autriche appelle la classe 1898.
Latapie écrit dans la Liberté :
« Personne ne souffre réellement en France ; la misère est
même moins cruelle qu'en temps de paix; le travail et l'as-
sistance ont pourvu aux besoins de tous les foyers. »
Romanonès dément que l'Espagne ait adhéré aux
notes des États-Unis et de la Suisse.
On lit dans le World de New- York :
« La réponse de l'Allemagne démontre que son offre initiale
n'était ni sincère ni honnête. L'acte du président a eu pour
effet de faire tomber le masque allemand. »
Le même journal prévoit que l'Amérique pourra
être entraînée dans le tourbillon de la guerre et réclame
à nouveau des précisions sur les buts poursuisàs.
Vendredi 29 décembre. — Une attaque alle-
mande sur BeauséjouF est repoussée.
Les Turcs bombardent Ténédos.
Les réservistes grecs commettent des excès et arrê-
tent des vénizélistes à Volo et à Larissa. Gounaris pro-
nonce à Larissa un violent discours contre l'Entente.
UEinbros demande ouvertement que la Grèce fasse
cause commune avec les Empires centraux.
On dément à Rome que le roi de Grèce aurait loué les
troupes pour leur conduite le i^"^ décembre. Il les a louées
seulement pour avoir tenu tête aux émeutiers d'Athènes le
i4 (Journal de Genève du 3o).
DÉCEMBRE 1916 207
Continuant leur attaque en Moldavie, les Impériaux
prennent Bordesti; en Dobrudja, ils prennent Rakel.
Les Autrichiens exercent une forte pression dans les
Carpathes, pénétrant en Moldavie par l'ouest. Mais la
résistance russe s'affirme de plus en plus efficace.
On dit qu'un accord a été conclu pour le partage
du butin roumain : la Dobrudja sera pillée par les
Tui'cs et les Bulgares, la Valachie par les Autrichiens
et les Allemands. Les Bulgares ont commencé.
La guerre a coûté à l'Allemagne /|i4 navires (i mil-
lion 209.000 tonnes).
On annonce qu'un sous-marin a saisi et convoyé dans
un port allemand le navire russe Siichan, avec une
grosse cargaison de munitions.
L'Allemagne appelle la classe 1919.
Les journaux allemands publient des notes inquié-
tantes sur les difficultés du ravitaillement. Ces notes
ont pour but de préparer le peuple à de nouvelles
souffrances.
Fin du congrès socialiste à Paris. On a voté la mo-
tion de Renaudel {Humanité) affirmant la nécessité de
la lutte jusqu'à la reconnaissance du droit; on a aussi
voté contre la reprise des relations internationales.
Le Temps écrit : « La paix se fera quand les morts
le permettront. »
« La grande difl'érence entre les Allemands et nous, c'est
que nous songeons à la paix future, tandis qu'ils veulent une
paix immédiate. Nous n'accepterons l'une que si elle nous
donne l'autre. » {Gaulois.)
« La leçon du passé doit servir. Verdun et la Somme ont
prouvé que l'attaque réduite à un seul secteur trop étroit ne
peut réussir parce qu'elle attire peu à peu toutes les réserves. »
(Général Malleterre.)
Le nouveau président suisse, Schulthess, parlant au
correspondant du Lokal-Anzeiger de Berlin, dit que la
Suisse ne permettra jamais la violation de son terri-
toire et ne manquera jamais aux devoirs de la neutralité.
h'Osservatore dément toute démarche du nonce à
Vienne et toute réponse qui aurait été faite par le Pape.
Les États Scandinaves remettent une note aux puis-
sances, exprimant leur désir de voir rétablir la paix.
208 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
Le procès de Manullov, ancien secrétaire de Sturmor,
a été ajourné sine die.
Le Malin donne les motifs de la retraite de Sturmer,
qui, de concert avec Manuilov, aurait entretenu une
officine pour la paix séparée. Arrêté une première fois
pour concussion, Manuilov ne resta en prison que vingt-
?[uatre heures. L'ambassadeur d'Angleterre aurait in-
ormé Milioukov et lui aurait fourni la preuve que Ma-
nuilov partageait des bénéfices illicites avec Sturmer, ce
qui fut affirmé publiquement k la Douma.
On fait courir le bruit (bientôt démenti) qu'un ancien
ministre français, actuellement à Rome, se livrerait à des
intrigues avec le Vatican.
Samedi 30 décembre. — L'empereur Charles est
couronné à Budapest sous le nom de Charles IV, roi de
Hongrie.
La Grèce demande la levée du blocus, faisant observer
que sa continuation pourrait causer des troubles.
Le front des Impériaux en Roumanie s'étend du sud
de Braïla au sud de Bacau, presque parallèlement au
Serelh.
La France et l'Angleterre reconnaissent l'émir et
chérif de La Mecque comme roi du Hedjaz ; il a été pro-
clamé roi des Arabes le 6 novembre.
Les explosions et les incendies paraissent continuer
à Dresde (lettre d'un soldat allemand dans la Liberté
du 27 janvier).
On annonce que des délégués du Reichstag, du
Reichsrath et de la Chambre hongroise sont convoqués
à Berlin pour le 16 janvier.
La Gazette de Francfort se plaint que les Allemands
cachent leur argent et que la Banque de l'Empire ne
puisse suffire aux demandes de moyens de paiement.
Le colonel Gaedke (Vonoârts) demande que les belli-
gérants arrivent à un compromis fondé sur une appré-
ciation modeste de la situation de chacun.
L'Ukraine autrichienne est terriblement dévastée. Plus
de 2.5oo villages ont été détruits, 800.000 chevaux,
DÉCEMBRE 1916 209
i.5oo. 000 bêtes à cornes ont disparu. Les dégâts sont
évalués à deux milliards.
La Gazette officielle de Londres publie le rapport de
Haig sur la bataille de la Somme (jusqu'au i4 novembre).
L Espagne répond aux États-Unis qu'elle réserve son
action pour des circonstances propices.
La ligue antigermanophile d'Espagne publie un ma-
nifeste demandant que le pays se range du côté de
l'Entente.
Motta, ancien président de la Confédération suisse,
dit dans un discours que la Belgique doit être restaurée
dans la plénitude de son indépendance.
Le moine thaumaturge Raspoutine, très influent à la
Cour, est tué à Petrograd. On dit que le jeune prince
Issoupov, parent du Tsar, a été un des agents d'exécu-
tion.
Une note de l'Entente, remise aux États-Unis, déclare
que les Gouvernements alliés ne peuvent entrer, sans
garanties, en pourparlers avec l'Allemagne. « Après la
violation de ses engagements, ce n'est pas sur la parole
de l'Allemagne que la paix, rompue par elle, peut être
fondée. »
« L'entrée en scène de l'Amérique ne serait pas à souhaiter,
même aux côtés des AUiés. C'est pourquoi l'Allemagne a
af]i constamment sans aucun scrupule à l'égard de la grande
P^épublique. » {Journal de Genève.)
Dimanche 31 décembre. — Sir Douglas Haig est
promu maréchal.
Deux fortes attaques allemandes sont repoussées à
l'ouest d'Auberive (Champagne).
L'Italie, en 1916, a gagné 3. 060 kilomètres carrés;
elle a capturé 85. 000 ennemis. L'armée a creusé 3. 000
kilomètres de tranchées; le front s'est raccourci de 800
à 5oo kilomètres.
L'artillerie allemande et bulgare continue à délruire
Monastir, décimant la population civile.
L'Eutente remet une note h la Grèce, exigeant des ré-
parations pour le guet-apens du i" décembre.
Le Néon Asty demande que la Grèce mobilise contre
210 CHRONOLOGIE DE LA GUERRE
l'Entente; le Chronos affirme que le Gouvernement
déclarera la guerre si le blocus n'est pas levé.
L'Angleterre et la France accréditent des agents
auprès du Gouvernement national à Salonique.
Quatre-vingt-quatre officiers grecs et 800 sous-offi-
ciers et soldats, dont plusieurs appartenant à la Garde
rojale, ont été reçus à Salonique.
Les Russes ont été refoulés jusqu'aux abords de
Braïla et de Matchin.
Forte offensive allemande au sud de Pinsk; bombes
asphyxiantes au sud-ouest de Brody.
Un dirigeable allemand jette des sacs de conserves à
Larissa.
Le navire anglais Yarrowdale est conduit à Swine-
mûnde par un équipage de prise ; capturé par un cor-
saire allemand, il avait été cnargé d'une grande quan-
tité de vivres et de matériel pris à des navires coulés et,
en outre, de 46g prisonniers. 74 Américains sont à bord.
Les Allemands disent avoir coulé en décembre
i52 navires ennemis et 65 neutres, en tout 4i5.ooo
tonnes. Depuis le début de la guerre, ils ont détruit
4 millions 558. 5oo tonnes, dont 687.000 neutres. Ils
évaluent à i5 °/o le dommage total causé à la marine
anglaise (qui l'a récupéré en grande partie par ses
nouvelles constructions).
Proclamation de Guillaume II aux armées de terre
et de mer : « Dieu continuera à être avec nous. » Il
parle de la « victoire du Skagerrak » et des « hardies
entreprises des sous-marins ». La presse allemande,
par ordre, publie des articles furieux contre l'Entente
et réclame une guerre sans merci. La Gazette de
Francfort adresse des menaces voilées aux neutres
pour le cas où ils feraient obstacle à l'Allemagne.
La Gazette de l'Allemagne du Nord écrit :
« Nous tournons nos regards vers la nouvelle année avec
anxiété, avec angoisse... Nos désirs deviennent plus modérés,
et notre but semble s'éloigner davantage dans le lointain, »
Une explosion k Felixwort (Autriche) tue 120 ou-
vriers.
Le comte Berchtold est fait prince.
DÉCEMBRE 1916 211
Au cours de l'année 1916, les Français ont fait
78.500 prisonniers.
A Cork, 600 Sinnefeiners attaquent un détachement
de soldats ; la police les disperse.
On découvre le corps de Raspoutine près du pont de
Petrovsky (petite Neva).
L'amirauté britannique a intercepté un radio envoyé
à New-York, disant que Gérard a fait à Zimmermann
des représentations très sérieuses.
Dans une lettre au Journal de Genève, un Américain
démontre que la note de Wilson a été écrite pour
l'Allemagne seule et que seules les convenances diplo-
matiques l'ont obligé à l'adresser à tous les belligé-
rants.
Les pertes allemandes avouées se montent k 4- 1 24.400
hommes, dont i.ooS.ooo tués, 56i.ooo disparus.
IMPRIMERIE BERGER-LE VRAUI.T — MARS I917
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